Résidence Campbell
Résidence Campbell
Recueil de one-shot
Dernière modification par Lavinia W. Campbell le 22 avr. 2026, 18:29, modifié 3 fois.
Résidence Campbell
TW : Premières règles et pertes blanches.
Draps de soie et gouttes carmines
28 décembre 2048
Je me suis perdue. On dirait un marais, mais loin de ceux que m'avait conté la voix d'Ezra. Non, bien au contraire, il s’agit d’un marais boueux, nauséabond, infesté d’insectes, de menaces sourdes et cachées. Je ne suis pas seule. Je vois loin devant moi le dos de mes parents qui disparaissent doucement en s'enfonçant dans la brume. "Père, Mère, attendez-moi !". Ma voix résonne comme dans une chambre vide, mais ne les atteint pas. J'avance un pied, puis de l'autre, mais chacun de mes pas semblent embourbés dans la vase. Je m'enfonce un peu plus dans ces marais mouvants. L'eau croupit monte, monte, elle atteint ma poitrine. Je me débats, j'essaie de m'accrocher à quelques choses autour de moi, mais les branches et les racines s'éloignent en serpentant. Ma main se pose enfin contre quelques choses de solide, de froid. C'est un crâne. Je pousse un cri, je hurle, alors que le squelette s'anime et jaillit de la vase. Le visage d'Hector. Je pleure, je l'appelle à l'aide, alors que l'eau atteint à présent ma gorge. Hector lève la main et ses doigts squelettiques et glacés enserrent mon visage. Derrière lui, le visage flottant d'une femme qui lui susurre quelques choses à l'oreille. Lentement, il enfonce mon visage dans la vase jusqu'à ce que les eaux opaques recouvrent ma vision et que je ne puisse plus respirer. Je suis en train de me noyer.
***
Lavinia bondit de son lit, dans un cri silencieux, alors que l'air refusait de s'engouffrer de sa poitrine serrée. Elle avait les yeux écarquillés, dégoulinant de larmes, et ce ne fût qu'après quelques secondes qu'elle comprit qu'elle n'était plus dans le marais. C'était un cauchemar. Un simple cauchemar, mais dont le simple souvenir, qui pourtant commençait déjà à s'estomper, la faisait frissonner d'horreur. Elle tremblait, elle avait la nausée, elle avait chaud, et tout son corps semblait lui faire mal. Elle avait des courbatures, des douleurs dans le dos et sur le ventre, comme si ses efforts pour s’échapper de la vase marécageuse avaient été réels.
Reprenant doucement ses esprits, Lavinia commença à chasser les brumes de rêves qui étaient encore attachées à son esprit et lui faisait douter d'en être sortie. Elle s'était réveillée. Est-ce qu'elle avait criée ? En se réveillant, ou dans son sommeil ? S'essuyant les yeux, elle remonta ses jambes contre sa poitrine, et attendit. Si elle avait fait du bruit, Mara viendrait voir ce qui n'allait pas, ou ses parents pour lui intimer l’ordre de se taire. Elle attendit quelques minutes dans le silence pesant de sa chambre, uniquement brisé par les légers cliquetis de l'aiguille de l'horloge annonçant une nouvelle minute. Personne n'était venue.
Lavinia était tout à fait réveillée à présent. Pourtant, elle avait toujours une désagréable impression d'être restée bloquée dans le marais de son cauchemar. Son lit était humide et... Oui, sa culotte aussi. Lavinia avait la sensation gếnante d'être devenue une cruche fendue, dont un léger filet de liquide s'évadait... Son cœur se serra d'horreur. Ce rêve l'avait-il assez impressionné pour qu'elle ait souillée ses draps comme un bébé ? Ce n'était pourtant plus de son âge ! C'était ridicule ! Resserrant les muscles de son entrejambes comme pour arrêter une envie pressante, Lavinia se leva précipitamment et se glissa le plus silencieusement possible dans le couloir. La résidence était plongée dans le noir, elle tâtonna avant d'atteindre enfin la porte du cabinet d'aisance le plus proche.
Alors qu'elle s'apprêtait à déclencher la chasse magique, elle fût attirée par une odeur inhabituelle et une teinte étrange qui restait accrochée dans le tourbillon d'eau disparaissant brievement de sa vue. La petite baissa les yeux, observant sa culotte, et poussa un cri étouffée. Ce n'était pas de l'urine, c'était une mélasse informe, de la glu blanchâtre, visqueuse et translucide, teinté de rosées. De petites traînées marrons s'était invitée dans ses dessous mouillés. Ce n'était pas normal, qu'est-ce qui lui arrivait ? Pourquoi cette morve infâme s'écoulait de son corps ? Pourquoi, alors qu'elle s'essuyait précipitamment, le papier d'aisance s’empourprait de plus en plus de rouge flamboyant ? Elle saignait ? Elle était malade ? Blessée ? Pourquoi cela ne semblait pas vouloir s'arrêter ?
