OS La petite étoile deviendra poussière PNJ

24 Décembre 2050
Ramsgate - 18h - Soir du réveillon

PNJ présents : Charlotte Joyner - code couleur : #540495
John Clint : #5e1717
Eli Clint : #9d709e

Reducio
- Votre PJ est présent ? oui
- Nom et prénom du PNJ (+ lien avec votre PJ + utilisation "actif" ou "prétexte") : Charlotte Joyner (mère), John Clint (grand-père), Eli Clint (grand mère)
- Lien vers la fiche du PNJ : lien vers le post déclarant vos PNJ dans l'index des PNJ
- Intérêt d'utiliser ce(s) PNJ dans ce RP précis pour votre PJ :Ce OS va montrer ce que pense la famille moldu d'Émeline des sorciers

TW : Des sujets très psychologiques vont êtres abordés dans cet OS : Racisme anti-sorciers, abandon d'un parent, comparaison à un démon, etc



L'allée qu'elle devait emprunter pour se rendre jusqu'à son ancien chez-soi lui paraissait bien plus longue que dans ses souvenirs. La neige tombait doucement durant cette soirée de décembre, tandis que la brise du soir caressait la peau rougie de ses joues et s'engouffrait dans ses cheveux lâchés. Habillée d'un long manteau qui arrivait presque jusqu'à ses mollets, elle y cachait en-dessous l'une des rares robes d'hiver qu'elle possédait dans son armoire. Le vêtement, d'un noir profond, s'accordait parfaitement avec la couleur de ses yeux. Pour ne pas paraître trop austère, elle avait rajouté un collier en or que sa mère lui avait offert quelques années plus tôt. Émeline le sortait seulement durant les grandes occasions, comme celle de ce soir. Elle espérait que le porter durant ce repas allait réjouir sa mère.

Dans le sac qu'elle portait se trouvait le cadeau qu'elle lui avait concocté. En connaissant la fragilité de sa mère durant la saison hivernale, Émeline s'était permis d'utiliser le labo de l'école pour lui préparer des potions fortifiantes. Avec, comme but, de l'aider à guérir plus rapidement si elle attrapait froid. Elle avait aussi rajouté quelques assortiments de plantes qu'elle pourrait infuser pour la soulager de n'importe quel maux bénins. L'adolescente, pour fabriquer son présent, avait dû prendre énormément sur elle pour aller au-dessus de ses réticences. Dès qu'elle se tenait près d'un chaudron, elle sentait une sensation de nausée lui monter des profondeurs de son estomac. Elle dut s'y prendre à plusieurs fois pour aller jusqu'au bout de la préparation, mais elle avait fini par y arriver. La volonté avait un grand pouvoir, quand elle était bien utilisée.

Ses pas ralentirent quelque peu quand elle arriva devant l'habitation. La lumière du perron était allumée, illuminant la porte d'entrée et lui souhaitant la bienvenue. De dehors, on entendait de la musique d'ambiance provenant de la maison. Sa mère avait toujours utilisé son vieux gramophone pour imposer un rythme entrainant et mettre fin au silence. Remarquer qu'elle possédait encore cette ancienne habitude dessina un doux sourire sur les lèvres de la sorcière.

Elle était rentrée chez-elle.

Elle toqua plusieurs fois, incertaine de pouvoir rentrer comme ça. Bien qu'elle ait quasiment vécu toute sa vie dans cette maison, une interdiction invisible l'empêchait d'agir à sa guise, lui indiquant de rester courtoise. Émeline se tenait près de la porte, en attendant qu'elle vienne lui ouvrir. Étonnamment, elle pensait qu'elle aurait entendu Poli aboyer au bruit de ses coups, mais aucun signe de sa chienne ne lui parvient.

La porte s'ouvrit avec une lenteur qu'on ne voyait que dans les films.

Le parfum de sa mère fut la première chose qui l'accueillit. Une odeur de cannelle et de citron. Cette senteur réconfortante soulagea un instant le poids qui pesait sur ses épaules. Puis, ce fut des mots, un regard enjoué et un visage qu'elle connaissait parfaitement.

