Vous reprendrez bien un peu de confiance ?
PNJ A référencé (Jacob, parrain du PJ) joué en mode actif en l'absence du PJ.
Sur nos écrans aujourd'hui, après : Te faire confiance et Tu me fais toujours confiance aujourd'hui ?, une nouvelle mise à l'épreuve de la confiance pour Jacob et Leo : Vous reprendrez bien un peu de confiance ?
Coucou contexte du jour côté Jacob
La confiance est comme une peau humaine tendue. On peut la masser et en prendre soin. On peut l’abîmer en l’égratignant ou la négligeant.
Jacob avait fait confiance à une vélane, elle en avait abusé. Corps paralysé.
Jacob avait fait confiance aux soeurs Dale, elles en avaient abusé. Contact rapproché non désiré.
Jacob avait fait confiance à une Asiatique, elle lui avait planté des ronces en pleine peau. Et l’aurait tué si un autre n’était pas arrivé.
La liste pouvait continuer.
Alors ce jour-là, quand Leo rentra, le brun ne tordilla pas son propos comme on tourne des ronces magiques dans une peau, il lui dit simplement d'une voix blanche, plantée nette comme une lame droite dans la peau : "Leo je ne suis plus digne de confiance, je crois que c’est fini." Et puis c’était tout. Si elle voulait des explications par farandoles, elle pouvait en demander. Mais si elle le croyait sur parole, alors il s’en irait.
A l’heure actuelle, il avait juste envie de pleurer. Il pleurait en fait déjà de l’intérieur. Et dans ces pleurs invisibles qu’il retenait, tout fondait. Il lui semblait que son coeur se diluait dans cette eau stagnante qui montait, montait, montait... et emportait avec elle et les formes et les couleurs de l'intérieur et de l'extérieur. Comme décrochées. Rien n'était plus à sa place et peut-être que des gouttelettes de ce coeur dégoulinaient un peu partout, qu’il était déjà, de fait, dissous.
Finalement une décision venue du cerveau, en effet ! Applaudissements, il n'était pour une fois pas l'irréfléchi, certains seraient fiers de lui, il aurait pu y penser s'il était arrivé à penser à autre chose qu'à ce grand vide à venir sans Leo que les larmes intérieures venues du coeur par kilolitres peinaient à combler. Applaudissements, le grand portait sa responsabilité sur ses épaules. De l'extérieur, il tenait d'ailleurs debout droit comme un dieu. De l’extérieur, il était tout à fait sec, ne tremblait pas, il était… étrangement parfaitement tenu. Les épaules pas naturelles tellement elles étaient verrouillées, mais à leur place. Le regard complètement à côté, à ne savoir ni s’accrocher ni fuir, juste glisser, mais bien là, quelque part entre les sourcils et le nez.
Rien sur son visage froid comme le marbre de la culpabilité, rien non plus des courants de honte qui suintaient sous la culpabilité : rien du "j’ai fait quelque chose de mal" sous lequel coulait vif le "je suis quelqu’un de mauvais - indigne". Des deux, culpabilité-honte et tristesse, c’était peut-être ainsi même la honte qui était plus profondément ancrée encore et plus profondément cachée que la tristesse pourtant elle-même enfouie. Car au fond c’était elle qui l’appelait à lâcher prise par ses mots plutôt qu’à la resserrer. Quand on ne se sent pas digne de réparer, la question de savoir si on aimerait ou pas ne se pose même pas. Jacob était un personnage d’action, et c’était compliqué pour lui de distinguer ce qu’il faisait de ce qu’il était, tellement l’un et l’autre étaient entremêlés.
Intérieurement, si elle demandait quelque chose, c'était bien possible qu'il n’aurait plus de place dans son corps pour tout cet écoulement de tristesse sous-tendu de honte qui frappait d’en-dedans. Huit ans.
Pourtant. Il ne s'était rien passé on argumenterait - mais c'était la représentation qui allait avec qui était insupportable. Être la vélane. Être la Dale. Être l'Asiatique. Être l'empoisonneur de l'être aimé, que ce soit au thé ou au baiser, être le planteur de cicatrices dans la peau de ceux qu'on aimait. Il lui fallait trouver le courage de s'en arracher, le courage de ne pas reproduire le grand cycle des trahisons dont il était la victime préférée. Et à cet instant, même dans la douleur, même au prix de pleurs et de sueur, il pensait qu'il le trouverait.
Alors il se mit à sourire, comme sourit Gwynplaine dans L’homme qui rit, de ce sourire qui contient des fissures et des éclats, celui qui, sous l’apparente légèreté a une profondeur aussi insondable qu’étrange. Un sourire qui porte la trace d’un vécu, et d’un craquement, mais sans dire ce qui a été vécu, sans dire ce qui en soi a vrillé. Il porte du mystère, et surtout beaucoup de survie, quelque part, on pourrait le nommer le sourire malgré-tout, ce sourire-ci que Jacob venait de ressortir tout droit des profondeurs de sa quatrième année.
Reducio
Pas d'intérêt pour mon propre PJ (Luke) mais intérêt pour la clarté vis-à-vis de la PJ partenaire (compagne de longue date du PNJ, évolution de leur relation, qui a impact sur leur construction).
Sur nos écrans aujourd'hui, après : Te faire confiance et Tu me fais toujours confiance aujourd'hui ?, une nouvelle mise à l'épreuve de la confiance pour Jacob et Leo : Vous reprendrez bien un peu de confiance ?
Coucou contexte du jour côté Jacob
Dans le logement de Leo, sur le campus de l'ISMI, le dimanche 15 janvier 2051 en début de soirée.
La confiance est comme une peau humaine tendue. On peut la masser et en prendre soin. On peut l’abîmer en l’égratignant ou la négligeant.
Jacob avait fait confiance à une vélane, elle en avait abusé. Corps paralysé.
Jacob avait fait confiance aux soeurs Dale, elles en avaient abusé. Contact rapproché non désiré.
Jacob avait fait confiance à une Asiatique, elle lui avait planté des ronces en pleine peau. Et l’aurait tué si un autre n’était pas arrivé.
La liste pouvait continuer.
Alors ce jour-là, quand Leo rentra, le brun ne tordilla pas son propos comme on tourne des ronces magiques dans une peau, il lui dit simplement d'une voix blanche, plantée nette comme une lame droite dans la peau : "Leo je ne suis plus digne de confiance, je crois que c’est fini." Et puis c’était tout. Si elle voulait des explications par farandoles, elle pouvait en demander. Mais si elle le croyait sur parole, alors il s’en irait.
A l’heure actuelle, il avait juste envie de pleurer. Il pleurait en fait déjà de l’intérieur. Et dans ces pleurs invisibles qu’il retenait, tout fondait. Il lui semblait que son coeur se diluait dans cette eau stagnante qui montait, montait, montait... et emportait avec elle et les formes et les couleurs de l'intérieur et de l'extérieur. Comme décrochées. Rien n'était plus à sa place et peut-être que des gouttelettes de ce coeur dégoulinaient un peu partout, qu’il était déjà, de fait, dissous.
Finalement une décision venue du cerveau, en effet ! Applaudissements, il n'était pour une fois pas l'irréfléchi, certains seraient fiers de lui, il aurait pu y penser s'il était arrivé à penser à autre chose qu'à ce grand vide à venir sans Leo que les larmes intérieures venues du coeur par kilolitres peinaient à combler. Applaudissements, le grand portait sa responsabilité sur ses épaules. De l'extérieur, il tenait d'ailleurs debout droit comme un dieu. De l’extérieur, il était tout à fait sec, ne tremblait pas, il était… étrangement parfaitement tenu. Les épaules pas naturelles tellement elles étaient verrouillées, mais à leur place. Le regard complètement à côté, à ne savoir ni s’accrocher ni fuir, juste glisser, mais bien là, quelque part entre les sourcils et le nez.
Rien sur son visage froid comme le marbre de la culpabilité, rien non plus des courants de honte qui suintaient sous la culpabilité : rien du "j’ai fait quelque chose de mal" sous lequel coulait vif le "je suis quelqu’un de mauvais - indigne". Des deux, culpabilité-honte et tristesse, c’était peut-être ainsi même la honte qui était plus profondément ancrée encore et plus profondément cachée que la tristesse pourtant elle-même enfouie. Car au fond c’était elle qui l’appelait à lâcher prise par ses mots plutôt qu’à la resserrer. Quand on ne se sent pas digne de réparer, la question de savoir si on aimerait ou pas ne se pose même pas. Jacob était un personnage d’action, et c’était compliqué pour lui de distinguer ce qu’il faisait de ce qu’il était, tellement l’un et l’autre étaient entremêlés.
Intérieurement, si elle demandait quelque chose, c'était bien possible qu'il n’aurait plus de place dans son corps pour tout cet écoulement de tristesse sous-tendu de honte qui frappait d’en-dedans. Huit ans.
Pourtant. Il ne s'était rien passé on argumenterait - mais c'était la représentation qui allait avec qui était insupportable. Être la vélane. Être la Dale. Être l'Asiatique. Être l'empoisonneur de l'être aimé, que ce soit au thé ou au baiser, être le planteur de cicatrices dans la peau de ceux qu'on aimait. Il lui fallait trouver le courage de s'en arracher, le courage de ne pas reproduire le grand cycle des trahisons dont il était la victime préférée. Et à cet instant, même dans la douleur, même au prix de pleurs et de sueur, il pensait qu'il le trouverait.
Alors il se mit à sourire, comme sourit Gwynplaine dans L’homme qui rit, de ce sourire qui contient des fissures et des éclats, celui qui, sous l’apparente légèreté a une profondeur aussi insondable qu’étrange. Un sourire qui porte la trace d’un vécu, et d’un craquement, mais sans dire ce qui a été vécu, sans dire ce qui en soi a vrillé. Il porte du mystère, et surtout beaucoup de survie, quelque part, on pourrait le nommer le sourire malgré-tout, ce sourire-ci que Jacob venait de ressortir tout droit des profondeurs de sa quatrième année.
@Leo Ginger, voilà, in-RP tous aux abris 
HRP le plai-sir d'écrire à tes côtés.
HRP le plai-sir d'écrire à tes côtés.
Lucky Luke (crédits Nélya), Luke Skyponger (crédits Drelall) -HRP : Lucky Charm, crédits Thomas- Logical, oh, responsible Gryffindor - Oh, clinical, intellectual, cynical... - Respectable, presentable, a vegetable !
Vous reprendrez bien un peu de confiance ?
Normalement, Leo serait arrivée dans un élan d'énergie tout en lançant une salutation légère et rieuse. Pas aujourd'hui. Remarquant immédiatement que quelques chose n'est pas en ordre lorsqu'elle aperçoit Jacob debout dans sa chambre, droit comme un i, le visage étonnamment froid et fermé, Leo reste plantée dans l'entrée. Le sourire sur son visage fane à vue d'œil, chassé par une expression se trouvant quelque part entre l'inquiétude et la confusion.
Normalement, Leo serait entrée, aurait balancé son sac de sport dans un coin de sa chambre, il aurait joyeuse volé de quelques mètres, se serait écrasé par exemple sur une pile de vêtements pas trop rangée et aurait vite été oublié. Pas aujourd’hui. Les mots de Jacob tombent sans détour et sans pitié. Leo desserre les doigts et le sac tombe simplement à ses pieds. Lourdement. Dans un bruit sourd qui fait écho aux battements de son cœur qui se sont transformés en cognements dans sa poitrine.
Comment ça, plus digne de confiance. Comment ça, c'est fini. Qu'est-ce qui est fini ?
À présent, le visage de Jacob affiche un sourire étrange. Sans se détourner, Leo tend le bras en arrière et ferme la porte de sa chambre derrière elle.
Elle cherche son regard. Il est là, quelque part, mais en même temps pas entièrement, alors elle le cherche. Cherche à le trouver, l'accrocher, le retenir. Regarde-moi Jacob, ça va aller. Toujours sans rien dire, Leo s'approche d'un pas. Un deuxième, troisième, plusieurs – rapides, déterminés – jusqu'à s'arrêter juste devant lui. Elle tend une main en direction de son visage. Fait glisser le pouce sur sa joue comme pour essuyer une larme invisible. Inexistante, en l'occurence. Elle répète le geste, délicatement, encore et encore.
Peut-être qu'en fait, elle cherche à détendre puis étendre ce sourire étrange, l'étaler au-delà des lèvres. Ou peut-être, elle espère parvenir à le remodeler pour qu'il prennent cette forme familière qu’elle aime voir, celle qui illumine le visage. Ses yeux papillonnent, essaient de comprendre, de reconnaître. Car si elle a vu Jacob sourire de si nombreuses fois qu'il serait impossible de les compter, ce sourire-là, elle peine à l'interpréter.
Comment ça, plus digne de confiance. Comment ça, c'est fini. Qu'est-ce qui est fini ?
Finalement, Leo attrape les deux mains de Jacob. Le mètre et demi la séparant de son lit franchis, la batteuse s'assoit sur le bord, invitant Jacob – sans trop lui laisser le choix à vrai dire – de faire de même et de s'installer juste en face d'elle. Elle ne le lâche toujours pas. Ni son regard, ni maintenant ses mains. Je suis là, ça va aller.
"Je comprends pas Jacob. Qu'est-ce qui s'est passé ?"
Parce que c'est toujours comme ça que ça a été. Comprendre avant de paniquer. Comprendre et essayer de trouver des solutions. Identifier l'obstacle et le surmonter, ensemble.
Comment ça, plus digne de confiance. Comment ça, c'est fini. Qu'est-ce qui est fini ?
"Ça va aller," elle ajoute finalement dans un murmure si léger qu'elle n'est pas sure que Jacob l'ait entendu. Un ça va aller tendre, réconfortant, qui se veut confiant. Mais peut-être que Leo sent déjà que cette fois-ci, le soucis est d'une nature différente. Peut-être qu'en fait, ce qui passe en boucle dans son esprit est aussi un Leo, ça va aller.
Normalement, Leo serait entrée, aurait balancé son sac de sport dans un coin de sa chambre, il aurait joyeuse volé de quelques mètres, se serait écrasé par exemple sur une pile de vêtements pas trop rangée et aurait vite été oublié. Pas aujourd’hui. Les mots de Jacob tombent sans détour et sans pitié. Leo desserre les doigts et le sac tombe simplement à ses pieds. Lourdement. Dans un bruit sourd qui fait écho aux battements de son cœur qui se sont transformés en cognements dans sa poitrine.
Comment ça, plus digne de confiance. Comment ça, c'est fini. Qu'est-ce qui est fini ?
À présent, le visage de Jacob affiche un sourire étrange. Sans se détourner, Leo tend le bras en arrière et ferme la porte de sa chambre derrière elle.
