L'oiseau éternel

Leta et Ruby sont en train de dormir
Agilhorn, la Petite Maison.
Dans la nuit du 25 au 26 décembre 2050.

1ère année de @Leta Blackbirds à la FSCM. []
7ème année de @Ruby Everheart. []

Profiter du paysage Irlandais et de ces vacances idylliques.

Post écrit à quatre mains.

Précédemment — Noyer sa haine.

[one line]
•••

Sa petite maison. Si j'ai attendu ce moment durant des jours et des semaines entières, je n'avais certainement pas imaginé ainsi mon arrivée au domicile de Leta. Harassée, c'est à peine si j'avais eu la foi de prononcer l'adresse avant de m'en remettre à la téléportation dans ces conduits de cheminée malpropres. Mais m'y voilà enfin.

[L] = texte de Leta
J'avais passé mon Noël absolument solo. Habillée légèrement, installée dans mon canapé, et profitant de la chaleur procurée par ma cheminée, mon esprit divague et m'imagine dans ma solitude complète. Car en effet, en l'absence de quelconque tueur en série dans le coin depuis des lustres, je n'avais aucun risque de mourir ce soir. Mais je n'avais pas exclu le potentiel arrêt cardiaque provoqué par l'éclat de flamme verte et l'irruption dans mon salon d'une forme humanoïde. Donc je m'étouffe logiquement avec mon eau chaude aromatisée aux plantes.


[R]
Mes jambes me lâchent au moment où un air sain, dépourvu de suie, s'engouffre dans mes poumons. Mes genoux viennent heurter le plancher et mes affaires tombent près de moi dans un bruit sourd. Assise là, jambes repliées, je cherche Leta du regard.

[L]
Quand les yeux de Ruby se plantent dans les miens, je suis dans un tel état de stupeur, venant de cracher une demi gorgée de thé, que je suis incapable de prononcer le moindre mot. Enfin pas avant au moins une seconde complète : Ruby ?? Mais c’est pas moi qui allait la voir ? Je rabats instinctivement le plaid qui ne me recouvrait qu'aux trois quarts : je suis en sous-vêtements et Maman m’a toujours enseigné une pudeur stricte. Bon après, pour ma défense, j'étais quand même sensée être seule toute la soirée moi !


[R]
Mon regard parcourt inconsciemment ses bras, ses jambes avant de s'éloigner immédiatement. Je mets quelques instants à réaliser que j'interromps une soirée que Leta passe en petite tenue. Chassés par le plaid salvateur, mes yeux s'en vont divaguer sur le décor autour de moi. « Hey, » j'articule, soudainement farouche. « Je suis contente que tu sois encore debout. Je n'aurais pas voulu te réveiller. »
Je m'abstiens de tout commentaire supplémentaire. Ce n'est sans doute pas à moi de poser les questions, à cet instant.

[L]
Son hey a de quoi me surprendre. Faut pas abuser non plus : je suis sur mon canapé en essayant tant bien que mal de comprendre la situation. Mais qu’est-ce que tu fous là ? Je devais venir te chercher que demain hein ?. Je me lève, toujours le plaid enroulé autour de moi pour me rapprocher d’elle. J’ai loupé un truc ? Tu vas bien ?


[R]
« Oui. Désolée pour... » J'agite ma main dans les airs, dépassée. « Tout ça. » Je la vois se diriger vers moi, alors je prends la main qu'elle me tend pour me relever et, une fois d'aplomb, garde le contact du bout de ses doigts contre le bout des miens. Comme un premier baume sur mon cœur agité.

