De retour à la maison
Recueil d'One Shot à Poolewe, Écosse.
Alors qu'Yggie rentre à la maison, ...
Je tenais à écrire plusieurs OS liés aux vacances d'Yggie. Puisque sa famille tient une place importante dans sa vie et que je n'ai pas explicitement développé ses habitudes à la maison dans son histoire de vie, je me suis dit "Pourquoi pas écrire et regrouper ça là ?" Donc... here we are !
Ce post-ci servira donc de sommaire et donnera les infos nécessaires aux plumes qui passeront par là, au lieu de faire un tour sur ma fiche (coucou).
Ce post-ci servira donc de sommaire et donnera les infos nécessaires aux plumes qui passeront par là, au lieu de faire un tour sur ma fiche (coucou).
Sommaire
♦ Infos Rapides ♦
♦ Un Hibou de Poudlard - 19 Juillet 2049 ♦
♦ Yeye, Nainai ! - 4 Juillet 2045 ♦
♦ 12 ans et toutes ses dents ! - 13 Août 2050 ♦
♦ À la croisée des Chemins - 17 Août 2050 ♦
♦ Cousinades chargées ! - 28 Avril 2044 ♦
♦ Un Hibou de Poudlard - 19 Juillet 2049 ♦
♦ Yeye, Nainai ! - 4 Juillet 2045 ♦
♦ 12 ans et toutes ses dents ! - 13 Août 2050 ♦
♦ À la croisée des Chemins - 17 Août 2050 ♦
♦ Cousinades chargées ! - 28 Avril 2044 ♦
Reducio
![]() |
|
|
![]() |
![]() |
|
Dernière modification par Yggie Prince le 31 août 2025, 18:36, modifié 9 fois.
De retour à la maison
Un Hibou de Poudlard - 19 Juillet 2049
_______________
L’été baignait Poolewe d’une lumière douce et dorée cette année là. L'air portait un soupçon d’humidité typique des Highlands mais transportait sans grande difficulté une odeur de lavande dans tout le village. La petite cuisine de la maison des Prince était traversée d'une brise fraîche tandis que le doux bruit des vagues lointaines s’infiltrait par une fenêtre entrouverte. Paul Prince était nonchalamment assis sur un tabouret et faisait face à une étagère, réarrangeant méthodiquement ses flacons de verre. Il jetait de temps à autre des coups d'œil bienveillants à sa femme par l'encolure de la porte de la cuisine. Eileen Wilson était assise dans la dite pièce et préparait ses cours pour l'année à venir. Elle chantonnait au rythme de la musique qui passait à la radio en notant sur ses feuilles avec des crayons colorés. David Prince, leur fils, était assis sur le canapé du salon et trifouillait le clavier de son ordinateur portable, savourant ses derniers jours à la maison avant de partir à l’Université.
Yggie Prince était la cadette de la famille. Elle était silencieusement assise sur le sol de la cuisine, adossée confortablement contre l'un des meubles avec un livre ouvert sur les genoux. Elle était tournée de façon à avoir une vue des arbres de l'autre côté de la rue, entendant les cris lointain des enfants jouant au parc derrière le volume léger de la radio. À vrai dire, la brune était plus occupée à gribouiller des notes dans la marge qu’à lire réellement son livre. Elle se sentait dans un état d'apaisement habituel pour un début d'après-midi aussi doux et était plus enclin à la sieste qu'à la lecture.
Un hibou se posa alors curieusement sur le bord de la fenêtre. Eileen n'y fit pas particulièrement attention - elle ne s'occupait pas souvent des rares courriers que Paul recevait de ses pairs sorciers - mais sa fille le remarqua immédiatement. Les mouvements vifs de ces animaux avaient tendance à la mettre en alerte, un sentiment souvent associé à une profonde curiosité liée aux sorciers qui envoyaient des lettres à son père. Pourquoi un hibou volerait-il ici en plein jour ? L’animal pencha la tête, comme pour la presser. Yggie fixa longuement l’oiseau, se balançant légèrement d’avant en arrière dans un mouvement miroir à celui que faisait la bête, et remarqua alors le nom du destinataire qui était écris sur l'enveloppe. Son cœur fit un bond.
Le hibou avait une lettre. Sa lettre.
Yggie approcha prudemment et tendit le bras en direction du bec de l'oiseau. Celui-ci ne perdit pas de temps et se pencha vers la brune, déposant la lettre entre ses mains, avant de reprendre son envol sans rechigner vers le ciel d'été. Une fois la lettre en main, la brune la tourna dans tous les sens en examinant ses détails : le cachet de cire rouge, le papier épais. Elle aimait la texture sous ses doigts. Elle la plaça sous son nez et huma légèrement une odeur de vieux parchemin et d’encre. Le cachet ne laissait aucun doute quant à l'expéditeur de cette lettre et son contenu : après tout, la jeune fille l'avait attendu tout l'été.
Chère Miss Prince,
Nous avons le plaisir de vous informer que vous avez été admise à l’École de Sorcellerie de Poudlard...
Vous trouverez ci-joint la liste des ouvrages et équipements nécessaires au bon déroulement de votre scolarité....
Yggie n’avait pas besoin de lire plus. Elle se mit à courir, ses pieds nus tapant contre les lattes en bois de la cuisine, jusqu'à la pièce adjacente où était son père. Son départ agité a attiré l'attention d'Eileen, qui releva la tête de ses notes avec curiosité.
- PAPA ! MAMAN ! DAVID ! hurla Yggie en entrant comme une tornade.
Paul tourna la tête juste à temps pour la voir débouler dans le salon tandis que David sursauta, faisant tomber sa souris sans fil entre deux coussins du canapé. Eileen arriva dans la pièce juste après, totalement déboussolée par l'attitude de la brune.
- Regarde ! cria Yggie, brandissant la lettre juste devant les yeux de son père.
L'homme aux cheveux grisâtres plissa les yeux en essayant de comprendre ce qu’elle tenait, puis il vit le sceau. Pendant un instant, il resta figé, son cœur bondissant dans sa poitrine, puis un large sourire éclaira son visage. Les étincelles qui brillaient dans ses yeux ne pouvaient qu'être un bon signe. Écartant les bras tout en s'éloignant de la bibliothèque, Paul attrapa sa fille alors qu'elle se jetait dans ses bras. Il n'eut aucune difficulté à la faire tournoyer une petite seconde avant de la reposer, sentant son dos le rappeler à l'ordre.
- C’est... c’est sa lettre, Leen ! S'exclama t-il en regardant sa femme. Ses doigts se perdirent dans les fines boucles de sa fille tandis qu'il tapotait doucement sa tempe. C'est l'heure, Ursa ! Tu dois être tellement contente !
