La famille qui nous choisit
—AVERTISSEMENT - TW
ReducioCette fanfiction fait directement suite à la saga Honor Brando. Il va donc de soi que l'intégralité de cette saga sera spoilée dans celle-ci. Aussi, si vous n'avez pas lu cette saga, et que vous souhaitez conserver la surprise, je vous invite à faire un tour par ici.
Honor Brando - Mission Consilium
Et il va de soi que sans avoir lu le Tome I... vous aurez aussi quelques lacunes, passez faire un tour.
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Certains chapitres peuvent contenir du contenu sensible, notamment, et de façon non exhaustive, de la violence, de la discrimination, des scènes suggestives, lisez avec précaution.
—RÉSUMÉ DU PREMIER TOME
Reducio2064. Plus d'une décennie après la mort de Georges Tuséki, Narcisse Brando trouve son équilibre entre sa nouvelle famille, sa vie de protecteur de Poudlard et d'agent d'intervention auprès de la Nouvelle République Démocratique Sorcière. De nombreux mercenaires sont envoyés contre lui, en vain. Ella débute sa sixième année à Poudlard, lorsque son professeur de DCFM, Archibald Julius, disparaît mystérieusement. Narcisse est dépêché en urgence pour le remplacer par Elina Montmort, directrice de Poudlard, craignant que la disparition du professeur ne soit pas anodine.
Narcisse tente de revêtir du mieux qu'il peut son rôle de professeur, reprenant également le Club Prodigium. Emma, la compagne d'Ella, apprend à le connaître, et les autres membres le découvrent également.
Quelques mois après la rentrée, Julius réapparaît, comme possédé, attaquant Narcisse et tout ce qui passe. Il disparaît dans une explosion blessant Narcisse, laissant mille et une questions. Philipps, l'homme derrière les attaques depuis des années, a engagé Irène Jourov, une mercenaire mortelle, pour en finir avec l'homme qui a ruiné sa vie. Utilisant toutes les ressources à sa disposition, la mercenaire récolte des informations sur Narcisse, préparant son prochain coup...
Six mois plus tard, le quotidien de Narcisse est à nouveau menacé, il devra affronter un ennemi plus redoutable encore que Georges, et surtout, protéger Ella, Dianne, et tous les élèves de Poudlard. Comme il l'avait promis à l'époque, en endossant son rôle de protecteur, il va faire face à des créatures mystérieuses et répugnantes, et trouver son chemin au milieu des émotions qu'il ressent pour Dianne...
—LES PERSONNAGESReducio
***** NARCISSE BRANDO
29 ans, 1m80, yeux et cheveux noir avec une mèche blanche. Couturé de cicatrices, surtout dans le dos. Il porte des lunettes ensorcelées pour réguler son flux magique, et s'habille presque constamment de l'un de ses costumes moldus, spécialement créés pour être résistants, ignifuges, pare-balles, et légers. Il est toujours honnête et droit, le Narcisse que vous connaissez, malgré les horreurs de son passé.
***** DIANNE SHELL
56 ans, 1m65, rousse aux yeux marron. Autoritaire et sagace, têtue qui a toujours raison, elle se remet encore de la mort de son mari et de sa première fille. Toujours habillée de robes ou de jupes longues, aux couleurs chatoyantes mais élégantes, ces dernières seront souvent appairées d'une chemise simple.
***** ELLA SHELL
16 ans, 6A, 1m77, Ella rayonne de sa blondeur déteignant avec ses yeux gris. Radieuse et à l'image de Narcisse sur le plan de la gentillesse, elle demeure néanmoins profondément traumatisée et en quête de personnalité. Impulsive et naïve, elle peut compter sur Narcisse, Dianne, et Klee. Inspirée de sa mère, elle adore les habits simples, mais élégants, préférant, sauf occasion, des pantalons aux jupes et robes.Reducio
***** PHILIPPS SHELL
83 ans, 1m58. Phillips hait Narcisse plus que tout au monde. À ses yeux, il est responsable de la mort de sa petite-fille, le privant ainsi de son emprise sur cette dernière et de sa descendance. Il complote depuis ce jour pour l'éliminer, mettant tous ses colossaux moyens en œuvre pour cela. Intelligent et rusé, cruel et vicieux, il ne reculera devant rien.
***** CEDRIC FERLET
64 ans, 1m61. Le larbin de Philipps, vendu à sa solde, exécutant le moindre de ses ordres. Lâche et couard, il souhaite plus que tout regagner les faveurs de son maître pour échapper à ses craintes.
***** IRENE JOUROV
35 ans, 1m82. Irène est une assassine de renom, aussi insaisissable que redoutable. Engagée par Phillips pour éliminer Narcisse, elle mène ses missions avec brio et plaisir. Puissante, intelligente, sournoise et spirituelle, elle est toujours propre sur elle. Ses vêtements élégants mais solides et pratiques, elle aime cultiver son image, ainsi que plaire et mener par le bout du nez tous ceux qu'elle croise.
***** ELSA KETHA
45 ans, 1m65. Elsa est la Capitaine des Aurors depuis plus d'une décennie désormais. Menant ses troupes d'une main de fer dans un gant de velours, elle sait se faire respecter et est une excellente officière. Perspicace et sage, réfléchie et déterminée, elle ne laisse aucune place aux émotions lors de son travail, ni même en dehors.ReducioEMMA VANDERBERG
Poufsouffle, 7A, 17 ans, 1m70, cheveux longs et roux, yeux marron débordants de vie, athlétique, Emma sait et aime plaire. Imprévisible, capricieuse et douée, elle aime rendre la vie du personnel infernal. Sa vie semble se résumer au club Prodigium et à Ella, qu'elle veut protéger plus que tout. Simple et efficace, son style vestimentaire est plus qu'éclectique.GÉRALD WOOD
Serdaigle, 7A, 17 ans, 1m68, cheveux noir mi-longs, yeux bleu fuyants. Guindé et discret au possible, d'une timidité maladive, son excellente éducation n'entrave pas le moins du monde ses bonnes intentions. Un sorcier pur-souche, excellant dans les sortilèges d'illusion, mais au potentiel offensif quasi-nul.APOLLINE NEETLE
Gryffondor, 5A, 15 ans, 1m73, cheveux courts brun, yeux marron rieurs et doux. Légèrement enrobée, Apolline adore la magie et apprendre. Toujours serviable et souriante, elle s'efface face au moindre conflit, fuyant ce dernier comme la peste. Très déterminée et solaire, elle brille par son sens de l'observation mais ne sait pas prendre de décision.FÉLICIA CARNIS
15 ans, 4A, 1m55, cheveux longs brun, ondulés, et yeux vert, sournois. L'exemple de la Serpentard au sang-pur, arrogante et brillante, prête à tout pour atteindre ses objectifs. Se désintéresse des sortilèges qu'elle considère basiques et excelle dans les sorts offensifs, étant très habile avec sa baguette.ERNEST HUNTLEY
Serpentard, 6A, 16 ans, 1m75, yeux blanc, sans pupille. Aveugle de naissance, placide et sage, Ernest aime la belle magie, la magie de l'esprit. Faible en sortilèges offensifs, il demeure toujours calme en toute circonstances, appréciant la magie du plus profond de son être.ReducioJACK HORNET
Gryffondor, 6A, 16 ans, 1m78, brun aux yeux bleu. Très maigre, presque squelettique, voire maladif sur les bords, sa taille fait qu'on le surnomme la fermeture éclair. Il ne brille pas par son intelligence, mais son humour, il aime faire rire les autres, même à ses dépends.VALENTINE TRILONAY
Serdaigle, 6A, 16 ans, 1m69, cheveux noir ondulés avec des mèches bordeaux, yeux brun. La véritable intello, la ratte de bibliothèque, doté d'un esprit agile mais trop premier degré, et très légèrement froussarde sur les bords.WILLIAM KNOTTS
Poufsouffle, 6A, 16 ans, 1m70, yeux marron sombres, blond. Beau et poli, maniéré et strict, presque psychorigide, il n'en demeure pas loyal et protecteur, ainsi que courageux. Gentil malgré son statut de préfet, il s'accroche néanmoins à la recherche de la vérité.
SOMMAIREReducio
Dernière modification par Narcisse Brando le 29 mai 2026, 10:38, modifié 3 fois.
La famille qui nous choisit
PROLOGUE
| ***** | ***Les trois Piliers dirigeant désormais la société sorcière n'ont pas encore trouvé leur rythme de croisière. Ils vacillent, trébuchent, et bafouillent davantage que les anciens ministres du Conseil des sorciers. Les premières années de la Nouvelle République furent ardues, tant elles se heurtèrent aux protestations de l'Ancien sang, les Sang-Pur. Nombre d'émeutes menacèrent d'émerger, et ne furent évitées que grâce à la sagacité, la rigueur, et l'efficacité de la nouvellement nommée capitaine du bureau des Aurors, fraîchement réinstitué. Elle mit au pas les récalcitrants, et voua sa carrière à maintenir la stabilité de ce nouveau régime, désireuse de rendre honneur au Protecteur de Poudlard et à ses sacrifices. |
***** |
𓇼
Elsa Ketha avait depuis toujours le respect de ses subordonnés.
« Je veux deux Aurors dissimulés en Mirarum en flanc, qu'on catalyse immédiatement les sortilèges anti-transplanage, évacuez le village. »
Son ton était dur, presque froid, pour qui ne la connaîtrait pas. Ses gestes précis, méticuleux, ponctuaient ses ordres donnés sans la moindre hésitation. Elle connaissait son métier, elle était ressortie major de sa promo à l'examen de stratégie militaire de la Grande École des Arts du Duel. Elle connaissait chacun de ses hommes, savait leurs forces et leurs faiblesses, et savait organiser ses opérations en conséquences.
Six mois après l'attaque de Poudlard par le spectre de Julius, l'enquête semblait enfin toucher à son but. Ce fut avec un embarras certain lorsque la capitaine découvrit la fuite d'information venant du bureau des sorciers hors normes. La mise en garde de la directrice Montmort avait longuement résonné en elle, au moment des interrogatoires méticuleux de chacun et chacune de ses membres. Kylo Kled, l'homme qui avait découvert la preuve de la copie d'un rapport, avait été placé sous contrôle judiciaire, par précaution. Brando avait soigneusement été laissé à l'écart, et n'avait pas été tenu informé des avancées de l'enquête, pour la sécurité de tous.
Le Bureau n'avait pas encore été démantelé, mais après une telle débandade, il ne faisait que peu de doutes quant à son sort. Elsa serait la première à faire pression pour sa suppression, une fois l'enquête terminée, refusant l'éventualité qu'à nouveau, un tel incident puisse se produire un jour.
« Dressez les barrières magiques, que personne ne sorte, ni ne puisse approcher. »
Cédric Ferlet avait été malin. Au nez et à la barbe de tous, Elsa avait découvert que depuis six ans, il copiait les rapports du Bureau et les revendait au plus offrant. Ses collègues n'y avaient pas cru, au début, l'homme n'aurait selon eux aucune raison valable de commettre un tel acte. Et elle aussi, avait douté, jusqu'à la découverte d'un des laboratoires de l'homme vieillissant. C'est d'ailleurs l'un d'entre eux, qu'aujourd'hui, elle s'apprête à prendre d'assaut, accompagnée d'une compagnie d'Aurors.
Le motif demeurait nébuleux, mais simple, Cédric Ferlet avait tout simplement eu besoin d'argent. Appâté par des offres provenant de plusieurs groupes de sang Anciens radicaux, il s'était finalement retrouvé embrigadé dans les rouages d'une machine infernale. Après avoir cédé une première fois, ils s'étaient assurés de leur emprise sur ce dernier, l'empêchant de se dénoncer, et encore moins de refuser leurs demandes. Tout cela, Elsa en avait également douté, malgré les preuves accumulées. Le profil de l'homme ne semblait pas correspondre. Trop lâche, trop discret, trop réservé, trop prévenant, mais non plus à l'excès, un homme en apparence équilibré.
Ses réflexions furent interrompues par la lumière du dôme protecteur qui se dressait autour de la maison isolée du village de Mochdinam. Une petite bourgade perdue au milieu du Pays de Galle, dépassant avec peine les 300 habitants. Tous les indices convergeaient. Obtenir l'adresse du lieu de rendez-vous habituel avait été ardu, et ils n'y étaient parvenu que grâce à une erreur de Cédric.
« Major, du mouvement à l'intérieur ?
— Négatif mon capitaine.