« Je suis partie de chez moi, je ne pouvais pas rester. J'ai erré un peu, et me voilà. »

Et je me mets à tout lui raconter, d'une traite, depuis mon arrivée à Londres jusqu'à cet instant où j'ai franchi le pas de ma porte le menton haut. Je lui récite les critiques de grand-mère et lui dépeins les yeux de grand-père, ces yeux qui n'avaient eu qu'à croiser les miens pour faire céder les liens du sang. Je lui parle un peu d'Amelia et de toutes les louanges à son égard, mais pas trop, parce que je me sais obligée de la revoir en janvier dans les couloirs du château et que cette perspective ne m'enchante guère. J'en viens à lui décrire cet instant critique où ma magie s’était accaparée toute ma hargne pour se retourner contre ma génitrice. Dans mon discours transparaît mon écœurement, ma lassitude, ma colère et toute ma résolution à ne plus entendre parler de ma famille maternelle. Je pleurerais sans doute si la fatigue ne pesait pas si lourd sur mes paupières. J'omets seulement de mentionner l'apathie qui m'avait saisie dans les rues de la capitale, lorsque je me fichais bien de ma mère et de son état. Que je me délectais presque d'avoir senti le maléfice sillonner mes artères, avant de venir exploser contre le ventre d'Eileen Everheart. Nonchalamment, j'évoque plutôt le bar dont Leta est l'ambassadrice, arborant l'air de celle pour qui ce n'est pas très important. Je passe outre ma commande ; je lui explique que la barmaid était très gentille, trop gentille, et que c'est là que j'ai pu utiliser leur cheminée pour atterrir ici.

[L]
J'invite Ruby à s'installer sur le canapé avec moi. Et alors qu'elle commence son histoire, je lui tends un bout de ma couverture, juste assez grand pour deux. Par pitié Ruby, continue ton histoire et ne regardes pas. Puis j'écoute le déroulé de ses vacances (et surtout sa soirée) avec grande attention, sans pour autant décrocher d'atroces bâillements. Je ne sais cependant pas comment réagir face à sa dégoûtante épopée : ces derniers jours ont été difficiles donc je devrais être emphatique. Mon esprit embrumé a du mal a tout comprendre, je m’en veux un peu mais j’ai juste envie d’aller dormir. Je décide donc de l’enlacer avec toute la tendresse que je ressens pour elle, au diable le plaid et sa putain de famille. Quelques secondes voire minutes s'écoulent puis j'ose prononcer quelques mots. Ça t'intéresserait d'aller faire dodo pour oublier ta semaine catastrophique et reprendre de vraies vacances au réveil rien que nous deux ?


[R]
Alors enfin, ici, me voilà dans ses bras, à la serrer de toutes mes forces ou presque, mon visage dans son cou, respirant son parfum et l'odeur brute du bonheur. Mais j’ai perdu mon sourire, pourtant plus grand que mon amour pour elle.
Blottie contre Leta, j’en ai fini avec mes histoires amères et je me laisse porter par le silence, rythmé par sa respiration. La proposition qu’elle me fait me tire d’un demi-sommeil sournois ; je lève des yeux reconnaissants vers ma petite amie. « Ce serait parfait. »
Mon regard sonde les environs, constatant qu'il n'y a ici qu'un canapé et quelques chaises.
« Et on dort où ? » questionné-je, soudain taquine malgré la fatigue.

[L]
Sa question me frappe en un éclair de lucidité : mais punaise je comptais aborder la chose le lendemain moi. Avoir sous la main ses affaires et des draps propres pour le canapé. Lesdits draps qui n'étaient évidemment même pas encore lavés, une question qui se réglerait entre ma procrastination et moi plus tard. Donc bon, pas de plan B, et n'ayant aucun plan C ou plus. Il fallait aller au plus direct. Euh. J'ai que mon lit. Tu m'as pris de court là. Je rougis, comme vraiment trop de fois quand je suis avec elle, réalisant donc l’impact énorme de cette annonce incongrue. Puis je chasse d'un revers de la main ces papillons naissant dans mon ventre. Si ça te va évidemment. Sinon je dors sur le canapé avec ma très confortable couverture. Dis-je en souriant. Elle est quand même sacrément jolie ma blonde adorée.


