Tes yeux glaciers SOLO
Le 16 décembre 2047,
Précédemment



Chase Markle a été réparti à Serdaigle, pensé-je en le raccompagnant jusqu’à la table de Gryffondor. En marchant jusqu’à cette table, elle me semble beaucoup trop loin. C’est probablement à cause de tous les regards sur nous ou encore parce que je sais qu’il va falloir discuter avec mon correspondant. La situation est bizarre pour moi, j’ai l’impression de le connaître quand je lis ses lettres mais en voyant son visage, son uniforme, son expression, je sais que je fais face à un inconnu. Auquel j’ai envoyé un hibou passif-agressif.

Mon visage est crispé, autant que le sien, alors que je m’assied avant lui sur le banc. Je lui laisse une place entre moi et Owen, que je lui indique avec un regard et un sourire lui aussi crispé.

Bien incapable de dire ce qui se passe dans sa tête, je sais ce qui se passe dans la mienne. Le brouhaha de la grande salle résonne dans mon crâne et je commence à m’agacer de tous ces camarades qui souhaitent la bienvenue à mon correspondant. Lui se contente de dire merci, il n’est pas enjoué, il ne fait pas la conversation, il n’essaie pas de sourire, il se contente de répondre par politesse. En tout cas, c’est ce dont j’essaie de me convaincre.

Le repas me parait long, et Owen doit bien le voir sur mon visage puisqu’il essaie de capter mon regard en me fixant bizarrement. Entre nous deux, Chase mange en silence. Il répond aux questions qu’on lui pose, sur son école, sur sa maison là-bas. Des questions banales, qu’au fond j’espère qu’il trouve banales lui aussi. Moi, je ne lui demande rien, et Owen non plus. C’est difficile d’en placer une avec toutes ses conversations.

Le repas se termine et enfin, on est libres de nos mouvements.

« Bienvenue à Poudlard, Chase Markle.
- Merci, Adaline Macbeth. »

Sont les seuls mots qu’on échange en montant les escaliers avec une foule de sorciers jusqu’à atteindre la salle commune de Gryffondor. Derrière nous, qui marchons l’un à côté de l’autre, se trouve Owen. Je jette parfois des regards vers lui - et je sais qu’il attend plus de calme pour bombarder mon correspondant de questions.

En approchant de la salle commune, je me rends compte que c’est à moi de mener la course. J’aimerais pouvoir laisser Owen le faire, mais c’est qu’un gamin après tout.

« Là c’est notre salle commune, derrière le tableau de la grosse dame. En voyant les sourcils de mon correspondant se froncer, une tête au dessus de moi, je me mets à bégayer. C’est comme ça qu’elle s’appelle, je ne suis pas… bon… c’est là que les Gryffondor passent leurs soirées. Et il y a aussi les dortoirs, tu vas dormir avec les garçons, bien sûr.
- Je te montrerai ! ajoute Owen, toujours derrière nous. »

Chase se contente de hocher la tête, alors je m’approche du tableau et je donne le mot de passe à la grosse dame.

S’en suis une soirée qui me semble très longue. On est assis dans un coin de la salle commune, je crois que les autres ont trouvé une meilleure candidate avec la correspondant d’Ennis. Chase n’a pas l’air curieux, il regarde ses mains ou mon cousin. Mais je suis étonnée de constater qu’ils discutent. Dans le sens où ce n’est pas qu’Owen qui pose des questions débiles, c’est Chase qui lui répond. Je réprime un sourire en entendant mon correspondant demander à Owen dans quoi est-ce qu’il excelle. Lorsque ce dernier répond le Quidditch, la moue que je vois sur le visage du blond m’empêche de retenir ce sourire - moi aussi je déteste ça.

Au bout d’un long moment, j’aurais dit plusieurs heures tant c’était épuisant de rester là et d’écouter une conversation dans laquelle je ne suis pas inclue, je me lève.

« Je vais me coucher. À demain. »

J’ouvre encore la bouche pour ajouter n’embête pas trop mon correspondant, Owen, mais ils s’empressent tous les deux de me dire bonne nuit puis de détourner le regard.

En faisant volte-face, je sens mon estomac se tordre. Alors c’est ça, être jalouse ?

