9 sept. 2025, 05:01
Pyjamas et croissants solo PNJ
Dimanche 4 septembre 2050 - 9h30

Domaine de Dunfermline
Fife (Ecosse)


Le matin s’installait doucement sur le château familial. De longs rais de lumière traversaient les vitraux du Grand Salon, comme des arabesques colorées sur le sol en pierre. L’air sentait le thé fumant, le pain grillé et la confiture maison. Un feu frissonnait encore dans la cheminée, comme s’il n’avait pas tout à fait accepté de s’endormir totalement. Le Grand Salon, vaste pièce aux boiseries anciennes, paraissait à la fois solennel, mais chaleureux depuis que Flora y avait apporté sa touche raffraichissante. La longue table en chêne massif, dressée pour le petit déjeuner, croulait sous les corbeilles de pain, les pots de miel, les bols de fruits, et une théière en argent d’où s’élevait un doux parfum du matin. Quelques hiboux de la maison s’étaient installés sur le bord des fenêtres, encore endormis, comme s’ils contribuaient eux aussi à la lenteur du réveil.

Flora, en longue chemise de nuit verte bien épaisse et peignoir assorti touillait machinalement sa tasse, déjà tirée à quatre épingles malgré l’heure. En face, Angel, encore ensommeillé dans son pyjama rayé, se grattait la barbe d’un air absent. Ses cheveux hérissés en bataille faisaient presque concurrence à ceux d’un hérisson.

- Tu pourrais au moins avoir l’air réveillé !

Il marmonna en lui lançant un coup d’œil.

- J’suis… très réveillé. Juste… pateux à l’intérieur.

Flora leva les yeux au ciel, soupira, puis reprit d’un ton plus sérieux :

- Je m’inquiète, Angel. Gabryel est sorti presque tous les soirs cet été. C’est un adulte, soit, mais il rentre tard, parfois même au petit matin, et il n’a toujours pas la moindre idée de ce qu’il veut faire de sa vie. Tu crois pas que c’est un peu inquiétant ?

Angel haussa doucement les épaules.

- Il vient de finir Poudlard, Flora… Laisse-lui le temps de souffler un peu.
- Souffler, d’accord… mais on dirait qu’il souffle un peu trop. Je soupçonne même qu’il boive, à l’occasion. Et pas du jus de citrouille, Angel. Tu l’as vu hier soir ? Il avait le regard brillant.

Fleurdelys sirota son thé, et répondit d’un ton calme :

- Ça arrive à tous les jeunes. Moi-même, à son âge, j’ai eu mes périodes, disons… festives.
- Justement ! Et regarde où ça t’a mené, avec cette barbe hirsute, et ce pyjama qui a cent ans.

Angel éclata d’un petit rire fatigué.

- Bon, bon… Si tu veux en parler avec lui, vas-y. Mais ne sois pas trop dure, Flora. Il a dix-huit ans. Et moi, je suis juste content de l’avoir encore ici, à la maison. C’est pas si souvent qu’on peut profiter de lui, tu sais.

La rousse se pinça les lèvres, puis reprit, d’une voix où l’on percevait une pointe d’agacement et de jalousie maternelle :

- Et puis… Il tourne autour des filles. J’en suis sûre. Il se croit discret, mais je vois bien comment il rentre le sourire aux lèvres comme un grand bêta.
- Eh bien tant mieux ! C’est normal à son âge. D’ailleurs, il m’a plus ou moins parlé d’une Poufsouffle…

Flora s’étrangla, les yeux écarquillés.

- Quoi ? Une histoire sérieuse ?

Angel sourit, et baissa sa voix d’un ton :

- Doucement, doucement. Rien que de très romantique. Il a juste glisssé un nom entre deux phrases : Ae…

Mais avant qu’Angel ne puisse terminer, la porte grinça, annonçant l’arrivée de Gabryel. Le Gryffon apparut, pieds nus, en caleçon et t-shirt froissé. Ses cheveux ressemblaient à un champ de blé après une tempête. Il traînait des pieds comme un troll endormi, les yeux encore à moitié fermés. Il s’affala sur une chaise, bâilla longuement, puis attrapa aussitôt une tartine, deux croissants et un morceau de fromage, qu’il dévora comme s’il n’avait pas mangé depuis une semaine. Flora leva un sourcil, bras croisés, en le regardant s’empiffrer.

