20 avr. 2026, 07:25
Noyer sa haine
RUBY, 17 ans
25 décembre 2050 Fin de soirée

Précédemment — L'an de grâce.


[here she comes]
•••

J'ai attaqué ma mère. Sur le chemin, la véracité de ces mots me frappe à l'improviste, comme on se remémore un évènement que l'on croyait avoir rêvé. Ce sortilège qu'on nous apprend du haut de nos onze ans, je m'en suis servie contre celle qui partage mes gènes, celle à qui je me défends de ressembler. Et ça ne me fait ni chaud ni froid. Pas de tristesse, certainement pas de pitié. Allez savoir, peut-être que je m'en réjouis et savoure la satisfaction de lui avoir enfin rendu la monnaie de sa pièce. Je n'ai que des entrailles qui brûlent, des nerfs à vifs, je mène un corps qui ne sait pas où aller. Autour de moi, je reconnais les devantures éclectiques de Soho et le froid me fait accélérer le pas un peu plus chaque minute. Le temps s'étire et c'est moi qui risque de lui céder aussi facilement qu'un élastique se rompt. Je dois trouver un endroit — n'importe où — pour souffler un peu. Il y a ce lieu dont Leta m'a parlé, parce qu'elle en est la représentante ou une étiquette du genre. Je crois que j'y serai bien. Je ne dois plus être très loin, d'ailleurs. Les ruelles sans prétention, au cœur de Soho, ne sont pas si nombreuses que cela. Alors lorsque je me tiens devant le pas de cette porte qui recèle mon réconfort tant convoité, je me précipite pour hasarder quelques coups désordonnés. Je ne sais par quel miracle les instructions de Leta me reviennent en tête, subitement, pour me sauver la mise. Do the Hippogriff, c'est ça. Et la devanture se dévoile devant mes yeux.

Les éclats de rire et les bavardages qui emplissent le Pitiponk de l'intérieur me rappellent sans détour que la chaleur humaine existe, quelque part, même ici dans ce recoin de Londres. Ma malle dans une main, je me fraie un passage parmi ces inconnus du soir pour parvenir jusqu'à une table libre qui devient la mienne. Et une fois affalée sur le tabouret, je me demande ce que je fais là — juste un instant, comme un éclair de lucidité. Mais je m'empresse aussitôt de chasser cette pensée avec ce qu'il me reste de fierté. Si je commence à douter de la légitimité de ma présence, je peux dire adieu aux boissons que je suis venue chercher ici. Celles qui me vident la tête, me font me sentir légère et me débarrasseront du sentiment de souillure qui me colle à la peau depuis un trop long moment.

Devant moi, un verre n'attend plus que mon commandement pour m'obéir, alors je commande, sans réfléchir.

« Pourrais-je avoir un cocktail de... Vraiment sans réfléchir. Ce que vous voudrez, avec de la vodka. S'il vous plaît. »

Je farfouille dans les poches de mon manteau pour en tirer quelques mornilles et les déposer dans le verre. Elles devraient suffire à acheter mon répit.

Ruby-Amber, Gryffone alchimiste, bijou bientôt rouillé

23 avr. 2026, 09:22
Noyer sa haine
SASHA HAMBACHER, 29 ANS
Barmaid du Pitiponk


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Dimanche 25 décembre 2050
LE PITIPONK


Le 25 décembre est un jour particulier. Le Pitiponk n'ouvre que s'il y a des employés pour tenir le pub. Aucune obligation. Christopher se propose régulièrement. « Ça m'évitera de devoir me coltiner les longs diners mondains ennuyeux et l'excitation des gosses qui reçoivent trop de cadeaux ». Les Savage viennent parfois en famille. Les jumeaux et leur mère. Quand c'est eux qui gèrent le pub, c'est toujours la bonne ambiance. Musique pas trop forte, jeux de société, une seule et même grande table pour ceux qui le désirent. « Comme en famille mais pas en famille ! » dit toujours la vieille Selena. Kemby est souvent de la partie. Pour elle, pas de fêtes de fin d'année, décembre est un mois comme les autres. Quant au petit Eli ? Lui, il n'a jamais fait le 25 et personne ne lui a jamais demandé.

Cette année, Christopher est parti faire elle ne sait quoi à Paris et les Savage ont un gros rassemblement familial. Ce soir, elles sont entre filles. Juste Sasha et Kemby. Dans la salle ? Ceux qui n'ont pas de famille ou aucune envie de les voir, des groupes d'amis, quelques âmes solitaires qui viennent chercher du réconfort. L'atmosphère est sereine, légère. La salle est décorée de guirlandes, de bougies, de branches de sapin et de houx. Pour chaque boisson commandée, la maison offre un cracker surprise de Noël. Elles les ont préparé cet après-midi, dans la bonne ambiance, bénévolement. Si Christopher le savait, il serait mécontent. Il déteste offrir des choses aux clients, surtout quand la maison n'a rien à y gagner. Puisque c'est juste elle et Kemby, aujourd'hui, peu importe ce qu'il dirait. Sasha aime bien Kemby. L'elfe est sérieuse et bonne travailleuse. Et quand on la connait un peu, elle est plutôt marrante. Le genre d'âme que l'on ne remarque que si on prend le temps de bien la connaître et de se familiariser avec elle. Sasha adore ces personnes. Ce sont des joyaux, elles sont précieuses, uniques, discrètes. De toute façon, Sasha adore les gens tout court.