- Mon étoile ! s'exclama Charlotte en se jetant dans les bras de sa fille.

Émeline serra tendrement sa mère contre elle. L'avoir dans ses bras, sentir ses doigts s'accrocher à son dos, gonfla son cœur d'allégresse. Elle se força à ne pas pleurer sous la puissance de son émoi. Quand elles se reculèrent, elle remarqua que Charlotte portait un haut violet. Ce détail accentua son sourire. Voir sa mère sans cette couleur, ce n'était pas elle !

La main de Charlotte vint caresser la joue de sa fille et fut horrifiée en sentant à quel point sa peau était froide.

- Mon Dieu, mais tu es congelée ! Rentre vite ma chérie, tu vas attraper la mort si tu restes plus longtemps dehors.

- Toi aussi tu m'as manqué, Maman.

Elle suivit sa mère à l'intérieur et se secoua pour faire tomber quelques flocons de sa chevelure. Son manteau glissa de ses bras et elle fut entourée par la chaleur de l'habitation. À l'intérieur, la musique était bien plus forte et plongeait instantanément dans l'ambiance des fêtes de fin d'année.

Une odeur de nourriture planait dans l'air, elle vint caresser ses narines et arracha un grognement à son estomac. Cela faisait fort longtemps qu'elle n'avait pas mangé l'un des bons plats de sa mère.

- Que je suis contente de te voir, fit sa mère en accrochant le manteau d'Émeline au porte-manteau. J'espère que tu as faim, j'ai préparé un véritable festin!

L'engouement de Charlotte ravivait celui de sa fille.

- T'as réussi à avoir le temps avec le boulot ?

- Ma collègue a bien voulu me remplacer pour aujourd'hui, je lui ai dit que c'était un Noël assez spécial pour moi, lui répondit-elle depuis la cuisine.

- Spécial, tu dis ? rigola Émeline.

Elle avait une petite idée de pourquoi elle disait ça, mais elle était encore loin du compte. Son regard dériva dans le couloir puis dans les escaliers qui menaient à l'étage. Toujours aucune trace de Poli, inquiète, Émeline s'interrogea.

- Mam', elle est où Poli ?

En premier, il n'eut que le chant des casseroles qui lui répondit, puis, Charlotte passa la tête de l'encadrement.

- Poli ? Elle doit être en haut. Je pense qu'elle est en train de dormir, tu sais qu'elle se fait vieille maintenant.

L'inquiétude qu'elle ressentait diminua un peu, mais persista à demeurer en fond. En lançant un regard vers l'étage, elle avait l'impression que quelque chose clochait, mais il n'y avait pas de raison pour ne pas croire sa mère, n'est-ce pas ?

- Aller, viens, il y a l'apéritif qui nous attend dans le salon, l'invita sa mère qui s'était déjà avancée.

Ses questionnements s'effacèrent en prenant la suite de la marche. Ce n'était pas l'endroit pour chercher un quelconque problème. Ici, c'était aussi son chez-soi. Il n'y avait absolument rien à craindre. Maintenant qu'elle avait enfin l'occasion de revoir sa mère, elle devait profiter entièrement de sa présence. Émeline avait tant à lui partager, entre ses notes, les cours, les rencontres et tous ces moments amusants avec ses protégés...Merlin, elle allait passer toute la soirée à lui parler.

Elle m'avait tellement manqué, pensa-t-elle en fixant son dos tout en passant l'entrée du salon.

Émeline se stoppa sur le pas de la porte en remarquant des présences sur le canapé. Surprise de voir des gens chez sa mère, elle haussa les sourcils et tourna instantanément son regard vers la concernée pour comprendre ce que ça signifiait. Cela devait être une erreur. Bizarre, mais quand même une erreur. Après tout, elles devaient passer les fêtes en tête à tête. C'était ce qui était prévu, normalement.