- Bonjour, tu as bien dormi ?

Un petit sourire ironique se dessina sur ses lèvres.

- Ou bien c’est encore une de tes nuits trop… animées ?

Le garçon répondit dans un mélange indistinct de masticage et de bâillement.

- Mmmh… Bonjour…
- En tout cas, ça ne t’empêche pas de manger comme un ogre. Alors… Maintenant que tu as terminé Poudlard, tu sais déjà ce que tu as envie de faire ?

Angel leva les yeux au ciel : Les Françaises et leurs manies d’être toujours aussi directes. Gabryel ouvrit un œil, puis l’autre, et laissa échapper un nouveau bâillement en guise de réponse. Son coude glissa sur la table. Flora redressa sa voix :

- Gabryel ! Je te pose une vraie question.
- Mmmh… plus tard, M’man…

Flora posa brusquement sa tasse et se leva. Elle ressera la ceinture de son peignoir.

- Très bien ! Puisque monsieur « J’ai dix-huit ans » n’est pas décidé à aligner plus de trois syllabes, je rends les armes.

Elle fit claquer son chausson par terre.

- Angel, parle à ton sorcier de fils, sinon je le transforme en citrouille. Et je te préviens, je sais très bien le faire.

Elle sortit du salon en claquant la porte d’un air dramatique. Un silence régna, seulement troublé par le craquement du pain sous les dents du Rouge et Or, impassible. Angel leva enfin la tête vers Gabryel, et se gratta encore la barbe.

- Bon… alors, fiston… qu’est-ce que tu veux faire de ta vie ?
- J’sais pas, Papa. Mais je viens juste de me rrrréveiller.
- C’est un début.

Il se versa du thé, et hocha la tête.

- Moi, à ton âge, je voulais surtout dormir.
- C’est un peu ce que je veux, là.

Angel sourit.

- Mais tu sais, ta mère s’inquiète pas mal. Tu es un adulte maintenant. Elle veut juste être sûre que t’as une idée.

Angel prit une bouchée de pain grillé, mâcha lentement, puis reprit :

- Tu pourrais par exemple… Travailler avec moi, ici, sur la propriété. Apprendre à administrer le domaine, gérer les affaires, t’occuper des comptes, des terres, des employés… Ça te donnerait une vraie expérience.

Gabryel leva les yeux de son assiette, l’air catastrophé. Il songea à son échange avec Aelle, plusieurs mois auparavant dans la clairière où ils s’étaient embrassés pour la première fois : « Tu ne dois pas te sentir obligé de suivre les traces de ton père… ».

- J’y avais bien songé. Mais passer mes journées à parler d’impôts de chouettes, de rrrrréparations de maïs, et de paperasse magique ? J’adore passer du temps avec toi dans les champs, mais bon…

Angel protesta en riant.

- C’est pas que ça, Mais je vois que ton enthousiasme déborde.

Gabryel haussa les épaules et attaqua son troisième croissant. Angel hocha gravement la tête, comme pour dire une vérité profonde.

- Alors, mange. On parlera après la deuxième tartine. Les grandes décisions, ça ne vient jamais le ventre vide.

Gabryel sourit malgré lui. Père et fils, tous deux encore à moitié endormis, burent une gorgée de thé en silence. Et au loin, on entendit Flora crier depuis le couloir :

- JE VOUS ENTENDS !

Quelques instants plus tard, la porte se rouvrit. Flora revint, un peu radoucie, une assiette de croissants supplémentaires à la main. Elle soupira :

- Bon, d’accord. Je ne vais pas te transformer en citrouille tout de suite. Mais il va bien falloir trouver quelque chose. Tu ne voudrais pas, par exemple, faire un stage comme assistant éducateur à Maeve Queen. Ça te ferait du bien de voir autre chose, et d’être utile.

Gabryel leva la tête avec lenteur, un morceau de croissant coincé entre les dents. Cette perepctive ne lui avait pas effleuré l’esprit un seul instant.

