Parce qu'il faut donner signe de vie

Je restai planté là, le mouchoir tendu devant moi. Mes doigts hésitèrent une seconde avant de le saisir, trop conscients du poids symbolique d’un simple carré de tissu. J’aurais préféré disparaître. Mais non. Il fallait essuyer. Alors j’essuyai. Lentement. Comme si la dignité pouvait se reconstituer par frottements circulaires.

Je marmonnai quelque chose d’inaudible, un remerciement sans doute, noyé dans ma gorge sèche. Le regard de Paige me brûlait la nuque. J’étais certain qu’elle se retenait de rire encore. Mon “secret n’ira nulle part.”. J'espérai bien...

Je continuai à tapoter ma nuque, à moitié pour chasser la trace, à moitié pour donner l’impression que je contrôlais la situation. Mais intérieurement, je ne contrôlais rien. C’était la volière qui avait gagné. La maison des hiboux m’avait jugé indigne, et sa sentence avait été… spectaculaire.

Quand Paige ajouta que ça portait chance, je crus d’abord mal entendre. La chance ? Sérieusement ? Être baptisé par les entrailles d’un volatile, c’était ça, la promesse d’un avenir radieux ? Je laissai échapper un souffle incrédule, presque un rire étranglé. Pas parce que c’était drôle. Mais parce qu’il fallait bien trouver une brèche dans le mur de la honte.

Je me dis alors que peut-être elle avait raison. Peut-être que les superstitions ridicules étaient là pour ça : donner un sens aux humiliations. Comme une sorte d’équilibre cosmique. On prend un coup aujourd’hui, on reçoit un cadeau demain. Je n’étais pas convaincu, mais c’était rassurant d’y croire deux secondes.

Je rangeai le mouchoir dans ma poche, me promettant de le laver avant qu’il ne contamine tout le tissu de ma robe. Puis je relevai les yeux vers elle, je sentis mes lèvres se plier en retour. Pas un grand sourire, non. Plutôt une grimace incertaine.

« Mouais...», soufflai-je enfin, d’une voix basse.

Et dans un coin de ma tête, une pensée s’imposa, grinçante mais sincère : si la chance devait vraiment commencer ainsi, j’étais curieux, et un peu inquiet, de voir ce qu’elle m’apporterait ensuite.

·


Finalement, nous sortîmes enfin de la volière. Le mouchoir avait sauvé la situation… un peu. Mais la vilaine trace sur ma nuque, elle, refusait de disparaître. Une grosse ligne brune, comme si le hibou avait signé son chef-d’œuvre. Pire je la sentais couler le long de ma nuque. Une douche. Oui. Une vraie, chaude, longue, capable de faire disparaître tout ça. Et peut-être ma fierté en option.

On monta les escaliers. Chaque marche me rapprochait de la délivrance, mais je sentais mes pieds flageoler un peu, et j’avais cette impression ridicule que les murs me regardaient. Douche. Savon. Dignité. Douche. Savon. Dignité. Je répétais le mantra dans ma tête.

Puis, juste devant le heurtoir en forme d’aigle, je vis une silhouette. Mon cœur fit un triple salto. Panique. Ma nuque. La trace. Tout ça. Quelqu’un allait me voir. Et pas juste voir… comprendre.

Je tendis la main et, sans réfléchir, empoignai celle de Paige.

« Viens ! »

Pas de question, pas d’option. Juste une prise ferme et désespérée. Je n’attendis pas sa réaction et l’entraînai presque en courant, mes pieds glissant sur les marches tandis que nos mains restaient liées, emportés par l’élan de la honte, sans vraiment savoir où tout cela nous mènerait...

@Paige Barrow

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Parce qu'il faut donner signe de vie
Le mouchoir hors de sa main, elle laisserait quelques minutes flotter. Un temps que l’Aigle prendrait à ruminer, mais ça, elle ne pouvait pas le savoir. Au lieu de ça, elle croiserait le regard des hiboux, empli d’un touche de jugement. Il faut dire que les deux sorciers occupaient la volière depuis un bout de temps, accomplissant contre leur grès des tâches secondaires farfelus.

Enfin, elle se retournerait vers Artemis, toujours sans imaginer l’ampleur des pensées de celui ci. L’incident n’était pas effacé, elle le voyait au rouge des joues de son ami. Pour elle cependant, il pourrait bientôt s’effacer.

Quiconque les verrait n’irait probablement pas à imaginer l’histoire derrière cette trace ingrate. Et s’il le faisait, et avait un brin de maturité, s’en moquerait. Artemis n’était probablement pas le premier, et ne serait pas le dernier, à être la victime des volatiles.
Ces réflexions cependant, Paige les garderait pour elle. Parce que la honte était quelque chose d’incontrôlé, et qu’elle n’avait déjà pas su trouver les bons mots. Il s’agissait de ne pas empirer la situation, ainsi, elle laisserait simplement les évènements la porter.

Déjà, ils seraient sortis de la volière, avaient gravis le chemin du Nid et elle serait entrainée par la poigne d’Artemis. Ne pas prendre le temps d’échapper un mot, malgré la surprise. Si elle aurait voulu le lâcher, elle ne voulait pas le laisser partir seul. Il lui semblait qu’il serait alors emporté, par un étrange courant, et que tout et n’importe quoi risquait de lui arriver. La Galloise préférait éviter.

Dévaler les escaliers. Bien trop vite, dépendant de l’agilité de ses jambes, dans un automatisme réflexe sans lequel elle se serait vautré au sol. Encore une fois, elle forcerait son esprit à ne pas y penser, et suivrait le sorcier.

Emprunter un chemin dont elle ne connaissait pas la destination, sentant finalement une certaine hilarité l’emporter. Elle n’échapperais pas de rire, pas même un sourire. Mais intérieurement, la malice l’emportait. Heureusement, elle serait déjà distraite par un virage serré, puis un autre et un autre encore.
À suivre ici
@Artemis Fraser

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Cour de la Semeuse de Discorde - Merci à la Galerie d'Avatars pour le sublimissime vava