[R]
C'est elle qui m’a proposé, c'est elle qui me trouve une solution. Mes lèvres s'étirent finement ; je m'amuse un peu de la voir se dépêtrer avec sa propre suggestion, de la dévisager pendant qu'elle rougit. Compte sur moi pour ne pas t'aider Leta.
Elle s'agite, me sourit en retour. « Ça me va » je réponds doucement, mettant fin à son tourment. Je me décide à lui voler un baiser sur la joue, avant de me lever avec difficulté, le corps rompu, entraînant avec moi sa main dans la mienne. « Je te suis, » énoncé-je simplement, la voix déjà embrumée de fatigue.

[L]
Ouf, elle m’a répondu par l'affirmative, je suis déjà assez gênée par la situation alors si en plus elle avait refusé, j'aurais pu aller m'enterrer dans mon jardin et dormir quelques milliers d'années. Sauf que nouvelle question existentielle que mon cerveau peine à traiter dans son entièreté : il faut se lever et aller dans le lit. Mais moi, je suis toujours à peine vêtue et en plus j'ai partagé la moitié de mon plaid : impossible de trouver une échappatoire réaliste. Je glisse donc un grand sourire à mon ever heart (cœur éternel), me lève en abandonnant toute la pudeur pourtant enseignée depuis des années par Maman. Tu voudrais pas te doucher d’ailleurs ? Et merde, pourquoi c’est une fois debout que je pose ce genre de questions ? J’aurai du rester blottie dans le canapé et attendre tranquillement qu’elle soit enfin plus là pour me découvrir. Flûte.


[R]
Elle se relève et, ce faisant, abandonne sa couverture. Mes sourcils se relèvent imperceptiblement, surprise par cette hardiesse que je ne lui soupçonnais pas. Je dissimule un sourire en réponse au sien, certaine qu'elle est bien contente de me prendre ainsi au dépourvu à son tour. Mon regard la balaie en une fraction de seconde, avant de se cadenasser à ses yeux. Je hoche vigoureusement la tête ; rien ne pourrait me délasser davantage qu'une eau brûlante, juste assez chaude pour emporter avec elle les évènements de la journée. Que Leta me montre donc le chemin vers la salle de bains.

[L]
Coup de bol, la baignoire est dans la chambre, le chemin est court. Bon après, ma maison est vraiment petite, le risque de se perdre est nul donc j’aurai même pu lui pointer la pièce en une microseconde. Mais je prends quand même le temps de lui présenter ma magnifique chambre et sa partie salle de bain. Le comble pour elle était qu’un seul un paravent allait la séparer du lit dans lequel j’avais prévu de me poser mais un instant de réflexion m’en a dissuadé. Un peu d’intimité fait pas de mal et ne brûlons pas les étapes plus vite que la lumière. Je fais donc l’inventaire avec elle de ce que j’ai à sa disposition : savon, shampoing, peignoir, serviette pour les cheveux. Je lui montre aussi rapidement le fonctionnement du robinet. Pour le reste, je ne doute pas une seule seconde qu’elle saura se débrouiller.


[R]
« Tu as… des vêtements de rechange ? »

[L]
Ah je l’avais pas vu venir celle-là. J’en ai plein ! Tu veux dormir avec quoi ? Ayant une collection des plus fournie et pour tout les goûts, proches du mien évidemment.


[R]
« Ce que tu as. » Je hausse les épaules, pas bien difficile à cette heure.

[L]
Hmmm donc j’ai vraiment le champ libre à ce que je vois. Même pour la nuit tu seras une starlette tu vas voir. J’éclate d’un rire franc. Laisse moi choisir ta tenue, t’as qu’à commencer à te doucher, je te poserai tout ça sans même passer ma tête ou risque de te voir ! Je m’éclipse donc pour aller chercher tout ça. Je sélectionne avec soin une petite jupe de nuit et un t-shirt léger et confortable. L’ensemble est bleu nuit avec des reflets dorés qui font un peu un effet étoilé, je l’aime bien. Mais voudra-t-elle une brassière ? Mince, mais d’ailleurs j’ai très probablement pas sa taille. Zut de zut. Je vais partir du fait qu’elle n’en aura pas puis si elle en voulait, fallait prendre ses affaires dans sa valise. Je ne fais pas attention à où elle en est et dépose son nouveau pyjama derrière le paravent en y glissant mes bras.