- Émi, ma puce, je sais que tu ne t'attendais pas à ça, commença Charlotte en s'approchant d'elle pour lui attraper les mains. Mais, pour cette future année qui va bientôt commencer, je...Je voulais retrouver ma famille. Toute ma famille. Alors j'ai pensé que nous pourrions partager ce repas de Noël pour renouer les liens.

Les mots prononcés la rendirent pantoise. De quelle famille parlait-elle ? Sa mère n'avait pas grand monde autour d'elle à part... Émeline regarda les autres invités et put enfin les reconnaître. Ces personnes qu'elle n'avait pas vues durant des années, qu'ils avaient rayées de leur vie pour de très bonnes raisons, se trouvaient là, dans leur salon.

Ses grands-parents n'avaient pas énormément changé. La vieillesse leur avait simplement rajouté plus de rides qu'à l'époque, mais ils restaient assez similaires à la dernière vision qu'elle avait d'eux. Surtout son grand-père, dont le regard était toujours aussi froid. De véritables lames qui tailladaient à chaque fois qu'elles rencontraient une personne.

Un silence glacial se forma dans la pièce. La situation lui paraissait tellement surréaliste qu'Émeline n'avait pas su quoi dire. Que devait-elle faire devant ces...gens ? Il n'y avait pas un monde où elle se jetait dans leurs bras, heureuse de les revoir. En vérité, elle préférait ne plus jamais croiser leur route.

Celle qui brisa ce terrible malaise fut la grand-mère. Elle se leva doucement du canapé, avec une prestance presque distinguée et s'approcha pour la saluer d'un petit sourire crispé.

- Bonsoir, Émeline. Tu as...bien grandi, à ce que je vois. Tu es devenue une belle jeune femme, ne trouves-tu pas, chéri ?

La question lançait comme une sorte de virgule dans cette phrase, ne trouva pas immédiatement de réponse. John, qui se tenait toujours installé dans son fauteuil, gardait son regard fixé sur Émeline. L'adolescente, sous cette pression visuelle, serra fortement les mâchoires. Tout le dégoût qu'elle avait tenté de contenir toutes ces années remontait à mesure qu'elle restait dans cette maison.

- Oui. Très belle , répondit-il en joignant ses mains devant lui, le regard toujours calculateur.

- Eh bien, Émi, qu'est-ce qu'on dit ? l'encouragea sa mère.

C'était une blague ?
Ou un cauchemar ?

Oui, ça devait être ça. Sa mère n'aurait jamais osé lui imposer une telle épreuve. Sans quoi, elle sentait qu'elle allait bientôt défaillir. Dans sa détresse, elle plongea ses yeux dans ceux de sa mère, mais à part y trouver de l'espoir à son encontre, elle n'y vit rien d'autre. Tout ceci était bien vrai. Elle ne rêvait pas.

Durant leur échange muet, elle comprit que ceci importait énormément pour sa mère. Cette demande, bien que colossale, semblait lui tenir. Par un effort surhumain, elle ne quitta pas la pièce et se força à répondre.

- Merci ? fit-elle d'une voix fragile et incertaine.

Elle ne reconnut même pas sa propre voix. La faiblesse qui l'accablait s'était sentie dans chaque lettre qu'elle avait difficilement prononcée. Jamais de sa vie elle n'avait senti une sécheresse pareille dans sa gorge. Ses cordes vocales s'étaient rétractées, devenant de fins fils impossibles à utiliser.

Charlotte, visiblement prête à s'embarquer corps et âme dans cette mascarade qu'était ce réveillon, relança la discussion avec ferveur, au détriment de l'état de sa fille. Elle poussa même Émeline jusqu'à la table pour qu'elle puisse prendre place. Le petit monde vint s'installer à son tour, se mouvant comme un film trouble autour de l'adolescente. La musique, qui tournait toujours en fond, n'arrivait plus clairement aux oreilles d'Émeline. Chaque bruit qui parvenait jusqu'à ses tympans devenait un son indéchiffrable et assourdissant, l'enfermant dans sa propre bulle.

