Hingetõmm
AINSI S'ÉCRIT DEMAIN < Précédemment
Titre : Une respiration, un souffle en estonien.
Fréquemment utilisé pour exprimer une pause, un moment
de répit ou un instant de repos au milieu d'une activité intense
Fréquemment utilisé pour exprimer une pause, un moment
de répit ou un instant de repos au milieu d'une activité intense
Dimanche 17 juin 2051
Tallinn — Estonie [Stage de fin d'année]
21 ans
La petite fille revient en courant vers nous, ses long cheveux brun battant dans son dos. Elle se met à hurler avant même d'arriver à l'endroit où nous nous trouvons.
« Neid on neli! Isa, neid on neli! (Il y en a quatre ! Papa, il y en a quatre !) »
Elle ralentit en arrivant devant nous. Elle lève les deux mains vers moi, brandissant ses deux index et ses deux majeurs.
« Quatre ! répète-t-elle pour moi dans son anglais hésitant. Quatre ! »
Elle se tourne vers son père pour lui poser une question. Hepner rit doucement en se penchant vers elle et passe une main tendre sur sa tête. Il lui répond et sa fille se tourne de nouveau dans ma direction.
« Quatre voi-voiles ! » précise-t-elle comme si je ne savais pas que nous étions venus ici pour perdre notre temps.
Je caresse l'idée de ne pas lui répondre car ce qu'elle me dit n'a rien d'intéressant mais j'ai malheureusement trop d'éducation pour ne pas donner de réponse à la gamine d'une famille qui m'accueille chez elle alors que nous ne connaissons rien les uns des autres.
« D'autres arriveront peut-être, » je réponds donc d'une voix lasse.
Hepner se charge de traduire pour Natalija. Elle sourit largement en hochant la tête vers moi avant de repartir en courant retrouver son poste d'observation sur le port.
Je déteste cette journée mais je n'ai pas d'autre choix que de la vivre. Nous l'avons prévu vendredi soir, lors du diner. Hepner n'étant pas libre le samedi, il a été convenu que je les accompagnerai le dimanche pour une visite de Tallinn hors des sentiers battus. Il m'a proposé de refuser. Après deux semaines en ma compagnie, Hepner a compris que je n'étais pas du genre à passer du temps avec d'autres si je pouvais l'éviter. Mais j'ai accepté car ça me semblait être un bon dédommagement pour leur accueil.
J'ai été reçu avec beaucoup d'entrain par la famille de Hepner. Sa fille, Natalija, et sa femme, Saskia, avaient toutes les deux l'air ravies. Mon seul soulagement a été que la barrière de la langue m'a empêché de devoir me fatiguer avec des discussions sans intérêt durant le dîner : seule Saskia était capable d'un anglais hésitant et elle n'a pas eu l'air d'être le genre de femme qui parle trop, contrairement à son mari qui a monopolisé la discussion pour raconter son séjour en Angleterre.
Le lendemain, le samedi, Hepner devait partir à son travail pour s'occuper de la fameuse urgence qui l'a contraint à hâter son retour. Il a paru sincère quand il s'est excusé de ne pas pouvoir m'emmener avec lui. « C'est une affaire qui requiert toute mon attention, a-t-il dit avec son accent épouvantable. Je n'ai pas le droit d'amener une stagiaire pour ce genre de chose mais je me rattraperai lundi en vous faisant visiter les lieux ». Son absence m'a soulagée : j'ai pu passer la journée du samedi à visiter quelques lieux intéressants de Tallinn et je me suis même rendu dans le côté sorcier. La dernière fois que j'ai visité seule une ville étrangère, c'était à Reykjavík, lors de mon précédent stage. J'ai découvert qu'il pouvait être agréable de se balader sans but lorsqu'il s'agissait de découvrir une nouvelle culture et j'ai passé la journée dans les rues de Tallinn, ne rentrant même pas pour le déjeuner même si j'avais été invitée à partager le repas de Saskia et Natalija. Peut-être ont-elles reçu l'ordre de me laisser en paix car lorsque je suis rentrée en fin d'après-midi, j'ai pu me retirer dans l'agréable petite chambre donnant sur la campagne entourant Tallinn sans que quiconque me dérange. Je n'ai dû en ressortir que pour le diner et Hepner devant subir l'assaut des questions de sa fille, on m'a guère dérangé durant le repas.
Ce matin, nous avons ouvert les festivités par une visite du port de Tallinn, car Natalija insisté pour aller « compter les voiles » avec son père. L'activité étant apparemment une habitude dans la famille, je n'ai pas pu y couper. La petite semble obtenir tout ce qu'elle désire de ses parents. Excepté une chose. Avant que nous partions, elle est apparue au moment même où je suis sortie de ma chambre. Elle s'est plantée devant moi de toute sa petite taille d'enfant de sept ans et elle a désigné mon épaule avec un sourire dans lequel il manquait quelques dents.