Animagus renard polaire
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Le mardi 17 décembre 2047,


J’ai avalé mon petit-déjeuner avec la boule au ventre. Avoir un garçon collé à mes baskets chamboule tout mon quotidien, pas de promenades solitaires dans le château, pas d’entraînements secrets dans un couloir isolé ou une salle d’étude vide. Mais je crois que si je pense ça, c’est pour éviter de réaliser que ce n’est pas ça qui me mets la boule au ventre. C’est plutôt le fait qu’il ne m’adresse pas un mot mais qu’il discute avec mon cousin, jeune et imbécile mais tellement plus sympa que moi. C’est aussi parce que les mots me viennent en tête, alors qu’on déjeune côte à côte, mais qu’ils refusent catégoriquement de sortir de ma bouche.

Au moins, avec la visite de l’école, j’aurais pas besoin de lui parler - ou je pourrais lui dire des banalités.

D’ailleurs c’est le moment de se lever. Dans la grande salle, tous les correspondants se rassemblent alors on se lève et on les imite. La différence de taille entre Chase Markle et moi me frappe à nouveau. Il est si grand et je suis si petite, ça m’évite de devoir le regarder en face.

La visite du château commence par le premier étage puis on escalade les autres étages en passant par des points stratégiques. La salle commune de Poufsouffle, les escaliers qui n’en font qu’à leur tête, la salle commune de Gryffondor, et on grimpe encore jusqu’à la salle commune de Serdaigle pour finalement arriver dans la volière. On est à l’étroit, les correspondants sont invités à entrer pour découvrir l’endroit. En constant que Chase est en retrait je lève les yeux vers lui.

« On a aussi une volière à Ilvermorny. »

Me dit-il alors que je hoche déjà la tête.

Ça me va, moi, de rester en retrait. Alors qu’il détourne le regard, je ne peux m’empêcher de constater que son visage est fermé. Est-ce qu’il s’ennuie ? Est-ce que Poudlard n’est pas à la hauteur de ce qu’il attendait ?

Pas le temps de me poser plus de questions, la visite reprend. Cette fois on redescend, on suit le groupe en faisant bien attention à ne pas se regarder. Je crois que sa mine froide et ses yeux glaciers me font peur. On visite la bibliothèque et je me sens enfin chez moi, mon visage se met à sourire automatiquement, sourire qui fane dès qu’on quitte la grande pièce.

Puis on descend encore dans les cachots, pour aller jusque devant la salle commune de Serpentard. Chase s’arrête alors que la visite continue. Je marque une pause et ose un regard vers lui. Son visage n’est plus seulement fermé, il exprime autre chose. Le silence commence à s’installer confortablement et le groupe s’éloigne.

« Mes parents sont des non-maj.
- D’accord.
- J’ai entendu dire qu’on ne les aime pas ici, en Grande-Bretagne.
- Le gouvernement les discrimine, certains sorciers ont des idées arriérées. Mais à Poudlard, la direction n’est pas comme ça.
- Pourtant, cette maison là, a l’air de penser que les sang-pur sont supérieurs. »

Je ne dis rien. Il a raison, alors je ne dis rien. Il continue de mon fixer et je sens ma gorge se serrer, et le groupe s’éloigne encore.

« T’as le sang pur, c’est ça ?
- Oui. »

Sans me répondre, Chase Markle hoche la tête depuis ses vingt centimètres de plus que moi. Il ne dit rien de plus, et je n’ai aucune envie d’en dire plus moi non plus. Je souffle et me remets à marcher avec la mâchoire serrée. Ces discussions là m’embêtent, me confronter à un né-moldu me dérange, réaliser que mon statut de sang fait de moi un problème me gêne et ce qui me gêne encore plus c’est le fair que je n’ai rien demandé. Si j’avais eu le choix, jamais je ne me serais inscrite sur ce foutu registre.

J’entends ses pas qui me suivent dans le cachot froid. On retrouve le groupe dans les escaliers qui remontent puis la visite continue dans la cour carrée. On ne reparlera plus jamais de ça.

