Que dire face à la sensation de vide ?
La franchise habituelle de la Serdaigle avait accompagné chacune de ses paroles, loin de peser complètement tous les sous-entendus que pouvaient prendre ses phrases. Bien qu'elle n'eût pas glissé la moindre once de jugement dans ses termes ou dans sa voix, l'interprétation était propre à chacun. Il pouvait très bien percevoir son analyse comme une attaque de sa part, un test pour savoir où se situaient ses limites. Pourtant, même si elle avait pu préciser sa bonne foi de maintes manières et éluder le doute, elle se contenta de l'observer, attendant patiemment de voir la réaction qu'il allait choisir.
Colère ? Indifférence ? Humour ? Quelle carte allait le mieux au rouquin ? Émeline avait déjà sa petite idée de celle qu'il comptait revêtir, mais ne pas avoir totalement la réponse finale restait quelque chose d'intéressant à parier. Sans qu'elle ne le prévoie, l'échange entre eux commençait à prendre des tournures presque calculées. Pas celles dirigées vers le contrôle parfait de la situation, plutôt celles qu'on utilisait durant un jeu de stratégie. Et cette sensation qu'elle avait ne fit que s'accroître en entendant le ton amusé, presque étonné, qu'il ne prit pas la peine de taire.
- Objectivité ou simple contrôle ? relança-t-elle en penchant légèrement la tête en parlant. Votre travail implique d'écouter des gens parler, parfois de passer toute l'heure à se plaindre. Je n'imagine pas l'objectivité capable de tout rendre plus supportable à entendre.
Émeline voyait ce métier comme nécessaire pour l'être humain, voire indispensable. Sans une oreille attentive pour écouter ses peines, l'adolescente savait que l'homme pouvait sombrer bien bas. Beaucoup trop bas. Cependant, exercer en tant que psychomage n'était pas une mince affaire. Le paraître était fondamental, presque indistinguable de la profession. S'il faisait front à chaque entrevue sans un masque ou une quelconque carapace, il serait juste incapable de pratiquer ce métier. Mais alors, quand est-ce qu'il pouvait s'en dissocier ? Avait-il des moments où les murailles s'abaissaient véritablement ? La Serdaigle pensait à ça, à tout ce qu'il devait mettre de côté pour le bon déroulement des séances, des relations avec ses patients...Cela n'en finissait pas.
- Des raisons derrière chaque comportement... dit-elle à voix haute, le regard divaguant derrière Hyacinthe. C'est plutôt logique, il faut bien un commencement pour qu'il y ait une évolution, non ?
La question n'en était pas vraiment une, plutôt une véracité qu'elle avait ponctuée d'un sourire courtois. Elle aurait pu continuer à développer la question et rentrer dans une discussion bien plus longue, mais elle n'était pas certaine que leur rendez-vous servait à présenter leurs pensées sur la construction d'un individu.
Elle abandonna le tapotement sur son carnet pour reprendre sa tasse en main. Le chocolat-chaud s'était légèrement refroidi, la température parfaite pour éviter de se brûler bêtement. Tout en buvant, elle songea qu'il ne s'était pas préparé de boisson pour lui-même. En avait-il marre de boire à longueur de temps ? Ou gardait-il ce privilège pour détendre les élèves qui venaient s'asseoir dans ce bureau ? Ses propres réflexions sur l'absence de boisson furent soufflées par la nouvelle intervention du sorcier et le geste de sa main se figea quelque peu. Il pensait qu'elle avait lâché ce commentaire par rapport à son travail. La légère erreur de compréhension qui venait de naître entre eux arracha un nouveau sourire à l'adolescente.
Certes, le métier qu'il faisait devait être éreintant et demander beaucoup d'énergie mentale. Elle n'avait pas besoin de l'entendre le dire pour le savoir. Mais les quelques mots soufflés de sa part ne s'adressaient pas au travail de l'adulte. Ils étaient plutôt destinés à l'habitude de jouer un rôle, garder en place la façade qu'il avait pu se forger tout le long de sa vie. Émeline savoura le quiproquo et se contenta d'acquiescer puis de rajouter sans retenue :
- Les psychologues moldus font exactement la même chose, commenta-t-elle en reposant la tasse. Ça ne m'étonne pas que les psychomages puissent en avoir besoin à leur tour.
Comment le savait-elle ? Parce que sa mère lui en avait déjà parlé par le passé, et malheureusement pour elle, sa mémoire se souvenait parfaitement de tout ça. En dehors de son propre savoir, la Serdaigle avait bien fait attention au fait qu'il s'agissait d'une suggestion plutôt que d'une obligation. Le fait qu'il le souligne subtilement l'interrogea. Était-il du genre à se confier à un confrère ? Elle ne pouvait pas en être certaine, et ne comptait pas lui demander des précisions dessus.
Tout ce petit échange était fort distrayant, mais au final, il restait insignifiant face à l'importance qu'elle plaçait derrière sa dernière question. Sa position s'était légèrement renforcée, comme si son corps se préparait à encaisser un choc. Attendait-elle ça, au final ? D'être choquée ? D'entendre quelque chose qui ferait enfin écho à ce néant dans sa poitrine...De pouvoir juste y trouver une ressemblance.
...Ou quelque chose de plus insidieux, comme un bruit de fond très léger au début, que l'on croit pouvoir ignorer. Et puis ça reste. Ça s’installe. Ça finit par recouvrir le reste sans qu’on s’en rende compte...
Ce fut comme un plongeon. Un saut si parfait qu'il en paraissait impossible.
La représentation qu'il était en train de lui exposer était tellement exacte, que le souffle d'Émeline s'était coupé à mesure qu'elle écoutait la voix du psychomage s'écouler dans ses oreilles.
Pendant un bref instant, elle avait oublié où elle se trouvait. Incapable de se recentrer sur le réel. Incapable de croiser le regard de Mr Kyros. Incapable de juste...réagir.
Le masque s'était fissuré, laissant l'occasion au sorcier d'entrevoir le trouble dans les iris de la Serdaigle.
Une seconde...
L'arrêt s'était éternisé, juste le temps qu'elle retrouve ses pensées.
Puis elle inspira. Se rappelant enfin comment fonctionnaient ses poumons.
Un souffle paniqué lui échappa et avant que la moindre phrase ne sorte d'entre ses lèvres, elle plaqua son carnet contre elle. Le serrer de cette manière, chercher à l'incorporer à sa poitrine, lui donnait l'impression de pouvoir reboucher le trou invisible qu'elle venait de sentir s'agrandir.
Quand le calme sembla enfin revenir de son côté, son étreinte se desserra petit à petit, relâchant enfin le carnet. L'effet troublé dans ses yeux ne s'était toujours pas dissipé. Elle jeta un coup d'œil vers l'objet dont elle n'arrivait pas totalement à se détacher. Si elle ne l'avait pas eu près d'elle, Émeline ne savait pas si elle aurait pu rester dans la pièce. Et maintenant que l'échange avait été respecté, il était logique qu’elle lui retourne l’appareil. S'il avait fait un pas dans sa direction, il était plutôt juste qu'elle en fasse de même. Pourtant, que rajouter de plus ? Il venait tout simplement d'exposer ce qu'elle ressentait, comme s'il avait lui aussi cette crevasse sillonnant son cœur.
Elle attendit encore un peu avant de se lancer, l'air bien moins assuré qu'au début de la séance.
- J-Je...La sensation est assez...hm...particulière. C'est comme si...je m'oubliais.
Sa voix était faible, presque tremblotante, alors qu'elle fixait désespérément son carnet pour se donner de la force.
- Il avale tout. Et il ne s'arrête jamais de grossir, encore et encore. Je le sens là, juste là, avoua-t-elle en montrant brièvement une zone sur son buste. En fait, j-je...
L'air lui manqua et elle dut s'arrêter juste le temps de puiser les derniers mots qu'elle souhaitait partager. Et, alors qu'elle reprenait la parole, elle recroisa enfin le regard du psychomage.
- J'ai peur. J'ai peur de ne plus jamais être pareille.
1213 mots
@Hyacinthe Kyros - je n'ai pas pu m'en empêcher...
Colère ? Indifférence ? Humour ? Quelle carte allait le mieux au rouquin ? Émeline avait déjà sa petite idée de celle qu'il comptait revêtir, mais ne pas avoir totalement la réponse finale restait quelque chose d'intéressant à parier. Sans qu'elle ne le prévoie, l'échange entre eux commençait à prendre des tournures presque calculées. Pas celles dirigées vers le contrôle parfait de la situation, plutôt celles qu'on utilisait durant un jeu de stratégie. Et cette sensation qu'elle avait ne fit que s'accroître en entendant le ton amusé, presque étonné, qu'il ne prit pas la peine de taire.
- Objectivité ou simple contrôle ? relança-t-elle en penchant légèrement la tête en parlant. Votre travail implique d'écouter des gens parler, parfois de passer toute l'heure à se plaindre. Je n'imagine pas l'objectivité capable de tout rendre plus supportable à entendre.
Émeline voyait ce métier comme nécessaire pour l'être humain, voire indispensable. Sans une oreille attentive pour écouter ses peines, l'adolescente savait que l'homme pouvait sombrer bien bas. Beaucoup trop bas. Cependant, exercer en tant que psychomage n'était pas une mince affaire. Le paraître était fondamental, presque indistinguable de la profession. S'il faisait front à chaque entrevue sans un masque ou une quelconque carapace, il serait juste incapable de pratiquer ce métier. Mais alors, quand est-ce qu'il pouvait s'en dissocier ? Avait-il des moments où les murailles s'abaissaient véritablement ? La Serdaigle pensait à ça, à tout ce qu'il devait mettre de côté pour le bon déroulement des séances, des relations avec ses patients...Cela n'en finissait pas.
- Des raisons derrière chaque comportement... dit-elle à voix haute, le regard divaguant derrière Hyacinthe. C'est plutôt logique, il faut bien un commencement pour qu'il y ait une évolution, non ?
La question n'en était pas vraiment une, plutôt une véracité qu'elle avait ponctuée d'un sourire courtois. Elle aurait pu continuer à développer la question et rentrer dans une discussion bien plus longue, mais elle n'était pas certaine que leur rendez-vous servait à présenter leurs pensées sur la construction d'un individu.
Elle abandonna le tapotement sur son carnet pour reprendre sa tasse en main. Le chocolat-chaud s'était légèrement refroidi, la température parfaite pour éviter de se brûler bêtement. Tout en buvant, elle songea qu'il ne s'était pas préparé de boisson pour lui-même. En avait-il marre de boire à longueur de temps ? Ou gardait-il ce privilège pour détendre les élèves qui venaient s'asseoir dans ce bureau ? Ses propres réflexions sur l'absence de boisson furent soufflées par la nouvelle intervention du sorcier et le geste de sa main se figea quelque peu. Il pensait qu'elle avait lâché ce commentaire par rapport à son travail. La légère erreur de compréhension qui venait de naître entre eux arracha un nouveau sourire à l'adolescente.
Certes, le métier qu'il faisait devait être éreintant et demander beaucoup d'énergie mentale. Elle n'avait pas besoin de l'entendre le dire pour le savoir. Mais les quelques mots soufflés de sa part ne s'adressaient pas au travail de l'adulte. Ils étaient plutôt destinés à l'habitude de jouer un rôle, garder en place la façade qu'il avait pu se forger tout le long de sa vie. Émeline savoura le quiproquo et se contenta d'acquiescer puis de rajouter sans retenue :
- Les psychologues moldus font exactement la même chose, commenta-t-elle en reposant la tasse. Ça ne m'étonne pas que les psychomages puissent en avoir besoin à leur tour.
Comment le savait-elle ? Parce que sa mère lui en avait déjà parlé par le passé, et malheureusement pour elle, sa mémoire se souvenait parfaitement de tout ça. En dehors de son propre savoir, la Serdaigle avait bien fait attention au fait qu'il s'agissait d'une suggestion plutôt que d'une obligation. Le fait qu'il le souligne subtilement l'interrogea. Était-il du genre à se confier à un confrère ? Elle ne pouvait pas en être certaine, et ne comptait pas lui demander des précisions dessus.
Tout ce petit échange était fort distrayant, mais au final, il restait insignifiant face à l'importance qu'elle plaçait derrière sa dernière question. Sa position s'était légèrement renforcée, comme si son corps se préparait à encaisser un choc. Attendait-elle ça, au final ? D'être choquée ? D'entendre quelque chose qui ferait enfin écho à ce néant dans sa poitrine...De pouvoir juste y trouver une ressemblance.
...Ou quelque chose de plus insidieux, comme un bruit de fond très léger au début, que l'on croit pouvoir ignorer. Et puis ça reste. Ça s’installe. Ça finit par recouvrir le reste sans qu’on s’en rende compte...
Ce fut comme un plongeon. Un saut si parfait qu'il en paraissait impossible.
La représentation qu'il était en train de lui exposer était tellement exacte, que le souffle d'Émeline s'était coupé à mesure qu'elle écoutait la voix du psychomage s'écouler dans ses oreilles.
Pendant un bref instant, elle avait oublié où elle se trouvait. Incapable de se recentrer sur le réel. Incapable de croiser le regard de Mr Kyros. Incapable de juste...réagir.
Le masque s'était fissuré, laissant l'occasion au sorcier d'entrevoir le trouble dans les iris de la Serdaigle.
Une seconde...
...deux secondes...
trois secondes...
L'arrêt s'était éternisé, juste le temps qu'elle retrouve ses pensées.
Puis elle inspira. Se rappelant enfin comment fonctionnaient ses poumons.
Un souffle paniqué lui échappa et avant que la moindre phrase ne sorte d'entre ses lèvres, elle plaqua son carnet contre elle. Le serrer de cette manière, chercher à l'incorporer à sa poitrine, lui donnait l'impression de pouvoir reboucher le trou invisible qu'elle venait de sentir s'agrandir.
Quand le calme sembla enfin revenir de son côté, son étreinte se desserra petit à petit, relâchant enfin le carnet. L'effet troublé dans ses yeux ne s'était toujours pas dissipé. Elle jeta un coup d'œil vers l'objet dont elle n'arrivait pas totalement à se détacher. Si elle ne l'avait pas eu près d'elle, Émeline ne savait pas si elle aurait pu rester dans la pièce. Et maintenant que l'échange avait été respecté, il était logique qu’elle lui retourne l’appareil. S'il avait fait un pas dans sa direction, il était plutôt juste qu'elle en fasse de même. Pourtant, que rajouter de plus ? Il venait tout simplement d'exposer ce qu'elle ressentait, comme s'il avait lui aussi cette crevasse sillonnant son cœur.
Elle attendit encore un peu avant de se lancer, l'air bien moins assuré qu'au début de la séance.
- J-Je...La sensation est assez...hm...particulière. C'est comme si...je m'oubliais.
Sa voix était faible, presque tremblotante, alors qu'elle fixait désespérément son carnet pour se donner de la force.
- Il avale tout. Et il ne s'arrête jamais de grossir, encore et encore. Je le sens là, juste là, avoua-t-elle en montrant brièvement une zone sur son buste. En fait, j-je...
L'air lui manqua et elle dut s'arrêter juste le temps de puiser les derniers mots qu'elle souhaitait partager. Et, alors qu'elle reprenait la parole, elle recroisa enfin le regard du psychomage.
- J'ai peur. J'ai peur de ne plus jamais être pareille.
1213 mots
@Hyacinthe Kyros - je n'ai pas pu m'en empêcher...
- #066ccb - Coucou Rapeltout -- Son petit Moine Gras --
Cheffe de la secte des vampires - Semeuse de Discorde - Projectile de qualité supérieure - Méméline
Cheffe de la secte des vampires - Semeuse de Discorde - Projectile de qualité supérieure - Méméline
Que dire face à la sensation de vide ?
Sous leurs airs presque détachés, le raisonnement d'Émeline, ses hypothèses, ses tentatives d'analyse portaient une attention bien plus vive qu'elle ne voulait probablement l'admettre. Hyacinthe écouta le tout avec une attention particulière, n'y réagissant qu'après un court silence.
- L’objectivité n’a jamais rendu les choses supportables, répondit-il finalement, sa voix calme, posée avec une lenteur inhabituelle. Elle permet de conseiller au mieux, de moins se baser sur ses expériences personnelles et ses valeurs. Ne pas faire moins pour une personne que l'on trouve grossière, est un bon exemple.
