La posologie du lendemain
20 juillet 2051, peu avant 18h
Chemin de Traverse
@Sage Matthews
~~~~~~~~
La clochette au-dessus de la porte fait beaucoup trop de bruit pour mes oreilles si sensibles. Je reste quelques secondes sur le seuil de la boutique, la main encore sur la poignée, pour laisser le temps à mon crâne d’encaisser cette agression sonore injustifiée. Merlin, y’a beaucoup trop de lumière dans cette boutique ! Et puis l’odeur des plantes séchées m’agresse les narines, tandis que je sens chacun des battements de mon cœur tambouriner jusque dans mon crâne.
Ceci n’est pas une gueule de bois. C’est juste une incompatibilité momentanée avec le monde extérieur. Rien de plus.
La boutique est déserte à cette heure-ci, mais j’entends le tintement du verre, des feuilles froissées et le bouillonnement lointain d’un chaudron. C’est une information utile. Je ne mourrai donc pas seul entre deux étagères de plantes et d’yeux de poissons-globes.
Je m’avance lentement à travers les rayonnages avant de retirer mes lunettes teintées. Décision que je regrette tout de suite, et les lunettes retournent finalement sur mes yeux pour me protéger de cette lumière beaucoup trop agressive pour un début de soirée. Mes cheveux sont emmêlés, ma chemise froissée, tandis que mon manteau porte un mélange d’odeurs, dont certaines sont beaucoup plus identifiables que d’autres.
Une journée ordinaire, quoi.
Je recherche dans les rayonnages quelque chose capable de réparer les conséquences d’un enthousiasme excessif et qui ne nécessite ni repos, ni eau, et surtout pas de remise en cause de ma personne. Le hic, c’est que les mots inscrits sur les étiquettes s’obstinent à danser et refusent de rester immobiles. Lorsque j’atteins enfin le comptoir, je m’y appuie avec plus de poids que prévu.
C’est alors que la silhouette occupée se retourne et que je crois la reconnaître. C’est pas Sage ? Elle connaît Ellie, j’crois. Enfin, elle m’en a déjà parlé. Et puis y’a cette soirée à la Fausse Danse aussi, la semaine dernière. Les souvenirs sont beaucoup trop flous dans ma tête. J’sais pas ce qu’elle va penser de moi en me voyant dans cet état, mais on ne se connaît pas suffisamment pour espérer qu’elle n’en dise rien.
Je lève une main dans sa direction.
— Sage.
Ma voix est bien plus rauque que ce que j’avais prévu. J’ai beau m’éclaircir la gorge un peu bruyamment, rien n’y fait. Je lui désigne alors mon visage avant d’ajouter :
— T’aurais pas en réserve quelque chose contre les maux de tête, la lumière, le bruit… Et qui permet d’oublier certains souvenirs.
Mon regard se perd sur les préparations disposées autour d’elle. Une fiole avec un liquide vert : vu sa tronche, ça doit être un poison. Tandis que, dans un autre récipient, je note une espèce de poudre un peu grise. Franchement, j’ai bien une idée de ce que c’est, mais mes neurones survivants préfèrent patauger dans la semoule.
Je lui adresse un petit sourire un peu fatigué avant de poursuivre.
— Idéalement sans goût. Surtout sans effets secondaires. Et sans un mot à Ellie de préférence, sinon j’vais en entendre parler tout l’été. C’est possible ?
C’est alors que je remarque une fiche d’inventaire à côté d’elle, non loin du matériel. Je la désigne d’un geste du menton.
— Et en échange de ce grand service, j’peux t’aider pour ça, si t’es d’accord. Histoire que tu loupes pas une superbe soirée à la Fausse Danse.
556 mots
Et voilà un p'tit coucou rappeltout pour toi Sage :p. Chose promie chose dûe c'est po le vilain Achille qui vient te voir. Si y'a un soucis de cohérence, hésite pas à me le dire.