Animagus renard polaire
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Le jeudi 19 décembre 2047,
En fin d’après-midi



Le vent froid caresse mon visage, alors que l’on dévale le parc jusqu’en cours de soin aux créatures magiques. J’ai serré mon écharpe autour de mon cou alors que Chase n’en a même pas mis. Il a dit qu’il faisait bien plus froid que ça au Canada. Mais ce n’est pas pour ça que je souris, et que lui aussi : c’est parce que je repense à notre discussion endiablée sur la métamorphose.

Ce matin, après le cours de métamorphose, on a pu discuter des différentes méthodes. Il était étonné que nous n’ayons qu’une seule matière pour tous les types de métamorphose.

« Je veux dire, c’est quand même fou de n’avoir qu’une seule matière pour les métamorphoses élémentaires, animales, humaines, inertes !
- Vous en avez combien à Ilvermorny ?
- On a trois matières différentes pour la métamorphose. Les métamorphoses humaines, animales et inanimées… »

Cette discussion a animé notre déjeuner, si bien qu’aucun autre sorcier n’a essayé de nous couper. Assis l’un à côté de l’autre, on se parlait sans même se regarder, en regardant les gestes de l’autre ou encore la table sur laquelle on dessinait parfois des gestuelles. Lui n’aime pas beaucoup la magie élémentaire, même s’il considère qu’elle est essentielle, il préfère se perfectionner dans les métamorphoses humaines et animales. J’hausse un sourcil quand il me dit qu’il est jaloux des métamorphomages mais je ne peux qu’acquiescer, moi aussi je trouve ça injuste. On ne parle pas de la formation Animagus, pas encore, parce que le dîner touche à sa fin et que ce sujet, pour tous les deux, est bien trop important pour l’évoquer comme ça entre deux bouchées.

Alors, quand on arrive dans la zone de cours, sous le vent et dans le froid, je jette un coup d’œil là-haut. Le voir sourire comme ça me pousse à en faire autant.

« Je crois que le cours va te plaire. »

Lui dis-je avec un coup de coude. Instantanément, la chaleur me monte aux joues. Je crois que l’on s’est pas assez rapprochés pour que j’ose le toucher comme ça, mais je n’ai pas pu retenir mon bras. Je baisse la tête en voyant son regard interrogateur.

Quand le professeur nous guide jusqu’à la clairière, et que je sais déjà ce qui se trame alors que mon correspondant l’ignore, je trépigne d’impatience. En arrivant dans le sous-bois, on tombe nez-à-nez avec la famille d’Abraxans que le professeur avait promis de nous présenter la semaine dernière. Je me souviens avoir souri comme une débile en sachant que Chase Markle adorerait ça.

En le sentant s’arrêter à côté de moi, je dissimule mon sourire dans mon écharpe avant de me tourner vers lui.

« Tu m’as dit que tes parents ont un haras, je pense que tu aimeras les Abraxans.
- Les chevaux magiques me fascinent.
- Je te donnerais tout mes cours sur les chevaux magiques. On les a tous étudiés ces deux derniers mois.
- C’est pour ça que j’ai choisi Poudlard. »

Dit-il plus bas.

Je lui souris, hoche la tête, avant que l’on s’approche pour écouter le professeur. Plus tard, je lui dirais à quel point j’aime ce professeur et je lui parlerai du professeur que j’avais avant, qui voulait qu’on l’appelle Samy. Je lui dirais aussi à quel point le professeur Dawson m’a aidé pour la formation Animagus lorsqu’on aura l’occasion d’en parler.

***

Après le dîner, on se retrouve dans la salle commune de Gryffondor. Chase Markle, sa tête de plus que moi, ses cheveux blonds et ses yeux d’un bleu glacier sont penchés sur les notes que j’ai prises. J’ai ressorti toutes les notes qui concernent les chevaux magiques. Des Abraxans, des Ethonans aux pelages plus sombres et des Gronians aux pelages bien plus clairs. Toutes les informations sont là, et j’ai le sentiment que Chase se retient de prendre une plume et de recopier tous ses documents - je le vois à sa main tremblante.