Ses doigts cessèrent un instant leur mouvement sur l’accoudoir, comme s’il ponctuait inconsciemment sa pensée. Oh, qu'il en avait connu, des individus peu agréables qui venaient consulter. Cela arrivait rarement, de la même manière que cela pouvait arriver à tout le monde. De l'ivrogne dont l'odeur d'alcool le dégoutait au plus haut point à l'adolescent qui avait un flagrant manque d'empathie pour son entourage, jusqu'à la jeune femme dont le sujet de son érotomanie s'est avéré être lui. Tout le monde pouvait avoir besoin, un jour où l'autre, d'un psychomage. Et bien que Hyacinthe ne porte pas dans son cœur certains de ses anciens patients, cela ne l'a pas empêché de travailler avec eux afin qu'ils puissent se sentir mieux dans leur vie.
- Le contrôle n'est pas vis-à-vis des séances, des conversations - et sûrement pas de mes patients. Il s'agit plutôt d'une forme d'équilibre qui m'indique jusqu'où je peux aller sans que leurs propos ne s'infiltrent dans mes propres pensées. Un contrôle de soi, qui prend en compte différents facteurs : stress, fatigue, émotions, sujets abordés...
Il savait se contrôler, bien sûr. Faire en sorte que les plaintes les plus ennuyantes et les plus irritantes glissent simplement sur son esprit, que les émotions les plus complexes ne lui ruinent pas sa journée. Et lorsque c'était de trop, le roux compensait avec un repos bien mérité. La terrible glissade qu'il avait eu avec Elijah en novembre dernier prouvait le contraire, mais... il l'ignora habilement.
- Les personnes qui se plaignent ne me dérangent pas plus que cela. Tout dépend de ce que l'on peux faire avec ces plaintes, vers où diriger le travail. Il esquissa un sourire amusé qui ne masqua pas les rides de fatigue qui décoraient son visage. Chaque situation avait une utilité, Hyacinthe en était persuadé. Et même si certaines pouvaient profondément l'ennuyer, il pensait travail avant tout. Si cela m'irrite, c'est que je n'ai pas fait assez attention. Je me repose, je fais en sorte à faire mieux les prochaines fois. Mais... après plusieurs années d'expériences, cela n'arrive plus beaucoup.
Le roux aimait profondément son métier et avait appris à le faire tout en prenant soin de lui. C'était grâce à ça qu'il pouvait découvrir la pluralité de ce qu'était l'être humain, grâce à ça qu'il avait une conversation si intéressante, en ce moment-même. Hyacinthe percevait chez Émeline un besoin de comprendre avant d’être comprise, de poser des cadres avant de s’y risquer elle-même. C'était une stratégie comme une autre, une protection qui pouvait parfois heurter lors de sa mise en place. Hyacinthe le savait bien, puisqu'il avait une lucidité similaire vis-à-vis des relations sociales.
Il hocha la tête à la prochaine remarque de la Serdaigle, son expression redevenant naturellement plus neutre.
- Un commencement, oui... mais pas toujours un choix, murmura-t-il presque pour lui-même, avant de laisser retomber le silence.
... silence qui dura plus longtemps que prévu. Le roux releva les yeux vers elle et ne pu masquer son inquiétude. Dans la façon dont sa respiration s'était suspendue, dans sa soudaine disparition. Il se demanda même si la jeune fille avait entendu ses derniers mots. Il n'y avait plus à penser, mais à observer, à chercher le moindre signe de panique, de danger. Avait-il été trop direct ? Hyacinthe se répéta les mots qu'il avait utilisé, et il savait qu'il n'y était pas allé de main morte. Un nécessaire, avait-il pensé, pour que la sorcière à qui il faisait face puisse essayer de s'ouvrir. Peut-être que ses mots avaient été trop justes, trop directs, et qu'ils avaient fissuré la barrière plutôt que de simplement l'ouvrir.
Le regard qui se dérobe, le corps qui se fige, le temps qui s'étire... tout se déroulait là, maintenant.
Que se passait-il donc, dans l'esprit d'Émeline ? Qu'était-elle en train de gérer, pour que cela se traduise si ouvertement dans son non verbal ? Hyacinthe resta immobile et silencieux, la laissant reprendre ses esprits sans lui imposer une quelconque pression. Son regard vagabondait entre la fenêtre et la jeune fille, vérifiant son état en lui laissant autant d'intimité qu'il pouvait lui offrir dans cette situation. Il savait que le moindre geste brusque, le moindre mot mal placé pouvait refermer cette brèche aussi violemment qu’elle s’était ouverte. Émeline tentait-elle de faire la même chose avec son carnet, en le serrant ainsi ?
Quand enfin elle inspira, quand son souffle revint de manière presque paniquée, Hyacinthe sentit sa propre poitrine se serrer de soulagement, une réaction qu'il contint aussitôt. Contrôle, hein ?
Les mots qu’elle choisissait, la manière dont ils sortaient difficilement, comme arrachés à quelque chose de trop dense... tout confirmait ce qu’il avait perçu. La façon dont la sorcière s'exposait en expliquant cette sensation, travaillait ses mots malgré la difficulté de la tâche, était admirable, et Hyacinthe n'osa pas la couper. Il se contenta d'acquiescer malgré le fait qu'elle ne le regardait pas. Après tout, il comprenait où elle voulait en venir. Il connaissait le désastre que laissait derrière elle cette sensation, les souvenirs désagréables que cela lui ramenait. Le trentenaire n'en laissa à nouveau rien paraître et se contenta de rester concentré sur Émeline. Et lorsqu’elle releva enfin les yeux vers lui, lorsqu’elle formula cette peur, claire, nue et indéniable, quelque chose en lui se resserra avec intensité.
- Peur de ne plus jamais être pareille... répéta-t-il doucement. Je comprend que cela vous fasse peur. C'est même une sensation terrifiante. Le changement fait peur, surtout lorsque l'on en prend conscience. Sur quoi peut-on se baser si notre identité ne semble plus être la même ?
Il ne cherchait pas à interpréter. Expliquer, faire des liens, mentionner ce que la littérature et les expériences lui avaient apprit, semblaient être de meilleurs choix en ce moment.
- Le cerveau et le corps ont cette capacité, parfois un peu brutale, de se dégager de certaines choses lorsqu'elles deviennent trop difficiles à porter. Comme un mécanisme de défense, si vous êtes familière avec ces termes. Cela... cela peut donner l'impression d'être à côté de soi. Spectateur de sa propre vie, de la vie de quelqu'un qui ne nous ressemble plus autant.
Hyacinthe se pencha légèrement en avant, juste assez pour marquer un changement dans sa présence, et le fauteuil grinça légèrement. Ses mains se retrouvèrent sur ses cuisses, l'une serrant par moment le tissu de son pantalon avec un peu trop de fermeté tandis que l'autre restait plate, immobile. Sa voix, lorsqu’elle revint, était basse, enveloppante, profondément stable. Il abordait un sourire compatissant.
- Je pense... que la personne que vous êtes n'a pas disparue. Peut-être a-t-elle changée, peut-être est-elle inaccessible, mais... elle est toujours là. À vrai dire, cette peur est une bonne nouvelle : cela veut dire que vous êtes profondément attachée à qui vous êtes. Que vous sentez la différence.
Que cela était familier. Lui qui passait tant de temps derrière masques et joli sourires. Qui était-il, finalement ? La question s'est avérée cruciale lorsqu'il est entré dans le monde étudiant, puis adulte : la découverte de soi tardive de Hyacinthe lui a causé un bon nombre de mésaventures personnelles. C'était pour cela qu'il aimait être seul - et qu'il détestait tant la solitude - , pour cela qu'il tenait tant à garder sa vie privée aussi protégée qu'un cocon. L'endroit où il était libre de se rattacher aux choses qui faisaient de lui ce qu'il était. La peinture, l'écriture, la lecture, les hobbies en tout genre. Les coups de téléphone tardifs qu'il passait à sa cousine, ceux, un peu plus tôt, qu'il passait à Chris avant que ses clients du soir n'affluent. La danse hasardeuse et le jazz qui se jouait presque en boucle dans son appartement, les rares session de cuisine qu'il tentait d'organiser avec Lernie, qui l'accompagnait tant bien que mal pour grignoter un peu. La merveilleuse sensation de voir les premiers rayons de soleil alors qu'il était si confortablement allongé dans ses couvertures...
C'était... c'était ça, c'était lui.
C'était ce qu'il avait désespérément construit afin de pouvoir garder son identité et combler le trou qui se formait. Peut-être engloutissait-il parfois encore quelques sentiments, mais Hyacinthe avait à présent toujours de quoi combler la brèche. Il devait faire en sorte à ce qu'Émeline puisse trouver les ressources afin de combler la sienne. Mais de quoi avait-elle besoin ? Les origines d'un tel type de sentiment étaient diverses et variées : Isolement ? Burnout ? Manque d'objectif ? Traumatisme ? Trouble dépressif ? Il fallait réduire les possibilités avant tout. Parler de l'école et des projections sur l'avenir semblait être une piste intéressante, néanmoins, le roux songea que le moment n'était pas à cela.
Le silence restait clair, et Hyacinthe sentit qu'il devenait de moins en moins tendu. Il décida donc de reprendre avec une question : "Est-ce que vous avez conscience de ce vide à tout instant, ou seulement à des moments précis ? Peut-être y pensez-vous en rétrospection ?"
- L’objectivité n’a jamais rendu les choses supportables, répondit-il finalement, sa voix calme, posée avec une lenteur inhabituelle. Elle permet de conseiller au mieux, de moins se baser sur ses expériences personnelles et ses valeurs. Ne pas faire moins pour une personne que l'on trouve grossière, est un bon exemple.
Ses doigts cessèrent un instant leur mouvement sur l’accoudoir, comme s’il ponctuait inconsciemment sa pensée. Oh, qu'il en avait connu, des individus peu agréables qui venaient consulter. Cela arrivait rarement, de la même manière que cela pouvait arriver à tout le monde. De l'ivrogne dont l'odeur d'alcool le dégoutait au plus haut point à l'adolescent qui avait un flagrant manque d'empathie pour son entourage, jusqu'à la jeune femme dont le sujet de son érotomanie s'est avéré être lui. Tout le monde pouvait avoir besoin, un jour où l'autre, d'un psychomage. Et bien que Hyacinthe ne porte pas dans son cœur certains de ses anciens patients, cela ne l'a pas empêché de travailler avec eux afin qu'ils puissent se sentir mieux dans leur vie.
- Le contrôle n'est pas vis-à-vis des séances, des conversations - et sûrement pas de mes patients. Il s'agit plutôt d'une forme d'équilibre qui m'indique jusqu'où je peux aller sans que leurs propos ne s'infiltrent dans mes propres pensées. Un contrôle de soi, qui prend en compte différents facteurs : stress, fatigue, émotions, sujets abordés...
Il savait se contrôler, bien sûr. Faire en sorte que les plaintes les plus ennuyantes et les plus irritantes glissent simplement sur son esprit, que les émotions les plus complexes ne lui ruinent pas sa journée. Et lorsque c'était de trop, le roux compensait avec un repos bien mérité. La terrible glissade qu'il avait eu avec Elijah en novembre dernier prouvait le contraire, mais... il l'ignora habilement.
- Les personnes qui se plaignent ne me dérangent pas plus que cela. Tout dépend de ce que l'on peux faire avec ces plaintes, vers où diriger le travail. Il esquissa un sourire amusé qui ne masqua pas les rides de fatigue qui décoraient son visage. Chaque situation avait une utilité, Hyacinthe en était persuadé. Et même si certaines pouvaient profondément l'ennuyer, il pensait travail avant tout. Si cela m'irrite, c'est que je n'ai pas fait assez attention. Je me repose, je fais en sorte à faire mieux les prochaines fois. Mais... après plusieurs années d'expériences, cela n'arrive plus beaucoup.
Le roux aimait profondément son métier et avait appris à le faire tout en prenant soin de lui. C'était grâce à ça qu'il pouvait découvrir la pluralité de ce qu'était l'être humain, grâce à ça qu'il avait une conversation si intéressante, en ce moment-même. Hyacinthe percevait chez Émeline un besoin de comprendre avant d’être comprise, de poser des cadres avant de s’y risquer elle-même. C'était une stratégie comme une autre, une protection qui pouvait parfois heurter lors de sa mise en place. Hyacinthe le savait bien, puisqu'il avait une lucidité similaire vis-à-vis des relations sociales.
Il hocha la tête à la prochaine remarque de la Serdaigle, son expression redevenant naturellement plus neutre.
- Un commencement, oui... mais pas toujours un choix, murmura-t-il presque pour lui-même, avant de laisser retomber le silence.
... silence qui dura plus longtemps que prévu. Le roux releva les yeux vers elle et ne pu masquer son inquiétude. Dans la façon dont sa respiration s'était suspendue, dans sa soudaine disparition. Il se demanda même si la jeune fille avait entendu ses derniers mots. Il n'y avait plus à penser, mais à observer, à chercher le moindre signe de panique, de danger. Avait-il été trop direct ? Hyacinthe se répéta les mots qu'il avait utilisé, et il savait qu'il n'y était pas allé de main morte. Un nécessaire, avait-il pensé, pour que la sorcière à qui il faisait face puisse essayer de s'ouvrir. Peut-être que ses mots avaient été trop justes, trop directs, et qu'ils avaient fissuré la barrière plutôt que de simplement l'ouvrir.
Le regard qui se dérobe, le corps qui se fige, le temps qui s'étire... tout se déroulait là, maintenant.
Que se passait-il donc, dans l'esprit d'Émeline ? Qu'était-elle en train de gérer, pour que cela se traduise si ouvertement dans son non verbal ? Hyacinthe resta immobile et silencieux, la laissant reprendre ses esprits sans lui imposer une quelconque pression. Son regard vagabondait entre la fenêtre et la jeune fille, vérifiant son état en lui laissant autant d'intimité qu'il pouvait lui offrir dans cette situation. Il savait que le moindre geste brusque, le moindre mot mal placé pouvait refermer cette brèche aussi violemment qu’elle s’était ouverte. Émeline tentait-elle de faire la même chose avec son carnet, en le serrant ainsi ?
Quand enfin elle inspira, quand son souffle revint de manière presque paniquée, Hyacinthe sentit sa propre poitrine se serrer de soulagement, une réaction qu'il contint aussitôt. Contrôle, hein ?
Les mots qu’elle choisissait, la manière dont ils sortaient difficilement, comme arrachés à quelque chose de trop dense... tout confirmait ce qu’il avait perçu. La façon dont la sorcière s'exposait en expliquant cette sensation, travaillait ses mots malgré la difficulté de la tâche, était admirable, et Hyacinthe n'osa pas la couper. Il se contenta d'acquiescer malgré le fait qu'elle ne le regardait pas. Après tout, il comprenait où elle voulait en venir. Il connaissait le désastre que laissait derrière elle cette sensation, les souvenirs désagréables que cela lui ramenait. Le trentenaire n'en laissa à nouveau rien paraître et se contenta de rester concentré sur Émeline. Et lorsqu’elle releva enfin les yeux vers lui, lorsqu’elle formula cette peur, claire, nue et indéniable, quelque chose en lui se resserra avec intensité.
- Peur de ne plus jamais être pareille... répéta-t-il doucement. Je comprend que cela vous fasse peur. C'est même une sensation terrifiante. Le changement fait peur, surtout lorsque l'on en prend conscience. Sur quoi peut-on se baser si notre identité ne semble plus être la même ?
Il ne cherchait pas à interpréter. Expliquer, faire des liens, mentionner ce que la littérature et les expériences lui avaient apprit, semblaient être de meilleurs choix en ce moment.
- Le cerveau et le corps ont cette capacité, parfois un peu brutale, de se dégager de certaines choses lorsqu'elles deviennent trop difficiles à porter. Comme un mécanisme de défense, si vous êtes familière avec ces termes. Cela... cela peut donner l'impression d'être à côté de soi. Spectateur de sa propre vie, de la vie de quelqu'un qui ne nous ressemble plus autant.
Hyacinthe se pencha légèrement en avant, juste assez pour marquer un changement dans sa présence, et le fauteuil grinça légèrement. Ses mains se retrouvèrent sur ses cuisses, l'une serrant par moment le tissu de son pantalon avec un peu trop de fermeté tandis que l'autre restait plate, immobile. Sa voix, lorsqu’elle revint, était basse, enveloppante, profondément stable. Il abordait un sourire compatissant.
