Réfléchir pour avancer
lundi 3 octobre 2050, vers 11h
TW : maladie d'Alzheimer
TW : maladie d'Alzheimer
Ellana était fatiguée. Epuisée. Ereintée. Ca faisait plusieurs jours qu'elle avait du mal à dormir, plusieurs jours que le même cauchemar revenait en boucle, plusieurs jours qu'elle se réveillait en sueur, serrant son oreiller entre ses bras tremblants. A chaque fois, elle rêvait qu'elle perdait quelqu'un ; un Être cher. A chaque fois, elle rêvait qu'elle se retrouvait seule à la fin. Dans le noir. Perdue... Comme lorsqu'elle était enfant. Comme lorsqu'à cinq, six, sept, huit ans, elle faisait des insomnies, elle se retournait dans son lit, elle ne parvenait pas à s'endormir. Comme lorsqu'à cet âge-là, elle passait des heures et des heures ses doigts appuyés sur les cordes de la harpe, à tenter d'oublier ses cauchemars de la nuit. Comme à cet âge-là où elle redoutait la nuit et le noir. Elle avait peur ; peur de se retrouver seule ; peur d'être abandonnée ; peur d'être lâchée dans un océan avant même de savoir y nager. Elle rêvait de noyade, une de ses peurs les plus profondes ; elle rêvait de noir ; elle rêvait de monstres. Seize ans, et elle avait peur du noir. Seize ans, et elle avait l'impression d'en avoir six. De ne pas avoir grandi, pendant tout ce temps. D'être toujours retenue prisonnière par les mêmes chaînes que celle de son enfance.
Elle avait eu l'impression d'avoir grandi. Elle avait eu l'impression d'avoir changé. De s'être ouverte, d'avoir accepté certaines choses, de ne plus redouter le crépuscule, de ne plus songer aux monstres de la nuit. Elle avait même passé plus d'une année avec des cauchemars qui se comptaient sur les doigts d'une seule main ! Mais voilà. Depuis qu'en mars, elle avait appris que sa grand-mère était malade, elle avait enclenché le terrifiant engrenage de la peur. Elle n'avait pas assez vu sa grand-mère, ces dernières années. Et même lorsqu'elle était allée la voir, cet été, elle n'avait pas été capable de la regarder en face longtemps. Pas été capable de supporter le poids de la maladie qui vitrait ses yeux. Kaylee n'avait même plus le souvenir de son prénom. Un instant, elle s'appelait Ellana ; l'autre, c'était Elina, Lyna, Luna... Ce n'était pas grand-chose, mais ça avait été assez pour décontenancer l'adolescente. Et depuis ce moment-là, sa culpabilité n'était que plus grande. Que pouvait-elle faire pour sa famille, elle qui s'en était trouvée éloignée contre son gré ? Que pouvait-elle faire, lorsque le monde et sa magie se dressaient contre elle ? Que pouvait-elle faire lorsqu'elle se retrouvait devant un immense mur, qui avait été érigé brique par brique, chaque jour depuis maintenant plus de cinq ans ? Elle n'avait pas les outils nécessaires pour le casser ; pas la force pour le faire.
La brune était perdue.
Angoissée.
Impuissante.
Prise par la culpabilité.
Si elle avait agi avant, si elle avait anticipé qu'un jour ce qu'elle avait connu ne serait plus là, peut-être l'aurait-elle mieux supporté. Mais c'était trop tard. Trop tard pour fermer les yeux sur la vérité ; trop tard pour désenclencher l'engrenage ; trop tard pour sauver sa grand-mère. Passée la phase de déni, elle avait tenté de faire quelque chose, de trouver un moyen, moldu ou sorcier, de réussir à extirper Kaylee de la maladie. Elle avait fait chou blanc ; la bibliothèque de Poudlard n'était pas une bibliothèque médicale, et les quelques pistes qu'elle avait dénichées s'étaient arrêtées aussi vite. Elle avait tenté, elle avait échoué. Et il lui en restait un amer goût dans la bouche.
Et aujourd'hui, alors même qu'elle avait accepté la nouvelle depuis plusieurs semaines déjà, alors même qu'elle avait vu Kaylee de ses propres yeux et qu'elle avait vu les dégâts causés par la maladie sur sa mémoire, elle avait l'impression d'être retombée. Ses parents lui avaient dit que l'état de sa grand-mère avait empiré, depuis une semaine. Empiré à quel point ? Elle ne savait pas, elle ne savait rien. Et elle était seule, à Poudlard, seule dans ses tourments. Elle pourrait revenir vers Lyna, elle pourrait lui parler, comme lorsqu'elles étaient gamines, comme lorsque l'une ne pouvait pas vivre sans l'autre. Mais elle n'avait pas envie d'en parler. Elle n'avait pas envie de dire des choses dessus, d'exprimer les émotions qui lui pesaient sur le cœur. Elle voulait de l'action, elle voulait quelque chose de concret. Il n'y en avait pas. Sa seule bouée était à présent au fond de la mer. Comment faire pour remonter ?