A genius in a foolish disguise - Sir Adidas Vance du Ouin Ouin - Le Gang des Licornes - Toujours partant pour un RP (cf ici)
La posologie du lendemain
Je commence à m'habituer à travailler chez Apothic'Herbes. En réalité, même un peu mieux : je m'habitue carrément à faire quelque chose que j'aime, et ça, c'est vraiment génial. J'aime avoir la petite présence de Yama derrière moi — cette femme sait beaucoup trop de choses, c'est absolument génial, mais parfois, je me demande comment un cerveau peut encaisser autant de choses. Alors, mon travail, j'essaie de le faire bien. Je fais de petites erreurs par-ci par-là, mais Yama me montre, m'apprend et vérifie avec moi pour s'assurer que j'ai bien compris. En un mois, j'ai l'impression d'avoir plus progressé en matière de classification qu'après avoir passé deux examens sur le domaine pendant mes formations. Comme quoi, c'est en forgeant qu'on devient forgeron. Cette pensée me fait sourire. Je ne sais plus où j'ai entendu cette expression, mais je l'aime bien.
Affairée derrière le comptoir de la boutique, je profite du fait que la journée soit un peu plus lente pour pouvoir commencer l'inventaire de la semaine. J'ai une liste absolument interminable, mais Yama insiste : un bon inventaire permet de remplir les stocks correctement et de servir nos clients avec précision et respect. Et un client satisfait, ça fait tourner les affaires. Yama est méthodique, une vraie analyste qui voit absolument tous les défauts d'un commerce. Je n'ai jamais vu quelqu'un avec un esprit aussi aiguisé et, franchement, je l'admire beaucoup trop pour ça. Cette femme est incroyable.
Derrière moi, j'entends un petit tintement. Ou bien je ne l'entends pas directement, je ne sais pas. Je crois que je suis trop absorbée dans mes pensées, parce que je ne remarque pas que c'est celui de la clochette qui indique qu'un client vient d'entrer. Yama est dans l'arrière-boutique, donc elle ne peut pas me faire son petit sifflement caractéristique qui me réveille et m'indique que je dois filer vers le nouveau client. Alors, je ne bouge pas et je continue mes petites affaires. C'est seulement quand j'entends les multiples grincements que je me rends compte que je ne suis pas seule. Oh bah bravo, Sage, super... Je me gronde en roulant des yeux et me retourne précipitamment, ne manquant pas de renverser un bocal qui se trouve sur le comptoir et je tombe nez-à-nez avec un garçon aux cheveux roses. Oh mais, oui ! Ce mec me dit totalement quelque chose ! Mais si... à... la Fausse Danse ! Bien sûr ! Son prénom, par contre, on repassera.
Ah. Il connaît le mien. Gênant. Je lui adresse un large sourire pour ne rien laisser paraître.
« Heyyy, tu vas bie- »
Il a une vilaine tête. Il est malade ? Il s'éclaircit la gorge, tousse. Ouille, le pauvre garçon a une grippe. Puis, il me fait part de ses symptômes et mon visage se tord dans une expression profonde d'empathie. Pauvre loulou. Une grippe en été, y a rien de pire. Et il veut oublier certains souvenirs, en plus de ça ? J'ose pas imaginer la couleur des toilettes, il a du avoir mal au ventre toute la nuit.
« Oh, mon pauvre chou, t'as toqué à la bonne porte, dis-je avec un petit sourire triste. Je ne dirai rien à Ellie, t'inquiète. C'est vraiment un truc de mec, de pas vouloir montrer que vous êtes malade.
Je rigole doucement avant de regarder les multiples fioles autour de moi.
— M'enfin, ne t'inquiète pas ! C'est mon job, tu ne dois pas m'aider parce que je te rends service, souris-je en retour. T'as une migraine à cause de la grippe ? Attends, laisse-moi prendre ta température. »
Ma main s'avance vers son front tandis que l'autre stabilise sa tête en passant derrière son crâne. Il... sue. Mince, je me sens coupable de dire ça, mais il ne sent pas très bon non plus. De la transpiration ? Avec un mélange de... Je ne sais pas trop. D'un alcool, je crois. Pff, les hommes et leur alcool. Ça ne soigne pas les maux de tête, bon sang de bonsoir ! Ni les grippes, d'ailleurs. Bon, par contre, ce cher garçon n'a pas de fièvre. Juste... très chaud.
Je fronce les sourcils en réfléchissant à ce que j'ai en stock.
