Autre vie

Je suis l'attardée
Dans ce monde d'attardés
Qui se bouche les oreilles quand on lui dit que ça va barder
8 Juillet 2051
Rues du Londres moldu
Rues du Londres moldu
Elle marchait, esquivant les passants à chaque pas qu'elle faisait. Le monde était bruyant, bien plus que la campagne irlandaise d'où elle venait. Ici, le soleil brulait, attiré par le béton et le manque de végétation en plein centre-ville.
Émeline avançait, ignorant toutes ces nuisances. Dans sa tête, elle ne pensait qu'à la chose qui l'avait menée jusque là, en plein milieu des moldus : revoir sa mère une dernière fois. Après cette matinée d'entraînement*, elle avait repensé à tout ça. À ses parents, à leur séparation, à son long silence, à ce réveillon...Comment ça avait pu autant déraper ? Comment sa mère avait-elle pu la rejeter pour ses pouvoirs, alors qu'elle les avait supportés pendant tant d'années ? Jonathan lui avait affirmé que sa mère l'aimait au point d'être restée avec lui. Passer du ciment d'un couple au néant...Charlotte avait été exécrable avec elle, mais elle n'arrivait pas à omettre tous les mensonges de son père dans l'équation. Sa mère en avait bavé à ses côtés, au point où Émeline se demandait si ce n'était pas seulement à cause de ça qu'elle fut capable de lui dire de telles atrocités.
Ce soir-là, quand elle refusa la demande de sa mère, Émeline l'avait vu hésiter un instant. Pourtant, Charlotte avait donné sa sentence en la reniant. Elle lui avait tourné le dos et ne s'était pas retournée.
Cette fin n'était pas ce qu'elle avait espéré. Ces retrouvailles devenues cauchemars la hantaient parfois le soir, lui rappelant à chaque fois le regard de sa mère, noir et dégoûté. Déçue d'elle et de son besoin d'utiliser ses pouvoirs, Charlotte l'avait totalement repoussée.
Émeline savait que si elle n'y allait pas aujourd'hui, elle n'aurait plus jamais la force de l'affronter.
Marcher, esquiver, avancer. Elle se fraya son propre chemin jusqu'à l'hôpital qu'elle convoitait. Sa mère était probablement en plein boulot, en train de s'occuper de ses patients. L'entrée s'exposa à sa vue, elle y alla, passa les portes et emprunta les escaliers.
Une marche.
Elle allait lui parler.
Dix marches.
Elle allait lui parler et sa mère allait l'écouter.
Trente marches.
Elle s'en irait qu'après être certaine qu'elle ne pourrait rien rattraper.
Cinquante marches.
Elle resterait forte, quoi qu'il arrive là-bas.
Elle allait lui parler.
Dix marches.
Elle allait lui parler et sa mère allait l'écouter.
Trente marches.
Elle s'en irait qu'après être certaine qu'elle ne pourrait rien rattraper.
Cinquante marches.
Elle resterait forte, quoi qu'il arrive là-bas.
L'odeur de désinfectant piqua son nez avant même qu'elle ne rentre dans le service. Elle entendait quelques bips lointains de machine, des brèves parties de discussions et le couinement de leurs chaussons sur le sol. Sa tête passa l'entrée, un coup d'œil dans le couloir l'informa de qui était là.
Au loin, un groupe de soignantes prêtes à partir en pause. L'heure était avec elle. Certains visages avaient leur place dans sa mémoire, des collègues de sa mère qu'elle avait déjà croisés par le passé. Leurs noms, eux, s'étaient effacés. Un jour, peut-être qu'elle parviendrait à les récupérer, mais là, elle avait autre chose comme but.
Elle rentra, prête à leur demande où se trouvait sa mère.
Un "Charlotte !" provenant de l'autre couloir la fit se retourner. Elle sentit son cœur rater un battement quand elle la vit quelques mètres plus loin, accaparée par quelqu'un. Émeline s'était figée. Il lui suffisait qu'elle croise son regard. Un regard et elles pourraient enfin présenter leur cœur l'une à l'autre.
Ce ne furent pas ses yeux qu'elle croisa en premier, mais ce ventre rond et proéminent que Charlotte possédait.
Émeline l'avait fixé, réalisant à peine ce qu'elle voyait.
Charlotte était enceinte.
Sa mère, qui n'avait jamais voulu lui donner un frère ou une sœur, portait un nouvel enfant.
Ses yeux suivirent avec attention la main de Charlotte. Elle s'était glissée dessus, le caressant avec une tendresse que seule une mère pouvait faire.
La réponse qu'elle était venue chercher était juste devant elle, prête à voir le monde sous peu. Émeline se recula, une main accrochée à son haut. Tout était clair, désormais. Elle l'avait écarté de sa vie pour protéger ce qui grandissait en elle.
Elle n'était plus la petite étoile de sa mère. Elle s'en était trouvée une autre.
Ses pieds butèrent contre la porte du service. Le bruit interpella l'attention, des yeux vinrent se poser sur elle. Ses yeux venaient de la voir. Émeline put y voir de la surprise, avant qu'elle resserre son étreinte autour de son ventre. Voilà tout ce qu'elle était devenue pour elle. Une sorcière. Un monstre.
Émeline se retourna, se jetant vers la sortie pour fuir ce qu'elle n'était pas capable d'affronter. Elle déboula dans les escaliers, redescendit toutes ces marches en risquant plusieurs fois de glisser.
Dehors, le brouhaha de la ville l'accueillit avec force. Malgré le monde, elle continua à courir jusqu'à en perdre haleine, les yeux incapables de voir où elle allait.
C'était donc ça, le poids d'une autre vie ?
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- #066ccb - Coucou Rapeltout -- Son petit Moine Gras -- Préfète InRP de Février 2051 à Juin 2051-- merci à Sage pour le vava 
Semeuse de Discorde - Projectile de qualité supérieure - Méméline
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