Elle cherche son regard. Il est là, quelque part, mais en même temps pas entièrement, alors elle le cherche. Cherche à le trouver, l'accrocher, le retenir. Regarde-moi Jacob, ça va aller. Toujours sans rien dire, Leo s'approche d'un pas. Un deuxième, troisième, plusieurs – rapides, déterminés – jusqu'à s'arrêter juste devant lui. Elle tend une main en direction de son visage. Fait glisser le pouce sur sa joue comme pour essuyer une larme invisible. Inexistante, en l'occurence. Elle répète le geste, délicatement, encore et encore.
Peut-être qu'en fait, elle cherche à détendre puis étendre ce sourire étrange, l'étaler au-delà des lèvres. Ou peut-être, elle espère parvenir à le remodeler pour qu'il prennent cette forme familière qu’elle aime voir, celle qui illumine le visage. Ses yeux papillonnent, essaient de comprendre, de reconnaître. Car si elle a vu Jacob sourire de si nombreuses fois qu'il serait impossible de les compter, ce sourire-là, elle peine à l'interpréter.
Comment ça, plus digne de confiance. Comment ça, c'est fini. Qu'est-ce qui est fini ?
Finalement, Leo attrape les deux mains de Jacob. Le mètre et demi la séparant de son lit franchis, la batteuse s'assoit sur le bord, invitant Jacob – sans trop lui laisser le choix à vrai dire – de faire de même et de s'installer juste en face d'elle. Elle ne le lâche toujours pas. Ni son regard, ni maintenant ses mains. Je suis là, ça va aller.
"Je comprends pas Jacob. Qu'est-ce qui s'est passé ?"
Parce que c'est toujours comme ça que ça a été. Comprendre avant de paniquer. Comprendre et essayer de trouver des solutions. Identifier l'obstacle et le surmonter, ensemble.
Comment ça, plus digne de confiance. Comment ça, c'est fini. Qu'est-ce qui est fini ?
"Ça va aller," elle ajoute finalement dans un murmure si léger qu'elle n'est pas sure que Jacob l'ait entendu. Un ça va aller tendre, réconfortant, qui se veut confiant. Mais peut-être que Leo sent déjà que cette fois-ci, le soucis est d'une nature différente. Peut-être qu'en fait, ce qui passe en boucle dans son esprit est aussi un Leo, ça va aller.
ˈli(ː)əʊ ˈʤɪnʤə
Flash McQueen, Flash McWin
Vous reprendrez bien un peu de confiance ?
C'est plein de chlore au fond de la piscine
J'ai bu la tasse tchin tchin
J'ai bu la tasse tchin tchin
De l'extérieur, il avait le regard de quelqu'un qui avalait de l'eau. Qui buvait la tasse. Pas en porcelaine, non, plutôt l'eau chlorée qui piquait de la piscine à vagues. Le regard qui luttait pour ne pas couler.
Mais Leo était là, désormais. Sa main venait de saisir à son invitation celle de la rousse, et le contact n’avait pas hésité tellement il était habituel, aussi naturel qu'une évidence désormais après des années main dans la main adolescents puis jeunes adultes maintenant. Son pouce au-dessus de l'entremêlement des doigts traça sans même vraiment le réaliser de petits ronds sur la peau douce de Leo. Leo faisait ces cercles sur ses joues, très doux, presqu'hypnotiques, ceux qui donnaient de petits éclairs de chaleur et de vie là où ils passaient.
A sa première question cependant, une fois assis, le brun fit doucement "non" de la tête, sans vraiment la regarder, son visage pourtant pivoté face à celui de sa vis-à-vis, comme s'il cherchait à le faire, mais quelque part derrière un écran brouillé, tout embué. Lui non plus ne comprenait pas ce qu'il s'était passé.
Et puis il y eut un souffle. Presqu'un rire, ou un râle, dur à dire, quelque chose en tout cas qui mourait avant d’exister. Comme une vague d'émotions qu'on retient à la force de ses bras, basse, tendue, venue, mais maîtrisée de justesse. Qui avait menacé de sortir, de renverser le sourire.
Il était rare que Jacob retienne ce qu'il ressentait en général, d'autant plus devant Leo. Aussi tout cela sortait vraiment de leur ordinaire. "Leo, je me vois..."
"un peu perdu, là." L'ancien Gryffon s'interrompit. Son regard poursuivit. Il accrocha cette fois pleinement celui de Leo - sans glisser. Y passa quelque chose de lent et pas parfaitement dans le moment conscientisé : *Leo, je veux pas devenir ce que j'ai subi. JE VEUX PAS. Et surtout, je ne veux pas te le laisser subir, TE LE FAIRE SUBIR. JE VEUX PAS.* Ce regard appuyait, coupait en tout cas, était déchiré à la fois par le passé et par la peur de voir celui-ci ressusciter à une surface où il n'avait plus sa place et les doigts du brun étaient un peu trop serrés désormais.
Sa respiration toujours réalisée par à-coups, Jacob avança légèrement sa tête et plaça son front contre celui de Leo, dans cette position où il sentait son souffle contre le sien. Pour l'instant, sa respiration accrochait dans sa poitrine, ça repartait, ça trébuchait, ça manquait de fluidité même si ça existait. Et puis. Et puis, à un moment, il réussit à trouver plus d'harmonie. Quand Leo inspirait, il la rejoignait. Quand elle expirait, c’était comme s’il finirait en même temps, ou ne finirait pas. Les contacts rythmiques répétés de la respiration étaient des repères, des bouées dans le flottement. Jacob sentait le rythme de Jacob et Leo. *J... eo, Le... cob, le nôtre* Ils respiraient ensemble et le paysage tout à coup était plus net.
Alors il détacha son front de celui de la rousse, doucement, pour appuyer ses lèvres sur celui-ci, plus tranquillement, puis, après, reprendre la parole : "Et je pense que tu mérites des certitudes, et je pense que tu le sais."
C'est sûr que main dans la main, la chaleur frissonnante des peaux l'une contre l'autre, cicatrice du Dominion de l’un contre cicatrice de quidditch de l’autre, les épaules l’une derrière l’autre dans un contact qui leur permettait de reconnaître la forme bien connue de l’autre, c’était pas comme ça qu’on prenait les décisions courageuses.
Mais. Mais il ne fallait pas perdre de vue la rationalité. Il le savait : ce matin, il avait vraiment hésité face à Alienor. Et il ne savait pas s'il l'aurait laissée l'embrasser si elle avait joint l'acte à la pensée. Et l'hésitation n'était pas permise dans ce genre de situation. Pour Jacob, la loyauté était absolue, ou n'était pas. Les demi-morales n'en étaient pas.
Et donc...
et donc son cerveau lui disait qu'il n'avait pas sa place là.
..., non ?

La Cathédrale, Rodin.
Reducio
Note : je n'ai jamais vécu de crise de panique intérieurement IRL, donc j'ai essayé de décrire ce que je pouvais pour le faire comprendre, quitte à passer par une métaphore aquatique à défaut de pouvoir être plus précis, mais c'est bien dans cette direction que je voulais aller avec la respiration et la sensation de couler intérieurement, bref j'ai essayé 
Lucky Luke (crédits Nélya), Luke Skyponger (crédits Drelall) -HRP : Lucky Charm, crédits Thomas- Logical, oh, responsible Gryffindor - Oh, clinical, intellectual, cynical... - Respectable, presentable, a vegetable !
Vous reprendrez bien un peu de confiance ?
La patience ne fait certainement pas partie des qualités de Leo. Pourtant, la batteuse patiente. Elle attend que Jacob trouve des mots – ou avant même d’attendre des mots, son souffle. Elle ne dit rien qui pourrait heurter, ne fait rien qui pourrait donner l’impression de vouloir le presser.
Elle sent que ça ne va pas. Elle voit dans son regard – toutes les expressions de son visage, à vrai dire – que ça ne va pas. D’ailleurs d’abord, rien ne vient, rien de plus qu’une négation suggérée de la tête qu’elle n’arrive pas à interpréter. Puis un drôle de bruit qui ne ressemble ni à un rire ni à rien d'autre en réalité, mais qui est toujours aussi peu clair. Finalement, la confirmation verbale que Jacob aussi se sent un peu perdu. Alors elle se contente de ce qu'elle sent, qu'elle voit et sait : encore et toujours que ça ne va pas, uniquement cela. De façon générale peut-être, mais surtout, très concrètement : que ça ne va pas pour Jacob là maintenant.
Leo le laisse poser son front contre le sien. Elle ferme mes yeux. Sent son souffle d’abord qui trébuche, puis qui s’accroche et se calque sur le sien. Elle force ses propres inspirations à devenir plus profondes, ses expirations plus calmes, quelque chose de rassurant et régulier – qu'elle force à être ainsi, car ces respirations-là ne servent pas uniquement à gonfler ses propres poumons : elles servent à apaiser ceux de Jacob.
L'anglaise laisse passer encore quelques secondes, respirant toujours tranquillement. Peut-être qu’involontairement, cette volonté de laisser Jacob s’accrocher lui permet de garder son propre calme également. Et peut-être que ce dont la batteuse fait preuve à cet instant n'est en réalité pas une particulière patience, mais juste l'affection qu'elle porte à celui en face d'elle. La très grande affection. Parce que lorsqu'on se connaît depuis huit ans, c'est comme ça : si Jacob donne l'impression de se noyer, l'origine de la tempête devient secondaire, la première – et seule – priorité étant celle de lancer une bouée, le tirer de là quitte à sauter à la suite. C'est ça, huit ans ; huit ans et une confiance absolue qui s'est tissée au fil du temps et dont les fils se solidifient d'année en année. Parfois, dans certaines situations, ça rend même les impatients patient et prête un peu de sang froid aux forts tempéraments.
Ainsi, quand l'ancien Gryffon lui explique qu'elle mérite des certitudes, son premier réflexe et de chercher son regard pour vérifier sur son visage la confirmation qu'il s'est stabilisé un peu. Puis de s'assurer qu'il ne va pas replonger, en commençant :
"Surtout, te sens pas pressé. Prends ton temps. J'pars pas, hein, d'toute façon."
Leo ne lâche pas la main de Jacob – au contraire, la serre un peu plus ferment encore. Après avoir marqué un bref instant de pause, elle continue :
"Et quand tu te sens prêt, explique moi ce qui s'est passé. Le ton est doux, mais tout de même ferme.. S'il te plaît," elle ajoute tout de même, accompagnant ces derniers mots par un sourire tendre.
Leo sait ce qu'elle mérite. Des certitudes peut-être, mais surtout, des explications.
Elle sent que ça ne va pas. Elle voit dans son regard – toutes les expressions de son visage, à vrai dire – que ça ne va pas. D’ailleurs d’abord, rien ne vient, rien de plus qu’une négation suggérée de la tête qu’elle n’arrive pas à interpréter. Puis un drôle de bruit qui ne ressemble ni à un rire ni à rien d'autre en réalité, mais qui est toujours aussi peu clair. Finalement, la confirmation verbale que Jacob aussi se sent un peu perdu. Alors elle se contente de ce qu'elle sent, qu'elle voit et sait : encore et toujours que ça ne va pas, uniquement cela. De façon générale peut-être, mais surtout, très concrètement : que ça ne va pas pour Jacob là maintenant.
Leo le laisse poser son front contre le sien. Elle ferme mes yeux. Sent son souffle d’abord qui trébuche, puis qui s’accroche et se calque sur le sien. Elle force ses propres inspirations à devenir plus profondes, ses expirations plus calmes, quelque chose de rassurant et régulier – qu'elle force à être ainsi, car ces respirations-là ne servent pas uniquement à gonfler ses propres poumons : elles servent à apaiser ceux de Jacob.
L'anglaise laisse passer encore quelques secondes, respirant toujours tranquillement. Peut-être qu’involontairement, cette volonté de laisser Jacob s’accrocher lui permet de garder son propre calme également. Et peut-être que ce dont la batteuse fait preuve à cet instant n'est en réalité pas une particulière patience, mais juste l'affection qu'elle porte à celui en face d'elle. La très grande affection. Parce que lorsqu'on se connaît depuis huit ans, c'est comme ça : si Jacob donne l'impression de se noyer, l'origine de la tempête devient secondaire, la première – et seule – priorité étant celle de lancer une bouée, le tirer de là quitte à sauter à la suite. C'est ça, huit ans ; huit ans et une confiance absolue qui s'est tissée au fil du temps et dont les fils se solidifient d'année en année. Parfois, dans certaines situations, ça rend même les impatients patient et prête un peu de sang froid aux forts tempéraments.
Ainsi, quand l'ancien Gryffon lui explique qu'elle mérite des certitudes, son premier réflexe et de chercher son regard pour vérifier sur son visage la confirmation qu'il s'est stabilisé un peu. Puis de s'assurer qu'il ne va pas replonger, en commençant :
"Surtout, te sens pas pressé. Prends ton temps. J'pars pas, hein, d'toute façon."
Leo ne lâche pas la main de Jacob – au contraire, la serre un peu plus ferment encore. Après avoir marqué un bref instant de pause, elle continue :
"Et quand tu te sens prêt, explique moi ce qui s'est passé. Le ton est doux, mais tout de même ferme.. S'il te plaît," elle ajoute tout de même, accompagnant ces derniers mots par un sourire tendre.
Leo sait ce qu'elle mérite. Des certitudes peut-être, mais surtout, des explications.
ˈli(ː)əʊ ˈʤɪnʤə
Flash McQueen, Flash McWin
Vous reprendrez bien un peu de confiance ?
Il y avait un grand silence dans la pièce. De ces silences à travers lesquels on sentait le temps passer, grain à grain dans un sablier, goutte à goutte dans la piscine qui semblait ne jamais se refermer. De ceux qui restent comme des chaises vides inoccupées dans la salle où personne ne semble oser respirer.
Jacob passa sa main solitaire sur ses côtes, à l'emplacement du coeur, comme pour rassembler dans sa main tout cet amour ancré, qui battait dans le stress, qui battait dans le réconfort, qui vivait trop pour être opérable et retiré, son coeur beaucoup trop battant il lui semblait. Il eut un petit rire nerveux, qui fendit l’air, bref, maladroit, complètement à contre-temps avec les éclats de rire ricochetant contagieusement qu’il avait habituellement, qui s’y brisa. Bien sûr que non, il n'arriverait pas à le rassembler.
Certainement car tout cet amour n'était pas juste imprimé sur un bout d'épiderme, sur un front contre l'autre posé puis même détaché comme encré, il se trouvait sur son corps tout entier, tatoué des contacts souhaités renouvelés des corps, des coeurs, des pensées, des vies passées, d'une construction depuis la grande enfance toute entremêlée - cet amour battait de partout, c'était une peau entière pulsant de ce pouls et toute une intériorité qui le conduisait qu'il aurait fallu arracher.