Soudain, une nouvelle question s'invita dans son esprit, et elle fût prise de panique. Est-ce qu'elle avait autant souillée sa culotte que ses draps ? Si ses parents l'apprenaient, ils seraient furieux ! Serrant ses cuisses le plus possibles, Lavinia fit marche arrière en direction de sa chambre, tremblante. Elle tatonna et saisit sa baguette, avant de souffler un "Lumos" angoissée. Sous la lumière douce du sortilège, Lavinia pût voir la catastrophe. Une consyellation de tâches brunes s’étallait dans les draps de soie si couteux, qui demandait tant de soin et d’entretien. Lavinia sentit ses jambes la lâcher, et elle tomba au sol, avant de se recroqueviller, tâchant d'arrêter les tremblements de panique qui traversaient son corps.
- Mara, chuchota-t-elle d'une voix aiguë, se retenant de crier. Mara ! appela-t-elle d'une voix plus forte, presque suppliante.
Le bruit reconnaissable d'un transplanage raisonna à ses oreilles.
- Mademoiselle ? Vous avez appelé Mara ?
L’elfe de maison apparût aussitôt, l’aire surprise, se tordant les mains d’inquiétude. Alors que Lavinia lui racontait ce qui lui arrivait, qu’elle avait sali les draps, qu’elle saignait, qu’elle ne s’avait pas pourquoi, le gêne s’accentua sur les traits de la créature qui regardait autour d’elle, comme pour chercher de l’aide à son tour.
- Ce n’est rien, mademoiselle. Tenez, pour les draps, Mara s’en occupe tout de suite. Ne pleurez pas…
Totalement démunie et ne sachant trop comment réagir, l’elfe de maison commença par ce qui était dans ses habitudes, en son pouvoir et surtout, son devoir. Elle commença à faire voler les draps, dans un coin et chercha de une nouvelle literie dans le placard, tout en essayant de répondre maladroitement à la détresse de sa jeune maîtresse et à ses questions paniquée.
- Non, mademoiselle, vous n’allez pas mourir. C’est juste… Ce sont justes vos menstrues… Vous devenez une femme… Oui, Mara sait que vous n’avez que douze ans, mais… Oui, bientôt treize… Et bien... Cela veut dire que votre corps est en train de changer, de créer un petit berceau pour un futur bébé… Mais non, mademoiselle, vous n’allez pas avoir d’enfants tout de suite, il faut… Justement, si vous saignez, c’est qu’il n’y a pas de bébés, le berceau est cassé… S’il vous plait, mademoiselle, ne soyez pas en colère contre Mara, Mara est désolée, Mara n’a jamais voulu vous infantilisez, Mara a du mal à trouver les mots, Mara n’est qu’une elfe de maison…
Les nouveaux draps installés, Mara se retrouvait seule avec une Lavinia morte d’inquiétude, qui oscillaient entre les larmes et les coups de colères, tout en cherchant à ne pas élever la voix pour ne pas réveiller ses parents. Soudain, les oreilles de Mara se redressèrent et elle blêmit à son tour.
- J’entends votre mère, mademoiselle. Je reviens tout de suite.
Sans laisser le temps à Lavinia de protester, Mara transplana à quelques mètres dans le couloir. Lavinia ressera ses jambes contre sa poitrine avec plus de force, les lèvres tremblantes mais qu’elle gardait obstinément fermées, silencieuse, faisant taire les sanglots qui débordaient de sa poitrine. Elle entendait les murmures pleins de déférences de l’elfe de maison, auxquels répondait une voix ferme et cristalline. Devant les explications prononcées à toute allure par Mara, Madame de Turenne ne donnait que des répondes courtes et posées. Lavinia était trop loin pour entendre distinctement ce qu’elles se disaient. Le silence se fit. Alors qu’elle entendait des bruits de pas se rapprocher de sa chambre, elle eut l’espoir ridicule de voir sa mère apparaître dans l’entrebâillement de la porte, pour prendre elle-même de ses nouvelles et lui apporter des réponses plus pertinentes que les propos sans queue ni tête de Mara… Mais sans surprise, ce ne fût pas le cas, et Lavinia observa la petite créature rentrer seule dans la chambre.
- Tenez, mademoiselle. Madame a donné ceci pour vous. Elle a aussi dit qu’elle ferait le nécessaire demain.
Lavinia ne comprenait pas ce que cela voulait dire par « faire le nécessaire ». Elle accepta sans un mot l’objet en tissu que Mara lui tendait. L’elfe semblait toujours aussi inquiète, guettant sa réaction comme elle surveillerait du lait sur le feu.