— Renforcez vos sortilèges, je ne veux qu'une autre de ces putains de marionnettes vous saute à la gorge. »
Le groupe se dispersa derrière les barrières magiques. Depuis six mois, les interventions s'enchaînaient sans jamais en voir la fin. Si les indices récoltés étaient toujours minces, Elsa n'abandonnait jamais, et pouvait même se féliciter de n'avoir essuyé aucune perte. Jusqu'à il y a quatre mois, où un adjudant s'était fait carboniser par une marionnette. Un sang Ancien, d'une grande famille, ou ce qu'il en restait, porté disparu un petit mois avant l'incident. Ce fut l'erreur de Cédric.
Il avait révélé les expériences des familles du sang Ancien. Combinant leurs fortunes respectives, ces magnats avaient mis au point des armes redoutables, et Archibald Julius, l'ancien professeur de défense contre les forces du mal, fut le premier cobaye. Le premier cobaye connu, pensa Elsa en aparté. Depuis, les Aurors redoublaient de prudence, et avaient pu remonter la piste de cette magie singulière. Les marionnettes, ils les avaient appelés. Dépourvues en apparence de toute âme, de toute émotion, uniquement mues par un ordre gravé dans ce qui restait de leur être, vouées dans tous les cas à terminer leur existence dans une explosion magique catastrophique. De véritables bombes à retardement, et Merlin savait combien d'autres expériences ces fous de la baguette avaient mis au point.
« Capitaine, l'évacuation est terminée, les doubles Protego sont en place.
— Attendez un instant... »
S'approchant de la porte close, qu'elle devinait protégée par un puissant sortilège, Elsa s'accroupit au niveau de la serrure. Il les avait pris par surprise, il leur était impossible de transplaner. Pris au piège, l'animal devient dangereux. Peut-être n'attendaient-ils que leur entrée pour tout faire exploser. Pivotant vers un petit homme, fin comme une branche, pâle comme un linge, elle braqua sur lui ses yeux marron.
« Brigadier, vous ressentez quelque chose ?
— N... non, mon capitaine, tout est silencieux à l'intérieur. Ils ont dû lancer des sorts anti-détection... Mais c'est étrange quand même. »
Oui... c'était étrange, car le brigadier Lafarge était un petit génie de la détection des flux magiques. Tout fraîchement débauché de la GEAD, il avait été spécialement mandaté pour cette enquête. Un démineur magique, en quelque sorte. Et en temps normal, aucune protection magique ne pouvait tromper ses sens.
Aussi, Elsa se redressa brusquement, dégainant sa baguette, pour elle-même tenter de faire sauter la protection magique.
« Aberto. »
Ses hommes n'avaient pas attendu son échec pour venir l'assister. Elsa était peut-être une brillante meneuse d'hommes, mais une bien piètre sorcière. Pour autant, elle ne comptait pas un seul instant sur l'indulgence de ses subordonnés pour faire son travail à sa place, et testait toujours ses limites avant de déléguer. D'un rapide geste du pouce, elle désigna les fenêtres teintées, plantant deux hommes devant chacune d'elles. Du poing, elle regroupa le reste devant la porte, couvrant les sorties potentielles. Puis, exécutant un signe avec son index et son majeur regroupé, elle pointa une portion du mur longeant la rue.
L'adjudant-chef Milio dégaina sa baguette et laissa libre cours à sa magie explosive. Ouvrant une brèche dans le mur aussi facilement que s'il s'agissait d'une feuille de papier. Un deuxième homme, accroupi à ses côtés, catalysa trois Lumos Sagitta, éblouissant ainsi les occupants à l'intérieur. Elsa se précipita, ouvrant la marche, suivie par sa compagnie, toutes baguettes dehors.
« AURORS ! Mains en l'air, visage contre... »
Au milieu des débris et de la poussière retombant, laissant filtrer les rayons des Lumos, un silence de mort s'abattit parmi les Aurors qui, immobiles, laissèrent retomber leur baguette.
Au milieu de la pièce, désormais éclairée par la magie qui perçait au-travers des ombres, gisait un tas de corps ensanglantés, déchiquetés, étripés. Deux Aurors vomirent subitement en se détournant. Elsa décomptait déjà les morts en s'approchant, le visage grave. Certains membres des corps avaient été sectionnés, des marques énormes saillaient, certains avaient rampé un mètre avant d'être à nouveau traîné au centre du charnier. Des corps tordus dans des positions contre-natures, toute la scène témoignait d'une sauvagerie démentielle. L'odeur du sang empestait, la décomposition avait commencé, et les mouches trouvèrent enfin leur chemin, maintenant que les protections magiques avaient volé en éclats.
Elsa fut la première à retrouver son sang-froid, et parcourut la pièce du regard à la recherche d'une menace. Le cœur battant, ses yeux agiles perçaient le silence, en vain à première vue.
« Détection.
— Oui capitaine : hominum revelio. »
Une bulle translucide s'étendit autour d'eux, infime surface lumineuse allant chercher dans les moindres recoins de la maison désormais tombale. Ils patientèrent, regroupés désormais autour de leur capitaine, ayant pour la majorité recouvré leurs esprits. La tension était palpable, les visages crispés, à tel point qu'Elsa dut déposer une main sur l'épaule du cadet de l'escouade.
« Expirez.
— Oui capitaine. »
Cet ordre simple à exécuter, élémentaire, permis à certains de se relâcher. Une minute s'écoula, puis deux, en parfaite immobilité. Tous attendaient les ordres, et aucun n'envisagea une seule seconde de prendre une initiative, se reposant pleinement sur leur capitaine. Cette dernière s'apprêta à lever l'état d'urgence d'un geste de main.
« MOUVEMENT ! »
Elsa ne se blâma que le temps d'un clignement d’œil. Le reste de son attention fut immédiatement détournée pour répondre au hurlement guttural de son caporal se faisant déchiqueter.
« FORMATION TROIS ! Sortilèges létaux ! »
Comment avait-elle pu être aussi stupide ? Comment avait-elle pu croire un seul instant que la scène de crime était sécurisée ?
« BESTIOOOOOLE ! » Hurla un Auror, avant se faire ouvrir la poitrine.
Hominum Revelio ne détectait que les êtres humains, pas les monstres. Pas la créature qui bondit hors du tas de cadavres sous lequel elle s'était dissimulée, attendant le moment opportun pour bondir. Elle acheva l'Auror blessé, faisant gicler le sang de toute part, rugissant d'un cri strident lorsqu'elle arracha son bras avant de le projeter contre le mur. Les sortilèges fusèrent, matraquant l'abomination qui se téléportait de droite à gauche pour les éviter. Trois mètres de longueur, mélange entre serpent et coq, à la tête de lion, Elsa cherchait le point faible sans s'attarder sur l'horreur qui envahissait ses veines. Ses hommes hurlaient, de peur, de terreur, de détermination, aboyant des injonctions futiles, au lieu de concentrer leur feu. Les deux pattes postérieures de la Bestiole, branches cinglantes d'écailles et de griffes, tailladèrent deux autres Aurors, éventrant leurs boyaux hors de leur corps.
Ce fut ici que la capitaine vit l'ouverture.
« Visez l'abdomen lorsqu'elle se redresse ! MAINTENANT ! »
Un Deprimo heurta de plein fouet les écailles qui se distordirent sous l'impact. Creusant un trou dans la cage thoracique de la Bestiole, cette dernière laissant échapper un sifflement acéré, avant de s'effondrer sur elle-même, recroquevillée, spasmodique, avant de s'immobiliser.
La gorge de la capitaine était sèche comme du parchemin, lorsqu'elle se redressa pour immédiatement éclairer le reste de la zone. Une Bestiole présente, pourquoi pas deux ? Ses hommes la suivirent avec un temps de retard, tremblants et pâles.
« Sécurisez-moi ce putain de bâtiment. Retournez tout. Baguettes au clair, n'hésitez pas. Exécution ! »
La moitié de son escouade se dispersa. À l'étage, au sous-sol, retournant la pièce dans laquelle ils se trouvaient actuellement. Au milieu du brouhaha du travail en cours, les médicomages accouraient, impuissants face aux plaies causées par la Bestiole. Ces saloperies infligeaient des blessures à l'effet comparable à la magie noire, rendant tout soin magique inopérant...
Les Bestioles. Des abominations cauchemardesques, présentes désormais sur la plupart des sites reliés à Cédric. Elles avaient toujours été inoffensives, et mouraient systématiquement quelques jours voire quelques heures après leur découverte. Création du démon, mélange alchimique ou magique, fusion de plusieurs parties de corps animales, magiques ou moldues, vivantes ou mortes-vivantes, énormes ou minuscules, en faire l'inventaire revenait à tenir un cahier de fantaisie. Jamais l'idée qu'elles ne puissent un jour se révéler dangereuse n'avait effleuré l'esprit de la capitaine. Et cette imprudence venait de coûter la vie à trois de ses hommes. Personne ne l'en blâmerait jamais, car nul n'avait jusqu'à présent envisagé que le sortilège de détection puisse avoir un tel défaut. Il détectait les marionnettes, mais pas les Bestioles, voilà une conclusion qu'elle devait se hâter de partager à l'état-major.
« Capitaine...
— Quoi ?
— Vous... votre visage...
— Oh. »
Elsa essuya le sang de ses paupières, de son front, et de ses joues. Elle ne l'avait même pas senti être projeté sur elle. Ses traits étaient durs, éteints de toute émotion, tandis qu'elle se tenait d'un bloc au centre de la boucherie. Refusant d'attendre, toujours prompte à l'action efficace, elle se détourna pour fouiller le tas de cadavres éventré par l'assaut de la Bestiole. Son esprit radical et discipliné faisait le compte des morts, inventoriant les noms qu'elle identifiait, retenant les visages de ceux qu'elle n'identifiait pas.
Elle retourna une tête, et se figea en la reconnaissant.
« Merde... »
*
*****
*****
« Vous êtes certaine que c'était Ferlet ?
— Positive, mon colonel. »
Le petit homme rajusta sa position sur son siège, dissimulant le bas de son visage derrière ses mains jointes. Son bureau, impeccablement organisé, au carré, dépourvu du moindre élément superflu, affichait, dispersées sur le bois, les photos de la scène sanglante d'où Elsa revenait.
Le colonel Terence Teneki, dernier intermédiaire avant les trois piliers, ne manifestait pas le moindre signe de nervosité, ni même de surprise, et encore moins d'empathie lorsqu'il glissait son regard sur les images. Elsa l'avait toujours admiré pour cela, elle cherchait secrètement à lui ressembler, mais en cet instant, elle aurait souhaité qu'il manifeste ne serait-ce qu'un froncement de sourcils. En vain. Il se redressa, elle carra les épaules, ses mains derrière son dos. Son uniforme encore ensanglanté, elle s'était précipitée pour faire son rapport, sans même prendre la peine de se changer, ni de se laver. Ses hommes étaient probablement encore en train de nettoyer la maison, qui serait probablement condamnée pour une durée indéterminée, le temps que le tribunal la revende aux enchères.
Dans le bureau trônaient des diplômes, des trophées, des photos de service, parfaitement encadrées. Pas une trace de poussière sur les meubles sobres et dépourvus de décoration superflue. Un homme à l'intelligence acéré, qui avait servi sous l'ancien régime, mais dont les convictions politiques se résumaient à celles au pouvoir en place. C'était d'ailleurs pour cette raison qu'il était encore en poste aujourd'hui, son efficacité et son érudition absolue du corps militaire sorcier étant trop indispensable pour se passer de lui. D'un âge méconnaissable, tant il entretenait sa forme par la magie et les potions, Elsa savait cependant qu'il n'était pas de ce siècle.
C'était tout ce qu'elle savait de lui, par ailleurs.
« Repos capitaine. Bon... Qu'est-ce que c'est que ce carnage ? Expliquez-moi.
— Oui mon colonel. L'opération se déroulait comme prévu, jusqu'à ce qu'une Bestiole ne prenne d'assaut mon escouade. Une lacune du sortilège de détection nous a empêché de l'identifier, je n'avais pas envisagé cela. Une ombre passa dans ses yeux. Trois morts, aucun blessé.
— Je vois... Je demanderai au secrétariat à l'Innovation magique de créer une variante de ce sortilège. »
Elsa savait comment rendre compte au colonel. Il connaissait par cœur le déroulement de toutes les opérations en cours, et raconter ce qui s'était passé normalement ne l'intéressait pas. Seuls les ratés valaient l'effort d'être mis dans un rapport oral. Il l'invita d'un geste de tête à reprendre.
« Vous avez fait le compte des morts ?
— Oui mon colonel. Elle inspira, troublée. Et... je l'ai reconnu. Cédric Ferlet. Décapité, de façon impeccable par ailleurs.
— Dites-moi le fond de votre pensée. Demanda-t-il en parcourant à nouveau d'un air nonchalant les photos et la liste de noms.
— Mon colonel, la blessure était trop propre pour avoir été causé par la Bestiole.