« Tu sais, tu m’as dis que tu aimerais être chercheuse ou enseignante en métamorphose. Je hoche la tête. Je crois que j’aimerais reprendre le haras de mes parents, pour élever tous ses chevaux ailés et… des Sombrals. »

J’ai un grand sourire sur le visage. En croisant son regard et constant que son visage est illuminé du même sourire, celui de la passion, je ne peux retenir le rouge qui me monte aux joues.

Animagus renard polaire
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Le 21 décembre,
Après le bal,
Précédemment



Le repas est long. Il me fait assez penser au premier repas que l’on a échangé à Poudlard, à la différence près que le décor n’est plus du tout le même. La salle de bal est ridicule comme ça, toute pimpante, avec ses tables rondes décorées pour l’occasion. Je mange le repas sans dire un mot, ravie de ne pas être la correspondante étrangère (même si j’ai hérité du costume traditionnel malgré tout) car Chase Markle doit répondre à des questions qu’on lui pose ça et là. Est-ce qu’Ilvermorny est différent de Poudlard ? Oui un peu, mais pas fondamentalement. Est-ce qu’il fait froid chez toi ? Ça dépend des saisons. C’est la tenue traditionnelle d’Ilvermorny ? Non c’est celle du Canada.

Le repas se termine enfin sans que, Merlin merci, je n’ai eu à piper mot. Quand les sorciers assis autour de notre table commencent à se lever, nos regards se croisent. On s’en va, dit le mien. D’accord, dis le sien.

Alors dans ma robe embêtante, mais pas si gênante, je me lève pour traîner mes sabots hors de la salle de bal.

« Je préfère la compagnie des animaux.
- Et moi des livres. »

C’est ce qu’on se dit d’un air entendu en marchant maladroitement, dans nos sabots qui claquent sur le sol de pierre alors qu’on sort tout juste de la salle de bal. Je ne regarde même pas son visage, je me contente de marcher tout droit et le plus loin possible de cette fichue salle de bal.

Je prends la direction des escaliers avec pour seule idée en tête d’aller me coucher et de quitter ses vêtements, ce garçon si désagréable et terminer cette soirée pour passer à la journée suivante. C’est dans l’escalier, en montant deux par deux les marches pour ne pas me faire distancer par un Chase Markle silencieux, que je réalise que mon cœur est serré. Mais ce n’est pas à cause de lui, c’est à cause de nous. Quand on parle de magie, on s’entend bien, on arrive à discuter sans se regarder de travers ou sans être gênés. Mais cette journée et celle d’avant, elles m’ont montré à quel point nous pouvions être désagréable l’un envers l’autre. On se prend de haut, on s’envoie des pics ou ne se parle juste pas. Et pourtant, mon cœur est serré, parce que je l’ai cherché dans la foule, j’avais envie de le rejoindre après la danse et j’étais fière de le présenter à Aelle Bristyle.

Alors j’ai qu’une envie, c’est d’aller me coucher pour que cette sensation passe.

Le tableau de la grosse dame se profile devant nous, en haut de l’escalier que l’on est en train d’escalader dans un silence presque religieux.

Toujours sans oser un regard vers mon correspondant démesurément grand par rapport à moi qui suis effroyablement petite, je me rend compte que chaque marche grimpée jusqu’au portrait comprime un peu plus ma poitrine et tous les organes à l’intérieur.

Dis quelque chose, pensé-je si fort, parce que je suis bien incapable d’ouvrir la bouche. Nos derniers mots sont clairs, on ne veut pas de la présence de l’un et de l’autre. Et pourtant, j’espère qu’il va me dire quelque chose avant que l’on franchisse le tableau, j’espère qu’il va me prendre le bras et me faire courir à travers les couloirs jusqu’à je ne sais où, j’espère qu’il va retirer ses sabots et se mettre à les métamorphoser comme ils le font à Ilvermorny.

Rien de tout ça n’aura lieu, et je le sais maintenant. Avant de donner le mot de passe à la grosse dame, je regarde Chase Markle. Ses yeux glaciers ne daignent pas se poser sur moi. Son visage est de pierre. Ses poings sont serrés. Il ne m’apprécie pas, et ça me serre le cœur.