Eileen expira avec un air soulagé. Elle sourit largement et se rapprocha d'Yggie, s'abaissant sur ses genoux pour être à sa hauteur.
- Enfin, j'ai cru qu'elle n'arriverait jamais ! Murmura la rousse avec un air doux. Je suppose que vous allez avoir un été chargé, n'est-ce pas ?
- Attends, quelle lettre ? Demanda alors David, qui s'était retourné avec une expression confuse pour regarder la scène.
- Sa lettre pour Poudlard.
Paul lui adressa un regard ému tandis qu'Yggie balançait maintenant ses mains dans l’excitation. Elle les interrompit soudainement, se tournant pour faire face à sa mère.
- Tu vois ? Tu vois ? C’est vraiment vrai ! Je vais à Poudlard à la rentrée !
Eileen prit la lettre avec précaution, la lisant à haute voix. À chaque mot, l'expression d'Yggie se transformait de plus en plus, atteignant un bonheur béat qui était rare. Elle pourrait apprendre la magie ! Officiellement ! Elle pourrait rencontrer d'autres sorciers dans un endroit où tout le monde serait comme elle !
- Oh, alors l'entrée au collège est officielle, c'est ça ? Attends, ne me dit pas que tu viens de recevoir ça... d'un hibou ? Demanda Paul en haussant un sourcil dubitatif. Il ne pouvait cependant pas s'empêcher d'être contaminé par la joie que montrait sa sœur.
Yggie hocha vigoureusement la tête, son sourire illuminant son visage.
- Ils ont écrit que je vais apprendre la magie. Officiellement ! Il faut... papa, il me faut une baguette !
Paul, les yeux brillants, s’agenouilla à son tour devant sa fille pour être à sa hauteur. Il préparait déjà leur voyage au Chemin de Traverse.
- Ursa, je suis tellement fier de toi.
- Moi aussi, je suis fière ! Répliqua Yggie en riant, avant de faire un petit bond sur place.
Eileen la prit doucement par les épaules pour la stabiliser.
- D’accord, on se calme un peu, mon cœur. Respire.
Yggie ferma les yeux et inspira profondément, comme sa mère lui avait appris. Cela lui prit quelques secondes pour retrouver une posture plus détendue, bien que ses mains continuent de bouger légèrement. Paul lui ébouriffa les cheveux.
- Alors, ma chère petite sorcière, êtes-vous prête à préparer votre rentrée ?
- Baguette, livres, uniforme, balais ...! Énonça t-elle en se penchant dans le touché doux.
Paul intervint doucement.
- Aaah pas de balais je le crains ! Tu es un peu jeune donc pas tout de suite, mais bientôt, promit-il.
- Oh... D'accord. Reprit la brune avec une légère moue. Maman, tu m'enverra des lettres, hein ? Toi aussi Dave, hein ? Pas de mails ni de messages !
Eileen regarda sa fille avec tendresse et hocha la tête, indiquant qu'elle allait définitivement lui envoyer des lettres. Elle voulait aussi lui parler de tout ce qui se passait à Poolewe pendant son absence - ce qui voulait surtout dire les mésaventures qu'allait vivre Paul. Les yeux d’Yggie s’emplirent de gratitude tandis que David, moins ému mais tout aussi content, ajoutait :
- T'inquiète pas, papa m'a bien assez rabâché que l'électronique ne fonctionnait pas là-bas. On va se débrouiller, hein ? Puis de toute façon, on reviendra pour les vacances, assura t-il.
Yggie leva les yeux vers lui avec un léger rire. Elle était tellement impatiente ! Et malgré la petite crainte à l'idée de quitter sa famille, Poudlard ne pouvait que lui réserver de bonnes surprise, n'est-ce pas ?
1420 mots
De retour à la maison
Yeye, Nainai ! - 4 Juillet 2045
_______________________________________
Le ciel d'Édimbourg semblait trop grand pour une si petite fille. Accrochée à son grand frère comme un koala à son tronc d’arbre, Yggie tremblotait légèrement dans les couloirs froids de l’aéroport. C'était l'été, pourtant. Mais la climatisation avait été mise si fort que le contraste avec l'extérieur en était déstabilisant. David, quatorze ans, traînait sa valise d’un bras et gardait l’autre pour maintenir sa cadette. Il n’était pas à sa première expérience d’avion, lui, mais c’était une grande première pour Yggie.
- C’est juste comme un grand bus volant, tu verras, souffla-t-il pour la rassurer. Je suis sûr que tu vas aimer voir les nuages.
La petite brune n’était pas sûre de vouloir monter dans un bus volant. Mais son frère savait comment l'intéresser, et voir les nuages était bel et bien une tentation séductrice malgré sa peur. Yggie n'avait pas le choix, de toute façon. Elle espérait seulement que les nuages en vaudraient le coup. Eileen, leur mère, vérifiait les passeports une quatrième fois pendant que Paul, leur père, jetait des coups d’œil à l’horloge avec une anxiété grandissante. La petite famille n'avait pas beaucoup de bagages, pour un voyage aussi conséquent. Peut-être était ce grâce à Paul et au sortilège de rétrécissement qu'il avait lancé sur deux bagages avant de partir, peut-être pas. De toute façon, ils étaient là en tant que moldus. Eileen et David ne pouvaient pas atteindre la Chine autrement que par avion. La magie n'était qu'un plus pour ne pas payer de frais de bagages supplémentaires.
_______________________________________
Le décollage fut un mélange de bruits sourds et de mains qui se cherchent. Yggie, les yeux grands ouverts, s’était calée contre David, qui n'était pas content de devoir l'éteindre pendant le décollage de l'appareil. Son casque anti-bruit fermement accroché sur ses oreilles, l'enfant sursautait quand même au moindre bruit qui passait au-delà de la barrière sonore. Sa posture raide se détendit néanmoins une fois qu'ils eurent atteint une altitude convenable.
- Les nuages sont jolis, tu avais raison Dave, lança alors la jeune fille, le nez collé au hublot. Tu crois qu'on est où, là ?
Tandis que le jeune garçon répondait avec patience, Eileen proposa de lancer un film en simultané. "Les Indestructibles", dit-elle avec un sourire attendri. Elle avait adoré ça quand elle était plus jeune. David haussa les sourcils, grogna, et replongea dans son jeu. La femme ne fit aucun commentaire sur son adolescent et décida malgré tout de profiter du film avec sa fille et son mari.