[R]
Devant le miroir, je constate l'étendue des dégâts. Échevelée, quelques traces de suie çà et là sur mes vêtements, et surtout ces traits tirés qui parleraient d'eux-mêmes sans que je ne veuille raconter mon histoire. Ça ne me plaît pas de m'être présentée ainsi chez Leta, mais m'y voilà tout de même et je sais, au fond, que c'était la bonne décision. Je me déleste de mes vêtements et me glisse dans l'eau de la baignoire.
Chez Leta. Je prends tout juste conscience de cet endroit, de ces murs autour que je ne connais pas mais que j'apprécie déjà parce que c'est chez Leta. Et à quelques mètres d'ici, derrière ce paravent qui me dissimule, elle s'affaire sans doute, toute à ses derniers rituels de la journée. Ne me reste plus qu’à la rejoindre ensuite ; étrangement, cette perspective m’apaise plus que je ne l’aurais parié.
Lentement, mes muscles se relâchent et mon cœur se détend. Je suis si bien ici ; je laisse s’évaporer mon amertume, ma rancune et mes craintes. Quand je m'extirpe de mon bain, j'enfile les habits propres qui sentent bon le parfum de Leta et pars à sa recherche.

[L]
Je me dis qu’elle ne voudrait pas forcément que je reste dans ma chambre. Puis ça me gêne aussi. Je récupère donc mon pyjama bien rangé sous mon oreiller et m’éclipse dans mon salon. Quelle folie de ne pas avoir installé de portes quand même. Je ferme toutes mes fenêtres et me mets enfin plus à l’aise : un short doux et une brassière qui me couvre déjà mieux que le soutif que je portais avant. Je me pose ensuite à nouveau dans mon canapé, enroulée dans mon plaid. Puis je laisse enfin mes pensées divaguer.


[R]
Le bout de mes doigts vient pianoter sur son épaule droite, dénudée. Elle s'est endormie là, sur le canapé. Bien qu'elle arbore une mine adorable qui me fait sourire à nouveau, il lui faut se lever et m'accompagner dormir.

« Leta ? » appelé-je gentiment, dans l'espoir de transpercer la fine couche de ses songes. « Tu viens ? »

[L]
Je sors d’une lente torpeur et réponds de façon inaudible gblui gue viens ‘suite. Je la laisse me tirer hors de ce canapé pourtant si doux et agréable pour rejoindre le lit. Mes paupières sont tellement lourdes que je manque de trébucher. Heureusement que j'avais prévu un lit deux places au moment d’emménager, je soulève la couette et m’installe confortablement tout en observant, non sans intérêt, Ruby me retrouver. A peu de choses près, j’oubliais d’éteindre la lumière alors je grommèle Nox puis je repose ma baguette sur ma table de chevet. Je suis tournée de son côté. Dois-je lui dire bonne nuit en l'embrassant ? Que cela m'est étrange de se coucher avec une autre présence que la mienne à mes côtés.


[R]
Malgré la pénombre, je perçois très bien son regard posé sur moi. Sa douceur, son intensité. Je pourrais presque voir les couleurs irisées qui habitent ses yeux, tant je les connais par cœur. Parfois, quelques éclairs dorés rayonnent sur mes vêtements, révélés par la lune et sa lumière qui filtre à travers les volets.

Soudain, parce que j'en ai envie, je me décide à avancer mon buste. Là, dans le silence de la nuit, je dépose un baiser sur son front, ma main frôlant sa joue.

« Bonne nuit. Et merci. »

Mes doigts glissent sur sa chevelure, et je me laisse emporter de l'autre côté de ma conscience, loin des fardeaux qui m'écrasent, près de mon oiseau noir.