Dans son esprit, les informations s'entrechoquaient contre sa perception du réel. Elle ne parvenait pas à réaliser ce qui se passait. Quelque part, elle cherchait un moyen de se détacher de son corps, de fuir leur présence et leurs iris braqués sur elle. Était-il humainement possible de souhaiter aussi ardemment de disparaître ?

Alors, comment va le monstre ?

- Hein ? réagit automatiquement Émeline en sortant de sa transe.

- Je te demandais comment ça allait les cours. J'ai raconté à tes grands-parents à quel point tu excellais à l'école !

- Oh-Bah..Euh..balbutia-t-elle en serrant ses mains sur ses genoux. Bien. Très bien.

Le semblant de discussion ne volait pas bien haut. Ce n'était pas pour déplaire à la Serdaigle, elle ne souhaitait pas qu'on lui pose des questions. Surtout si elles venaient d'eux...Elle espérait que le dîner allait vite arriver pour qu'elle puisse fuir cet endroit. Une petite pensée pour sa chienne traversa ses pensées, mais elle se convainquit qu'elle reviendrait une autre fois la voir. Là, ce qui importait le plus, c'était de débarrasser le plancher le plus vite possible.

- Alors, toi aussi tu possèdes cette chose ? lança soudainement John en buvant dans son verre de vin.

- Chéri, je ne pense pas que-

- Je ne vois pas le problème, claqua-t-il pour interrompre sa femme. Je ne fais que poser une question pour mieux connaître ma...petite-fille.

Cela avait l'air de lui avoir couté de la qualifier ainsi. En n'ayant pas compris à quoi il faisait référence, elle fronça les sourcils, incapable de lui répondre.

- Tu sais très bien de quoi je parle, jeune fille, rétorqua l'ancien avec cynisme. Cette sorte de bâton avec lequel vous produisez vos diableries.

Diableries. C'était ainsi qu'il parlait de la magie. Elle serra immédiatement les dents pour ne pas lui rétorquer que le seul diable ici n'était autre que lui. En sentant le regard de sa mère sur elle, Émeline garda tout de même son sang-froid et répondit avec plus de mordant que celles auparavant.

-On appelle ça une baguette, pour votre gouverne. Et oui, j'en ai une.

Elle le vit froncer du nez, dégoûté par sa confirmation.

- J'espère que tu ne l'as pas apporté avec toi. Nous n'accepterons plus ce genre de bizarreries dans notre famille.

Elle papillonna plusieurs fois des paupières, incertaine d'avoir bien entendu et surtout, compris, le sous-entendu. Venait-il de dire que sa magie était devenue...proscrite ? De quel droit il se permettait de dire ça ?

- P-Pardon ? réussit-elle à sortir, la gorge d'autant plus nouée.

- Le repas est prêt ! intervint rapidement Charlotte pour couper court à l'échange.

Telle une fusée, sa mère alla chercher les mets qu'elle avait passé l'après-midi à préparer, l'abandonnant avec ses grands-parents. Émeline, inconsciente de la suite qui l'attendait, resta assise, bloquée sur cette fichue chaise, à supporter la pression. Il n'y avait pas une seule seconde qu'elle ne vivait pas comme une désagréable décharge dans son corps.


Je mange vite et je me casse. Je mange ce putain de repas, et je me casse !


Elle allait faire ça. Faire plaisir à sa mère, c'était une chose, mais morfler ainsi, ce n'était pas acceptable. Il était hors de question qu'elle entende encore d'autres conneries de ce genre de cet enfoiré.

- Voilà voilà ! lança sa mère en apportant les plats. J'espère que tout sera à votre goût.

- J'en suis sûre, affirma Eli lui dédiant un sourire courtois.

Alors que Charlotte s'apprêtait à servir la première assiette, son père l'arrêta en toussant volontairement.

- Tu as oublié ce que nous t'avons inculqué, Charlotte ? demanda-t-il d'un œil accusateur. Le Bénédicité doit être prononcé.