« Charmes et passions.
- Vous rentrrrrez déjà du bal les amourrrreux ? »

Demande la grosse dame avec sa voix cérémoniale. En voyant nos mines renfrognées, elle pose sa main sur sa bouche en ricanant. Puis elle nous laisse enfin passer, les joues en feu.

On se quittera sans se dire un mot, sans même un bonne nuit.

Animagus renard polaire
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Le 22 décembre,
Après le petit-déjeuner



« Qu'est-ce qu'on fait aujourd'hui ?
- Aujourd'hui, je voudrais te montrer quelque chose. »

Répondis-je sans jeter un œil vers le garçon.

Je n'ai pas oublié qu'hier, nous nous marchions sur les pieds en dansant, nous nous insultions au moindre pas de travers, nous sommes rentrés sans nous dire un mot. Je n'ai pas oublié tout ça, mais c'est beaucoup plus facile de faire mine d'avoir oublié. C'est exactement ce que fait Chase Markle, en me demandant si j'ai bien dormi, en me servant du jus de betterave parce qu'il n'aime pas le jus de citrouille non plus, en marchant à mes côtés avec un sourire relatif.

J'ai beau être passablement énervée contre lui et tout aussi agacée par sa présence, j'ai envie de lui montrer ce quelque chose et, au fur et à mesure que nous montons dans les étages du château, l'excitation remplace la rancœur.

En arrivant au cinquième étage, je m'arrête brusquement. Il se cogne contre moi et je sens le rouge me monter au joue, je l'entends ruminer et se retenir de me lancer un pic, probablement se mordre la lèvre pour se retenir de l'ouvrir. Je n'excuse pas, même si j'en ai envie, et je prends à gauche dans le couloir. Enfin, le mur que je cherche se dresse devant nous. Aussi brusquement, je m'arrête à nouveau : et Chase Markle m'évite pour se placer à côté de moi.

« Un mur ? Et qu'est-ce qu'il a de si spécial ce mur ?
- La ferme, et regarde. »

Répondis-je sur le même ton.

Je souffle, parce que Chase Markle n'a pas réussi à retenir son petit ton condescendant, n'a pas pu s'empêcher de me lancer un pic et que je n'ai pas pu retenir de la lui renvoyer. Alors je souffle, haut et fort, pour lui montrer à quel point il m'agace.

Mais il la ferme, et j'avance jusque devant le mur. Mes yeux courent sur le mur nus alors que mon cerveau visualise la salle d'entraînement dans laquelle on se rend avec notre petite société secrète - ah, si Chase Markle savait ça, il ne manquerait pas de se moquer de moi à chaque instant qui passe. La pièce bien en tête, je fais trois passages devant le mur, et puis je regarde la porte apparaître.

« C'est quoi... ce bordel...
- La salle sur demande. »

Répondis-je, en ouvrant la porte qui vient tout juste d'apparaître.

Chase Markle avance, d'un pas hésitant, comme s'il avait peur de tomber dans un piège. Il ne me regarde pas le moins du monde, ses yeux observant chaque recoin du mur, puis de la porte puis de la salle d'entraînement dans laquelle il entre. Je crois que ça lui a vraiment coupé le sifflet, cette fois.

« C'est une salle d'entraînement ? Tout le monde sait qu'elle existe ? Comment ça se fait que l'on puisse y entrer ? Il demande, après quelques minutes à observer silencieusement la pièce.
- Viens. »

Lui dis-je simplement, en passant devant lui pour ressortir.

Lorsque la porte se referme derrière nous, et qu'on se retrouve à nouveau dans le couloir, la porte s'efface progressivement. Markle ne dit rien, mais je ne peux m'empêcher de guetter sa réaction, et il me paraît aussi surpris qu'effaré. C'est vrai que ça paraît fou, mais ce n'est pas ça le plus fou.

Je fais signe à Chase de ne pas bouger, avec un doigt autoritaire qui lui fait froncer les sourcils, puis me retourne vers le mur à nouveau nu. Je visualise une autre pièce, tout en passant, repassant et passant encore devant le mur. La porte réapparaît, la même porte avec les même gond, mais en l'ouvrant c'est un spectacle différent qui apparaît.

Je pousse la porte avec mes deux mains et j'entends le froissement de l'uniforme de Chase derrière moi, je peux entendre son souffle au dessus de ma tête et le sentir dans mes cheveux.