Déposant finalement à nouveau sa main vide de celle de Leo sur le lit, de l'autre côté, il sentit, tête tournée vers la rousse, regard suspendu puis détaché l’un de l’autre, Leo contre lui qui ne parlait plus et resserrait ses doigts. Même les deux têtes orientées dans la même direction, ainsi posés à penser, il sentait son silence qui tombait le long de sa silhouette sans avoir à la regarder. Même ainsi, il était convaincu de la forme et la position de celle-ci dans l'espace, il voyait les creux et les convexes et la façon dont ils s'harmonisaient au contact, y étaient sensibles, il se figurait les lignes fixes et celles qui ondulaient, la sculpture du sport et des années sur son corps, il sentait les contours de celle qui était à ses côtés à un point qui lui aurait permis de les dessiner, façonnés par la maturité et forgés par tout ce qu'elle avait traversé.
Aussi, le sujet des approches amoureuses des autres qui était celui qui planait au-dessus d'eux à cet instant comme un nuage d'orage retenu était d'habitude entre eux tout à fait un non-sujet. Le brun savait que Leo, du fait de son poste dans la Ligue mais pas que, aimantait. Mais la rousse n'avait jamais été de celles qui n'étaient pas en vue, remarquée, approchée, d'un autre côté. Son nom et sa personnalité rayonnaient, c'eut été mentir que dire qu'à Poudlard certains ne la connaissaient pas, elle avait littéralement à chaque match à Poudlard comme désormais chez les Frelons dans la représentation qu'il avait tout un public varié qui l'encourageait, pensait à elle, l'admirait, et parmi ces gens des gens qui portaient des maillots et des pancartes à son nom, qui demandaient des autographes, qu'elle faisait rêver, alors le regard du public, même si cette fois-ci l'échelle changeait (quoique discutable pour lui qui avait déjà été jeune dans la Gazette du Sorcier) n'était absolument pas une nouveauté. Et le fait que Jacob vivait encore mieux avec une Leo à son meilleur à ses côtés non plus. Et cette Leo-là était une Leo qui spontanément souriait encore et encore, une Leo qui avait l'occasion de sortir avec ceux qu'elle aimait fort, seule donc et avec ses amis au masculin aussi, même si ça impliquait de recaler quelques tentatives oui, une Leo qui avait mille raisons d'être amusée et ravie. Et mille occasions d'irradier pour tous sa générosité insolente, sa liberté lumineuse, cette ferveur qui irradiait, bref tout ce qui faisait qu'on -et le brun le premier- s'embrasait en sa présence.
Et réciproquement, il était vrai que Jacob recevait historiquement aussi son lot d'attention de son côté. Alors, le plus souvent, le sujet de ceux et celles qui abordaient était vite par le brun ouvert, vite par le brun refermé, s'il avait un impact direct sur une interaction prête à arriver, souvent même pas évoqué autrement que par quelques bons mots anonymés si c'était une inconnue d'une soirée qui ne serait de toute probabilité pas recroisée. Parce qu'il fallait comprendre qu'au fond quand on était face à Leo, on avait envie de parler de Leo, d'entendre parler de Leo, et pas des autres qui peut-être alcoolisées peut-être pas avaient vu un truc à tenter et s'étaient lancées.
Aussi leur cadre était relativement peu serré -ni l'un ni l'autre n'étaient des control freak relationnels avérés, et Jacob ayant vécu une vélane avait tout le mal du monde avec ces profils et s'en serait certainement rendu compte si tels avaient été les faits avant autant d'années- et la confiance répartie de manière plutôt équilibrée.
Ici, la difficulté qu'avait Jacob n'était donc pas tant dans la présence d'une approche -sans approuver ni désapprouver ces approches, il y était relativement accoutumé- ni non plus dans la confiance que Leo lui faisait en fait, que dans sa réaction à lui face à cette approche de la grande place. Ou son absence de réaction ? Ou sa participation ? Intérieurement, entendons. Il avait pris ce qu'il s'était passé comme on prenait une scène anodine, sans résistance, sans tension, sans ce réflexe intérieur qui dit "attention". Trop naturellement, trop facilement, non ?
Le récit commença à couler de ses lèvres une fois que chaussures ôtées de quelques mouvements, assis désormais en tailleur sur le lit, il avait pivoté pour se trouver orienté vers Leo, plutôt que comme avant tête tournée ailleurs que là où son corps regardait : "Ce matin, j'étais encore chez Simon", dans la tranquillité, après la course d'hier, j'en avais profité pour aller chiller chez mon grand frère, c'était absolument prévu, et pas du tout un scoop... mais c'était juste après que la nouvelle donnée arrivait : "et en allant chercher les croissants, j'ai croisé Alienor."
Et... et : "Et elle a ouvert une possibilité. Visiblement purement physique, pas sentimentale. Assez frontalement en fait."
"Elle l'a elle-même refermée. Mais en attendant, moi, sur le coup j'étais détendu, et je ne sais pas si elle l'avait mise en pratique ce que j'aurais fait."
"Je veux dire, c'est pas juste une fille en soirée qui tente un truc. C'est une de mes meilleures amies." Il y avait une confiance construite, de la complicité, une estime avérée et répétée, du partenariat sportif, une admiration non dissimulée, des moments partagés et l'envie d'en partager d'autres. Et sur le coup, il était bien dans les bras d'Alienor, ou Alienor dans ses bras, il ne savait pas, les deux dans les bras de l'autre en tout cas, et il avait produit ce moment, et il l'avait aimé, et de câlin plein, la conversation avait glissé à l'éventualité du baiser.
Jacob baissa une seconde le regard, avant de le redresser en même temps qu'un sourcil : "Et tu me diras, t'es ma copine, et c'est vrai, et tu as raison. C'est pas un détail. ... Et c'est pour ça qu'il y a un problème : il ne devrait pas y avoir d'hésitation."
Le brun pencha la tête. Il avait escaladé le plus dur, il allait continuer, et tout délivrer.
Alors, il s'ouvrit entièrement, le regard brun dans le regard bleu posé, sur ce terrain qui cédait sous ses appuis : "En fait, je ne sais plus où on va. Sur le coup, en croisant Alienor, ses mots" très vite très vite en seulement quelques questions, plus vite que le temps qu'il lui aurait fallu pour lui se positionner, encore décentré sur elle qu'il était, savoir ce qu'il aurait fait : "étaient clairs. Elle cherchait quelque chose de purement physique."
L'alignement synchronisé de deux surfaces corporelles l'une contre l'autre dans une fluidité purement anatomique. Un geste technique parfaitement exécuté mais pas habité. Oui, juste un mouvement, vidé de ses couleurs, de son épaisseur par-delà l'aspect purement sensorimoteur, qui aurait créé le rougissement physique des peaux mais pas celui permanent des coeurs. Une performance sportive de duo presque en fait, de deux pressions, vitesses, angles associés dans une foulée, avec gestion de respiration pour gravir un sommet, mémoire corporelle du muscle et mouvements répétés.
"Et ça m'a fait réaliser que nous, c’était pas aussi clair." articula-t-il posément. Il accompagna ses mots d'un regard particulier porté sur Leo, un regard de tendresse, celui qui voulait dire, *je ne veux pas que du physique avec toi, et tu le sais*. Un regard qui pensait fort *nous nous rencontrons d'ordinaire à tous les niveaux, Leo*. Et c'était vrai, Jacob avait vécu avec Leo le niveau maximal d'engagement qu'un corps, qu'un coeur et qu'un esprit pouvaient vivre, le niveau maximal d'alignement aussi, ils s'étaient tenus, accompagnés, répondus, pas que physiquement, et pas que lors d'un échange, nan. Leurs gaietés, leurs mains, leurs fiertés, leurs bassins, leurs idées, leurs lendemains, leurs rires hilares impossibles à arrêter s'étaient guidés, s'étaient formés aussi à la forme de l'autre, l'un moule de l'autre et l'autre moule de l'un. Et c'était aussi ce palimpseste d'alignements que portaient ces regards liés l'un à l'autre l'autre à l'un à cet instant.
Oui, dans ce regard posé par Jacob, tout autour devenait flou, pfiout paysage dissout, tellement l'intensité était toute portée sur ces deux yeux bleus qu'il connaissait. Et il pensait que c'était tellement évident qu'elle le savait. Que chaque contact, main contre joue ou main contre main le lui dirait. Lui dirait que la regarder c'était cette vaste onde pulsatile qui vous traversait tout le corps des pieds au visage, c'était... tout ce qu'on, ce qu'il pouvait décemment désirer.
Mais. Mais le brun frotta brièvement son menton, dans un nouveau geste manifestant l’inconfort, à nouveau très inhabituel chez lui : "Mais en même temps, je ne crois pas que tu te vois t’engager. Et cet entre-deux qui était mon sommet avant, je ne sais plus s'il me suffit maintenant. Il me fait douter." Le doute était une ligne de partage, pas un endroit où rester, elle était à l'ISMI dans une des si ce n'était l'école avec les étudiants les plus sympas qu'elle pourrait trouver. Authentiques-naturels, accessibles, passionnés, drôles, dynamiques. Cf. l'ambiance de la dernière retransmission de quidditch au Pitiponk, les étudiants à l'ISMI étaient sans conteste ceux qui mettaient l'ambiance, les couleurs, et la lumière dans la pièce, de fait.
"Et je sais au fond que tu mérites autre chose que quelqu’un qui doute. Et que je ne veux pas t'empêcher de rencontrer une personne qui ne doutera pas. Et..." Il se prit quelques secondes encore à admirer sa vis-à-vis, les courbes de ses cheveux et les détails de son regard bleu, ses taches de rousseur étoilées et la forme du contour de ses lèvres rosé foncé avec ce même émerveillement un peu ébloui qui s'y perdait pour s'y retrouver. Qui portait un peu même de cette candeur quasi-enfantine qu'il ne laissait pas apparaître devant grand'monde autre qu'elle.
Mais. Mais au milieu de cet étonnement et cette connaissance qui n'avaient pas vraiment de pareil, il arrivait, désormais, avec la maturité, à concevoir quelque chose qu'il n'aurait jamais conçu à Poudlard - où un garçon qui se serait aventuré auprès d'elle aurait entendu parler de lui très près et très vite : il arrivait à envisager un monde où Leo ne le choisirait pas. Un monde où il la croiserait plus souriante qu'avec lui au bras d'un autre et il serait extérieurement capable de l'encourager. Un monde où elle trouverait plus sûr face aux autres que lui l'avait été face à Alienor aujourd'hui. Un monde où Leo serait plus heureuse à un autre endroit qu'avec lui.
Jacob ajusta la manche de son sweat, avant de juste se décider à le retirer et le poser, détachant doucement ses doigts de ceux de Leo pour ce faire. Le sweat était pourtant doux, c’était davantage toutes ces paroles dites encore, encore, encore, yeux dans les yeux, qui avaient fini par l’étouffer, colorer son visage de cette teinte qui même pour l'observateur se ressentait, chauffait, vascularisait, sensorialisait l'instant échangé.
Il tendrait à nouveau sa main après avoir déposé plus loin sur le lit le sweat vers Leo, à la recherche de la chaleur, du toucher, du battement sous les peaux habituel. Si elle préférait ne pas la reprendre, et ne pas réagir, et ne pas parler, alors il ne la brusquerait pas et partirait. Si elle ne saisissait pas sa main le temps de lui répondre ou ne lui répondait pas, si même la friction des fibres certes déchirées de sa peau ne lui convenait plus, c'était qu'elle voyait certainement à cet instant en lui autant ou plus le problème que la solution ou une aide pour la solution, en fait.
Le brun s'adapterait alors à sa manière de saluer pour saluer en retour. Si elle n'était plus prête à l'embrasser, sous le choc, il ne forcerait pas. Un engagement mécanique et froid, sans le plaisir d'un sourire contre l'autre caressé ne valait pas la peine. Ils s'étaient embrassés des milliers de fois, il était tout à fait théoriquement capable d'un engagement extérieur, qui n'aurait rimé à rien en-dedans, une stimulation du corps qui ne serait pas descendue jusqu'au coeur. Mais le plaisir de Jacob était de fait indissociable de celui de Leo, il ne pouvait pas se faire au détriment du sien. Ce monde n'existait pas. Aux yeux de Jacob, leurs coeurs étaient ajustés et quand ils étaient dans la même pièce, il n'existait qu'une symphonie de sensations simultanées. La symphonie de déjà huit années. Whatever that means.
Bref, c'était bien pourquoi il ne pouvait pas la laisser souffrir par lui. Non ?
Jacob passa sa main solitaire sur ses côtes, à l'emplacement du coeur, comme pour rassembler dans sa main tout cet amour ancré, qui battait dans le stress, qui battait dans le réconfort, qui vivait trop pour être opérable et retiré, son coeur beaucoup trop battant il lui semblait. Il eut un petit rire nerveux, qui fendit l’air, bref, maladroit, complètement à contre-temps avec les éclats de rire ricochetant contagieusement qu’il avait habituellement, qui s’y brisa. Bien sûr que non, il n'arriverait pas à le rassembler.
Certainement car tout cet amour n'était pas juste imprimé sur un bout d'épiderme, sur un front contre l'autre posé puis même détaché comme encré, il se trouvait sur son corps tout entier, tatoué des contacts souhaités renouvelés des corps, des coeurs, des pensées, des vies passées, d'une construction depuis la grande enfance toute entremêlée - cet amour battait de partout, c'était une peau entière pulsant de ce pouls et toute une intériorité qui le conduisait qu'il aurait fallu arracher.
Déposant finalement à nouveau sa main vide de celle de Leo sur le lit, de l'autre côté, il sentit, tête tournée vers la rousse, regard suspendu puis détaché l’un de l’autre, Leo contre lui qui ne parlait plus et resserrait ses doigts. Même les deux têtes orientées dans la même direction, ainsi posés à penser, il sentait son silence qui tombait le long de sa silhouette sans avoir à la regarder. Même ainsi, il était convaincu de la forme et la position de celle-ci dans l'espace, il voyait les creux et les convexes et la façon dont ils s'harmonisaient au contact, y étaient sensibles, il se figurait les lignes fixes et celles qui ondulaient, la sculpture du sport et des années sur son corps, il sentait les contours de celle qui était à ses côtés à un point qui lui aurait permis de les dessiner, façonnés par la maturité et forgés par tout ce qu'elle avait traversé.