- Un… Stage à Maeve Queen ? Avec des gamins ?
- Oui, avec des gamins, pas avec des Trolls. Et sous la responsabilité de Cassidy, d’ailleurs. Tu l’aimes bien Cassidy. Tu l’aiderais à encadrer les plus jeunes, à préparer des activités, à surveiller la cour. Tu pourrais aussi assister aux ateliers créatifs, et même donner un petit coup de main à la bibliothèque pour ranger.

Angel approuva en hochant la tête.

- Ta mère a raison, mon grand. Ça pourrait être une bonne expérience. Et puis, tu aimes bien les enfants, non ?
- Oui…

Gabryel haussa vaguement les épaules. Flora leva les yeux au ciel, mais garda son calme. Son fils finit par hausser un demi-sourcil, signe d’un vague intérêt.

- Pourquoi ppppas...

Il bailla.

- Mais pas ce matin.

Angel éclata de rire, la bouche pleine de croissant.

- On va pas t’y envoyer tout de suite, rassure-toi. Mais pense-y.

Flora s’assit de nouveau, et se servit du thé.

- Très bien, on avance. Projet : Sauver notre fils de la torpeur. Et la première étape sera de le mettre en stage à Maeve Queen. J’en parlerai à Cass’ demain.

Gabryel, la joue appuyée contre sa main, marmonna :

- Je proteste. Mais je suis trop fatigué pour faire une révolution.

Cette fois, même Flora ne put s’empêcher de rire au rythme d’Angel.

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Gabryel Fleurdelys
Sorcier diplômé
Médiateur PFR

19 nov. 2025, 17:59
Pyjamas et croissants solo PNJ
Suite aux hiboux de Gabryel à @Aelle Bristyle


Vendredi 7 octobte 2050 - 7h55
Domaine de Dunfermline
Fife (Ecosse)



La grande salle à manger du château Écossais de Dunfermline baignait dans une lumière dorée, filtrée par les hautes fenêtres dont les vitraux représentaient des lys mouvants. Au lever du soleil, leurs pétales semblaient s’ouvrir lentement, comme s’ils respiraient la magie du lieu. Les murs de bois sombre sculpté de motifs anciens renvoyaient des reflets chauds sur l’âtre en marbre blanc de cheminée. Les flammes y léchaient les bûches en produisant un léger crépitement. Sur la longue table de chêne massif, le petit-déjeuner avait été dressé avec le soin habituel : Café et thé fumants, confitures maison qui changeaient de couleur selon l’humeur de celui qui les servait, panier de viennoiseries encore tièdes, et carafe de jus de citrouille aux épices. Un parfum de beurre chaud, de miel et de bois humide flottait dans la pièce.

Près de la fenêtre, trois hiboux hululaient doucement, perchés sur la barre extérieure. Ils penchaient la tête à intervalles réguliers pour mieux observer la scène, comme s’ils attendaient un message à livrer, ou une décision importante. Flora, assise droite dans sa chaise, enroulait machinalement une mèche de ses cheveux autour de son doigt. Son regard, habituellement vif, était voilé d’une teinte d’inquiétude. Sa tasse de thé refroidissait devant elle.

- Il n’a rien avalé hier non plus. Il m’a adressé à peine un mot… Dix jours, Angel.

La sorcière laissa ses doigts retomber sur la table.

- Dix jours qu’il s’enferme. Qu’il dépérit. Ça me rend folle.

Angel, installé en face d’elle, coupa un morceau de pain sans grande conviction. Il ouvrit la bouche comme pour parler, puis se ravisa, se concentra sur le pain, se racla la gorge. Il hésitait. Flora le remarqua aussitôt. Elle remarquait toujours tout. La rousse fronça les sourcils :

- Quoi ? Tu fais cette tête… La tête de « j’ai quelque chose à dire mais je ne sais pas si c’est une bonne idée ».

Angel leva les yeux, pris en flagrant délit.

- Je… non, enfin si… C’est juste que…

- Par Merlin, accouche.

Il soupira, vaincu.

- Je suis inquiet, Flora. Très inquiet. Mais… Je crois que je comprends un peu mieux ce qu’il se passe.

Elle se figea.

- Tu sais quelque chose ?

Il déposa son couteau, réfléchissant encore une seconde avant de parler, une seconde de trop.

- Angel.

