Accord amiable
𓆩♡𓆪Date: 2050
Avec: @Kieran HawthornePassant la main sur le tissu de ma veste, je m'arrête devant la porte, les yeux rivés sur le panneau avec un dégoût absolu. Rien ne me fait plus grincer des dents que les cafés ou les restaurants ou les magasins. Tout ce qui invite les autres n'est rien pour moi, rien que des trivialités et de l'inutilité, et pourtant, me voici, une main sur la porte, la poussant pour l'ouvrir avec un lent soupir. Elle ne grogne pas en coulissant.
C'est pour mon avenir, me dis-je, sans prendre la peine d'esquisser un sourire placide à qui que ce soit. Je dis bonjour, un bref hochement de tête, à la personne qui porte un tablier, puis je trouve une table vide de clients, cachée des regards furtifs et un peu à l'écart. Je prends le meilleur siège, bien évidemment, dos au mur.
Quelle idée j'ai eu ! Me jeter dans les mâchoires d'une femme dont je ne connais pas le visage, juste pour la faible pensée de peut-être, peut-être, un peu de paix. C'est une exagération, je réalise, tandis que mes yeux parcourent le menu, à peine attentifs au flot d'informations. Je connais son visage, même si je me souviens peu de ses traits, rien mis à part ses yeux saisissants qui exprimaient chaleur et douceur, rien qui puisse m'être associé. C'est vraiment dommage, cette situation, cette vie. Elle aurait fait une excellente épouse pour n'importe quel homme, autre que moi, cette femme dans le besoin, mais voilà où l'univers nous a conduits, et je ne suis qu'un esclave. Je le serai toujours. Coup dur sur coup dur, quand l'opportunité s'est présentée à moi, je n'ai pu que la prendre avec des mains hargneuses et crispées. Des mois maintenants que mon père m'agace de questions, de jugements, de phrases endolories. J'aurais pu soutenir ça, ses paroles, mais les regards de ma soeur, inquiète et douce ont fait de moi un homme faible. Si ce n'est que pour apaiser son pessimisme, je me suis lancé dans cette duperie de manière abrupte, stupide et peu pensée.
Il n'y a rien à dire. Le dossier, fin et concis qui dort dans ma malette n'est là qu'en apparence de légalité et de politesse. Je ne veux pas plus voir cette femme que je ne veux être ici, dans ce café, mais les circonstances semblent s'opposer à ma volonté, comme toujours. Je n'en ai parlé à personne, et cela tombera sur la table du dîner de famille comme un marteau sur du verre, brisant la légère fragilité que j'ai inlassablement construite autour de ma vie, mais peu importe, car cette famille est brisée. Cette chose, cet arrangement, m'apportera la tranquilité d'esprit que je désire tant et l'espace pour vivre comme je l'entends, aussi longtemps que cela durera. Je ne verrai jamais cette femme plus que nécessaire. Certes, les premiers mois seront un enfer— fêtes, dîners et invitations ne manqueront pas de surgir dans ma cheminée jour après jour, mais après cela, après la tempête et le déferlement des vagues, la température baissera et tout se calmera et les choses redeviendront comme avant. Serein.
Ce n'est rien de plus qu'une transaction. Un échange de bons procédés. J'ai besoin d'une femme, elle a besoin de sécurité, de nationalité. J'ai longtemps souffert de ce monde si transactionnel, ne comprenant pas, jeune et insipide, pourquoi les relations humaines s'arrêtaient tant à ce qui était donné et reçu. Pourtant, alors que je commande un café —sans l'attendre, car pourquoi l'attendrais-je ?—, je ne peux que me réjouir de ce mode de fonctionnement que j'ai si facilement adopté lors de mes études. Les humains, moldus et sorciers ne sont que corruption et malice. Il suffit simplement du déclic, du petit évènement qui fait basculer un écosystème, qui réarrange les neurones d'une personne, qui modifie la façon dont son corps produit toutes hormones nécessaires à la régulation émotionnelle, qui change sa perception et tout chavire. Comme ça, d'un coup— une photo mal placée, un mot dit de manière maladroite, un sourire idiot, un regard de trop.
Doucement, je soulève ma tasse à mes lèvres et laisse mon regard saupoudrer la salle. Il n'y a rien à voir, comme toujours, mais je suis satisfait de savoir qu'aucun client n'est présent. Mes clients sont les siens, à ce patriarche acariâtre, et je n'ai aucune envie de laisser tout mot partagé cet après-midi transpirer à ses oreilles rouges et fripées.
Sera-t-elle en retard? À l'heure? Bien habillée? Souriante? Avenante? Ce n'est qu'une transaction pour elle, j'en suis bien sûr, et pourtant, j'ose me demander si c'est une de ces femmes romantiques, qui, comme dans les romans que ma nièce se permet de lire, ont toujours un minuscule sentiment d'espoir tournant dans leurs poitrines. Sera-t-elle appréciée par la famille? J'avoue ne pas être si mauvais de cœur— ce n'est qu'un arrangement, oui, mais il serait bien qu'il soit avantageux pour toute personne incluse, et surtout, un minimum agréable. Ma soeur l'acceptera sans soucis, avec un sourire doux et heureux, et son mari ignoble le fera aussi, lui offrant bijoux et autres idioties de son atelier. Mon père? Elle est de bonne famille, elle lui permettra de mettre un pied dans la sphère internationale. Je soupire. C'est inutile de me poser des questions.