Yggie, elle, s’endormit au bout de vingt minutes. Le vol passait ainsi, bercé par des fragments de conversations, le son de films passés en boucle, et le roulement doux des roues des chariots du personnel. Bien que Paul et Eileen -avec quelques difficultés- ont profité de l'opportunité pour se réhabituer à l'utilisation des baguettes, les deux enfants choisirent de rester aux couverts traditionnels. "Choisir" était un grand mot, puisque Paul dut forcer sa fille à ne pas prendre de baguettes au risque d'en mettre partout. Néanmoins, tout le monde mangea correctement.
Après une courte escale à Pékin, où l’air semblait plus sec et le monde plus pressé, ils prirent un second avion, plus petit, jusqu'à Xiamen. Là, l’air était plus chaud, plus humide. Yggie eut l’impression d’entrer dans un bain tiède. Paul retrouva son père, Ewan Prince, après plus d'une dizaine d'années passées sans autre contact que des lettres mensuelles. Les accolades furent discrètes, un peu rigides, mais elles étaient loin d'être froides. Wen Lin, son épouse, leur fit un hochement de tête sincère, les yeux brillants. Elle était mince, droite, les cheveux lisses tirés en chignon. Malgré son air stricte, un doux sourire ornait son visage élégant. Le couple âgé emmena la petite famille en périphérie de la ville, là où ils vivaient depuis tant d'années.
La maison Wen était vaste, fraîche, et décorée de manière sobre. Les premières heures, en dehors du vacarme des valises et des questions polies "comment s'est passé le voyage ?" "ce n'était pas trop long ?" "quel temps faisait-il, à Édimbourg ?", furent silencieuses. Et pour cause : Lin ne parlait presque pas anglais et Eileen semblait rétrécir dans les silences, souriant poliment. Paul et Ewan traduisirent, parfois, mais souvent chacun restait dans son coin. Seule Yggie, toujours accrochée à David, observait tout avec ses grands yeux curieux.
_______________________________________
Le premier dîner fut une expérience en soi. Les plats s’enchaînèrent sur la table ronde, tournante, et Yggie ouvrit la bouche en O devant les rouleaux de légumes, les raviolis fumants et le poisson entièrement cuisiné. David, décontracté, essayait tout. Ewan posait des questions pratiques à Paul et Eileen : le travail, la maison, l'école. Lin, quant à elle, restait silencieuse et attentive à chaque parole afin d'en comprendre autant que possible. Elle décida finalement de changer de tâche et se pencha vers David et Yggie. Elle les observait avec une certaine intensité, puis demanda en chinois, que Paul traduisit :
- Ils sont toujours aussi proches, hein ?
Paul hocha la tête avec un petit rire. Eileen sourit doucement et répondit lentement.
- Depuis qu’elle est née, Yggie suit David partout. On aurai pu croire qu’ils étaient jumeaux si David n'était pas si grand...
- Elle a déjà montré des signes de magie ? Traduisit Paul alors que sa mère tournait son regard vers la petite fille.
Yggie releva la tête, un peu surprise, mais sourit timidement en direction de sa grand-mère.
- Oui... mais chut ! C’est un secret.
_______________________________________
Plus tard dans la soirée, alors que les enfants s’étaient éparpillés, Ewan se rapprocha de David.
- Et toi, alors ? Tu veux faire quoi après le collège ?
- J’aime bien l’informatique... les sciences, commença David en hausant les épaules, l'air un peu vague. Mais j’sais pas trop. J’y pense pas encore.
Eileen le coupa en riant d'une voix forte :
- Il pense surtout à finir la cabane dans le jardin qu’on a commencé le week-end dernier !
- C’est bien aussi. De ne pas se presser, reprit l'homme après un rire franc. Mais il faudra choisir un jour. Une fois que ta cabane sera terminée, bien sûr.
Plus loin, Yggie avait posé sa tête sur les genoux d’Eileen pendant qu'elles étaient assises dans le canapé. Lin, assise tout près, lui avait passé un éventail décoré de pivoines qu’elle avait pris soin d’agiter doucement pour elle.
- C’est joli ici, chuchota Yggie à sa mère.
Eileen sourit, les yeux brillants d’un éclat discret. Elle savait bien qu'un cadre comme celui-ci plairait à sa fille.
- Oui. C’est calme.
Yggie regarda autour d’elle, puis leva un doigt vers David et Ewan, qui revenaient vers eux.
- Tu crois qu’ils parlaient de trucs d’adultes ?
- Je pense, oui.
- Moi j’aime quand David me parle. Il explique beaucoup mieux que les adultes, commença t-elle avec un air fatigué. La petite fille se tourna ensuite vers son grand-père, bien plus attentive qu'elle ne l'avait laissé paraître. Mais Dave a dit qu'il voulait finir notre cabane ! Il va mettre une corde pour que je grimpe dedans !
Un silence suivit, puis tous se mirent à rire. Yggie resta quelques secondes dans l'incompréhension avant de rejoindre l'amusement général.
_______________________________________
Les jours suivants furent ponctués de promenades dans la ville de Xiamen. Ils visitèrent les jardins botaniques, mangèrent des glaces pas assez sucrées qui fondaient trop vite et prirent le ferry pour l’île Gulangyu, où Yggie acheta une minuscule flûte en bambou qu'elle cassa deux mois plus tard.
Yggie, encore en pyjama quand on l’avait réveillée, avait protesté faiblement avant de s’habiller tant bien que mal, aidée par David qui, lui, était déjà debout depuis un moment. Le bateau jusqu’à l’île tanguait doucement. Elle avait collé son front contre la vitre pendant la traversée, observant l’eau grise qui brillait sous le soleil du matin. Paul lui avait glissé doucement : "Tu sais, Yeye venait souvent ici quand il était plus jeune. Il voulait absolument qu’on vous montre."
Quand ils débarquèrent sur l’île, le contraste avec le continent fut immédiat. Pas de voitures, seulement des ruelles bordées de vieilles bâtisses coloniales, d’arbres tropicaux et de petits cafés au nom imprononçable. Le chant des cigales se mêlait au lointain roulement des vagues. Lin ne comprenait toujours pas pourquoi son fils appelait Yggie "Ursa", puisque le surnom n'avait rien à voir avec son prénom et que la jeune fille ne ressemblait en rien à un ours. Paul, de son côté, argumentait qu'elle n'avait certainement pas vu sa fille vivre dans son environnement naturel et qu'elle était aussi sauvage que lui était chanteur. Cela créa une situation fort inhabituelle puisque seul Erwan pouvait les comprendre se chamailler, à l'arrière du groupe. Ce dernier semblait dans son élément. Il portait un chapeau de paille mal ajusté, un peu incliné sur le côté, et marchait tranquillement en tête du groupe, les mains croisées derrière le dos avec fierté.