« Bon, pour les grippes sans effets secondaires... Je t'aurais bien proposé de la Pimentine, au moins pour soigner ton rhume et tes mots de tête. Mais avec ça, tes oreilles sifflent pour au moins quelques heures..., réfléchis-je encore.
Mmmh. Client difficile. Beaucoup de potions ont des effets secondaires, après tout. Ou alors... Ou alors.
— J'ai peut-être quelque chose pour toi. Pas aussi efficace, mais ça peut au moins aider tes maux de tête. »
Je passe le comptoir et file dans les rayonnages. Je me sens mal de proposer ça. Un remède contre les gueules de bois... Le pauvre va croire que je le traite d'alcoolique. Je vais faire en sorte de taire le nom. Ça aura le même effet, après tout, non ? Je m'accroupis derrière une étagère et récupère une fiole dans laquelle trône un petit liquide bleu avant de revenir vers mon client.
« Pour ta tête et si tu as l'estomac un peu retourné, ça devrait aller, je pense. Tu auras en revanche malgré tout peut-être une petite baisse de vision le temps qu'elle agisse. Mais ça va de pair avec le besoin d'obscurité, promis. »
Je lui affiche un petit sourire compatissant en lui tendant la fiole. Pitié, ne me demande pas le nom de la potion...
Affairée derrière le comptoir de la boutique, je profite du fait que la journée soit un peu plus lente pour pouvoir commencer l'inventaire de la semaine. J'ai une liste absolument interminable, mais Yama insiste : un bon inventaire permet de remplir les stocks correctement et de servir nos clients avec précision et respect. Et un client satisfait, ça fait tourner les affaires. Yama est méthodique, une vraie analyste qui voit absolument tous les défauts d'un commerce. Je n'ai jamais vu quelqu'un avec un esprit aussi aiguisé et, franchement, je l'admire beaucoup trop pour ça. Cette femme est incroyable.
Derrière moi, j'entends un petit tintement. Ou bien je ne l'entends pas directement, je ne sais pas. Je crois que je suis trop absorbée dans mes pensées, parce que je ne remarque pas que c'est celui de la clochette qui indique qu'un client vient d'entrer. Yama est dans l'arrière-boutique, donc elle ne peut pas me faire son petit sifflement caractéristique qui me réveille et m'indique que je dois filer vers le nouveau client. Alors, je ne bouge pas et je continue mes petites affaires. C'est seulement quand j'entends les multiples grincements que je me rends compte que je ne suis pas seule. Oh bah bravo, Sage, super... Je me gronde en roulant des yeux et me retourne précipitamment, ne manquant pas de renverser un bocal qui se trouve sur le comptoir et je tombe nez-à-nez avec un garçon aux cheveux roses. Oh mais, oui ! Ce mec me dit totalement quelque chose ! Mais si... à... la Fausse Danse ! Bien sûr ! Son prénom, par contre, on repassera.
Ah. Il connaît le mien. Gênant. Je lui adresse un large sourire pour ne rien laisser paraître.
« Heyyy, tu vas bie- »
Il a une vilaine tête. Il est malade ? Il s'éclaircit la gorge, tousse. Ouille, le pauvre garçon a une grippe. Puis, il me fait part de ses symptômes et mon visage se tord dans une expression profonde d'empathie. Pauvre loulou. Une grippe en été, y a rien de pire. Et il veut oublier certains souvenirs, en plus de ça ? J'ose pas imaginer la couleur des toilettes, il a du avoir mal au ventre toute la nuit.
« Oh, mon pauvre chou, t'as toqué à la bonne porte, dis-je avec un petit sourire triste. Je ne dirai rien à Ellie, t'inquiète. C'est vraiment un truc de mec, de pas vouloir montrer que vous êtes malade.
Je rigole doucement avant de regarder les multiples fioles autour de moi.