D'un geste lent et précis, je glisse un document sur la table, croisant les jambes et l'attendant, regard rivé sur ma lecture. Je déteste ne rien faire, et l'attente s'avère déjà longue. Le travail, toujours le travail, ma douce aux bras chaleureux m'acceuille alors que je me plonge dans chiffres, lois et textes.𓆩♡𓆪
Reducio
- PNJ Actif
- Identité du/des PNJ (Prénom, Nom) : Earl Chambery
- Lien avec le PJ : oncle
- Lien dans le répertoire : ici
- Ce RP aura-t-il un impact sur mon PJ ? oui
- Si "oui", impact envisagé : mariage
- Note : je ne sais pas si l'impact envisagé est assez important pour justifier ce RP, donc dans le cas ou ça n'est pas suffisant, je considère ce RP comme sans impact pour mon PJ
Accord amiable
Reducio
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2050
C'est avec son habituel sourire étincelant que Dohwa transplane devant l'enseigne du Café du Rosier. Du bout de ses doigts fins, elle caresse distraitement la dentelle ivoire du jabot qui orne la blouse de la même couleur, à demi dissimulée sous son mantelet. Cette petite cape, qui ne descend guère au-delà du creux de la taille, s’accorde parfaitement à son corsage étroitement ajusté, lequel épouse ses formes avant de s'évaser généreusement en une jupe ample aussi bleue que le ciel... ou du moins, de ce qu’il aurait pu être. Il fallait dire que la voûte céleste britannique, constamment voilée d’un gris morose, n'était que peu coopérative lorsqu'il s'agissait de faire des métaphores avec le bleu.
Quoi qu'il en soit, après un dernier regard vers la vitre pour s'assurer que le reflet qu'elle y apercevait la satisfaisait, l'asiatique pousse la porte et salue les employés d'un ton aimable avant de chercher des yeux le collègue de son cousin. Car c'est à travers Lloyd que s'est faite leur première rencontre ; et dès l'instant où le mot mariage a pris forme dans leur échange laconique, elle a su qu'il était précisément l'homme qu'elle cherchait pour cette union de convenance. Il ne lui accordera guère plus d'attention que nécessaire, pas plus qu'elle ne s’éprendra de cet homme distant. Il valait mieux s’épargner des sentiments superflus, autant pour elle que pour lui.
L'adolescente qu'elle avait été autrefois se serait offusquée devant une telle froideur de calcul : enfant, elle rêvait d'un mariage heureux dans lequel son partenaire la couverait d'amour et de tendresse. Mais les circonstances étaient ce qu'elle étaient, et l'adulte désormais avait besoin d'un nom et d'une nationalité pour se frayer une place dans cette société qui la percevait encore comme étrangère. Les Ryu avaient beau s’être bâti une réputation d'éminents alchimistes dans la sphère aristocratique de son pays natal, leur influence était loin de rayonner au-delà de ses frontières – encore moins parvenir jusqu'aux îles britanniques.
Soupirant à cette pensée, elle jette un regard circulaire autour d'elle avant de repérer l'anglais un peu plus loin, le dos appuyé contre le mur. Un discret sourire amusé relève un coin de ses lèvres lorsqu'elle constate que toute l'attention de l'homme est rivée sur son dossier ; il était fidèle à l’image qu’elle s’était forgée à partir de sa première impression de lui : un homme méthodique et redoutablement protocolaire.
Elle s’avance alors vers lui, les plis de sa jupe voletant au gré de ses pas et épousant la cadence du martèlement régulier de ses mocassins à talons sur le parquet. L'idée de paraître devant lui dans une robe d'une pudeur discutable pour le bousculer quelque peu lui avait effleuré l'esprit un court instant ; sentir son regard se poser sur elle avant qu'il ne se détourne prestement, scandalisé, aurait pu être un spectacle fort distrayant. Mais son dessein était de se trouver un mari convenable, un arrangement sensé : et ce n'était certainement pas en cherchant à le troubler dès leur première entrevue qu'elle y parviendrait. Elle aurait tout le loisir, plus tard, d’éprouver l’étendue de son sang-froid – une fois le dossier signé et l’alliance passée.
Les effluves familières du café s’élèvent jusqu'à elle, et la coréenne ne manque pas de remarquer non sans un haussement de sourcil surpris la tasse encore fumante trônant déjà sur la table. La sorcière ne s'en formalise pas pour autant, mais elle se note dans un coin de la tête que ce monsieur est diablement ponctuel, ou bien sacrément impatient.
« Mister Chambery, l'interpella-t-elle d'une voix douce, se penchant légèrement vers le visage de celui-ci pour capter son regard. Bonjour. J’espère ne pas vous avoir trop fait attendre. »
Son sourire se fait plus réservé, plus poli alors qu'elle lui tend une main, sa paume vers le sol. Du peu d'informations qu'elle détenait de lui, l'avocat semblait être davantage un adepte de la poignée de main que du baisemain. Eh bien, il lui faudrait désormais composer avec cette entorse à ses habitudes : un peu de galanterie ne l’assassinerait pas, assurément.
