Serre n°6 Une association risquée

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[quote] Samedi 1er avril 2051
Dans la serre n°6 - le matin
Avec @Alice Grant
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Les serres étaient à la fois paisibles et surprenantes. Chaque pas amenait vers un habitat différent, des odeurs variées et surtout des plantes spectaculaires. La serre de feu, par exemple, gardait des plantes si dangereuses que Cheryl n’avait pas encore le droit d’y accéder. Pour éblouir ses petits yeux, elle passait généralement dans la serre tropicale. Les plantes carnivores, les grands arbres ainsi que le climat chaud et humide l’immergeaient dans des contrées lointaines. Elle s’amusait à rêver les explorer comme une grande aventurière. Il était encore tôt quand elle se dirigea dans la serre des élèves. Elle avait avalé son petit-déjeuner à toute vitesse pour être là parmi les premiers. Pourtant, son Asphodèle n'avait pas besoin de soin aujourd’hui. Elle le savait, elle n’était pas là pour ça.

Son arrière-grand-père, Marc Denis, n’a jamais su pourquoi sa femme, Lucy Pike, qui disait tant l’aimée, l’avait abonné. Il a vécu dans le chagrin toute sa vie. Son grand-père, Christopher Denis, ne parlait presque jamais de sa mère. Elle était partie alors qu’il avait à peine un an, n’avait donné aucune nouvelle et ne s’était jamais inquiétée pour lui. À ses yeux, elle était morte depuis longtemps. C’était moins du ressentiment qu’une manière d’accepter une situation à laquelle il n’aurait de réponses.

Aussi, dimanche dernier, quand Cheryl découvrit qu’Alice connaissait une Pike, elle se dit que cette dernière pourrait peut-être connaître son arrière-grand-mère et les raisons pour lesquelles elle avait abandonné sa famille. Mais la Serpentard, après avoir avouer que c’était une personne de sa famille, avait lancé un Diffindo sur sa propre lettre et coupé court à la discussion. Comme à son habitude. Sans doute que ni Alice ni Margaret Pike n'avaient de lien avec sa famille, mais Cheryl ne pouvait s’empêcher de vouloir en être certaine. Entêtée, la jeune Poufsouffle se mit à l’espionner toute la semaine afin de connaître ses habitudes et de pouvoir l’aborder en dehors des cours. Alice travaillait ou lisait la plupart du temps : à la bibliothèque ou au lac, sous « son » arbre. Il aurait été difficile de parler, surtout de ce sujet, avec la bibliothécaire qui faisait régner l'ordre et le calme. De même, elle n’allait pas l’aborder à l’endroit même où elles s’étaient disputées. Il fallait un endroit neutre où elles puissent discuter tranquillement, comme la serre n°6, où Alice s’était rendue le mercredi matin pour s’occuper de son Perce-neige. C’est ainsi que le dimanche 1er avril, alors que de nombreux élèves commençaient déjà à s’amuser en cette journée de la farce, Cheryl vint très tôt dans les serres, espérant la voir apparaître. Ayant peur que la Serpentard rebrousse le chemin ou la morde en la voyant, elle s’était glissée dans un coin derrière des plantes hautes. Plusieurs heures passèrent, durant lesquelles elle répétait son discours. Ne sachant pas comment Alice pouvait réagir, il fallait faire preuve de beaucoup de tact. Grant arriva enfin. Elle la laissa s’installer et s’occuper de sa plante un moment, avant de s’approcher d’elle d’un pas de velours.

- Excuse-moi Grant… dit-elle en se raclant la gorge. S’il te plaît ne t’en va pas. Je dois te parler de quelque chose d’important… Je ne cherche pas à te faire une blague. Sa voix était douce, mais son visage sérieux.

546 mots

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Serre n°6 Une association risquée
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Samedi 1 Avril 2051, 11h00
Serre n°6, Botanique
Avec @Cheryl Denis
Rp avant
Rp après
Description d'Alice : Alice porte un chemisier violet rentré dans un pantalon cargo noir. A ses pieds, elle a ses habituelles Converses bleu canard. Elle a les cheveux détachés et porte ces boucles d'oreilles.

Alice venait de terminer de s'occuper de Minérale, sa fougère de Java qui grandissait dans la Salle de la Gorgone. Elle n'avait pas croisé une de ses amies de Serpentard là-bas et, ne sachant pas où elles se trouvaient, elle décida d'aller faire un tour dans la serre des élèves pour aller s'occuper de Phosphore, ses perce-neiges. Après tout, c'était dans son programme du jour. La jeune fille listait toujours ce qu'elle devait faire le samedi, de peur de s'ennuyer. S'occuper de ses plantes étaient une tache qu'elle faisait chaque samedi et mercredi mais qu'elle ne déterminait jamais l'heure où elle le faisait, de peur de tomber dans une routine répétitive.