Aussi, le sujet des approches amoureuses des autres qui était celui qui planait au-dessus d'eux à cet instant comme un nuage d'orage retenu était d'habitude entre eux tout à fait un non-sujet. Le brun savait que Leo, du fait de son poste dans la Ligue mais pas que, aimantait. Mais la rousse n'avait jamais été de celles qui n'étaient pas en vue, remarquée, approchée, d'un autre côté. Son nom et sa personnalité rayonnaient, c'eut été mentir que dire qu'à Poudlard certains ne la connaissaient pas, elle avait littéralement à chaque match à Poudlard comme désormais chez les Frelons dans la représentation qu'il avait tout un public varié qui l'encourageait, pensait à elle, l'admirait, et parmi ces gens des gens qui portaient des maillots et des pancartes à son nom, qui demandaient des autographes, qu'elle faisait rêver, alors le regard du public, même si cette fois-ci l'échelle changeait (quoique discutable pour lui qui avait déjà été jeune dans la Gazette du Sorcier) n'était absolument pas une nouveauté. Et le fait que Jacob vivait encore mieux avec une Leo à son meilleur à ses côtés non plus. Et cette Leo-là était une Leo qui spontanément souriait encore et encore, une Leo qui avait l'occasion de sortir avec ceux qu'elle aimait fort, seule donc et avec ses amis au masculin aussi, même si ça impliquait de recaler quelques tentatives oui, une Leo qui avait mille raisons d'être amusée et ravie. Et mille occasions d'irradier pour tous sa générosité insolente, sa liberté lumineuse, cette ferveur qui irradiait, bref tout ce qui faisait qu'on -et le brun le premier- s'embrasait en sa présence.
Et réciproquement, il était vrai que Jacob recevait historiquement aussi son lot d'attention de son côté. Alors, le plus souvent, le sujet de ceux et celles qui abordaient était vite par le brun ouvert, vite par le brun refermé, s'il avait un impact direct sur une interaction prête à arriver, souvent même pas évoqué autrement que par quelques bons mots anonymés si c'était une inconnue d'une soirée qui ne serait de toute probabilité pas recroisée. Parce qu'il fallait comprendre qu'au fond quand on était face à Leo, on avait envie de parler de Leo, d'entendre parler de Leo, et pas des autres qui peut-être alcoolisées peut-être pas avaient vu un truc à tenter et s'étaient lancées.
Aussi leur cadre était relativement peu serré -ni l'un ni l'autre n'étaient des control freak relationnels avérés, et Jacob ayant vécu une vélane avait tout le mal du monde avec ces profils et s'en serait certainement rendu compte si tels avaient été les faits avant autant d'années- et la confiance répartie de manière plutôt équilibrée.
Ici, la difficulté qu'avait Jacob n'était donc pas tant dans la présence d'une approche -sans approuver ni désapprouver ces approches, il y était relativement accoutumé- ni non plus dans la confiance que Leo lui faisait en fait, que dans sa réaction à lui face à cette approche de la grande place. Ou son absence de réaction ? Ou sa participation ? Intérieurement, entendons. Il avait pris ce qu'il s'était passé comme on prenait une scène anodine, sans résistance, sans tension, sans ce réflexe intérieur qui dit "attention". Trop naturellement, trop facilement, non ?
Le récit commença à couler de ses lèvres une fois que chaussures ôtées de quelques mouvements, assis désormais en tailleur sur le lit, il avait pivoté pour se trouver orienté vers Leo, plutôt que comme avant tête tournée ailleurs que là où son corps regardait : "Ce matin, j'étais encore chez Simon", dans la tranquillité, après la course d'hier, j'en avais profité pour aller chiller chez mon grand frère, c'était absolument prévu, et pas du tout un scoop... mais c'était juste après que la nouvelle donnée arrivait : "et en allant chercher les croissants, j'ai croisé Alienor."
Et... et : "Et elle a ouvert une possibilité. Visiblement purement physique, pas sentimentale. Assez frontalement en fait."
"Elle l'a elle-même refermée. Mais en attendant, moi, sur le coup j'étais détendu, et je ne sais pas si elle l'avait mise en pratique ce que j'aurais fait."
"Je veux dire, c'est pas juste une fille en soirée qui tente un truc. C'est une de mes meilleures amies." Il y avait une confiance construite, de la complicité, une estime avérée et répétée, du partenariat sportif, une admiration non dissimulée, des moments partagés et l'envie d'en partager d'autres. Et sur le coup, il était bien dans les bras d'Alienor, ou Alienor dans ses bras, il ne savait pas, les deux dans les bras de l'autre en tout cas, et il avait produit ce moment, et il l'avait aimé, et de câlin plein, la conversation avait glissé à l'éventualité du baiser.
Jacob baissa une seconde le regard, avant de le redresser en même temps qu'un sourcil : "Et tu me diras, t'es ma copine, et c'est vrai, et tu as raison. C'est pas un détail. ... Et c'est pour ça qu'il y a un problème : il ne devrait pas y avoir d'hésitation."
Le brun pencha la tête. Il avait escaladé le plus dur, il allait continuer, et tout délivrer.
Alors, il s'ouvrit entièrement, le regard brun dans le regard bleu posé, sur ce terrain qui cédait sous ses appuis : "En fait, je ne sais plus où on va. Sur le coup, en croisant Alienor, ses mots" très vite très vite en seulement quelques questions, plus vite que le temps qu'il lui aurait fallu pour lui se positionner, encore décentré sur elle qu'il était, savoir ce qu'il aurait fait : "étaient clairs. Elle cherchait quelque chose de purement physique."
L'alignement synchronisé de deux surfaces corporelles l'une contre l'autre dans une fluidité purement anatomique. Un geste technique parfaitement exécuté mais pas habité. Oui, juste un mouvement, vidé de ses couleurs, de son épaisseur par-delà l'aspect purement sensorimoteur, qui aurait créé le rougissement physique des peaux mais pas celui permanent des coeurs. Une performance sportive de duo presque en fait, de deux pressions, vitesses, angles associés dans une foulée, avec gestion de respiration pour gravir un sommet, mémoire corporelle du muscle et mouvements répétés.
"Et ça m'a fait réaliser que nous, c’était pas aussi clair." articula-t-il posément. Il accompagna ses mots d'un regard particulier porté sur Leo, un regard de tendresse, celui qui voulait dire, *je ne veux pas que du physique avec toi, et tu le sais*. Un regard qui pensait fort *nous nous rencontrons d'ordinaire à tous les niveaux, Leo*. Et c'était vrai, Jacob avait vécu avec Leo le niveau maximal d'engagement qu'un corps, qu'un coeur et qu'un esprit pouvaient vivre, le niveau maximal d'alignement aussi, ils s'étaient tenus, accompagnés, répondus, pas que physiquement, et pas que lors d'un échange, nan. Leurs gaietés, leurs mains, leurs fiertés, leurs bassins, leurs idées, leurs lendemains, leurs rires hilares impossibles à arrêter s'étaient guidés, s'étaient formés aussi à la forme de l'autre, l'un moule de l'autre et l'autre moule de l'un. Et c'était aussi ce palimpseste d'alignements que portaient ces regards liés l'un à l'autre l'autre à l'un à cet instant.
Oui, dans ce regard posé par Jacob, tout autour devenait flou, pfiout paysage dissout, tellement l'intensité était toute portée sur ces deux yeux bleus qu'il connaissait. Et il pensait que c'était tellement évident qu'elle le savait. Que chaque contact, main contre joue ou main contre main le lui dirait. Lui dirait que la regarder c'était cette vaste onde pulsatile qui vous traversait tout le corps des pieds au visage, c'était... tout ce qu'on, ce qu'il pouvait décemment désirer.
Mais. Mais le brun frotta brièvement son menton, dans un nouveau geste manifestant l’inconfort, à nouveau très inhabituel chez lui : "Mais en même temps, je ne crois pas que tu te vois t’engager. Et cet entre-deux qui était mon sommet avant, je ne sais plus s'il me suffit maintenant. Il me fait douter." Le doute était une ligne de partage, pas un endroit où rester, elle était à l'ISMI dans une des si ce n'était l'école avec les étudiants les plus sympas qu'elle pourrait trouver. Authentiques-naturels, accessibles, passionnés, drôles, dynamiques. Cf. l'ambiance de la dernière retransmission de quidditch au Pitiponk, les étudiants à l'ISMI étaient sans conteste ceux qui mettaient l'ambiance, les couleurs, et la lumière dans la pièce, de fait.
"Et je sais au fond que tu mérites autre chose que quelqu’un qui doute. Et que je ne veux pas t'empêcher de rencontrer une personne qui ne doutera pas. Et..." Il se prit quelques secondes encore à admirer sa vis-à-vis, les courbes de ses cheveux et les détails de son regard bleu, ses taches de rousseur étoilées et la forme du contour de ses lèvres rosé foncé avec ce même émerveillement un peu ébloui qui s'y perdait pour s'y retrouver. Qui portait un peu même de cette candeur quasi-enfantine qu'il ne laissait pas apparaître devant grand'monde autre qu'elle.
Mais. Mais au milieu de cet étonnement et cette connaissance qui n'avaient pas vraiment de pareil, il arrivait, désormais, avec la maturité, à concevoir quelque chose qu'il n'aurait jamais conçu à Poudlard - où un garçon qui se serait aventuré auprès d'elle aurait entendu parler de lui très près et très vite : il arrivait à envisager un monde où Leo ne le choisirait pas. Un monde où il la croiserait plus souriante qu'avec lui au bras d'un autre et il serait extérieurement capable de l'encourager. Un monde où elle trouverait plus sûr face aux autres que lui l'avait été face à Alienor aujourd'hui. Un monde où Leo serait plus heureuse à un autre endroit qu'avec lui.
Jacob ajusta la manche de son sweat, avant de juste se décider à le retirer et le poser, détachant doucement ses doigts de ceux de Leo pour ce faire. Le sweat était pourtant doux, c’était davantage toutes ces paroles dites encore, encore, encore, yeux dans les yeux, qui avaient fini par l’étouffer, colorer son visage de cette teinte qui même pour l'observateur se ressentait, chauffait, vascularisait, sensorialisait l'instant échangé.
Il tendrait à nouveau sa main après avoir déposé plus loin sur le lit le sweat vers Leo, à la recherche de la chaleur, du toucher, du battement sous les peaux habituel. Si elle préférait ne pas la reprendre, et ne pas réagir, et ne pas parler, alors il ne la brusquerait pas et partirait. Si elle ne saisissait pas sa main le temps de lui répondre ou ne lui répondait pas, si même la friction des fibres certes déchirées de sa peau ne lui convenait plus, c'était qu'elle voyait certainement à cet instant en lui autant ou plus le problème que la solution ou une aide pour la solution, en fait.
Le brun s'adapterait alors à sa manière de saluer pour saluer en retour. Si elle n'était plus prête à l'embrasser, sous le choc, il ne forcerait pas. Un engagement mécanique et froid, sans le plaisir d'un sourire contre l'autre caressé ne valait pas la peine. Ils s'étaient embrassés des milliers de fois, il était tout à fait théoriquement capable d'un engagement extérieur, qui n'aurait rimé à rien en-dedans, une stimulation du corps qui ne serait pas descendue jusqu'au coeur. Mais le plaisir de Jacob était de fait indissociable de celui de Leo, il ne pouvait pas se faire au détriment du sien. Ce monde n'existait pas. Aux yeux de Jacob, leurs coeurs étaient ajustés et quand ils étaient dans la même pièce, il n'existait qu'une symphonie de sensations simultanées. La symphonie de déjà huit années. Whatever that means.
Bref, c'était bien pourquoi il ne pouvait pas la laisser souffrir par lui. Non ?
Lucky Luke (crédits Nélya), Luke Skyponger (crédits Drelall) -HRP : Lucky Charm, crédits Thomas- Logical, oh, responsible Gryffindor - Oh, clinical, intellectual, cynical... - Respectable, presentable, a vegetable !
Vous reprendrez bien un peu de confiance ?
Si jusqu'à là, Leo a fait preuve d'un certain calme, c'est maintenant un certain choc qui prend le relai et s'immisce doucement dans les traits de son visage. Sans interrompre Jacob, elle écoute jusqu'au bout. De toute façon, elle aurait été incapable de répondre tant elle a l'impression qu'on vient de lui couper le souffle. À vrai dire, ce n'est pas tant la mention d'Alienor qui lui a fait cet effet de coup de poing dans le ventre, mais la suite. Elle regarde Jacob, elle l'entend, entend ce qu'il dit… et en même temps, c'est étonnamment vide dans son esprit. Étonnamment vide dans ses poumons, également. Pendant plusieurs secondes, Leo le fixe. Sans bouger, sans répondre, elle essaie de suivre, de comprendre, d'assembler les bouts d'infos que Jacob lui balance. D'en faire quelque chose de cohérent. Elle n'y parvint pas.
"T'es en train de dire…"
Elle s'interrompt. Non, ce n'est pas par là qu'elle veut commencer, elle ne peut pas commencer par là parce que ce serait couper court à tout le reste. Tout ce reste… et tout à coup, quelque chose semble se débloquer. Tout à coup, il y a trop de choses dans son esprit, trop de pensées qui se déversent et se mélangent, trop d'émotions désordonnées en même temps. Alors Leo commence, se lance sans savoir quel sera le prochain mot qui franchira ses lèvres :
"J'men fous d'Alienor. Chais pas quel type de pote est prête à risquer le couple d'un de ses meilleurs amis pour une possibilité purement physique – elle appuie les mots employés par Jacob un peu plus tôt – mais…
Leo se tait, secouant la tête pour dire de laisser tomber, soudain prise par l'urgente envie de faire face à la batteuse, de lui envoyer un cognard en plein dans les côtes – juste pour la voir grimacer. Puis un deuxième, parce qu'un seul n'aura certainement pas suffi. Peut-être qu'en fait, elle ne s'en fout pas tant que ça, finalement, d'Alienor… mais son esprit a déjà bondi plus loin.
"Comment ça, nous c'est pas clair ? Qu’est-ce qui est pas clair ? Comment ça je suis pas prête a m’engager, tu dis que tu me trouves pas assez engagée dans notre relation ? Tu vois pas à quel point je… "
Leo ne finit pas. Au lieu de prendre la main que Jacob lui tend, elle s'empare du pull qu'il vient d'enlever, ramène les genoux près de sa poitrine et serre le vêtement contre elle. Parmi le bazar d'émotion dans son cœur, elle en identifie à présent une : Leo est blessée.