- Je pense... que la personne que vous êtes n'a pas disparue. Peut-être a-t-elle changée, peut-être est-elle inaccessible, mais... elle est toujours là. À vrai dire, cette peur est une bonne nouvelle : cela veut dire que vous êtes profondément attachée à qui vous êtes. Que vous sentez la différence.
Que cela était familier. Lui qui passait tant de temps derrière masques et joli sourires. Qui était-il, finalement ? La question s'est avérée cruciale lorsqu'il est entré dans le monde étudiant, puis adulte : la découverte de soi tardive de Hyacinthe lui a causé un bon nombre de mésaventures personnelles. C'était pour cela qu'il aimait être seul - et qu'il détestait tant la solitude - , pour cela qu'il tenait tant à garder sa vie privée aussi protégée qu'un cocon. L'endroit où il était libre de se rattacher aux choses qui faisaient de lui ce qu'il était. La peinture, l'écriture, la lecture, les hobbies en tout genre. Les coups de téléphone tardifs qu'il passait à sa cousine, ceux, un peu plus tôt, qu'il passait à Chris avant que ses clients du soir n'affluent. La danse hasardeuse et le jazz qui se jouait presque en boucle dans son appartement, les rares session de cuisine qu'il tentait d'organiser avec Lernie, qui l'accompagnait tant bien que mal pour grignoter un peu. La merveilleuse sensation de voir les premiers rayons de soleil alors qu'il était si confortablement allongé dans ses couvertures...
C'était... c'était ça, c'était lui.
C'était ce qu'il avait désespérément construit afin de pouvoir garder son identité et combler le trou qui se formait. Peut-être engloutissait-il parfois encore quelques sentiments, mais Hyacinthe avait à présent toujours de quoi combler la brèche. Il devait faire en sorte à ce qu'Émeline puisse trouver les ressources afin de combler la sienne. Mais de quoi avait-elle besoin ? Les origines d'un tel type de sentiment étaient diverses et variées : Isolement ? Burnout ? Manque d'objectif ? Traumatisme ? Trouble dépressif ? Il fallait réduire les possibilités avant tout. Parler de l'école et des projections sur l'avenir semblait être une piste intéressante, néanmoins, le roux songea que le moment n'était pas à cela.
Le silence restait clair, et Hyacinthe sentit qu'il devenait de moins en moins tendu. Il décida donc de reprendre avec une question : "Est-ce que vous avez conscience de ce vide à tout instant, ou seulement à des moments précis ? Peut-être y pensez-vous en rétrospection ?"
1577 - @Émeline Joyner
Psychomage depuis septembre 2050.
Tonton Hya - #5f957c
Tonton Hya - #5f957c
Que dire face à la sensation de vide ?
Le toucher était le sens sur lequel elle se reposait le plus. La chaleur d'une tasse, le moelleux d'un coussin, la rugosité de son carnet, tous ces détails qu'elle percevait par la pulpe de ses doigts, de sa peau, Émeline s'y rattachait comme à une bouée de sauvetage. Ils lui permettaient de rester à flot, de maintenir la façade, même quand elle rêvait de couler. Et à cet instant, elle aurait pu se noyer dans les paroles du psychomage. Les laisser s'enrouler autour de sa conscience et la tirer par le fond. L'envoûtement était là, à portée de bras, prêt à l'envelopper, saupoudré par l'odeur de chocolat dans l'air.
Elle aurait aimé se sentir capable de vider l'entièreté du sac sur la table. Nettoyer son linge sale devant cet adulte au doux regard et à la voix bienveillante.
Elle aurait aimé se sentir libre de dévoiler ses blessures sans qu'elle ne craigne les conséquences de son acte.
Elle aurait aimé qu'il ne soit qu'une âme de passage dont l'oreille attentive l'aurait aidée à la soulager de ce poids sur sa poitrine.
Mais comment oublier les cornes imaginaires sur sa tête ? Elles étaient devenues rougeoyantes à mesure qu'elle avait fait part de sa crainte, clignotant presque comme une alarme impossible à rater. Il était là pour l'épauler, c'était bien ça son travail. Pourtant, l'adolescente n'arrivait pas à lâcher son bouclier, le gardant tout près d'elle, comme elle venait de le faire avec son carnet.
Son regard se rebaissa au niveau de ses mains, abandonnant la vue du visage concentré du sorcier. Peut-être qu'en évitant la vision directe avec lui, elle parviendrait à soustraire de sa conscience les quelques mots qui parviendraient à la dérider complètement.
- Notre identité, c'est le seul truc qu'on a réellement rien qu'à nous, souffla-t-elle en résonance avec ce qu'il venait de dire, une faiblesse perceptible dans son ton. Mais quand on la perd, qu'elle devient un truc qu'on ne reconnait pas...C'est juste trop à...
Impossible d'en dire plus et d'aller plus loin sur cette pente. Elle préféra s'arrêter là et le laisser continuer à exposer son raisonnement de psychomage. Et plus il prenait le temps de lui imager ces hypothèses, plus les sourcils d'Émeline se mirent à se froncer. Ce dont il lui parlait, ça ne la concernait pas. En fait, elle ne se reconnaissait pas dans ce cas de figure qui avait l'air assez complexe. Bien qu'elle souffrait de sa situation, elle se considérait presque chanceuse de ne pas vivre ce qu'il venait de lui décrire.
- Je ne suis pas dans ce cas-là. Ce que vous me décrivez, ce n'est pas ce que je ressens ou vis, informa-t-elle calmement. Je suis juste moi, mais...c'est différent. Trop différent...Je ne saurais pas vous l'expliquer mieux que ça.
Une démangeaison familière crispa un instant son visage et elle dut prendre énormément sur elle pour empêcher sa main d'aller gratter sa cicatrice. Ici, il était hors de question qu'elle prenne le moindre risque pour ce qui concernait sa tempe. Pour s'occuper, ses doigts se mirent de nouveau à pianoter son carnet dans un tempo rien qu'à elle. La répétition du tapotement attisait ses sens, la réconfortant assez pour éviter le craquage.
Le fait qu'il lui assure que son soi, son vrai soi, n'avait pas disparu ajouta comme une caresse sur la boule de stress qui vivait près de son cœur. Comme cette affirmation provenait d'un professionnel, Émeline se disait qu'il ne devait pas avoir tort. Dans son boulot, il avait dû en croiser à la pelle des gens dans une situation similaire à la sienne. S'il prenait la peine de lui dire tout ça, c'était qu'il devait logiquement assez s'y connaître. C'était vraiment ce qu'elle espérait.
À sa dernière question, Émeline secoua légèrement la tête avant de reprendre la parole.
- Ça ne part pas. C'est toujours là, mais ça ne prend pas toujours la même place selon les moments.
Quand elle était entourée de ses amis les plus proches, Émeline arrivait mieux à gérer ces humeurs, bien qu'elle restât plus à cran que par le passé. Pour eux, elle était toujours prête à recouvrir ce vide qui s'était creusé. Mais parfois, quand elle sentait ses forces diminuer, elle imposait de la distance, juste pour les protéger de son aigreur.
- C'est un peu comme s'il me manquait quelque chose et que je le remplaçais par de la...colère ? Oui, c'est totalement ça. De la colère, beaucoup de colère. Sauf que je ne suis pas comme ça, ce n'est pas moi.
Garder son souffle, ne pas perdre pied face à tous les sentiments qui se jouaient en elle, rester stable. Elle s'évertuait à ne plus montrer une quelconque faille chez elle, tout en donnant assez au psychomage pour qu'il puisse faire son travail. C'était le deal. Rentrer dans ce bureau ne servait à rien si elle ne parlait pas du tout.
Cependant, exposer ses sentiments avait un coût. La gêne au niveau de sa tempe augmentait graduellement, rendant ses traits plus tirés. Dans une ultime tentative de se distraire du supplice, Émeline osa demander la chose suivante :
- Est-ce que ça vous dérange si je dessine ?
861 mots
@Hyacinthe Kyros
Elle aurait aimé se sentir capable de vider l'entièreté du sac sur la table. Nettoyer son linge sale devant cet adulte au doux regard et à la voix bienveillante.
Elle aurait aimé se sentir libre de dévoiler ses blessures sans qu'elle ne craigne les conséquences de son acte.
Elle aurait aimé qu'il ne soit qu'une âme de passage dont l'oreille attentive l'aurait aidée à la soulager de ce poids sur sa poitrine.
Mais comment oublier les cornes imaginaires sur sa tête ? Elles étaient devenues rougeoyantes à mesure qu'elle avait fait part de sa crainte, clignotant presque comme une alarme impossible à rater. Il était là pour l'épauler, c'était bien ça son travail. Pourtant, l'adolescente n'arrivait pas à lâcher son bouclier, le gardant tout près d'elle, comme elle venait de le faire avec son carnet.
Son regard se rebaissa au niveau de ses mains, abandonnant la vue du visage concentré du sorcier. Peut-être qu'en évitant la vision directe avec lui, elle parviendrait à soustraire de sa conscience les quelques mots qui parviendraient à la dérider complètement.
- Notre identité, c'est le seul truc qu'on a réellement rien qu'à nous, souffla-t-elle en résonance avec ce qu'il venait de dire, une faiblesse perceptible dans son ton. Mais quand on la perd, qu'elle devient un truc qu'on ne reconnait pas...C'est juste trop à...
Impossible d'en dire plus et d'aller plus loin sur cette pente. Elle préféra s'arrêter là et le laisser continuer à exposer son raisonnement de psychomage. Et plus il prenait le temps de lui imager ces hypothèses, plus les sourcils d'Émeline se mirent à se froncer. Ce dont il lui parlait, ça ne la concernait pas. En fait, elle ne se reconnaissait pas dans ce cas de figure qui avait l'air assez complexe. Bien qu'elle souffrait de sa situation, elle se considérait presque chanceuse de ne pas vivre ce qu'il venait de lui décrire.
- Je ne suis pas dans ce cas-là. Ce que vous me décrivez, ce n'est pas ce que je ressens ou vis, informa-t-elle calmement. Je suis juste moi, mais...c'est différent. Trop différent...Je ne saurais pas vous l'expliquer mieux que ça.
Une démangeaison familière crispa un instant son visage et elle dut prendre énormément sur elle pour empêcher sa main d'aller gratter sa cicatrice. Ici, il était hors de question qu'elle prenne le moindre risque pour ce qui concernait sa tempe. Pour s'occuper, ses doigts se mirent de nouveau à pianoter son carnet dans un tempo rien qu'à elle. La répétition du tapotement attisait ses sens, la réconfortant assez pour éviter le craquage.
Le fait qu'il lui assure que son soi, son vrai soi, n'avait pas disparu ajouta comme une caresse sur la boule de stress qui vivait près de son cœur. Comme cette affirmation provenait d'un professionnel, Émeline se disait qu'il ne devait pas avoir tort. Dans son boulot, il avait dû en croiser à la pelle des gens dans une situation similaire à la sienne. S'il prenait la peine de lui dire tout ça, c'était qu'il devait logiquement assez s'y connaître. C'était vraiment ce qu'elle espérait.
À sa dernière question, Émeline secoua légèrement la tête avant de reprendre la parole.
- Ça ne part pas. C'est toujours là, mais ça ne prend pas toujours la même place selon les moments.
Quand elle était entourée de ses amis les plus proches, Émeline arrivait mieux à gérer ces humeurs, bien qu'elle restât plus à cran que par le passé. Pour eux, elle était toujours prête à recouvrir ce vide qui s'était creusé. Mais parfois, quand elle sentait ses forces diminuer, elle imposait de la distance, juste pour les protéger de son aigreur.
- C'est un peu comme s'il me manquait quelque chose et que je le remplaçais par de la...colère ? Oui, c'est totalement ça. De la colère, beaucoup de colère. Sauf que je ne suis pas comme ça, ce n'est pas moi.
Garder son souffle, ne pas perdre pied face à tous les sentiments qui se jouaient en elle, rester stable. Elle s'évertuait à ne plus montrer une quelconque faille chez elle, tout en donnant assez au psychomage pour qu'il puisse faire son travail. C'était le deal. Rentrer dans ce bureau ne servait à rien si elle ne parlait pas du tout.
Cependant, exposer ses sentiments avait un coût. La gêne au niveau de sa tempe augmentait graduellement, rendant ses traits plus tirés. Dans une ultime tentative de se distraire du supplice, Émeline osa demander la chose suivante :
- Est-ce que ça vous dérange si je dessine ?
861 mots
@Hyacinthe Kyros
- #066ccb - Coucou Rapeltout -- Son petit Moine Gras --
Cheffe de la secte des vampires - Semeuse de Discorde - Projectile de qualité supérieure - Méméline
Cheffe de la secte des vampires - Semeuse de Discorde - Projectile de qualité supérieure - Méméline
Que dire face à la sensation de vide ?
Les mots d'Émeline furent suivi d'un silence agréable. Un oiseau babilla non loin de la fenêtre, et ce court temps ne fut ponctué que par les rares froissements de leurs vêtements ou des fauteuils et par le bruit de leurs respirations. Ce, non seulement pour le confort de la jeune femme, mais aussi pour que le roux prenne le temps de bien s'approprier ses paroles. Ces dernières furent accueillies avec une forme de soulagement qui ne se traduisit chez le trentenaire que par un très léger relâchement de ses épaules, à peine perceptible sous le tissu de ses robes. Il n'interrompit pas Émeline et écoutait la façon dont ses phrases se brisaient d’elles-mêmes, arrêts qui semblaient être tout aussi éloquents que son discours.
Hyacinthe observa alors en premier temps. Le regard qui fuyait, les doigts qui pianotaient, ce besoin presque vital de s’ancrer dans le tangible par la répétition... C'était une stratégie d'adaptation simple, presque instinctive, tout aussi commune qu'efficace. Hyacinthe se revit un instant dans un autre décor, les mains occupées à n'importe quoi - écrire, plier, gratter, peindre - simplement pour ne pas se laisser happer par ce qui grondait autour de lui. Ce besoin de contact, de texture, comprit alors Hyacinthe, n'était pas une stratégie de fuite, mais plutôt une condition pour rester. Si cela pouvait permettre à Émeline de se sentir en sécurité... il ne pouvait que l'encourager à se mouvoir. De la même façon qu'il remarquait la différence positive lorsqu'Elijah se déplaçait dans son bureau, qu'Yggie déplaçait ses doigts pour sentir la texture du canapé, que Zenaïda avait son violoncelle en main. Sécurité, régulation.
Le regard de Hyacinthe glissa brièvement vers le carnet, puis revint à la Serdaigle. Son regard s’adoucit imperceptiblement.
- Vous pouvez dessiner, bien sûr, répondit-il avec un hochement de tête. Vous pouvez parler en même temps... ou pas. Comblez cette heure de la manière qui vous semble la plus juste.
Une simple invitation qui visait à mettre à l'aise. Malgré les stratégies d'entretien qui pouvaient se cacher derrière, ce n'était pas ce qui venait en tête à Hyacinthe en ce moment-même.
Le roux se permit alors de revenir au moment où Émeline a réfuté son hypothèse, affirmant ne pas se reconnaître dans cette dissociation. Comprendre la nuance prenait du temps et nécessitait des ajustements, mais d'une certaine manière, savoir qu'il pouvait exclure la Serdaigle de ce cas précis était très rassurant. Elle n'était pas absente. Elle était... déplacée. Peut-être recouverte, s'il écoutait ses hypothèses. C'était une différence subtile, mais elle changeait tant de choses.
- La colère est une émotion... que nous pourrions dire active. Elle donne de l'énergie, elle donne une direction, même si elle est inconfortable, même si elle isole. Elle est plus facile à ressentir que d'autres choses, parfois plus diffuses ou douloureuses.
Il marqua une très légère pause, ses yeux se posant distraitement sur le carnet de la jeune fille.
- Je vous crois, lorsque vous dites que cette colère n'est pas vous. Elle... elle me semble être une réponse, mais... hm... Le roux se perdit dans ses pensées, puis reprit avec un léger froncement de sourcils. Quelque chose a peut-être changé dans votre vie, vous demandant de vous adapter ?
Ses doigts reprirent leur mouvement lent sur l'accoudoir, presque en miroir du rythme qu'Émeline avait trouvé avec son carnet. Hyacinthe réfléchissait à une réponse qui pourrait être utile sans être intrusive. Ce "manque", cette colère qui venait combler le creux d'Émeline - ou recouvrir ? -, cela mettait la lumière sur certaines choses. Il y avait une certaine cohérence qui émergeait, et la colère ne se présentait pas comme le problème, mais comme le pansement. Un pansement trop serré, brûlant, qui affectait l'ensemble de la vie d'Émeline, mais un pansement malgré tout. Qu'y avait-il en dessous ?