— M'enfin, ne t'inquiète pas ! C'est mon job, tu ne dois pas m'aider parce que je te rends service, souris-je en retour. T'as une migraine à cause de la grippe ? Attends, laisse-moi prendre ta température. »
Ma main s'avance vers son front tandis que l'autre stabilise sa tête en passant derrière son crâne. Il... sue. Mince, je me sens coupable de dire ça, mais il ne sent pas très bon non plus. De la transpiration ? Avec un mélange de... Je ne sais pas trop. D'un alcool, je crois. Pff, les hommes et leur alcool. Ça ne soigne pas les maux de tête, bon sang de bonsoir ! Ni les grippes, d'ailleurs. Bon, par contre, ce cher garçon n'a pas de fièvre. Juste... très chaud.
Je fronce les sourcils en réfléchissant à ce que j'ai en stock.
« Bon, pour les grippes sans effets secondaires... Je t'aurais bien proposé de la Pimentine, au moins pour soigner ton rhume et tes mots de tête. Mais avec ça, tes oreilles sifflent pour au moins quelques heures..., réfléchis-je encore.
Mmmh. Client difficile. Beaucoup de potions ont des effets secondaires, après tout. Ou alors... Ou alors.
— J'ai peut-être quelque chose pour toi. Pas aussi efficace, mais ça peut au moins aider tes maux de tête. »
Je passe le comptoir et file dans les rayonnages. Je me sens mal de proposer ça. Un remède contre les gueules de bois... Le pauvre va croire que je le traite d'alcoolique. Je vais faire en sorte de taire le nom. Ça aura le même effet, après tout, non ? Je m'accroupis derrière une étagère et récupère une fiole dans laquelle trône un petit liquide bleu avant de revenir vers mon client.
« Pour ta tête et si tu as l'estomac un peu retourné, ça devrait aller, je pense. Tu auras en revanche malgré tout peut-être une petite baisse de vision le temps qu'elle agisse. Mais ça va de pair avec le besoin d'obscurité, promis. »
Je lui affiche un petit sourire compatissant en lui tendant la fiole. Pitié, ne me demande pas le nom de la potion...
@Léonidas Vance
913 mots
913 mots
Employée chez Apothic'Herbes depuis juillet 2051 - couleur #727955 - fiche
La posologie du lendemain
Avant même que je ne comprenne ce qu’elle fait, je sens la main de Sage sur mon front. Elle est douce, alors je la laisse faire, surtout que ça tranche carrément avec les coups de marteau que je reçois dans le crâne. Je reste parfaitement immobile, plus par épuisement que par docilité. Elle a l’air sincèrement inquiète de mon état, c’est touchant. Bon, même si elle vient de diagnostiquer une série de mauvaises décisions nocturnes, comme une grippe estivale.
Contrecarrer sa théorie s’avère facile : je pourrais lui faire remarquer que mes symptômes ne sont pas contagieux, mais qu’ils résultent plutôt d’une série de décisions que j’ai du mal à me rappeler. À moins que je ne m’y prenne mal une fois de plus, ce qui aggraverait ma migraine. Finalement, elle a trouvé une explication qui la convainc, alors nous nous contenterons d’un léger hochement de tête.
— Ouais… la grippe. Une terrible épidémie… Celle-là s’attrape surtout dans les bars.
Tandis que la jeune fille vérifie ma température, je garde les yeux fermés quelques secondes. Sa main glacée et mon immobilité m’aident presque à ignorer la lumière trop forte et le vacarme dans ma tête. Lorsqu’elle retire sa main, j’évite soigneusement son regard, car je vois bien ce qu’elle parvient à distinguer, sous les odeurs des plantes et des potions : celle, beaucoup moins élégante, de mon manteau. Alcool, fumée et sans doute bien d’autres choses. Je ne suis pas certain de vouloir entendre ses conclusions médicales sur le sujet.
Lorsqu’elle évoque la Pimentine et ses effets indésirables, je secoue la tête, mais le mouvement déclenche aussitôt un picotement douloureux dans ma tempe et je suis obligé de serrer les paupières en me raccrochant au comptoir. Avant que j’aie pu dire quoi que ce soit, elle s’est déjà glissée entre les étagères.
Et moi, je reste seul au comptoir, appuyé sur mes avant-bras, le bois du comptoir étant le seul élément qui me retient encore de m’effondrer. J’aurais pu filer en son absence, mais traverser une deuxième fois la boutique me semble tout aussi audacieux que de grimper la tour Nord à mains nues.