- C’est une culotte mensturelle magique, expliqua Mara alors que Lavinia dépliait le sous-vêtement.Un sortilège de propreté permet d’absorber vos menstrues. Elle n’est pas à votre taille, mais si vous l’enfilez, je pourrais l’ajuster…
Lavinia s’exécuta, sans un mot, reniflant ponctuellement le reste de larmes qui s’engouffrait dans son nez. Armée d’une aiguille et d’un fil, Mara corrigea rapidement la taille de la culotte, alors que l’esprit de Lavinia commençait à s’apaiser. Madame de Turenne n’était pas en colère. Elle lui avait même prêté une de ses culottes. Les épaules de la petite sorcière se détendirent doucement. Étrangement, la froideur de sa mère la rassura. Ce n’était donc pas quelques choses de graves, ni d’important… Avec le soulagement, la fatigue regagna Lavinia. Elle retourna se coucher, sans un mot pour Mara, un peu plus apaisée.
***
Le lendemain matin, Lavinia se réveilla à huit heure, comme à son habitude, pour assister au cours particulier qu’un précepteur engagé par ses parents lui donnait tous les jours. Sur sa table de chevet, une nouvelle culotte retouché par les soins de Mara. Le petit déjeuner fût aussi silencieux que d’habitude, avec sa mère absente de la table, et son père qui lisait le journal tout en sirotant son café. Ils n’aimaient pas être dérangés à cette heure de la journée, et personne ne reparla de ce qui s’était passé cette nuit là. De toute manière, la petite sorcière était beaucoup trop gênée par ce qui s’était passé et ce qui se passait à ce moment dans son corps pour en parler à son père. Madame de Turenne fût cependant absente aussi pour le repas de midi, ce qui surpris Lavinia.
- Elle est allé faire une course, lui répondit laconiquement son père.
Lavinia n’insista pas. La journée s’écoula, et alors que Lavinia remontait dans sa chambre pour s’accorder un moment de repos bien mérité après les cours de la journée, elle repéra un petit coffret posé sur son lit.
Intriguée, la petite Campbell fit glisser ses doigts sur le carton rose, avant de le déballer avec soin. A l’intérieur, plusieurs culottes aux tons pastels et délicatement ornées de broderies sur les parties hautes. La doublure de l’entrejambe semblait être de la même matière enchantée que les culottes de sa mère. Au fonds de la boite, un livre à la couverture rose, « Gynécomagie pour jeune sorcière – Qu’est-ce qu’il se passe dans mon corps ? ». Le visage de Lavinia s’élumina d’un petit sourire joyeux. Il était rare que Madame de Turenne se fende d’un cadeau en dehors des évenements établis comme les anniversaires ou Yule. Et Lavinia avait la sensation qu’il s’agit pour la première fois de quelques choses que sa mère avait fait l’effort de chercher elle-même, sans demander à Mara de choisir à sa place. Elle était parti elle-même les acheter, avait choisi la forme et les couleurs. Lavinia les admira, fascinée. C’était des culottes délicates, des culottes à dentelles, des culottes « de grande », différentes des dessous grossiers que Lavinia portait jusqu’alors. Soudain, être une femme ne lui faisait plus aussi peur que la nuit précédente. Elle grandissait, et cette nouvelle semblait voir mis sa mère de bonne humeur. C’était quelques choses dont elle devait elle-aussi se réjouir, alors.
Malgré sa froideur et sa discression, Lavinia comprit ce que sa mère cherchait à lui faire comprendre. Avoir ses règles, c’était peut-être salissant, c’était quelques choses qu’il fallait garder secret, mais c’était aussi quelques choses de naturelles et de positif. Elle faisait un pas de plus sur le chemin qui la rendait digne d’appratenir à la lignée de Turenne et à la famille Campbell. Son sang était particulier, y compris lorsqu’il s’écoulait là où elle ne l’attendait pas… Voilà pour la symbolique. Quand à l’aspect plus scientifique et magique, Lavinia trouvera sans aucun doute les réponses à toutes ses questions à l’intérieur de ce livre… Après avoir changé de culottes pour essayer celles choisies avec soin par sa mère, Lavinia s’allongea sur son lit et commença à lire l’ouvrage avec attention, jusqu’à ce que Mara lui annonce l’heure du dîner.
Ce soir là, Lavinia aura la joie de découvrir une petite étincelle de complicité éclairé furtivement les yeux délavées de Madame de Turenne quand son regard croisa celui de sa fille. Elles partageaient à présent un petit secret...
Résidence Campbell
Contrairement à son habitude, le père de Lavinia ne la convoqua pas dans son bureau. À l'heure dite, la vipère se rendit dans le salon où Scipion était déjà assis devant un secrétaire, relisant les feuilles qu'il avait sous les yeux avec un air concentré et sérieux. Dans un coin de la pièce, Cornelia de Turenne s'était isolée et dictait à sa plume à papotte ses commentaires sur les dernières modes parisiennes, en préparation d'un article dans la presse spécialisée..
Désorientée
26 avril 2049
- Assieds-toi.
Lavinia obéit machinalement et s'assit en silence devant son père, les mains sur les genoux, tendue. Elle savait de quoi il serait question, Scipion l'en avait informé. Mais elle ignorait comment son père souhaitait mener son entretien et ce qu'il avait choisi pour elle.
Reposant ses feuilles, Scipion daigna enfin lever le regard vers sa fille.
- J'imagine que tu as déjà réfléchi à ce que tu comptais faire l'année prochaine.