- Est-ce que vous avez pu distinguer des moments où cette colère est la plus forte ? Des situations, des lieux, des personnes... ou même des pensées qui semblent la déclencher davantage ?
Il se réinstalla un peu plus profondément dans son fauteuil et croisa de nouveau les jambes.
- Par exemple, reprit-il en fixant son regard sur celui de la jeune fille, vous m'avez parlé de vos choix de matières... Est-ce quelque chose que vous ressentez aussi dans le contexte de vos cours ?
Hyacinthe observa alors en premier temps. Le regard qui fuyait, les doigts qui pianotaient, ce besoin presque vital de s’ancrer dans le tangible par la répétition... C'était une stratégie d'adaptation simple, presque instinctive, tout aussi commune qu'efficace. Hyacinthe se revit un instant dans un autre décor, les mains occupées à n'importe quoi - écrire, plier, gratter, peindre - simplement pour ne pas se laisser happer par ce qui grondait autour de lui. Ce besoin de contact, de texture, comprit alors Hyacinthe, n'était pas une stratégie de fuite, mais plutôt une condition pour rester. Si cela pouvait permettre à Émeline de se sentir en sécurité... il ne pouvait que l'encourager à se mouvoir. De la même façon qu'il remarquait la différence positive lorsqu'Elijah se déplaçait dans son bureau, qu'Yggie déplaçait ses doigts pour sentir la texture du canapé, que Zenaïda avait son violoncelle en main. Sécurité, régulation.
Le regard de Hyacinthe glissa brièvement vers le carnet, puis revint à la Serdaigle. Son regard s’adoucit imperceptiblement.
- Vous pouvez dessiner, bien sûr, répondit-il avec un hochement de tête. Vous pouvez parler en même temps... ou pas. Comblez cette heure de la manière qui vous semble la plus juste.
Une simple invitation qui visait à mettre à l'aise. Malgré les stratégies d'entretien qui pouvaient se cacher derrière, ce n'était pas ce qui venait en tête à Hyacinthe en ce moment-même.
Le roux se permit alors de revenir au moment où Émeline a réfuté son hypothèse, affirmant ne pas se reconnaître dans cette dissociation. Comprendre la nuance prenait du temps et nécessitait des ajustements, mais d'une certaine manière, savoir qu'il pouvait exclure la Serdaigle de ce cas précis était très rassurant. Elle n'était pas absente. Elle était... déplacée. Peut-être recouverte, s'il écoutait ses hypothèses. C'était une différence subtile, mais elle changeait tant de choses.
- La colère est une émotion... que nous pourrions dire active. Elle donne de l'énergie, elle donne une direction, même si elle est inconfortable, même si elle isole. Elle est plus facile à ressentir que d'autres choses, parfois plus diffuses ou douloureuses.
Il marqua une très légère pause, ses yeux se posant distraitement sur le carnet de la jeune fille.
- Je vous crois, lorsque vous dites que cette colère n'est pas vous. Elle... elle me semble être une réponse, mais... hm... Le roux se perdit dans ses pensées, puis reprit avec un léger froncement de sourcils. Quelque chose a peut-être changé dans votre vie, vous demandant de vous adapter ?
Ses doigts reprirent leur mouvement lent sur l'accoudoir, presque en miroir du rythme qu'Émeline avait trouvé avec son carnet. Hyacinthe réfléchissait à une réponse qui pourrait être utile sans être intrusive. Ce "manque", cette colère qui venait combler le creux d'Émeline - ou recouvrir ? -, cela mettait la lumière sur certaines choses. Il y avait une certaine cohérence qui émergeait, et la colère ne se présentait pas comme le problème, mais comme le pansement. Un pansement trop serré, brûlant, qui affectait l'ensemble de la vie d'Émeline, mais un pansement malgré tout. Qu'y avait-il en dessous ?
- Est-ce que vous avez pu distinguer des moments où cette colère est la plus forte ? Des situations, des lieux, des personnes... ou même des pensées qui semblent la déclencher davantage ?
Il se réinstalla un peu plus profondément dans son fauteuil et croisa de nouveau les jambes.
- Par exemple, reprit-il en fixant son regard sur celui de la jeune fille, vous m'avez parlé de vos choix de matières... Est-ce quelque chose que vous ressentez aussi dans le contexte de vos cours ?
716 - @Émeline Joyner
Psychomage depuis septembre 2050.
Tonton Hya - #5f957c
Tonton Hya - #5f957c
Que dire face à la sensation de vide ?
TW: présence d'un dessin où apparait du sang
- Merci...
Il venait de lui donner le droit de dessiner. Elle n'avait plus besoin de se contenter du pianotement répétitif de ses doigts. Maintenant, ils pouvaient s'empresser d'ouvrir son trésor et s'enquérir d'un crayon pour alourdir la feuille de son passage. Ses gestes étaient pressés, comme si le fait de se plonger dans son croquis revenait à respirer. Au premier coup de crayon, elle sentit son cœur revenir à une mesure plus supportable. Le stress était toujours présent, prêt à bondir sur l'adolescente au moindre relâchement de sa part.
Émeline tenait ce carnet* depuis la rentrée de septembre. Celui qu'elle avait dû abandonner chez son père contenait tous ses croquis de l'année précédente et des doux souvenirs reliés à chacune de ces esquisses. Alexander avait essayé de combler sa perte en lui offrant ce carnet juste avant qu'elle ne parte pour le Poudlard Express.
Il ne pouvait pas remplacer ce qu'elle avait perdu, mais lui, au moins, était près d'elle, prêt à la suivre dans chacune de ses insomnies.
Elle revint sur le dessin qu'elle était en train de faire avant même que Mr Kyros ne l'interrompe dans la salle d'attente. Du noir, il fallait toujours plus de noir pour illustrer le message. Les mains souillées, le cœur tombant dans une chute infinie. Chaque sentiment qu'elle possédait l'alimentait, faisant palpiter l'esquisse au gré de ces émotions.
Contrairement à ce qu'on pourrait croire, Émeline était presque plus attentive en ayant la tête plongée vers son carnet, plutôt qu'en étant en véritable face-à-face avec le psychomage. Elle l'entendait lui parler, continuer à analyser le problème qu'elle représentait. Sa voix avait pris la forme d'une sorte de nouvelle conscience qui ne lui appartenait pas. C'était agréable de l'écouter alors que sa production avançait à un rythme saccadé. Les mots de Hyacinthe s'incorporaient parfaitement avec le son des ratures. Un ballet imprévu mais loin d'être dérangeant ou proche de l'usure.
Puis, vint l'hypothèse du changement dans sa vie.
Ooh, qu'il était proche de la vérité. Si proche, qu'un frisson parcourut la peau de la Serdaigle. Il ne s'agissait pas d'une simple adaptation. Non. La rage l'avait poussé à sortir sa baguette ce jour-là. À refuser avec toute la force qu'elle possédait le drame qui se produisait entre ces quatre murs.
- Vous n'avez pas eu votre diplôme dans une boîte de bertie crochue, commenta-t-elle sans détacher son regard du carnet.
Quelqu'un qui n'avait aucun contexte de la situation aurait pu en déduire qu'elle se moquait ouvertement de lui. Alors qu'au contraire, elle le complimentait d'une manière plus subtile qu'avec des belles paroles. C'était, en quelque sorte, sa façon à elle de lui dire qu'il était doué. Mais en dehors de ces brèves paroles entourées d'humour, Émeline n'apporta rien de plus sur son hypothèse. Il avait compris qu'un évènement s'était produit, quelque chose d'assez marquant pour la mettre dans cet état. Du point de vue de l'adolescente, il n'avait pas besoin d'en savoir plus.
L'essentiel était là.
Le résultat vivait au sein de sa poitrine et elle souhaitait s'en débarrasser.
- Les cours ?...
Sa question l'étonna tellement que son crayon s'arrêta de danser. Le sujet des Potions lui apparut immédiatement en tête. Ces foutues potions qui lui pourrissaient une bonne partie de sa semaine. À chaque fin de ses heures de torture, elle avait toujours envie de tout envoyer valser. Profs. Élèves. Ils étaient tous logés à la même enseigne quand sa haine pour la matière s'emparait d'elle.
- Je regrette mon choix de filière, je suis assez tendue quand je vais dans certains cours...Être en Sciences ne me convient plus, mais je peux tenir jusqu'à la fin de l'année.
Les traits secs qu'elle apporta à son dessin, eux, délivraient réellement sa pensée sur le sujet. Mettre le feu au labo serait un acte assez représentatif de son ras-le-bol. Tout ce qui pouvait la rattacher à son père la rendait ainsi.
- C'est compliqué, mais supportable, ajouta-t-elle pour le convaincre. C'est plutôt les autres qui accentuent ce sentiment. Il y a des réactions que je ne comprends pas, ou que je ne comprends plus. N'accepte plus ?...J'ai toujours été la fille qui acceptait tout. À sourire bêtement et à se laisser marcher dessus par peur du conflit.
Tout en confiant ces détails sur sa personne, elle attrapa son taille-crayon et se mit à tailler celui qu'elle était en train d'utiliser. Dans cette position, le carnet ouvert sur ses genoux, le psychomage pouvait possiblement voir ce qu'elle était en train de dessiner. En temps normal, elle aurait fait plus attention à ce genre de détail, mais Émeline était totalement accaparée par ses propres révélations pour en prendre conscience.
- En gros, la fille trop gentille. Celle qu'on peut manipuler, puis jeter.
L'aigreur suintait par chaque fissure. Elle gonflait. Grondant derrière l'énergie qu'elle mettait dans son coup de crayon. Dans un ultime point final, sa mine se cassa contre la feuille. Tel un signe annonciateur, elle le jeta dans son sac d'un geste rageur. Elle n'avait plus besoin de lui de toute façon. Émeline ne voyait pas ce qu'elle pouvait rajouter de plus, encore moins ce qu'elle pourrait enlever. Il représentait parfaitement ce qu'elle tentait de partager depuis de longues minutes sans que sa langue n'y parvienne.
- On m'a jeté pas mal de fois, souffla-t-elle, les yeux rivés sur son dessin. J'ai toujours réussi à faire avec et...d'avancer ? Puis je gardais le sourire, j'avais que ça.
Une pause unique, étirée par l'observation de la feuille crayonnée. Fixer juste un peu. De quoi lui donner assez de force pour s'en détacher. Et pourquoi pas l'aider à aller jusqu'au bout de ce qu'elle avouait.
- Je n'y arrive plus. J'arrive plus à accepter sans rien dire. J'arrive plus à être la gentille Émeline...Mais...Si je ne suis plus gentille, je suis qui ?...La colère va juste grossir... Et je vais devenir comme lui.
Sa dernière phrase avait été dite dans un murmure inconscient. Cet aveu, qu'elle n'avait pas prévu de dire à voix haute, l'avait tétanisé.
Reducio

1009 mots
@Hyacinthe Kyros- Bouh
@Dorian Peachey - pour la mention de ton PNJ !
- #066ccb - Coucou Rapeltout -- Son petit Moine Gras --
Cheffe de la secte des vampires - Semeuse de Discorde - Projectile de qualité supérieure - Méméline
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Que dire face à la sensation de vide ?
Hyacinthe resta tranquillement immobile lorsque le crayon d’Émeline reprit vie, comme si ce simple geste venait réorganiser quelque chose de profondément nécessaire pour la jeune fille. Il observa sans insistance les mouvements du crayon avant de laisser son regard se détourner, symbole d'un respect pour la bulle qu'Émeline reconstruisait avec chaque trait. Le rythme saccadé du dessin, les pressions irrégulières de la mine, la manière dont la Serdaigle semblait respirer à travers ce mouvement... Il y avait là une tension qui cherchait une issue, une forme qui tentait d’émerger sans encore y parvenir complètement. Et Hyacinthe le savait : interrompre cela trop frontalement reviendrait à refermer une porte qui venait à peine de s’entrouvrir.
Émeline parvenait à parler tout en dessinant et prouva ainsi que ce support l'ancrait plus qu'il ne l'éloignait. Alors qu'elle fit un commentaire sur son diplôme, Hyacinthe écarquilla les yeux d'une surprise bienvenue, puis rigola doucement. C'était une façon bien particulière de le complimenter, tiens ! Mais... c'était aussi une phrase aussi sèche que détournée et surtout, drôle. Cette touche d'humour toucha pleinement le roux.
- Eh bien, je ne peux que vous remercier de le penser, murmura-t-il entre deux rires, malgré le fait qu'il tentait toujours de se calmer.
Il ne fallut que quelques secondes pour que le trentenaire reprenne le contrôle. À vrai dire, le fait qu'Émeline évoquait déjà un autre sujet l'y aida fortement. Cette tension qu'elle semblait minimiser vis-à-vis de son choix de filière et de ses cours... elle semblait tellement présente. Trahie par ses gestes, trahie par le dessin qu'elle créait. Les éléments s’alignaient peu à peu, sans que Hyacinthe n'ait besoin de forcer quoi que ce soit.
À sa grande surprise, la jeune sorcière continua. L'autoriser à dessiner semblait avoir fait des merveilles, et le psychomage tenta à la fois de rester attentif à ses expressions et aux tracés qu'elle faisait. Il écouta plus intensément, plus précisément, sans pour autant manifester d'autres choses. Ses doigts cessèrent un instant de bouger sur l'accoudoir, en suspension, alors que la situation se développait petit à petit. Les autres, les interactions. Et le fil se tendit quand Émeline mentionna cette ancienne version d'elle-même. C'était quelque chose que Haycinthe pouvait tout à fait comprendre. Les limites de la Serdaigle avaient-elles changé depuis cette période au point de tant affecter son comportement ? La façon dont elle parlait d'elle - au passé, avec un presque détachement, jusqu'à ce point de rupture où s'infiltraient aigreur et rejet... "Si je ne suis plus gentille... je suis qui ?" Émeline s'était-elle toujours construite sur l'idée de plaire aux gens ? Une séparation avec ce concept pourrait être très impactane. Non, il y avait plus que de la colère. Il semblait y avoir une réévaluation complète de son identité, de la façon dont elle vivait ses relations.
- Vous parlez de vous comme de quelqu’un que vous n’êtes plus, releva-t-il calmement. Comme si cette "ancienne Émeline" appartenait déjà au passé.
C'était un constat. De la même façon que Hyacinthe constatait que le dessin se transformait petit à petit par ces traits appuyés, presque agressifs, qui venaient remplacer les mots de la brune. Et lorsqu’elle parla d’avoir été "jetée", il sentit très clairement que le cœur du sujet se rapprochait. Pourquoi faire des efforts si cela ne nous rapportait aucune certitude ? Pourquoi prendre le risque d'être ainsi blessé ? Il semblait parfois moins dangereux de renfermer les traits qui favorisaient de telles choses. Y avait-il eu un déclic ?
Puis la mine se brisa.
Le geste sec le coupa dans ses pensées. Pas autant que la manière dont elle jeta le crayon, comme si cet outil devenu inutile ne lui apportait plus aucun réconfort. Et il y eut un glissement, toujours aussi progressif, vers "lui". Ah. Voilà un point d'intérêt qui s'avérait difficile à aborder. Le comportement actuel d'Émeline était suffisamment clair pour que Hyacinthe ne s'aventure pas sur ce terrain miné sans l'avoir analysé au préalable. Le silence qui suivit s’étira, et le roux sentit très nettement le poids de ce qui venait d’être dit, et il choisit de ne pas le combler trop vite. Il inspira lentement, laissant ses propres pensées se structurer. Qui était-il donc ?
- J'ai la sensation que... cela ressemble plus à une réaction à votre vécu qu'à une transformation en une autre, reprit le psychomage. Il espérait que son point de vue ne serait pas perçu comme une négation du ressenti de la Serdaigle. Pendant longtemps, vous avez tenu en étant... très accommodante, c'est bien cela ? À éviter les conflits, à accepter plus que ce qui était confortable pour vous. Et... et aujourd’hui, quelque chose en vous refuse de continuer ainsi.