"J’comprends pas ce que tu me reproches, genre tu parles comme si c’était moi qui avait hésité face à Alienor, comme si c’est ma faute si…
…'tain j'arrive pas à finir une phrase, je sais pas par où commencer, j'–"
Le débit de mots frustrés s'accélère mais sa voix finit par se briser, laissant dans son sillage un nouvelle ébauche de phrase qui restera inachevée. Leo déglutit. Contre son gré, elle sent les larmes lui monter aux yeux. Peut-être qu'elle commence à réaliser ce qui est en train de se passer. Ce qui pourrait se passer dans les prochains instants, même si elle ne veut pas y croire. Que de toute ses forces, elle ne veut pas y croire. La batteuse fixe son regard sur Jacob, moins pour le lien mais parce que la focalisation lui permet de lutter contre les larmes. De les contenir, de les étouffer, de les renvoyer dans leur tranchées : elle ne veut pas pleurer. Elle déglutit à nouveau et cligne des yeux pour définitivement chasser toute larme qui aurait eu l'audace de s'inviter dans son regard bleu. Leo prend une inspiration profonde pour gonfler ses poumons d'un peu de courage.
Puis elle entame – doucement d'abord, pour vérifier que sa voix est suffisamment ferme pour arriver au bout de sa question :
"Tu… (sa voix semble s'être stabilisée, alors Leo continue, plus assurée mais aucunement rassurée) T'es en train de dire que tu doutes de vouloir continuer avec moi ?"
Heureusement que le point d'interrogation est posé, car en entendant les mots sortir de sa propre bouche, Leo sent à nouveau son coeur s'emballer. Elle a besoin de savoir. D'entendre la réponse qu'en même temps, elle la craint. Alors que simultanément, une partie de son cerveau interroge : pourquoi, dans ce cas, il lui a à nouveau tendu la main ? Et ensuite : pourquoi une fois la question posée – cette question qui la place dans une incertitude des plus inconfortables – ses propres doigts viennent à présent agripper ceux de Jacob ?
Peut-être que c'est pour gagner un peu de temps. Pour ne pas risquer que Jacob se lève et parte immédiatement. Ou parce qu'elle ne compte pas lui rendre la tâche aussi simple. Ou parce qu'elle refuse d'y croire. Ou qu'au contraire, elle parvient à l'envisager et a besoin de s'accrocher. Ou… Leo n'en sait rien, en fait. Elle ne sait rien, si ce n'est que son "ça va aller" de tout à l'heure semble à présent bien lointain. Qu'en fait, ça ne va pas, que rien ne va, qu'elle est es suspendue dans une incertitude qui d'un instant à l'autre, peut violemment la lâcher dans une situation qui, il y a quelques heures encore, lui aurait paru absolument inimaginable.
"T'es en train de dire…"
Elle s'interrompt. Non, ce n'est pas par là qu'elle veut commencer, elle ne peut pas commencer par là parce que ce serait couper court à tout le reste. Tout ce reste… et tout à coup, quelque chose semble se débloquer. Tout à coup, il y a trop de choses dans son esprit, trop de pensées qui se déversent et se mélangent, trop d'émotions désordonnées en même temps. Alors Leo commence, se lance sans savoir quel sera le prochain mot qui franchira ses lèvres :
"J'men fous d'Alienor. Chais pas quel type de pote est prête à risquer le couple d'un de ses meilleurs amis pour une possibilité purement physique – elle appuie les mots employés par Jacob un peu plus tôt – mais…
Leo se tait, secouant la tête pour dire de laisser tomber, soudain prise par l'urgente envie de faire face à la batteuse, de lui envoyer un cognard en plein dans les côtes – juste pour la voir grimacer. Puis un deuxième, parce qu'un seul n'aura certainement pas suffi. Peut-être qu'en fait, elle ne s'en fout pas tant que ça, finalement, d'Alienor… mais son esprit a déjà bondi plus loin.
"Comment ça, nous c'est pas clair ? Qu’est-ce qui est pas clair ? Comment ça je suis pas prête a m’engager, tu dis que tu me trouves pas assez engagée dans notre relation ? Tu vois pas à quel point je… "
Leo ne finit pas. Au lieu de prendre la main que Jacob lui tend, elle s'empare du pull qu'il vient d'enlever, ramène les genoux près de sa poitrine et serre le vêtement contre elle. Parmi le bazar d'émotion dans son cœur, elle en identifie à présent une : Leo est blessée.
"J’comprends pas ce que tu me reproches, genre tu parles comme si c’était moi qui avait hésité face à Alienor, comme si c’est ma faute si…
…'tain j'arrive pas à finir une phrase, je sais pas par où commencer, j'–"
Le débit de mots frustrés s'accélère mais sa voix finit par se briser, laissant dans son sillage un nouvelle ébauche de phrase qui restera inachevée. Leo déglutit. Contre son gré, elle sent les larmes lui monter aux yeux. Peut-être qu'elle commence à réaliser ce qui est en train de se passer. Ce qui pourrait se passer dans les prochains instants, même si elle ne veut pas y croire. Que de toute ses forces, elle ne veut pas y croire. La batteuse fixe son regard sur Jacob, moins pour le lien mais parce que la focalisation lui permet de lutter contre les larmes. De les contenir, de les étouffer, de les renvoyer dans leur tranchées : elle ne veut pas pleurer. Elle déglutit à nouveau et cligne des yeux pour définitivement chasser toute larme qui aurait eu l'audace de s'inviter dans son regard bleu. Leo prend une inspiration profonde pour gonfler ses poumons d'un peu de courage.
Puis elle entame – doucement d'abord, pour vérifier que sa voix est suffisamment ferme pour arriver au bout de sa question :
"Tu… (sa voix semble s'être stabilisée, alors Leo continue, plus assurée mais aucunement rassurée) T'es en train de dire que tu doutes de vouloir continuer avec moi ?"
Heureusement que le point d'interrogation est posé, car en entendant les mots sortir de sa propre bouche, Leo sent à nouveau son coeur s'emballer. Elle a besoin de savoir. D'entendre la réponse qu'en même temps, elle la craint. Alors que simultanément, une partie de son cerveau interroge : pourquoi, dans ce cas, il lui a à nouveau tendu la main ? Et ensuite : pourquoi une fois la question posée – cette question qui la place dans une incertitude des plus inconfortables – ses propres doigts viennent à présent agripper ceux de Jacob ?
Peut-être que c'est pour gagner un peu de temps. Pour ne pas risquer que Jacob se lève et parte immédiatement. Ou parce qu'elle ne compte pas lui rendre la tâche aussi simple. Ou parce qu'elle refuse d'y croire. Ou qu'au contraire, elle parvient à l'envisager et a besoin de s'accrocher. Ou… Leo n'en sait rien, en fait. Elle ne sait rien, si ce n'est que son "ça va aller" de tout à l'heure semble à présent bien lointain. Qu'en fait, ça ne va pas, que rien ne va, qu'elle est es suspendue dans une incertitude qui d'un instant à l'autre, peut violemment la lâcher dans une situation qui, il y a quelques heures encore, lui aurait paru absolument inimaginable.
ˈli(ː)əʊ ˈʤɪnʤə
Flash McQueen, Flash McWin
Vous reprendrez bien un peu de confiance ?
Jacob était vidé.
Vidé lui-même. Trop de conversation. Trop de réflexion sur l'action. Trop de mots sans bouger. Trop. Il pensait partir, saluer. Juste recroqueviller ses pensées comme dans les replis de tissu d'un sweat oublié, et ne plus les y bouger, ne plus tendre les fibres des neurones, pour démêler, démêler, démêler, juste : tout relâcher.
Essoré, oui. Comme un linge après une lessive de mots qui n'aurait plus d'eau à donner. Qui aurait déjà vidangé toute la rationalité et la clarté dont il était capable. Dont il faudrait désormais tordre les entrailles pour extraire encore plus profondément d'autres éléments.
Et en même temps que se vidait son énergie, augmentait cette douleur physique, brutale, immédiate en regardant Leo face à lui. Quand elle manquait de pleurer des yeux, il manquait de pleurer du coeur ; quand sa voix restait suspendue, il lui semblait que ses battements s'étaient suspendus aussi. Arrêtés. Fils du coeur coupés. Eteint. Tout simplement.
Pour lui, c'était comme si le contact d'une main contre l'autre ainsi entrenouées était celui d'un Na'vi à son élément par le biais de son fil de vie. Tu souffres, je souffre avec toi. Tu me tiens, je te tiens, tu me vois, je te vois. Et ainsi, pour une fois, il n'avait absolument pas la force d'être un point d'ancrage pour deux. Il n'avait plus pour l'instant l'énergie d'envoyer un contre-courant contre ces décharges dans ce fil de vie qui les reliait.
Sauf que, en plus, tu souffres, je souffre avec toi... mais c'est à cause de moi que ta mâchoire se contracte. Sauf que cette fois, je ne peux pas aller gérer cette personne qui te fait souffrir, aller tirer un Dale sur toute la longueur d'un stade pour neutraliser sa radioactivité s'il le faut. Parce que je ne suis pas la solution, je suis le problème déclencheur de la situation. Et te protéger, c'est partir.
La culpabilité intérieure parallèle à la douleur est massive, écrasante. L'ancien Gryffon sent sa responsabilité dans la situation. Il sent sa responsabilité dans le regard qui le perce et la voix tremblante de la rousse qui le traverse, il y a une lucidité douloureuse quelque part dans ce regard qui écoute celui de Leo.
Alors il est planté là, à mi-chemin entre l’envie de la serrer contre lui pour tout faire disparaître… et la certitude fatiguée que c’est justement cette impulsion-là qui pourrait tout fausser. La conscience de l'intérêt de partir pour la protéger... et la certitude que ce serait le déchirement le plus violent qu'il aurait jamais traversé.
"Leo, je..."
Son regard resta planté, sa parole dévia. "Tu n'as pas la sensation qu'on a changé ?" Plusieurs années, c'est long, plusieurs années. Est-ce que tu te sens vraiment encore comme cette deuxième année croisée un jour d'orage à Poudlard ? Est-ce qu'on vit encore comme ces deux enfants posés après la pluie sur le canapé couleur cramoisi de la salle commune un samedi après-midi ?
Il fit non dans la tête. Non. NON. Non, alors que la certitude était en train de s'installer. Non, on n'est plus du tout ces enfants, Leo. Regarde-nous. Je n'ai jamais douté aussi fort de ma vie, je crois. Je n'ai jamais eu ce trait de caractère dans ma panoplie. On a quitté quelque part nos certitudes d'enfant, et ce sweat que tu tiens est beaucoup trop grand pour un enfant, le Jacob de première année flotterait dedans, je porte le poids de tellement d'autres choses que ce petit sur mes épaules de grand maintenant. Sens, les cicatrices contre ta main, les tiennes, les miennes, sens. Le passage des épreuves et des ans. J'ai l'impression que nous deux au début de Poudlard c'était il y a mille ans.
Regarde. Regarde toutes les premières fois déjà franchies. Première baguette, première rentrée, premier Optimal célébré, le vol notre matière préférée, première victoire au quidditch, première fois en tant que capitaine, première gorgée d'une boisson virgin-alcoolisée, premier baiser, première danse partagée, premier transplanage, premier voyage loin au Chili dans le désert empierré, *tu es belle, mais floue, tu te souviens ?*. J'aimerais arracher les fils de mon esprit pour te glisser ces souvenirs dans une pensine et t'apaiser. Pour que tu les vois aussi défiler, colorés.
Et dès lors non, ce n'est pas ce que je veux dire. Non, Non, Non. Que je veux te rayer de ma vie. Que je veux de cette bouillie noire et blanche qui sera à jamais privée de... Non, non, NON. "Non."
C'est pas vrai, ce que tu dis, non. "C'est pas ça, la question." C'est pas continuation comme ça ou pas de continuation, non. Non, et lui-même commençait à cerner, tirant sur les fils qu'il restait, levant un sourcil pour les activer : "C'est pas est-ce qu'on est bien pour moi. C'est : est-ce que c'est ça, pour toujours ? On ne parle pas du même type d'engagement et du même type d'hésitation." finit-il par commenter, toujours à quart-de-voix, avec le front plissé des grandes réflexions sérieuses, qui ne laissaient pas vraiment l'humour comme option d'interprétation.
Il rassembla toutes ses forces pour le formuler une dernière fois, l'affirmer de manière forte et articulée : "Je t'aime, JE T'AIME Leo. Mais j'ai peur de te faire mal." T'imagines le nombre de fois où je te ferai mal si on continue, on continue indéfiniment ? Où je rentrerai et te dirai "je ne suis pas digne de confiance" ? Le nombre de fois où je vais potentiellement ressentir l'éventualité d'un désir ailleurs avec autant d'années ? Où tu vas potentiellement vivre ça juste là. Où tu te sentiras enfermée dans quelque chose qui te rendra malheureuse ? Le nombre de fois où...
Vidé lui-même. Trop de conversation. Trop de réflexion sur l'action. Trop de mots sans bouger. Trop. Il pensait partir, saluer. Juste recroqueviller ses pensées comme dans les replis de tissu d'un sweat oublié, et ne plus les y bouger, ne plus tendre les fibres des neurones, pour démêler, démêler, démêler, juste : tout relâcher.
Essoré, oui. Comme un linge après une lessive de mots qui n'aurait plus d'eau à donner. Qui aurait déjà vidangé toute la rationalité et la clarté dont il était capable. Dont il faudrait désormais tordre les entrailles pour extraire encore plus profondément d'autres éléments.
Et en même temps que se vidait son énergie, augmentait cette douleur physique, brutale, immédiate en regardant Leo face à lui. Quand elle manquait de pleurer des yeux, il manquait de pleurer du coeur ; quand sa voix restait suspendue, il lui semblait que ses battements s'étaient suspendus aussi. Arrêtés. Fils du coeur coupés. Eteint. Tout simplement.
Pour lui, c'était comme si le contact d'une main contre l'autre ainsi entrenouées était celui d'un Na'vi à son élément par le biais de son fil de vie. Tu souffres, je souffre avec toi. Tu me tiens, je te tiens, tu me vois, je te vois. Et ainsi, pour une fois, il n'avait absolument pas la force d'être un point d'ancrage pour deux. Il n'avait plus pour l'instant l'énergie d'envoyer un contre-courant contre ces décharges dans ce fil de vie qui les reliait.
Sauf que, en plus, tu souffres, je souffre avec toi... mais c'est à cause de moi que ta mâchoire se contracte. Sauf que cette fois, je ne peux pas aller gérer cette personne qui te fait souffrir, aller tirer un Dale sur toute la longueur d'un stade pour neutraliser sa radioactivité s'il le faut. Parce que je ne suis pas la solution, je suis le problème déclencheur de la situation. Et te protéger, c'est partir.