675
Accord amiable
1249 mots𓆩♡𓆪Date: 2050
Avec: @Kieran HawthorneLes doux bruits de la vie ont depuis longtemps disparu de mon esprit, rien qu'un murmure à mes oreilles tandis que je me plonge dans mon travail. La tasse à mes côtés est chaude, un peu trop pour moi, alors je la laisse fumer et refroidir à côté de mes documents, parfaitement immobile, le stylo à la main. Première de mes discorde avec mon père, ce stylo. Lui, éternel traditionaliste, et moi, pur fonctionnaliste, ne nous entendions pas sur l'usage des plumes ou des stylos, et j'avais donc été enfermé dans un bureau plus loin que le sien, le long du couloir, proche de la secrétaire, pour qu'il n'entende pas le clic du stylo, disait-il, bien que ce ne soit pas un stylo à bille mais à encre.
Ça m'a fait mal, au début. Maintenant, je n'éprouve rien d'autre qu'un étrange sentiment de contentement, car mon bureau est vaste et grand, la fenêtre assez petite pour garder le soleil hors de la pièce et les murs suffisamment épais pour retenir les bruits extérieurs là où ils doivent être : dehors.
Je ne vois pas le temps passer. Rarement, quand il s'agit du travail. Encore un désaccord là -bas, bien que ce soit avec ma sœur, et je soupire doucement, en passant une main sur mon front, parce que ma vie ne semble être rien d'autre que des désaccords.
Je l'entends alors, le lent claquement des talons, et lentement, délibérément, je lève la tête. La voilà , et bien que je ne me sois pas souvenu de son visage quand je suis entré, je sais maintenant que c'est elle que j'aurais comme épouse dans les années à venir, et alors la pensée me semble si innée, si normale que j'en ai presque peur. Il y a quelque chose d'inexplicable dans son regard, dans la forme de ses épaules et la rectitude de sa colonne vertébrale. Je peux voir une vague de confiance irradier de sa peau rosée alors qu'elle s'approche, les lèvres ourlées, et je sais alors que je me suis vraiment jeté dans la gueule du loup, car je suis un homme perdu sous son regard.
Alors, je referme mon dossier d'un mouvement doux. Je me permets un seul regard et pas plus. Mes yeux glissent le long de son corps, qui n'est pas grand—je me souviens l'avoir dominée de toute ma hauteur lors de notre toute première rencontre, ses yeux me regardant de bas en haut, bien que je suppose que ses talons remédient à ce léger mécontentement. Elle est bien habillée et ressemble aux femmes qui jonchent les premières pages des magazines sur le bureau de ma secrétaire, la femme elle-même plutôt friande de mode. Ce n'est rien que je puisse discerner, car je ne me soucie pas de la mode—mes costumes sont bien faits, chers et sur mesure, et ne permettent aucune diversité. Chaque matin, quand j'ouvre les portes de mon dressing, je trouve des rangées et des rangées de tissu noir qui me regardent avec une pure satisfaction. Une chose de moins à penser.
Elle est, objectivement, jolie. Elle a une qualité que l'on trouve rarement chez les autres femmes de la société et cela me déstabilise, car si j'avais bien réfléchi, j'aurais trouvé une femme d'apparence tout à fait ordinaire avec des cheveux ternes et une peau triste. Elle n'est rien de tout cela, et mes yeux glissent le long de son bras et se posent sur sa main, si frêle et délicate, ses longs doigts arqués vers le bas comme si elle voulait que je les prenne dans les miens.
Je sais alors que tout cela a été une erreur. Elle me déstabilise d'une manière que je ne peux pas gérer, et je regarde fixement l'étendue de sa peau, ma propre main trouvant la sienne. Je me sens comme un garçon, jeté dans une mêlée pour trouver la plus belle main à embrasser, et le mouvement est étrange, maladroit et inconnu contre mon corps alors que je me penche et laisse mes lèvres effleurer sa peau pendant un instant.
Et je suppose que le monde est contre moi, parce qu'elle sent bon comme une fleur, et me rappelle le printemps vu à travers les yeux d'un enfant, de sa beauté et de sa richesse, du vent frais dans mes cheveux et du soleil tapant sur ma peau.
Je m'écarte et désigne d'un geste le siège vide devant moi. "Mademoiselle Ryu," je commence, en gardant un ton froid et lent. Je ne veux pas qu'elle me pense chaleureux ou gentil. Je refuse de lui donner mon nom avant toute signature. Souhaitait-elle garder le sien ? Je ne m'en souviens plus. "N'ayez crainte, je ne suis là que depuis quelques minutes."