En l'absence de Chris, c'est de la pop qui passe dans le Pitiponk. Dans la cuisine, Sasha remue les hanches. Les commandes se font plus rares qu'en début de soirée. Elle passe plus de temps à grignoter qu'à servir des verres. Kemby étant au Pleuroir, elle en profite pour sautiller, pour bondir, pour s'asseoir sur le plan de travail. Elle jongle avec des bouchons, plutôt bien d'ailleurs. Elle s'amuse sans compagnie en chantonnant, heureuse d'être là même si sa famille était triste de la laisser partir.

Lorsque le bruit caractéristique de l'arrivée d'un verre retentit, Sasha se tord le cou pour le voir arriver. Il vole paisiblement jusqu'à son plan de travail. La femme bondit au sol et se retourne sans cesser de siffler les notes de la musique qui passe. Elle attrape le verre en un tour de main, déjà prête à préparer le cocktail, servir la bière ou ouvrir la bouteille de vin désirée. Mais lorsque la voix résonne, sa détermination freine brusquement. De sa baguette, Sasha lance de nouveau l'enregistrement de la commande de la cliente. Une fois, une deuxième fois et même une troisième.

Après quasiment une décennie à travailler derrière un comptoir, les clients n'ont plus beaucoup de secret pour elle. C'est dingue tout ce qu'on peut comprendre dans une simple phrase si on écoute bien le ton employé et les mots choisis. Cette fois-ci, deux choses l'interpellent. La jeunesse de la voix et l'hésitation dans la commande. Elle pourrait laisser filer, évidemment. Après tout, c'est Noël ! Mais ce n'est pas son genre. Et justement, c'est Noël. S'il y a une mineure qui est dans un pub au lieu d'être avec sa famille, elle ne laissera pas passer. Trop dangereux.

Sasha embarque le verre remplit d'argent, attrape un crackers de Noël et quitte la cuisine pour la salle du Pitiponk. La musique est plus forte ici mais pas assourdissante comme lorsque Chris est présent. Il y a une vingtaine de personnes installées. Sasha trouve sans mal celle qui l'a interpelée. Elle l'observe de loin, camouflée dans l'ombre du couloir menant aux sanitaires. C'est vrai qu'elle a l'air d'une gamine. Elle lui trouve quelque chose de triste, sans trop savoir pourquoi. Elle se fait peut-être des idées.

Ses doutes sont plus forts, maintenant qu'elle l'a vue : elle est seule, toute menue, le visage juvénile... J'vais juste vérifier, se dit Sasha en s'avançant à travers le salle. Elle réarrange son débardeur, coince ses cheveux courts derrière son oreille et débarque avec un sourire qui se veut rassurant à la table de la jeune fille

« Salut, fait-elle d'une voix chaude et grave en déposant le verre et le crackers au centre de la table. Désolée de te déranger, je suis la barmaid. »

Pas évident à voir du premier coup d’œil : elle ne porte pas son tablier, elle a l'air d'une cliente lambda. D'un doigt, elle désigne le verre. Sur ses lèvres, un sourire. Il peut également s'entendre dans sa voix. On a toujours dit à Sasha qu'elle avait la bonne humeur communicatrice.

« C'est moi qui ai reçu ta commande et... Enfin, c'est ta voix qui m'a interpelée, tu vois ? précise-t-elle. Elle m'a paru un peu jeune. On sert pas d'alcool aux mineurs ici et aussi... Ta commande était pas super précise. Alors autant t'as vingt piges et j'ai rien à dire mais... Faut que je vérifie, tu comprends ? »

Une main sur la hanche, Sasha n'a pas le ton de celle qui condamne. Elle ne veut surtout pas mettre la gamine mal à l'aise mais elle ne peut pas non plus laisser couler sans s'assurer que tout est en ordre.

Reducio
- Identité du/des PNJ (Prénom, Nom) : Sasha Hambacher
- Lien avec le PJ : Collègue de travail
- Lien dans le répertoire : Juste là
- Ce RP aura-t-il un impact sur mon PJ ? (oui - non)
- Si "non", impact envisagé sur l'autre PJ : On verra quand il sera écrit. Ruby est présente au pub à une date assez étonnante, tard le soir, elle parait jeune, c'était logique qu'un.e employé.e intervienne. C'est un moment important pour Ruby qui a besoin d'un lieu où se réfugier après une soirée bouleversante.