Hyacinthe marqua une pause et observa la manière dont Émeline restait fixée sur son dessin. Les choses s'emboitaient petit à petit : la filière regrettée, le rejet, les relations instables, cette ancienne posture d'acceptation totale. Tout cela dessinait une trajectoire logique, celle d’une personne qui avait longtemps contenu, absorbé et encaissé, jusqu’à ce que cela ne soit plus possible. Le roux avait déjà rencontré des personnes ayant été blessées par leur propre gentillesse, et discuter avec elles le rendait particulièrement empathique. Lui, était directement passé à la colère et à l'établissement d'intenses limites. La gentillesse n'avait pas sa place s'il devait en patir. Du moins, c'était ce qu'il se disait à chaque fois qu'il ne se trouvait pas en face d'un jeune. Il y avait des exceptions à la règle, c'était certain.
Dans le cas d'Émeline, la colère n’était pas une dérive. Elle ressemblait beaucoup plus à une rupture.
- C'est une limite claire qui apparaît. Je... j'ai conscience que cela puisse être perçu comme une perte, surtout du côté de vos relations sociales. Mais... ce changement, cette colère... peut-être que la limite est dépassée depuis longtemps.
Un léger silence s’installa, plus court cette fois. Hyacinthe réfléchit brièvement à la manière de continuer sans brusquer Émeline. Il ne s’agissait pas de déconstruire tout ce qu’elle venait de dire, bien au contraire, mais de lui offrir un point d'appui et une interprétation différente. Il fallait qu'ils soient sur la même longueur d'onde quant à l'origine de cette douleur, de ce vide.
- Cette colère... est-ce qu’elle apparaît plutôt dans des situations où vous avez l’impression que quelque chose vous est imposé ? Ou quand quelqu’un dépasse ce que vous êtes prête à accepter ?
C'était une première orientation qui convenait à Hyacinthe. Se concentrer sur les situations ammenant à ces émotions sur un premier temps, puis sur la potentielle origine de ces changements par la suite. De toute façon, il avait pris la parole seulement en s'appuyant sur ses inférences précédentes, en observant les brides du dessin que la jeune fille faisait. Il était sombre, il était emprunt d'une douleur évidente. D'où venait-elle ? Émeline ne lui avait rien confirmé, rien d'autre que la mention d'une tiers personne. Mais il était plus intéressant d'attendre avant de se diriger vers "lui".
Émeline parvenait à parler tout en dessinant et prouva ainsi que ce support l'ancrait plus qu'il ne l'éloignait. Alors qu'elle fit un commentaire sur son diplôme, Hyacinthe écarquilla les yeux d'une surprise bienvenue, puis rigola doucement. C'était une façon bien particulière de le complimenter, tiens ! Mais... c'était aussi une phrase aussi sèche que détournée et surtout, drôle. Cette touche d'humour toucha pleinement le roux.
- Eh bien, je ne peux que vous remercier de le penser, murmura-t-il entre deux rires, malgré le fait qu'il tentait toujours de se calmer.
Il ne fallut que quelques secondes pour que le trentenaire reprenne le contrôle. À vrai dire, le fait qu'Émeline évoquait déjà un autre sujet l'y aida fortement. Cette tension qu'elle semblait minimiser vis-à-vis de son choix de filière et de ses cours... elle semblait tellement présente. Trahie par ses gestes, trahie par le dessin qu'elle créait. Les éléments s’alignaient peu à peu, sans que Hyacinthe n'ait besoin de forcer quoi que ce soit.
À sa grande surprise, la jeune sorcière continua. L'autoriser à dessiner semblait avoir fait des merveilles, et le psychomage tenta à la fois de rester attentif à ses expressions et aux tracés qu'elle faisait. Il écouta plus intensément, plus précisément, sans pour autant manifester d'autres choses. Ses doigts cessèrent un instant de bouger sur l'accoudoir, en suspension, alors que la situation se développait petit à petit. Les autres, les interactions. Et le fil se tendit quand Émeline mentionna cette ancienne version d'elle-même. C'était quelque chose que Haycinthe pouvait tout à fait comprendre. Les limites de la Serdaigle avaient-elles changé depuis cette période au point de tant affecter son comportement ? La façon dont elle parlait d'elle - au passé, avec un presque détachement, jusqu'à ce point de rupture où s'infiltraient aigreur et rejet... "Si je ne suis plus gentille... je suis qui ?" Émeline s'était-elle toujours construite sur l'idée de plaire aux gens ? Une séparation avec ce concept pourrait être très impactane. Non, il y avait plus que de la colère. Il semblait y avoir une réévaluation complète de son identité, de la façon dont elle vivait ses relations.
- Vous parlez de vous comme de quelqu’un que vous n’êtes plus, releva-t-il calmement. Comme si cette "ancienne Émeline" appartenait déjà au passé.
C'était un constat. De la même façon que Hyacinthe constatait que le dessin se transformait petit à petit par ces traits appuyés, presque agressifs, qui venaient remplacer les mots de la brune. Et lorsqu’elle parla d’avoir été "jetée", il sentit très clairement que le cœur du sujet se rapprochait. Pourquoi faire des efforts si cela ne nous rapportait aucune certitude ? Pourquoi prendre le risque d'être ainsi blessé ? Il semblait parfois moins dangereux de renfermer les traits qui favorisaient de telles choses. Y avait-il eu un déclic ?
Puis la mine se brisa.
Le geste sec le coupa dans ses pensées. Pas autant que la manière dont elle jeta le crayon, comme si cet outil devenu inutile ne lui apportait plus aucun réconfort. Et il y eut un glissement, toujours aussi progressif, vers "lui". Ah. Voilà un point d'intérêt qui s'avérait difficile à aborder. Le comportement actuel d'Émeline était suffisamment clair pour que Hyacinthe ne s'aventure pas sur ce terrain miné sans l'avoir analysé au préalable. Le silence qui suivit s’étira, et le roux sentit très nettement le poids de ce qui venait d’être dit, et il choisit de ne pas le combler trop vite. Il inspira lentement, laissant ses propres pensées se structurer. Qui était-il donc ?
- J'ai la sensation que... cela ressemble plus à une réaction à votre vécu qu'à une transformation en une autre, reprit le psychomage. Il espérait que son point de vue ne serait pas perçu comme une négation du ressenti de la Serdaigle. Pendant longtemps, vous avez tenu en étant... très accommodante, c'est bien cela ? À éviter les conflits, à accepter plus que ce qui était confortable pour vous. Et... et aujourd’hui, quelque chose en vous refuse de continuer ainsi.
Hyacinthe marqua une pause et observa la manière dont Émeline restait fixée sur son dessin. Les choses s'emboitaient petit à petit : la filière regrettée, le rejet, les relations instables, cette ancienne posture d'acceptation totale. Tout cela dessinait une trajectoire logique, celle d’une personne qui avait longtemps contenu, absorbé et encaissé, jusqu’à ce que cela ne soit plus possible. Le roux avait déjà rencontré des personnes ayant été blessées par leur propre gentillesse, et discuter avec elles le rendait particulièrement empathique. Lui, était directement passé à la colère et à l'établissement d'intenses limites. La gentillesse n'avait pas sa place s'il devait en patir. Du moins, c'était ce qu'il se disait à chaque fois qu'il ne se trouvait pas en face d'un jeune. Il y avait des exceptions à la règle, c'était certain.
Dans le cas d'Émeline, la colère n’était pas une dérive. Elle ressemblait beaucoup plus à une rupture.
- C'est une limite claire qui apparaît. Je... j'ai conscience que cela puisse être perçu comme une perte, surtout du côté de vos relations sociales. Mais... ce changement, cette colère... peut-être que la limite est dépassée depuis longtemps.
Un léger silence s’installa, plus court cette fois. Hyacinthe réfléchit brièvement à la manière de continuer sans brusquer Émeline. Il ne s’agissait pas de déconstruire tout ce qu’elle venait de dire, bien au contraire, mais de lui offrir un point d'appui et une interprétation différente. Il fallait qu'ils soient sur la même longueur d'onde quant à l'origine de cette douleur, de ce vide.
- Cette colère... est-ce qu’elle apparaît plutôt dans des situations où vous avez l’impression que quelque chose vous est imposé ? Ou quand quelqu’un dépasse ce que vous êtes prête à accepter ?
C'était une première orientation qui convenait à Hyacinthe. Se concentrer sur les situations ammenant à ces émotions sur un premier temps, puis sur la potentielle origine de ces changements par la suite. De toute façon, il avait pris la parole seulement en s'appuyant sur ses inférences précédentes, en observant les brides du dessin que la jeune fille faisait. Il était sombre, il était emprunt d'une douleur évidente. D'où venait-elle ? Émeline ne lui avait rien confirmé, rien d'autre que la mention d'une tiers personne. Mais il était plus intéressant d'attendre avant de se diriger vers "lui".
1161 - @Émeline Joyner
Psychomage depuis septembre 2050.
Tonton Hya - #5f957c
Tonton Hya - #5f957c
Que dire face à la sensation de vide ?
Le rire du psychomage ne fut pas désagréable à entendre, même s'il était étrange qu'il apparaisse en plein milieu de cette ambiance pesante. Entre deux moments incertains, Émeline se rappela que c'était l'une des choses qu'elle préférait, faire rire les gens. Petite, elle adorait partager ces rares éclats avec son grand-père, écouter ceux si expressifs de sa tante et remarquer qu'elle possédait la même façon de rire que sa mère. Elle trouvait qu'il s'agissait de la meilleure sensation du monde. Le corps se relâchait pour finir par rayonner. Chaque parcelle rentrait en jeu pour irradier le visage de ce sentiment de joie. Un spectacle magnifique qui n'avait pas de prix.
Quand elle entendait ceux de ses amis, provoqués par ses propres soins, elle ressentait toujours une chaleur se propager au niveau de son cœur. Elle était juste assez douce pour la conforter dans l'idée que ses efforts n'étaient pas vains. Qu'elle était utile. Rien qu'un petit peu.
Aussi utile que ce dessin qu'elle venait de créer ? Qu'allait-il advenir, à part vieillir dans son carnet ? C'était une étrange question qui lui venait, alors que ce n'était clairement pas le sujet le plus important à aborder. Sûrement une nouvelle tentative de son esprit de fuir la boulette qu'elle venait de faire. S'il se jetait sur ce détail qui venait de lui échapper, elle était certaine que sa douleur allait revenir, jusqu'à la pousser à quitter la pièce sans sommation.
Il parla avec douceur, comme si à travers ses rares hésitations il tâtonnait le terrain, craignant de dépasser les limites de l'adolescente. Émeline écouta ses suppositions, dissimulant son soulagement en comprenant qu'il avait mis de côté ce malencontreux lui. Pendant ce temps qu'il prit à lui exposer sa pensée, la Serdaigle regagna le contrôle de son visage, abandonnant cet air perdu qu'elle lui avait montré.
Son regard cerné se perdit sur le psychomage. Il étudia sa magnifique tenue qui lui allait comme un gant, ses longs cheveux roux si particuliers et ses yeux bien moins sombres que les siens. Lui aussi portait des cernes. Un détail qui avait échappé à l'adolescente jusqu'à ce moment. Est-ce que ses proches ignoraient de la même façon les siennes, sans même le vouloir ?
- On peut dire ça, oui, confirma-t-elle avec détachement. C'est un ras-le-bol général. Un ras-le-bol tout court.
Émeline baissa de nouveau son visage vers son carnet ouvert. Appliquer la dernière touche de noir aurait dû l'aider à diminuer la pression. Parce que le dessin servait à ça, à arracher de son cœur ses sentiments qui ne parvenaient pas à glisser de sa langue. Pourtant, plus rien ne lui venait en sondant son propre dessin.
- Les limites, c'est pas un truc qui sert à être dépassé ? questionna-t-elle, ironique.
Évidemment qu'elle connaissait la réponse, mais n'était-il pas mieux de poser des interrogations un peu gamines que de laisser cet air sérieux sur le visage du psychomage ? Le voir sourire serait plus facile à supporter que cette tension qu'elle avait perçue. Être là, c'était déjà assez pesant pour elle. Autant partir vers la dérision que d'affronter totalement tout ce qu'elle exposait par ses fissures.
L'une de ses mains détacha une par une les attaches de la feuille de son carnet. Le dessin fut libéré de son emprise, pouvant enfin s'élever entièrement entre ses paumes. Puis, tout en continuant à lui répondre, ses doigts se mirent tout doucement à déchirer, bout par bout, sa création.
- Est-ce que je peux répondre : tout ?
Un bout tomba sur ses genoux, suivi rapidement par un deuxième. Le manège continua, incapable de s'arrêter, tel un engrenage dont elle avait perdu tous les mystères.
- Ça peut être pour des trucs tout à fait bêtes. Des regards, des questions indiscrètes ou juste quand les gens ne savent pas réfléchir, dit-elle sans détacher ses yeux de l'esquisse. Les injustices, les remarques qui ne servent qu'à blesser sans raison, les grandes gueules qui se pensent intouchables...La liste est longue, monsieur.
Le noir de son pantalon était quasiment dissimulé par les confettis qu'elle créait à chaque déchirure. Cela l'amusait presque de les voir s'accumuler un par un. Quand elle n'eut plus rien à détruire, elle récupéra les restes dans ses mains en coupelles, ne montrant aucun signe de tristesse face à son geste.
- Tellement longue qu'on pourrait rester des heures là.
Ses doigts se refermèrent sur les confettis, un sourire factice prenant place sur ses lèvres. Une amertume se formant au fond de sa gorge.
- Je parle d'elle au passé, parce que ce n'est pas qu'une question de ne plus vouloir l'être, souffla-t-elle en relâchant tout ce qu'elle tenait sur ses genoux. Tout. Tout a changé.
Plus elle parlait, plus sa voix s'amenuisait, tandis que son regard dérivait sur des choses qu'elle seule pouvait voir. Chaque mot qu'elle employait pesait sur sa langue, tel des poids qu'elle arrivait enfin à se défaire après des mois à les garder en bouche. Bien que parfois décousues et dépourvues de nombreux détails qu'elle refusait de donner, ses paroles disaient la vérité. Enfin, sa propre vérité.
- Je crève de peur de ne plus réussir à l'être, ou de juste ne plus savoir qui je suis vraiment...Mais je n'ai pas le choix. Je ne peux pas oublier et agir comme avant. Personne ne peut oublier ce qu'il veut, pas vrai ? Ce n'est pas comme ça que ça marche. Sinon, ça serait trop simple.
Le son du dépit imprégnait sa voix et pouvait se trouver dans la gestuelle de l'adolescente. Elle avait complètement mis de côté les paroles rassurantes du psychomage sur son vrai soi, complètement happée par son aigreur.
Elle ne se souvenait pas précisément à partir de quand elle avait abandonné. Que l'espoir s'était évaporé. Est-ce que ça datait de l'été dernier ? Ou alors, ça remontait à ce terrible réveillon ?
Impossible de trancher. Puis, qu'est-ce que ça changerait ? Au final, elle était là, assise dans ce canapé, à parler comme elle pouvait à cet adulte rempli de bienveillance. Qu'elle ait le moment précis ou non ne changerait pas l'instant présent. Elle serait toujours là, à ne plus savoir quoi faire pour combler ce qui lui manquait.
Sans rien rajouter de plus, Émeline glissa sa main vers la poche de son uniforme pour en sortir sa baguette. La lenteur de son geste laissa au sorcier tout le loisir de la regarder faire, alors qu'elle la pointait en direction des confettis.
- Reparo.
La magie exécuta sa demande. Morceau par morceau, le dessin qu'elle avait déchiré précédemment se répara devant eux. La feuille fut de nouveau sur elle, présentant les mêmes coups de crayons qu'elle avait pu y apporter. Elle l'attrapa et l'apporta un peu plus près de son visage, comme pour vérifier quelque chose.
Quand elle reposa enfin ses yeux sur le psychomage, après de longues minutes à l'avoir évité, Émeline possédait un sourire plus triste, presque défaitiste.
- C'est bête de ne pas pouvoir faire la même chose sur notre cœur.
1166 mots
@Hyacinthe Kyros
Quand elle entendait ceux de ses amis, provoqués par ses propres soins, elle ressentait toujours une chaleur se propager au niveau de son cœur. Elle était juste assez douce pour la conforter dans l'idée que ses efforts n'étaient pas vains. Qu'elle était utile. Rien qu'un petit peu.
Aussi utile que ce dessin qu'elle venait de créer ? Qu'allait-il advenir, à part vieillir dans son carnet ? C'était une étrange question qui lui venait, alors que ce n'était clairement pas le sujet le plus important à aborder. Sûrement une nouvelle tentative de son esprit de fuir la boulette qu'elle venait de faire. S'il se jetait sur ce détail qui venait de lui échapper, elle était certaine que sa douleur allait revenir, jusqu'à la pousser à quitter la pièce sans sommation.