Je ne la fixe pas alors, bien que j'aimerais le faire. Il y a une pointe de curiosité enfantine qui s'épanouit dans ma poitrine, me rappelant ma nièce et ses nombreux passe-temps, et je la déteste, cette curiosité, pour la façon dont elle me fait me sentir. Je glisse lentement le contenu de notre accord, tout cela de l'encre sur du papier, dans une chemise sobre, vers elle. "Ça devrait être rapide," je fredonne. "Comme convenu, tout est là ," j'ajoute, en ouvrant le carton et en faisant glisser mon doigt à travers les différentes conditions de notre mariage. Je n'ai pas été particulièrement exigeant dans cet arrangement, et je n'ai à peine jeté un coup d'œil à ses propres demandes. Nos avocats ont fait la plupart du travail, même si je détestais avoir si peu de part dans la création de ce contrat qui liait nos âmes. "Faites-moi savoir si nous avons oublié quelque chose. Dès que ce sera signé, ce sera acquis, et nous pourrons procéder aux autres arrangements. Je me suis assuré que vous serez bien accueillie chez moi et que vous disposiez de la moitié de l'espace, tout comme moi. Mon père a exigé un dîner, et bien sûr nous devrons penser au mariage lui-même, bien que je préfère vous laisser le soin de vous en occuper. Vous avez mes fonds, ceux de mon père et les vôtres. S'il y a des...," je lève les yeux vers elle, pensif. "Des particularités culturelles que vous souhaiteriez intégrer à ce mariage, n'hésitez pas à me les faire savoir."
Mon café est à la température que j'aime à présent, et je le porte à mes lèvres, observant cette femme qui sera mienne sous peu. Bien que ça ne veuille rien dire, rien de plus que ce café que je bois, ou cette chaise sur laquelle je suis assis. Il est explicité dans ce contrat une liberté totale, et aucune clause contre l'infidélité, ce qui ne me dérange pas, tant que c'est maintenu à huit-clos. La sachant de bonne famille, je ne doute pas de sa discrétion.
"Avez-vous des questions ?" j'ajoute enfin. Le café me réchauffe l'estomac et mon humeur s'en trouve un peu meilleure, ne serait-ce que grâce à lui. Je tapote la table du bout des doigts, une main posée sur mes genoux, et cette fois, je la regarde. Impossible de l'intimider, même si je n'ai pas envie d'essayer, alors je suppose que l'honnêteté suffira. "Je souhaite que cet arrangement soit aussi bénéfique pour vous que pour moi. Après les quelques semaines de rencontres, vous pourrez vaquer à votre vie et moi à la mienne. Nous nous verrons rarement, et seulement lors d'évènements. Je vous demande tout de même de minimiser vos invitations dans ma—notre maison. J'y travaille souvent, et je déteste les distractions."𓆩♡𓆪
Accord amiable
Il y a, dans les gestes de cet homme qu’elle imaginait pourtant plus rudes, une étonnante douceur. Dans la manière mesurée avec laquelle il referme le dossier ; dans la précaution maladroite dans laquelle il saisit sa main et y dépose ses lèvres, comme si elle était faite de verre. La nuque de la coréenne est parcourue d’un frémissement imperceptible lorsqu’elle sent le regard de l’homme l’effleurer.
Elle a l’habitude des regards, pourtant. Ceux qui la jaugent avec une convoitise poisseuse qui lui colle désagréablement à la peau. Ceux glacés et alourdis de désapprobation paternelle. Ou bien encore ceux, d’un jugement acide habilement enrobé de la douceur sucrée d’une fausse compassion : c’était celle que l’on réserve aux femmes ayant depuis longtemps dépassé l’âge convenable où l’on s’éprend et se marie. Mais ces regards-là peuvent être ignorés lorsqu’on apprend à le faire, contrairement à ces yeux clairs face à elle qui la sondent dans une expression qu’elle peine à déchiffrer.
La froideur du ton de l’homme la ramène doucement à la réalité, et elle hoche vaguement la tête avant de prendre place sur le siège qu’il lui désigne. Ses mains lissent patiemment les plis de sa robe avant de se poser sur ses cuisses, l’une sur l’autre. Tout en écoutant l'anglais d’une oreille attentive, son regard marron s’amarre sur le dossier qu’il dépose sur la table et coule le long de ces lignes noires allongées sur le papier. Ces mêmes lignes allaient régir sa vie pour les années qui allaient suivre sous le joug de leur mariage contractuel ; aussi les parcourt-elle avec minutie et retourne les mots dans tous les sens pour en déceler une quelconque signification dissimulée ou une clause qui lui serait désavantageuse. Mais il n'en était rien.
La voix de l’homme retentit à nouveau, l'arrachant à sa lecture. Signé. Acquis. Des mots bien ternes et froids pour désigner ce qui allait être leur mariage. Elle a beau se convaincre qu’il représente tout ce dont elle recherche chez son futur époux, elle ne peut étouffer cette insidieuse appréhension qui s’infiltre dans ses viscères, et ce doute qui vient subrepticement fissurer ce masque d’assurance qu’elle dresse obstinément entre eux. Et alors que ses prunelles s'efforcent de poursuivre leur exploration à travers les méandres administratifs de leur union, un mot la fait lever les yeux du papier pour dévisager son interlocuteur.
« La... moitié de l'espace ? » répète-t-elle, le visage légèrement penché sur le côté.
Si la curiosité et l’interrogation sont les premières couleurs qui teintent son regard, elles ne tardent pas à céder leur place à une lumière de compréhension suivi d’un amusement qu’elle laisse échapper en un discret rire caché derrière sa main. Cet éclat de voix contenu ne quitte pourtant pas l’étroit périmètre des convenances, dessiné par cette retenue instinctive que l’on lui a inculquée. Les barreaux invisibles d’une éducation trop exigeante s'érigent autour d’elle et la restreignent dans ses mouvements : ces codes ne l’auraient jamais autorisée à s’esclaffer sans mesure.