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Lutin en cuir le plus stylé du Pitiponk

15 mai 2026, 20:20
Noyer sa haine
Ma tête dodeline au rythme des notes de musique qui s'échappent du plafond ou de je ne sais où pour parvenir jusqu'à mes oreilles. J'ai le menton posé sur mon poing serré, coude sur la table, perchée sur mon tabouret avec le corps sûrement un peu tordu. Autour de moi, les gens semblent s'amuser, ils ont à peu près tous le même sourire béat qui veut dire « je reprendrai le cours de ma vie une fois que je sortirai d'ici ». Je les envie. C'est ce que je suis venue chercher aussi : une parenthèse, une trêve avec moi-même. Sauf que le tabouret d'en face est vide et que je n'ai personne à qui déballer ma vie, ni même déverser distraitement tout un tas d'horreurs sur ma famille, dire des mots que je ne regretterai même pas demain. Armée de mon verre et d'un peu d'audace liquide, j'irai peut-être déambuler entre les tables pour rencontrer d'autres âmes solitaires en cette soirée si festive. Ensuite...

Eh bien, ensuite, je suppose que la soirée se poursuivra, que je ne verrai même pas le temps passer, trop occupée à me vider le cœur auprès d'un parfait inconnu. Et puis viendra le moment fatidique où l'on nous mettra dehors dans la nuit ; d'abord les conversations vont bon train, l'instant d'après vous êtes dans la rue et le vent froid vous fouette les joues. C'est vraiment dommage, l'ambiance ici est si chaleureuse. Le visage de Leta émerge soudain au beau milieu de mon flot de pensées. Elle me croit sans doute toujours attablée dans le salon inhospitalier des Everheart, et j'ai un sourire triste en constatant à quel point la réalité est toute autre. Subitement, l'angoisse me tord les entrailles. Leta se présentera demain matin au 4, Rothwell Street pour venir me chercher et me faire transplaner avec elle, et je ne serai pas là. Bien que la perspective de « Leighton » tombant nez-à-nez avec grand-père me paraisse l'espace d'un instant tout à fait comique, je ne veux pas qu'il lui arrive quoi que ce soit, surtout pas dans ce nid de vipères. Il faut que je l'informe de la tournure des évènements, que je lui dise où me retrouver pour qu'elle vienne me chercher dès ce soir, si je ne veux pas mourir de froid dans une ruelle sale de Londres. Il me faut un messager. Un cygne noir.

Mais je ne vais pas lancer un Patronus dans le Pitiponk, ce serait ridicule, j'ai besoin d'un endroit plus calme. Peut-être qu'en explorant les lieux, une fois ma commande arrivée, je pourrai dénicher un peu de tranquillité et faire parvenir mon message à Leta. Mais pas tout de suite, me ravisé-je dans un accès d'entêtement. Ce soir, j'ai besoin d'un peu de temps pour moi. Si je lui donne mon adresse, elle débarquera dans l'heure (si ce n'est dans la minute) et je pourrai dire adieu à mon accalmie tant convoitée.

« Salut, » fait une voix, et je lève les yeux de ma rêverie pour confronter le regard de l'inconnue qui m'aborde. Peut-être n'aurai-je même pas besoin de bouger de mon siège pour trouver un peu de compagnie. Ce bar est décidément fantastique.
Mais dès qu'elle se présente, tout en posant sur la table le cracker et mon verre (dépourvu de boisson) d'un geste machinal, je comprends que mon interlocutrice n'a rien d'une cliente. Je fixe de nouveau le verre et les mornilles que j'y ai glissées. Je croyais que les commandes devaient descendre du ciel comme de jolis petits cadeaux de Noël. Mes yeux reviennent sur la brune, à qui je donne facilement dix ans de plus que moi.
Ma colonne vertébrale s'est redressée de plusieurs centimètres depuis que la barmaid m'a approchée. Le dos bien droit, je hausse les sourcils d'un air compréhensif à mesure qu'elle parle et que je vois surtout où elle veut en venir. Intérieurement, je râle parce que ma soirée de tranquillité rêvée se heurte à une nouvelle complication et que je m'en passerais bien. Pour autant, la fille n'a pas l'air irritée, ni même antipathique ; avantage pour moi si je veux m'en tirer sans problème. « ... Faut que je vérifie, tu comprends ? »

« Je comprends, » je réponds de mon plus beau sourire, affable, amène, arrangeant, tout ce que vous voulez. Un peu plus et je battrais des cils, tiens. « C'est juste que je n'étais jamais venue ici encore. Je ne sais pas trop ce que vous avez à la carte alors je me suis dit : c'est Noël, je vous laisse choisir, vous voyez ! Mais si c'est trop compliqué, je me contenterai volontiers d'une... pinte de Guinness, ce sera très bien. »

C'est ce que la table derrière moi a choisi tout à l'heure. Je m'efforce de paraître aussi amicale et aussi détendue que la barmaid, sans exagérer. Avec un peu de chance, ça lui fera oublier la question de mon âge. Merlin, est-ce déjà trop demander que de commander un verre dans un bar ?