Il parla avec douceur, comme si à travers ses rares hésitations il tâtonnait le terrain, craignant de dépasser les limites de l'adolescente. Émeline écouta ses suppositions, dissimulant son soulagement en comprenant qu'il avait mis de côté ce malencontreux lui. Pendant ce temps qu'il prit à lui exposer sa pensée, la Serdaigle regagna le contrôle de son visage, abandonnant cet air perdu qu'elle lui avait montré.
Son regard cerné se perdit sur le psychomage. Il étudia sa magnifique tenue qui lui allait comme un gant, ses longs cheveux roux si particuliers et ses yeux bien moins sombres que les siens. Lui aussi portait des cernes. Un détail qui avait échappé à l'adolescente jusqu'à ce moment. Est-ce que ses proches ignoraient de la même façon les siennes, sans même le vouloir ?
- On peut dire ça, oui, confirma-t-elle avec détachement. C'est un ras-le-bol général. Un ras-le-bol tout court.
Émeline baissa de nouveau son visage vers son carnet ouvert. Appliquer la dernière touche de noir aurait dû l'aider à diminuer la pression. Parce que le dessin servait à ça, à arracher de son cœur ses sentiments qui ne parvenaient pas à glisser de sa langue. Pourtant, plus rien ne lui venait en sondant son propre dessin.
- Les limites, c'est pas un truc qui sert à être dépassé ? questionna-t-elle, ironique.
Évidemment qu'elle connaissait la réponse, mais n'était-il pas mieux de poser des interrogations un peu gamines que de laisser cet air sérieux sur le visage du psychomage ? Le voir sourire serait plus facile à supporter que cette tension qu'elle avait perçue. Être là, c'était déjà assez pesant pour elle. Autant partir vers la dérision que d'affronter totalement tout ce qu'elle exposait par ses fissures.
L'une de ses mains détacha une par une les attaches de la feuille de son carnet. Le dessin fut libéré de son emprise, pouvant enfin s'élever entièrement entre ses paumes. Puis, tout en continuant à lui répondre, ses doigts se mirent tout doucement à déchirer, bout par bout, sa création.
- Est-ce que je peux répondre : tout ?
Un bout tomba sur ses genoux, suivi rapidement par un deuxième. Le manège continua, incapable de s'arrêter, tel un engrenage dont elle avait perdu tous les mystères.
- Ça peut être pour des trucs tout à fait bêtes. Des regards, des questions indiscrètes ou juste quand les gens ne savent pas réfléchir, dit-elle sans détacher ses yeux de l'esquisse. Les injustices, les remarques qui ne servent qu'à blesser sans raison, les grandes gueules qui se pensent intouchables...La liste est longue, monsieur.
Le noir de son pantalon était quasiment dissimulé par les confettis qu'elle créait à chaque déchirure. Cela l'amusait presque de les voir s'accumuler un par un. Quand elle n'eut plus rien à détruire, elle récupéra les restes dans ses mains en coupelles, ne montrant aucun signe de tristesse face à son geste.
- Tellement longue qu'on pourrait rester des heures là.
Ses doigts se refermèrent sur les confettis, un sourire factice prenant place sur ses lèvres. Une amertume se formant au fond de sa gorge.
- Je parle d'elle au passé, parce que ce n'est pas qu'une question de ne plus vouloir l'être, souffla-t-elle en relâchant tout ce qu'elle tenait sur ses genoux. Tout. Tout a changé.
Plus elle parlait, plus sa voix s'amenuisait, tandis que son regard dérivait sur des choses qu'elle seule pouvait voir. Chaque mot qu'elle employait pesait sur sa langue, tel des poids qu'elle arrivait enfin à se défaire après des mois à les garder en bouche. Bien que parfois décousues et dépourvues de nombreux détails qu'elle refusait de donner, ses paroles disaient la vérité. Enfin, sa propre vérité.
- Je crève de peur de ne plus réussir à l'être, ou de juste ne plus savoir qui je suis vraiment...Mais je n'ai pas le choix. Je ne peux pas oublier et agir comme avant. Personne ne peut oublier ce qu'il veut, pas vrai ? Ce n'est pas comme ça que ça marche. Sinon, ça serait trop simple.
Le son du dépit imprégnait sa voix et pouvait se trouver dans la gestuelle de l'adolescente. Elle avait complètement mis de côté les paroles rassurantes du psychomage sur son vrai soi, complètement happée par son aigreur.
Elle ne se souvenait pas précisément à partir de quand elle avait abandonné. Que l'espoir s'était évaporé. Est-ce que ça datait de l'été dernier ? Ou alors, ça remontait à ce terrible réveillon ?
Impossible de trancher. Puis, qu'est-ce que ça changerait ? Au final, elle était là, assise dans ce canapé, à parler comme elle pouvait à cet adulte rempli de bienveillance. Qu'elle ait le moment précis ou non ne changerait pas l'instant présent. Elle serait toujours là, à ne plus savoir quoi faire pour combler ce qui lui manquait.
Sans rien rajouter de plus, Émeline glissa sa main vers la poche de son uniforme pour en sortir sa baguette. La lenteur de son geste laissa au sorcier tout le loisir de la regarder faire, alors qu'elle la pointait en direction des confettis.
- Reparo.
La magie exécuta sa demande. Morceau par morceau, le dessin qu'elle avait déchiré précédemment se répara devant eux. La feuille fut de nouveau sur elle, présentant les mêmes coups de crayons qu'elle avait pu y apporter. Elle l'attrapa et l'apporta un peu plus près de son visage, comme pour vérifier quelque chose.
Quand elle reposa enfin ses yeux sur le psychomage, après de longues minutes à l'avoir évité, Émeline possédait un sourire plus triste, presque défaitiste.
- C'est bête de ne pas pouvoir faire la même chose sur notre cœur.
1166 mots
@Hyacinthe Kyros
- #066ccb - Coucou Rapeltout -- Son petit Moine Gras --
Cheffe de la secte des vampires - Semeuse de Discorde - Projectile de qualité supérieure - Méméline
Cheffe de la secte des vampires - Semeuse de Discorde - Projectile de qualité supérieure - Méméline
Que dire face à la sensation de vide ?
Le rire léger que Hyacinthe avait laissé échapper un peu plus tôt s’était dissipé depuis longtemps, mais il restait quelque chose de cette douceur dans son expression tandis qu’il observait Émeline parler, dessiner. L'attitude de la jeune fille n'était pas encore tout à fait spontanée - elle se contrôlait énormément, jusque dans ses silences, ses détours. Il semblait cependant y avoir maintenant des fissures suffisamment larges pour que Hyacinthe puisse entrevoir la structure qui se cachait derrière le masque.
La jeune sorcière mentionna les limites de chacun avec une ironie évidente, presque adolescente, comme une tentative de détourner la tension. Le trentenaire y voyait alors un glissement, mais aussi un appui sur une confusion qui n'en était en réalité pas une. Il était évident qu'elle savait. Cependant, le sujet étant abordé, le roux décida de le poursuivre sur le ton de la conversation. Ses yeux étaient posés sur Émeline et son dessin sans appui ni dureté.
- Certaines limites, en effet... et heureusement. Je n'ose imaginer à quel point nous serions tous amoindris si nous devions être contraint à n'en dépasser aucune ! Dans de banals moments ou dans les situations les plus extrêmes, c'est un symbole non négligeable de progression.
Sa voix gardait cette stabilité qu’il avait depuis le début de l’entretien ; pas professorale, ni froide, mais simplement réfléchie. Hyacinthe parlait comme quelqu’un habitué à penser les choses à voix haute plutôt qu’à imposer une conclusion. Et à vrai dire, il considérait cela comme particulièrement bénéfique dans cette situation : la Serdaigle qu'il avait face à lui était une jeune femme à l'esprit particulièrement vaste et pensif. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas eu un échange aussi métaphorique centré sur des idées immatérielles.
- Les limites de compétence, la confiance en soi, la peur... ce sont souvent celles qu’on cherche à dépasser pour évoluer. Petit à petit, à son rythme... Le tout est d'arriver à distinguer lesquelles sont dépassables et lesquelles sont là pour nous protéger.
Hyacinthe glissa ses doigts lentement contre l'accoudoir de son siège tandis qu’il réfléchissait à la meilleure manière de formuler la suite. Les limites à dépasser étaient une chose, mais Émeline et lui-même savaient très bien qu’ils ne parlaient pas de celles-ci.
- Ces... ces signaux, continua doucement le roux. Il réajusta une nouvelle fois sa coupe de cheveux avant de poursuivre, sont souvent émotionnels, psychiques, corporelles... ils indiquent qu’une situation commence à coûter plus qu’elle ne devrait. Le corps et l'esprit doivent réagir pour ne pas subir indéfiniment, vous ne pensez pas ?
Le froissement des morceaux de papier dans les mains d’Émeline attira toute l’attention de Hyacinthe. Il la regarda détruire son dessin avec cette lenteur méthodique qui trahissait moins une impulsion qu’un besoin de faire quelque chose de cette agitation intérieure qui débordait partout ailleurs. Les petits fragments noirs s’accumulaient sur ses genoux, sur le canapé, glissaient parfois au sol, et le psychomage suivait ce mouvement en silence, le regard attentif mais jamais intrusif. Il avait vu des élèves s’effondrer en larmes dans ce bureau, d’autres rire nerveusement, d’autres avoir des accès de colère tels qu'ils en venaient à se blesser, à frapper le mobilier, d'autres encore rester mutiques durant une heure entière. Pourtant, il y avait quelque chose de particulièrement révélateur dans cette manière qu’avait Émeline de passer par les objets pour exprimer ce qu’elle ne supportait plus de garder en elle. Le dessin devenait réceptacle, extension de la colère, puis victime de cette dernière. Et malgré l’apparente brutalité du geste, Hyacinthe n’y voyait rien d’alarmant, au contraire. Cela restait contenu, symbolique, maîtrisé. La Serdaigle détruisait une feuille, pas elle-même.
- ...Parfois, c'est une manifestation discrète. Fatigue, irritabilité, détachement, oubli. Le genre de chose qui arrive à chacun s'il reste trop longtemps à un événement auquel il n'avait pas envie d'aller, par exemple. Et... d'autres fois, il peut s'agir d'une réaction beaucoup plus brutale, que ce soit par les actions ou les émotions. Burn out, colère, crises d'angoisse, phase dépressive, fuite.
Puis la Serdaigle parla de l'ancienne version d'elle-même ; la fille gentille qui encaissait tant, qui se sentait utilisée puis abandonnée. Quelque chose dans l'expression du psychomage changea subtilement. Il ne pouvait pas dire qu'il éprouvait de la pitié - non, ni lui ni Émeline ne supporteraient ça -, ni même de la surprise. Cependant, l'intensité de ces éléments et de tout ce qu'ils impliquaient le fit se concentrer un peu plus, avec l'envie grandissante de voir la Serdaigle réussir à se débarrasser de ce poids. Le rouquin se redressa légèrement dans son fauteuil, croisant lentement ses jambes dans l'autre sens.
C'était une bascule qui lui était familière. Non pas dans le cas unique d'Émeline - chaque douleur gardait ses propres spécificités - mais dans la mécanique dans laquelle son esprit s'est glissé. Certaines personnes construisaient leur identité autour de l’acceptation des autres au point de ne plus savoir quoi faire lorsque cette stratégie cessait de fonctionner. Être apprécié devenait une manière d’être en sécurité. Alors forcément, quand la colère apparaissait enfin, elle semblait monstrueuse, presque étrangère, parce qu’elle entrait en contradiction directe avec le rôle qu’on avait appris à tenir. Quand le monde dans lequel on s'est construit change au point de ne plus être capable de maintenir ce rôle, la seule chose qu'il est possible de faire, c'est de se demander : qui suis-je, à présent ?
Et malgré son esprit en ébullition, le murmure final d’Émeline fut entendu et resta suspendu quelques secondes dans la pièce. Et je vais devenir comme lui.
C'était une phrase qui avait un poids bien assez conséquent à elle seule. Pas seulement vis-à-vis du "lui" mentionné, et Hyacinthe ne douta pas un seul instant que parler de cette personne serait d'une complexité toute autre. Non, ce que cela révélait, c'était que la peur d'Émeline ne concernait pas seulement sa colère, mais aussi ce qu'elle était capable de transformer.
Le silence s’installa doucement après ça, épais mais pas oppressant. Dehors, un courant d’air fit vibrer légèrement une branche contre la fenêtre. Hyacinthe observa Émeline sans empressement et lui laissa le temps de prendre une à une ses propres pensées plutôt que de se précipiter pour remplir le vide. Puis, quand elle sortit finalement sa baguette pour réparer le dessin, le psychomage suivit le mouvement avec une fascination silencieuse.
Les bouts de papier disparaissaient un à un jusqu'à restaurer le dessin entier de la Serdaigle. Les traits y étaient encore visible, les émotions aussi claire qu'auparavant. C'était une action forte en sens, et Émeline en donnait bel et bien à son Reparo. C'était une déclaration que le roux ne pouvait contredire. S'ils pouvaient lancer un sortilège aussi simple sur leur cœur... la vie serait tellement plus facile. Et pourtant... Hyacinthe ne pouvait se résoudre à y percevoir une véritable intention. La magie qui altérait l'esprit, ou le cœur, d'une façon de parler commune, était quelque chose qui le mettait profondément mal à l'aise. Réparer ses blessures physique était une chose, mais réparer ses blessures mentales... Non, cela demandait un travail personnel, toujours. Une réparation si simple sans ce qui était censé l'accompagner semblait être de la triche. Peut-être que la douleur d'un événement ne ferait plus mal, mais au fond, il était évident que la situation, les souvenirs de celle-ci, ou d'autres événements s'y rapprochant, auraient toujours une répercussion sur l'individu. Le Reparo n'était qu'une solution rapide, tentatrice pour les âmes croulant sous le poids d'une vie.
- Hm... oui. Ce serait plus simple... cela en a tout l'air.
Sa réponse vint presque dans un souffle, et il y avait quelque chose d'infiniment doux dans le regard de Hyacinthe. Il ne souriait plus tout à fait, mais ses yeux étaient suffisamment expressifs pour compenser. L'air quelque peu contemplatif, le trentenaire prit quelques secondes avant de reprendre, il cligna des yeux plusieurs fois pour se recentrer, portant à nouveau son attention vers la feuille reconstituée.
- Le problème de ce genre de réparation, c'est qu'elle ne s'occupe que de la surface. Le cerveau... il doit avant tout composer avec tout ce qui est interne avant de s'occuper de cette guérison. Et ce, en essayant de trouver des moyens de continuer malgré ce qui a changé en soi, dans son environnement..
Ses doigts bougèrent lentement contre l’accoudoir tandis qu’il réfléchissait à voix haute. Les yeux tantôt fixés sur Émeline, tantôt perdus sur la surface de la table basse, il tentait d'apporter sa pierre à l'édifice qu'il construisait avec la Serdaigle.
- Je n'ai pas l'impression d'une personnalité qui disparaît, mais plutôt d'un système qui change, d'un cerveau qui compose pour essayer de se soigner, si je reprend mes mots. Hyacinthe marqua une pause, cherchant ses mots avec soin, puis reprit avec vigueur. Pendant longtemps, vous avez probablement réussi à fonctionner d’une certaine manière. En encaissant, en évitant le conflit, en gardant le sourire... Ce type d’équilibre vous a couté cher, et votre esprit tente de traiter l'ensemble de ces informations. Est-ce que ce que vous ressentez pourrait être votre façon de gérer ces changements ?
Un changement de personnalité qui semblait brutal, un mal-être profond, des événements de vie complexe et source de sentiments négatifs, des individus auxquels semblent être raccrochées les émotions nouvelles... Ce n'était pas étonnant qu'Émeline soit aussi perdue. N'importe qui le serait, à sa place. Ce vide... cette colère... elles n'étaient que des façons pour elle de traiter ces changements et les événements qui en sont les causes, de séparer son ancien elle de l'actuelle. Un sublime mécanisme de défense.