Alice poussa la porte de la Serre Tropicale, le chemin le plus rapide pour arriver à la Serre des Élèves. Bien qu'elle n'oserait jamais l'avouer, elle avait toujours un frisson dans le dos à traverser cette serre. Il y avait des plantes assez dangereuses, plus dangereuses que celle qu'on trouvait dans les serres moldues. Elle savait que les professeurs de Botanique entretenait un carré de plantes carnivores moldues mais il y avait peut-être des sorcières un peu plus voraces que leurs congénères. La jeune fille passa à côté de la cascade, jetant un coup d’œil à la porte verrouillée à côté. Elle en était sûre, Miss Plogeth gardait des plantes dangereuses là-bas. Elle passa dans la petite pièce où se trouvait table et chaise, un parfait endroit pour réviser bien qu'Alice n'avait pas encore testé.

Alice rentra dans la Serre des Élèves et, instantanément, un sourire éclaira son visage. Elle adorait la nature et elle était ravie de savoir que certains élèves l'aimaient aussi. Avant d'arriver à Poudlard, la jeune fille avait pris conscience que la Terre allait pas bien et que c'était la faute aux Hommes. Elle avait décidé que, elle, elle donnerait des apports bénéfiques à la planète bleue au lieu d'aider ses congénères à la détruire encore plus. Mais, elle avait reçue sa lettre de Poudlard, la projetant dans un monde nouveau. Elle avait perdu tous ses repères et son but. Cependant, grâce aux psycomage, elle avait trouvé une nouvelle façon d'aider la Terre.

Perdue dans ses pensées, Alice s'occupait de sa plante mécaniquement, ne réfléchissant même pas à ses gestes. Une fois terminée, elle resta un long moment à observer ses perces-neiges, ses petites fleurs blanches si fragiles, offertes par son oncle ; elle espérait que Phosphore passerait l'été. Elle posa un doigt délicat sur une des pétales blanches, quand, soudainement, elle entendit une voix qui la ramena les pieds sur Terre. Cette voix, elle la connaissait parfaitement : c'était Cheryl, la Poufsouffle qui l'avait poussé à bout il y a une semaine, entrainant la destruction de la pomme de la discorde.

Alice se retourna lentement et s'adossa à la parcelle sur laquelle était ses perce-neiges. Elle croisa ses bras sur sa poitrine, en signe qu'elle ne se laisserait pas atteindre comme la dernière fois. Ses yeux bleux perçants fixaient sur les lèvres de Cheryl qui imprimaient des mots dans son esprit. La blairelle voulait parler de quelque chose d'important à la jeune fille. Mais elle s'était rappelé que c'était le 1er avril, et qu'en ce jour, on faisait des blagues. La Poufsouffle soutena à Alice que ce n'était pas une blague mais quelque chose d'important. Alice pinça les lèvres, elle connaissait le caractère farceur des Poufsouffles. Alors, elle dit :

" - Tu sais quoi Denis, je te crois pas !"

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626 mots
@Cheryl Denis

ALICE GRANT / SERPENTARD / DEUXIÈME ANNÉE
Couleur parole Rp : vert forêt (#3C612F) Présence : en absence à partir du 9 août
Stalkeuse Suprême - Maîtresse des Parchemins

Serre n°6 Une association risquée
Alice ne lui faisait pas confiance. En même temps, leurs rares échanges avaient tous tourné au désastre et, en cette journée de la farce, tout pouvait ressembler à un mauvais tour. Pourtant, Cheryl s’était préparée à cette éventualité. Cachée derrière ses grandes plantes pendant des heures, elle avait répété encore et encore ce qu’elle devait dire. Sa stratégie était simple : aller droit au but, donner immédiatement les informations importantes, puis laisser Alice décider de ce qu’elle voulait en faire.

Dans la poche de sa robe se trouvait le morceau de papier qu’elle gardait depuis l’été dernier. Un arbre généalogique couvert de notes et de noms entourés. L’idée lui était venue dès sa première année, lorsqu’elle avait commencé à s’intéresser au monde magique et à son histoire. Elle avait d’abord cherché à comprendre comment naissait la magie, pourquoi certains humains en étaient dotés, comme elle, et d’autres non, comme le reste de sa famille. Comprenant qu’un gène héréditaire était à l'origine de la magie, elle se mit à le rechercher chez ses ancêtres. Son père avait alors ressorti à sa demande les vieilles archives familiales et lui avait raconté plus en détail l’histoire de leur famille.