Elle n'avait même pas parlé de ses cauchemars avec ses meilleures amies, Erin, Eileen. Peut-être celles-ci avaient-elles remarqué quelque chose, des cernes violettes se creusant sous ses yeux. Peut-être celles-ci avaient-elles remarqué qu'elle avait passé tout son temps libre dans ses livres scolaires, se concentrant sur ses apprentissages, délaissant les genres qu'elle lisait pour le plaisir, tels que la fiction ou les romans historiques. Et ça ne pouvait pas continuer comme ça. Elle s'en était bien rendue compte. C'était pour cela que sans oser prendre rendez-vous avec Monsieur Kyros, le nouveau psychomage de l'école, elle avait demandé d'avoir un créneau pour accéder à la salle sensorielle. Elle avait besoin de se détendre, de ne plus entendre ses pensées, de trouver une solution concrète, une marche à suivre.
Vers onze heures, après avoir déposé ses affaires de cours dans son dortoir suite à son cours de soin aux créatures magiques de la matinée, elle prit la direction du bureau de psychomagie. La porte lui fut ouverte, et elle déposa chaussures et manteau à l'endroit approprié pour se retrouver pieds nus sur les galets, ses cheveux flottant légèrement derrière elle, et se dirigea instinctivement vers la partie végétale. C'étaient les plantes, qui, depuis tout ce temps lui avait permis de tenir la route ; c'était dans les plantes qu'elle trouverait une réponse. Une solution. Un quelque chose. Elle s'installa sur un des coussins, ses pieds chatouillés par l'herbe grasse. Ses muscles se décontractèrent, en entendant la musique de détente qui résonnait dans l'espace ; la musique avait toujours eu ce don de l'apaiser.
Quelques minutes, elle se laissa simplement porter par la tranquillité. Elle profitait, juste. C'était comme lorsqu'elle lisait un ouvrage d'un auteur qu'elle aimait bien ; elle savourait chaque mot, elle tournait chaque page presque en les caressant ; elle déposait son marque-page comme on poserait une plume. Tout en délicatesse.
Et puis, ses pensées la ramenèrent vers le sujet qui l'avait emmené là. La maladie de sa grand-mère. La peur de la perdre. La peur de perdre. Elle souffla. Puis, elle sortit une feuille, un stylo moldu. Et elle écrivit. Elle écrivit tout ce qui lui passait par la tête, tous les maux transformés en mots sur le papier. Elle était affamée, et lorsqu'elle eut fini, lorsqu'elle eut couché tout ce qui lui tenait à cœur, elle se sentit rassasiée. Elle l'avait fait. Elle n'avait pas forcément résolu tout ce qu'elle voulait, mais elle avait statué sur plusieurs points. Et par cela, elle s'était libéré de plusieurs fardeaux. Elle n'était pas coupable de la maladie de sa grand-mère ; elle n'était pas impuissante non plus. Elle n'avait peut-être pas trouvé grand-chose dans la bibliothèque de Poudlard, mais elle continuerait ses recherches. Ca lui demanderait du temps, peut-être trop, mais elle y arriverait. Elle trouverait quelque chose qui guérirait Alzheimer, qui rétablirait la mémoire de ceux qui l'avaient perdu. Elle lutterait. Parce que rester là, à ne rien faire, avachie, perdue dans ses pensées et dans ses peurs, ne l'aiderait pas à avancer. Parce que, pour une fois dans sa vie, elle voulait agir. Elle avait échoué une première fois ; elle ne recommencerait pas une deuxième.
Et dans dix ans, elle serait fière de ce qu'elle aurait accompli. Dans dix ans, elle aurait trouvé quelque chose pour lutter efficacement pour Alzheimer. Dans dix ans, elle aurait sauvé plusieurs dizaines de personnes de cette maladie.
#002a57 - Fiche - Sixième année RP - Parrainage
Préfète inRP du 1er mars 2048 à juin 2049 - Les 3 œufs (l'omelette) - Coquelicolivia & Ellanymphéa - Les Κενταυρίων - Hortensia & Bruyère avec Eileen