Yggie tenait la main de David. Elle avait appris à dire "Yeye" et "Nainai" la veille au dîner, et elle répétait ces mots en boucle, comme une comptine, amusée de les sentir sons dans sa bouche. Elle osait à peine regarder ses grands-parents dans les yeux quand elle les appelait, mais elle aimait voir leur réaction. Sa grand-mère, après avoir abandonné sa discussion avec Paul, lui avait tendu une prune séchée avec un sourire, et elle avait bredouillé :
- 谢谢, 奶奶... (Xièxiè, Nainai…)
Ce à quoi la vieille dame avait poussé un petit cri ravi et, en chinois rapide, s'était exclamée :
- 太可爱了!你的女儿真可爱!(Tài kě ài le! Ni de nu'ér zhēn kě'ài!)
Yggie avait gloussé sans même comprendre ce que la sorcière avait dit et avait continué le trajet en lui tenant la main.
Sur l’île, ils visitèrent une ancienne demeure transformée en musée. David, curieux comme toujours, lisait les plaques, s'arrêtait devant les photos en noir et blanc, interrogeait son père sur l’histoire coloniale de la ville. Yggie suivait du mieux qu’elle pouvait, mais elle commençait à fatiguer. Dans une petite cour ombragée, Ewan s’était arrêté à l’écart du groupe, et David, curieusement attentif, le rejoignit. Le vieil homme lui tendit une bouteille d’eau, qu’il accepta avec un "merci" un peu gêné.
- Tu poses beaucoup de questions, dit Ewan, dans un anglais teinté d’un très léger accent écossais que le temps en Chine ne pouvait pas effacer.
- J’aime comprendre, répondit David.
- Tu ressembles à ton père, mais tu as l’esprit de ta mère. C'est une bonne chose, mon garçon.
Yggie ne tarda pas à les rejoindre et prit le temps d'inventer une histoire avec sa mère, avec sa baguette en brindille. Ewan les observait parfois avec un mélange de bonheur et de nervosité. Wen Lin, elle, se mit à préparer chaque jour un petit plat rien que pour ses petits. Des boulettes de riz, des gâteaux aux haricots rouges... toujours avec le même sourire discret qu'elle ne partageait qu'avec Eileen.
Plus tard, alors qu’ils reprenaient le bateau pour le retour, Yggie s’endormit contre son frère, la tête lourde sur son bras. David gardait les yeux fixés sur l’horizon, le vent chaud dans les cheveux, une expression pensive sur le visage.
Et au fil des jours, le lien se tissa doucement.
Un matin, alors que Yggie tentait d’imiter les gestes de Wen Lin, qui cuisinait avec Eileen, elle fit accidentellement léviter une petite assiette de sauce. Elle eut un hoquet de surprise et fit semblant de rien. Wen Lin haussa un sourcil... mais ne dit rien, elle non plus. Plus tard, elle glissa à Eileen et Paul avec un fort accent :
- Elle deviendra une sacrée sorcière.
_______________________________________
Quand le voyage toucha à sa fin, Yggie refusa de quitter la maison sans avoir donné un dessin à chacun : à Ewan, un dragon très maladroit ; à Lin, elle-même tenant un mochi, les yeux en étoiles.
Dans l’avion du retour, Yggie s’endormit contre David en murmurant :
- Je voudrais bien y retourner un jour... Yeye et Nainai sont vraiment gentils.
Il sourit, en la couvrant un peu mieux avec la couverture.
- On y retournera. Hein papa ?
2020 mots (toujours plus long, oui oui)
De retour à la maison
12 ans et toutes ses dents ! - 13 Août 2050
_______________________________________
Le soleil tapait doucement sur la façade claire de la maison des grands-parents d'Yggie, déjà chauffée par le mois d’août. La jeune fille, encore avec le t-shirt léger et le short abîmé qu'elle avait mis la veille, attendait sur le petit muret de pierre devant la porte. Dans l’air flottait cette odeur d’herbe sèche, mêlée au parfum du rôti qui cuisinait depuis le matin. Ce parfum-là, elle l’associait toujours à sa grand-mère. Elle était la seule - du moins, c'est ce que sa mère lui disait - à être capable de faire un tel plat. La petite brune balançait ses jambes, observant distraitement une fourmi qui traçait sa route au bord de la pierre, quand la voix de sa mère l’appela.
- Ursa, viens, on est prêts à passer à table.
À l’intérieur, la grande salle à manger baignait dans une lumière tamisée. Les volets avaient été abaissés pour éviter que la pièce ne soit envahie par la chaleur extérieure, au grand soulagement de chacun. Imany, sa grand-mère, avait dressé la table avec la nappe à fleurs qu’elle sortait pour les occasions. Yggie s’installa à côté de David, qui lui ébouriffa les cheveux au passage.
- Hé ! Tu vas faire des nœuds ! Protesta-t-elle avec un demi sourire.
Le jeune adulte ricana et la laissa tranquille, retournant à la conversation qu'il entretenait avec son père. De son côté, David Wilson était affaissé dans son fauteuil en souriant. Qu'il était heureux, de voir sa famille réunie sous son toit. Cela ne changeait jamais. Le vieil homme avait cette façon de regarder ses petits enfants qui mélangeait fierté et bonheur. Mais il était fatigué, ses yeux plissés par le temps.
La conversation poursuivit sur des sujets simples - la chaleur de l’été, le potager, une mésange qui avait fait son nid près de la remise. Yggie écoutait, parfois glissant un mot, mais surtout, elle savourait le rôti. Après tout, c'était son anniversaire, il fallait bien qu'elle profite du repas. De toute façon, chacun ici savait qu'elle n'aimait pas vraiment participer aux conversations de grands. Le repas s’étira, ponctué des éclats de voix de sa grand-mère qui voulait absolument que tout le monde se resserve afin de ne pas faire de gâchis.
Il n'eut pas besoin d'attendre longtemps pour que le dessert arrive : une tarte aux abricots. Quelques bougies étaient plantées au dessus, allumées et dégageant une odeur de cire fondue. Paul fut le premier à chanter "Joyeux Anniversaire", rapidement rejoint par le reste de la famille. Eileen, de son côté, avait son téléphone en main, probablement en train de filmer une vidéo. Ne pas chanter et être au centre de l'attention de tous était un peu embarrassant pour Yggie, mais elle était tellement contente que cela passa facilement. Elle se balançait sur son siège au rythme du chant, impatiente de pouvoir enfin souffler sur les flammes qui avaient été déposées devant elle. Elle avait même entraîné Dave là dedans ! Pfouuuuu ! L'entièreté des bougies avaient été éteintes sous les applaudissements joyeux de la famille Prince-Wilson. Yggie adorait ça.