La jeune sorcière mentionna les limites de chacun avec une ironie évidente, presque adolescente, comme une tentative de détourner la tension. Le trentenaire y voyait alors un glissement, mais aussi un appui sur une confusion qui n'en était en réalité pas une. Il était évident qu'elle savait. Cependant, le sujet étant abordé, le roux décida de le poursuivre sur le ton de la conversation. Ses yeux étaient posés sur Émeline et son dessin sans appui ni dureté.
- Certaines limites, en effet... et heureusement. Je n'ose imaginer à quel point nous serions tous amoindris si nous devions être contraint à n'en dépasser aucune ! Dans de banals moments ou dans les situations les plus extrêmes, c'est un symbole non négligeable de progression.
Sa voix gardait cette stabilité qu’il avait depuis le début de l’entretien ; pas professorale, ni froide, mais simplement réfléchie. Hyacinthe parlait comme quelqu’un habitué à penser les choses à voix haute plutôt qu’à imposer une conclusion. Et à vrai dire, il considérait cela comme particulièrement bénéfique dans cette situation : la Serdaigle qu'il avait face à lui était une jeune femme à l'esprit particulièrement vaste et pensif. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas eu un échange aussi métaphorique centré sur des idées immatérielles.
- Les limites de compétence, la confiance en soi, la peur... ce sont souvent celles qu’on cherche à dépasser pour évoluer. Petit à petit, à son rythme... Le tout est d'arriver à distinguer lesquelles sont dépassables et lesquelles sont là pour nous protéger.
Hyacinthe glissa ses doigts lentement contre l'accoudoir de son siège tandis qu’il réfléchissait à la meilleure manière de formuler la suite. Les limites à dépasser étaient une chose, mais Émeline et lui-même savaient très bien qu’ils ne parlaient pas de celles-ci.
- Ces... ces signaux, continua doucement le roux. Il réajusta une nouvelle fois sa coupe de cheveux avant de poursuivre, sont souvent émotionnels, psychiques, corporelles... ils indiquent qu’une situation commence à coûter plus qu’elle ne devrait. Le corps et l'esprit doivent réagir pour ne pas subir indéfiniment, vous ne pensez pas ?
Le froissement des morceaux de papier dans les mains d’Émeline attira toute l’attention de Hyacinthe. Il la regarda détruire son dessin avec cette lenteur méthodique qui trahissait moins une impulsion qu’un besoin de faire quelque chose de cette agitation intérieure qui débordait partout ailleurs. Les petits fragments noirs s’accumulaient sur ses genoux, sur le canapé, glissaient parfois au sol, et le psychomage suivait ce mouvement en silence, le regard attentif mais jamais intrusif. Il avait vu des élèves s’effondrer en larmes dans ce bureau, d’autres rire nerveusement, d’autres avoir des accès de colère tels qu'ils en venaient à se blesser, à frapper le mobilier, d'autres encore rester mutiques durant une heure entière. Pourtant, il y avait quelque chose de particulièrement révélateur dans cette manière qu’avait Émeline de passer par les objets pour exprimer ce qu’elle ne supportait plus de garder en elle. Le dessin devenait réceptacle, extension de la colère, puis victime de cette dernière. Et malgré l’apparente brutalité du geste, Hyacinthe n’y voyait rien d’alarmant, au contraire. Cela restait contenu, symbolique, maîtrisé. La Serdaigle détruisait une feuille, pas elle-même.
- ...Parfois, c'est une manifestation discrète. Fatigue, irritabilité, détachement, oubli. Le genre de chose qui arrive à chacun s'il reste trop longtemps à un événement auquel il n'avait pas envie d'aller, par exemple. Et... d'autres fois, il peut s'agir d'une réaction beaucoup plus brutale, que ce soit par les actions ou les émotions. Burn out, colère, crises d'angoisse, phase dépressive, fuite.
Puis la Serdaigle parla de l'ancienne version d'elle-même ; la fille gentille qui encaissait tant, qui se sentait utilisée puis abandonnée. Quelque chose dans l'expression du psychomage changea subtilement. Il ne pouvait pas dire qu'il éprouvait de la pitié - non, ni lui ni Émeline ne supporteraient ça -, ni même de la surprise. Cependant, l'intensité de ces éléments et de tout ce qu'ils impliquaient le fit se concentrer un peu plus, avec l'envie grandissante de voir la Serdaigle réussir à se débarrasser de ce poids. Le rouquin se redressa légèrement dans son fauteuil, croisant lentement ses jambes dans l'autre sens.
C'était une bascule qui lui était familière. Non pas dans le cas unique d'Émeline - chaque douleur gardait ses propres spécificités - mais dans la mécanique dans laquelle son esprit s'est glissé. Certaines personnes construisaient leur identité autour de l’acceptation des autres au point de ne plus savoir quoi faire lorsque cette stratégie cessait de fonctionner. Être apprécié devenait une manière d’être en sécurité. Alors forcément, quand la colère apparaissait enfin, elle semblait monstrueuse, presque étrangère, parce qu’elle entrait en contradiction directe avec le rôle qu’on avait appris à tenir. Quand le monde dans lequel on s'est construit change au point de ne plus être capable de maintenir ce rôle, la seule chose qu'il est possible de faire, c'est de se demander : qui suis-je, à présent ?
Et malgré son esprit en ébullition, le murmure final d’Émeline fut entendu et resta suspendu quelques secondes dans la pièce. Et je vais devenir comme lui.
C'était une phrase qui avait un poids bien assez conséquent à elle seule. Pas seulement vis-à-vis du "lui" mentionné, et Hyacinthe ne douta pas un seul instant que parler de cette personne serait d'une complexité toute autre. Non, ce que cela révélait, c'était que la peur d'Émeline ne concernait pas seulement sa colère, mais aussi ce qu'elle était capable de transformer.
Le silence s’installa doucement après ça, épais mais pas oppressant. Dehors, un courant d’air fit vibrer légèrement une branche contre la fenêtre. Hyacinthe observa Émeline sans empressement et lui laissa le temps de prendre une à une ses propres pensées plutôt que de se précipiter pour remplir le vide. Puis, quand elle sortit finalement sa baguette pour réparer le dessin, le psychomage suivit le mouvement avec une fascination silencieuse.
Les bouts de papier disparaissaient un à un jusqu'à restaurer le dessin entier de la Serdaigle. Les traits y étaient encore visible, les émotions aussi claire qu'auparavant. C'était une action forte en sens, et Émeline en donnait bel et bien à son Reparo. C'était une déclaration que le roux ne pouvait contredire. S'ils pouvaient lancer un sortilège aussi simple sur leur cœur... la vie serait tellement plus facile. Et pourtant... Hyacinthe ne pouvait se résoudre à y percevoir une véritable intention. La magie qui altérait l'esprit, ou le cœur, d'une façon de parler commune, était quelque chose qui le mettait profondément mal à l'aise. Réparer ses blessures physique était une chose, mais réparer ses blessures mentales... Non, cela demandait un travail personnel, toujours. Une réparation si simple sans ce qui était censé l'accompagner semblait être de la triche. Peut-être que la douleur d'un événement ne ferait plus mal, mais au fond, il était évident que la situation, les souvenirs de celle-ci, ou d'autres événements s'y rapprochant, auraient toujours une répercussion sur l'individu. Le Reparo n'était qu'une solution rapide, tentatrice pour les âmes croulant sous le poids d'une vie.
- Hm... oui. Ce serait plus simple... cela en a tout l'air.
Sa réponse vint presque dans un souffle, et il y avait quelque chose d'infiniment doux dans le regard de Hyacinthe. Il ne souriait plus tout à fait, mais ses yeux étaient suffisamment expressifs pour compenser. L'air quelque peu contemplatif, le trentenaire prit quelques secondes avant de reprendre, il cligna des yeux plusieurs fois pour se recentrer, portant à nouveau son attention vers la feuille reconstituée.
- Le problème de ce genre de réparation, c'est qu'elle ne s'occupe que de la surface. Le cerveau... il doit avant tout composer avec tout ce qui est interne avant de s'occuper de cette guérison. Et ce, en essayant de trouver des moyens de continuer malgré ce qui a changé en soi, dans son environnement..
Ses doigts bougèrent lentement contre l’accoudoir tandis qu’il réfléchissait à voix haute. Les yeux tantôt fixés sur Émeline, tantôt perdus sur la surface de la table basse, il tentait d'apporter sa pierre à l'édifice qu'il construisait avec la Serdaigle.
- Je n'ai pas l'impression d'une personnalité qui disparaît, mais plutôt d'un système qui change, d'un cerveau qui compose pour essayer de se soigner, si je reprend mes mots. Hyacinthe marqua une pause, cherchant ses mots avec soin, puis reprit avec vigueur. Pendant longtemps, vous avez probablement réussi à fonctionner d’une certaine manière. En encaissant, en évitant le conflit, en gardant le sourire... Ce type d’équilibre vous a couté cher, et votre esprit tente de traiter l'ensemble de ces informations. Est-ce que ce que vous ressentez pourrait être votre façon de gérer ces changements ?
Un changement de personnalité qui semblait brutal, un mal-être profond, des événements de vie complexe et source de sentiments négatifs, des individus auxquels semblent être raccrochées les émotions nouvelles... Ce n'était pas étonnant qu'Émeline soit aussi perdue. N'importe qui le serait, à sa place. Ce vide... cette colère... elles n'étaient que des façons pour elle de traiter ces changements et les événements qui en sont les causes, de séparer son ancien elle de l'actuelle. Un sublime mécanisme de défense.
1586 - @Émeline Joyner
Psychomage depuis septembre 2050.
Tonton Hya - #5f957c
Tonton Hya - #5f957c
Que dire face à la sensation de vide ?
Il était de nouveau dans ses mains, entier, préservé de toute imperfection.
Elle sentait le grain de la feuille en contact avec ses paumes, allant jusqu'à la pulpe de ses doigts. Émeline n'avait jamais fait ça. Détruire un dessin, qui aurait cru qu'Émeline Joyner serait capable d'un tel geste ? Pourtant, ses mains s'étaient mouvées d'elles-mêmes, appréciant chaque morceau qu'elles arrachaient. Ce qu'elle avait représenté dans ce dessin n'était pas une simple créature magique, comme elle avait l'habitude de faire. Les déchirures qu'elle avait faites illustraient les blessures qu'elle portait sur son vrai cœur. Impossible de compter et de toutes les répertorier. Elle s'était contentée de déchirer, encore et encore, jusqu'à ce qu'elle ne puisse plus infliger une nouvelle écorchure à l'esquisse.
Réparer lui était venu naturellement. La magie qui coulait dans ses veines lui avait murmuré la marche à suivre. Émeline était une sorcière, pas une pauvre moldue dénuée de pouvoirs. Elle était capable de grandes choses, possédait une essence dans bien des matières enseignées dans ce château et un savoir qui lui était propre. Il lui suffisait d'incanter pour que sa volonté soit respectée. Alors, pourquoi de l'amertume s'était-elle hissée dans sa gorge après avoir prononcé le sort ? Âcre et tenace, la sensation restait là, prenant ses aises. La Serdaigle était persuadée que si elle reprenait la parole dès cet instant, ses mots se gorgeraient de venin.
Allait-il devenir une nouvelle cible imprévue ? Émeline le regarda de nouveau, les lèvres scellées. L'aigreur de sa propre incompétence à se réparer la rendait bien trop imprévisible. Elle se contenta d'écouter ses explications et remarques, comme une bonne partie du reste de la séance. Cela faisait une éternité qu'elle n'avait pas porté autant d'importance aux paroles d'un adulte autre qu'Alexander. Cet homme était animé par une énergie, une aura qui titillait toujours un peu plus la curiosité d'Émeline. Dans un autre contexte, elle aurait savouré toute la beauté de leur échange en se délectant de l'ingéniosité du sorcier bicolore.
Des questions qui n'avaient rien à voir avec le sujet de leur rencontre lui venaient en rafales, la déstabilisant dans sa posture. Elle se recula contre le dossier du canapé, abandonnant son ancienne position au bord de l'assise. Sans même réfléchir, sa main monta jusqu'à sa tempe pour toucher sa cicatrice toujours dissimulée par ses cheveux. Ce tic lui arracha un claquement de langue, contrariée d'avoir dépassé une nouvelle limite qu'elle s'était imposée tant qu'elle était dans le bureau : pas toucher tant qu'elle est devant lui.
Elle fit son possible pour ne pas la baisser trop vite pour éviter d'attirer son attention dessus. Bien cachée derrière sa mèche, sa cicatrice n'était qu'un point d'ombre qu'il ne pourrait pas analyser.
- Ne pensez pas que j'en ai rien à faire de ce que vous me dites, intervint-elle au beau milieu du silence, comme pour éclaircir ce point. Je n'ai juste pas parlé comme ça depuis...longtemps.
Le dessin fut abandonné sur le côté, tout près d'elle. Pour l'instant, elle parvenait encore à garder les idées claires sans que ses mains n'aillent s'occuper avec quelque chose. Même si elle se doutait qu'elle allait bien finir par reprendre cette mauvaise manie pour poursuivre leur rendez-vous.
Son esprit tenta de reprendre à peu près dans l'ordre ce qu'il lui avait demandé. Un avis, le sien. Il voulait savoir ce qu'elle pensait.
- Ce n'est pas si simple de les différencier, ces limites, souffla-t-elle en joignant ses mains. Vous-mêmes, vous n'avez jamais été contrarié quand une personne se mêle de vos affaires ? Alors qu'en vrai, c'était sûrement pour vous aider et non vous faire du mal. La limite qu'on s'impose sur ce qui nous touche personnellement est donc bonne ou mauvaise ?
Émeline reprit un peu sa respiration, elle-même étonnée d'avoir autant débitée. Ce psychomage parvenait à la faire parler bien plus qu'elle ne l'aurait espéré en rentrant dans son bureau. C'était dangereux.
Ses épaules s'haussèrent en même temps que ses prochaines paroles :
- Enfin, c'est juste un exemple. Je peux aussi me tromper.
Le peu d'aisance qu'elle avait regagné durant cette longue pause lui donnait l'impression qu'elle pourrait s'en sortir sans déraper une nouvelle fois. Lui, ne devait plus sortir de sa bouche. Surtout pas en face de Monsieur Kyros. Elle était persuadée qu'il ne laisserait pas une nouvelle chance d'aborder le sujet lui passer sous le nez, encore plus si elle la lui apportait sur un plateau d'argent.
- Quelle est la meilleure réaction à prendre, alors ? fit-elle en référence aux réactions du corps et de l'esprit. Ignorer, prendre la fuite ou se battre ?
Qu'il parle à son tour, qu'elle ne soit pas la seule à répondre à des questions. Émeline aurait pu se moquer de sa propre réaction, à chercher le moindre détail à remettre en cause, tout ça pour qu'il ne se concentre pas sur le plus important. Mais l'adolescente ne devait pas oublier qu'il s'agissait d'un professionnel. Même s'il prenait le temps de répondre à toutes les interrogations qu'elle lui posait, il finirait toujours par recentrer la discussion sur ce qui lui semblait être le point culminant du problème.
C'est ce qu'il fit, au final.
Elle comptait lui répondre qu'elle ne souhaitait pas une réparation de la coquille, que ce qui l'intéressait réellement était de suturer ce trou invisible. Ça la démangeait de lui envoyer à la tronche qu'elle était bien au courant que ça serait factice. L'option de la facilité qui ne la comblerait pas. Elle le savait. Mais l'hypothétique l'attirait. Un monde où les sorciers pouvaient soigner tous les maux la rendait envieuse.
Plus de souffrances inutiles, plus de mal incurable. Dans ce rêve utopique, son père n'aurait jamais eu le cœur brisé et ne serait pas tombé dans l'alcool. Ils auraient pu même éloigner l'aigreur de sa mère envers la magie, celle qui avait fini par la consumer de l'intérieur.
Ce désir d'un univers inatteignable la rembrunit, la poussant à serrer les poings.
- Peut-être, j'en sais rien moi... répondit-elle avec un ton plus dur. Je m'en fiche des détails. Ce n'est pas le vrai nom de ce qui m'arrive que je veux savoir, c'est comment faire pour que ça s'arrête. Vous comprenez ?
La frustration transformait sa voix et les traits de son visage. À travers sa dernière question, elle aurait pu remplacer le tout par un "Pouvez-vous m'aider ?. S'il était assez attentif à sa personne et non à ses mots, le psychomage devrait comprendre cette nuance qui débordait de ce fâcheux excès.