Ruby-Amber, Gryffone alchimiste, bijou bientôt rouillé

19 mai 2026, 15:39
Noyer sa haine
Le sourire de Sasha se fige mais ne disparaît pas de ses lèvres. Ça la rassure assez de voir que la gamine répond sans attendre, qu'elle se redresse au lieu de s'avachir ou de se cacher, qu'elle lui sourit de la sorte, qu'elle ait l'air, en quelque sorte, vivante. C'est bien loin de la jeune fille triste qu'elle imaginait. Mais Sasha voit également dans son sourire quelque chose de mensonger qui lui déplait. Pas au point qu'elle frappe du poing sur la table, bien entendu, mais quelque chose qui lui dit de se méfier. Mais Sasha prend soin de garder un air affable et son sourire ne quitte pas un instant ses lèvres. Elle croise les pieds et s'appuie d'une main sur la table, la tête penchée sur le côté et le regard vissé à celui de la jeune femme.

« C'est pas trop compliqué, rassure-t-elle en désignant le verre vide de sa main libre. En fait, j'aime bien les commandes surprises comme ça. Les clients osent rarement. Bon, je t'avoue que quand ça arrive en plein rush, je peux difficilement être originale, mais sinon ça me permet de m'éclater sur le cocktail ou le choix de la boisson. »

Son regard passe du verre dans lequel s'entasse quelques pièces au visage de la jeune femme. Elle n'aime pas faire ce qu'elle va faire, mais le fait que le premier réflexe de la cliente n'ait pas été d'attraper son porte-monnaie pour lui montrer sa carte d'identité afin de prouver qu'elle est en âge d'être ici en dit malheureusement long. Ce ne serait pas la première fois que Sasha se trompe sur l'âge d'un ou d'une cliente. Mieux vaut être trop prudent que pas assez. Mais généralement, sa méprise est vite prouvée par un papier d'identité. Ou pas. Et dans le cas où des mineurs essaient de commander de l'alcool, et ce ne serait pas la première fois, la maison se montre sévère. Même Christopher fait gaffe à ça.

« Une Guinness, alors, » reprend-t-elle d'une voix hésitante.

Ses doigts pianotent sur la table. La bière moldue, c'est toujours plus raisonnable que le cocktail à base de Vodka. La plus jeune essaie-t-elle de sauver les meubles ? Dans tous les cas, peu importe, aucune boisson n'atterrira dans les mains de cette fille tant qu'elle n'aura pas prouvé son âge. Sasha grimace légèrement avant de laisser apparaître un sourire désolée. Elle module sa voix pour ne pas que sa consigne paraisse trop violente. Elle déteste faire ça et en plus le jour de Noël... Ce n'est jamais agréable de remettre en question l'assurance des clients mais ça fait partie de son taf. On ne travaille pas avec de l'alcool sans savoir se montrer un minimum responsable.

« Je ne peux pas te servir ça sans avoir la preuve que tu es majeure, reprend-elle d'une voix posée et amicale. J'aurais peut-être l'air un peu con en voyant ta date de naissance mais ce n'est pas grave, je préfère avoir cet air-là que servir de l'alcool à la mauvaise personne. »

Son sourire s'adoucit quelque peu. Finalement, elle préfère préciser, de crainte que la plus jeune essaie encore de noyer le poisson dans l'eau :

« Je peux voir ta carte ? »

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Lutin en cuir le plus stylé du Pitiponk

26 mai 2026, 22:55
Noyer sa haine
L'attitude de celle que j'ai en face de moi manque de me désarmer — qu'est-ce qu'elle fait au juste, à s'approcher comme si j'étais une pauvre petite chose ? — mais j'ai déjà eu ma dose de perturbations pour la soirée. Alors je recule instinctivement mon buste, juste un peu, pour garder mes distances avec elle. Je l'entends dire que les cocktails personnalisés, elle sait faire et tout ça. C'est vrai qu'elle dégage une énergie de fille qui sait tout faire et qui reste calme en toutes circonstances.

Sa remarque sur les clients m'arrache un souffle de rire. Qu'elle me donne le temps d'apprendre la carte sur le bout des doigts et je reviendrai ici en osant commander exactement la même chose : ce qui lui chantera. Je lui adresse un nouveau sourire poli qui dégage plus de compassion que ce que je n'accorde d'ordinaire aux autres. Le laïus qu'elle débite est naturel, chaleureux, mais je vois bien que tous ces chemins mènent vers une issue qui ne me plaît pas.
Je tente de ne pas laisser mon visage se crisper à l'entente de son « Une Guinness, alors ». Moi je disais ça comme ça, comme une possibilité un peu fantaisiste puisque je me doute bien qu'un cocktail à base de vodka ne doit pas être si compliqué pour une barmaid qui semble approcher la trentaine et pose les verres sur les tables avec l'agilité de celle qui a toujours fait ça. Je disais ça pour la flatter, pour la rassurer aussi puisqu'elle ne demande que ça. Mais je vois que son opinion est bien arrêtée, qu'elle tranche mon choix et que je peux faire une croix sur ma vodka. Quelle soirée, vraiment.