- Oui, père.
Ce n'était qu'un demi-mensonge, mais de ceux qui contenteraient Scipion. Elle ne pouvait pas lui faire part de ses doutes, de ses envies secrets simplement guidés par des goûts personnels et fondés sur aucune réflexion d'avenir ou de projet professionnel. Elle se sentait trop jeune pour ça, et surtout, elle avait la confortable certitude que ses parents choisiraient pour elle de quoi sera fait son avenir. Devant son absence de réponse, le regard perçant de son père la fit déglutir et elle continua.
- Déjà, il est hors de question que je suive des cours de moldus.
C'était une bonne réponse, là encore. Elle arracha un demi-sourire à Scipion et son regard s’apaisa un bref instant, presque soulagé. C'était aussi la vérité : en se privant volontairement de ce cours ridicule qui la rebutait, Lavinia évitait aussi tous les lèche-bouses et sangs-moldus de sa classe qui y trouveront leurs places.
Scipion prit sa plume et raya avec une précision naturelle les lignes qui se présentaient sur sa feuille, et Lavinia comprit qu'il s'agissait de la liste des filières. Un peu plus loin, elle pouvait deviner la feuille utilisée pour les bulletins scolaires et les examens. Son corps se tendit imperceptiblement.
- Ce qui élime déjà la filière Spéciale, Pratique et ouverture, Sport et soin... Et la Totale.
Devant le silence de sa fille, Scipion releva les yeux sur elle, le regard froid et agacé.
- Ensuite ?
Il n'avait clairement pas que cela à faire. Le choix de la filière de sa fille était important, mais ils n'allaient tout de même pas y passer une heure. Lavinia se raidit et réfléchit à toute vitesse. Ensuite ? Elle n'avait pas réfléchi si loin. Enfin si. Au fonds de son cœur, elle savait bien la filière qu'elle apprécierait le plus. Mais une fois encore, jamais ses arguments ne sauront toucher son père.
- Aurore. Je ne souhaite pas non plus aller en filière Aurore.
- De toute manière, tu n'en as pas le tempérament. Nous l'aurions remarqué si toi aussi tu-
La voix de Scipion s'arrêta brusquement, alors que la plume dérapa dans un crissement discret, alors qu'il barrait cette filière de la liste. Sa mâchoire s'était serrée, ses yeux étaient devenus deux abysses de colères sourdes. Lavinia se tut, baissant la tête, serrant les plis de sa robe dans ses mains. Cette filière avait été une évidence pour Hector, pour ses parents aussi. Sans qu'aucun des deux Campbell n'ait prononcé son nom, Lavinia pouvait sentir la pesanteur qui accompagnait chaque fois que ses parents y pensaient. Celui qui la protégeait de la colère de ses parents, jadis, en était à présent la cause. Lavinia la craignait toujours autant, et il n'était plus là pour la soulager. Il n'était plus qu'un traître qui l'avait abandonné.
- Bref. Tu ne veux pas ci, tu ne veux pas ça... Cessons de jouer aux devinettes.
Scipion continua de parler sans regarder sa fille. De toute manière, à partir de maintenant, c'était lui qui saura ce qui sera le mieux pour elle.
- La priorité pour toi, ce sera l'Histoire de la magie et les Sortilèges. Défense contre les forces du mal aussi. Hors de question que tu y recoupes.
Lavinia sentit la déception la traverser quand Scipion barra sans ménagement la filière Sciences, elle baissa le regard, pour qu'il n’aperçoive pas de son trouble. Sa réaction la surprenait elle-même. Elle s'y attendait pourtant. Une filière qui donnait la part belle à la botanique et aux potions, où les baguettes restaient rangées dans pratiquement tous les cours... Cela ne parlait pas au factuel Scipion Cambpell, fier de sa famille, de son sang et de sa magie.
- Ce qui nous laisse la filière Complète ou le tronc commun. Parfait pour une enfant qui n'est toujours pas capable de se projeter dans un avenir professionnel. Vol, créatures magiques, divination ?
Lavinia eut à peine le temps d'encaisser le reproche que la question suivante la prit elle aussi par surprise. Elle se pencha, la main un peu tremblante, vers la feuille des filières qui lui restait. Deux pauvres petites lignes, qui ne lui laissaient qu'un goût âpre et sans saveurs dans la bouche. Vol ou créatures magiques ? Lavinia regarda discrètement les autres matières et leurs taux horaires, avant de répondre. Les heures de botaniques avaient été réduites en peau de chagrin.
- Je ne suis pas sûre, pour la divination, répondit-elle d'une voix éteinte, parce qu'il fallait bien répondre quelque chose.
Scipion soupira devant cette réponse par la négative, mais il ne l'écoutait de toute manière que d'une oreille. Il entoura les quatre heures respectives dans les matières qu'il avait jugé importante.
- Ce sera donc Tronc commun.
- Commun ?