[L]
Je prends son baiser et ancre son souvenir dans mon front. Je suis absolument crevée, j'ai hâte de m'endormir, de rêver un peu d'elle, pour enfin profiter du paysage Irlandais et de ces vacances idylliques.

belle, romantique, rouge (Paige 2026)

L'oiseau éternel


Je me réveille avec cette sensation pâteuse qui colle à mes muscles. Je crois que c'est un rayon de soleil qui m'a extirpé de ce sommeil si profond. La nuit était douce et c'est si agréable d'émerger aussi lentement. C'est vrai que du soleil fin décembre, c'était vraiment inespéré. De quoi avoir une journée parfaite : je dois aller chercher Ruby aujourd'hui. Mon cœur fait un bond dans ma poitrine, je vais passer des vacances extraordinaires. Ce n'est qu'en tentant de m'étirer que mon pied touche quelque chose. Je sursaute presque. Merde, qu'est-ce que c'est. Je tourne lentement la tête pour reconnaître... Ruby ? Oh mais punaise, mon réveil était tellement incroyable que j'en avais oublié la veille. Tout me revient rapidement en mémoire mais il me faut quand même quelques secondes pour comprendre que j'ai dormi toute la nuit ma belle. A-t-on... ? Je soulève la couette prise d'un doute assez inavouable, ouf, je suis encore totalement habillée. Heureuse d'avoir conservé absolument tous mes souvenirs de la soirée. De toute façon je n'avais pas bu, ça aurait été étonnant que j'oublie quoi que ce soit.

Je ne l'ai normalement pas réveillée : notre contact était trop léger, en tout cas je l'espère. Commençons donc cette belle journée en fanfare.

Je me glisse hors du lit, file jusqu'à ma penderie, choisis un joli ensemble rapidement, me change derrière le paravent et m'éclipse dans le salon. J'ai réalisé tout ceci en un temps record et aussi silencieusement qu'une demiguise. J'ai juste laissé mes affaires de nuit à côté des vêtements de Ruby de la veille. Je les laverai plus tard. Merde, ses affaires d'hier : elle m'a raconté un truc énorme et j'ai à moitié dormi dessus. Bravo Leta. Je me souviens de sa mère, sa sœur, ses grands-parents, son passage au bar. Tout s'est mélangé et je lui ai absolument rien dit. Je suis un soutien émotionnel de niveau zéro je crois. Faudra qu'on en reparle. Enfin. Faudra que je trouve comment.

Avant de faire un boucan pas possible dans ma cuisine, je lance un petit assurdiato en direction de ma chambre pour être sûre que la blonde qui y dort profite encore de son sommeil réparateur. Baguette en l'air, j'allume le lecteur de musique sorcière et je réanime le feu dans la cheminée. Le reste suit : les œufs, la farine, le sucre, un peu de lait ; trois oranges pressées ; la bouilloire qui va se poser au-dessus des flammes ; deux sachets de mon thé, feuilles cueillies et séchées par mes soins, merci beaucoup à mon moi passé. Je pique deux cookies que j'ai préparés il y a deux jours et surveille la poêle du coin de l’œil : la dernière fois que j'ai laissé un pancake à sa propre initiative, j'ai passé une heure à récurer.
Tout ça pour que je me pose dans mon canapé, bercée par les flammes et la musique, un œil quand même sur ce pancake qui gonfle.

FSCM - 19 ans - Fille de papier.

L'oiseau éternel
the waking up, having forgotten
and remembering again the full extent
of what forever is
1

through me (the flood), Hozier


Je me réveille dans des draps soyeux au toucher. J'ai terriblement bien dormi. Comme l'impression d'avoir été assommée la veille et d'émerger lentement d'un doux sommeil de cent ans. Je peux sentir les rayons du soleil chatouiller le bout de mon nez et inonder toute la pièce. Les battements de mon cœur sont calmes lorsque mes cils s'entrouvrent. L'aube est parfaite.
Mes bras s'étirent et prennent tout l'espace, histoire d'absorber encore un peu la mollesse de ce matelas. Mais mes sourcils se froncent. Ma chambre ne ressemble pas à cela, mon dortoir encore moins. Je cherche, fouille dans ma mémoire, affrontant l'oubli. Et puis... les souvenirs affluent.
Par images, dans ma tête, par fragments et par bribes, je revois comme sur une pellicule le film entier de ma soirée aux allures de catastrophe. Là, à la lumière éclatante du jour, je revois aussi le visage de Leta englouti par les ombres et la nuit. Je me rappelle de tout, aussi soudainement que cela. Alors je souris.