Le ton de Flora était doux, mais il n’avait aucune échappatoire. Le châtelain inspira profondément.

- Une ou deux fois, j’ai surpris Gabryel en train d’envoyer des hiboux.

Il marqua une pause.

- À quelqu’un dont il n’a pas voulu me parler. Une jeune fille, je crois. Il a murmuré son prénom une fois.

La pendule sonna huit heures.

- « Aelle ».

Flora cligna des yeux. Une vague d’émotions contradictoires traversa son visage : Surprise, inquiétude, et un minuscule pincement de jalousie, malgré elle.

- Une jeune fille ?

Elle se redressa, puis toussota.

- Et moi, je ne suis au courant de rien ? Je… J’aurais quand même pu savoir qu’il y avait… quelqu’un de sérieux.

Elle fit un geste vague, un peu dramatique, typiquement Flora.

- Il a dix-huit ans, d’accord, c’est un jeune homme, il a sa vie privée… Je comprends très bien…

Elle leva le menton, faussement digne.

- Mais tout de même, un petit mot. Une allusion. Quelque chose. Histoire de ne pas tomber des nues.

Angel esquissa un sourire attendri malgré lui.

- Je pense qu’il avait peur de nous en parler. Et puis, tu sais ce que tu peux être quand… tu découvres que quelqu’un d’autre retient son attention.

Elle leva un sourcil outré, outré mais amusé.

- Je ne suis pas une mère possessive.

Son mari se contenta de l’observer. Elle soupira.

- Bon, peut-être un tout petit peu. Mais c’est normal. C’était un bébé hier encore.

Les hiboux derrière la fenêtre hululèrent comme pour approuver, ou se moquer. Flora les fusilla du regard, puis se replia contre sa chaise, encore plus pensive.

- Et tu crois que cette « Aelle » lui a fait quelque chose ?

- Je ne sais pas. Une dispute, peut-être. Ou un silence. Parfois le silence fait plus mal que tout.

Le feu crépita doucement. Une braise s’envola dans l’âtre, comme si la magie elle-même écoutait. La sorcière pris un air méfiant.

- Et qu’est-ce que tu veux faire ?

Angel se pinça les lèvres. Sa femme le connaissait mieux que personne.

- Je… pensais lui écrire, envoyer un hibou au dernier endroit où Gabryel à fait suivre les siens.

Flora écarquilla les yeux.

- À elle ? Je veux dire chez Aelle ?

Elle posa la main contre sa poitrine, mi-théâtrale, mi-réellement secouée. Elle tourna un instant la tête vers la porte qui menait au couloir, comme si son fils pouvait entrer à tout moment, puis baissa d’un ton :

- Angel, tu veux t’immiscer dans sa vie sentimentale ? Il va nous en vouloir… Il est majeur maintenant. On ne peut pas non plus…

Elle gesticula de la main, cherchant le mot juste.

- … Fouiller dans son cœur comme dans une armoire.

Angel hocha la tête, partageant sincèrement le dilemme.

- Je le sais. C’est un homme maintenant, et je ne veux pas me mêler de ce qui ne me regarde pas. Mais je ne supporte plus de le voir s’éteindre comme ça.

Le père du jeune Gryffon baissa les yeux vers sa tartine, échouée à côté de son café.

- S’il y a quelqu’un qui peut nous éclairer, même un peu… alors je préfère risquer sa colère que le perdre encore plus dans son silence.

Flora le fixa longuement. Les reflets du feu faisaient briller ses yeux. Finalement, elle prit une profonde inspiration.

- D’accord.

Elle posa sa main sur la sienne.

- Mais tu lui écris avec douceur, Angel. Doucement, hein ? Pas un grand interrogatoire parental. Et tu me lis la lettre avant. Je veux voir… comment tu parles à cette... fille.

Un sourire malicieux et légèrement jaloux étira ses lèvres.

- Histoire de vérifier que tu ne lui fais pas trop confiance tout de suite.

Angel éclata d’un petit rire, vaincu. Il embrassa la main de Flora, et la posa tendrement contre sa joue.

- Je te la montrerai. Promis.

