Le bracelet
Elle se leva, puis s’éloigna. Il y avait tout, dans ces quelques pas, cette distance exigée entre leurs corps : Le chamboulement, la remise en question, le refus, la négation, et la colère. Il y avait tout ça. Gabryel se redressa à son tour. Il absorba ses gestes tremblants, sa démarche faussement contrôlée, ses poings serrés, et son dos, plus droit que la justice. Il observa cette raideur, et s’abreuva de son silence.
Une minuta passa. C’est très long, soixante secondes, lorsque tout un être se débat face au vide, comme entre parenthèses.
Puis la jeune sorcière se retourna, pour se poster face à lui. Au fond de ses pupilles, le Rouge et Or y vit un univers en cendres. Le regard d’Aelle portait les blessures d’un combat à mort, d’une guerre qui s’était jouée entre sa peur et sa raison, son déni et sa conscience. Pour ce soldat en robe de bal, accepter cet amour, offert avec autant de pureté, la condamnait à traverser des tranchées infranchissables. Trop de bombes avaient creusé leurs sillons sur son âme : L’abandon, la désillusion, et la déception. De ce champ de ruines, ne restait qu’une terre brûlée, inhospitalière, d’où plus rien de fertile ne poussait. Seule l’amertume et la colère y trouvaient encore leur chemin.
Gabryel avait compris tout ça, dans ce regard noir. Il y avait aussi entrevu une des raisons de son amour pour elle : Le courage de tenir encore debout, l’espoir, et la vie, prête à tout faire valser, pour peu qu’on lui en donne le droit.
- Ça changera rien.
L’Écossais se dit à lui-même : « Ça changerait tout. Je changerai tout ». Il la regarda un long moment, comme plongé dans une intense réflexion. Il n’avait pas l’air troublé outre mesure. Il se gratta le nez, puis avança en direction de sa baguette. Très calmement, il se pencha pour la ramasser, et la glissa dans sa poche arrière de pantalon. Il resserra à son cou la cordelette de sa cape, en marchant vers l’escalier de la Tour. Lorsque l’adolescent se tourna vers Aelle, une sorte de détermination innondait son regard.
- Je t’aime, Bristyle, et ce n’est pas toi qui décide à ma place. Je t’attendrai où tu sais…
Un léger sourire mélancolique se déposa sur ses lèvres, puis il lui tourna le dos.
- Où je t’ai toujours attendu, de toute ffffaçon.
Il franchit le seuil de la volière, puis disparut. Ses pas résonnèrent quelques instants.
- Je t’attendrai !
Les dernières vibrations de cette voix, déjà lointaine, accueillirent le silence de la nuit.
Fin pour moi. Merci… Tu sais déjà.
Gabryel Fleurdelys
Sorcier diplômé
Médiateur PFR
Une minuta passa. C’est très long, soixante secondes, lorsque tout un être se débat face au vide, comme entre parenthèses.
Puis la jeune sorcière se retourna, pour se poster face à lui. Au fond de ses pupilles, le Rouge et Or y vit un univers en cendres. Le regard d’Aelle portait les blessures d’un combat à mort, d’une guerre qui s’était jouée entre sa peur et sa raison, son déni et sa conscience. Pour ce soldat en robe de bal, accepter cet amour, offert avec autant de pureté, la condamnait à traverser des tranchées infranchissables. Trop de bombes avaient creusé leurs sillons sur son âme : L’abandon, la désillusion, et la déception. De ce champ de ruines, ne restait qu’une terre brûlée, inhospitalière, d’où plus rien de fertile ne poussait. Seule l’amertume et la colère y trouvaient encore leur chemin.
Gabryel avait compris tout ça, dans ce regard noir. Il y avait aussi entrevu une des raisons de son amour pour elle : Le courage de tenir encore debout, l’espoir, et la vie, prête à tout faire valser, pour peu qu’on lui en donne le droit.
- Ça changera rien.
L’Écossais se dit à lui-même : « Ça changerait tout. Je changerai tout ». Il la regarda un long moment, comme plongé dans une intense réflexion. Il n’avait pas l’air troublé outre mesure. Il se gratta le nez, puis avança en direction de sa baguette. Très calmement, il se pencha pour la ramasser, et la glissa dans sa poche arrière de pantalon. Il resserra à son cou la cordelette de sa cape, en marchant vers l’escalier de la Tour. Lorsque l’adolescent se tourna vers Aelle, une sorte de détermination innondait son regard.
