PNJ OS Callisto, la plus belle des lunes.

Pour plus de contexte, de détails et une meilleure compréhension de ce post, allez lire cet OS.
·𖥸·
Sinon, voici un petit résumé de la situation : avant la rentrée, Artamiel s’est disputé avec ses pères à propos de l’adoption, et de leur affection.
Reducio
Votre PJ est présent ? Oui
Nom et prénom des PNJs (+ lien avec le PJ) : Michael et Uriel Saul, ses pères, et Callisto Saul, sa petite sœur adoptive
Lien vers la fiche du PNJ : Index
Intérêt de ce RP pour votre PJ : Développer la relation avec sa famille, et présenter l’arrivée de sa sœur dans sa vie et son ressentis

Légendes :
*Pensées*
Gestes / Narration
Paroles
Paroles d’Uriel
Paroles de Michael
Paroles de Callisto

Samedi 18 Octobre
En fin d’après-midi


Je ne voulais vraiment pas rentrer. Pour la première fois de ma vie, mon chez moi ne me parait pas accueillant.
Mon arrivée sur le quai est aussi mortifiante qu’un enterrement. Uriel m’attends, un sourire doux sur le visage. Son regard brille de tendresse, le mien ne brille plus. Je ne suis plus en colère, si je l’étais même à l’origine. Mais la peur régis sur moi en reine. Mon père me salue, je l’ignore. Le moteur de la voiture s’allume, le grondement supposé m’apaiser m’étant indifférent. Je regarde le paysage défiler de ma fenêtre, et tout me paraît soudainement fade.
J’ai toujours été comme ça : les sentiments et moi, ça ne fonctionne pas. Je les comprends, et les ressens, en théorie, mais c’est là qu’est le problème. En théorie. Mes ressentis sont si fragiles, si flous, que mon cerveau ne fait qu’enregistrer l’information pour confirmer et qualifier la situation comme "heureuse" ou "triste". Je ne sais pas si c’est réel, je ne sais pas si c’est moi qui le ressens, mais je sais une chose. La peur, cette émotion qui te serre le ventre et te hurle de détourner le regard, qui te donne envie de vomir et de disparaître. Elle, je la connaît tant et si bien qu’elle règne en maître sur toutes les autres depuis aussi longtemps que je me souvienne. Je la ressens certes, mais pour le moment, ce n’est vraiment pas ce dont j’ai besoin, parce qu’elle ne me fait que redouter ma propre famille. Et ça me terrifie.
Mon père, pendant que je réfléchis en silence, me parle, me souhaite de nouveau mon anniversaire. Je ne relève pas. Il continue, me raconte ses journées et celles de Michael, sa voix n’étant qu’en arrière plan de ma tête. La radio grésille, le son constant m’enfermant un peu plus dans mes pensées. Je le regarde un instant, lui rappelant directement la raison de notre dispute avant mon départ. Son sourire vacille, et sa bouche se referme, le silence s’installant de nouveau dans le véhicule. Je soupir tout bas, regardant Uriel un instant. Ses yeux sont plissés, concentrés sur la route. Ses cheveux ne sont pas très bien coiffés, étonnant. Sa barbe n’est pas rasée, et j’y aperçois quelques mèches blanches. Je me redresse un peu, une boule aussi lourde que de l’acier glissant le long de ma gorge. Des poils blancs ? Comme Soun ? Ma respiration s’accélère un peu, et je lève mes yeux orageux vers lui. Il m’observe, s’interroge, avant de regarder la route de nouveau.
*Mais qu’est-ce que je fais ?*
Je serre les dents, et colle mon front contre la vitre. Quel égoïste je suis, d’ignorer les lettres de ma famille, et leur affection, juste à cause d’une insécurité infondée qui est mienne. Je glisse ma main près de mon oreille, tirant sur la boucle qui l’a orne. La douleur me fait lâcher un soupir agacé. C’est si important et éphémère, cette petite chose qu’est l’amour et la vie, et je l’oublie si souvent.
Après une heure qui me parut être une éternité, la voiture s’arrête, et quand j’ouvre ma portière, la vue de ma maison et l’odeur de la mer me font regretter tout ce que j’ai pu oser penser. Ici, c’est chez moi. La porte d’entrée est entre ouverte, et dès mon premier pas sur les pavés, c’est Soun qui en sort le premier à une vitesse qui, à son âge, est acceptable. Il boitille vers moi, couinant de joie, ses yeux brillants d’amour faisant fondre toutes mes barrières. Je m’accroupis et le caresse avec tendresse, le laissant lechouiller ma joue autant qu’il le souhaite.


"Bonjour toi. Tu m’as manqué."

"Il n’y a donc que lui pour délier ta langue ?"

