22 mai 2026, 01:41
 recueil d'OS  Un jour pour t'oublier
Dimanche 23 Avril 2051



Émeline n'avait pas besoin d'attendre un mois entier pour avoir envie d'envoyer une lettre à Alexander. Si elle pouvait, elle lui écrirait tous les jours de la semaine, juste pour avoir l'impression d'être là, près de lui. Mais la réalité la rattrapait bien rapidement, lui rappelant qu'elle devait simplement attendre la fin de l'année pour qu'elle puisse le revoir.

Elle mettait toujours du sien quand elle prenait la plume. Chaque frottement de la plume contre le papier à lettres sonnait telle une parole dite à voix haute. Si elle fermait les yeux, le temps que son imagination produise sa magie, elle se retrouvait de nouveau dans la bibliothèque d'Al, où ils avaient tant partagé de discussions tardives autour d'un thé. Oui, c'était le genre de moment qui lui manquait le plus. Simple et authentique.

À travers les mots qu'elle écrivait, elle racontait ce qu'elle avait pu vivre au sein du château, ses ennuis ou encore ses petites victoires du quotidien. Dans la dernière lettre qu'elle venait de préparer, elle lui contait son samedi de la veille, où elle avait aidé son professeur de botanique à rattraper des semis métamorphosés. Cela lui avait valu de les courser, avec Miss Plogeth à ses côtés, et des nombreux cris qu'elles avaient poussés.

Elle se disait que son protecteur allait sourire en l'imaginant courser des pots capables de la fuir grâce à des petits pieds. Si elle arrivait à en rire elle-même, ça allait sûrement le faire pour lui, pas vrai ?

Ce fut avec une démarche plus détendue que ces derniers jours qu'elle se rendit jusqu'à la volière pour envoyer sa lettre. L'espoir d'une réponse rapide l'aida à monter les marches de la tour et à ne pas rebrousser chemin. Pourquoi avoir cette envie de repartir en arrière alors qu'elle voulait la poster ? Eh bien, c'était le résultat de ces longs mois où elle s'était obligée à récupérer les lettres que lui envoyait son père.

Enfin, si on pouvait nommer ça des lettres. Il aurait pu passer directement par la case beuglante que ça serait revenu au même stade.

Mais il n'était plus question de lui donner du temps et de son énergie. Elle préférait tout offrir à son entourage, à ceux qui la traitaient avec respect et amour. Cette lettre dans ses mains en était un parfait exemple.

Elle allait un jour évoluer. Guérir à son rythme. Et finir par oublier. Lui, ses mots, ses gestes. Puis le son de sa voix, les traits de son visage, tout ce qui le composait. Que sa mémoire efface toute trace de lui.

Qu'il ne soit plus qu'un mauvais rêve d'enfant.

J'aimerais te revoir

Papa

Ce mot était là, avec son nom, à attendre qu'elle vienne le récupérer. Émeline avait lu l'unique phrase de la courte missive et son regard avait fini par s'accrocher au nom du destinataire. Il osait encore utiliser ce titre avec elle.

- Incendio !

Elle avait sorti sa baguette dans un pur réflexe de défense. Le sort de feu avait fusé sur le bout de papier, l'incendiant par des flammes orangées. Le mot s'embrasa, finissant par devenir poussières. Émeline se tenait près du mur, la respiration saccadée, sa main tenant toujours fermement sa baguette, prête à réattaquer quelque chose qui n'existait plus.

Pourquoi ?
Pourquoi revenait-il maintenant après tous ces mois de silence ?

Un tremblement l'éprit, annonçant par sa venue une angoisse dévastatrice. La Serdaigle tenta de se calmer, avant qu'elle n'atteigne un point de non-retour.

La lettre pour Alexander se trouvait toujours dans son autre main.
Elle n'avait pas bougé. Pas protesté. Elle patientait, espérant qu'Émeline parvienne à la donner à un hibou. Son rôle était d'être lue et non d'être froissée par la poigne de sa créatrice.

Pour poster, il fallait être capable de réfléchir. Dans son état, l'adolescente n'était plus en capacité de faire le moindre choix concret. Ses jambes, qui s'étaient figées sous le choc, venaient enfin de se libérer. Elles s'animèrent, la faisant se retourner vers la sortie sans qu'elle ne puisse aller jusqu'au bout de son idée.

Émeline descendit les escaliers de la Volière sans se retourner, touchée en plein cœur par une flèche empoisonnée.

Le monstre n'avait pas besoin de courir


700 mots
@Dorian Peachey - Pour la mention d'Alexander :kiss2:

- #066ccb - Coucou Rapeltout -- Son petit Moine Gras --
Cheffe de la secte des vampires - Semeuse de Discorde - Projectile de qualité supérieure - Méméline