- Je t’aime, Bristyle, et ce n’est pas toi qui décide à ma place. Je t’attendrai où tu sais…
Un léger sourire mélancolique se déposa sur ses lèvres, puis il lui tourna le dos.
- Où je t’ai toujours attendu, de toute ffffaçon.
Il franchit le seuil de la volière, puis disparut. Ses pas résonnèrent quelques instants.
- Je t’attendrai !
Les dernières vibrations de cette voix, déjà lointaine, accueillirent le silence de la nuit.
Fin pour moi. Merci… Tu sais déjà.
Dernière modification par Gabryel Fleurdelys le 14 juin 2023, 01:33, modifié 1 fois.
Gabryel Fleurdelys
Sorcier diplômé
Médiateur PFR
Le bracelet
Je lui fais face avec une certaine appréhension. Sa silhouette se détache dans l’obscurité. Il a un visage qui m’est très familier mais l’expression qui le traverse depuis quelques minutes n’a rien d’habituel pour moi. Pour la première fois, il ne m’inspire que des émotions déterminées à me torturer. Le genre d’émotions qui questionnent et qui agacent. Je ne suis pas bête, j’ai très bien compris ce qu’il vient de se passer. J’ai compris ses mains sur mes joues, j’ai compris son front contre le mien. J’ai compris ses larmes contenues et ses paroles pleines d’assurance. Je comprends aussi le regard qu’il me lance après avoir récupéré sa baguette magique sur le sol comme si rien de ce que je viens de lui dire ne l’avait perturbé. Je découvre dans ce regard qui n’est jamais totalement exempt de douceur et d’innocence qu’il n’est pas plus prêt à flancher aujourd’hui qu’il ne l’a été ces dernières années. C’est un trait de caractère qui est tellement ancré en lui, et en l’image et en l’idée que je me fais de lui, que je ne m’étonne même pas de le voir aujourd’hui : il est honnête. Plus honnête que n’importe qui. Il est honnête dans ses comportements, dans ses aveux, dans ses sentiments. Qu’importe que je lui présente une opposition aussi claire et franche que celle que je viens d’avoir, qu’importe que je le repousse, que je réponde à sa douceur par la colère qui me caractérise si bien. Qu’importe ? Gabryel Fleurdelys ne se laisse pas influencer par mes paroles et mes comportements. Il garde ce regard clair et franc, cette confiance qui le fait paraître plus âgé et il me dit aussi naturellement que s’il énonçait la météo du jour :
« Je t’aime, Bristyle. »
Et comme s’il voulait confirmer la couleur de mes pensées et appuyer le fait qu’il a toujours fait ce qu’il voulait et qu’il continuera de faire ce qu’il veut, il répète :
« Ce n’est pas toi qui décide à ma place. »
Je ne peux rien faire d’autre qu’accueillir les mots qu’il m’offre et qui m’arrachent mon souffle. Alors j’acceuille, les bras ballants, le souffle court et le coeur qui bat en résonance et qui prend toute la place dans mon corps. Il me dit je t’aime comme il dit tout le reste. Comme si ça coulait de source. Comme si c’était logique. Comme si ces mots ne venaient pas de me percuter violemment. Comme si je n’allais pas passer des mois à me répéter dans le secret de mon esprit ce je t’aime qui ne veut pas dire grand chose.
Je n’ai guère conscience de mon corps, et c’est une bonne chose car je n’aurais pas aimé me sentir rougir comme je le fais. Gabryel part comme il est arrivé. Sans se douter qu’il laisse sur son passage un sillon bouleversé et perturbé. Mais il n’impose pas, Gabryel. Il se contente d’agir et de dire – le reste, c’est à moi de voir ce que je décide d’en faire.
Mon regard reste un très long moment fixé sur les escaliers qui l’ont avalé. Dans mes oreilles résonne pendant une bonne poignée de secondes les mots qu’il m’a lancé. Je t’attendrai ! Une promesse, encore.
Il se passe un bon moment avant que je n'arrive à avoir une réaction. Mon poing se serre frénétiquement et je déglutis en détournant les yeux de l’entrée de la volière. Je déteste les promesses parce que jamais personne n’est capable de les tenir. Je déteste les je t’aime car personne n’a jamais conscience de l’effet qu’ils peuvent avoir sur les autres. Je fais quelques pas dans la pièce sous le regard étonné et curieux des volatiles dont j’ai oublié l’existence. Je me poste près d’une fenêtre et baisse les yeux vers l’immensité du lac qui n’en est plus un dont la surface reflète la lune et les étoiles. Je prends alors conscience du moment complètement ahurissant que je viens de dire. Ce n’est pas tant la manifestation incroyable de magie à laquelle j’ai assisté qui me laisse cette impression d’irréalité que les mots qui résonnent encore : je t’aime, Bristyle. Je t’aime, Bristyle. Je ne me souviens pas d’un moment où il m’a appelé comme ça. Avec lui, ça a toujours été Aelle ou Arya. Je n’aime pas entendre mon nom dans sa bouche. Cela donne à ses paroles une importance trop grande.