Mon regard se pose sur le vide qui occupe la partie gauche du lit. Je ne l'ai pas entendue se lever ; elle est sacrément discrète. Ou bien étais-je sacrément lessivée hier soir. Un lourd silence pèse dans la pièce et je me demande où Leta a bien pu passer, si elle ne se trouve pas avec moi dans cette chambre. Peut-être est-elle sortie dans son jardin ?
Une délicieuse odeur sucrée, mêlée à celle du bois de cheminée flotte jusqu'à mes narines pour me donner un indice. Il n'en fallait pas plus pour me convaincre. Je délaisse les couvertures et me lève d'un bond pour faire mon entrée dans le salon.

Le spectacle que j'y surprends fait instantanément briller mes yeux. De la musique, d'abord, envoûtante et belle comme l'atmosphère de cette maisonnée. Il y a aussi un feu dans la fameuse cheminée, un feu bienvenu en cette fraîche matinée de décembre. Et puis ma tendre Leta, assise à la même place qu'hier, arborant cette fois un air bien plus alerte et détendu.

« Morning,2 » la salué-je, en bonne anglaise. Mes yeux à moi scintillent et mes traits rayonnent.

Je fais quelques pas et viens m'affaler près d'elle sur le canapé, sans me départir de mon sourire. « Bien dormi ? » Avec amour, je détaille chaque parcelle de son visage, les lignes de son menton et la courbe de ses yeux, ces vétilles importantes pour moi qu'il me semble avoir délaissées depuis un siècle ; avant de me lover tout contre elle, comme pour rattraper ce contact perdu qui m'avait tant manqué ces jours derniers. « Ça sent drôlement bon, dans ta cuisine » complimenté-je.

J'aurais juré que la musique chantait : « je suis bien ici, dans tes bras, ma chérie ».

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1 Au réveil, avoir oublié et se souvenir à nouveau de toute l'étendue de l'éternité.
2 Bonjour (le matin)

belle, romantique, rouge (Paige 2026)

L'oiseau éternel
Les pancakes ont fini de cuire il y a au moins dix minutes. Je me prélasse en cramant mon visage face aux flammes étrangement douces, dans un foyer encore décoré pour Noël. Guirlandes, figurines et autres bizarreries achetées pour passer la fête en magie, toute seule comme une grande. Ruby a débarqué en pleine nuit et dans un état pas possible, elle n'a sûrement rien remarqué. Tant mieux : je vais avoir le plaisir de lui montrer tout ça au réveil.

Lorsque cette figure blonde débarque dans le salon, mon visage s'illumine. Elle porte encore les vêtements que je lui ai donnés hier. Mon choix aurait pu être mieux réfléchi et accordé certes, mais ça lui va quand même bien, malgré le fait qu'ils soient un chouia grands.

Excellemment bien dormi, réponds-je, j'ai même failli oublier que tu étais là !

Elle vient se blottir contre moi et je la laisse faire, évidemment. Je passe un bras autour d'elle et pendant quelques secondes, plus rien d'autre n'existe. Sa joue contre mon épaule, l'odeur de mon savon dans ses cheveux, le feu qui craque. Alors voilà, c'est ça qu'on m'a caché pendant dix-neuf ans.

En l'entendant parler de cuisine, je me redresse d'un bond énergique. Figure-toi que je n'ai pas chômé ! Le petit-déjeuner de Sa Majesté est prêt ! Et me voilà m'affairant à faire léviter confitures, sucre, sirop d'érable et autres fantaisies sur un plateau qui vole jusqu'à ce fameux canapé. Je prends cette fois-ci à pleines mains l'assiette remplie de pancakes que je présente à ma petite amie en m'agenouillant royalement.

Puis je prononce un discret Accio cadeau pour offrir ce présent tout à fait majestueux à ladite princesse de mon cœur.

FSCM - 19 ans - Fille de papier.