Elle fut la première à être servie et à croquer dans la pâte croustillante. Elle mangea lentement en laissant le goût s’attarder, consciente que ces moments avaient une saveur particulière. Mais rapidement après, son grand-père se leva, sa propre tarte à peine entamée, s'excusant d'une voix douce alors que son visage semblait plus pâle. Il devait aller se reposer. Il posa une main légère sur son épaule et lui embrassa la joue avant de quitter la pièce.
La chaleur de l’après-midi se faisait lourde, mais ils décidèrent malgré tout de marcher un peu. Imany était restée chez elle afin de prendre soin de son mari, mais elle ne comptait certainement pas empêcher Yggie de profiter de sa journée. Ils ne tardèrent donc pas à se diriger vers la lisière de la forêt, à quelques minutes à pied.
_______________________________________
- Bon, c’est moi qui compte, déclara David en arrivant sous les grands pins. Allez, filez vous cacher.
Yggie leva un sourcil. Ce n'est pas à moi de choisir le jeu ?
- Justement, c’est pour ça que tu auras l’honneur d’être trouvée en premier, répliqua-t-il avec un clin d’œil.
- Faites attention aux ronces, et pas trop loin des sentiers, intervint Eileen avec un amusement certain.
Paul, quant à lui, ramassa une branche suffisamment épaisse au sol. Vous courez, moi je fais mon bois pour l'hiver.
- Mais on est en août ! S'exclama David.
- Jamais trop tôt pour stocker. Ca nous servira bien quand papi et mamie viendront à la maison.
Il était vrai que lancer des sortilèges pour garder la cheminée allumée n'allait qu'un temps. Dès que quelqu'un venait à la maison, il fallait forcément se rabattre sur du bois. Pour couper court à la discussion, David commença à compter. Tandis que Paul partait en marchant, Yggie et Eileen se mirent à courir dans deux directions opposées.
La Poufsouffle fila derrière un vieux chêne, retenant son souffle. Elle connaissait cette partie de la forêt comme sa poche, peut-être même mieux que le reste de sa famille. Les aiguilles de pin craquaient un peu sous ses pas malgré ses efforts, jusqu'à ce qu'elle se fige en entendant la voix de son frère.
- Je sais que t’es pas loin, crapule...
Elle se plaqua contre le tronc, un sourire étirant ses lèvres. Bien sûr qu'il savait où elle irait. David était trop intelligent. Lorsqu'il avait dit vouloir l'attraper en première, le jeune adulte avait été totalement sérieux. Tout d'un coup, il surgit d’un côté de l'arbre, faisant sursauter sa sœur.
- Attrapée !
Ils éclatèrent de rire et repartirent aussitôt pour une course-poursuite, zigzaguant entre les arbres. Les jambes de David étaient bien plus longues que celles d'Yggie, alors il tentait de ne pas trop se précipiter, mais il arrivait sans gêne à semer la brune. Eileen, plus loin, qui avait visiblement abandonné l'idée de jouer avec sérieux, tentait d'aider sa fille sans aucune impartialité :
- Oh, attention Yggie, derrière toi ! Pars sur la gauche !
Après quelques parties, ils firent une pause sur de gros rochers couverts de mousse. Yggie s’assit à côté de sa mère, haletante mais ravie. David, lui, s’attaqua à grimper sur le plus haut des blocs. Il tenta d'atteindre l'endroit où Paul s'était posé, les cheveux au vent.
- Ne tente pas de me rejoindre, tu vas te casser la figure, lança-t-il en baissant les yeux. Son tas de branches l'attendait en bas, contre le rocher.
- T'as l'air sur de toi P'pa. Comme si j'allais te laisser profiter de la meilleure place tout seul, marmonna le plus jeune en levant son pied contre une partie de rocher stable.
Yggie leva les yeux au ciel, mais dans le fond, elle aimait bien ces moments où son frère jouait les acrobates. C'était plus rare, maintenant qu'il était grand. Mais elle se souvenait d'à quel point il l'avait inspiré à grimper partout, quand ils étaient petits. La petite brune ne se sentait pourtant pas à sauter partout, aujourd'hui. Elle était calme et avait envie de profiter du bruit du vent dans les feuilles et de l'odeur qui l'entourait. S'ils ne devaient pas rentrer bientôt, elle se serait bien endormie.
_______________________________________
En fin d’après-midi, alors qu’ils rentraient à la maison, le téléphone portable d'Eileen sonna. C’était un appel vidéo des parents de Paul. Il semblait qu'ils aient essayé d'appeler à plusieurs reprises au cours de l'après-midi, mais que le manque de réseau n'ait pas fait aboutir leur entreprise. Wen Lin et Ewan Prince apparurent sur l'écran du téléphone. L’image était légèrement pixelisée, la connexion vacillante, mais Yggie put voir leurs visages éclairés de timides sourires.
La conversation resta courte - la différence d’horaires, la fatigue, tout jouait contre eux - mais ils lui souhaitèrent un joyeux anniversaire avec cet accent familier et lui envoyèrent un baiser à travers l’écran. Les deux personnes âgées n'étaient pas à l'aise avec les technologies moldu, mais c'était certainement le moyen le plus efficace de leur transmettre leurs vœux.
Yggie aurait voulu leur raconter plus de choses, leur parler de son année à Poudlard, des choses qu'elle avait appris, puisque les deux vieux sorciers partageaient ce côté de sa vie avec elle, mais le temps s’écoula vite et l’appel prit fin. Ils avaient si peu d'occasions de parler ensemble... La brune resta quelques secondes à fixer l’écran noir, l'expression vide, avant de le rendre à sa mère.
_______________________________________
La nuit tombait doucement sur le jardin. Les grillons faisaient un concert quotidien ajoutant au charme de la vie en campagne. Après un repas léger, les restes du midi et de salade, ses parents lui dirent de s’asseoir dans le salon. Sur la table basse, trois paquets attendaient avec impatience d'être déchirés. Rien de gigantesque, mais Yggie n’en attendait pas plus. Elle déchira le papier lentement, savourant le geste, et les replia soigneusement d'un côté avec un geste habitué.
Le premier cadeau révéla un carnet à la couverture en cuir souple, parfait pour dessiner. Le second, une petite boîte contenant un jeu de cartes illustrées semblable aux 7 familles. Elle s’attarda longuement sur les dessins d'animaux, touchant du doigt les reliefs qui décoraient les cartes ici et là. Et enfin, le dernier paquet renfermait une écharpe aux couleurs froides, choisi par son frère. Elle leva les yeux, un sourire fatigué mais particulièrement grand aux lèvres. C’était tout ce qu’elle aimait, personne ne s'était pris la tête et chacun de ses cadeaux étaient particulièrement utiles. La brune remercia chacun en se jetant dans leurs bras avant que cela ne se transforme en un câlin collectif des plus chaleureux.