Les lys gravés sur les vitraux tremblèrent imperceptiblement, comme si le château lui-même approuvait cette étrange et tendre alliance parentale.

~~~~~~~~~~~~~~

🪶 Fife, 7 octobre 2050

Aelle,

Je me permets de vous appeler par votre prénom, et de vous écrire, même si nous ne nous connaissons pas, et même si ce geste me semble peut-être un peu intrusif. Je vous demande simplement de m’accorder quelques lignes d’attention, sans vous sentir obligée de rien.

Je suis le père de Gabryel.

Si je prends la plume aujourd’hui, c’est parce que mon fils traverse depuis quelques jours une période difficile, plus difficile que ce qu’il veut bien laisser paraître. Vous le connaissez peut-être assez pour savoir qu’il a tendance à garder ses émotions pour lui, et à se taire plutôt que de déranger qui que ce soit.

Depuis bientôt une dizaine de jours, il ne quitte presque plus sa chambre, ne mange pas, ne parle à personne. Il semble profondément abattu, comme si quelque chose ou quelqu’un lui avait coupé la respiration.

J’ai cru comprendre, très vaguement, que vous comptiez pour lui. Ou, du moins, que votre nom avait pour lui une importance particulière.

Je ne sais pas ce qu’il y a entre vous, ni ce qu’il s’est passé. Et ce n’est pas à moi de le savoir.

Je ne vous écris pas pour vous demander des explications, ni pour vous mettre dans une situation délicate. Je ne veux pas m’immiscer dans la vie privée de mon fils, ni dans la vôtre. Je sais qu’il est majeur, qu’il fait ses choix, qu’il vit ses émotions comme il l’entend.

Je souhaite simplement comprendre ce qui pourrait l’aider.

Si vous pensez qu’un mot de votre part pourrait lui faire du bien, même quelque chose de simple, même quelques lignes, alors je vous serais reconnaissant de les lui adresser.

Et si vous en éprouvez le désir, ou si vous pensez que cela pourrait l’apaiser davantage, vous seriez évidemment la bienvenue ici, au domaine des Fleurdelys. Je comprends que ce soit une démarche délicate, et vous n’y êtes nullement obligée.

S’il préfère garder le silence, ou si vous estimez que ce n’est pas votre place, je respecterai tout à fait votre décision. Je n’attends rien d’obligatoire, et encore moins quelque chose qui vous mettrait mal à l’aise.

Je vous écris seulement parce que je suis un père inquiet. Un père qui voit son fils s’éteindre un peu plus chaque jour sans réussir à lui tendre la main.

Quoi que vous choisissiez de faire, merci d’avoir pris le temps de me lire.

Avec tout mon respect,
Angel Fleurdelys
1490 mots

Gabryel Fleurdelys
Sorcier diplômé
Médiateur PFR

26 nov. 2025, 13:11
Pyjamas et croissants solo PNJ
Un jour sans fin durant cette période.
@Aelle Bristyle


Au lendemain de la soirée au Pitiponk, le Château du domaine Fleurdelys accueillit Gabryel. La nuit qui suivit son retour fut la première d’une longue série : Il dormit peu, mal, trop chaud et trop froid à la fois. À plusieurs reprises, il se redressa d’un coup dans son lit, trempé de sueur, la respiration coupée, le cœur battant comme s’il venait de courir. Il revoyait la scène. Il revoyait Aelle avec Hermine, et son regard noir. Le tremblement au coin de la bouche de l’un, la colère de l’autre. Les mots qui n’auraient jamais dû sortir. Et le silence qui suivit.

Au matin, l’ancien Gryffon marcha dans les couloirs du château comme un fantôme. Sa mère, Flora, le regarda longuement sans oser poser la moindre question. Il ne parla pas, ne prit presque rien au petit déjeuner, puis s’en alla, sans manteau, jusqu’au lac du domaine. Le début de l’hiver lui offrait une lumière triste. Le garçon resta là, immobile, comme si le froid pouvait lui anesthésier le cœur. Ce soir-là, il écrivit sa première lettre à Aelle. Un parchemin tremblant, hésitant, qu’il relut mille fois. Il n’osa pas dire « pardon », parce qu’il avait l’impression que ce mot ne suffisait plus. Il attacha la missive à la patte de Lumière, un des hiboux de la maison, et le regarda s’envoler dans la nuit. Il ne savait pas s’il espérait une réponse.