Sa famille lui parlait souvent de la manière dont les Denis et les Blowman avaient forgé leurs savoir-faire dans le monde du livre. Des anecdotes revenaient régulièrement pendant les repas, les longues soirées d’été ou encore durant les fêtes de fin d’année. L’imprimerie des Blowman avait été créée il y a plus de deux siècles, en 1752. Chaque héritier mâle avait fait de cette entreprise une activité de plus en plus lucrative, au point que la grand-mère de Cheryl, première et seule héritière, récoltait davantage les bénéfices de cette entreprise qu’elle ne la dirigeait. Le père de la jeune fille, simple et modeste, avait rejeté le fardeau d’un travail trop éloigné de ses valeurs et avait ainsi privilégié l’héritage de son père. La librairie avait été créée en 1910 par Henry Denis, et son père, un écrivain raté. Lorsque la Seconde Guerre mondiale débuta, Henry fut obligé de quitter ses livres, et quand il mourut au cours de l’évacuation de Dunkerque, Michael, son premier fils, victime d’une malformation au pied, reprit l’affaire familiale. Affaibli par la crise économique de la guerre, ce dernier parvint néanmoins à maintenir la librairie à flot. Mais c’est son fils aîné, Marc, qui signa véritablement le début de l’âge d’or de la librairie ; mais pas forcément pour les bonnes raisons. En effet, sa femme, qui n’était pour le coup jamais mentionnée, l’avait abandonné ainsi que son jeune bambin. Le chagrin causé par cette perte a poussé Marc à se concentrer sur son travail et son fils, le grand-père de Cheryl.

Ce n’est donc qu’au cours de l’été précédent que Cheryl sut vraiment qui était cette femme ainsi que son étrange histoire. Mariée à Marc sans le consentement de son père, Lucy dut le quitter subitement sans plus d’explication. Personne ne sait où elle est allée, ce qu’elle est devenue, ni pourquoi elle n’a jamais donné de nouvelles ou au moins un signe de son existence. Sur le moment, Cheryl s’était dit que c’était parce que Lucy était une sorcière et que son père voulait conserver le secret magique. Une explication davantage fantasmée que fondée. Mais à présent, à cause ou grâce à Alice, tout pouvait être différent. Si la Serpentard avait réellement un lien avec sa famille, alors cela pourrait enfin apporter des réponses à son père et à son grand-père. Des réponses qu’ils attendaient depuis des années sans même oser encore les espérer.

Cheryl inspira discrètement avant de sortir le papier froissé de sa poche : « Je sais que c’est le jour de la farce… mais je ne plaisante pas. » Elle prit une nouvelle inspiration, puis commença à déplier le papier : « Mon arrière-grand-mère s’appelait Lucy Pike ». Elle observa attentivement le visage d’Alice, espérant y voir ne serait-ce qu’un début de réaction au nom qu’elles partageaient peut-être toutes les deux : « J’ai fait des recherches cet été sur ma famille… et c’est comme ça que j’ai fait ça. » Elle tendit le brouillon à Grant.
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« Tu n’es pas obligée de me croire. Honnêtement, je comprends si tu penses que tout ça n’a aucun sens. Peut-être qu’il n’y a aucun lien entre nous. Sûrement que je me trompe complètement. » Son visage se fermait malgré elle. Elle essayait de ne pas donner l’impression d’exiger quoi que ce soit. Avec Alice, le moindre mot pouvait devenir une étincelle. « Je voulais juste… être certaine. » Elle prit une dernière inspiration avant de terminer : « Garde le papier si tu veux. Et… si un jour tu veux en parler, je serai là. »

Alors Cheryl recula légèrement, prête à partir si Alice le lui demandait. Après tout, ce sujet ne l’intéressait probablement pas autant qu’elle. Peut-être qu’elle déchirerait ce papier comme elle avait détruit ses lettres.