Merde, pensé-je en découvrant la pièce qui s'est matérialisée. Ma chambre, c'est ma chambre au hameau qui est apparue. J'ai pensé à la cuisine d'abord, mais je crois que mes pensées se sont promenées dans toute la maison et que c'est finalement ma chambre qui est apparue. C'est n'importe quoi, de montrer sa chambre à un garçon que je connais à peine et de devoir faire mine de rien. Il n'y a pas un détail qui manque, ma chambre est ordonnée, mes draps sont faits, mon bureau est rangé, mes murs pastels sont nus. Je me rends compte que mes lèvres sont pincées quand Chase Markle se remet à parler.

« C'est toi qui décide ce qui apparaît dans la pièce, c'est ça ? Jolie chambre, d'ailleurs... »

Et je crois me liquéfier. Pourtant, je l'entends faire demi-tour et me sommer de sortir pour qu'il puisse essayer lui aussi.

Alors je me retourne, en fixant mes pieds, le visage rouge, transpirant la gêne. Je referme la porte derrière moi, les mains moites et ne me remet à respirer seulement quand la porte a totalement disparu.

Je suis bien plus à l'aise, quelques mètres derrière lui, à le regarder passer devant la salle sur demande pour faire apparaître sa première porte. Malgré le malaise que je ressens, malgré la chaleur qui m'étouffe, malgré la rougeur de mes joues, son enthousiasme en voyant la porte se dessiner me fait sourire. Il me fait silencieusement signe d'approcher et pousse la porte.

Mon cœur manque un battement en découvrant une chambre.

Sa chambre ressemble beaucoup à la mienne. Elle est rangée, elle est claire, elle est droite comme lui, elle respire. Il n'y a que sur son étagère que l'on retrouve des figurines, des chevaux de toutes les races et de toutes les couleurs. Sans dire un mot, je regarde la pièce et puis je le regarde lui. Je me retourne et je lui fait face, lui qui fait une tête de plus que moi, je me tords le cou pour le regarder droit dans les yeux. J'ai envie de lui dire merci, mais les mots ne sortent pas. Ses lèvres se tordent en un sourire, un sourire que je ne sais pas décrypter, mais un sourire qui me suffit.

Puis il me chasse de la pièce en me menaçant de me transformer en serpent cornu, et nous passerons la matinée à inventer de nouvelles pièces.
Dernière modification par Adaline Macbeth le 2 janv. 2024, 20:15, modifié 1 fois.

Animagus renard polaire
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Le 24 décembre,
Dans le parc



Je ne suis pas une grande fan des fêtes de fin d'année, et visiblement Chase Markle non plus.

Même si je n'avais pas imaginé une seconde qu'il puisse aimer les fanfaronnades autour de Noël, je suis quand même soulagée qu'il n'aime pas beaucoup ça. On s'est regardé avec dégoût en découvrant le menu de la veillée de ce soir, et on critique gaiement les décorations de Noël que l'on a croisées un peu partout, à Pré-au-Lard, au Chemin de Traverse et surtout à Poudlard. Pour autant, il a aimé découvrir tous ces endroits qui font plus ou moins mon quotidien.

On se balade dans le parc, alors qu'une fine neige tombe du ciel, blanchissant un peu le parterre sinon verdoyant.

Le nez dans mon écharpe, je marche sans le regarder. Parce que le regarder, c'est trop difficile pour moi. Aussi bien à cause de sa taille que parce que mes joues deviennent tout de suite rouge. Comme son regard me transperce, je ne peux garder toute ma contenance lorsque je suis sous les feux de son regard. Alors j'évite de le regarder, et ça me convient très bien.

« Parle moi de la formation Animagus. »

Dit-il pour briser le silence, alors que nous marchons jusqu'à l'arbre géant.

Je souris, bien contre ma volonté, mais je suis contente de pouvoir parler de ma formation. C'est vrai que c'est un sujet fort intéressant, pour lui comme pour moi, que nous n'avons pas encore abordé. On a parlé métamorphose, bien sûr ! Mais c'est comme si on attendait tous les deux le bon moment pour parler du sujet qui nous anime. Et c'est maintenant.