Néanmoins, la fatigue commençait à la gagner. Les jambes lourdes d'Yggie témoignaient de sa course dans les bois, ses paupières s’alourdissaient à cause de tout ce qu'elle avait pu voir au cours de la journée. Elle rangea soigneusement ses cadeaux dans sa chambre avant de se glisser sous ses draps.
En écoutant le bruit lointain de ses parents qui parlaient encore dans le salon, Yggie repensa à la journée. Ils s'étaient tellement amusés. C'était une journée comme une autre, au final, mais quelque chose qu'elle appréciait tellement qu'elle ne la changerait pour rien au monde.
1714 mots
De retour à la maison
À la croisée des Chemins - 17 Août 2050
TW : décès de PNJ âgé(validé)
__________________________
L’après-midi d’Août avait cette lourdeur particulière, faite de soleil un peu trop chaud pour être agréable et de bruit de cigales chantant tout au long de la journée. Dans le salon de la maison Prince, les volets étaient tirés à moitié, laissant passer de longues bandes de lumière qui glissaient sur les meubles et le parquet. L’air tiède sentait la poussière, le bois chaud, et vaguement la menthe qu’on avait fait infuser plus tôt.
Assise dans un coin du canapé, jambes repliées sous elle, Yggie tenait fermement sa manette en main, les yeux fixés sur la télévision. David était plus détendu, de l'autre côté du siège, et menait son personnage d'une main de maître. Le jeu coopératif qu'ils avaient lancé en début d'après-midi avançait plutôt bien. David s'occupait de la stratégie et des manœuvres les plus difficiles tandis que sa sœur avait en main les déplacements du véhicule et les choix des cinématiques. Tous deux semblaient beaucoup apprécier la nouvelle acquisition de l'ainé, prévoyant presque d'y jouer tout l'après-midi.
Néanmoins, ce ne fut pas la volonté de tous. Le temps avait décidé qu'ils pourraient jouer un autre jour et que cette chaude après-midi d'été deviendrait un peu plus morose. Yggie leva à peine les yeux lorsqu'elle entendit deux voix chuchotées venant du couloir, mais déjà, elle sentit que quelque chose n’était pas comme d’habitude. Ses parents, qui habituellement ne se gênaient pas à faire vivre cette maison de leur voix, apparurent ensemble, avec une expression grave difficilement compréhensible. Eileen tenait ses bras croisées devant elle, le corps tendu comme un fil, Paul avançait d’un pas mesuré avec une main fermement accroché à la taille de sa femme.
- Vous pouvez mettre sur pause et venir un instant ? Demanda doucement sa mère.
La voix avait tremblé légèrement. Le frère d’Yggie releva les yeux avec les sourcils hauts et mit immédiatement le jeu sur pause face à l'expression grave que portait Eileen. Lorsqu'Yggie la regarda finalement, elle fronça les sourcils. Une certaine détresse était perceptible sur son visage, mais... pourquoi ? De quoi voulait-elle leur parler ? Reposant sa manette, la petite brune se leva pour rejoindre ses parents. La main de David se glissa dans la sienne avec aisance tandis qu'Eileen lui embrassa le front.
- Qu'est-ce qu'il y a ? Ca... va ? Demanda-t-elle d'une petite voix.
- Ca va aller, t'en fait pas Ursa. On a quelque chose à vous dire au calme.
Ils s’installèrent tous les quatre dans le salon, manettes et papiers mis de côté, les deux parents face à leurs enfants. Paul prit une longue inspiration, son regard glissa vers le sol, puis remonta vers ses enfants, peiné. En remarquant ça, Yggie se mit à fixer ses genoux, quelque peu déstabilisée par ce silence. Elle essayait néanmoins de se concentrer sur ce que son père disait avec autant d'attention qu'elle possédait.
- Grand-père s’est éteint ce matin, dit-il enfin, d’une voix douce mais ferme.
Les mots tombèrent avec lenteur, mais ils eurent le poids d’un rocher jeté dans l’eau. Les ondes se propagèrent aussitôt dans la poitrine d’Yggie. Elle cligna des yeux, inspirant bruyamment, tandis que David restait bouche bée, ne retenant pas un "Oh merde..." inattentif.
- Vous saviez qu'il était très fatigué depuis un petit moment... Il... Il... Il est parti sans souffrir, pendant qu'il dormait.
Un silence suivit. Yggie inspira par le nez, son corps immobile comme une statue. Pas de larmes, pas de cris. Elle se tenait droite, ses yeux fixés quelque part entre le sol et ses mains.
- Tu veux... dire quelque chose ? Demanda doucement sa mère, dont l'expression devenait de plus en plus compréhensible.
Yggie secoua la tête. Sa gorge était si serrée qu'aucun mot ne pouvait passer. Elle ne sentait aucune larme, elle ne savait pas ce qu'elle ressentait. C'était un choc qu'elle avait tant de mal à envisager qu'elle ne semblait pas croire qu'il était réel. Dave, quant à lui, avait les yeux humides et reniflait abondamment. Il avait toujours mieux su maîtriser ses émotions, pensa la Poufsouffle. Il avait la réaction attendue pour une telle situation.
- C’est normal, reprit Paul comme s'il devinait à quoi elle pensait. On ne réagit pas tous pareil. Parfois, ça vient plus tard. Ton frère savait déjà que papi n'allait pas très bien. Je... je pense qu'il se doutait que ça risquait d'arriver.
Yggie hocha simplement la tête. Elle avait compris. Elle comprenait tout. De toute façon, David avait toujours été le plus proche de papi. Il l'a connu plus longtemps, ils étaient toujours fourrés ensemble, lorsqu'il était petit. Mais qu'est-ce qu'Yggie aimait son grand-père ! Elle se sentait particulièrement perturbée par son manque de réaction. Elle était triste, dévastée, elle le savait ! Mais les émotions, elles, semblaient rester comme derrière une vitre épaisse.
____________________
La journée continua, étrange et ralentie. Le repas du soir fut silencieux. Le bruit des couverts résonnait trop fort, jusqu'à ce qu'Yggie décide de manger les éléments les plus solides à la main. Eileen se leva plusieurs fois pour répondre au téléphone, échangeant des paroles basses avec les autres membres de la famille. Paul, pour efficacement détourner la douleur d'avoir perdu son beau-père, prit un ton pratique, organisateur, en expliquant avec peu de subtilité qu’il faudrait aller voir mamie, préparer les obsèques. David ne mangea qu'à peine, ses épaules repliées, son expression plus fermée que jamais.