824 mots - @Alice Grant

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Serre n°6 Une association risquée
Alice pouvait fuir. Passer entre Cheryl et les bac, sortir de là où elle était venue et retourner dans sa salle commune. Elle n'avait pas envie de lui parler après ce qui s'était déroulé il y a environ une semaine. A défaut d'y repenser, la jeune fille en avait de plus en plus honte. Elle avait l'impression d'avoir été un chat a qui on lui avait privé sa balle de laine et qu'il avait fait tout pour la rattraper. Elle ne voulait plus ressentir cette sensation, surtout devant une Poufsouffle. Être une vulgaire marionnette qui réagit à chaque gestes de l'autre, non merci. Cependant, Alice resta, appuyée contre le bac. Elle voulait non plus passer pour une lâche qui fuit la conversation et qui n'a rien écouté de ce que son interlocuteur avait à lui dire. Alors, elle resta. Mais, silencieusement, elle se fit la promesse de ne pas réagir, de garder un regard froid sur la conversation et de ne pas se faire manipuler par ses émotions traîtresses.

Ses yeux bleus perçants fixaient maintenant ceux de Cheryl, lui mettant au défi de lui faire une blague. Quand la Poufsouffle commença à parler, ses oreilles se tendirent imperceptiblement. Son regard bascula dans la main de Cheryl et reconnut un papier légèrement froissé. Un sourire un peu sarcastique illumina ses lèvres. Cheryl allait faire un discours pour s'excuser d'avoir fait du chantage dans la Volière ? Comme c'était tentant... Mais ce n'était pas ça, dès que la blairelle commença à parler de son arrière-grand-mère, la jeune fille ne put s'empêcher de sentir une once de colère remontait dans ses veines. Pourquoi elle lui parlait d'une de ces ancêtres ? Elle s'en avait que faire de sa descendance ! Alice n'était pas une personne qui jugeait sur le sang ou les ancêtres illustres. Elle, elle avait ni l'un ni l'autre, alors pourquoi elle en prendrait compte chez ses camarades ? L'échauffement de son esprit avait des réparties sur l'attitude physique et Alice avait encore fermé très fort ses poings au point de peut-être avoir garder la marque de ses ongles. Sa fureur retomba littéralement quand son cerveau analysa la fin de la phrase.

Pike. Cheryl avait donc un ancêtres qui s'appelait comme la grand-mère d'Alice. Il était inutile maintenant qu'elle continue son discours, elle savait exactement où la jaune et noire voudrait en venir. Et c'était non. Un non franc et puissant. Alice comprit aussi pourquoi cela avait si vite dérapé dans la Volière. Cheryl voulait en savoir plus sur Margaret Pike, la femme qui portait le même nom que son ancêtre. En fait, les deux filles menaient la même quête séparément : trouver leur ancêtres magiques. Les pupilles d'Alice se dilatèrent quand elle entendit la prochaine phrase de Cheryl. Ses recherches sur sa famille. Même si elle allait refuser, cela ne pouvait l'empêcher de grappiller des informations sur cette soit-disant Pike pour voir si elle avait un lien avec sa grand-mère.

Alice déplia devant son visage le brouillon sur Cheryl lui offrait. Derrière, cachée, elle put relâcher ses muscles du visage. Quand soudain, ses yeux accrochèrent un mot. Libraires. La famille de Cheryl était libraire. Non, non, non, pas possible. Son esprit s'illumina et comprit pourquoi elle lui avait demander quels livres elle lisait en milieu de première année. Elle abaissa la papier, le plia en quatre et le regarda entre ses deux doigts. Puis ses yeux accrochèrent de nouveau ceux de Cheryl. Sa décision venait de tourner. Son esprit était une boussole dont l'aiguille pointé toujours la même direction : le refus. Mais là, elle devait être démagnétisée ou pire remagnétisée. Un autre mot percuta les tympans d'Alice. Lien. Cheryl croyait ou plutôt croyait pas, d'après ses mots, qu'elles avaient pu avoir un lien de parenté. Cette pensée ne fit remonter aucune des émotions qu'elle couvait. Ni colère, ni peur, ni dégoût, ni même joie. Comme si cette suggestion ne lui apportait de doute.

" - J'accepte."

La bile lui remonte dans la gorge, elle ne l'avait pas dit assez fort. Cheryl ne pouvait pas entendre. Elle aurait peut-être pu lire sur ces lèvres mais Alice se doutait qu'elle n'avait pas cette capacité là.