Je t’aime, Bristyle.
Un rire nerveux me secoue. Mes doigts se crispent sur le mur aux pierres glaciales. Je secoue la tête, comme pour prouver à quiconque me regarde — les hiboux, les chouettes, Merlin ? — que je n’accorde aucune sorte d’importance aux mots qui m’ont été dits ce soir. Je le jure, je n’y crois pas !
Mais la vérité, c’est qu’entre croire et espérer, il n’y a pas de grandes différences.
Ce soir, je maudis Gabryel Fleurdelys d’avoir prononcé avec une franchise si brutale des mots que je me suis habituée toute ma vie à remettre en question.
Merci. Tu sais déjà tout le reste, n'est-ce pas ?
« Je t’aime, Bristyle. »
Et comme s’il voulait confirmer la couleur de mes pensées et appuyer le fait qu’il a toujours fait ce qu’il voulait et qu’il continuera de faire ce qu’il veut, il répète :
« Ce n’est pas toi qui décide à ma place. »
Je ne peux rien faire d’autre qu’accueillir les mots qu’il m’offre et qui m’arrachent mon souffle. Alors j’acceuille, les bras ballants, le souffle court et le coeur qui bat en résonance et qui prend toute la place dans mon corps. Il me dit je t’aime comme il dit tout le reste. Comme si ça coulait de source. Comme si c’était logique. Comme si ces mots ne venaient pas de me percuter violemment. Comme si je n’allais pas passer des mois à me répéter dans le secret de mon esprit ce je t’aime qui ne veut pas dire grand chose.
Je n’ai guère conscience de mon corps, et c’est une bonne chose car je n’aurais pas aimé me sentir rougir comme je le fais. Gabryel part comme il est arrivé. Sans se douter qu’il laisse sur son passage un sillon bouleversé et perturbé. Mais il n’impose pas, Gabryel. Il se contente d’agir et de dire – le reste, c’est à moi de voir ce que je décide d’en faire.
Mon regard reste un très long moment fixé sur les escaliers qui l’ont avalé. Dans mes oreilles résonne pendant une bonne poignée de secondes les mots qu’il m’a lancé. Je t’attendrai ! Une promesse, encore.
Il se passe un bon moment avant que je n'arrive à avoir une réaction. Mon poing se serre frénétiquement et je déglutis en détournant les yeux de l’entrée de la volière. Je déteste les promesses parce que jamais personne n’est capable de les tenir. Je déteste les je t’aime car personne n’a jamais conscience de l’effet qu’ils peuvent avoir sur les autres. Je fais quelques pas dans la pièce sous le regard étonné et curieux des volatiles dont j’ai oublié l’existence. Je me poste près d’une fenêtre et baisse les yeux vers l’immensité du lac qui n’en est plus un dont la surface reflète la lune et les étoiles. Je prends alors conscience du moment complètement ahurissant que je viens de dire. Ce n’est pas tant la manifestation incroyable de magie à laquelle j’ai assisté qui me laisse cette impression d’irréalité que les mots qui résonnent encore : je t’aime, Bristyle. Je t’aime, Bristyle. Je ne me souviens pas d’un moment où il m’a appelé comme ça. Avec lui, ça a toujours été Aelle ou Arya. Je n’aime pas entendre mon nom dans sa bouche. Cela donne à ses paroles une importance trop grande.
Je t’aime, Bristyle.
Un rire nerveux me secoue. Mes doigts se crispent sur le mur aux pierres glaciales. Je secoue la tête, comme pour prouver à quiconque me regarde — les hiboux, les chouettes, Merlin ? — que je n’accorde aucune sorte d’importance aux mots qui m’ont été dits ce soir. Je le jure, je n’y crois pas !
Mais la vérité, c’est qu’entre croire et espérer, il n’y a pas de grandes différences.
Ce soir, je maudis Gabryel Fleurdelys d’avoir prononcé avec une franchise si brutale des mots que je me suis habituée toute ma vie à remettre en question.
— Fin —
Merci. Tu sais déjà tout le reste, n'est-ce pas ?