Yggie, quant à elle, observait la scène se dérouler. Elle regardait le pain coupé sur la table, les verres à moitié pleins, la lumière qui dansait sur les murs. Elle notait intérieurement ces détails comme pour ne pas penser à elle-même. Tout ce qui l’entourait paraissait suspendu, lourd. C'était une atmosphère horrible et elle avait hâte d'aller se coucher pour oublier tout ça. Chaque fois qu’elle laissait ses pensées dériver, un souvenir de son grand-père remontait brusquement : lui penché sur ses roses, ses lunettes glissées au bout du nez, sa voix grave qui racontait des histoires de quand il était jeune. Alors, elle faisait de son mieux pour s'occuper et arrêter de penser.
La nuit finit enfin par tomber sur Poolewe. Les fenêtres laissèrent entrer l’air plus frais, on pouvait entendre le froissement régulier des feuilles d’arbres agitées par un vent léger. Yggie était montée dans sa chambre plus tôt que d’habitude. Elle était allongée sur son lit, les yeux perdu sur le plafond éclairé les reflets orangés du lampadaire de la rue. Elle resta longtemps immobile, à écouter les bruits de la maison.
Puis, lentement, les souvenirs qu'elle avait tenté de refouler toute l'après-midi recommencèrent à s’imposer. Le bruit de la canne de son grand-père sur les dalles du jardin. Sa manière de lui cuisiner des flans tous les dimanches, son odeur de tabac froid, tenace, mêlée au parfum des fleurs qu’il aimait planter.
Une pression sourde monta dans la poitrine de la jeune fille. Sa respiration devint irrégulière. Et soudain, sans prévenir, les sanglots vinrent. Silencieux et saccadés, Yggie avait l'impression que son corps avait tout retenu trop longtemps. Elle serra son oreiller contre elle, cherchant à étouffer les hoquets de sa gorge.
Elle pleura longtemps, seule, incapable de retenir les flots qui s'échappaient de son visage.
Le coup discret porté à la porte passa inaperçu. Avant qu’elle n’ait le temps de réagir, Yggie sentit deux mains s'accrocher autour de ses épaules et la pressant contre un torse portant l'odeur caractéristique de son père. Eileen était là, elle aussi, et faisait glisser sa main contre le dos de sa fille avec lenteur et réconfort.
- Ne t'en fait pas chérie, tu peux pleurer, on est là, murmura-t-elle.
Yggie s’essuya maladroitement les yeux. Elle se sentait terriblement mal, mais la chaleur qui l'entourait la réchauffait au milieu de son chagrin.
- C’est normal, dit Paul en passant sa main dans ses cheveux. Parfois, les émotions mettent du temps à bien s'enregistrer et te surprennent quand elles décident de ressortir.
- Il me manque déjà, souffla Yggie d’une voix brisée.
- Bien sûr qu’il te manque. Il nous manque à tous, parce que nous l'aimons gros comme ça. C'est une bonne chose, qu'il nous manque, n'est-ce pas ? Ca veut dire qu'on l'aime ! Et je te promet que papi le savait.
- Tu es sûre maman ?
- A cent pourcents, chérie.
Le silence qui suivit n’était plus pesant. Il était habité par une tendresse partagée mais fragilisée par les larmes.
- Tu sais, ajouta Paul, Elaïn va venir bientôt. Ce sera peut-être une bonne chose. Avoir ta meilleure amie auprès de toi, partager des moments avec elle... ça peut t’aider à respirer, à ne pas trop penser à tout ça.
- Ça n’enlèvera pas le chagrin, compléta la mère. Mais ça rendra les journées moins lourdes, et je t'assure que c'est le meilleur qu'il puisse y avoir pour toi.
Yggie acquiesça doucement. L’idée d’Elaïn faisait naître une petite lumière quelque part en elle. Elle imagina la voix vive de son amie, sa manière de remplir la pièce, ses rires. Cela contrastait avec le silence pesant de la maison, et soudain cela parut nécessaire. Si la brunette pouvait l'aider à ne plus se souvenir aussi fort... ça ne pouvait qu'être bon.
L'adolescente laissa tomber son front contre l’épaule d'Eileen et ferma les yeux, sentant la chaleur de leur présence autour d’elle. Le vide était toujours là, et il allait le rester un bon moment. Il fallait juste qu'elle apprenne à le gérer... mais Yggie ne savait pas trop comment faire ça.
1598
De retour à la maison
Cousinades chargées ! - 28 Avril 2044
Le soleil s'est levé doucement sur Poolewe, qui était encore drapé dans une brume légère. La maison de David et Imany Wilson, où tout le monde logeait pour l’occasion résonnait encore du silence de la nuit. Certains dormaient encore profondément dans la caravane installée dans le jardin tandis que d'autres ronflaient doucement dans les chambres d'amis mises à disposition. Une seule petite silhouette croyait s'être éveillée plus tôt que les autres.
Yggie posa ses pieds nus sur le parquet frais, serra son ourson contre sa poitrine et se dirigea sans bruit vers la fenêtre avec un pas endormi. Dehors, l’herbe était lourde de rosée et la lumière glissait à travers les nuages. La brune continua sa route vers la cuisine et se débatit pour s'asseoir sur l'un des haut tabourets qui était autour de la table. Ses affaires de dessin étaient déjà là, soigneusement rangées par une mère attentive. Elle attrapa des feuilles légèrement froissées et commença à tracer un bouquet de fleurs gribouillé et coloré. Elles ressemblaient aux fleurs qu'elle et ses grands-parents avaient cueillit la veille, bien que seul l'œil avisé de la jeune enfant pouvait le remarquer. Ses gestes étaient lents et appliqués, bien que très tremblants.
Dans la cuisine, Eileen préparait déjà du café. Elle n'avait pas remarqué l'arrivée de sa fille avant d'entendre le bruissement de ses feuilles de dessin. Une petite ninja, pensait-elle. La petite était immobile et concentrée, attirant un sourire attendri sur le visage de sa mère.
- Tu es déjà debout, mon trésor ? Murmura-t-elle en posant la cafetière.
Yggie leva les yeux et les cligna plusieurs fois avant de reposer son regard sur sa feuille.
- Je voulais dessiner tranquille avant que tout le monde se lève.
Eileen hocha la tête, ajoutant une confirmation sonore afin qu'Yggie puisse la remarquer. Elle ne doutait pas que ces derniers jours avaient été très éprouvants pour la plus jeune. Tout comme Paul détestait les réunions de famille, Yggie avait beaucoup de mal à supporter la surcharge d'activités, de bruit et de gens. Eileen trouvait toujours impressionnant que si jeune, la fillette ait déjà une certaine conscience de son attrait pour le calme.