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694 mots
@Cheryl Denis
Excuse moi du retard

ALICE GRANT / SERPENTARD / DEUXIÈME ANNÉE
Couleur parole Rp : vert forêt (#3C612F) Présence : en absence à partir du 9 août
Stalkeuse Suprême - Maîtresse des Parchemins

Serre n°6 Une association risquée
Mais elle ne fuit pas. Elle resta droite face à Cheryl, silencieuse, défiant son regard, souriant avec sarcasme, serrant les poings en entendant celle à qui elle aurait probablement préféré tordre le bras. Alice demeurait prudente et sûrement toujours en colère ; c’était légitime. Cheryl s’était en cela préparée à être rejetée, ralliée voire même illuminée, mais rien de tout cela n’arriva. Alice ne semblait pas totalement indifférente aux paroles de la Poufsouffle. Le papier qu’elle avait accepté de déplier capta même toute son attention, bien davantage que le nom Pike, qui aurait pourtant dû suffire à lui seul. Impossible de savoir ce qu’Alice lisait précisément, mais elle ne prenait toujours pas ses jambes à son cou, et c’était le plus important.

Peut-être qu’il n’y a aucun lien entre nous. Un frisson parcourut Cheryl en repensant à ce qu’elle venait de dire. Avoir un lien de parenté avec Grant. Alice Grant. Impossible. Elles étaient au moins aux antipodes l’une de l’autre, dans leur manière d’être comme dans leur façon de s’habiller. Ce chemisier violet, assorti à des boucles d’oreilles en forme de cœur et à ces chaussures bleu canard… autant de couleurs que Cheryl ne possédait pas dans sa garde-robe. Elle n’avait en effet rien d’extravagant dans sa manière de s’habiller. Aujourd’hui par exemple, elle s’était vêtue d’un jean sombre, de baskets blanches et d’un pull à capuche. Bien qu’idéal pour la mi-saison, rien n’était inscrit sur le pull, aucun bijou n’était non plus perceptible, pas de vernis ni de maquillage, aucune touche de fantaisie venait ajouter une authenticité à l’ensemble. C’était une tenue que certains considéreraient sûrement comme austère, d’autres comme simplement sobre, voire banale. Pourtant, il s’en dégageait une certaine élégance. Cheryl savait être jolie, même dans son invisibilité. Aujourd'hui par contre, elle l’était un peu moins qu’à l’accoutumée. La coquetterie n’a pas lieu d’être lorsque l’on cherche à se cacher dans des plantes.

Et pourtant, Cheryl voulait réellement savoir ce qu’il était arrivé à la mère de son grand-père. Au point qu'elle préférait qu’elle et Alice soient cousines plutôt que de rester sans réponse. Un nouveau frisson parcourut son corps. Même si elle lui avait proposé de conserver le papier où figurait son arbre généalogique et de prendre le temps d’y réfléchir, elle espérait vivement qu’Alice n’en ferait rien, qu’elle lui répondrait immédiatement. Sinon elle ne cesserait d’y penser. Cette histoire la hantait depuis une semaine déjà.

Après avoir parcouru les notes de Cheryl, toujours sans dire un mot, Alice releva enfin les yeux vers elle. Au moment où ses lèvres s'entrouvrirent, Cheryl se mordit les lèvres, mais ce qu’elle prononça resta un mystère. Ou bien sa voix avait été trop faible, ou bien elle cherchait à se parler à elle-même. « Euh… quoi ? » demanda Cheryl.

Avant même de lui laisser le temps de répondre, elle reprit la parole. Ce n’était pas de bon cœur. Le comportement d'Alice l’avait profondément agacée ; elle aussi éprouvait encore de l’animosité. Mais elle était prête à mettre de côté son ressentiment. Parce qu’elle savait qu’Alice ne ferait pas le premier pas. Parce qu’elle non plus n’avait pas bien agi. Parce qu’il fallait le faire. Parce qu’elles devaient repartir sur de bonnes bases si elles voulaient avoir cette discussion. Son regard quitta celui d’Alice pour se poser vers sa plante. C’était une petite plante bulbeuse dont les fleurs formaient des clochettes blanches penchées. Un perce-neige. Précoce, résistant et toxique. Comme Alice. Elle était surtout magique. Durant un bref instant, Cheryl observa une rangée de clochettes qui se balançaient de façon imperceptible. C’étaient les rayons du soleil, ils tapaient le haut des cloches pour en libérer les parfums subtilement miellés. Cheryl en aspira quelques effluves tout en revenant vers le visage d’Alice. « Je suis désolée pour ce qu’il s’est passé dimanche dernier… »

Ces mots avaient été difficiles à prononcer. Elle mourait d’envie d’ajouter Mais comment peux-tu parler aux gens de cette manière ?! Mais elle se retint. Aux antipodes, songea-t-elle.

662 mots - @Alice Grant

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