— Conjecture ?
— Aucun examen de la blessure n'a pu être réalisé. Les effets de la Bestiole, ou d'une magie noire. »
Le colonel ne s'étonna pas de trouver le nom de Phillips Shell accompagné de la photo de son cadavre parmi les victimes. Le patriarche était connu comme l'un des sang Anciens les plus dangereux, malgré sa discrétion. Secrètement, Elsa était satisfaite de le savoir mort, et rassurée de se dire que toutes ses accusations silencieuses lui donnaient finalement raison. Phillips avait toujours été soupçonné de faire partie de ceux qui finançaient les mercenaires attaquant Brando.
Terence inspira profondément en s'asseyant au fond de son fauteuil. Ses doigts tapotaient le bois du bureau, son esprit s'échinant à dessiner les liens, contourner les formes des idées, déceler les failles et reconnaître les supercheries. Et Elsa n'était pas dupe, à lui autant qu'à elle, un goût amer demeurait au fond de leur gorge. Cédric avait passé les six derniers mois à leur filer entre les doigts, de façon magistrale, et à les faire tourner en bourrique. Sa mort collait avec les éléments du dossier : un vieil homme, poussé à bout par ses vices et ses erreurs, qui a employé les fonds accumulés par son marché pour tenter d'y mettre fin.
La seule véritable inconnue du dossier demeurait encore et toujours les Bestioles, ainsi que les marionnettes. Aucune piste solide ne tenait, et peu de sorciers pouvaient se prétendre assez experts pour ne serait-ce que disséquer ni les créatures ni les marionnettes afin de les examiner. Sans compter que les traces de magie rendaient la majeure partie des recherches impossible... Elsa les avait mis sur le compte d'un scientifique fou, engagé par les sang-pur pour s'armer d'un type d'arsenal différent.
« Bien. »
La voix sèche du colonel mit fin aux réflexions discrètes des deux officiers. Regroupant les clichés, il les tendit à sa capitaine, d'un air presque satisfait.
« Je pense que nous pouvons désormais clôturer cette enquête, capitaine. »
Les réflexes d'Elsa la poussèrent à obéir. À attraper les photos, les plaquer sous son coude, et à se mettre au grade à vous. Mais si son corps avait exécuté l'ordre, son visage distendu attira l’œil du gradé. Il attendait une obéissance totale, mais savait la conditionner à de subtiles discussions, réservées à ceux qu'il pensait méritants.
« Oui, capitaine ?
— Mon colonel, je... Elle hésita, son regard alterna entre le bureau et celui de Terence. Et si nous nous étions fait avoir ? Et si... Je ne sais pas, tout paraît trop parfait. Nous poursuivons pendant six mois un revendeur d'informations, totalement banal, mais sommes incapables de lui mettre la main dessus. Toutes les pistes convergent, tous les éléments s'emboîtent, et comme par hasard... au moment de l'opération finale, le suspect est retrouvé mort, visiblement tué par les mêmes personnes qui l'employaient. Ces employeurs eux-mêmes, morts, des grands noms du sang Ancien, les grands noms de nos listes, ceux que nous tenions à l’œil. Un silence. Mon colonel. »
Elle savait qu'il l'écoutait avec attention. Ce qui rendit par ailleurs son discours d'autant plus angoissant pour elle. Elle contestait un ordre direct de classer une procédure en cours, et se permettait de semer le doute sur les conclusions de son supérieur. Mais elle ne pouvait se résoudre à mettre de côté ces réserves, car Elsa se rassurait en sachant que son supérieur préférait les entendre de vive voix. Ce dernier inspira en silence, cligna des yeux une fois, puis deux. Il n'était pas grand, mais envahissait l'espace de son silence, avant de s'accouder sur son bureau de chêne.
« Je ne sais pas si perdre trois hommes est ce que j’appellerais "parfait". Tout pourrait se résumer dans le fait que vous aviez vu juste durant votre enquête. Votre cible avait réussi à extraire des informations classées secret défense durant six ans, ce n'est pas ce que j'appelle banal. Une inspiration, il glissa son pouce sur le dos de sa main. D'autant que vous avez un problème bien plus pressant. Ces Bestioles et ces marionnettes.
— Mais, mon colonel... Tenta-t-elle de protester.
— Il suffit, capitaine. Coupa-t-il d'un ton tranchant. Brando peut parfaitement se protéger seul, le bureau de surveillance étant inopérant, il ne risque plus de fuite de ses secrets. Vous clôturez l'enquête, et ouvrez celle sur les Bestioles et les marionnettes. Je veux ces horreurs hors du paysage britannique, vous comprenez, capitaine ? Informez-en Brando, qu'il puisse reprendre ses activités, plus il sera occupé à jouer les professeurs, moins il sera dans nos pattes. »
Un silence. Répondre par un silence était inenvisageable pour Elsa, qui était habituée à répondre parfaitement, au quart de tour. Une excellente soldate, qui dut se forcer à déglutir avant de répondre, la gorge nouée. Elle savait qu'il avait raison, et savait qu'il n'était pas dupe. Il croyait en partie les doutes de sa subordonnée, mais ne pouvait se permettre de gaspiller de précieuses ressources à courir après des chimères. Pas quand une menace réelle et inconnue hantait le paysage des îles de Grande-Bretagne.
Il la congédia d'un salut militaire, qu'elle rendit de façon impeccable, avant de se détourner pour prendre la porte. Le colonel Terence lui avait ordonné de faire un rapport à Narcisse, mais elle doutait. Et si elle se trompait ? Et s'il se trompait ? La terreur de jouer à un jeu dont les règles lui échappaient, d'agir à l'aveugle... Elle tenta de faire taire ces voix, mais les racines de l'ombre s'étaient déjà implantées dans son esprit.
Elle n'avait d'autre choix que de suivre les ordres. Le colonel avait raison, Narcisse était suffisamment fort pour se défendre seul, et elle passa ses derniers pas avant de transplaner à se convaincre qu'elle n'était pas inquiète.
La famille qui nous choisit
CHAPITRE I
UNE NOUVELLE JOYEUSE ?
UNE NOUVELLE JOYEUSE ?
| ***** | ***La magie noire et la médicomagie ont toujours été les deux faces d'une même pièce. S'opposant en tout point, l'un prenant parfois, au cours de leur existence, le dessus sur l'autre, jamais ils n'ont pu se démêler. Bien que de nombreux progrès aient été faits en matière de médicomagie, l'impact de la magie noire demeure toujours l'ultime obstacle. Toute plaie causée par une telle magie met à rude épreuve même la plus expérimentée des médicomages. Et toujours il subsistera une cicatrice, non seulement physique, mais ancrée dans l'âme de la victime. De surcroît, il est impossible pour les soigneurs de procéder aux examens magiques habituels en cas de telle blessure, y compris post-mortem. Seuls les cinq sens humains permettant leur examen superficiel, les erreurs de diagnostic sont monnaie courante. |
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𓇼
L'odeur des potions désinfectantes imprégnait délicatement les draps et les tentures des ciels de lit. Fuyante, sous le mois de mars finissant, l'humidité s'échappait par les fenêtres entrouvertes, permettant au doux courant d'air de chasser les senteurs trop insistantes. Les premiers oiseaux, revenant de migration, chantaient aux abords du château, emplissant l'infirmerie de la légère mélodie qui rythmait l'endroit. Bruits de pas de l'infirmier, toussotements d'un élève grippé, ou les petits chuchotements de deux voisins de lits, Dianne les connaissaient tous. L'ancienne médicomage terminait son geste de baguette, cicatrisant en un éclair la plaie légère d'un première année un peu trop impulsif.
« Wooooh ! Z'êtes trop forte madame ! Avec vous, j'pourrais me blesser tous les jours !
— C'est imprudent, Alan. Même mes dons sont limités, il semblerait que je ne puisse rien faire pour remplir ta petite tête vide. » Répondit-elle d'un petit sourire amusé.
Le petit Gryffondor avait bien mérité sa maison. Encore plus tête brûlée que Narcisse à son jeune âge, il passait sa vie à gambader et à courir partout où il le pouvait, mais également où il ne le pouvait pas... Émerveillé par la plus petite manifestation de magie, son énergie semblait ne jamais se tarir. Escalader les arbres, plonger dans le lac, ou encore s'accrocher aux recoins des murs et aux gargouilles n'étaient qu'une infime liste de ses petits méfaits. Rengainant sa baguette et se redressant, Dianne pressa de son index la poitrine du petit blond, toujours souriante, avant de poser ses mains sur sa blouse blanche. Aucune mèche de ses cheveux roux ne s'échappait de son chignon magiquement tressé.
« Je te garde en observation jusqu'à la fin de la matinée.
— Oh nan ! J'voulais y retourner moi !
— Justement. »
Elle gloussa au rire cristallin d'Alan, déposant son index sur ses lèvres avec un petit clin d’œil. Il comprit : les autres patients de l'endroit commençaient déjà à s'agiter sous l'énergie beaucoup trop démonstrative du petit garçon. Aussi se força-t-il à se blottir sous sa couverture, la glissant jusque sous son menton, opinant du chef d'un air fort satisfait. Délaissant son petit patient, Dianne s'éloigna d'un pas lent, son regard inquisiteur remettant en place les tentatives de discussion dépassant un niveau sonore trop élevé. Elle était incapable de se départir de son sourire, alors qu'elle comptait les lits pleins, surveillant les éventuels besoins des élèves. Aucune pensée autre que celles tournées vers son travail n'occupait son esprit, mais elle se demanda où pouvait être Ella en cet instant. À cette heure-ci, elle devait être...
C'est là qu'elle fut frappée.
Se figeant sur place, elle jeta un nouveau regard à sa montre. Bientôt onze heures passées. Toute une matinée écoulée, et Dianne n'avait pas pensé une seule fois à Ella. Ou plus exactement, elle ne s'était pas inquiétée pour elle une seule fois. Elle n'avait pas non plus pensé à Tiffanie, ni même à William, son défunt mari. Pas même à Narcisse. Une boule de culpabilité étreignit sa gorge, une courte seconde, avant de se dénouer pour laisser passer le soulagement. Cette impression de flotter sur un petit nuage, à l'intérieur d'une bulle de savon. Un moment si fragile que la moindre réflexion, la moindre idée, la plus petite respiration, aurait pu le briser. Elle en profita aussi longtemps qu'elle le put, avant de se faire interrompre par un capharnaüm reconnaissable entre mille.
« Dianne ? Dianne ! »
Le claquement de porte contre le mur fit bondir tous les éveillés et réveilla tous les endormis. Narcisse bondit en s'engouffrant, ses yeux se déposant immédiatement sur Dianne pour s'approcher d'elle, l'air tout retourné. Elle aurait pu y être sensible, s'il ne venait pas de briser sa petite bulle de confort, perturbant au passage tous ses patients ! Il eut à peine le temps d'ouvrir la bouche.
« Oh Dianne, fallait que j'te... mmh ! »
La main de la rousse se plaqua sur les lèvres du professeur, son visage rouge d'une colère passagère.
« Par Merlin, moins fort ! »
Il s'immobilisa, la main levée, l'index légèrement dressé, jetant un regard autour de lui, la main de Dianne lui clouant toujours le bec. Toutes les paires d'yeux le foudroyaient en cet instant, et s'il n'avait pas été Narcisse, aucun éclat d'amusement n'auraient percé à l'intérieur d'elles. La médicomage s'empressa de les réprimander d'un regard dont elle avait le secret.
« Ne l'encouragez pas ! »
Même l'indulgence dont ils faisaient preuve était déjà de trop pour elle. Et ce, même si elle-même devait se retenir de ne pas sourire. Voir le visage de Narcisse se décomposer en réalisant son idiotie valait tout l'or du monde, elle savait pertinemment qu'il n'y avait pas pensé une seule seconde, mais qu'il se blâmait comme un beau diable.
« Mhm... Mh, pardon...
— J'ai dit chut ! Tu viens maintenant ! »
Autant pour l'éloigner de ses patients que pour chasser les picotements qui avaient saisi sa main lorsqu'il s'était emparé de la sienne pour l'éloigner de sa bouche, Dianne le chassa de l'infirmerie en le poussant sans ménagement. Et ce, sous les yeux médusés des étudiants bouche-bée de voir le professeur Brando se faire malmener par cette petite femme. Bouches bées, mais pas réellement surpris, ils savaient l'affection mutuelle que se portaient les deux adultes. Inconsciemment, ils étaient peut-être perturbés par le fait de voir quelqu'un pouvoir toucher le professeur de façon aussi légère, sans qu'il ne se braque ni ne perde son sourire. Un claquement de doigts les ramena à la réalité.