Elle revient avec une petite fiole bleue à la main. Je l’écoute sans réussir à suivre toutes ses explications. Moins vite, Sage, j’ai le cerveau dans de la gelée. J’essaie de me raccrocher aux quelques mots simples : maux de tête, estomac, obscurité et surtout baisse de la vision. Ça suffit à me faire relever la tête.
Je retire le bouchon et approche la fiole de mon nez. Je sens une odeur fraîche, mais légèrement amère. Je garde le récipient entre mes doigts sans encore boire. Je suis bien trop fatigué pour jouer au difficile, mais, malgré mon état, je n’oublie pas les bases des potions.
— C’est quoi, au fait ?
J’approche la fiole de mes lèvres, mais m’arrête juste avant de boire et lui adresse un clin d’œil qu’elle ne verra sans doute pas à travers mes lunettes teintées.
— Parce que, si je deviens aveugle, je vais pas pouvoir t’aider et tu devras expliquer pourquoi le petit ami d’Ellie est mort d’une grippe alcoolisée dans ta boutique.
Bien sûr, je suis convaincu qu’Apothic'Herbes n’envisagerait jamais de commercialiser une potion qui pourrait s’avérer dangereuse, mais cela me fait rire de la tester. Et puis, ça m’évite de penser au marteau-piqueur qui sévit dans mon crâne. Sans attendre davantage sa réponse, mon cerveau n’ayant visiblement plus aucune patience, je bois une première gorgée de la fiole qu’elle me tend.
585 mots
La choupinitude de Sage la perdra un jour...
Contrecarrer sa théorie s’avère facile : je pourrais lui faire remarquer que mes symptômes ne sont pas contagieux, mais qu’ils résultent plutôt d’une série de décisions que j’ai du mal à me rappeler. À moins que je ne m’y prenne mal une fois de plus, ce qui aggraverait ma migraine. Finalement, elle a trouvé une explication qui la convainc, alors nous nous contenterons d’un léger hochement de tête.
— Ouais… la grippe. Une terrible épidémie… Celle-là s’attrape surtout dans les bars.
Tandis que la jeune fille vérifie ma température, je garde les yeux fermés quelques secondes. Sa main glacée et mon immobilité m’aident presque à ignorer la lumière trop forte et le vacarme dans ma tête. Lorsqu’elle retire sa main, j’évite soigneusement son regard, car je vois bien ce qu’elle parvient à distinguer, sous les odeurs des plantes et des potions : celle, beaucoup moins élégante, de mon manteau. Alcool, fumée et sans doute bien d’autres choses. Je ne suis pas certain de vouloir entendre ses conclusions médicales sur le sujet.
Lorsqu’elle évoque la Pimentine et ses effets indésirables, je secoue la tête, mais le mouvement déclenche aussitôt un picotement douloureux dans ma tempe et je suis obligé de serrer les paupières en me raccrochant au comptoir. Avant que j’aie pu dire quoi que ce soit, elle s’est déjà glissée entre les étagères.
Et moi, je reste seul au comptoir, appuyé sur mes avant-bras, le bois du comptoir étant le seul élément qui me retient encore de m’effondrer. J’aurais pu filer en son absence, mais traverser une deuxième fois la boutique me semble tout aussi audacieux que de grimper la tour Nord à mains nues.
Elle revient avec une petite fiole bleue à la main. Je l’écoute sans réussir à suivre toutes ses explications. Moins vite, Sage, j’ai le cerveau dans de la gelée. J’essaie de me raccrocher aux quelques mots simples : maux de tête, estomac, obscurité et surtout baisse de la vision. Ça suffit à me faire relever la tête.
Je retire le bouchon et approche la fiole de mon nez. Je sens une odeur fraîche, mais légèrement amère. Je garde le récipient entre mes doigts sans encore boire. Je suis bien trop fatigué pour jouer au difficile, mais, malgré mon état, je n’oublie pas les bases des potions.
— C’est quoi, au fait ?
J’approche la fiole de mes lèvres, mais m’arrête juste avant de boire et lui adresse un clin d’œil qu’elle ne verra sans doute pas à travers mes lunettes teintées.