« D'accord. »

Répondis-je avant de prendre une grande inspiration.

Puis je lui raconte la première année de formation. Je lui parle de Galopin, le lapin dont je me suis occupé pendant plusieurs mois, et je n'omets aucun détail dans notre relation. De la découverte d'un animal en piteux état à la remise en forme, comment j'ai gagné sa confiance et fait évoluer notre relation. Puis comment je l'ai quitté, avec de la peine dans la voix. Je lui raconte aussi mes recherches, avec un brin plus de passion dans la voix, et les métamorphoses que j'ai étudié. En lui parlant du goéland, je ne peux pas m'empêcher de rire. Je repense à l'état dans lequel j'étais, devant Aelle Bristyle, et sans pouvoir empêcher ma bouche de parler, je lui raconte aussi ce moment là.

Chase Markle se montre attentif, curieux et il me demande très vite comment va se passer la deuxième année. Je lui parle de mes recherches sur les animaux sauvages, et de mes entraînements déjà intensifs sur le sortilège Dindedandine, ce qui le fait ricaner.

Viens le moment de lui parler du sport et de la méditation.

Il acquiesce et me confie que lui aussi, connaît bien ça.

« C'est à ton tour, de me parler de ta formation.
- Non, pas maintenant.
- Pourquoi ?
- Quand tu viendras à Ilvermorny, je te montrerai. »

Dit-il en braquant brusquement son regard sur moi. Sans me douter un instant qu'il puisse reposer les yeux sur moi, je le regardais sans vergogne. Me voilà rougissante, à nouveau, alors qu'une moue déforme mon visage.

« Ce sera bien mieux. »

Ajoute-il, en achevant de me convaincre.

Je n'insiste plus, et je détourne le regard et la conversation sur l'arbre géant. En pointant le sommet du doigt, je lui explique qu'un Paon Noir a élu domicile ici.

La discussion se fait plus légère, moins passionnante mais parfaitement apaisée. Et dans ce climat, avec l'impression d'être seuls au monde, je me surprends à penser à la relation que j'ai avec mon correspondant. Je ne saurai dire si elle se passe bien, je ne saurai dire ce qu'il répondrait si on lui demandait s'il m'apprécie, je ne saurai quoi répondre si on me le demandait. Mais je crois que mon cœur sait qu'il s'emballe lorsqu'il me regarde, lorsqu'il discute avec quelqu'un d'autre que moi, quand il parle de ce qu'il aime avec passion. Mais je ne peux pas penser ça, alors qu'il me déteste sûrement. Il n'y a qu'à voir la façon dont il me parle dès qu'il en a l'occasion.

Je chasse ses pensées et me concentre sur le présent, ce moment de gaieté légère que nous partageons malgré tout.

Animagus renard polaire
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Tes yeux glaciers SOLO
Le 25 décembre,
Dans la grande salle,



Tout le monde est joyeux, mais je ne le suis pas vraiment. La tête appuyée contre mon poing, j'écoute la conversation de Chase et autre élève de ma maison avec un air distrait. En fait, la seule chose qui m'obsède, ce matin, c'est de savoir si mon cadeau va plaire à mon correspondant. Du regard, je scrute la pièce, me retournant de temps en temps en entendant une voix familière.

Je jette des regards vers Aliosus Nerrah et sa correspondante aux longs cheveux blonds clairs. Je jette aussi des regards vers Chems Daley et son correspondant, avec qui il a l'air de bien rigolé. En voyant mon ami rire aussi fort avec quelqu'un d'autre, j'ai toujours un petit pincement au cœur. Un jour, je me rendrais compte que je suis trop jalouse, mais ce n'est pas pour tout de suite.

Après plus d'une semaine passée avec Chase Markle, j'ai appris à ne pas tenir rigueur des pics qu'il m'envoie ou du ton qu'il emploie pour me répondre, j'ai aussi appris à voir les expressions de son visage qui signifie ne me parle pas ou ça m'intéresse.

C'est en scrutant son visage que, lorsque la grande salle s'est un peu vidée, je lui ai tendu un paquet.