« Au lit, jeunes gens ! Dormez ou je viens vous assoupir d'un coup de baguette. »
Franchissant dans le même temps la porte du couloir, elle la ferma derrière elle, s'y plaquant, comme pour empêcher Narcisse d'y retourner. Elle expira longuement, avant de fixer le professeur d'un regard qu'elle voulut noir. Sa petite moue peinée lui coûta tous les efforts du monde pour ne pas sourire, elle devait d'abord lui passer un savon en bonne et due forme. Ses bras se croisèrent sur sa poitrine, sans un mot, se contentant de hausser ses inquisiteurs sourcils.
« Hrm... pardon, pardon ! Je, euh... j'ai pas fait exprès... c'est pas sérieux hein ?
— Non, en effet. Répondit-elle en se pinçant les lèvres.
— Oh, ça t'a irrité, désolé vraiment, j'ferai attention les prochaines fois ! »
Elle lui décocha un léger coup de pied au tibia, cédant enfin à la douceur qu'elle voulait laisser sortir depuis l'instant où elle l'avait revu.
« Là, c'est bon ! Je ne pense même pas qu'ils t'en veuillent, pas à toi. Bon... elle l'empêcha de parler en levant la main, qu'y avait-il donc de si urgentissime pour venir perturber la convalescence de tous ces petits patients ?
— Hein ? Oh, oui ! Euh... Purée Dianne, j'viens d'avoir l'information, c'est Elsa. »
Une drôle de tension perça brusquement sous le sourire de Dianne. Ce nom signifiant immanquablement que le sujet de l'enquête en cours allait être abordé. Peu de rapports avaient été remontés jusqu'à elle, et elle savait que Narcisse n'en avait pas reçu davantage qu'elle. Ses pensées se bousculaient, tandis que ses lèvres entrouvertes laissèrent échapper un mince filet d'air. Une dernière déglutition, elle s'apprêtait à hocher la tête pour l'inviter à continuer, lorsqu'un élève passa en courant dans le couloir. Si Narcisse ne fit que le regarder d'un sourire en le saluant, elle se raidit, et agrippa sa main fermement.
« Pas ici, viens. »
Rajustant ses lunettes au dernier moment, Narcisse n'eut d'autre choix que d'emboîter le pas à Dianne qui trottina jusqu'à une petite porte au détour d'un couloir. L'une des nombreuses petites pièces dissimulées du château, recoin favori des blagueurs ou des amoureux voulant se dissimuler des regards. Laissant la porte entrouverte pour filtrer la lumière, la rousse prit une grande inspiration en dissimulant la rougeur qui venait soudainement d'envahir son visage. Qu'est-ce qui lui avait pris ? Et Narcisse qui, lui, ne semblait pas plus dérangé que ça par la situation, visiblement seulement perturbé par la discussion qu'il s'apprêtait à tenir avec elle.
La pièce était petite, seulement deux petits mètres de surface, la forçant à s'adosser au mur opposé à lui, les bras croisés sur sa poitrine, essayant de taire les battements de son cœur allant grandissant.
Le souffle de Narcisse, lorsqu'il expira avant de parler, la fit frissonner de nouveau. Elle ne le distinguait qu'à peine.
« Ok... En gros, Elsa a retrouvé Cédric, mais mort. Et y'avait plein d'autres morts avec lui, que des sang-purs qui... qui me... enfin, qui m'en voulaient quoi. C'était une Bestiole, elle a aussi attaqué les Aurors, c'était horrible...
— Merlin...
— Et, euh... et l'enquête est terminée, Dianne, Elsa m'a dit que c'était fini avec lui, mais en fait, c'est pas le plus important... Il bafouillait sans que la rousse ne comprenne pourquoi.
— Et qu'est-ce qui pourrait être plus important que ce que tu viens de me dire ?
— C'est... c'est Phillips, il était avec les morts. »
Les mots tombèrent comme un couperet. Incrédule, au début, refusant de se laisser aller à l'espoir que cette nouvelle soit vraie, elle ne put laisser son doute en suspension bien longtemps. Si Narcisse avait eu l'information d'Elsa, elle pouvait être quasiment certaine qu'elle l'avait observé de ses propres yeux. Quant à Narcisse, il était absolument impossible qu'il ne lui dise pas la vérité. Alors quoi ? Ses pensées s'engrenèrent, ses souvenirs explosèrent en elle. Cet homme, ce maudit vieillard, qui lui avait volé sa première fille, qui l'avait corrompu jusqu'à la moelle... Qui l'avait, au final, tué, était mort ? La mort d'un homme ne devait jamais être célébrée, pas selon Dianne, mais, avec lui...
« Dianne ? Est-ce ça va ?.. »
Elle redressa son regard, expirant un grand coup, avec une lenteur exacerbée. La mort était la seule délivrance face à la menace de cet homme. Privée de Tiffanie, elle savait qu'il serait venu chercher Ella un jour ou l'autre. Il avait d'ailleurs tenté plusieurs rapprochements par le passé. Et même si l'adolescente avait toujours démoli le vieillard par ses mots, elle craignait l'emprise mentale qu'il était capable de créer sur quiconque passait suffisamment de temps avec lui. Comment était-il mort ? Avait-il souffert ? Secrètement, elle espérait que oui, et se blâma pour cet espoir pervers. Jusque dans la mort, cet homme la torturait et tordait ses principes, la poussant à bout...
« Hey... »
Une vive expiration, brusque, lorsque la main de Narcisse se déposa sur la joue de la rousse. Instinctivement, un mouvement de recul, elle vint saisir cette main, avant de se figer, tremblante. Narcisse se contentait de la regarder, elle le devinait. Elle ne pouvait pleinement le voir, mais elle le sentait proche. Pourquoi l'avait-il touché, soudainement, l'empêchant ainsi de se contenir ? Elle aurait pu continuer à prétendre, s'il n'avait pas déposé cette main sur elle, et...
« Tu pleures ? Désolé, j'sais pas annoncer ce genre de choses, ça va ?
— Oh, Narc... Oui. »
Cédant enfin sous les pressions de ses eaux intérieures, ouvrant le barrage de ses sentiments, elle laissa glisser son visage pour le blottir contre la poitrine de Narcisse. Chacun entoura l'autre de ses bras dans un bruit de tissus étouffé. Elle s'était retenu d'ajouter des commentaires. Si elle-même ne se réjouissait jamais de la mort, il y avait un homme qui en était encore plus incapable. Et malgré toute l'aversion qu'elle portait à Phillips, tous les souhaits de mort qu'elle avait formulé à son encontre, elle remercia Narcisse de partager ses dilemmes moraux. Il s'était contenté de lui annoncer la chose, sans commenter, car elle savait que lui, contrairement à elle, ne souhaitait la mort de personne.
Et elle l'aimait pour ça.
« Enfin, oui, voyons ! C'est ainsi, j'imagine que... Voyons, comment... et donc ? C'est, terminé ? Vraiment terminé ?
— Euh... »
Si elle avait voulu changer de sujet, brûlante sous la pensée qui venait de percer le brouillard de son esprit, elle ne chercha pas pour autant à se dégager de l'étreinte. Dans sa tête tout tournait en rond, et dans son cœur, tout s'emportait à la volée, galopant jusqu'à un point où elle craignait qu'il ne finisse par l'entendre battre entre eux. Il la serra un peu plus fort, avant de reprendre.
« En fait... Si lui est mort, et que visiblement les sangs anciens ne sont plus une menace, Elsa m'a dit qu'y restait un p'tit problème, qu'elle devait régler. »
Dans l'obscurité, Dianne se détacha de lui, sans le lâcher, pour le regarder. Derrière ses lunettes, quelques étincelles de magie fredonnaient. Elle savait pertinemment qu'elle devait l'écouter, mais tout ce qu'il aurait pu dire semblait tellement secondaire désormais. Pourquoi se sentait-elle si transportée ? Ce ne pouvait être à cause de Phillips, alors quoi donc ? Ah oui, quelque chose d'autre, elle soupira, s'imposant de prendre un nouveau pas en arrière.
« Un problème qui nous concerne ?
— Non, enfin... pas vraiment, ça concerne un peu tout l'monde. »
S'il avait l'air hésitant au début, il se ressaisit brusquement, en saisissant Dianne par les épaules pour la regarder. Elle laissa échapper un petit cri, sentant tout son corps s'électriser, avant de bloquer sa bouche de sa main, il s'immobilisa.
« Purée, ça va ? J't'ai fait mal ? Demanda-t-il, visiblement paniqué.
— Non ! Oh non, ne t'inquiète pas, je ne te vois pas bien, c'est tout, j'ai été surprise, tu disais ?
— Ah, oui ! Pardon, j'disais... euh, ah oui ! Les Bestioles, Dianne, et les marionnettes, paraît que l'état-major estime qu'il en reste trop pour ne pas s'en préoccuper, les Aurors vont les traquer maintenant. »
Elle cligna des yeux, silencieuse, un court instant. Le frisson qui l'envahit n'était pas dû qu'à cette nouvelle, elle avait bien du mal à se détacher de la mort de Phillips. Demain, elle y repenserait, et elle en mesurerait toute la portée. Malgré tout, une nouvelle priorité vint gratter à la porte de son esprit, désireuse d'obtenir une réponse. En saisissant à son tour les mains de Narcisse, sur ses épaules, elle pencha la tête sur le côté.
« Tu... et toi ? Tu vas les aider ?
— Non. Répondit-il sans hésitation.
— Oh. Soupira-t-elle, soulagée malgré elle.
— J'ai suffisamment à faire ici, et j'ai promis de rester avec vous.
— Avec... nous ? Pourquoi nous ? »
Elle plissa les yeux, amusée, mais incapable de retenir la nouvelle vague de chaleur se déversant dans son cœur. Son visage se rapprocha du sien, s'imprégnant de ses odeurs, subtiles et délicates, à ses narines. Quiconque n'y aurait senti que la sueur de ses entraînements, pas elle. Narcisse avait toujours eu cette très légère odeur de caramel, aussi longtemps qu'elle pouvait s'en souvenir. Elle se racla la gorge en secouant la tête, se raccrochant aux mots finissant de sortir de la bouche de Narcisse.
« ... ce s'rait plus prudent.
— Pardon ?
— Depuis l'début ?
— Oui, s'il te plaît.
— Oui du coup, euh... bah, j'me disais qu'il vaudrait mieux que tu restes encore un peu... juste au cas où, s'il reste des Bestioles et ces saloperies, j'veux pouvoir être là pour te protéger.
— Oh... Elle hésita, avant de sourire, laissant glisser ses mains jusqu'aux épaules de Narcisse, qui soupira. Justement... je... Narcisse, tu sais, les quelques mois que j'ai passé ici m'ont fait du bien. Je crois.
— Vraiment ? Purée, c'est merveilleux Dianne ! Du coup, c'est ok ? Tu vas rester ?
— Puisque tu me le demandes si... »
Ella. La pensée s'imposa à elle, brusquement, la faisant se dresser, reculant jusqu'au mur. Si Narcisse voulut se précipiter vers elle, craignant une réaction négative, elle le rassura bien vite avec son éclat de rire dissimulé derrière la paume de sa main.
« Par Merlin, Narc ! Comment je vais l'annoncer à Ella ? Elle va me détester !
— Oh, j'ai eu peur purée ! »
Et tout deux éclatèrent de rire, sans savoir que quelques paires d'yeux qui passaient à proximité furent attirées par le remue-ménage. Deux adultes qui se dissimulent dans le placard aux amoureux, voilà de quoi alimenter les ragots du château... Dianne s'en moquait, elle essuyait de son index la petite larme de rire roulant au coin de son œil.
« Et bien... on en rigole, mais en réalité, je crains le pire. Elle a déjà tellement mal supporté ces derniers mois... Je ne sais plus quoi faire.
— Et si j'lui annonçais ?
— Ouh... Ce... tu ferais ça, pour moi ? Demanda-t-elle d'une grimace compatissante.
— Bah ouais, pourquoi ? J'ferais tout pour toi, m'enfin ! »
Oui, oui, c'est cela ! Assez, gros bêta, qu'elle voulut lui répondre. Mais la seule chose qu'elle put faire, fut de le frapper avec toute la fausse violence qu'elle put dans l'épaule, l'envoyant bouler contre le mur derrière lui.
« Ne dis pas des choses pareilles ! Mais... plus sérieusement, merci, je lui parlerai après, mais ça me fait plaisir. »
Et impulsivement, elle s'approcha de lui, se dressa sur la pointe des pieds, pour déposer un léger baiser sur sa joue.