« Vous inspirerais-je donc si peu confiance, au point de restreindre l'accès à … votre partie de la maison ? Voilà qui me chagrine », relève-t-elle d'une voix faussement attristée.
Malgré ce petit spectacle théâtral auquel elle s’adonne, un léger sourire s'accroche sur ses lèvres – signe qu’il s’agit là d’un de ses traits d’humour singuliers, sans autre dessein que celui de prendre l’homme de court. N’attendant pas particulièrement de réaction de sa part, l’asiatique se contente d’arranger le ruban qui disciplinait ses cheveux de jais en une demi queue-de-cheval, et de laisser le sorcier reprendre.
L'asiatique opine du chef à la mention du dîner imposé par son paternel : rien qui ne sorte de l’ordinaire, en somme. Elle ne peut toutefois s'empêcher de se demander comment sera son futur beau-père. Sera-t-il avenant, enchanté à l'idée que son fils s'unisse à une autre ? Ou bien regardera-t-il ce dernier comme s'il avait enfin accompli un devoir repoussé depuis trop longtemps ? Merlin, ce serait bien là une réaction que le patriarche Ryu aurait en entendant la nouvelle, de l'autre côté du continent eurasien. Et que lui réclamera-il, à elle, sa future bru ? Une dot généreuse, une descendance, ou quelque exigence plus insaisissable encore ? Hélas, Dohwa ne se montrait nullement disposée – ou plutôt, n’éprouvait aucune intention – de satisfaire à de tels désirs. De toute manière, la première hypothèse lui semblait assez peu probable au vu de la fortune des Chambery.
Ses yeux quittent le visage de son interlocuteur pour capter celui d'un aimable serveur qui voudra bien recueillir sa commande : une tasse de thé Earl Grey. Quant aux financiers aux amandes qui s'y seraient volontiers ajoutés, elle s’en abstient à contrecœur, au vu du sérieux des formalités.
Et au moment où elle prononce le nom de l’infusion pour le partager à l'employé, la coréenne prend conscience de l’homonymie involontaire avec le nom de l’homme qui lui fait face : un détail bien insignifiant, mais qui caresse son visage d'un amusement discret tandis qu’elle savoure la douce musicalité de ce nom sur sa langue. Une question s’invite alors dans son esprit : comment se nommeront-ils mutuellement, si ce mariage venait à se réaliser ? Se vouvoieront-ils encore ? Mais à peine son esprit a-t-il le temps d'explorer les diverses conjectures que la réalité la rattrape bien vite : pour qu'un mariage ait lieu, la cérémonie s’impose comme une étape incontournable, et l'avocat ne manque pas de le lui rappeler. Un sourcil se dresse légèrement sur le front de la brune à la mention des particularités culturelles qu'il semble enclin à inclure à la cérémonie ; et cette expression laisse bien vite place à un sourire bien plus sincère que les précédents, attendri par ce qu'elle avait interprété comme une petite attention au regard de ses origines.
« Fort bien », se contente-t-elle de prononcer succinctement.
Lorsque le sorcier lui demande si des questions lui viennent en tête, l'asiatique se contente ne répondre négativement. Les clauses du contrat lui semblaient exhaustives et respectueuses de ses libertés, et elle en était satisfaite. Mais à la requête qui s'en suivit, le sourire de cette dernière se figea en un léger mécontentement qu'elle ne tarda pas à verbaliser d'une voix aussi polie que ferme :
« Je n’envahirai pas votre espace personnel si tel est votre souhait ; toutefois, quant à limiter mes invitations… j’en ferai à ma convenance. Sans dépasser les frontières de cette portion de votre demeure que vous m’accorderez, bien entendu. »
Ses doigts effleurent distraitement le rebord du papier. La trentenaire marque une pause, comme pour lui accorder la possibilité de reconsidérer ses exigences. C'était peut-être bien ingrat de sa part de malmener ainsi un homme qui consentait à lui céder l'intimité d'un foyer ; pourtant, Dohwa n’éprouvait nulle envie d’y être reçue si cela supposait d’y mener une existence si étrangère à la sienne.
« Je peux vous accorder quelques instants de réflexion avant que je ne signe les papiers, si vous le désirez. »
Il s’agissait là d’une invitation muette à peser une ultime fois sa décision. Car si une épouse discrète et effacée était ce qu’il recherchait, elle n’avait aucunement l’intention de s’y plier ; et si cela ne lui convenait pas, soit ; un mot suffisait pour la dissuader d'apposer sa signature sur le papier.
Elle a l’habitude des regards, pourtant. Ceux qui la jaugent avec une convoitise poisseuse qui lui colle désagréablement à la peau. Ceux glacés et alourdis de désapprobation paternelle. Ou bien encore ceux, d’un jugement acide habilement enrobé de la douceur sucrée d’une fausse compassion : c’était celle que l’on réserve aux femmes ayant depuis longtemps dépassé l’âge convenable où l’on s’éprend et se marie. Mais ces regards-là peuvent être ignorés lorsqu’on apprend à le faire, contrairement à ces yeux clairs face à elle qui la sondent dans une expression qu’elle peine à déchiffrer.