J'ai entendu mon cœur accélérer alors qu'il attrape le paquet avec un drôle d'air. Il me semble qu'il n'aime pas trop ça, et quelque part, je le comprends. Il y a l'appréhension de ne pas aimer le cadeau, la peur que le cadeau soit trop extravagant, le fait de devoir l'ouvrir devant tout le monde. Mais je crois que ça me plaît, de le lui donner en public, juste parce que ça le met dans l'embarras. Avant d'ouvrir son paquet, il en sort un de son sac et me le tend avec ce même visage fermé qu'il m'a offert tout le séjour (ou presque). Quand il me regarde comme ça, en me transperçant avec son regard glacier, j'oublie les sourires complices que l'on a pu s'adresser, les regards tendres ou inquiets que j'ai surpris et ce moment particulièrement intime que nous avons partagé autour de la salle sur demande. Je me persuade que tout ça ne veut rien dire pour lui, alors je lui offre le même genre de visage agacé.

Pendant plusieurs instants, alors que le brouhaha environnant s'apaise peu à peu, nous nous jaugeons du regard sans oser ouvrir nos paquets respectifs.

Avec un signe de tête, je l'incite à ouvrir le sien en premier. Le silence doit lui être pesant, parce qu'il ne met pas longtemps à céder.

Alors qu'il déballe le paquet, je sens mon estomac se serrer. Et si ça ne lui plaît pas ?

Il ouvre le carton et découvre la figurine. C'est un Sombral. La figurine n'est pas très grande, elle mesure une vingtaine de centimètres de haut. L'animal remue, ses grandes ailes noires s'agitent faiblement, ses pattes avant battent le sol à intervalle régulier et sa tête remue. Pendant plusieurs instants, mon regard est happé par la figurine, très réaliste, sans imaginer tout ce qu’elle représente pour lui.

« Merci, Adaline Macbeth, merci beaucoup. »

Ces mots, j’y penserai longtemps après qu’il les ait prononcés.

Sur le moment, ces mots m’arrachent un sourire. Je ne peux que relâcher toute la pression qui me serrant les boyaux : mon cadeau lui plaît.

Bientôt, c’est à moi d’ouvrir le mien. Je me demande très sincèrement ce qu’il a bien pu m’offrir, moi qui ne saurait même pas quoi m’offrir pour moi-même. Pourtant, je n’ai pas la même appréhension, comme si ce cadeau ne pouvait pas me décevoir - probablement parce que je ne pensais même pas recevoir un cadeau !

Lentement, je déballe le paquet. C’est un tout petit paquet, carré, léger, avec beaucoup trop de papier tout autour. Je le déchire aussi consciencieusement que possible, pour sortir la boîte en carton. Intriguée, je fronce les sourcils en ouvrant la boîte et en découvrant son contenu.

Entre mes doigts, je touche le bracelet que contenait la boîte.

Le bracelet est fin, il me semble que c’est un cuir noir qui relie chacune des extrémités d’une pièce en argent sur laquelle est gravée un oiseau. Il me semble que c’est un corbeau. Je souris, un peu bêtement, en détaillant le bracelet de part en part, touchant la médaille, avant d’essayer de le refermer autour de mon poignet.

« Donne ça. »

Ordonne-t-il en montrant mon poignet d’un signe de tête. Les lèvres pincées, je tend mon poignet. Je regarde Chase Markle accrocher le bijou qu’il vient de m’offrir autour de mon poignet.

« C’est un bracelet traditionnel, que l’on offre dès qu’un enfant a fait la rencontre de son animal totem. Il tire sur sa manche et me tend son poignet. Il porte un bracelet similaire, sur lequel est gravé un faucon. Je crois que ton animal totem, ce serait le corbeau. »

En entendant ses mots, je prends conscience de la chaleur de mon visage, de la moiteur de mes mains et de la gêne dans mon ventre. Ce moment, il est aussi perturbant qu’inconfortable. Pourtant, je vais rêver de ce moment à tord et à travers pendant plusieurs mois.

Cela signifie qu’il a préparé ce cadeau avant de me rencontrer. Et c’est ce qui me fait sourire le plus fort.

« Merci, Chase Markle, merci beaucoup. »

Animagus renard polaire
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