Bénédi-quoi ? Non..Ce n'est pas sérieux...


- Oh, désolée, Papa, s'excusa prestement Charlotte d'un sourire timide. Cela fait longtemps que je ne l'ai pas fait, tu comprends, nous ne-

- Alors, il est temps de reprendre les bonnes habitudes dès maintenant. Assieds-toi, je vais le réciter pour ton délicieux repas.

Émeline, démunie, regarda sa mère obéir et lui tendre sa main. Avec horreur, elle comprit qu'elle devait aussi prendre celle de son "grand-père". Il venait de placer la sienne dans sa direction, les doigts tendus vers elle. La répugnance qu'elle ressentait à l'idée de le toucher dut se lire sur son visage, car John lui dédia un rictus rempli de fausse bienveillance.

Silencieusement, elle invoqua le pouvoir des plus grands sorciers passés, les suppliant de lui donner la force d'affronter tout ça sans perdre la tête. Difficilement, elle glissa ses mains dans celles des autres et attendit la suite.

- Seigneur, débuta-t-il les yeux fermés. Bénis ce repas, qui a été préparé avec amour par ma fille, et procure du pain à ceux qui n'en ont pas...

Persuadée que c'était terminé, Émeline comptait retrouver sa main, mais il la retint dans la sienne en resserrant sa prise.

- Seigneur, bénis cette table, et, de par ta divine grâce, lave ma petite-fille de sa souillure. Amen.

Ses oreilles bourdonnèrent. Venait-elle de se prendre un coup ?
Les yeux d'Émeline s'étaient ouverts en grand, elle était éberluée par l'audace de ce vieil homme. Il avait prié Dieu pour qu'il la dépossède de ses pouvoirs. Le choc était tel qu'elle fut seulement capable de le fixer, abasourdie.

- Voyons, Papa ! s'exclama Charlotte.

Il lâcha la main d'Émeline comme si sa peau pouvait le brûler et afficha un regard dur.

- Qu'attendais-tu de moi ? Tu pensais que j'allais rester gentiment assis là et garder près de nous ce démon ? Enfin, Charlotte, j'avais été clair quand tu es venue nous chercher. Elle ne peut pas continuer à être ce qu'elle est.

- C'était à moi de lui en parler, maugréa Charlotte en lançant une œillade contrariée vers son père.

"Elle ne peut pas continuer à être ce qu'elle est". Il venait de dire ces mots sans la moindre gêne et l'avait qualifié de démon. Comment pouvait-elle respirer le même air que cet homme sans vomir toutes ses tripes ? Et que devait-elle penser de la réaction de sa mère ? Elle ne comprenait pas. Pourquoi elle ne la défendait pas ?

- Maman. C'est quoi ces conneries ? fit Émeline, à moitié consciente de l'horreur qui se produisait.

Son souffle commençait à prendre le poids du plomb dans ses poumons. Rien ne pouvait être vrai. Rien. Rien, absolument. Toutes ces odeurs de nourriture, cette musique débile, ce haut violet, le regard désolé de sa mère, tout devait venir de sa tête. Il n'y avait pas d'autres explications.

- Réponds ! s'entendit-elle crier, la voix déraillant vers les aigus.

- S'il-te-plaît, calme-toi , tenta Charlotte d'une voix rassurante tout en venant se mettre à côté d'elle. Je vais tout t'expliquer, mais d'abord, nous allons manger et puis nous pourrons en discuter toutes les deux une fois le repas terminé.

- Si tu ne le fais pas tout de suite, je vais m'en charger, prévint John.

Eli poussa un bâillement, ennuyée par la scène.

- Nous n'allons pas passer toute la soirée, chérie. Vu que ton père a abordé le sujet, tu devrais lui dire, qu'on en finisse.

L'adolescente parvenait à peine à garder les pieds sur Terre. Était-elle encore sur la même planète ? Pour exister dans ce monde, fallait-il vraiment qu'elle subisse ça ?