Je vois ses zygomatiques se mettre en marche. J'ai le temps d'entendre ce qu'elle me dit avant même qu'elle ne le prononce. « Je ne peux pas te servir ça sans avoir la preuve que tu es majeure, » et tu sais quoi, je l'aurais parié. Je réprime mon envie de me grandir de quelques centimètres supplémentaires — ce qui serait seulement ridicule — et j'empêche ma bouche de se tordre en une moue contrariée. Je suis majeure et j'ai tout autant le droit d'être ici que le vieux à moitié endormi assis à l'autre bout du bar. Dommage qu'elle ne sache pas suffisamment décoder les traits de mon visage pour le reconnaître.

Je fronce mollement les sourcils, comme si j'examinais ma capacité à coopérer en même temps que je jauge son dilemme qui n'en est pas un. Dans d'autres circonstances, j'aurais loué sa capacité à faire son job avec autant d'éthique et d'efficacité. Mais là, exténuée comme je le suis, je n'ai qu'une envie : celle de la voir afficher son air con.

« Je peux voir ta carte ? »

Alors mon sourire revient se plaquer sur mon visage, comme pour lui dire « Mais oui, mais certainement ». Je détourne le regard et farfouille dans les poches intérieures de mon manteau, posé près de moi. Quelques secondes d'attente qui lui semblent sans doute insoutenables, je n'en doute pas. Et de mes poches, je parviens à extraire le précieux sésame sur lequel elle pourra lire en toutes lettres que je suis née un 17 juillet 2033, il y a dix-sept ans de cela.

« Tiens. »

Et avec ceci ? Ce sera tout ? Dans un coin de ma tête s'est niché l'espoir qu'elle me prépare tout de même la boisson que je lui ai initialement commandée. Je ne vois pas très bien ce qui l'en empêcherait, maintenant.

Ruby-Amber, Gryffone alchimiste, bijou bientôt rouillé

29 mai 2026, 12:38
Noyer sa haine
Son sourire fait ressentir à Sasha quelque chose qui n'est pas agréable. Comme si on avait renversé un verre d'eau glacée à l'intérieur de ses entrailles. Tout à coup, elle est persuadée qu'elle va l'afficher, son air con, car tout dans l'attitude de la fille montre qu'elle ne se sent pas en tort. Si elle n'avait pas dix-sept ans, elle n'aurait pas souri, elle aurait plutôt bafouillé ou essayé de détourner la conversation pour ne pas avoir à montrer sa carte. Cela semble se confirmer quand la jeune femme se tourne pour farfouiller dans son manteau. Silencieuse, Sasha la regarde faire.

Pourquoi ne pas avoir montré sa carte la première fois ou affirmé directement qu'elle avait l'âge de boire ? Il est possible que son anniversaire soit aujourd'hui bien sûr, ce serait assez triste selon Sasha qui n'aime pas l'idée de voir son anniversaire disparaître au profit d'une fête comme Noël, mais ce serait possible et cela expliquerait son comportement. Ce ne serait pas étonnant qu'une jeune personne nouvellement majeure profite de ses nouveaux droits, n'est-ce pas ? Pas étonnant, non, mais le soir de Noël ? Sasha ne peut pas se défaire de son inquiétude et de sa méfiance.

Les doigts encore posés sur la table, elle attend que la carte soit brandit. Elle observe les gestes de la fille. Sur son visage trône toujours un sourire léger, un sourire de circonstance, de politesse, destiné à rassurer. Puis enfin la fille redresse la tête, la regarde et lui tend la carte affublé du symbole du Conseil des Sorciers. Sasha lui adresse un regard rassurant et attrape la carte.

2033. Juillet 2033. Quand on travaille dans un endroit comme le sien, on connait l'année de naissance nécessaire pour pouvoir avoir le droit d'être servi en alcool. 2033, c'est la bonne année. Le mois ? Il est bon aussi. En même temps, les chances qu'elle soit née entre le 25 et le 31 décembre étaient assez maigres. Pendant un instant, un bref instant, Sasha entrouvre la bouche, un sourire un peu taquin apparaît sur ses lèvres : elle affiche ce qui est, chez elle, son air con. Cela ne dure qu'un instant. Elle jette un regard à... Ruby, indique la carte, avant d'observer de nouveau les informations qu'elle a sous les yeux. Parce qu'un autre calcul s'effectue très rapidement dans son esprit. Née en juillet 2033, première année à Poudlard en 44 (flûte, se rappelle Sasha, pas une bonne année, ça). On rajoute sept et... Elle est dans sa dernière année à Poudlard.

Sasha baisse la carte. Son sourire n'a plus rien de taquin ou de gêné. Il est seulement un peu désolé, même si elle ne sait pas exactement si elle est désolée pour Ruby ou juste pour elle-même. Elle pose la carte sur la table et d'un doigt, la pousse vers la jeune sorcière.