« Je dois y retourner, j'ai du travail, moi. »
Un pas seulement après la porte, que déjà son visage explosait de rougeur. Mais que lui avait-elle pris ? Elle devait absolument dissiper son expression avant de revenir dans l'infirmerie, ou elle ferait l'objet de tous les ragots pendant le reste de l'année. Ses lèvres picotaient encore, et elle se trouva bien stupide. Après tout, Narcisse devait déjà penser à autre chose, fidèle à lui-même. Probablement déjà en train d'élaborer ses prochains entraînements, elle serait prête à le parier.
Sauf que, même après que Dianne eut franchi la porte de l'infirmerie, longtemps après, des minutes entières après, Narcisse n'était toujours pas ressorti du placard. Ses doigts semblaient refuser de se décoller de sa joue, qui semblait crépiter comme du papier kraft. Un sourire moribond déformait ses lèvres, et tous les élèves qui le croisèrent par la suite, ce jour-là, ne manquèrent pas de remarquer que le professeur Brando était d'encore meilleure humeur que d'habitude. Et le professeur étant toujours de très bonne humeur, personne ne trouva suspect une telle singularité qui allait tant de soi chez lui.
La famille qui nous choisit
CHAPITRE II
L'ENTRAÎNEMENT QUI S'IMPOSE
L'ENTRAÎNEMENT QUI S'IMPOSE
| ***** | ***L'examen final de la Grande École des Arts du Duel fait partie des plus sévères et méritoires qui existent, et fait l'objet de toutes les ambitions de ses étudiants. Depuis toujours indépendante, cette académie glorieuse forme les meilleurs sorciers, issus de toutes les écoles de magie du monde. Au-delà des enseignements, parmi les plus qualitatifs imaginables, le classement final de cet examen, peut faire et défaire des carrières en un seul parchemin. Si la base d'un duel reste la même chaque année, de multiples variations poussent les étudiants à s'adapter sans pouvoir pleinement se préparer. Une année, un étudiant mit tellement en difficulté les professeurs, dépassant de loin les niveaux habituels attendus, qu'ils durent eux-mêmes descendre dans l'arène pour l'affronter de concert et le tester. Ils perdirent malgré tout, et firent promettre à cet élève de ne jamais révéler les modalités de l'obtention de son diplôme. Ils ne sont pas réellement à blâmer. Après tout, il était difficile, à l'époque, de trouver un défi de taille pour le nouveau Protecteur de Poudlard. |
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Narcisse avait encore son sourire idiot en pensant à Dianne, lorsqu'il déambula dans le parc, saluant les élèves qu'il croisait d'un entrain encore plus enjoué qu'à son habitude. Le jour commençait à peine à décliner, comme sonnant le glas de la fin des cours, libérant les élèves de leurs activités scolaires. Il devait donc être aux alentours de 18 heures. Mais le professeur prit tout de même la peine de s'en assurer d'un coup d'œil à sa montre, il n'avait jamais été très doué pour ce genre d'estimation, et sa bonne vieille montre, de fabrication moldue, le suivait depuis deux décennies. Un cadeau de sa mère, utilisée par les militaires, réputée pour sa solidité et sa durabilité, et même lui n'avait pas réussi à la casser depuis tout ce temps. Au final, ce coup d'œil était davantage destiné à la regarder en souriant que pour vérifier l'heure.
Déjà, au milieu des arbres, derrière les buissons et occupant de plus en plus d'espace, des groupes d'élèves se formaient. Depuis son retour à Poudlard, Narcisse n'avait pu s'empêcher d'observer une activité croissante de ces petits groupes, qui s'entraînaient à la magie presque tous les soirs. C'est à croire que son arrivée avait réveillé une ruche, et stimulait les esprits en chatouillant les baguettes, étincelantes de sortilèges. Jamais le club de duels n'avait compté autant de membres, et il avait dû prendre sur son temps pour animer l'endroit. Beaucoup aimaient dire que la recrudescence du nombre d'inscrits était due à sa présence, et qu'on venait simplement chercher ses conseils, il n'y croyait que peu. Le nombre de candidats pour le club Prodigium avait également explosé, mais il n'avait pas encore réussi à accepter de nouveaux membres. Il se sentait trop peu légitime à juger de cela, même si un jour, il serait bien obligé de se prononcer...
L'esprit de Poudlard avait toujours été indomptable. Les élèves ne demandaient qu'à ce qu'on croie en eux, à être encouragés, soutenus dans leurs ambitions, pour les voir fleurir et laisser leur magie s'épanouir. Les grandes démonstrations de sortilèges flamboyants étaient depuis quelques mois monnaie courante, et Narcisse ne manquait jamais une occasion de rejoindre l'enchantement de ces petites mains s'animant comme par magie. Esquivant joyeusement un cortège de lettres enflammées, mal dirigé, il s'amusa à les rediriger vers l'envoyeur, d'un geste souple de la main. Cette simple attention suffit à faire rougir le visage de l'élève, qui redoubla par la suite d'efforts dans ses entraînements. Le professeur rajusta sa veste grise, savourant cette agitation qu'il avait toujours recherchée et appréciée. L'endroit était sûr, les sorties à Pré-Au-Lard avaient repris, le parc et les alentours du lac avaient de nouveau retrouvé vie.
S'abandonnant à un instant d'immobilité au milieu de ces groupes spontanés, il laissa ses poumons s'emplir d'air frais et son cœur de bonheur. Après toutes ces années d'errance, à l'image de Dianne, peut-être que ces derniers mois lui avaient bel et bien apporté une certaine quiétude. Dianne... Tout l'air frais autour de lui s'évanouit, lorsque son visage s'échauffa d'un sourire bête. Il était heureux de l'avoir à ses côtés, et il n'oubliait pas qu'il devait à présent retrouver la grande brindille blonde.
L'heure de fin des cours rimait désormais, trois fois par semaine, avec sa séance d'entraînement avec Ella. Le revirement avait été extraordinaire. Refusant quasiment de tenir sa baguette depuis sa première année, la jeune femme faisait désormais partie des plus acharnées pratiquantes. Il n'était pas dupe, et s'il se réjouissait de la voir enfin embrasser sa magie après toutes ces années, les raisons qui l'y avaient poussé désolaient son cœur. La peur n'est jamais un bon moteur.
Une brise légère le ramena au présent, et en rajustant ses lunettes, il prit la direction de la petite zone isolée du parc. Celle qu'Ella et lui avaient choisie comme lieu pour s'entraîner seuls, le soir. Oh, bien souvent, de petits groupes s'installaient au loin pour les observer et prendre des notes. Et si tous les membres du Club Prodigium pouvaient y être observés à chaque fois, une seule exception demeurait. Emma Vanderberg. À la grande surprise de Narcisse, qui se serait attendu à ce que la compagne d'Ella soit aux premières loges, la rousse faisait partie des abonnés absents. Mais après tous ces mois d'attente, force était de constater que les deux jeunes femmes s'évitaient depuis la mort de Julius.
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« Stupéfix ! Stu-pé-fix ! Rarh ! Putain ! »
Si Ella avait tenu sa propre baguette à l'instant, elle l'aurait probablement jetée par terre. Mais elle ne pouvait s'y résoudre avec celle qu'elle serrait entre ses doigts : l'ancien catalyseur de Narcisse était infiniment trop précieux à ses yeux. 23 centimètres, en bois de cerisier, avec une plume de phénix pour cœur, la petite baguette semblait ne pas avoir pris une ride. Et pour cause, la jeune femme en prenait le plus grand soin depuis les dix et quelques années où elle s'était retrouvée en sa possession.
Si elle s'en était peu servi, jamais elle ne l'avait renié. Et sa véritable baguette, celle qu'elle surnommait "l'impostrice", demeurait bien rangée au fond de sa valise. 22,6 cm, en bois de noyer, et ventricule de dragon pour cœur. Selon le vieil Ollivander, le bois de noyer choisissait ceux et celles doués d'une grande inventivité, et se révélait des plus dociles. Une grande inventivité... docile, un bout de bois inutile aux yeux de la jeune femme, qui avait, depuis le premier jour où elle l'avait touché, refusé tout bonnement de s'en resservir un jour.
Pour elle, sa seule baguette était et demeurerait à jamais celle que Narcisse lui avait confiée, jusqu'à ce qu'il décide de la récupérer. Et elle s'en voulait, aujourd'hui, de l'avoir laissé rouiller à ce point.
« Wowow ! Tout doux, la tigresse ! »
Jack était courageusement planqué derrière un tronc d'arbre, avec Valentine, William, et Klee dans son terrier non loin, lorsqu'il intervint pour taquiner son amie. On le sentait amusé, comme à son habitude, mais il savait également qu'à tout instant, le sortilège pouvait partir. Il en avait fait l'expérience ces derniers mois, mais là où d'autres auraient été dissuadés de faire de l'esprit, il semblait presque encouragé dans ses âneries. Et cela arracha un sourire à la blonde, qui rajusta sa mèche derrière l'oreille. Après se les être coupés, elle avait bien du mal à leur trouver une place à laquelle ils se tenaient correctement. Elle braqua ensuite un index inquisiteur dans leur direction.
« Ta gueule, toi, eh ! Ramène tes fesses d'abord, c'est à ton tour ! Réclama-t-elle en pointant le sol carbonisé face à elle.
— Même pas en rêve, m'dame !
— Couille molle. » Affirma calmement Valentine.
William pouffa de rire avec Ella, face à Jack qui se sentit soudainement assailli de toutes parts, et n'eut par conséquent d'autre choix que de quitter sa cachette. Hors de question de se faire provoquer sans réagir, ce n'était pas son genre. Ella se remit en position, prenant l'exercice particulièrement au sérieux, là où Jack, comme à son habitude, dégainait sa baguette du dos de la main.
« Bon, t'es gentille avec moi, hein ?
— Zéro promesse, fermeture éclair, EXPULSO !
— Bouarg ! »
Jack avait beau être grand, il n'en était pas pour autant résistant. Basculant en arrière et pliant tel un roseau sous le sortilège, il ne dut son équilibre qu'à la faible réussite du sortilège de son amie. Qui n'en resta pas là, par ailleurs, et enchaîna brutalement sur un Stupéfix. Glissant sur le sol, il esquiva d'un cheveu, bondissant sur le côté, roulant à même le sol. Cherchant définitivement davantage à fuir l'affrontement qu'à riposter, Ella ne se gêna pas pour enchaîner les sortilèges offensifs, cherchant à l'acculer le plus rapidement possible. La pression montait sous l'effet des sortilèges ratés, ou de ceux qui ne touchaient pas leur cible. Plus elle s'évertuait à mettre un sort au but, plus son camarade prenait un malin plaisir à profiter de ses faiblesses pour ne pas avoir à riposter. Lui-même n'étant que soulagé de ne pas avoir à utiliser sa magie, il préférait mille fois lui tirer la langue en guise de représailles.
« Allez Lala ! Touche la brindille ! L'alpagua-t-il d'un air rieur en trépignant sur place.
— Rrrr ! ACUO !
— ELLA ! Pas ça ! » s'écria William en se redressant.
Totalement pris au dépourvu par le brusque accès de rage d'Ella, Jack poussa un petit cri de panique en se recroquevillant sur lui-même, incapable de réagir à temps. Un courant d'air, puis vint le silence, et la douleur. La douleur ? Il fut surpris, car il ne ressentit qu'un infime pincement au niveau de la joue, et était persuadé d'avoir été touché de plein fouet par le sortilège. Il s'autorisa à cligner des yeux, pivotant la tête pour regarder Ella, mais le corps de Narcisse qui venait de s'interposer lui bloquait la vue. Il avait Sauté juste à temps, laissant le sortilège glisser sur lui.
« Professeur ! S'écrièrent les trois comparses à l'unisson.
— Jack ! »
Valentine et William bondirent de la souche pour rejoindre leur ami, et l'aider à se relever. Ella s'était figée à son tour, regardant le brun qui tremblotait sous le choc de la surprise. Ses deux camarades le soutenaient par les bras, jetant des regards inquiets à Narcisse et à la blonde. L'adulte ne semblait pas avoir bronché le moins du monde, et pivota en premier lieu vers Jack, le visage calme.
« Ça va, Jack ?
— Euh, ouais m'sieur ! Tout baigne ! Dans l'huile même, wow... »
Narcisse lui lança un sourire en rajustant ses lunettes au moment où les jambes de l'adolescent lâchèrent sous l'émotion, il était pâle comme un linge. L'adulte indiqua d'un geste de menton le château.
« Je suis sûr que les elfes doivent avoir quelques chocolats pour toi, dis-leur qu'tu viens de ma part, et file à l'infirmerie après. »
En silence, les trois s'éloignèrent, ébahis. Ella fit un pas dans leur direction, la main tendue, avant de s'arrêter, laissant retomber son bras. Son expression s'était éteinte, ses bras ballaient le long de son corps. Elle aurait voulu disparaître. William et Valentine lui jetèrent un regard complice, l'air de dire que tout serait résolu la prochaine fois qu'ils se verraient, elle ne le remarqua même pas. Enfin, après quelques secondes pour les laisser prendre de la distance, Narcisse reporta de nouveau son attention sur Ella.