Charlotte prit une profonde respiration qui avait l'air de lui demander pas mal d'efforts. Elle porta une main derrière la tête d'Émeline et la lui caressa tout en reprenant la parole.

- Je t'aime, ma puce. Mais...Toute cette magie...Je ne peux plus la supporter. Tes grands-parents sont d'accord pour que nous redevenions une famille, tous ensemble. Il suffit juste que tu renonces à utiliser tes pouvoirs.

Chaque fibre du corps d'Émeline se figea à cette proposition.

Abandonner ses pouvoirs ? Renier ce qu'elle était ? Sa mère, sa précieuse maman, venait réellement de lui soumettre cette...folie ? Le cerveau de l'adolescente ne pouvait plus suivre ce qui se passait.

Je suis en enfer


Elle sentit les mains de sa mère se poser sur ses épaules.

- Je t'en prie, mon étoile. Tu pourrais faire ça pour moi ?

Émeline, à cet instant, se liquéfia. Elle n'avait plus la force d'encaisser un tel affront. Une alerte, la même qu'elle avait entendue ce fameux soir chez son père, se mit à raisonner dans sa tête. Les souvenirs de sa première année lui revinrent en pleine face. Ces horribles chasses aux sorcières qui l'avaient terrifiée durant de nombreuses nuits, toutes ces crises d'angoisse qu'elle avait subies à cause d'eux : Les Moldus.

D'un geste brusque, elle se dégagea de la prise de Charlotte et se leva, le visage dégoulinant d'une rage qu'elle n'avait jamais connue auparavant.

- Jamais de la vie, cracha-t-elle au visage de sa mère. Je suis une sorcière ! Que tu le veuilles ou non, j'en suis une ! Et j'utiliserai ma magie jusqu'au jour de ma mort.

Elle passa à côté d'elle en la bousculant et se précipita dans l'entrée pour récupérer ses affaires. La trahison était si vive, marquée au fer rouge sur son cœur, qu'elle se mit à pleurer bruyamment en enfilant son manteau. Chaque pas qu'elle faisait pour quitter les lieux lui arrachait un sanglot supplémentaire.

Passée la porte, elle la claqua sauvagement derrière elle, en empruntant le chemin du retour, les yeux imbibés de ses larmes.

- Émeline ! l'appela sa mère. Attends !

Prise d'une furieuse colère, elle se retourna, la bouche pleine de reproches.

- Que veux-tu de plus ?! hurla-t-elle de toute ses forces. Comment ? Comment tu as pu me demander ça ?! Tu as ramené ces connards dans NOTRE maison ! Alors que tu sais pertinemment ce qu'ils pensent de moi et maintenant toi aussi tu...

Sa voix se brisa au milieu de ses larmes. Souffrir autant était-il possible ? Elle avait l'impression que tout son être s'était mis à se craqueler, se remplir de fissures, et qu'elle allait bientôt s'effondrer.

- Tu ne comprends pas, reprit Charlotte en tentant de l'approcher. Depuis que tu es partie avec ton père...Je n'ai pas su gérer ton absence, ma puce. J'étais toute seule et le fait de retrouver mes parents, ça m'a aidé à avancer. Sans eux, je ne sais pas si j'aurais pu tenir la route.

- En quoi est-ce ma faute ? s'époumona Émeline en brûlant entièrement de l'intérieur. Tu quittes Papa du jour au lendemain, il devient l'ombre de lui-même mais c'est MA FAUTE de l'avoir suivi pour essayer de réparer tes erreurs ? Une moue répugnée se dessina sur sa bouche. Tu te sentais seule et tu es retournée auprès de ces malades pour avoir de la compagnie ? Oh oui, pauvre de toi !

Elle se mit à l'acclamer tout en la foudroyant de son regard.

- Bravo, je n'aurais pas trouvé mieux comme excuse pour justifier ce que je viens de subir, dit-elle avec tout le dédain dont elle était capable. Tu sais quoi ? Ta famille de dégénérés, tu peux te la garder. Je n'en veux pas.