- Tu as bien fait. Mais tu penseras à t’habiller tout à l’heure, d’accord ? N'oublie pas de te laver les dents après avoir mangé. Tu veux céréales ou des tartines ?
- D’accord, m'man. Des tartines sitoplé.
________________________
Vers midi, la maison s’emplissait déjà de monde. Les frères et sœurs d’Eileen arrivaient bruyamment, échangeant embrassades et plaisanteries. Leurs enfants mirent plus de temps à émerger, les plus âgés préférant profiter d'une bonne grasse matinée. Les plus jeunes, quant à eux, bondissaient déjà dans le jardin à toute allure. Le parfum des plats cuisinés se mêlait à celui du bois humide dehors.
Yggie, après un petit déjeuné bien mérité, avait joué avec sa cousine qui partageait son âge. Cela fut cependant de courte durée, puisqu'elle n'a pas tardé à s'esquiver discrètement. Assise sur la balançoire, elle se balançait doucement, observant les enfants qui l'entouraient et les adultes qui parlaient forts. L'odeur de la nourriture lui donnait l'eau à la bouche. Sa contemplation, agréable et reposante, fut interrompue par David peu de temps avant le repas.
- Yggie, tu viens ? On va faire un match avec les cousins.
- Hm...
Le jeune garçon, âgé de treize ans, avait un ballon sous le bras. Il perçu facilement l'hésitation de sa petite sœur mais décida d'insister un peu. Il savait très bien qu'Yggie aimait jouer au ballon et qu'elle profiterait sûrement de l'activité.
- Ca fera passer le temps plus vite, tenta-t-il.
- Hm... bon, d'accord.
David ébouriffa ses cheveux en souriant largement avant de l'entraîner vers le reste de sa famille, tout fier de lui.
________________________
À l’intérieur, Paul s’était réfugié dans un coin du salon. Ses épaules semblaient raides, ses yeux fuyants. Qu'est-ce qu'il ne donnerait pas pour avoir sa baguette avec lui, en ce moment. Le sorcier appréciait l'idée même de cette journée, mais il avait toujours dit que la famille d'Eileen était trop grande pour lui. Il parlait par petites phrases avec son père, Ewan, dans un échange sobre mais rassurant. Wen Lin, malgré ses difficultés avec la langue anglaise, discutait avec Imany de travail, de couture, et surtout de différence culturelle. Il n'était pas habituel pour les deux femmes de croiser tant de diversité au sein d'une même maison.
Eileen, qui virevoltait entre la cuisine et la table dressée, ne le quittait pas vraiment des yeux. Elle savait qu’il ne tiendrait pas indéfiniment, qu’il finirait par s’éclipser s’il ne se ménageait pas. Alors, elle faisait ce qu'elle faisait de mieux : elle compensait. Sourire chaleureux à la famille, attention à chacun, blagues échangées avec ses frères et sœurs, mains toujours occupées. Elle portait seule ce rôle social sans trop de difficulté. Ils faisaient tous parti de sa famille, et la rousse savait bien que la situation était différente pour Ewan et Wen Lin, qui ne venaient que très rarement au pays.
________________________
Plus tard dans l’après-midi, les parents de Paul décidèrent de rentrer plus tôt. La fatigue du voyage commençait à se faire sentir. David Wilson était, quant à lui, parti se coucher un peu plus tôt, la sieste se faisant trop tentante.
- Nous avons été très heureux, Paul, mais nous allons rentrer nous reposer, expliqua Wen Lin en posant une main tendre sur la joue de son fils.
- Bien sûr, Ma. Merci d’être venus, répondit Paul avec douceur.
En les raccompagnant jusqu’à la voiture, le sorcier aperçut Yggie, perchée dans un arbre, les jambes pendantes et le carnet ouvert. Son expression sérieuse le fit sourire, de même que la pensée d'à quel point Eileen aurait paniqué face à la hauteur à laquelle elle se trouvait.
On est bien deux à s'évader, pensa-t-il. C'est pas ma fille pour rien...
________________________
Le soleil déclinait quand la maison commença enfin à se vider. Les cousins repartis, les oncles et tantes également, la maison de David et Imany reprenait petit à petit son atmosphère habituelle. Le silence retombait peu à peu, brisé seulement par quelques chaises qu’on rangeait et les pas feutrés de ceux qui bougeaient dans la cuisine.
Paul, visiblement soulagé, s’assit dans le salon presque désert, un livre à la main. Ses traits crispés se détendaient lentement. Yggie s’approcha en silence, sa feuille serrée contre elle. Elle grimpa sur le canapé et se hissa contre son père, posant son dessin sur ses genoux.
- Regarde... c’est l’arbre, dehors. Tu le vois ?
Paul posa le livre, baissa les yeux. Le dessin représentait un tronc trop large et un feuillage rond et particulièrement saturé. Il était indéniable que la jeune fille ait voulu reproduire l'arbre dans lequel elle était perchée plus tôt, et, selon Paul, la tentative était fructueuse.
- T'as géré, Ursa. Il est vraiment joli. Tu veux le montrer à maman ? Mais attention, ne lui dit pas que tu as grimpé dedans, sinon elle risque de te disputer.
Yggie cligna plusieurs fois, incertaine, puis sourit au compliment. Elle embrassa Paul sur la joue et fuit en direction de la cuisine, là où vagabondait Eileen depuis quelques minutes.
________________________
Un peu plus tard, dans la cuisine, Eileen rassemblait les assiettes. Elle s’autorisa enfin à souffler et à mettre un peu de musique. Paul la rejoignit, les mains dans les poches, il avait l'air un peu tendu.
- Merci d’avoir tout porté, Leen. Tu as été incroyable.
Elle haussa un sourcil, amusée. Porté ? Tu as été là, toi aussi, tu sais.
- Pas vraiment, souffla Paul avec une expression gênée. Tu sais que je...
- Je sais. Et ça me va, ne t'en fait pas. Je sais bien dans quoi je me suis embarquée, rit-elle en posant sa main sur la sienne.
Et Paul se souvint comme la veille pour quelles raisons il était amoureux.
Dans le salon, Yggie s’était endormie sur le canapé, la télévision allumée sur une chaîne de dessins animés. David dormait à côté d'elle, les membres écartés comme une étoile de mer. Il avait une petite tâche de terre sur le bout du nez. Ils furent tous deux déplacés dans l'une des chambres d'amis qui leur avait été attribuée par des bras agiles et forts, les laissant avec des souvenirs doux d'une longue et périlleuse journée en famille.
1397