Elle aurait mille fois préféré s'arracher les yeux que d'observer l'expression fugace qui passa sur le visage de Narcisse. Consternation. Elle ne dura qu'une brève seconde, à peine le temps pour lui de retrouver son sourire. Mais il s'était inquiété et elle savait qu'elle venait de le décevoir encore. Il ne lui en tiendrait pas rigueur, comme à son habitude, et elle savait pertinemment que le pas qu'il venait de prendre dans sa direction était pour ouvrir une discussion compréhensible et compatissante. Pourquoi ne se contentait-il pas de l'engueuler comme n'importe qui l'aurait fait ? Devait-il obligatoirement la traiter comme une enfant et ne pas la remettre à sa place ? Non. Ce n'était pas qui il était, elle le savait, mais elle s'en foutait tellement... L'air frais qu'elle trouvait si agréable il y a encore une minute lui semblait brusquement aussi glacial que si l'on frottait des glaçons sur sa peau.
Il s'arrêta face à elle, à deux pas, avant de s’asseoir à même le sol, sans ménagement pour ses vêtements. Elle n'osait pas le regarder, ses mains agrippaient sa veste en tremblant, manquant de peu de la déchirer.
« Ella, ça va ? »
Elle voulut répondre que oui, ça allait très bien, et qu'elle n'avait pas besoin de lui, qu'elle se débrouillait très bien toute seule. Qu'elle en avait assez qu'il soit aux petits soins avec elle et qu'il ne la dispute jamais, qu'il soit trop tendre et l'infantilise en gardant son calme de cette manière. Qu'il comprenne qu'elle s'en foutait de ce qu'il pense, et qu'elle n'avait pas besoin de lui. Elle n'avait absolument pas besoin de lui, ni de personne, et qu'elle pouvait très bien apprendre à se défendre toute seule. Elle en avait d'ailleurs assez qu'il soit toujours sur son dos, lui et sa mère, à qui il avait demandé de rester à Poudlard depuis plusieurs mois. Depuis qu'elle était là, elle avait toujours refusé de mettre un pied à l'infirmerie, personne ne lui fichait la paix de toute manière !
Oui, elle voulut répondre tout cela à la fois, durant un instant. Mais il lui suffit d'un regard échangé, d'un clignement d'yeux et d'un battement de cœur pour finalement se retrouver dans les bras de Narcisse en fondant en larmes. Ses genoux frottaient l'herbe abîmée, tâchant son pantalon blanc, mais cela, elle s'en fichait réellement.
« Pardooon ! Pardon pardon pardon... j'chuis désolée, j'suis désolée... j'voulais pas, j'ai pas aimé qu'il esquive tout et que j'arrive pas à le toucher ! J'ai eu peur, j'avais pas envie d'être faible, pardon... »
Narcisse ne disait rien, se contentant de la serrer contre lui en la laissant s'épancher. Depuis la mort de Julius, elle avait été littéralement propulsée face à ses insécurités, et Narcisse n'avait rien pu faire d'autre que d'assister à sa lente dégringolade. Avait-il jamais été comme elle ? Peut-être que oui, à ses débuts, à Poudlard, de par son obsession à apprendre Protego, à apprendre à se défendre, à devenir plus fort, pour protéger les autres. Il avait toujours pu compter sur ses parents pour le guider sur le droit chemin et le pousser dans la bonne direction, Ella n'avait que sa mère, et il en était heureux, reconnaissant. À son âge, où était Narcisse ? Il n'en était pas certain, était-il en train de se remettre des blessures de ses combat contre Georges ? Ou bien l'affrontait-il encore ? Peut-être enterrait-il sa mère, il ne savait plus.
« C'est pas grave... je vais pas te lâcher, quoi qu'il arrive, d'accord ? »
Ses propres larmes firent écho à celles de la jeune femme, qui s'agrippait de plus belle à lui en hochant spasmodiquement la tête. Aucun ne remarqua les petits regards au loin, qui s'éloignaient désormais, gênés d'avoir interrompu un moment pareil.
Passant sa main dans les cheveux mi-longs de la jeune femme, Narcisse l'attira à lui pour l'embrasser sur la joue, provoquant immédiatement une réaction de fausse protestation. Un sourire, très bref, cela lui suffit pour essuyer ses yeux et la regarder.
« Tu sais qu'tu vas devoir leur dire, tout ça, à tes amis ?
— Oh... non... J'suis vraiment obligée ? Renifla-t-elle.
— Bah... ce s'rait mieux non ?
— Oui, oui... non mais je sais, oh la la... La galère... »
S'essuyant à son tour le visage sans retenue, elle se laissa tomber en arrière pour s'asseoir également, face à lui. Il se taisait, se contentant de la regarder tendrement, et se souvint alors qu'il devait lui annoncer que Dianne allait probablement rester quelques mois de plus... Inutile de faire durer, autant arracher le pansement sur le champ.
« Au fait... p't'être pas le bon moment, mais euh... Dianne va rester, un peu plus. L'enquête continue et il reste trop de Bestioles et de marionnettes, j'm'inquiéterais trop pour elle. Et ça lui fait du bien d'être ici.
— Oh... sérieux... taaaaain... »
Les mains de la blonde glissèrent derrière elle pour soutenir son poids lorsqu'elle se laissa aller, tête basculant vers le ciel qui s'assombrissait sous le soleil couchant. Elle souffla, mais finit par pouffer d'un rire sanglotant. La fin des larmes, l'euphorie qui prenait sa place, l'apaisement qui s'installait. Sans le regarder, elle continua.
« Oh, Narc... J'ai été trop nulle. Je sais pas quoi faire.
— Mais non, ça va aller, ok ? J'suis là, et Dianne aussi, elle s'inquiétait de ta réaction tu sais ?
— Oh ouais... pour ça aussi, j'ai été nulle... Mais là je parlais de Jack, Narc, suis un peu. Plaisanta-t-elle en ramenant son menton sur ses genoux, déposant un regard vide sur lui.
— Ah oui, oui oui, tu l'as bien fait flipper. Ça c'est clair !
— Le pire, c'est que je l'ai raté, le sort... je sais que je devrais m'en foutre, et que je devrais m'inquiéter davantage de l'état de Jack, mais... »
Narcisse n'était pas doué pour ce genre de discussion. Il sentait bien toute la détresse d'Ella, et il la soutenait autant qu'il le pouvait, refusant de la lâcher tant qu'elle n'aurait pas tout balancé. L'heure qui passait n'avait aucune importance pour lui, il n'aura qu'à faire des heures supplémentaires pour corriger ses copies. Il comprenait son dilemme, son hésitation, il comprenait sa motivation à réussir des sorts qui ne lui ressemblaient pas, et cela lui faisait peur. La magie n'est pas chose que l'on peut plier à sa volonté. Enfin, en réalité, on le peut, mais ce n'est pas souhaitable, et seuls les mages noirs s'aventurent à courber les sortilèges à leur volonté absolue, en dépit de toute prudence. Il ne voulait pas qu'elle se perde, aussi n'hésita-t-il qu'un instant.
En rajustant sa position, il s'installa en tailleur.
« C'est bien que tu l'ai raté. Ce sort est dangereux, et il est pas vraiment fait pour toi, j'pense...
— Rah, mais ça va là ! Pourquoi tu... non, rien, laisse tomber. »
Elle se recroquevilla, imperceptiblement. En un éclair, Narcisse comprit son erreur, et la mauvaise interprétation de ses paroles et de ses intentions. Mais il tenait à terminer.
« Désolé, j'voulais pas dire ça comme ça, c'est juste que j'm'inquiète. Je sais que t'as peur, mais tu peux compter sur nous, ok ? Tu peux compter sur moi, promis.
— Mh... Répondit-elle, le bas du visage derrière ses genoux.
— Et... je t'aime.
— ... je t'aime aussi. Me dis pas c'que j'dois faire.
— Ok ok ! Promis, j't'embêterai plus avec ça, mais juste fais gaffe d'accord ? Et pour les sorts dangereux, demande à quelqu'un qui a réellement envie de faire cobaye, tu comprends ? J'le ferai avec plaisir ! »
Essayant désespérément de retenir son sourire, Ella n'eut d'autre choix que de lever les yeux au ciel en pouffant, avant de soupirer. La jeune femme s'était détendue, mais Narcisse sentait encore que tout n'était pas gagné. Il était malgré tout heureux d'avoir pu avoir une aussi longue discussion à ce sujet avec elle, là où contrairement aux derniers mois, elle se contentait de fuir ou d'esquiver ces sujets.
« T'avais autre chose à me dire ? »
Il hésita. Il aurait aimé lui parler d'Emma, et du fait que la rousse avait également changé depuis ces derniers mois. Mais en cet instant, même lui sentait que l'idée était tout, sauf bonne... L'adolescente avait été poussée à bout, et il ne voulait pas l'acculer sur un sujet qu'elle n'était pas forcément prête à aborder. Aussi se contenta-t-il de secouer la tête en souriant.
« Non. Mais tu d'vrais aller voir Jack et les autres à l'infirmerie.
— Tss... mais il va bien ! J'l'ai pas touché ! C'est une grosse victime, Jack, tu sais...
— Hé ! Non mais t'imagines la flippe quand même ? Acuo, c'est bien vénère encore une fois, même raté, ça peut faire de gros gros dégâts.
— T'abuses, à toi ça t'a rien fait... Protesta-t-elle en gonflant les joues.
— Bah... eh, j'ai connu pire hein. »
L'infime changement d'expression sur le visage de Narcisse suffit à faire tout oublier à Ella. L'ombre qui passa au fond de ses yeux, qu'elle aperçut malgré la protection magique de ses lunettes sobres. Son cœur se serra aux souvenirs de ce qu'il avait vécu et enduré pour elle. Elle avait beau être jeune à l'époque, elle n'avait rien oublié. Tout semblait flou, mais en réalité, les émotions, les images, demeuraient encore aussi vives que le premier jour. Pour le moment, elle mit donc de côté sa bouderie pour se redresser, avant de s'approcher en venant l'embrasser sur la joue.
« Bon, bah... j'vais à l'infirmerie, hein.
— Ça va bien s'passer, tu vas voir, sois gentille avec lui. »
Elle lui tira la langue, et appela Klee d'un sifflement pour la faire sortir de son terrier non loin de là. La petite boursouflette s'étira en silence, avant de rouler en bondissant vers eux. Sans même avoir reniflé Narcisse, le reconnaissant immédiatement, elle lui fit la fête quelques minutes en couinant et en le léchouillant, avant de terminer sur des coups de tête. Après tout, il ne devait pas oublier qui portait la culotte, malgré le fait qu'elle ait changé d'humain de compagnie. Dans son petit cœur, Narcisse demeurerait toujours son humain de compagnie préféré, et il était hors de question qu'elle le laisse oublier. D'une petite caresse, elle accepta de nouveau la mission qu'il lui avait confiée : protéger Ella. En bondissant sur l'épaule de la blonde, elle semblait ne pas avoir pris une seule année. Et son comportement n'avait que peu changé, si ce n'est qu'elle faisait peut-être un peu plus de siestes qu'il y a une décennie.
La famille qui nous choisit
CHAPITRE III
L'ÉVEIL
L'ÉVEIL
| ***** | ***Les sorciers ne sont pas d'aussi bons scientifiques que les moldus, alors que se passerait-il si un jour, une découverte majeure apparaissait et que personne ne pouvait la quantifier, ni même l'observer ? Qui peut établir ces règles, les codifier, les modifier ? Qui sait théoriser et mettre en pratique les concepts de la génétique, de la recherche ADN, ou encore du système nerveux ? La question reste entière, car les théoriciens de la magie se font rares, et ont peu de moyens pour tester leurs théories. De surcroît, ces rares élus font bien souvent partie de la caste des sorciers à l'esprit étroit. Ce sont ceux et celles qui pensent que le potentiel d'un sorcier est joué dès la naissance, que c'est par le premier souffle que notre cœur transporte le flux magique dans notre sang, et ce pour la vie. Ceux et celles qui pensent que le talent ne peut être dépassé par l'entraînement acharné, que tous les sorciers ne se valent pas. Qui peut les contredire, ces grands érudits issus de grandes familles ? Qui peut étudier ces pistes, lorsque les seules exceptions sont celles qui, par nature, ne font que confirmer la règle ? |
***** |
𓇼
Lorsque Narcisse s'empara de la craie pour écrire sur le grand tableau noir du club Prodigium, tous les membres retenaient leur souffle. Ce petit rituel était devenu routine : prendre connaissance du thème de chaque séance, résultat de leurs votes qu'ils avaient pu déposer dans la boîte à idées lors de la dernière réunion. Le professeur ne s'était jamais senti légitime à l'idée de proposer des thèmes, ne s'estimant pas plus compétent qu'un autre pour guider ces élèves miraculeux. Cependant, force était de constater qu'aujourd'hui, tous les membres de ce club ne juraient plus que par leur professeur. Même Félicia, qui, à demi-mot, et jamais devant lui, avait déjà reconnu auprès d'Ernest qu'elle apprenait beaucoup à son contact. Et l'adolescent avait même surpris son amie à déjà démontrer une certaine impatience dans l'attente des prochaines séances.