La froideur du ton de l’homme la ramène doucement à la réalité, et elle hoche vaguement la tête avant de prendre place sur le siège qu’il lui désigne. Ses mains lissent patiemment les plis de sa robe avant de se poser sur ses cuisses, l’une sur l’autre. Tout en écoutant l'anglais d’une oreille attentive, son regard marron s’amarre sur le dossier qu’il dépose sur la table et coule le long de ces lignes noires allongées sur le papier. Ces mêmes lignes allaient régir sa vie pour les années qui allaient suivre sous le joug de leur mariage contractuel ; aussi les parcourt-elle avec minutie et retourne les mots dans tous les sens pour en déceler une quelconque signification dissimulée ou une clause qui lui serait désavantageuse. Mais il n'en était rien.
La voix de l’homme retentit à nouveau, l'arrachant à sa lecture. Signé. Acquis. Des mots bien ternes et froids pour désigner ce qui allait être leur mariage. Elle a beau se convaincre qu’il représente tout ce dont elle recherche chez son futur époux, elle ne peut étouffer cette insidieuse appréhension qui s’infiltre dans ses viscères, et ce doute qui vient subrepticement fissurer ce masque d’assurance qu’elle dresse obstinément entre eux. Et alors que ses prunelles s'efforcent de poursuivre leur exploration à travers les méandres administratifs de leur union, un mot la fait lever les yeux du papier pour dévisager son interlocuteur.
« La... moitié de l'espace ? » répète-t-elle, le visage légèrement penché sur le côté.
Si la curiosité et l’interrogation sont les premières couleurs qui teintent son regard, elles ne tardent pas à céder leur place à une lumière de compréhension suivi d’un amusement qu’elle laisse échapper en un discret rire caché derrière sa main. Cet éclat de voix contenu ne quitte pourtant pas l’étroit périmètre des convenances, dessiné par cette retenue instinctive que l’on lui a inculquée. Les barreaux invisibles d’une éducation trop exigeante s'érigent autour d’elle et la restreignent dans ses mouvements : ces codes ne l’auraient jamais autorisée à s’esclaffer sans mesure.
« Vous inspirerais-je donc si peu confiance, au point de restreindre l'accès à … votre partie de la maison ? Voilà qui me chagrine », relève-t-elle d'une voix faussement attristée.
Malgré ce petit spectacle théâtral auquel elle s’adonne, un léger sourire s'accroche sur ses lèvres – signe qu’il s’agit là d’un de ses traits d’humour singuliers, sans autre dessein que celui de prendre l’homme de court. N’attendant pas particulièrement de réaction de sa part, l’asiatique se contente d’arranger le ruban qui disciplinait ses cheveux de jais en une demi queue-de-cheval, et de laisser le sorcier reprendre.
L'asiatique opine du chef à la mention du dîner imposé par son paternel : rien qui ne sorte de l’ordinaire, en somme. Elle ne peut toutefois s'empêcher de se demander comment sera son futur beau-père. Sera-t-il avenant, enchanté à l'idée que son fils s'unisse à une autre ? Ou bien regardera-t-il ce dernier comme s'il avait enfin accompli un devoir repoussé depuis trop longtemps ? Merlin, ce serait bien là une réaction que le patriarche Ryu aurait en entendant la nouvelle, de l'autre côté du continent eurasien. Et que lui réclamera-il, à elle, sa future bru ? Une dot généreuse, une descendance, ou quelque exigence plus insaisissable encore ? Hélas, Dohwa ne se montrait nullement disposée – ou plutôt, n’éprouvait aucune intention – de satisfaire à de tels désirs. De toute manière, la première hypothèse lui semblait assez peu probable au vu de la fortune des Chambery.
Ses yeux quittent le visage de son interlocuteur pour capter celui d'un aimable serveur qui voudra bien recueillir sa commande : une tasse de thé Earl Grey. Quant aux financiers aux amandes qui s'y seraient volontiers ajoutés, elle s’en abstient à contrecœur, au vu du sérieux des formalités.
Et au moment où elle prononce le nom de l’infusion pour le partager à l'employé, la coréenne prend conscience de l’homonymie involontaire avec le nom de l’homme qui lui fait face : un détail bien insignifiant, mais qui caresse son visage d'un amusement discret tandis qu’elle savoure la douce musicalité de ce nom sur sa langue. Une question s’invite alors dans son esprit : comment se nommeront-ils mutuellement, si ce mariage venait à se réaliser ? Se vouvoieront-ils encore ? Mais à peine son esprit a-t-il le temps d'explorer les diverses conjectures que la réalité la rattrape bien vite : pour qu'un mariage ait lieu, la cérémonie s’impose comme une étape incontournable, et l'avocat ne manque pas de le lui rappeler. Un sourcil se dresse légèrement sur le front de la brune à la mention des particularités culturelles qu'il semble enclin à inclure à la cérémonie ; et cette expression laisse bien vite place à un sourire bien plus sincère que les précédents, attendri par ce qu'elle avait interprété comme une petite attention au regard de ses origines.
« Fort bien », se contente-t-elle de prononcer succinctement.