« Merci, dit-elle dans un souffle, l'air toujours avenant. Tu as en effet bien l'âge requis. Pas depuis longtemps mais la loi se fiche ça. »

Normalement, elle devrait servir sa cliente et repartir dans sa cuisine. N'importe qui d'autre l'aurait fait. Kemby, qui est professionnelle jusqu'au bout des doigts, l'aurait fait car elle ne s'immisce pas dans la vie de ses clients. Christopher ? Il aurait certainement fait une remarque mais il l'aurait servie après l'avoir prévenu sur un ton un peu insolent qu'il la « surveillerait parce qu'elle ne doit sûrement pas encore connaître ses limites ». Elisha n'aurait rien dit, par gêne, et s'en serait certainement voulu longtemps.

La plupart des serveurs ou barman auraient servi Ruby. Mais Sasha ? Sasha, elle, voit une jeune femme qui est encore scolarisée à Poudlard. Cela ne signifie pas qu'elle ne doit pas boire d'alcool mais elle est encore à l'école. Sur le papier, ça ne lui plait pas beaucoup. Et puis, c'est le soir de Noël. Pourquoi une fille qui est encore à l'école se trouve-t-elle dans un pub ce soir-là ? À cette heure-là ? Sasha n'a pas eu une éducation très stricte et ses parents étaient du genre à la laisser traîner le soir dans les rues de son quartier londonnien à des âges bien plus bas que ce qui est généralement recommandé. Mais la journée de Noël, elle la passait toujours avec sa famille, ses frères et sœurs, à boire du chocolat chaud et manger des cochonneries qui restaient de la veille. Alors c'est vrai, cela ne veut rien dire et c'est ce qui la fait hésiter : Ruby a peut-être une éducation totalement différente de la sienne, qui est-elle pour juger qu'elle soit dehors à cette heure-là de la nuit ? Qui est-elle pour lui interdire de faire ses propres expériences ? Elle n'est personne, pour elle. Alors elle devrait se taire et la servir.

« Écoute... »

Sauf que Sasha ne va pas se taire.

« Tu vas dire que j'abuse et ouais, je comprends pourquoi tu te dirais ça mais... Tu es encore à Poudlard et c'est Noël. »

Elle désigne le pub décoré d'un geste de la main, avant de la passer dans ses cheveux courts avec une grimace gênée. Elle, même quand elle est gênée elle a un air avenant — même si pas tous y sont sensibles.

« Je vais pas t'empêcher de boire ce que tu veux hein ! Mais j'peux pas m'empêcher d'être un peu inquiète, dit-elle dans un rire amical. Je veux dire... Tout va bien pour toi ? Tu es là le 25 décembre en pleine nuit, tu veux boire de l'alcool... Franchement, je te juge pas, j'ai même pas attendu d'avoir dix-sept ans pour picoler, mais je travaille ici et... Bah c'est mon devoir de m'assurer que mes clients vont bien. D'habitude je peux pas trop faire ça, précise-t-elle de sa voix grave en changeant de jambe d'appui, je reste cloitré dans la cuisine et tout ça. Mais là, c'est pas n'importe quel jour. »

Elle va se faire dégager. Si à dix-sept piges on lui avait sorti un discours pareil, elle aurait envoyé l'autre se faire voir, tout simplement. Depuis quand est-elle devenue cette femme raisonnable ? Après ses vingt-cinq ans ? Ce sera quoi, après trente ans ?

Tout à coup inquiète à l'idée d'avoir énervée la jeune femme, Sasha reprend rapidement la parole :

« Je veux surtout pas faire ma grosse reloue, hein, affirme-t-elle en faisant les gros yeux comme pour se moquer d'elle-même. C'est vraiment juste de l'inquiétude. »

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Lutin en cuir le plus stylé du Pitiponk

2 juin 2026, 13:45
Noyer sa haine
C'est une satisfaction passagère, bien loin de celle que j'avais espéré ressentir. Les yeux de la barmaid parcourent ma carte et moi je parcours ses traits confus du regard, mais ce que j'y lis ne dure pas. Pas assez, en tout cas, pour assouvir mon envie de la voir ravaler sa fausse gentillesse qui m'agace d'autant plus qu'elle n'a rien de factice. Mes iris ne la quittent pas et soutiennent son regard tant qu'il croise le mien, un peu par défi, un peu par fierté aussi. Mais pour une raison qui m'échappe, lorsqu'elle constate l'évidence, je n'ai pas le sentiment écrasant et grisant d'avoir remporté la partie.