La culpabilité intérieure parallèle à la douleur est massive, écrasante. L'ancien Gryffon sent sa responsabilité dans la situation. Il sent sa responsabilité dans le regard qui le perce et la voix tremblante de la rousse qui le traverse, il y a une lucidité douloureuse quelque part dans ce regard qui écoute celui de Leo.
Alors il est planté là, à mi-chemin entre l’envie de la serrer contre lui pour tout faire disparaître… et la certitude fatiguée que c’est justement cette impulsion-là qui pourrait tout fausser. La conscience de l'intérêt de partir pour la protéger... et la certitude que ce serait le déchirement le plus violent qu'il aurait jamais traversé.
"Leo, je..."
Son regard resta planté, sa parole dévia. "Tu n'as pas la sensation qu'on a changé ?" Plusieurs années, c'est long, plusieurs années. Est-ce que tu te sens vraiment encore comme cette deuxième année croisée un jour d'orage à Poudlard ? Est-ce qu'on vit encore comme ces deux enfants posés après la pluie sur le canapé couleur cramoisi de la salle commune un samedi après-midi ?
Il fit non dans la tête. Non. NON. Non, alors que la certitude était en train de s'installer. Non, on n'est plus du tout ces enfants, Leo. Regarde-nous. Je n'ai jamais douté aussi fort de ma vie, je crois. Je n'ai jamais eu ce trait de caractère dans ma panoplie. On a quitté quelque part nos certitudes d'enfant, et ce sweat que tu tiens est beaucoup trop grand pour un enfant, le Jacob de première année flotterait dedans, je porte le poids de tellement d'autres choses que ce petit sur mes épaules de grand maintenant. Sens, les cicatrices contre ta main, les tiennes, les miennes, sens. Le passage des épreuves et des ans. J'ai l'impression que nous deux au début de Poudlard c'était il y a mille ans.
Regarde. Regarde toutes les premières fois déjà franchies. Première baguette, première rentrée, premier Optimal célébré, le vol notre matière préférée, première victoire au quidditch, première fois en tant que capitaine, première gorgée d'une boisson virgin-alcoolisée, premier baiser, première danse partagée, premier transplanage, premier voyage loin au Chili dans le désert empierré, *tu es belle, mais floue, tu te souviens ?*. J'aimerais arracher les fils de mon esprit pour te glisser ces souvenirs dans une pensine et t'apaiser. Pour que tu les vois aussi défiler, colorés.
Et dès lors non, ce n'est pas ce que je veux dire. Non, Non, Non. Que je veux te rayer de ma vie. Que je veux de cette bouillie noire et blanche qui sera à jamais privée de... Non, non, NON. "Non."
C'est pas vrai, ce que tu dis, non. "C'est pas ça, la question." C'est pas continuation comme ça ou pas de continuation, non. Non, et lui-même commençait à cerner, tirant sur les fils qu'il restait, levant un sourcil pour les activer : "C'est pas est-ce qu'on est bien pour moi. C'est : est-ce que c'est ça, pour toujours ? On ne parle pas du même type d'engagement et du même type d'hésitation." finit-il par commenter, toujours à quart-de-voix, avec le front plissé des grandes réflexions sérieuses, qui ne laissaient pas vraiment l'humour comme option d'interprétation.
Il rassembla toutes ses forces pour le formuler une dernière fois, l'affirmer de manière forte et articulée : "Je t'aime, JE T'AIME Leo. Mais j'ai peur de te faire mal." T'imagines le nombre de fois où je te ferai mal si on continue, on continue indéfiniment ? Où je rentrerai et te dirai "je ne suis pas digne de confiance" ? Le nombre de fois où je vais potentiellement ressentir l'éventualité d'un désir ailleurs avec autant d'années ? Où tu vas potentiellement vivre ça juste là. Où tu te sentiras enfermée dans quelque chose qui te rendra malheureuse ? Le nombre de fois où...
Ma main dans ta main. Mes yeux dans les tiens.
Lucky Luke (crédits Nélya), Luke Skyponger (crédits Drelall) -HRP : Lucky Charm, crédits Thomas- Logical, oh, responsible Gryffindor - Oh, clinical, intellectual, cynical... - Respectable, presentable, a vegetable !
Vous reprendrez bien un peu de confiance ?
Jacob a dit que non, que ce n'est pas ça la question, mais Leo est loin d'être rassurée. Parce qu'alors, si ce n'est pas cela la question, quelle est-elle ?
« Je sais pas si on a changé… 'fin on a grandi quoi. Mais j’ai toujours eu l’impression qu’on a grandi ensemble. Non ? » Une nouvelle question. La batteuse cherche la confirmation, celle dans son regard, celle dans ses mots.
Est-ce que c'est ça pour toujours ?
Que veut dire toujours ? Comment concevoir un toujours quand il y a deux secondes, on croyait être face à une fin ?
"J'en sais rien de si c'est pour toujours. C'est pour aussi longtemps que toi et moi, on le veut tous les deux. Aussi longtemps qu'on est prêts à faire fonctionner notre couple, même si ça peut parfois demander quelques efforts."
À moins que vrai noeud ne soit pas dans le toujours, mais dans le "est-ce que c'est ça". Ça. Pas à la hauteur ? Pas suffisant ? Qu'est-ce c'est, ça, Jacob , qu'est-ce que t'entends par là ?
Je t’aime Leo, mais j’ai peur de te faire mal.
Oh par Circé, cette phrase-là… elle rassure autant qu'elle lui fait mal au cœur. Car si tu m'aimes, Jacob, pourquoi tu me ferais mal ? Tout à coup, Leo a à nouveau l'impression d'étouffer entre ces quatre murs de sa chambre. Elle n'y tient plus.
« J’ai chaud, » elle souffle avant de se lever du lit et de se diriger vers la fenêtre pour l’ouvrir. L’air froid qui s’engouffre aussitôt par l’encadrement lui fait du bien. Pendant quelques secondes, la batteuse reste simplement debout face à la fenêtre, les yeux fermés pour exposer son visage au mois de janvier. Le brouhaha confus de quelques voix joyeuses lui parvient d’en bas. Il y a quelques minutes, elle aurait pu se trouver parmi elles mais à présent, elles lui paraissent absurdement insouciantes.
Elle aurait aimé s'envoler par cette fenêtre. Elle aurait aimé voir les murs de sa chambre disparaître. S'échapper, prendre de la hauteur et pourquoi pas frapper quelques cognards afin de se défouler. De se débarrasser de toutes ces pensées et émotions qui l'assaillent et qui la font suffoquer. Pourtant, Leo sait que si elle part maintenant, elle ne ferait que compliquer encore plus la situation. Et puis de toute façon, elle n'est pas du genre à fuir les problèmes. Ni du genre à laisser Jacob en plan.
Le vent léger qui pénètre à l'intérieur de la chambre soulève quelques parchemins posés sur son bureau. Mais également – curieusement : plus l'anglaise s'attarde près de l'encadrement, plus le courant lui donne l'impression de débroussailler sommairement son esprit. Le vent – même enfermé dans une chambre – a un goût de liberté et lui permet de clarifier un minimum ses pensées. Peut-être aussi que c'est une rafale de courage qui lui caresse la peau, une façon de lui dire de tenir bon, de respirer, de réfléchir, de rester calme et de ne pas paniquer. Alors sans pour autant quitter son poste près de la fenêtre ouverte, Leo prend une dernière inspiration profonde et finit par se retourner.
Ne pas paniquer.
Leo vient de dire qu'il y a parfois des efforts à faire, alors elle essaie d'écouter son propre conseil. De stabiliser cet instant de répit que l'air frais lui a offert et de ne pas laisser les murailles de la douleur l'enfermer. Tenter de préserver le dialogue. Cerner le problème, chercher des solutions. Ne pas se laisser aller à la tristesse ou la colère, allez Leo, tu peux le faire. Elle se racle la gorge. Une seconde fois. Elle cherche le regard de Jacob et s'efforce de reprendre :
"Alors de quel engagement tu parles ? De quelles hésitations ? Tu penses qu'on devrait… revoir… la façon dont notre couple fonctionne ? Leo hésite, sa gorge se noue mais elle continue malgré tout. Elle est allée trop loin pour s'arrêter et si elle recule, les mots retournerons se coincer quelque part dans sa poitrine. T'aimerais être abordé par ces filles random sans avoir à culpabiliser ? Ou embrasser tes amies sans craindre que ça me fasse mal ? C'est ça ?"
Après tout, certains couples font fonctionner les choses de cette façon. Très bien, même. Leo ne l'a juste jamais envisagé auparavant. Et à vrai dire, même maintenant, elle peine à imaginer ce qu'elle vient pourtant de formuler à voix haute.
« Je sais pas si on a changé… 'fin on a grandi quoi. Mais j’ai toujours eu l’impression qu’on a grandi ensemble. Non ? » Une nouvelle question. La batteuse cherche la confirmation, celle dans son regard, celle dans ses mots.
Est-ce que c'est ça pour toujours ?
Que veut dire toujours ? Comment concevoir un toujours quand il y a deux secondes, on croyait être face à une fin ?
"J'en sais rien de si c'est pour toujours. C'est pour aussi longtemps que toi et moi, on le veut tous les deux. Aussi longtemps qu'on est prêts à faire fonctionner notre couple, même si ça peut parfois demander quelques efforts."
À moins que vrai noeud ne soit pas dans le toujours, mais dans le "est-ce que c'est ça". Ça. Pas à la hauteur ? Pas suffisant ? Qu'est-ce c'est, ça, Jacob , qu'est-ce que t'entends par là ?
Je t’aime Leo, mais j’ai peur de te faire mal.
Oh par Circé, cette phrase-là… elle rassure autant qu'elle lui fait mal au cœur. Car si tu m'aimes, Jacob, pourquoi tu me ferais mal ? Tout à coup, Leo a à nouveau l'impression d'étouffer entre ces quatre murs de sa chambre. Elle n'y tient plus.
« J’ai chaud, » elle souffle avant de se lever du lit et de se diriger vers la fenêtre pour l’ouvrir. L’air froid qui s’engouffre aussitôt par l’encadrement lui fait du bien. Pendant quelques secondes, la batteuse reste simplement debout face à la fenêtre, les yeux fermés pour exposer son visage au mois de janvier. Le brouhaha confus de quelques voix joyeuses lui parvient d’en bas. Il y a quelques minutes, elle aurait pu se trouver parmi elles mais à présent, elles lui paraissent absurdement insouciantes.
Elle aurait aimé s'envoler par cette fenêtre. Elle aurait aimé voir les murs de sa chambre disparaître. S'échapper, prendre de la hauteur et pourquoi pas frapper quelques cognards afin de se défouler. De se débarrasser de toutes ces pensées et émotions qui l'assaillent et qui la font suffoquer. Pourtant, Leo sait que si elle part maintenant, elle ne ferait que compliquer encore plus la situation. Et puis de toute façon, elle n'est pas du genre à fuir les problèmes. Ni du genre à laisser Jacob en plan.
Le vent léger qui pénètre à l'intérieur de la chambre soulève quelques parchemins posés sur son bureau. Mais également – curieusement : plus l'anglaise s'attarde près de l'encadrement, plus le courant lui donne l'impression de débroussailler sommairement son esprit. Le vent – même enfermé dans une chambre – a un goût de liberté et lui permet de clarifier un minimum ses pensées. Peut-être aussi que c'est une rafale de courage qui lui caresse la peau, une façon de lui dire de tenir bon, de respirer, de réfléchir, de rester calme et de ne pas paniquer. Alors sans pour autant quitter son poste près de la fenêtre ouverte, Leo prend une dernière inspiration profonde et finit par se retourner.
Ne pas paniquer.
Leo vient de dire qu'il y a parfois des efforts à faire, alors elle essaie d'écouter son propre conseil. De stabiliser cet instant de répit que l'air frais lui a offert et de ne pas laisser les murailles de la douleur l'enfermer. Tenter de préserver le dialogue. Cerner le problème, chercher des solutions. Ne pas se laisser aller à la tristesse ou la colère, allez Leo, tu peux le faire. Elle se racle la gorge. Une seconde fois. Elle cherche le regard de Jacob et s'efforce de reprendre :
"Alors de quel engagement tu parles ? De quelles hésitations ? Tu penses qu'on devrait… revoir… la façon dont notre couple fonctionne ? Leo hésite, sa gorge se noue mais elle continue malgré tout. Elle est allée trop loin pour s'arrêter et si elle recule, les mots retournerons se coincer quelque part dans sa poitrine. T'aimerais être abordé par ces filles random sans avoir à culpabiliser ? Ou embrasser tes amies sans craindre que ça me fasse mal ? C'est ça ?"
Après tout, certains couples font fonctionner les choses de cette façon. Très bien, même. Leo ne l'a juste jamais envisagé auparavant. Et à vrai dire, même maintenant, elle peine à imaginer ce qu'elle vient pourtant de formuler à voix haute.
ˈli(ː)əʊ ˈʤɪnʤə
Flash McQueen, Flash McWin
Vous reprendrez bien un peu de confiance ?
Jacob regardait Leo sans cligner des yeux. Ses traits, leur dessin. Ses yeux passaient de ses lèvres qui parlaient à ses yeux jusqu'à ce que et les lèvres et les yeux se détournent de lui et s'orientent face à la fenêtre. Même de dos, avec vue sur sa seule silhouette, Jacob regardait Leo comme s'il imprimait son corps dans sa mémoire. Jusqu'à fermer les yeux alors que le flot de paroles adressé à l'extérieur continuait.
*Attends, quoi ?!* Ses paupières se rouvrirent.
Jacob sentit les muscles de son corps se verrouiller sous l'effet des mots de Leo, et la tension alourdir tout ce qui le constituait. Et tout ce qu'il voyait aussi semblait se trouver par le même coup arrêté dans cette densité immobile d'une nature nouvelle, et peu plaisante. Qui ne s'accordait pas au spectacle merveilleux du vent qui effleurait les bords du haut de sa compagne et de son col, et faisait un peu onduler les contours de sa gorge, vaciller la naissance de son épaule, jusqu'à voler un peu autour de sa taille.
Et puis, dans la pièce statufiée, il y eut ce moment vif lorsque la bourrasque d'air froid venue de dehors l'atteignit, laissant tomber avec elle le poids de janvier, ankylosant tout à fait toute la surface de peau nue exposée, et que le brun réalisa la portée vertigineuse de ce qui avait été prononcé. Quand la rudesse inhospitalière inhabituelle pour ce lieu le piqua tant qu'il en oublia et l'admiration de sa compagne et la possibilité de s'en rapprocher, qu'il blêmit dans l'avant-garde du crépuscule froid au lieu d'aller replacer ces boucles douces qui volaient au vent ou de guider avec tendresse ce corps qu'il admirait ailleurs que devant cette fenêtre.