— Parce que, si je deviens aveugle, je vais pas pouvoir t’aider et tu devras expliquer pourquoi le petit ami d’Ellie est mort d’une grippe alcoolisée dans ta boutique.
Bien sûr, je suis convaincu qu’Apothic'Herbes n’envisagerait jamais de commercialiser une potion qui pourrait s’avérer dangereuse, mais cela me fait rire de la tester. Et puis, ça m’évite de penser au marteau-piqueur qui sévit dans mon crâne. Sans attendre davantage sa réponse, mon cerveau n’ayant visiblement plus aucune patience, je bois une première gorgée de la fiole qu’elle me tend.
585 mots
La choupinitude de Sage la perdra un jour...
A genius in a foolish disguise - Sir Adidas Vance du Ouin Ouin - Le Gang des Licornes - Toujours partant pour un RP (cf ici)
La posologie du lendemain
Ça devrait aller, ça, non ? Je veux dire... Sacha et Miles en prennent dès qu'ils en ont l'occasion après une soirée trop arrosée. Je ne suis pas bête, je sais ce que c'est d'avoir une gueule de bois ! J'ai déjà eu mal à la tête et la pâteuse après avoir bu le cocktail de trop en lendemain de soirée, ça n'a rien d'agréable. Mais ce que ce pauvre garçon a, c'est pas une gueule de bois. Est-ce que je suis en train de l'empoisonner ? Tout à coup, des sueurs froides me viennent. Ça fait quinze jours que je suis là... Je ne peux pas donner n'importe quoi à mes clients.
La fiole est là, entre les doigts du garçon. Il a parlé de soirée, mais c'est une grippe qu'il a attrapée. En la choppant dans un bar. Tu m'étonnes... Les germes, ça circule beaucoup trop par là-bas. Mais ce n'est pas une gueule de bois. Ce garçon est gentil, il est honnête avec moi. Si ça avait été clairement la conséquence d'un enchaînement d'alcools ingurgités bien trop vite et sans vraiment penser au lendemain, il me l'aurait dit, j'en suis sûre. Ce n'est pas un menteur. Il est avec Ellie, c'est une fille géniale ; par conséquent, ce mec se doit d'être génial. Et honnête.
Merde. Je suis en train de l'empoisonner avec une potion qui ne lui fera rien à part insérer plus de toxines dans son corps. Moi qui ne jure jamais, j'en viens à pester dans ma tête. Il me demande ce que c'est et je panique. Vite, une échappatoire. Je déglutis, tourne la question deux, trois fois dans ma tête en espérant qu'un éclair de génie me prenne. Sauf que j'oublie qui je suis ; je ne suis pas Archimède, je ne crie pas Eurêka ! dans mon bain.
« Un remède pour... Un rem- pour... Euh »
Je balbutie. Fichtre. Allez, concentre-toi. Trouve un truc. N'importe quoi.
Il boit la fiole. Il me fait une blague, puis il la boit. Merde. Je viens d'empoisonner quelqu'un. J'entends à peine les mots qu'ils prononcent. Grippe... Alcooli-
Hein ?
Je fronce les sourcils. Non, ça, je suis persuadée que ça n'existe pas. Mais un des mots qu'il a prononcés me prend encore plus à la gorge. Mort. Je vais le tuer ? Je vais tuer le mec d'Ellie ? Oh purée. Je suis dans la giga sauce. Réfléchis, Sage, y a quoi dans cette foutue potion ? De la menthe poivrée, des jaunes d'œufs de Serpencendre, du miel, de l'eau, de la cardamome...
Je me rassure un peu. Il n'y a rien de mortel là-dedans. Même les œufs sont cuits, donc il ne pourrait pas attraper une quelconque maladie. Mon visage, qui s'était violemment crispé depuis le début de ma réflexion, se détend. Ce type ne va pas mourir. Au pire des cas, il n'aura juste rien qui ira mieux. Et sera un peu aveugle pendant quelques heures.
« Une potion contre les rhumes un peu agressifs, rien de méchant, dis-je en souriant. Enfin... J'avoue que je n'avais jamais entendu parler des grippes alcoolisées... Je sors peut-être pas assez en bar, c'est quoi ? Faut embrasser un poivrot du comptoir pour attraper ç-
Je me coupe dans mon élan. Un peu de professionnalisme, Sage, enfin.