Je garde mon sourire léger posé sur mes lèvres pendant qu'elle me dit des choses que je sais déjà, du genre « tu as le droit d'être ici ». Mes mains s'occupent de remettre machinalement la carte à sa place tandis qu'elle parle. Il n'y a qu'une chose que je remarque : j'ai tout de même fait disparaître quelque chose chez cette femme, et je ne saurais dire si j'en suis vraiment désolée. Dans tous les cas, je devrais la voir repartir vers les cuisines d'une seconde à l'autre et je n'en suis pas fâchée : je vais pouvoir reprendre le fil de ma pensée et réfléchir à mon plan pour contacter Leta.
Avec un brin de nonchalance, je tourne la tête pour observer l'autre côté du bar ; j'y vois des gens s'esclaffer, danser ou juste se dandiner. Un dimanche soir presque comme les autres. Je ne distingue pas toujours très bien leurs visages mais j'y lis principalement toute leur joie d'être ici. Il y a l'insouciance de ceux qui sont venus entre amis, le romantisme des jeunes couples qui se font discrets, l'ivresse naissante de ceux qui éclatent de rire trop fort. Lentement, je réalise qu'il n'y a pas de place pour la tristesse ici, ni même pour la colère. Que c'est sans doute pour ça que la barmaid a jailli des cuisines pour me soumettre à son interrogatoire. Alors qu'est-ce que je fais moi maintenant, coincée au beau milieu de Londres avec mes émotions sur les bras ?

Quand je pivote de nouveau sur moi-même, la barmaid n'est pas repartie. « Merlin, » je pense instantanément. La suite est bien trop prévisible. Elle enchaîne, encore une fois, exactement comme je l'aurais parié : elle me dit « Écoute » et je voudrais déjà qu'elle se taise. Mes sourcils se froncent cette fois pour de bon, trahissant l'agacement qui s'est instillé en moi depuis qu'elle m'a abordée à ma table. Oui elle abuse, oui je sais parfaitement que c'est Noël et non elle ne m'apprend rien en me disant que je suis encore à Poudlard. Elle s'inquiète ? Par Morgane, la voilà qui s'inquiète pour moi. Je suis peut-être novice en ce qui concerne la boisson mais je suis presque certaine que les serveurs ne doivent pas autant se mêler de la vie de leurs clients. Mais elle prend le temps de m'expliquer sa démarche, en fait, de me dire qu'elle prend soin de sa clientèle même si c'est pas dans ses habitudes et tout le tralala. C'est pas grave. C'est juste de l'inquiétude, pour elle.

Tout va bien pour toi ? Ça résonne dans ma tête, ça ne veut pas partir, comme une question que je me suis déjà posée à moi-même il y a une heure, deux heures, à chaque minute peut-être. Tout va bien ? Qu'est-ce que j'en sais, si tout va bien ? Si je suis là dans son foutu bar, c'est précisément pour ne pas avoir à répondre. Elle l'a pas compris, ça, encore ? Ma gorge se serre sans prévenir ; l'instant d'après, je me fais violence pour ne pas laisser une seule larme brouiller ma vue. Je voudrais tellement l'envoyer balader, si elle savait, mais je n'y arrive pas ; il a suffi d'un moment d'inattention, d'un grain de sable dans les rouages pour qu'elle pose le doigt sur ma plaie et je m'en veux tellement de l'avoir laissé faire.

« Oh oui, » je réponds posément, l'amertume enflammant ma voix, « tout va bien. »

Faute d'issue, je plonge mon regard dans le sien et cette fois, j'ai autre chose que du reproche au fond de mes prunelles.

« Si tu trouves ça “bien” de passer Noël avec une famille qui te déteste, qui te rabaisse et qui envisage aussi de te déshériter alors oui, tout va parfaitement bien pour moi. »

Je relève le menton, comme pour la défier de continuer à sourire. Et, doucereuse, j'ajoute :

« T'en as d'autres, des questions ? Ou je peux boire un truc, maintenant ? »

Ce n'est pas parce que j'ai le cœur à vif et le cerveau en vrac que je vais lui pardonner de me l'avoir fait admettre.

Ruby-Amber, Gryffone alchimiste, bijou bientôt rouillé

9 juin 2026, 15:05
Noyer sa haine
Lentement, le sourire de Sasha quitte ses lèvres. Il ne disparaît pas totalement. Il en reste une trace si légère qu'elle n'est quasiment pas visible. Elle sert peut-être à la protéger de la colère qu'elle sent monter en la jeune femme. Sourire et rire, c'est un peu le leitmotiv de sa vie. Mieux vaut rire et s'amuser des choses plutôt que de laisser le reste gagner ou quelque chose comme ça. Alors peut-être que cette pâle grimace sert à la protéger de la colère qu'elle sent venir et qu'elle croit tournée vers elle. Si Ruby décide de crier ou de se montrer vulgaire pour la forcer à s'en aller, pas sûre que Sasha fasse quoi que ce soit pour l'en empêcher. Elle ravalera sa colère, prendra congé de façon professionnelle et ira lui servir son verre tout en gardant un œil sur elle pour être sûre qu'elle ne rejoigne pas les rues de Londres dans un état d'ébriété dangereux pour elle. Mais elle ne fera pas davantage.