Jacob, assis, dents serrées, encaissait. A une respiration de Leo, et pourtant leurs souffles trop écartés pour être mélangés, difficilement, déglutit. Dans le silence palpable, on entendit le bruit léger de ses mains jointes qui venaient entre elles de s'entremêler si fort sur ses cuisses en tailleur par rapport à son corps que les plis des phalanges qui ressortaient sur la peau avaient craqué.
Le regard de Leo était toujours accroché à l'extérieur. Planté vers un ailleurs où visiblement lui n'était pas. Celui de Jacob glissa du dos de Leo vers le mur face à lui, figé, blanc, comme un iceberg dans le grand froid de la chambre. Il replaça une main sur la gauche de son thorax, massa. Son coeur lui brûlait comme piégé dans cette carcasse de muscles, d'os et de peau elle-même enfermée dans le carré de ces quatre murs durcis par le froid hivernal.
Et cette carcasse raidie ne semblait plus savoir comment réagir aux cognements violents qui l'assaillaient. Ne semblait plus reconnaître ce rythme comme artificiellement greffé sur le côté, au niveau de la cage thoracique. Comme si le heurtoir d'une porte avait été activé, activé, encore réactivé, par un total étranger. Et le souffle du brun se coupa comme pour casser le contact avec ce coeur qui n'en faisait qu'à sa tête.
Mais l'air finit par manquer, à ainsi tout bloquer. À retenir son souffle dans l'espérance de glisser dans une faille temporelle où cette pique sur les amies qu'il aurait embrassé, le fait que cela se placerait tout à fait à égalité avec ce qu'ils avaient traversé et son absence de culpabilité n'aurait pas existé ne pouvait pas marcher. Alors l'ancien Gryffon souffla. Mais ce n'était pas le bruit espéré. Il aurait voulu entendre le parquet craquer sous les pas de Leo. Voir la retenue de la rousse fondre enfin. Craqueler l'équipement de quidditch lourd de tous ces mots qui évitaient soigneusement le "je", toujours caché. Sentir ses mains sur elle pour vérifier qu’il n’avait pas imaginé tous ces regards échangés.
Enfin. Enfin, après une minute, le matelas grinça. Très doucement. Jacob venait de se lever. Le parquet crissa sous le poids de ses pieds puis de son corps tout entier.
Quand quelques pas après il s’arrêta à côté de Leo, il restait un espace minuscule entre leurs épaules. Pas assez écartés. Beaucoup trop. Si sa compagne avait tourné la tête, elle aurait pu voir chaque détail maintenant. Les yeux bruns, la veine qui battait dans la tempe du front, le pouls irrégulier dans le cou, les épaules rentrées, le corps significativement raidi depuis les dernières paroles données.
Jacob, juste à sa droite, se mit à regarder dans la même direction que Leo. En contrebas, l'espace semblait ordonné, comparativement au méli-mélo régnant dans la chambre dans son dos, un peu dans sa chambre aussi à Snowdonia, le campus où Jacob habitait, leur chambre au vu du peu d'affaires que Jacob utilisait - et du fait qu'on y retrouvait aussi du méli-mélo de Leo. Qu'à Snowdonia, parmi les quelques cartes sur le panneau par lui punaisées comme des promesses d'aventure et d'ailleurs, se mêlaient, à l’odeur du papier et des départs imminents, les tickets de concerts vus ensemble et les badges des équipes de Leo. Et puis dans ce deuxième tiroir de la table de nuit, où entre la boussole et quelques autres petites affaires qu'il avait, étaient empilées les lettres de Leo, gardées sans même avoir réfléchi à les jeter, des barrettes que désormais elle utilisait, et un de ces tee-shirts avec une étoile dessus, roulé. Et Jacob sourit à cette idée de Leo se repérant dans le chaos de Snowdonia ou celui laissé ici derrière leur dos comme un astronome parmi les étoiles. Et au fond à cette représentation il le savait, Leo remplissait tous les espaces extérieurs et intérieurs qui à ses yeux existaient. Elle était dans le bazar de la chambre derrière eux, elle était à ses côtés, elle était là en contrebas où se posaient ses yeux dans ces espaces qu'ils avaient ensemble habités.
Alors le brun essaya de creuser par-delà la peine. Par-delà les mots dits par elle, pour plonger dans les mots dits par lui, pour plonger à nouveau dans ce "je t'aime" douloureux vu ce qui l'avait suivi et n'avait rien, rien d'un "je t'aime moi aussi". Oublia un instant ce "si", "si je le veux". Il les voyait marcher en bas parmi ces gens, oui, quand c'était son odeur à elle sur son épaule, quand c'était sa façon de respirer et celle d'aucune autre qu'il entendait, que le quidditch à haute dose rendait moins hachée que la plupart de celles qui existaient, cette respiration qui parfois changeait quand elle mâchait un ballongomme de Bullard, une habitude qu'il lui connaissait depuis la deuxième année ; quand c'était la chaleur de son corps, dans la silhouette telle qu'il l'avait admirée quelques minutes auparavant encore, qui était entremêlée à la sienne dans ces moments de juste "parce que", parce qu'au fond on avait déjà chaud dans nos manteaux, mais c'était bien mieux d'avoir chaud grâce à Leo que grâce à un manteau.
Pour le brun l'émotion débordait des moments de proximité corporelle, de tous ces moments où les phrases n’existaient plus vraiment, ces moments avec les traits fatigués, beaux, désarmés où les yeux dans les yeux, on ne pensait plus ni performance ni stratégie. Après le désir face à elle, l'envie de proximité. Avant le désir, l'envie de proximité. Dans le désir, l'envie de proximité, aussi. L'envie de proximité tout le temps, en fait. Et laisser entendre qu'il avait pu séparer dans ces ans avec elle, le juste corporel et l'émotionnel, produisait cette douleur aiguë du froid, presque brûlante tellement elle était charnelle.
Jacob finit par trouver ses mots, étrangement calmes et tranchants, eux aussi. "On est quoi pour toi ? De la tendresse passagère ? Du confort ? Juste du plaisir entre-deux ?" C'était brutal de se dire qu'on pouvait partager la même étreinte sans partager la même vérité. "Violent, Leo."
Il était pour Jacob glacial, oui glacial comme une armée de Détraqueurs, et plus froid encore même qu'une armée entière d'aspirateurs de joie, de chaleur et de lumière en fait, ce sentiment de n'être qu'une sensation, une fonction, un effet, une intensité, un shot de chaleur. Glaciale, la pensée que n’importe quel autre garçon puis homme à sa place aurait pu remplir exactement le même rôle qu'il avait occupé. Glaciale à en donner la nausée. Et puis sombre aussi ; et tous ces gens en-bas, et son bras sur les épaules de la rousse dans ce souvenir du contrebas, juste là-bas, s'obscurcissaient à mesure que la minute avançait. Et la vulnérabilité de son coeur à nu dans son corps vêtu lui paraissait presque humiliante désormais.
Jacob aurait aimé que Leo voit aussi l’homme après le désir. Il aurait profondément aimé sentir quelque part dans sa phrase qu’il n’était pas interchangeable, en fait. Ce qu’il espérait au fond sans l'exprimer, c’était être pour elle un lieu, au-delà d'un instant. Un endroit intérieur où elle pouvait revenir mentalement avec émotion, se glisser, se blottir par les pensées, en se représentant ce qu'ils avaient vécu, comme lui venait de se le représenter. Comme le collier retourneur de temps qu'elle portait - et qu'il lui avait offert, étrange ironie - l'y invitait. Il avait exprimé son attachement, elle avait reconnu à demi-mots l'éventualité d'un désir. C'était comme qui dirait différent. Et pour peu sophistique qu'il était, et sans poser de mots dessus forcément, il l'avait ressenti au plus profond de lui, et il ne pouvait même pas identifier l'origine de la peine, tellement son effet était encore irradiant.
Le brun fit non de la tête. "Je ne veux pas être un parmi un parquet. Je ne sens pas les demi-mesures, je ne te laisserai pas me demi-quitter. Je suis désolé." Non.
"Rassemble ton courage et quitte-moi en entier." Le ton, qui avait eu le temps d'infuser dans le froid de janvier, était calme, presqu'éteint. L'impossible devenait moins pire. Se séparer en entier plutôt que rester en sachant à chaque contact qu'il n'était qu'un parmi ceux qui abordaient la Gryffonne dans la perspective de celle qui était à ses côtés, un parmi les randoms et les amis qu'ils pouvaient sans être gênés embrasser. Et les yeux de Jacob toujours posés dans le lointain ne soutenaient toujours pas le regard de la rousse. Peut-être qu'il aurait été incapable de prononcer ces mots avec leurs regards emboîtés, sûrement, même, mais il avait perdu le regard de Leo il y a maintenant ce qui lui semblait une éternité glacée.
Où était passé le : *Leo, je veux même les petites disputes. Les moments où on a peur et on se dit les mauvais trucs. Je veux tout de nous.* Tomber l'un contre l'autre longtemps. Tomber l'un contre l'autre toujours. Avec tes bras autour de mon cou. Ton visage enfoui contre mon épaule. *Leo, j'aimerais que tu sois ma fiancée. Pour crier dans tous les airs de Cambridge et sur tous les toits de la ville que c'est toi. J'aimerais que tu y réfléchisses.* ? Où ?
Mais l'air s'était refroidi tout à coup, et il s'était trouvé seul face à un dos tourné avec son Leo, on a changé, je t'aime, j'hésite à m'engager, avec l'affirmation que ce caillou raconté avant était venu bouleverser cette pensée sous-jacente, seul. Seul, même juste avec son je t'aime, seul. Et le vent lui mordait moins la peau que la solitude de ses mots.
*Attends, quoi ?!* Ses paupières se rouvrirent.
Jacob sentit les muscles de son corps se verrouiller sous l'effet des mots de Leo, et la tension alourdir tout ce qui le constituait. Et tout ce qu'il voyait aussi semblait se trouver par le même coup arrêté dans cette densité immobile d'une nature nouvelle, et peu plaisante. Qui ne s'accordait pas au spectacle merveilleux du vent qui effleurait les bords du haut de sa compagne et de son col, et faisait un peu onduler les contours de sa gorge, vaciller la naissance de son épaule, jusqu'à voler un peu autour de sa taille.
Et puis, dans la pièce statufiée, il y eut ce moment vif lorsque la bourrasque d'air froid venue de dehors l'atteignit, laissant tomber avec elle le poids de janvier, ankylosant tout à fait toute la surface de peau nue exposée, et que le brun réalisa la portée vertigineuse de ce qui avait été prononcé. Quand la rudesse inhospitalière inhabituelle pour ce lieu le piqua tant qu'il en oublia et l'admiration de sa compagne et la possibilité de s'en rapprocher, qu'il blêmit dans l'avant-garde du crépuscule froid au lieu d'aller replacer ces boucles douces qui volaient au vent ou de guider avec tendresse ce corps qu'il admirait ailleurs que devant cette fenêtre.
Jacob, assis, dents serrées, encaissait. A une respiration de Leo, et pourtant leurs souffles trop écartés pour être mélangés, difficilement, déglutit. Dans le silence palpable, on entendit le bruit léger de ses mains jointes qui venaient entre elles de s'entremêler si fort sur ses cuisses en tailleur par rapport à son corps que les plis des phalanges qui ressortaient sur la peau avaient craqué.
Le regard de Leo était toujours accroché à l'extérieur. Planté vers un ailleurs où visiblement lui n'était pas. Celui de Jacob glissa du dos de Leo vers le mur face à lui, figé, blanc, comme un iceberg dans le grand froid de la chambre. Il replaça une main sur la gauche de son thorax, massa. Son coeur lui brûlait comme piégé dans cette carcasse de muscles, d'os et de peau elle-même enfermée dans le carré de ces quatre murs durcis par le froid hivernal.
Et cette carcasse raidie ne semblait plus savoir comment réagir aux cognements violents qui l'assaillaient. Ne semblait plus reconnaître ce rythme comme artificiellement greffé sur le côté, au niveau de la cage thoracique. Comme si le heurtoir d'une porte avait été activé, activé, encore réactivé, par un total étranger. Et le souffle du brun se coupa comme pour casser le contact avec ce coeur qui n'en faisait qu'à sa tête.
Mais l'air finit par manquer, à ainsi tout bloquer. À retenir son souffle dans l'espérance de glisser dans une faille temporelle où cette pique sur les amies qu'il aurait embrassé, le fait que cela se placerait tout à fait à égalité avec ce qu'ils avaient traversé et son absence de culpabilité n'aurait pas existé ne pouvait pas marcher. Alors l'ancien Gryffon souffla. Mais ce n'était pas le bruit espéré. Il aurait voulu entendre le parquet craquer sous les pas de Leo. Voir la retenue de la rousse fondre enfin. Craqueler l'équipement de quidditch lourd de tous ces mots qui évitaient soigneusement le "je", toujours caché. Sentir ses mains sur elle pour vérifier qu’il n’avait pas imaginé tous ces regards échangés.
Enfin. Enfin, après une minute, le matelas grinça. Très doucement. Jacob venait de se lever. Le parquet crissa sous le poids de ses pieds puis de son corps tout entier.
Quand quelques pas après il s’arrêta à côté de Leo, il restait un espace minuscule entre leurs épaules. Pas assez écartés. Beaucoup trop. Si sa compagne avait tourné la tête, elle aurait pu voir chaque détail maintenant. Les yeux bruns, la veine qui battait dans la tempe du front, le pouls irrégulier dans le cou, les épaules rentrées, le corps significativement raidi depuis les dernières paroles données.
Jacob, juste à sa droite, se mit à regarder dans la même direction que Leo. En contrebas, l'espace semblait ordonné, comparativement au méli-mélo régnant dans la chambre dans son dos, un peu dans sa chambre aussi à Snowdonia, le campus où Jacob habitait, leur chambre au vu du peu d'affaires que Jacob utilisait - et du fait qu'on y retrouvait aussi du méli-mélo de Leo. Qu'à Snowdonia, parmi les quelques cartes sur le panneau par lui punaisées comme des promesses d'aventure et d'ailleurs, se mêlaient, à l’odeur du papier et des départs imminents, les tickets de concerts vus ensemble et les badges des équipes de Leo. Et puis dans ce deuxième tiroir de la table de nuit, où entre la boussole et quelques autres petites affaires qu'il avait, étaient empilées les lettres de Leo, gardées sans même avoir réfléchi à les jeter, des barrettes que désormais elle utilisait, et un de ces tee-shirts avec une étoile dessus, roulé. Et Jacob sourit à cette idée de Leo se repérant dans le chaos de Snowdonia ou celui laissé ici derrière leur dos comme un astronome parmi les étoiles. Et au fond à cette représentation il le savait, Leo remplissait tous les espaces extérieurs et intérieurs qui à ses yeux existaient. Elle était dans le bazar de la chambre derrière eux, elle était à ses côtés, elle était là en contrebas où se posaient ses yeux dans ces espaces qu'ils avaient ensemble habités.