Lorsque le sorcier lui demande si des questions lui viennent en tête, l'asiatique se contente ne répondre négativement. Les clauses du contrat lui semblaient exhaustives et respectueuses de ses libertés, et elle en était satisfaite. Mais à la requête qui s'en suivit, le sourire de cette dernière se figea en un léger mécontentement qu'elle ne tarda pas à verbaliser d'une voix aussi polie que ferme :
« Je n’envahirai pas votre espace personnel si tel est votre souhait ; toutefois, quant à limiter mes invitations… j’en ferai à ma convenance. Sans dépasser les frontières de cette portion de votre demeure que vous m’accorderez, bien entendu. »
Ses doigts effleurent distraitement le rebord du papier. La trentenaire marque une pause, comme pour lui accorder la possibilité de reconsidérer ses exigences. C'était peut-être bien ingrat de sa part de malmener ainsi un homme qui consentait à lui céder l'intimité d'un foyer ; pourtant, Dohwa n’éprouvait nulle envie d’y être reçue si cela supposait d’y mener une existence si étrangère à la sienne.
« Je peux vous accorder quelques instants de réflexion avant que je ne signe les papiers, si vous le désirez. »
Il s’agissait là d’une invitation muette à peser une ultime fois sa décision. Car si une épouse discrète et effacée était ce qu’il recherchait, elle n’avait aucunement l’intention de s’y plier ; et si cela ne lui convenait pas, soit ; un mot suffisait pour la dissuader d'apposer sa signature sur le papier.
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Accord amiable
1416 mots𓆩♡𓆪
Date: 2050
Avec: @Kieran HawthorneElle est étrange. Étrange d'une manière que je ne saurais expliquer. Étrange d'une manière qui me déconcerte, car les gens étranges me répugnent, et pourtant je me retrouve entourée d'eux, et pire encore, j'y prends plaisir. Freya est étrange. Sa mère est étrange. Cette femme, aux lèvres pincées et aux cheveux tombant sur ses épaules, est étrange d'une manière qui me plaît beaucoup trop. Il y a de la douceur dans son regard et pourtant de la rigidité dans sa façon de s'asseoir, et sa voix est douce, bien qu'elle cache une forte volonté, et je comprends que j'ai peut-être fait le pire choix de ma vie. Elle ne restera pas assise à attendre la fin de notre contrat, et je suppose que c'est de ma faute, car j'aurais dû savoir qu'aucune femme ne souhaiterait un tel destin.
Elle se tient droite et fière, et s'habille avec élégance. Ses ongles sont manucurés, ses cheveux sont coiffés avec soin, et elle prend soin d'elle. Il y a de la douceur dans ses mouvements, de tendres réminiscences de sa vie, de son éducation, si semblable à la mienne – les règles tacites de la bonne société, et je l'apprécie plus que je ne devrais. Ce n'est qu'une femme, et pourtant je me sens pris au piège, son regard perçant. Je ne devrai pas ressentir autre chose qu'un faible sentiment de contentement à son égard. Son seul rôle dans ma vie est le suivant : d'être ma femme sur papier pendant trois ans et de jouer le jeu en public. Je n'ose pas imaginer ce qui en suivrait si j'étais amené à l'apprécier, à aimer sa compagnie, et alors c'est plus facile de la voir en tant que femme étrange et retirée.
Je porte ma tasse à mes lèvres, jugeant, analysant, réfléchissant. Elle est amusée, puis plus du tout. Son regard s'adoucit lorsqu'on évoque les détails de sa culture, et j'en prends note, car si je veux être un mari exemplaire en apparence, il me faudra connaître certaines choses, des choses que j'ignore pour l'instant. Et puis elle est… que ressent-elle ? En colère ? Frustrée ? Je ne parviens pas à la déchiffrer, même en posant ma tasse et en la fixant intensément dans les yeux, et c'est un combat que je ne peux pas gagner, que je ne gagnerai jamais. Ma seule utilité dans ce monde est de lire les personnes que je rencontre, de savoir ce qu'elles attendent et ce qu'elles souhaitent. Pourquoi cela m'est-il impossible avec elle ?
J'ai abordé cette situation comme n'importe quelle autre, et peut-être aurais-je dû m'abstenir. Elle n'est pas de ces hommes costauds qui débarquent dans mon bureau, ni de ces femmes qui cherchent à se soustraire à leur contrat prénuptial. Ce n'est pas une politicienne ruinée, ni quelqu'un qui a des secrets à cacher. Non, c'est une femme qui a besoin de quelque chose, et je ne suis qu'un instrument pour elle, comme toujours. Alors je soupire doucement. Elle plaisante, elle le fait, et pourtant, il y a du vrai dans ses paroles. Elle va vivre dans une maison, et elle devra se l'approprier, et je ne sais pas comment lui offrir sécurité, confort et bienveillance. Je me demande donc si je devrais dormir au bureau pour le moment, ou peut-être ailleurs, pendant toute la durée du contrat. Mais les gens parleraient, les domestiques et les ouvriers, et Merlin sait que je suis incapable de tenir une maison tout seul.
Je sens les premiers signes d'un mal de tête fusionner le long de mon front, et je passe quelques doigts le long de ma ride du lion. La vie m'a affligée de femmes têtues. Je n'aurais pas dû m'attendre à mieux cette fois-ci.