Cet adoucissement général avait permis à Narcisse de prendre ses aises, et ainsi de suggérer de nouveaux fonctionnements.
Primo : le classement avait disparu. Inutile de dire que cette initiative n'avait pas plu… Mais les adolescents avaient respecté son choix, ils le comprenaient. L'idée que la compétition pouvait devenir malsaine, mettre en avant au détriment d'un autre, briser des égos, pousser à la faute inconsciemment… Oui, ils entendaient tout cela. Et ce fut pour cette raison que le Classement Officieux vit le jour. Apolline avait été la plus récalcitrante à l'idée de dissimuler des choses à son professeur adoré, mais même la brune avait cédé pour rejoindre la danse.
Puisque leur professeur ne les classait plus, ils étaient bien obligés de le faire eux-mêmes ! Et en bonus, ils lui épargneraient la peine de culpabiliser de devoir sélectionner, comme il le redoutait. Les duels dans la salle sur demande étaient impitoyables, car deux tigresses se disputaient le podium. Emma et Félicia se remplaçaient presque chaque jour à la première place, féroces dans leurs affrontements, jubilant de pouvoir se surpasser. Suivies par Apolline, qui s'était révélée, grâce à Narcisse, une redoutable duelliste, et se plaisait à prendre de l'assurance à chaque séance. Gérald n'eut aucun mal à décrocher l'avant-dernière place, ayant perfectionné ses sortilèges d'illusion et de dissimulation, le rendant quasiment impossible à toucher. Seul Ernest stagnait à la dernière place, la cinquième. Davantage par choix que par dépit, l'adolescent se plaisait à ne pas faire usage de sa baguette pour un usage offensif. Il préférait contempler et écouter, se satisfaisant de découvrir la vision de son professeur sur les merveilleux sortilèges auxquels il l'initiait.
Deuxio : les thèmes des séances ne seraient plus décidés par l'adulte seulement. Mais par un vote de chacun, invitant ses élèves à déposer leurs idées dans la petite boîte à la sortie du Club. Ce qui faisait qu'à chaque séance, tous les Prodiges attendaient avec impatience de connaître le choix du professeur. Et tout ce petit beau monde demeurait, malgré les dissensions ponctuelles, suspendu à la craie blanche, qui terminait de tracer maladroitement la dernière lettre.
« L'Éveil ? »
Fidèle à sa curiosité spontanée, Apolline fut la première à prendre la parole en se redressant. Autour de la table, chacun semblait d'ailleurs particulièrement intéressé. En effet, aucun d'eux ne se rappelait avoir déposé cette idée dans la boîte à la dernière séance. Ce simple mot fut ensuite accompagné de la mention "Théorie" soulignée deux fois par l'adulte. Emma, pourtant si impatiente de pratiquer en temps normal, ne put s'empêcher d'arquer un sourcil de perplexité, intriguée à son tour. Le silence n'était perturbé que par le son de cette craie, terminant finalement son chemin dans le rail métallique en bas du tableau. Narcisse avait l'air certes impatient, mais également hésitant, après tout, il n'avait jamais été un bon théoricien. Lui-même, à l'image de la moitié des membres de ce club, préférait l'action à la réflexion.
Il s'assit avec un sourire malicieux à la table, croisant ses mains sur le bois en se redressant.
« Désolé, je sais que vous avez pas suggéré ça, mais en fait, cette théorie rejoint beaucoup de sujets qu'vous aviez proposés ! Genre, euh… Comment ton bouclier fonctionne ? La magie sans baguette. Les différentes formes de magie, j'en passe, héhé. » Rigola-t-il en feuilletant les petits papiers disséminés sur la table.
Emma ne notait jamais, elle écoutait, certes, mais n'était pas là pour suivre des cours supplémentaires. Aussi, la jeune femme était la seule à se tenir les bras croisés, adossée à son siège, se contentant de prêter une oreille attentive. Tous les autres préparaient déjà parchemins et plume, tandis qu'Ernest enchantait son stylet pour tracer son braille. Elle leva les yeux au ciel, visiblement nerveuse. La rousse bouillonnait d'impatience de savoir ce que son professeur allait dire, mais un autre sujet occupait ses pensées, et elle avait paradoxalement hâte de finir cette séance pour lui parler. Ce dernier se redressa en se raclant la gorge, essayant de rassembler ses pensées.
« Faites attention, hein, vraiment, j'insiste, c'est une théorie, hein, genre, c'est juste une théorie. Bon… ok, par où commencer… Le professeur se tordit les doigts un instant. En gros… la magie naît en nous, en même temps qu'nous. On naît, et direct, notre magie est en nous, paf ! »
Un claquement de doigts ponctua ses explications, comme si tout faisait sens. Jusqu'ici, mis à part réaliser qu'encore une fois, le professeur était un piètre orateur, les Prodiges suivaient sans difficulté. Félicia tapotait de l'index la table, attendant un élément plus intéressant, là où Gérald traçait avec assiduité le moindre mot sur son parchemin.
« Et donc, on vit notre vie avec cette magie, la nôtre, pour toujours. Mais, euh… Il prit une grande inspiration, sa nervosité de plus en plus visible. En fait, j'ai l'impression, et ce n'est que lié à mon cas, d'où le fait que ce soit qu'une théorie, qu'on peut naître à nouveau.
— Ouh là… »
Félicia ne se gênait jamais pour faire savoir ce qu'elle pensait, et cette fois-ci n'y fit pas exception lorsqu'elle bascula en arrière en soufflant. Emma lui lança un regard noir, que la brune soutint avec défi, Narcisse reprit en souriant.
« Oui, j'sais, mais attends. En gros, avant ce qui m'est… arrivé avec Tuséki, avec la bataille à Poudlard, il y a dix ans, que vous savez tous, ma magie était différente. »
L'attention fut captivée, en un instant. Même Gérald ralentit le rythme de son écriture. Narcisse était toujours prompt à s'exprimer sur tous les sujets, mais son passé demeurait, bien naturellement, un sujet compliqué. Félicia s'était plus ou moins attendrie avec les mois, campant sur ses positions de sang pur suprémaciste, mais accueillant petit à petit la nuance. La jeune femme commençait tout juste à entrevoir le gris du monde, mais se refusait à l'admettre. Seule Emma avait eu un aperçu du passé de Narcisse, de son point de vue, grâce à sa relation avec Ella. Son visage se crispa, elle ne voulait pas penser à elle maintenant. Le professeur continua, le visage fermé.
« J'avais une baguette, maintenant, c'est Ella qui l'a, je lui ai donné, parce qu'elle a commencé à changer, ma magie. J'avais passé toute mon adolescence à m'entraîner pour dev'nir plus fort, à apprendre Protego, chaque année qui passait, ses variantes… Et puis, Tuséki est arrivé. Et je n'étais pas assez fort, pas du tout… Une petite déglutition. J'me suis retrouvé prisonnier, j'ai été torturé, beaucoup, c'est là que j'ai eu beaucoup d'mes cicatrices d'ailleurs, pour une autre de vos questions. »
S'il se mit à sourire imperceptiblement, en plaisant sur le sujet, Apolline s'effondra sur elle-même, dévorée par la honte. C'était elle qui avait soumis cette question lors d'une de leurs séances. Gérald tapota son épaule, la laissant s'appuyer sur sa main.
« À c'moment, j'ai pas vraiment remarqué les changements. J'avais plus ma baguette, et je voulais absolument me protéger. Puis maman est arrivée, et c'est elle que j'ai voulu protéger ensuite, tout l'monde à côté de moi. C'est à ces moments que j'ai… commencé à ressentir un truc différent avec ma magie. »
Désormais, seul Gérald continuait encore de noter quelques mots, le Serdaigle savait d'ores et déjà que ses camarades lui demanderaient ses notes. Mais tous tendaient l'oreille, ils étaient suspendus aux lèvres de leur professeur. Ce dernier expira, avant de retirer doucement ses lunettes.
Ernest se redressa brusquement, le souffle coupé, son visage se recouvrant brusquement de sueurs froides. Si Narcisse faisait son maximum pour contenir le flux magique qui s'échappait de ses yeux, le Serpentard ne pouvait être abusé. Tous ses camarades ressentirent naturellement la pression, et virent les reflets blancs au fond des yeux de leur professeur, mais la réaction de leur camarade semblait disproportionnée. Et ce n'était pas normal. Félicia fut la première à y réagir, et l'attrapa par le bras, la voix tremblante d'inquiétude.
« Ernest, qu'est-ce qui t'arrive ?! »
Les dominos tombèrent les uns après les autres : Ernest ne perdait jamais son sang-froid, jamais. Le voir réagir de cette manière suffit à faire dresser les cheveux sur la tête de tous. Narcisse le regardait, attendant qu'il se calme, d'un air bienveillant, avant de l'encourager en baissant les yeux, d'une voix posée.
« Tu peux leur dire. »
L'adolescent expira, s'appuya sur son amie, la remerciant d'un hochement de tête, avant de se reprendre. Ses mains se frottaient l'une à l'autre.
« Votre flux magique… Il… Mais, miséricorde, comment est-ce possible ?
— Oh, crache le morceau, l'intello, y'a quoi ?
— Emma… Cracha Félicia en murmurant.
— Son flux magique, il… il vient de partout. »
Plusieurs clignements d'yeux accueillirent ses déclarations, suivis par un long silence de plusieurs secondes. Qu'est-ce qu'il racontait ? Même Ernest sourit en secouant la tête, avant de prendre un petit temps pour détailler.
« Je suis capable de voir les flux magiques. Ce n'est pas nouveau pour vous, j'imagine que ma cécité est compensée d'une autre manière. Mais vous, vos flux magiques, attendez...
— Attends, tu peux… wow. »
Narcisse avait remis ses lunettes, arrachant une réaction de soulagement à Apolline, qui s'était rapprochée d'Ernest. La brune se figea en déposant sa main sur sa poitrine, et par ce mouvement, tous réalisèrent la pression qui pesaient sur leurs épaules il y a encore un instant. Cependant, le professeur ne voulait pas interrompre son élève, qu'il regardait en souriant, visiblement soulagé que quelqu'un d'autre parle pour lui. L'adolescent avait enchanté une plume, qui s'agitait déjà sur une feuille de parchemin tendue par Félicia. Tous les regards étaient désormais portés sur lui.
« Regardez. Ceci… ce sont vos flux. Stables, presque cycliques. Ils tournoient en vous, en moi, comme tout le monde, tous ceux que j'ai pu observer. Et là… Voici le flux de notre professeur. »
Un nouveau silence. Incrédule. Narcisse se redressa pour y jeter un coup d'œil, ignorant le regard de ses élèves avant de hocher la tête d'un air satisfait. Là où, sur les croquis classiques, les traits d'Ernest, représentant le flux magique, dessinaient une spirale à l'intérieur des corps, partant du cœur, ceux représentant leur professeur étaient bien différents. Ils tournoyaient également, mais s'échappaient de son corps pour tourbillonner tout autour de lui, l'occultant presque. Comme si mille et une rivières ruisselaient en dehors de son corps, mais trouvaient toutes leur source en son cœur.
« Oui, c'est à peu près, ta perception est géniale, Ernest !
— Et vous… par Merlin, vous pouvez les voir aussi. »
D'un petit hochement du menton, Narcisse approuva, remarquant enfin les regards éberlués de ses Prodiges. Il rougit, baissa les yeux, attendant la suite. Peut-être regrettait-il, au final, de leur en avoir parlé, mais il s'était dit que ce serait un cours intéressant. Le silence continua, s'étendit, avant que finalement, timidement, Apolline ne prenne la parole.
« Mais… c'est pour ça que t'as pu savoir que Félicia était forte en magie et que Ernest était nul avec les sorts offensifs !! Euh, pardon Ernest, j'voulais pas l'dire comme ça...
— Point d'ombrage, c'est une réalité, répondit-il en souriant.