La voix glaçante de Cornelia jaillit de derrière Scipion et fit sursauté autant la fille que le père. Aucun des deux Campbell n'avait fait attention au silence de sa plume à papotte sur le parchemin et aux murmures qui s'étaient tus. Sans un bruit, avec la discrétion semblable au rampement du serpent, elle s'était approchée de la table et se tenait à présent derrière son époux, observant la liste des filières part dessus son épaule.
- C'est à cela que tu destines notre fille ? Au commun ?
Le ton était acéré et accusateur. Le regard gêlé de Cornelia, croisa celui, furieux de Scipion, alors que Lavinia s'enfonça un peu plus dans son siège, en restant silencieuse. Elle n'aimait pas les voir se disputer. À la fin, les deux étaient énervés et c'était bien souvent Lavinia qui en payait les pots cassés.
- Ce n'est qu'un terme, Cornelia. Cela veut simplement dire qu'elle va reprendre les mêmes cours que lors de ses deux premières années. C'est une filière qui apporte des bases générales parfaites pour les études supérieures et avoir un dossier acceptable partout.
- Et se contenter de rester dans le bas du panier, à n'avoir aucune spécialité à défendre, à s'en tirer en étant moyen partout. L'élite se doit de faire la différence, de se distinguer. Des matières à une seule heure par semaine ? Autant faire les cours soi-même, à ce stade-là. Je veux que Lavinia étende ses horizons, mais pas en se contentant de survoler des matières.
- Je suis allé en filière Complète avant la fac mag'po, cela s'est très bien passé. Aujourd'hui, j'ai une place au ministère et nous vivons à la hauteur de notre rang.
- Beauxbatons n'enferme pas les élèves dans des filières préétablies. Il leur ouvre toutes les portes des matières magiques possibles, mais sans superflu. Mes propriétés nous rapportent bien plus que ton salaire de bureaucrate.
Le ton des deux adultes était resté égal, le phrasé lent. Pourtant, l'ambiance était pesante et électrique. Scipion soupira, s'enfonça dans son dossier, et essuya ses lunettes en silence, alors que Cornelia faisait doucement le tour de la table, la main frôlant les papiers qu'elle voyait sans doute pour la première fois.
- Et dans quoi voudrais-tu qu'elle se spécialise ?...
- Lavinia ?
La jeune sorcière se redressa aussitôt, tendue comme un ressort. Ce n'était pas une question, c'était un ordre, et d'un ton qui ne tolérerait aucune hésitation. Malgré ses efforts pour s'effacer et disparaître au fonds de son siège, Lavinia n'avait pas perdu une miette de la confrontation. Peut-être que c'était sa chance...
- Sciences. J'aimerais aller en science. J'étudierais l'histoire, la potion, les runes...
Mais elle aura aussi et surtout quatre heures de botanique hebdomadaires. Redressant la tête, Lavinia aperçut le visage de Cornelia se dérider et être traversée par un éclair fugace de la surprise et de satisfaction. De son côté, Scipion éructa.
- Par Merlin ! Mais m'as-tu seulement écouté, Lavinia ? Tu ne peux pas te permettre d'arrêter le Sortilège et la Défense ! Tu as un rang à assumer et à défendre, surtout à notre époque !
Portée par le regard furtif de sa mère qu'elle prenait telle une bénédiction, Lavinia ne se laissa pas démontée. C'était sa chance. Cette filière lui correspondait, c'était celle que son cœur aurait choisie s'il n'avait pas abandonné avant même d'avoir essayé. Les cris de son père ne la feront pas flancher. Pas aujourd'hui, pas tant qu'elle avait le sentiment d'être soutenue dans son choix par sa mère, pour la toute première fois.
- Je peux prendre les matières qui me manquent en option...
- Tu n'es pas fichue d'avoir une moyenne Optimal dans toutes tes matières, et tu me parles de cours supplémentaires ? Pour avoir un Acceptable ou un Pietre peut-être ?!
Lavinia hoqueta et se mordit l'intérieur de la joue. Elle s'était pourtant améliorée cette année, elle avait redoublé d'efforts... Elle avait une moyenne d'Optimal pour le moment... Mais elle n'était toujours pas à la hauteur des attentes de son père, qui avait encore en travers de la gorge les résultats de ses premiers examens. Le peu de confiance qui avait jailli de son esprit se dégonfla comme un souffle troué, et elle baissa la tête, dépitée et blessée.
À ses côtés, sa mère avait pris en main la feuille, pensive, et ne releva pas les reproches de son époux. Un silence froid s'éternisa pendant de longues minutes, avant que la voix suave de Mme de Turenne ne raisonne à nouveau dans la pièce.
- Je comprends que cette filière puisse faire envie, voilà une véritable diversité de matières magiques. L'ajout de matières optionnelles me semble être un bon compromis. C'est le choix qu'a fait le jeune Joyce, il me semble.
Lavinia hocha lentement la tête, avant d'ajouter en regardant timidement son père, comme on regarderait une pomme de pin au milieu d'une cheminée, prête à réagir en cas de nouvelles explosions.