Ce brasier qui pulsait au fond d'elle s'alimentait à chacune de ses réponses. Le flot de ses paroles augmentait à la même intensité que ses flammes.

- Vas-y, Maman, dis à voix haute ce que tu penses de ta fille. Vu que tu es d'accord avec leurs croyances, tu dois bien avoir un avis sur moi. Alors, vas-y ! DIS-LE !


Monstre. Monstre. Monstre. Monstre. Monstre. Monstre.


Elle s'attendait à entendre ce mot maudit. Celui qui s'était marqué dans son âme dès son enfance. Il n'y avait, à ses yeux, pas de parole plus blessante que cette insulte. Pourtant, ce qui suivit fut un gouffre qui se dessina sous ses pieds.

Charlotte, qui était restée silencieuse tout le long de son monologue, releva enfin la tête vers sa fille. Sur son visage était dessiné un air totalement fermé, dont aucun sentiment ne sortait.

- Ce n'était pas une bonne idée de te mettre au monde, répondit-elle d'une voix vide d'émotion. J'aurais dû avorter le jour où j'ai appris que j'étais enceinte de Jonathan.

Une douche froide. Presque létale.

C'était comme si elle venait de se faire poignarder de toute part. Perturbée par la violence de ces mots, elle perdit un peu l'équilibre et tituba légèrement. Un véritable meurtre prémédité.

- Tu le penses vraiment ? murmura Émeline dont la hargne avait été complètement soufflée.

Sa mère continua à la regarder avec ce côté complètement détaché. La portée de ce qu'elle venait de dire ne semblait pas l'inquiéter. Pourtant, elle venait de détruire sa propre fille.

- J'aurais préféré que tu sois normale. Et pas comme...lui, souffla-t-elle presque dépitée. J'ai bien supporté ça durant tout ce temps car je vous aimais, ton père et toi. Mais toutes ces foutues potions qui s'accumulaient dans ma maison, ces sorts qu'il utilisait quotidiennement devant moi. C'était juste insupportable.Elle prit une pause tout en croisant ses bras. Je pensais que j'aurais pu te convaincre de changer, que tu serais assez intelligente pour voir le problème.

Elle se pinça l'arête du nez, montrant une soudaine fatigue et lassitude qu'Émeline ne lui connaissait pas. Mais, au final, est-ce qu'elle la connaissait véritablement ?

- Tu me déçois, finit-elle par lâcher aussi naturellement qu'un bonjour. J'en ai fini avec votre monde et toutes vos conneries de magicien. Si tu ne veux pas changer, alors ne reviens plus jamais.

Le masque était tombé.
Tout comme l'âme d'Émeline qui chutait, sans aucun moyen de se raccrocher à ce qu'elle croyait.
Sa vérité n'était, finalement, que mensonges éhontés.

Sur ces dernières paroles, Charlotte tourna les talons, l'abandonnant dans l'allée. Toujours debout, Émeline tendit une main pour l'arrêter mais rien ne sortit de sa bouche. Elle put seulement fixer son dos s'éloigner puis disparaitre derrière la porte d'entrée. La musique s'entendait toujours à l'extérieur, un air entrainant qui partageait joie et bonne humeur. Au milieu du chemin, la sorcière regarda ses mains, les yeux complètement asséchés.

La neige continuait de tomber doucement sur le monde et venait saupoudrer Émeline de sa fraicheur.

Elle leva la tête vers le ciel et y vit des étoiles scintiller. Leur lumière ne put combler le trou béant qui venait de se former dans son âme. Il n'y avait plus que le néant.
Une délicieuse folie s'empara de sa personne fragmentée. Un rire sonnant faux sortit d'entre ses lèvres et se superposa à la musique de Noël.

Une dernière larme coula sur sa joue frigorifiée.
Elle s'assécha contre sa peau, redevenant poussière.

(4113 mots)

- #066ccb - Coucou Rapeltout -- Son petit Moine Gras -- Préfète InRP de Février 2051 à Juin 2051
Semeuse de Discorde - Projectile de qualité supérieure - Méméline