Alors le brun essaya de creuser par-delà la peine. Par-delà les mots dits par elle, pour plonger dans les mots dits par lui, pour plonger à nouveau dans ce "je t'aime" douloureux vu ce qui l'avait suivi et n'avait rien, rien d'un "je t'aime moi aussi". Oublia un instant ce "si", "si je le veux". Il les voyait marcher en bas parmi ces gens, oui, quand c'était son odeur à elle sur son épaule, quand c'était sa façon de respirer et celle d'aucune autre qu'il entendait, que le quidditch à haute dose rendait moins hachée que la plupart de celles qui existaient, cette respiration qui parfois changeait quand elle mâchait un ballongomme de Bullard, une habitude qu'il lui connaissait depuis la deuxième année ; quand c'était la chaleur de son corps, dans la silhouette telle qu'il l'avait admirée quelques minutes auparavant encore, qui était entremêlée à la sienne dans ces moments de juste "parce que", parce qu'au fond on avait déjà chaud dans nos manteaux, mais c'était bien mieux d'avoir chaud grâce à Leo que grâce à un manteau.
Pour le brun l'émotion débordait des moments de proximité corporelle, de tous ces moments où les phrases n’existaient plus vraiment, ces moments avec les traits fatigués, beaux, désarmés où les yeux dans les yeux, on ne pensait plus ni performance ni stratégie. Après le désir face à elle, l'envie de proximité. Avant le désir, l'envie de proximité. Dans le désir, l'envie de proximité, aussi. L'envie de proximité tout le temps, en fait. Et laisser entendre qu'il avait pu séparer dans ces ans avec elle, le juste corporel et l'émotionnel, produisait cette douleur aiguë du froid, presque brûlante tellement elle était charnelle.
Jacob finit par trouver ses mots, étrangement calmes et tranchants, eux aussi. "On est quoi pour toi ? De la tendresse passagère ? Du confort ? Juste du plaisir entre-deux ?" C'était brutal de se dire qu'on pouvait partager la même étreinte sans partager la même vérité. "Violent, Leo."
Il était pour Jacob glacial, oui glacial comme une armée de Détraqueurs, et plus froid encore même qu'une armée entière d'aspirateurs de joie, de chaleur et de lumière en fait, ce sentiment de n'être qu'une sensation, une fonction, un effet, une intensité, un shot de chaleur. Glaciale, la pensée que n’importe quel autre garçon puis homme à sa place aurait pu remplir exactement le même rôle qu'il avait occupé. Glaciale à en donner la nausée. Et puis sombre aussi ; et tous ces gens en-bas, et son bras sur les épaules de la rousse dans ce souvenir du contrebas, juste là-bas, s'obscurcissaient à mesure que la minute avançait. Et la vulnérabilité de son coeur à nu dans son corps vêtu lui paraissait presque humiliante désormais.
Jacob aurait aimé que Leo voit aussi l’homme après le désir. Il aurait profondément aimé sentir quelque part dans sa phrase qu’il n’était pas interchangeable, en fait. Ce qu’il espérait au fond sans l'exprimer, c’était être pour elle un lieu, au-delà d'un instant. Un endroit intérieur où elle pouvait revenir mentalement avec émotion, se glisser, se blottir par les pensées, en se représentant ce qu'ils avaient vécu, comme lui venait de se le représenter. Comme le collier retourneur de temps qu'elle portait - et qu'il lui avait offert, étrange ironie - l'y invitait. Il avait exprimé son attachement, elle avait reconnu à demi-mots l'éventualité d'un désir. C'était comme qui dirait différent. Et pour peu sophistique qu'il était, et sans poser de mots dessus forcément, il l'avait ressenti au plus profond de lui, et il ne pouvait même pas identifier l'origine de la peine, tellement son effet était encore irradiant.
Le brun fit non de la tête. "Je ne veux pas être un parmi un parquet. Je ne sens pas les demi-mesures, je ne te laisserai pas me demi-quitter. Je suis désolé." Non.
"Rassemble ton courage et quitte-moi en entier." Le ton, qui avait eu le temps d'infuser dans le froid de janvier, était calme, presqu'éteint. L'impossible devenait moins pire. Se séparer en entier plutôt que rester en sachant à chaque contact qu'il n'était qu'un parmi ceux qui abordaient la Gryffonne dans la perspective de celle qui était à ses côtés, un parmi les randoms et les amis qu'ils pouvaient sans être gênés embrasser. Et les yeux de Jacob toujours posés dans le lointain ne soutenaient toujours pas le regard de la rousse. Peut-être qu'il aurait été incapable de prononcer ces mots avec leurs regards emboîtés, sûrement, même, mais il avait perdu le regard de Leo il y a maintenant ce qui lui semblait une éternité glacée.
Où était passé le : *Leo, je veux même les petites disputes. Les moments où on a peur et on se dit les mauvais trucs. Je veux tout de nous.* Tomber l'un contre l'autre longtemps. Tomber l'un contre l'autre toujours. Avec tes bras autour de mon cou. Ton visage enfoui contre mon épaule. *Leo, j'aimerais que tu sois ma fiancée. Pour crier dans tous les airs de Cambridge et sur tous les toits de la ville que c'est toi. J'aimerais que tu y réfléchisses.* ? Où ?
Mais l'air s'était refroidi tout à coup, et il s'était trouvé seul face à un dos tourné avec son Leo, on a changé, je t'aime, j'hésite à m'engager, avec l'affirmation que ce caillou raconté avant était venu bouleverser cette pensée sous-jacente, seul. Seul, même juste avec son je t'aime, seul. Et le vent lui mordait moins la peau que la solitude de ses mots.
Lucky Luke (crédits Nélya), Luke Skyponger (crédits Drelall) -HRP : Lucky Charm, crédits Thomas- Logical, oh, responsible Gryffindor - Oh, clinical, intellectual, cynical... - Respectable, presentable, a vegetable !
Vous reprendrez bien un peu de confiance ?
La caresse froide de la brise de janvier est d'une douceur infinie en comparaison avec les mots de Jacob. Dos à la fenêtre, Leo penche la tête en arrière. Un peu, d'abord, puis plus loin. Ça tire dans sa nuque, mais c'est agréable, cet air frais sur son visage. Si elle ouvre les yeux, elle voit le ciel. Un croissant de lune à moitié dissimulé derrière un arbre et une multitude d'étoiles qui ont commencé à parsemer d'éclats scintillants la voûte nocturne. L'immensité donne le vertige. L'immensité aurait pu relativiser les proportions de ce qui est vécu et ressenti, mais cette aujourd'hui, elle a l'effet inverse.
Et puis brusquement, Leo se redresse. C'est bon là, en fait. C'est trop. Et il est temps que Jacob le comprenne. Elle l'attrape par les deux épaules pour le forcer à lui faire face et plante le regard dans le sien comme pour l'empêcher de fuir.
"Tu débarques chez moi, tu m'dis que t'es plus digne de confiance et que tu crois que c'est fini parce qu’t'as pas été capable de dire non quand Alienor a voulu t'embrasser et que t'en sais rien de comment t'aurais réagi si elle l'avait vraiment fait. "
La batteuse croise les bras. Un bref rire loin d'être amusé s'échappe des ses lèvres.
"Rassembler mon courage, hein. Ben mon courage il va t'expliquer un truc."
Leo passe un main dans ses cheveux pour ramener ses boucles en arrière et ainsi pleinement dégager son visage. Son regard brille d’une fureur qu’on lui connaît rarement – ou en tout cas, d’une fureur qu’elle ne pose habituellement jamais sur Jacob.
Elle plante la pointe de son indexe dans sa poitrine avant de continuer : "Moi, si une personne demande à m'embrasser, j'dis non. "
Son doigt appuie tellement fort contre son sternum que ça fait mal, mais emportée par son élan, cette petite douleur-là lui partait si insignifiante qu’il lui est aisé de l’ignorer.
"Et si la personne essaie de m'embrasser quand même, tu vois, je la prends comme ça – sans ménagement, Leo agrippe le col du T-Shirt de Jacob – et j’l'envoie loin."
Comme pour illustrer ses propos, elle amorce un mouvement de répulsion mais sans lui donner de réelle puissance. Au lieu de cela, Leo agrippe encore plus fermement le T-shirt de l’ancien Gryffon pour l’attirer vers elle, ne lui laissant pas le temps d’en placer une qu'elle reprend :
"Sans hésitation. Parce que pour moi, la question elle s'pose pas. Parce que je suis loyale et que j’ai un copain que j’aime et que j'veux évidemment pas remplacer."
Du plaisir entre-deux, il a dit. Non, pire : lui a fait dire. Leo ne comprend pas comment il peut venir à cette conclusion. Ridicule. Blessante, surtout. Et puis profondément injuste. Leo lui aurait volontiers demandé à quel moment s'est comportée de façon à suggérer un tel état d’esprit là où elle ne voit que des années de relation et d'attention, mais elle n’a pas l’énergie d’ouvrir une énième piste parallèle de conflit.
Car tenter de résoudre les problèmes par le dialogue c’est bien beau, mais Leo sent qu’elle ne tiendra plus très longtemps dans cette chambre – même avec la fenêtre ouverte. Elle finit par relâcher Jacob, commençant à craindre de lui faire mal. Quoique qu’un tout petit peu de douleur, peut-être que c’est justifié compte tenu de celle qui lancine son cœur ? Aussitôt envisagée, Leo se déteste d’avoir eu cette pensée. Mais sa douleur à elle, elle ne part pas. Alors avec une certaine amertume quoique d’un ton bien moins électrisé par sa colère qu’il y a quelques secondes encore, elle ajoute :
"Et pour ton info : là, tu es en train de me faire mal. Leo tu mérites ci, Leo tu mérites ça… ben figure toi que ouais. Je sais."
Sans ciller, elle soutient son regard. Est-ce qu'il comprend que cette fois, Leo est vraiment blessée ? Dans son cœur, mais aussi dans sa fierté. Or, sa fierté, Leo la défend comme une lionne. Alors elle relève le menton d'un cran lorsqu'elle reprend :
"Et tu sais ce que j’mérite d’autre ? Que tu t'rendes enfin compte que t'es en train de retourner la brochette pour me faire culpabiliser moi. Et que t'arrêtes de rejeter sur moi une faute absurde que j'porte pas. C'est pas moi qui manque du courage Jacob. C'est toi qui assumes pas."
Et puis brusquement, Leo se redresse. C'est bon là, en fait. C'est trop. Et il est temps que Jacob le comprenne. Elle l'attrape par les deux épaules pour le forcer à lui faire face et plante le regard dans le sien comme pour l'empêcher de fuir.
"Tu débarques chez moi, tu m'dis que t'es plus digne de confiance et que tu crois que c'est fini parce qu’t'as pas été capable de dire non quand Alienor a voulu t'embrasser et que t'en sais rien de comment t'aurais réagi si elle l'avait vraiment fait. "
La batteuse croise les bras. Un bref rire loin d'être amusé s'échappe des ses lèvres.
"Rassembler mon courage, hein. Ben mon courage il va t'expliquer un truc."
Leo passe un main dans ses cheveux pour ramener ses boucles en arrière et ainsi pleinement dégager son visage. Son regard brille d’une fureur qu’on lui connaît rarement – ou en tout cas, d’une fureur qu’elle ne pose habituellement jamais sur Jacob.
Elle plante la pointe de son indexe dans sa poitrine avant de continuer : "Moi, si une personne demande à m'embrasser, j'dis non. "
Son doigt appuie tellement fort contre son sternum que ça fait mal, mais emportée par son élan, cette petite douleur-là lui partait si insignifiante qu’il lui est aisé de l’ignorer.
"Et si la personne essaie de m'embrasser quand même, tu vois, je la prends comme ça – sans ménagement, Leo agrippe le col du T-Shirt de Jacob – et j’l'envoie loin."
Comme pour illustrer ses propos, elle amorce un mouvement de répulsion mais sans lui donner de réelle puissance. Au lieu de cela, Leo agrippe encore plus fermement le T-shirt de l’ancien Gryffon pour l’attirer vers elle, ne lui laissant pas le temps d’en placer une qu'elle reprend :
"Sans hésitation. Parce que pour moi, la question elle s'pose pas. Parce que je suis loyale et que j’ai un copain que j’aime et que j'veux évidemment pas remplacer."
Du plaisir entre-deux, il a dit. Non, pire : lui a fait dire. Leo ne comprend pas comment il peut venir à cette conclusion. Ridicule. Blessante, surtout. Et puis profondément injuste. Leo lui aurait volontiers demandé à quel moment s'est comportée de façon à suggérer un tel état d’esprit là où elle ne voit que des années de relation et d'attention, mais elle n’a pas l’énergie d’ouvrir une énième piste parallèle de conflit.
Car tenter de résoudre les problèmes par le dialogue c’est bien beau, mais Leo sent qu’elle ne tiendra plus très longtemps dans cette chambre – même avec la fenêtre ouverte. Elle finit par relâcher Jacob, commençant à craindre de lui faire mal. Quoique qu’un tout petit peu de douleur, peut-être que c’est justifié compte tenu de celle qui lancine son cœur ? Aussitôt envisagée, Leo se déteste d’avoir eu cette pensée. Mais sa douleur à elle, elle ne part pas. Alors avec une certaine amertume quoique d’un ton bien moins électrisé par sa colère qu’il y a quelques secondes encore, elle ajoute :
"Et pour ton info : là, tu es en train de me faire mal. Leo tu mérites ci, Leo tu mérites ça… ben figure toi que ouais. Je sais."
Sans ciller, elle soutient son regard. Est-ce qu'il comprend que cette fois, Leo est vraiment blessée ? Dans son cœur, mais aussi dans sa fierté. Or, sa fierté, Leo la défend comme une lionne. Alors elle relève le menton d'un cran lorsqu'elle reprend :
"Et tu sais ce que j’mérite d’autre ? Que tu t'rendes enfin compte que t'es en train de retourner la brochette pour me faire culpabiliser moi. Et que t'arrêtes de rejeter sur moi une faute absurde que j'porte pas. C'est pas moi qui manque du courage Jacob. C'est toi qui assumes pas."
ˈli(ː)əʊ ˈʤɪnʤə
Flash McQueen, Flash McWin