Il se réveilla encore cette nuit-là, le souffle court, une main sur sa poitrine comme pour la retenir de s’effondrer. Il rêvait qu’Aelle lui tournait le dos. Toujours. Il voulait courir, mais ses jambes restaient chevillées au sol. Il tenta de s’occuper dans la bibliothèque du château, relut de vieux contes de magie franco-britannique, mais chaque phrase lui rappelait une complicité d’antan, une discussion dans un couloir de Poudlard, une taquinerie échangée avec elle.
Il écrivit un deuxième message. Plus long. Plus vrai. Lumière s’envola encore, sans un bruit.
Toujours aucune réponse.

Les nuits suivantes furent bien pires. L’Écossais se réveillait en suffocant, les draps collés à sa peau, l’impression que quelque chose tentait d’éventrer son torse de l’intérieur. Il marcha pieds nus dans la chambre, cherchant de l’air. Il finit par ouvrir la fenêtre. Un vent glacé entra mais n’apaisa rien.

Un matin, il se rendit dans la forêt du domaine. Les feuilles mortes craquaient sous ses bottes.
Il parlait seul, parfois, comme pour chasser la voix de la Poufsouffle qui résonnait dans sa tête.
Il s’arrêta souvent, submergé par des élans d’angoisse qui le forçaient à s’asseoir contre un tronc, à respirer lentement. Le soir venu, il écrivit un nouveau hibou. Toujours aucune réponse. Il pensa qu’Aelle avait raison de l’ignorer. Il pensa qu’il avait tout gâché.

Un réveil nocturne plus tard, Gabryel sortit du lit comme si quelqu’un l’avait tiré. Il passa la main dans ses cheveux, tenta de se calmer, mais la panique montait, emplissait chaque interstice de son corps. Il s’habilla et sortit, en pleine nuit, dans les jardins glacés. Il marcha longtemps. Il imagina l’Anglaise endormie quelque part à Londres, peut-être fâchée, peut-être triste, ou peut-être indifférente. Ce dernier mot fit exploser quelque chose en lui. Au matin, il écrivit un nouveau hibou, plus fragile, plus honteux, presque inutile.

Aucune réponse. Gabryel ne mangeait plus. Il dormait par fragments. Son père tenta de venir lui parler, lui proposer un entraînement d’escrime magique dans la salle d’armes, mais le Rouge et Or déclina. Il resta toute la journée au bord du lac, à regarder les reflets de l’eau sous une pluie fine. L’hiver gagnait du terrain. Son cœur aussi se gelait.

Ce soir-là, pas de lettre. Il n’avait plus la force. Le vide se fit total. Il se réveilla encore en panique, mais cette fois, il avait l’impression qu’il n’y avait plus rien à sauver. La forêt ne l’apaisait plus, le lac non plus. Le château, son refuge d’enfance, devenait une cage où chaque couloir murmurait : « Elle ne reviendra pas ».

Il écrivit un dernier hibou. Il y glissa tout : la peur, la honte, la certitude d’avoir perdu Aelle pour toujours. Le matin arriva, gris et froid.
Fleurdelys resta dans sa chambre, immobile, les yeux ouverts, mais vides. Le hibou Lumière revint en fin d’après-midi, et se posa sur le rebord de la fenêtre, sans rouleau attaché à la patte. Le cœur du jeune homme se fissura net. Il sut. Ou crut savoir. Que c’était fini.

Il s’assit sur son lit, s’effondra en avant, les mains dans les cheveux, secoué d’un sanglot qu’il avait retenu toute la semaine. Il resta longtemps ainsi, incapable de bouger. Et quand la nuit tomba, Gabryel se leva malgré tout. Il enfila son manteau. Il sortit dans les jardins. Les premières neiges commençaient à tomber. Il marcha jusque sous les cerisiers du domaine, là où enfant il se réfugiait quand il croyait avoir déçu ses parents. Le silence était total. Il ferma les yeux.

Angel sortit à son tour, enveloppa son fils d’une couverture, et le porta jusqu’au nid.

844 mots

Gabryel Fleurdelys
Sorcier diplômé
Médiateur PFR