Je lève les yeux vers elle, à ses paroles, et je fronce les sourcils, tant c'est surprenant. Aller aussi loin, se donner autant de mal, pour finalement offrir une porte de sortie, une finalité à ce contrat. Incompréhensible. Je secoue la tête, posant doucement la main sur la table, sentant la rugosité du bois sous mes doigts. Le café est peu animé, alors je garde une voix douce et basse, et je fronce les sourcils. "Pourquoi changerais-je d'avis ?" je murmure, amusé. Mes lèvres esquissent un sourire, quelque chose d'incertain et de déroutant, car je ne souris pas souvent, et ce mouvement est étrange sur mon visage.
C'est une gentillesse, je suppose. Les gentillesses sont rares dans mon monde, et je ne sais pas quoi en penser. Je passe lentement la main dans mes cheveux et me laisse aller contre ma chaise, les mains sur mes genoux. "Je demande juste un minimum de bruit tard dans la nuit," dis-je. Je l'ai offensée, et je ne sais comment m'excuser, alors je ne le fais pas. "Ce sera aussi votre maison, vous avez raison de me le rappeler. Vous pourrez faire ce que bon vous semble en matière de décoration, de couleurs, de personnel. Et si vous tenez absolument à …," je rumine mes mots et fixe ses lèvres. "Empiéter, je suppose, sur mon espace, laissez seulement mon bureau intact." Une pause. "S'il vous plaît."
Déstabilisé, fatigué et épuisé, je ne sais que dire. Il y a tant à raconter, tant de choses que je devrais demander. Je suppose que je devrais être honnête, d'une honnêteté que je n'ai même pas eue envers moi-même, mais je n'en vois pas l'intérêt, et je secoue doucement la tête. Je devrais sans doute la prévenir des tendances de ma famille, de mon éthique professionnelle et de la vie qu'elle mènera. Un mari en théorie, c'est beau, j'imagine, mais je serai loin d'être l'aimant parfait, l'homme attentionné, la personne douce qu'elle mérite sûrement. Ne peut-elle pas trouver un meilleur homme ? Elle est jolie, jolie comme une fleur de printemps. Sera-t-elle heureuse d'une telle situation ? Pourquoi son bonheur m'importe-t-il ? Il n'y a guère à avoir de l'espoir, si ce n'est d'y trouver déception. Je n'y ai pas pensé depuis longtemps, au bonheur, encore moins le mien, alors pourquoi le sien m'importe-t-il ? C'est effrayant, cette façon qu'elle a de dérouter mes pensées.
Ce n'est qu'une épreuve à traverser, trois petites années pas plus, et ensuite nos vies seront bien meilleures. Mon père apaisé, ma sœur comblée. Et peut-être que Freya trouvera un semblant de bonheur auprès de sa nouvelle tante.
"J'ai une nièce," dis-je sans le vouloir. Les mots me sortent de la bouche comme les fines gouttes de pluie du matin, et je fixe ma tasse de café, les sourcils froncés. "C'est la fille de ma sœur. Vous la rencontrerez certainement souvent, car elle reste chez moi quand ses parents sont occupés. Elle n'aime pas beaucoup ses grands-parents." Je m'éclaircis la gorge. Il y a une certaine facilité à parler d'elle. Comme si sa naïveté et sa gentillesse allageaient mes paroles et mes pensées. Alors, j'acquiesce, car ça me semble être un bon sujet de conversation et une belle introduction à cette famille qu'elle va rejoindre. "Elle s'appelle Freya. Elle est douce. Une Serdaigle, intelligente et curieuse. Elle sera ravie d'avoir une tante, si vous souhaitez l'accueillir comme votre nièce."
Je tapote la hanse de ma tasse d'un doigt. "Puis-je vous tutoyer ? Nous allons partager une maison, un mariage, un lit. Il me semble raisonnable de se tutoyer, alors." J'ose alors l'observer, ne serait-ce que quelques secondes. Il m'est difficile de m'imaginer une vie avec cette femme. Même si mon souhait est de passer peu de temps avec elle, je dois me faire à l'éventualité de la toucher, de l'embrasser, de la regarder avec douceur et je ressens alors quelque chose de bizarre au bout de mes doigts, comme s'ils accueillaient l'idée avec joie. Pathétique. Mes yeux glissent jusqu'à son thé et je ne peux m'empêcher d'en noter le nom, de me rappeler des cuillères de sucre qu'elle y ajoute, de la façon dont elle le bois. C'est quelque chose que je fais rarement, seulement quand la situation m'y appelle, et pourtant, c'est inné. Ne préférerait-elle pas déguster son thé avec des pâtisseries ? Je lève quelques doigts à l'encontre d'un serveur. "Ne souhaites-tu pas grignotter quelque chose ?" je demande alors, comme je l'aurais fait pour Freya ou pour ma soeur, comme un homme gentil et rafiné, et c'est presque un choc. Je ravale mon ego, ma surprise. "Aurais-tu des…questions personnelles ?" j'ajoute, peu à l'aise. Erreur sur erreur que je commets, et pourtant, je ne refrène pas mes mots. Je la regarde, un sourcil arqué, et j'attends.
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