- Je suis sûre... Qu'il acceptera de m'aider, si...
- ça suffit.
Scipion avait fait claquer sa langue contre son palais, d'agacement et de dépit. Cependant, son regard se fit moyen dur, plus pensif. Il glissa sur Lavinia pour s'ancrer dans celui de son épouse.
- Il me semblait pourtant que l'éducation scolaire de nos-... notre enfant était ma prérogative. Nous en reparlerons plus tard. Tu peux disposer, Lavinia.
Alors que la petite remontait dans sa chambre, elle sentait son cœur tambouriner dans sa poitrine. "Nous en reparlerons plus tard", avait-il dit. Entre adultes, juste lui et sa femme. Mais Lavinia savait très bien comment se passait les discussions de ses parents quand ils étaient en désaccord, et qui avait toujours le dernier mot. Un sourire naquit sur ses lèvres. Elle ira en Sciences, elle en était persuadée. Et c'était la meilleure nouvelle de ses vacances !
Résidence Campbell
Cela faisait quelques jours maintenant que Lavinia était de retour dans la demeure des Campbell. Son année lui avait laissé un goût amer en bouche, et elle avait plusieurs fois imaginé qu'elle s'enfuyait au-delà de l'île pour fuir cette école qui la mettait en porte-à-faux avec les autres élèves. Fuir cette détestable sensation d'être seule, isolée, dans une foule d'élèves joyeux et chaleureux avec tous, sauf elle. Elle ne croisait plus que brièvement Hannah Lyse dans les couloirs, pas assez longtemps pour vraiment discuter. Heureusement, Aliosus lui accordait parfois un peu de son précieux temps, mais elle avait toujours l'impression que c'était trop bref. Sans départ en étude supérieure mettait un nouveau voile de doute et d'incertitude sur la prochaine année à venir. Le dortoir, n'en parlons pas. Il n'y avait que ces rares moments qui avaient réussi à lui faire oublier ce terrible sentiment d'isolement et de solitude. Linh et la salle sur demande, la salle de la gorgone, les courses de balai... Très peu régulier, et pour des instants bien trop fugaces.
Ce que le don ne dit pas
25 juin 2050
Et puis, il y avait Narcisse. Narcisse qu'elle s'était interdit de voir, contre lequel elle avait dressé des murailles de froideurs, d'ignorance et de mépris. Narcisse, dont elle avait passé l'année à taire le nom, sur ses lèvres et dans son cœur. Son esprit avait essayé, longtemps, de remplacer son prénom par d'autres qualificatifs, qui lui allait davantage. Sang-de-bourbe, voleurs, traître, menteur. Comme si l’auto-persuasion répétée pouvait la faire retourner sur le droit chemin. Narcisse, qui pourtant revenait à la charge armée de sa bonne humeur et de sa patience, ne se laissant pas intimider par les défenses de Lavinia et s'accrochant à l'amitié qu'il avait lui-même construit et trahit. Lavinia avait lutté contre cette invasion de gentillesse non désirée et impromptue, elle avait essayé de résister et de l'effacer définitivement de sa vie.
Mais Narcisse était Narcisse. Toujours délicat dans son insistance, toujours agréable dans ses tentatives de réconciliation, toujours souriant quand il avait toutes les raisons de lui tourner le dos, comme elle le faisait elle-même depuis plus d'un an. Au fil du temps et des mois, une petite fente s'était légèrement ouverte, trop petite pour qu'il la remarque, mais elle donnait l'impression à Lavinia d'être une blessure béante. Une petite fente qui commençait par un "Et si ?", tournée à la fois vers le passé et le futur. Et s'ils étaient nés dans des familles plus semblables ? Et si, un jour, Narcisse finissait par se lasser de courir après des moulins magiques et réalisait que ces efforts étaient vains ?
Elle n'avait pas osé en parler ni à Aliosus, ni à Hannah Lyse, de peur qu'ils se méprennent sur ses intentions, de peur qu'ils lui assènent des reproches qui la blesseront et qui les pousseraient à s'éloigner d'elles. Elle était trop vulnérable actuellement pour se permettre de perdre les seuls repères qui lui restaient à Poudlard. Et des critiques de leurs bouches auraient été beaucoup trop douloureux. Était-ce cela qui l'avait poussé à repousser ces questionnements à cet été ? Une fuite sous la forme de procrastination, pour affronter peut-être pire que ce qu'elle craignait ?
Lavinia releva les yeux de son assiette qu'elle avait à peine touchée, pour regarder discrètement son père, de l'autre côté de la table à manger en chêne massif, porter sa cuillère à sa bouche dans un silence de plomb, le regard rivé sur le numéro de la Gazette des sorciers du jour. Le report de ce questionnement reposait sur un raisonnement étrange et terriblement triste. Quitte à décevoir une personne qui lui était chère, autant qu'il s'agisse d'une personne qu'elle avait déjà déçue de nombreuses fois et que ne semblait plus avoir de grandes expectatives la concernant. La douleur serait sans doute amoindrie par l'habitude. Elle l’espérait, et c'était ce seul espoir qui la porta assez pour entamer cette discussion si redoutée.