— T'as retenu ça, toi ? »
Félicia n'aimait pas l'idée qu'Apolline se souvienne d'un élément qui lui avait échappé. C'est alors qu'Emma s'en rappela également. Après tout, Narcisse lui-même avait parlé de ce fameux flux… et dire qu'ils s'étaient contentés de laisser glisser ça ! C'en était risible, elle éclata de rire, brisant la tension et faisant sursauter tout le monde, avant d'aller se rasseoir à sa place.
« Attends, si je loupe rien : ta magie est juste devenue différente après ces événements ?
— En quelque sorte. C'est l'une des raisons qui fait qu'j'dois porter ces lunettes, on les a enchantées pour moi, pour éviter que ma magie s'échappe. Même aujourd'hui, je la contrôle pas entièrement… vous imaginez ? Ah, et c'est aussi à ça que j'dois mon bouclier, je pense !
— Attendez, attendez… professeur, quel rapport avec l'intitulé du cours ? »
La rationalité de la question de Gérald suffit à faire sourire ses camarades, les aidant à reprendre pied, et Narcisse écarquilla les yeux, comme s'il se rappelait la base de la séance.
« Ah, oui ! Merci Gérald, en gros, si j'appelle cette théorie comme ça, c'est parce que j'ai eu l'impression de renaître. Une deuxième naissance, comme si une toute nouvelle magie s'était installée en moi ! Comme si j'm'étais… bah, éveillé, vous voyez ? J'voyais plus le monde pareil, vraiment tout était différent…
— Et t'es en train de nous dire… que basiquement, t'es juste devenu plus fort ? Comment on fait ça ? Parce que bon, si faut juste se faire souffrir, je suis plutôt douée pour ça…
— C'est vraiment l'premier truc qui te vient, là ? »
Félicia ne perdait pas de temps, naturellement. Emma prétendit s'en offenser, d'un ton méprisant, mais au fond d'elle, elle espérait secrètement que Narcisse leur donne cette recette miracle. Le professeur ne manqua pas d'écarquiller les yeux en secouant les yeux, tout en se mordillant les lèvres et en se tortillant sur son siège.
« Bah, euh... j'sais pas trop.
— Quoi ? Tu te fous de moi là ? Félicia se leva furibonde, Ernest l'attrapa doucement par le bras.
— Désolé, vraiment... j'ai aucune idée de comment c'est arrivé en fait...
— À t'entendre, ça n'avait pas l'air bien compliqué, 'fin... Non, j'ai rien dit, Félicia, boucle-la hein ! »
Emma et Félicia se regardaient l'une l'autre, d'un air de défi. Ce serait à la première qui arracherait la solution de Narcisse, laissant royalement sur le carreau leurs camarades, pantois face à leur obsession presque malsaine. Ce qui n'avait pas l'air de perturber Narcisse, ne désirant visiblement que de pouvoir les dissuader de tenter quelque chose de dangereux. Il plissa les yeux pour réfléchir, avant de pouffer de rire en se souvenant de quelque chose.
« Bah… j'ai quand même été dans un coma pendant un mois, hein… et j'avais perdu un bras.
— Oh… Emma rougit imperceptiblement.
— Pfeuh... En fait, tu nous en parles, mais t'en sais rien, bouda Félicia.
— Un peu… j'vous avais dit qu'c'était une théorie hein, j'ai pas trop compris c'qui m'arrivait, j'étais trop occupé avec les événements, à l'époque, désolé…
— Je suis sincèrement navré de vous interrompre, mais… je peux poser une question, professeur ?
— Bien sûr Gérald, j't'écoute ! »
Gérald et Ernest étaient les derniers membres du club à ne pas tutoyer Narcisse. Il fallait dire que même si le professeur invitait au tutoiement, il n'était pas là pour forcer qui que ce soit. Aussi n'avait-il aucune difficulté à les laisser choisir les manières qu'ils préféraient. Ce petit détail relevé, Narcisse n'en ressentait pas moins une grande proximité avec les deux, et écoutait son élève avec un sourire bienveillant.
« Comme chacun le sait, les lois de la magie font que pour chaque chose que l'on acquiert, il faut donner. Le principe de l'équivalence : si je veux maîtriser un sortilège à la perfection, je dois le pratiquer des milliers de fois. Or, ce à quoi vous faites référence, on dirait que vous l'avez presque acquis d'un claquement de doigts ? Que pensez-vous avoir sacrifié ?
— C'est une… super question, Gérald, attends, j'dois y réfléchir. »
Apolline nota la question de son ami, ainsi qu'Ernest, d'un geste de l'index. Emma et Félicia soupirèrent, les lèvres pincées, presque vexées d'avoir vu leur interrogatoire évincé. Puis, brusquement, les deux s'échangèrent un regard, avant de se détourner, furieuses. Depuis quand pouvait-elle se permettre d'avoir les mêmes objectifs que moi, celle-là ? Nul ne savait de laquelle des deux provenait cette pensée, peut-être des deux. Le professeur s'accorda quelques instants de réflexion, profondément tourné vers lui-même, ses doigts tapotant le bois de la table.
« J'sais pas… Je dirais pas que j'ai acquis c'pouvoir comme ça, ça s'est fait pendant longtemps. Il est arrivé quand j'avais besoin de lui, parce que je me tuais à vouloir protéger maman, j'avais peur, j'avais mal, j'étais perdu. J'contrôlais pas du tout ce pouvoir à l'époque, il ressortait que quand j'avais beaucoup d'émotions d'un coup. Une inspiration. Ma théorie, c'est qu'les émotions sont la source d'la magie, et que quand y'a un énorme déferlement d'émotions, combiné à certaines circonstances, l'Éveil peut se produire. On devient alors un… un entonnoir à émotions ?
— Un réceptacle ? Demanda Félicia.
— Un catalyseur plutôt ? Renchérit Emma.
— Un catalyseur, peut-être, merci Emma ! C'est comme si la magie était plus que en moi, mais autour de moi, et passait à travers mon corps pour exploser. »
Et toc, triompha la rousse en croisant les bras, bombant son torse, ignorant les traits déformés par la jalousie de la Serpentard. Narcisse se frotta l'arrière de la tête, le visage prostré, une moue pensive aux lèvres. Ernest intervint calmement.
« Professeur, avez-vous rencontré d'autres sorciers comme vous ?
— Nan… j'ai cherché, mais j'crois pas. J'ai l'impression que ça doit être unique pour chacun ? Mon corps a résisté, parce que j'l'avais beaucoup entraîné, mais bon, j'insiste : un mois de coma quand même, eh. Mais pour moi, tout l'monde peut l'faire, ça peut pas être propre qu'à moi, j'refuse tout simplement d'y croire !
— Et… et ça fait quoi, quand t'utilises cette magie ? »
De façon surprenante, ce fut Apolline, l'instigatrice de cette question. Et même Ernest en ressentit un frisson d'excitation. La Gryffondor en avait eu un aperçu lors de l'affrontement contre Julius, mais elle avait l'impression qu'elle pouvait apprendre encore tant de choses aux côtés de son professeur. Et il allait sans dire que les autres se montraient encore plus emballés, se redressant de leur chaise, en guettant la réponse du professeur, qui ne put retenir un sourire amusé.
« Bah, vous verrez ! J'compte bien vous montrer tout ça, pour vous apprendre. Et puis, on a beaucoup d'exercices à faire, maintenant qu'on va bientôt pouvoir sortir de Poudlard, j'attends l'aval du bureau des Aurors, et hop ! »
Ernest et Gérald exceptés, toutes se dressèrent brusquement, manquant de renverser leur chaise pour protester. De toute évidence, elles ne pouvaient pas attendre si longtemps ! Emma et Félicia étaient à deux doigts de se crêper le chignon pour savoir laquelle des deux serait aux premières loges…
« Tu vas voir quand j'me serai Éveillée aussi !
— Sale potiche ! Tu ne pourrais même pas t'Éveiller si je t'arrachais tous les ongles un par un !
— Les filles, arrêtez, vous battez pas ! Ih ! »
Ernest arrêta Félicia en l'attrapant par un bras, et Gérald dut physiquement retenir Emma, au prix de toutes ses forces, pour empêcher les deux adolescentes de s'étriper. Narcisse ne put retenir un éclat de rire en se levant, tapant doucement dans ses mains.
« Emma, Félicia ! J'suis sûr qu'vous serez les premières du Club à vous éveiller si ça arrive, haha ! Je… oh, sapristi, il est l'heure, plus, même ! On a dépassé de dix minutes, allez, filez tous, on fera une séance dans le parc la prochaine fois, j'pense que vous avez besoin de vous défouler. Allez, zou, zou ! J'vais me faire tirer les oreilles par Elina si vous revenez pas dans vos dortoirs ! »
Coupant court aux protestations, il accompagna les adolescents à la porte, riant des petites réactions démontrant toute l'excitation de ses Prodiges. Il était plus qu'heureux de la tournure de la séance, étant donné la sensibilité des souvenirs et des idées qu'il leur avait confiés. Son appréhension disparaissait de plus en plus avec eux, chaque séance contribuant à davantage prouver que ses petits Prodiges l'avaient accepté. Apolline finit par accompagner Gérald, cherchant déjà à obtenir ses notes, tandis qu'Ernest et Félicia prirent la direction de leur dortoir en discutant à voix basse. Seule Emma attendit, immobile, face à Narcisse, à l'encadrure de la porte.
« Oui, Emma ? »
Elle hésitait, il le voyait, peut-être avait-elle une ultime question ? Plusieurs fois, il crut même qu'elle allait se détourner pour repartir, tant elle trépignait sur place. Enfin, elle se mordit les lèvres, une rougeur naissante sur ses joues.
« Ella… vous vous êtes dit quoi, dans le parc, y'a deux jours ?
— Ah. »
Ah, oui. Sa réaction fut des plus spontanées, et ses paupières s'écarquillèrent tant que l'adolescente crut un instant que les yeux de son professeur allaient jaillir hors de leur orbite ! Ébahi aussi bien par la surprise d'apprendre qu'elle avait eu vent de cette interaction que par sa question, il hésita. L'adolescente s'effondra alors, les épaules voûtées, les traits tirés.
« Oh, merde, vous avez parlé d'moi ! C'est ça, hein ?!
— Non, non ! Non non non, pas du tout, juste euh, j'm'y attendais pas quoi ! Pourquoi tu lui demandes pas ?
— Parce que… parce que… Mais c'est pas tes affaires ! Elle… Ouh ! Elle m'énerve en ce moment ! L'adolescente rétorqua en croisant ses bras. Elle… elle m'évite, et… j'espère juste qu'elle va bien, non pas que ça m'importe, hein ! Enfin… Juste… tu me dirais, si elle avait dit quelque chose, hein ? »
Narcisse sourit, compatissant, mais proprement confus. Les deux adolescentes étaient en couple, pourquoi diable ne parlaient-elles pas de tout cela ? Il n'était pas au courant que les tensions semblaient si avancées, mais il avait toujours été mauvais pour observer les relations humaines. Il bafouillait sous l'effet de la confusion, se rendant compte qu'il ne voulait pas jeter de l'huile sur le feu.
« Bah... Oui, bien sûr, mais j'comprends pas, elle t'énerve, et tu t'inquiètes pour elle, c'est ça ? Vous vous aimez plus ? OH, SAPRISTI ! C'est ça ? Oh mais faut pas croire ça ! Elle a juste été stressée par sa mère, enfin, pas volontairement, hein, c'est juste qu'elle a besoin de quelqu'un pour la soutenir, je pense, tu vois ?
— Rah, tu... non, mais, NON MAIS C'EST PAS ÇA DU TOUT ! Tu comprends rien, toi, c'est fou ça ! Oublie ce que je viens de demander, je m'en fiche d'Ella d'abord, elle peut, elle peut... euh, rien du tout ! J't'éclate au prochain entraînement, mh ! »
Dressant fièrement son menton, en rougissant jusqu'aux joues, Emma se détourna brusquement, pressant le pas pour s'éloigner le plus rapidement possible du professeur. Qui demeura sur place, pantois, en se grattant la joue d'un air confus.
« Bah ça alors... pourtant, c'est vrai qu'Ella a besoin de quelqu'un pour la soutenir, non ? »
Et il savait très bien que cette personne ne pouvait pas être lui, ni Dianne, l'adolescente était trop obstinée en ce moment, et avait besoin d'espace. Même lui pouvait le comprendre. Aussi, le mieux à faire était de la laisser respirer, comme il avait appris à le faire au cours des ans passés avec les deux filles Shell. Après tout, Ella était une grande fille, elle était parfaitement capable de se débrouiller toute seule. Il hocha la tête, satisfait. Oui, tout irait bien !