Je lève la tête vers Uriel, mon expression neutre présentant malgré tout un froncement au niveau de mon front. Je m’en veux de l’avoir ignoré, de leur en avoir voulu autant, lui et Michael. Mais mon père me connaît, il sait. Il me sourit, glisse sa main dans mes mèches blondes pour me les ébouriffer, avant de se diriger vers la maison. Je le suis à mon tour, au rythme de mon chien, pour ne pas qu’il se blesse. Arrivé à l’entrée, je claque la porte derrière moi, le bruit des griffes de Soun claquant sur le sol de pierre et le craquement des bûches dans l’âtre m’accueillant, malgré la tempête encore présente dans mon esprit.
Mais ce qui est à suivre, en plus de ne pas l’avoir prévu, n’a rien d’accueillant.
J’entends des pas, petits, dévaler les escaliers. Mon regard à le temps d’apercevoir un tas d’affaires près du canapé, et mes oreilles d’entendre la voix urgente de mon père venir de l’étage.


"Non Callisto attends-!"

"Grand frère !!"

Trop tard. La chose me percute comme un boulet, elle enroule ses bras autour de mes jambes, et enfonce son visage dans mon ventre creux. Mon corps entier se raidis, chacun de mes muscles tendus comme la corde d’un arc près à lâcher sa flèche. Je serre les dents, mon visage entier se contorsionnant en une expression de haine, de dégoût, de la bile remontant jusque dans ma bouche.
*Lâche moi. Lâche moi. Ne me touche pas.*
Mes mains s’approchent de la petite tête enfouis contre moi, mes doigts me paraissant crochus, dangereux, alors que l’envie de l’éjecter à l’autre bout de la pièce me prends. Mais quand, à la place de voir des mèches ondulées, ce sont deux yeux bleus brillants d’admiration que je croise, je m’arrête complètement. Je reste immobile, ma mâchoire se desserrant, mes yeux d’argents s’écarquillant lentement. La petite fait un grand sourire, ses yeux ronds reflétant mon visage à la perfection. De ce que je vois, je ressemble à un fou, perdu, et désireux que d’une chose, s’enfuir. Pourtant, elle ne flanche pas, son rire cristallin et sa voix enfantine résonnant en moi comme n’importe quel instrument ne l’a jamais fait.


"T’as des jolis yeux tout gris ! Comme Mercure ! T’es Mercure alors, et moi je suis ta lune. Parce que Callisto c’est une lune et c’est moi, hihi !"

Un souffle tremblant m’échappe, aucun son ne s’échappant de mes lèvres. Je la regarde, démunis, son regard plein de vie contrastant tant avec mon existence insipide. Elle se blottis de nouveau contre moi, et ça me détruis un peu plus, alors que mon esprit n’arrive pas à enregistrer correctement ce qui ce passe. J’ai une sœur maintenant, c’est indéniable. Mais qu’est-ce que ça veut dire, concrètement ? Je dois donner l’exemple ? La conseiller ? La protéger, contre quoi, qui ? Je ne sais pas comment faire, je n’es jamais été un enfant, moi. Mes côtes saillantes s’enfoncent sur le haut de sa tête, pourtant sa poigne ne se desserre pas une seule fois, comme si elle venait de s’accrocher à sa ligne de vie.
*Elle est parfaite.*
En réalité, je n’es rien à lui apprendre, et je le sais. A vouloir être utile, j’ai juste laissé le déni prendre le dessus, tout comme ma solitude. Ma lèvre tremble, mes mains aussi, une tentation de vouloir faire bouger les choses, mais je laisse mes bras tomber le long de mon corps, vaincu. La seule chose que j’arrive à exprimer, est un chuchotement étouffé par ma gorge serrée d’incompétence.


"Oui, Callisto est une lune.. un satellite, de Jupiter"

Je sens mes pères s’approcher, Uriel enroulant sa main autour de ma nuque avec affection, Michael à genoux, câlinant la petite fille, et moi avec. Mon visage, toujours baissé vers la petite tête chevelue collée à moi, est tiré d’incompréhension, de frustration, et de temps d’autres choses. Je me sens si seul, que ça soit là-bas ou ici, et rien ne semble aller dans mon sens. Je veux pleurer, j’aimerais tellement, être triste, en colère. Être normal. Mais aussi vite que c’est arrivé, mon expression gelée dans le temps revient lentement, mes iris grisâtres redevenant aussi froides qu’elles l’ont toujours été. Ma neutralité revenue, Callisto se présente officiellement, me montrant ses affaires avec entrain et m’emmenant dans sa chambre, à côté de la mienne, à l’étage. Mon cœur ralentit, la solitude m’engloutis, et j’apprends à accepter peu à peu sa présence, ses demandes, ses angoisses. Comme un frère modèle le ferait.
Le temps me paraît lent, étranger, ma personne s’éteignant peu à peu dans une hibernation indéterminée. Et pourtant, les jours passent, ne m’attendent pas, jusqu’à ce que je reparte.


1405 mots

"I don’t belong in the world.
That’s what it is."