« Peut venir, Pisi ? Peut venir ? » a-t-elle supplié dans son anglais hésitant.
Pisi1, c'est le surnom qu'elle donne à Zikomo. Parce que vendredi soir, lorsque nous sommes arrivés, Hepner m'a présenté comme « la brillante jeune stagiaire dont je vous ai parlé, Aelle Bristyle » et qu'il a également pris le temps de présenter Zikomo alors qu'il ne sait même pas qu'il est doué de parole. À chaque fois qu'il disait quelque chose, Hepner me traduisait ses paroles et les réponses si réponse il y avait. Il a dit « et ce petit pisi que voici s'appelle Zikomo. Mais tu ne dois pas le déranger, Natalija, tu as bien compris ? ». Depuis, Natalija ne s'intéresse à moi que parce que c'est sur mon épaule que reste Zikomo. Même si elle le regarde avec une admiration sans borne, elle n'a pas tenté de l'approcher, respectant à la règle les limites de son père, mais elle n'a cesse de me poser des questions sur lui que Hepner ou Saskia me traduisent.
À son plus grand malheur — et au mien car quelques larmes ont coulé et que ça m'a gêné —, Zikomo n'a pas pu venir avec nous puisque nous allions dans le monde moldu. Il est resté sur mon oreiller faire la sieste et nous sommes partis à quatre.
Nous voici donc sur le port de Tallinn a regarder une petite fille courir en pointant du doigt les bateaux au large. L'ennui commençant à faire des trous dans mon cerveau, je dégaine mon paquet de cigarettes et le montre à Hepner pour lui faire comprendre que je vais m'éloigner. Mais au lieu de hocher la tête et de me laisser à ma paix, le voilà qui sort à son tour sa blague de tabac, qui s'excuse auprès de Saskia et qui s'éloigne avec moi pour ne déranger personne avec la fumée. Je retiens le commentaire acerbe qui me vient à l'esprit.
« Ce n'est pas le genre de sortie qui vous passionne, j'en ai conscience, dit Hepner alors que j'allume ma cigarette, un petit air contrit sur le visage.
— En effet, réponds-je en recrachant la fumée vers le ciel.
— Je pensais vous emmener ensuite à la Tallinna Keskraamatukogu, la bibliothèque centrale de Tallinn. Côté moldu, évidemment. C'est un joli bâtiment et... »
Je profite du fait qu'il s'interrompt pour allumer sa cigarette pour l'empêcher de continuer :
« J'y suis déjà aillée hier, » précisé-je d'une voix unie en regardant le large.
J'ai pour habitude de visiter les bibliothèques moldues des villes que je ne connais pas depuis l'année que j'ai passé loin des bancs de l'école : quand j'avais du temps à perdre, ces sorties occupaient mon temps et mon esprit encombré de mauvaises choses.
Hepner arqua les sourcils, un « oh » silencieux sur les lèvres.
« Et bien, vous ne perdez pas votre temps ! s'amuse-t-il. Ce n'est pas grave, j'ai plein d'autres endroits en stock. Je n'ai pas l'intention de vous confondre avec une touriste et de vous faire visiter des lieux inintéressants, eh. »
Pour une fois, je ne peux pas dire que j'ai été déçue. Malgré la présence envahissante de sa fille qui n'a de cesse de venir me parler, la compagnie de Hepner et de Saskia, tous les deux suffisamment cultivés et intéressants pour me parler de choses qui m'intéressent, s'est avéré agréable. Lorsqu'ils devaient parler de choses et d'autres, faire des commentaires qui n'avaient aucune importance pour moi, ils discutaient en Estonien, ce qui me convenait très bien. Hepner me traduisait au début leur parole, jusqu'à ce que je lui fasse comprendre que je ne me sentais pas mise à part et que de ne pas participer à leur conversation ne me dérangeait en rien, au contraire.
Durant le reste de la journée, Hepner m'a traîné dans des lieux sorciers que je n'aurais pas eu l'idée de visiter. Même si j'aurais préféré passer la journée seule, je me rends compte une fois la journée passée qu'elle n'a pas été si désagréable que cela. Je reste impatience, cependant, de pouvoir visiter les locaux de ses laboratoires de recherche estoniens et de passer enfin à du concret, plutôt que de perdre mon temps en visites.
1 : Signifie « petit » ou « minuscule » en estonien. C’est un surnom mignon pour quelqu’un de petit ou adorable.
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PNJ actif : Jaak HepnerJaak Hepner
39 ans