- Père, si vous le permettez, j'aimerais aborder avec vous un sujet sur lequel j'aurais besoin de vos lumières.
Scipion releva les yeux, sans changer la position de son visage pour autant. Un de ses sourcils se dressa, traduisant à la fois sa surprise et son ennui. Les repas en famille étaient généralement silencieux, et si des mots s'échangeaient, c'était toujours à initiative d'un des deux parents. Il se retient de se mordre la lèvre d'agacement, mais laissa échapper un léger soupire alors qu'il referma son journal. L'événement était assez rare pour qu'il fasse l'effort d'écouter sa fille. Malheureusement, si elle avait une question, c'était bien qu'elle avait déjà échoué à le comprendre par elle-même. Il ne répondit pas, mais plongea son regard acéré dans celui de la jeune femme, attendant l'exposition de ce fameux point.
Lavinia déglutit et replongea les yeux au fonds de son assiette. Par Merlin, que c'était difficile. Et en même temps, elle se félicitait de n'avoir pas non plus à supporter le regard glacé de sa mère. Un seul adversaire était déjà amplement suffisant. Mais le plus dur était encore de formuler ce qu'elle avait mis tant de temps à formaliser.
- J'ai fait beaucoup d'effort pour me rapprocher d'élèves qui étaient à la hauteur de notre rang. Le statut de sang étant sujet à la censure de Poudlard, je me suis basé d'abord sur les résultats scolaires et l’aisance de mes camarades dans les matières scolaires. J'écoutais ensuite ce qu'on disait de cette personne, et j'entamais une discussion superficielle pour essayer de comprendre si elle appartenait bien au même monde que nous. Jusqu'à présent, j'ai réussi à différencier le bon grain de livret, mais...
- "Jusqu'à présent" ? la coupa Scipion d'un voix dur où transparaissait un début de reproche et d'agacement.
La bouche de Lavinia s’assécha brusquement. Elle réussit à garder contenance et à camoufler les légers tremblements de ses doigts en les refermant avec force sur les couverts d'argents entourant son assiette.
- Oui. Il y a eu ce garçon, Narcisse Brando...
Quelle étrangeté de prononcer ce prénom entre les murs de la demeure Campbell. Il planait dans les airs comme un papillon tropical au milieu d'une toundra gelée et sèche. Il n'avait pas sa place dans cette ambiance morose et glaciale, encore moins devant un Scipion Campbell dont les sourcils s'étaient légèrement froncés. Lavinia savait ce qui se jouait dans son esprit. Son père passait en revue l'ensemble de ses connaissances, par ordre d'influence, à la recherche de ce nom de famille. Et la jeune fille savait pertinemment qu'il n'y trouverait rien.
- C'est... C'est un élève de Poufsouffle - nouveau froncement de sourcil du côté de son père - qui est dans la même promotion que moi, mais non pas dans la même filière. On ne se croise que rarement...
Pourquoi avait-elle l'impression de commencer à se trouver des excuses, avant même d'aborder le problème principal ?
- Il est doué. Je veux dire, plus que la moyenne. Plus que d'autres nés-sorciers en tout cas.
- Meilleur que toi ?
De nouveau, cette voix calme et suave, mais glissante comme un serpent flairant sa proie, comme un Matagot contrôlant son envie de mordre. Lavinia sentit la panique enfler en elle, lui paralysant la gorge. Sa langue semblait à présent être de plomb et son esprit se vider telle une hémorragie psychique, pour ne laisser qu'une vide de sidération. Elle avait l'habitude de cet horrible sentiment qui lui paralysait le corps et l'esprit, il fallait qu'elle en sorte, il fallait qu'elle réponde...
- Pas... Pas toujours. Sur... Surtout en duel.
- Je vois - de nouveau cette déception dans le regard - Et, il s'agit d'un sang-moldu, si j'en crois ta difficulté de m'en donner la précision.
Lavinia n'était plus qu'un chiffon à forme humaine. Elle aurait voulu s'enfoncer tout au fond de son siège, fuir cette discussion qu'elle avait elle-même créée, se camoufler sous le sol et ne plus en sortir.
- Viens en au fait.
La jeune fille se força à se relever, à redresser la tête, mais ce simple geste était à tel point aux antipodes de ce qu'elle ressentait à présent, qu'elle sembla dissocier un moment. Comme si elle n'était plus vraiment là, comme si elle était à présent spectatrice de cette scène. Et en bonne spectatrice, elle avait bien plus de courage que la protagoniste dans cette situation délicate. Sa langue se délia et elle répondit à toute vitesse, comme si elle craignait ne plus avoir assez de souffle pour aller jusqu'au bout.
- Vous m'avez appris que les nés-sorciers sont supérieurs aux autres et que leur magie est plus puissante, pourtant, il s'agit d'un né-moldu doué dans la magie, qui surpasse même ses camarades bien nés. Dans ces conditions, s'ils se rapprochaient de lui dans le but d'en apprendre davantage et de s'améliorer, est-ce que ce serait vraiment considéré comme s'abaisser et s'avilir ?