Le regard de la jeune s'enfonce dans le sien. Sasha le soutient sans sourciller, sans non plus faire disparaître le fantôme de son sourire. L'appréhension s'efface dès que Ruby ouvre la bouche. C'est presque un soulagement. Sauf que la petite est vraiment en colère. Sauf que ce qu'elle lui dit lui serre méchamment le cœur. Sauf que Sasha a mis totalement le doigt sur ce qui n'allait pas. Donc oui, c'est un soulagement car en voulant se montrer sèche et sûre d'elle, Ruby n'a fait que lui dire tout ce qu'elle avait besoin de savoir, à savoir qu'elle ne va vraiment pas bien et que ce n'est effectivement pas un hasard si une gamine de son âge encore scolarisée se retrouve dans un pub le soir de Noël, quand bien même elle a l'âge de venir non accompagnée et de boire. Les épaules de Sasha se relâchent. Elle garde la bouche close. Mais tout lui parait beaucoup plus simple désormais. Pourtant, Ruby ne l'épargne pas. Son menton dressé, son sourire... Et cette insolence qui frôle l'irrespect.

Une grimace de dépit passe sur les traits de Sasha. Une famille qui la déteste, la rabaisse et qui est familière avec le principe d'héritiers, surtout quand il s'agit de les déshériter, apparemment. Le tableau est dressé. Sasha imagine sans mal la soirée que Ruby a dû passer. Non pas qu'elle connaisse ça, elle, mais elle en a regardé des séries et des films, et elle a découvert avec horreur à son arrivée dans le monde sorcier que ce que le monde moldu connait des aristocrates et de leurs valeurs désuètes n'a rien de rare chez eux. À Poudlard, Sasha a fréquenté des personnes qui vivaient dans des manoirs, ne juraient que par la pureté du sang et qui avaient grandi avec des serviteurs et surtout avec une cuillère en argent dans la bouche. Elle a vu les ravages d'une telle éducation. Ce n'est pas une critique. Christopher est la preuve vivante qu'on peut être né dans une famille de bourgeois coincés aux valeurs dépassées depuis cent ans et ne pas trop mal tourner.

Le ton de la petite ne lui donne pas du tout envie de passer du temps avec elle mais Sasha ne lui en veut pas. C'est une réaction défensive ça, c'est tout. En tout cas, on ne peut pas dire que Ruby manque de caractère. Sa famille n'a pas réussi à étouffer ça et pour Sasha, c'est un signe que cette jeune femme s'en sortira, même si ce soir n'est pas la plus belle soirée de sa vie. Elle aimerait bien le lui dire mais elle est pratiquement sûre qu'elle se prendra en retour quelque chose moins agréable encore que ce qu'elle vient de se manger. Doit-elle pour autant la laisser se débrouiller toute seule ?

« Non, ce n'est pas bien, répond Sasha d'une voix égale avec un sourire désolé en regardant Ruby bien en face. Ça craint même un max, si tu veux mon avis. Je suis désolée que tu aies une famille si merdique. »

Elle fait exprès d'ignorer ses questions. Elle n'a pas l'intention d'y répondre. Mais elle n'a pas non plus l'intention de laisser la petite jeune noyer sa colère et sa tristesse dans le fond d'un verre. Nom de dieu, elle est beaucoup trop jeune pour faire quelque chose comme ça. C'est réservé aux désespérés d'au moins soixante piges, d'agir de cette manière.

Sasha attrape le verre qu'elle a posé au milieu de la table. Elle le regarde les pièces qui s'entassent au fond. Pendant un instant, elle se voit les faire glisser sur la table pour les rendre à Ruby mais elle est à peu près sûre que cela sera considéré comme de la pitié. Alors elle n'en fait rien et relève la tête vers l'élève. Un petit sourire apparaît sur ses lèvres. D'un geste du pouce par-dessus son épaule, elle désigne l'endroit d'où elle vient.

« Ça te dit de venir voir comment ça se passe en cuisine ? »

C'est peut-être une idée de merde mais c'est la seule qu'elle a eue. Cette petite est ici toute seule, elle passe une soirée vraiment nulle, elle vient de se taper un repas de famille qui aurait donné envie à n'importe qui de se tirer. Quant à Sasha ? Elle est ici le soir de Noël mais hier, elle a pu passer le réveillon avec sa famille. Elle a passé la soirée à jouer à la console avec son petit-frère et sa petite-sœur, à picoler avec son grand-frère une fois leur père couché, elle s'est pété le ventre avec de la bonne nourriture et tout le monde s'en fichait qu'elle rit la bouche grande ouverte et pleine de saumon ou qu'elle pose le pied sur sa chaise et le coude sur la table. Si elle peut permettre à Ruby de passer une meilleure soirée que celle qu'elle a prévu en trouvant refuge dans un pub, elle le fera.

« Je te ferai un cocktail inédit, si tu veux, » ajoute-t-elle avec un sourire qui ressemble plus à un rire.

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