— Ta vision va un peu baisser, mais pas drastiquement. Juste un petit voile pour rendre la lumière plus supportable. Mais ne t'inquiète pas pour mon inventaire, vraiment. C'est mon job.
Je place mes mains sur mes hanches, tel un super-héros, confiante avant de pousser une long soupir. Puis, un peu curieuse, je hausse un sourcil.
— Enfin, y a du taff. C'est vraiment officiel, alors, avec Ellie ? »
Je joue des sourcils. Autant faire au maximum semblant pour effacer toute trace de mon incompétence.
La fiole est là, entre les doigts du garçon. Il a parlé de soirée, mais c'est une grippe qu'il a attrapée. En la choppant dans un bar. Tu m'étonnes... Les germes, ça circule beaucoup trop par là-bas. Mais ce n'est pas une gueule de bois. Ce garçon est gentil, il est honnête avec moi. Si ça avait été clairement la conséquence d'un enchaînement d'alcools ingurgités bien trop vite et sans vraiment penser au lendemain, il me l'aurait dit, j'en suis sûre. Ce n'est pas un menteur. Il est avec Ellie, c'est une fille géniale ; par conséquent, ce mec se doit d'être génial. Et honnête.
Merde. Je suis en train de l'empoisonner avec une potion qui ne lui fera rien à part insérer plus de toxines dans son corps. Moi qui ne jure jamais, j'en viens à pester dans ma tête. Il me demande ce que c'est et je panique. Vite, une échappatoire. Je déglutis, tourne la question deux, trois fois dans ma tête en espérant qu'un éclair de génie me prenne. Sauf que j'oublie qui je suis ; je ne suis pas Archimède, je ne crie pas Eurêka ! dans mon bain.
« Un remède pour... Un rem- pour... Euh »
Je balbutie. Fichtre. Allez, concentre-toi. Trouve un truc. N'importe quoi.
Il boit la fiole. Il me fait une blague, puis il la boit. Merde. Je viens d'empoisonner quelqu'un. J'entends à peine les mots qu'ils prononcent. Grippe... Alcooli-
Hein ?
Je fronce les sourcils. Non, ça, je suis persuadée que ça n'existe pas. Mais un des mots qu'il a prononcés me prend encore plus à la gorge. Mort. Je vais le tuer ? Je vais tuer le mec d'Ellie ? Oh purée. Je suis dans la giga sauce. Réfléchis, Sage, y a quoi dans cette foutue potion ? De la menthe poivrée, des jaunes d'œufs de Serpencendre, du miel, de l'eau, de la cardamome...
Je me rassure un peu. Il n'y a rien de mortel là-dedans. Même les œufs sont cuits, donc il ne pourrait pas attraper une quelconque maladie. Mon visage, qui s'était violemment crispé depuis le début de ma réflexion, se détend. Ce type ne va pas mourir. Au pire des cas, il n'aura juste rien qui ira mieux. Et sera un peu aveugle pendant quelques heures.
« Une potion contre les rhumes un peu agressifs, rien de méchant, dis-je en souriant. Enfin... J'avoue que je n'avais jamais entendu parler des grippes alcoolisées... Je sors peut-être pas assez en bar, c'est quoi ? Faut embrasser un poivrot du comptoir pour attraper ç-
Je me coupe dans mon élan. Un peu de professionnalisme, Sage, enfin.
— Ta vision va un peu baisser, mais pas drastiquement. Juste un petit voile pour rendre la lumière plus supportable. Mais ne t'inquiète pas pour mon inventaire, vraiment. C'est mon job.
Je place mes mains sur mes hanches, tel un super-héros, confiante avant de pousser une long soupir. Puis, un peu curieuse, je hausse un sourcil.
— Enfin, y a du taff. C'est vraiment officiel, alors, avec Ellie ? »
Je joue des sourcils. Autant faire au maximum semblant pour effacer toute trace de mon incompétence.
@Léonidas Vance
638 mots
638 mots
Employée chez Apothic'Herbes depuis juillet 2051 - couleur #727955 - fiche