Scipion continua de fixer sa fille quelques secondes, faisant délibérément durer le silence pesant. Peut-être qu'en lui laissant encore quelques secondes, elle pourrait comprendre d'elle-même l'absurdité de sa réflexion. Mais non. Il poussa un long, très long soupire, et sortir un mouchoir de sa poche de veste pour nettoyer un bref instant ses lunettes.
- J'ai surtout l'impression que tu présentes son statut comme une excuse pour justifier de ta propre incompétence.
Le coup fut porté directement dans l'estomac de Lavinia qui, en bonne poupée de chiffon, encaissa sans un bruit.
- Le fait qu'il soit meilleur que les autres nés-sorciers, comme tu l'affirmes, montrerait que cette génération n'est pas à la hauteur de celle de ses ancêtres. Qu'il soit meilleur que toi est une faute grave, mais elle ne repose que sur ton incapacité à faire mieux que lui, comme tu en as pourtant les capacités et le devoir. Tu t'es peut-être plus relâchée que nous l'aurions crû, ta mère et moi. Il faudra y mettre rapidement à terme. Où va-t-on, si les héritiers légitimes du monde magique souhaitent prendre exemple sur des bâtards ?
De nouveau, Scipion laissa passer un silence, comme pour s'assurer que Lavinia ne cherche pas de réponse à cette question purement rhétorique.
- Si tu as du temps à perdre dans ce genre de considération cet été, je t'adjoins à reprendre les études de Théodarius Hagound sur la naissance des sangs-de-bourbe. Pour chaque né-moldu qui sort de l'utérus de leur mère, pour chaque lettre de Poudlard remise en main propre dans leur monde, il y a un cracmol qui naît spolié de son pouvoir, il y a une lignée de famille sorcière qui s'éteint sans héritier. Ce... Narcisse Brandon... A usurpé ce don que tu lui prêtes.
Il secoue la tête et frappe soudain du poing contre la table. Lavinia sursauta, mais revient également à elle. La colère qu'elle sentait déborder du pourtant stoïque Scipion Campbell n'était cette fois pas diriger contre elle. Elle sentit l'arrière de son crâne se dénouer un peu à cette réflexion.
- La prolifération des sangs-de-bourbe à Poudlard, c'est la déchéance en marche de la société sorcière, que cette école célèbre. Pour le coup, ce n'est pas tellement de ta faute, précise-t-il avec un de ses rares sourires qui apaisent légèrement ses propos et viennent conclure une plaisanterie qu'il trouverait fine. Rappelle-toi simplement que ces moldus-là, qui ont volé notre don et qui se déguise en sorciers, sont les plus dangereux de tous. Ce sont eux qui retourneront les premiers leurs capes pour combattre au côté de agresseurs du monde sorcier. Et pour répondre synthétiquement à ta question : s'allier à eux n’avilit pas seulement la sorcière trop naïve, mais fait d'elle également une traître à son sang.
Seul le silence répond au point de ponctuation de ce discours. En apparence, le regard de Scipion ne se portait plus que sur une Lavinia silencieuse et docile, assommée par la tension et la violence insidieuse de ses paroles. Intérieurement, pourtant, son esprit se remettait doucement en mouvement. Elle n'avait rien appris de nouveau qu'elle ne savait déjà et avait suivi sans difficulté le raisonnement de son père, y accordant tout le crédit qu'elle avait l'habitude de lui donner. À un point près. Narcisse serait vraiment un tel danger ?...
Elle repensait à leurs séances de duels, où il se montrait parfois d'une brutalité débridée, fascinée par la force des sortilèges qui jaillissaient de sa bague. Elle repensait aussi à ces moments où abaissait sa baguette, le visage déconfit, les yeux paniqués, quand l'idée l'avait effleuré qu'il aurait pu blesser son amie sans le vouloir. Elle repensait à ces mots, aussi, qui avaient tournés en boucle dans sa tête pendant des mois, mais qui prenaient soudain un sens différent dans son esprit, en rejaillissant avec force dans un tout autre contexte. "Elle a refusé d'affronter les sorciers, tu sais ?"
- Si tu n'as rien d'autre à ajouter, et que tu ne comptes pas finir ton assiette, tu peux disposer.
Lavinia ne se fit pas prier et laissa le plat qu'elle avait à peine picoré derrière elle. Plus elle s'éloignait de la salle à manger, plus son corps perdait de sa rigidité. Elle finit par s'écrouler sur son lit, le nez dans sa couette, aussi épuisée que si elle avait réalisé une course de balai... Mais avec une fatigue épuisante, débilitante. Peut-être que, comme pour ce sport, elle finira un jour par avoir l'endurance nécessaire à ce genre d'échange. Cependant, elle n'était pas sûre d'en apprécier les séances d’entraînement.
@Narcisse Brando, bonne lecture