1081 mots
@Hyacinthe Kyros
Elle sentait le grain de la feuille en contact avec ses paumes, allant jusqu'à la pulpe de ses doigts. Émeline n'avait jamais fait ça. Détruire un dessin, qui aurait cru qu'Émeline Joyner serait capable d'un tel geste ? Pourtant, ses mains s'étaient mouvées d'elles-mêmes, appréciant chaque morceau qu'elles arrachaient. Ce qu'elle avait représenté dans ce dessin n'était pas une simple créature magique, comme elle avait l'habitude de faire. Les déchirures qu'elle avait faites illustraient les blessures qu'elle portait sur son vrai cœur. Impossible de compter et de toutes les répertorier. Elle s'était contentée de déchirer, encore et encore, jusqu'à ce qu'elle ne puisse plus infliger une nouvelle écorchure à l'esquisse.
Réparer lui était venu naturellement. La magie qui coulait dans ses veines lui avait murmuré la marche à suivre. Émeline était une sorcière, pas une pauvre moldue dénuée de pouvoirs. Elle était capable de grandes choses, possédait une essence dans bien des matières enseignées dans ce château et un savoir qui lui était propre. Il lui suffisait d'incanter pour que sa volonté soit respectée. Alors, pourquoi de l'amertume s'était-elle hissée dans sa gorge après avoir prononcé le sort ? Âcre et tenace, la sensation restait là, prenant ses aises. La Serdaigle était persuadée que si elle reprenait la parole dès cet instant, ses mots se gorgeraient de venin.
Allait-il devenir une nouvelle cible imprévue ? Émeline le regarda de nouveau, les lèvres scellées. L'aigreur de sa propre incompétence à se réparer la rendait bien trop imprévisible. Elle se contenta d'écouter ses explications et remarques, comme une bonne partie du reste de la séance. Cela faisait une éternité qu'elle n'avait pas porté autant d'importance aux paroles d'un adulte autre qu'Alexander. Cet homme était animé par une énergie, une aura qui titillait toujours un peu plus la curiosité d'Émeline. Dans un autre contexte, elle aurait savouré toute la beauté de leur échange en se délectant de l'ingéniosité du sorcier bicolore.
Des questions qui n'avaient rien à voir avec le sujet de leur rencontre lui venaient en rafales, la déstabilisant dans sa posture. Elle se recula contre le dossier du canapé, abandonnant son ancienne position au bord de l'assise. Sans même réfléchir, sa main monta jusqu'à sa tempe pour toucher sa cicatrice toujours dissimulée par ses cheveux. Ce tic lui arracha un claquement de langue, contrariée d'avoir dépassé une nouvelle limite qu'elle s'était imposée tant qu'elle était dans le bureau : pas toucher tant qu'elle est devant lui.
Elle fit son possible pour ne pas la baisser trop vite pour éviter d'attirer son attention dessus. Bien cachée derrière sa mèche, sa cicatrice n'était qu'un point d'ombre qu'il ne pourrait pas analyser.
- Ne pensez pas que j'en ai rien à faire de ce que vous me dites, intervint-elle au beau milieu du silence, comme pour éclaircir ce point. Je n'ai juste pas parlé comme ça depuis...longtemps.
Le dessin fut abandonné sur le côté, tout près d'elle. Pour l'instant, elle parvenait encore à garder les idées claires sans que ses mains n'aillent s'occuper avec quelque chose. Même si elle se doutait qu'elle allait bien finir par reprendre cette mauvaise manie pour poursuivre leur rendez-vous.
Son esprit tenta de reprendre à peu près dans l'ordre ce qu'il lui avait demandé. Un avis, le sien. Il voulait savoir ce qu'elle pensait.
- Ce n'est pas si simple de les différencier, ces limites, souffla-t-elle en joignant ses mains. Vous-mêmes, vous n'avez jamais été contrarié quand une personne se mêle de vos affaires ? Alors qu'en vrai, c'était sûrement pour vous aider et non vous faire du mal. La limite qu'on s'impose sur ce qui nous touche personnellement est donc bonne ou mauvaise ?
Émeline reprit un peu sa respiration, elle-même étonnée d'avoir autant débitée. Ce psychomage parvenait à la faire parler bien plus qu'elle ne l'aurait espéré en rentrant dans son bureau. C'était dangereux.
Ses épaules s'haussèrent en même temps que ses prochaines paroles :
- Enfin, c'est juste un exemple. Je peux aussi me tromper.
Le peu d'aisance qu'elle avait regagné durant cette longue pause lui donnait l'impression qu'elle pourrait s'en sortir sans déraper une nouvelle fois. Lui, ne devait plus sortir de sa bouche. Surtout pas en face de Monsieur Kyros. Elle était persuadée qu'il ne laisserait pas une nouvelle chance d'aborder le sujet lui passer sous le nez, encore plus si elle la lui apportait sur un plateau d'argent.
- Quelle est la meilleure réaction à prendre, alors ? fit-elle en référence aux réactions du corps et de l'esprit. Ignorer, prendre la fuite ou se battre ?
Qu'il parle à son tour, qu'elle ne soit pas la seule à répondre à des questions. Émeline aurait pu se moquer de sa propre réaction, à chercher le moindre détail à remettre en cause, tout ça pour qu'il ne se concentre pas sur le plus important. Mais l'adolescente ne devait pas oublier qu'il s'agissait d'un professionnel. Même s'il prenait le temps de répondre à toutes les interrogations qu'elle lui posait, il finirait toujours par recentrer la discussion sur ce qui lui semblait être le point culminant du problème.
C'est ce qu'il fit, au final.
Elle comptait lui répondre qu'elle ne souhaitait pas une réparation de la coquille, que ce qui l'intéressait réellement était de suturer ce trou invisible. Ça la démangeait de lui envoyer à la tronche qu'elle était bien au courant que ça serait factice. L'option de la facilité qui ne la comblerait pas. Elle le savait. Mais l'hypothétique l'attirait. Un monde où les sorciers pouvaient soigner tous les maux la rendait envieuse.
Plus de souffrances inutiles, plus de mal incurable. Dans ce rêve utopique, son père n'aurait jamais eu le cœur brisé et ne serait pas tombé dans l'alcool. Ils auraient pu même éloigner l'aigreur de sa mère envers la magie, celle qui avait fini par la consumer de l'intérieur.
Ce désir d'un univers inatteignable la rembrunit, la poussant à serrer les poings.
- Peut-être, j'en sais rien moi... répondit-elle avec un ton plus dur. Je m'en fiche des détails. Ce n'est pas le vrai nom de ce qui m'arrive que je veux savoir, c'est comment faire pour que ça s'arrête. Vous comprenez ?
La frustration transformait sa voix et les traits de son visage. À travers sa dernière question, elle aurait pu remplacer le tout par un "Pouvez-vous m'aider ?. S'il était assez attentif à sa personne et non à ses mots, le psychomage devrait comprendre cette nuance qui débordait de ce fâcheux excès.
1081 mots
@Hyacinthe Kyros
- #066ccb - Coucou Rapeltout -- Son petit Moine Gras --
Cheffe de la secte des vampires - Semeuse de Discorde - Projectile de qualité supérieure - Méméline
Cheffe de la secte des vampires - Semeuse de Discorde - Projectile de qualité supérieure - Méméline
Que dire face à la sensation de vide ?
Le silence qui suivit la réparation du dessin n'avait rien d'inconfortable. Il était de ceux que Hyacinthe avait appris à respecter, à apprécier avec les années. Saturé de pensées, de réactions et de mots non dits mais prenant clairement forme, le silence n'avait rien d'un vide à combler. Le regard du trentenaire s'attarda un instant sur la feuille désormais intacte, puis revint naturellement vers Émeline. La jeune fille s'était reculée dans le canapé, légèrement différente de la posture qu'elle occupait quelques minutes plus tôt. Il nota le mouvement furtif de sa main vers sa tempe et le claquement de langue contrarié qui avait suivi, mais n'en fit pas commentaire.
Lorsque la Serdaigle prit alors la parole pour lui préciser qu'elle ne se désintéressait pas de leur échange, une expression presque attendrie traversa brièvement le visage de Hyacinthe. Il n'avait pas à être rassuré, bien au contraire. Le roux n'avait pas eu de discussion aussi stimulante depuis longtemps et s'en délectait avec un égoïsme qu'il combattait par ses instincts professionnels. Comme si réfléchir longuement avant de répondre risquait d'être interprété comme de l'indifférence... et pourtant, Hyacinthe y voyait tout l'opposé.
- Je ne le pense pas, répondit-il simplement. À vrai dire, j'ai même l'impression du contraire.
Il marqua une légère pause, suffisamment longue pour que ses mots ne paraissent pas précipités. Sa main droite se leva pour gratouiller le dessus de son homologue gauche, et son sourire adoucit encore plus ses traits.
- Les personnes qui n'écoutent pas ne réfléchissent généralement pas autant. Elles ne reviennent pas sur les mots, ne les questionnent pas, ne les contestent pas. Vous le faites constamment depuis le début de cette conversation.
Il laissa passer quelques secondes, réfléchissant à la suite. Ses paroles étaient claires et honnêtes, cachant à peine la fatigue, l'humeur négative que pouvait créer une discussion à sens unique. C'était bien loin de ce qu'ils entretenaient en ce moment, bien loin. Depuis qu'elle était entrée dans son bureau, Émeline semblait analyser chacune de ses phrases avec une minutie presque excessive. Elle testait les idées, les retournait, cherchait les failles, vérifiait leur cohérence. Elle n'était pas absente de la conversation, au contraire. Hyacinthe trouvait même cette mécanique particulièrement intelligente. Le problème apparaissait seulement lorsque l'esprit allait tellement vite qu'il finissait par tourner autour de lui-même sans parvenir à trouver une sortie. Émeline lui donnait cette impression-là ; celle de quelqu'un capable de construire des raisonnements extrêmement fins mais qui, lorsqu'il s'agissait de ses propres blessures, se retrouvait prisonnier de ses propres détours.
Le regard du psychomage s'attarda à nouveau sur les confettis désormais disparus. Il y avait quelque chose dans ce geste qui continuait de travailler son esprit.
Détruire.
Réparer.
Observer.
Constater que cela ne suffisait pas.
Une démonstration étonnamment honnête, finalement. Brute, pleine de sens, beaucoup plus directe que les discours qu'on pourrait construire. Émeline semblait lassée, usée. Et cela poussa Hyacinthe à réfléchir encore plus avant de prononcer ses interventions. Elles touchaient au vivant, à une personne qui était tout sauf un problème à résoudre, à une sorcière qui commençait à peine à montrer ce qui se trouvait sous les couches de contrôle, d'ironie et de prudence accumulées pendant des mois.
C'est ainsi que le roux revint à la question d'Émeline et sa naïveté apparente. Apparente... car la façon dont la question était posée était très révélatrice. Pas de théorie, pas d'abstraction. Une situation concrète, relationnelle, et une question directement posée à Hyacinthe. Un échange de bon procédés, se disait-il. Elle lui parlait, et il lui parlait en retour. La confiance qui se mettait en place d'une façon plus égale que la traditionnelle relation entre un médecin et son patient. Hyacinthe commença alors à penser à quelqu'un qui s'approche, qui franchit ses frontières clairement délimitées, quelqu'un qui, il le savait pourtant, n'avait aucune mauvaise intention. Oh, il y en avait tant qui correspondaient à ces critères. La nuance de ses limites avaient été bien trop souvent ignorées dans sa propre vie, et la première personne qui lui vint à l'esprit fut son oncle (Nikolais, pas John). Le grec avait subi les conséquences de ce dépassement il y a longtemps, mais par chance, cela n'avait pas impacté leur relation à long terme.
Il se redressa dans son fauteuil, cherchant ses mots avec soin avant de répondre.
- Non, ce n'est effectivement pas toujours simple de les différencier. Je crois justement que c'est parce qu'elles sont subjectives.
Combien de fois quelqu'un avait expliqué à Émeline ce qu'elle devait ressentir ? Accepter ? Pardonner ? Parce que si l'on se laissait guider par les autres, on finissait toujours par se faire grignoter. Hyacinthe l'avait apprit, et Émeline aussi. Il avait fallu du temps avant qu'il comprenne que la bienveillance ne donnait pas tous les droits, surtout lorsque cette dernière s'est avérée si rare, douce et précieuse. La compréhension l'avait drastiquement fait changer, et ce, pour son plus grand bien, malgré ce que son entourage pouvait en dire.
Le respect ne se mesurait pas uniquement aux intentions, et cette leçon lui avait coûté suffisamment pour qu'il s'autorise à en parler aujourd'hui.
- Si quelqu'un dépasse une de mes limites, je peux être contrarié, oui. Absolument. Je refuse que l'on se mêle de choses qui me sont très personnelles sans mon autorisation, même si ces personnes ont sincèrement essayé de m'aider.
Son sourire réapparut.
- Cela ne rendait pas la situation plus agréable pour autant, murmura-t-il en haussant les épaules. Puis, dans sa lancée, Hyacinthe reprit : Avec le temps, j'ai fini par considérer qu'une limite n'est pas sujette à un jugement moral. Elles existent en nombre chez chacun, et sont toutes aussi différentes qu'il y a d'individus. Qu'elles fassent plaisir ou non aux autres... cela ne me regarde pas. Je n'en ai rien à faire. À partir de maintenant, il n'y a plus que moi qui compte. Sinon je...
- Quelqu'un peut avoir les meilleures intentions du monde et malgré tout aller trop loin. Et dans ce cas-là, même si son intention m'aide à comprendre son geste, cela ne lui permet pas de décider à ma place. C'est à moi, et à moi seul, de permettre à mes limites de plier ou non.
Il y avait quelque chose de très personnel dans cette affirmation. Du vécu, sans pour autant contenir la douleur et l'amertume qu'il aurait pu y avoir des années plus tôt. Ne pas réussir à exprimer clairement certaines frontières avait été particulièrement désagréable. Laisser passer quelque chose de blessant en estimant ne pas avoir le droit de protester était un signal que Hyacinthe avait apprit à reconnaître avec les années. C'était difficile, il pouvait faire des erreurs, mais... c'était nécessaire.
- Aujourd'hui, lorsque les miennes sont dépassées, je le remarque généralement assez vite. Irritable, fatigué, moins patient. Ce sont souvent ces signes-là qui m'indiquent qu'il y a quelque chose que j'ai visiblement raté. Ce... ce n'est pas un système très élégant, mais il fonctionne.
Le silence revint brièvement et Hyacinthe ignora avec brio la couleur qu'il savait venir sur son visage. Il tenta alors de reprendre naturellement le fil de la conversation. Émeline, quant à elle, semblait chercher à prendre conscience de certains mécanismes intérieurs. Car c'est là qu'une question centrale entrait en jeu : une fois qu'on les voit, qu'est-on censé en faire ?
Hyacinthe croisa lentement les jambes.
- Quant à savoir s'il faut ignorer, fuir ou se battre... je crois que la réponse est rarement aussi nette.
Hyacinthe se souvenait d'anciens patients persuadés d'avoir pris des décisions parfaitement rationnelles avant de réaliser qu'ils étaient simplement terrifiés. D'autres convaincus d'être en colère alors qu'ils étaient blessés. D'autres encore persuadés d'être calmes alors qu'ils s'épuisaient à tout contenir. Le cerveau était rarement aussi transparent qu'on aimerait le croire, et la merveille qu'était l'inconscient aimait nous le faire savoir.
- La plupart du temps, nos premières réactions sont inconscientes. Elles arrivent avant même qu'on ait le temps de réfléchir. Ce qui devient intéressant, c'est ce qui se passe après, lorsqu'on en prend conscience. Sa voix demeurait stable tandis qu'il accompagnait ses mots d'un mouvement de main circulaire. Ignorer peut parfois être la meilleure solution, car certaines choses ne méritent pas notre énergie. Cela peut parfois demander beaucoup plus de courage que de répondre. Partir... ça peut être sain, même ressourçant, surtout lorsqu'on sait qu'une situation ne nous apportera rien de bon. Se battre peut être nécessaire si quelque chose compte suffisamment pour nous. Mais... cela peut envenimer les choses jusqu'à nous blesser davantage.
Un soupir discret quitta les barrières de ses lèvres.
- Et parfois, malheureusement, nous choisissons une option simplement parce que c'est la seule que nous nous sentons capables de supporter à ce moment-là.
Cela semblait important aux yeux de Hyacinthe, parce que cette nuance était cruciale pour éviter tout regret : le choix idéal n'était pas toujours accessible. Malheureusement, chacun devait faire avec les ressources qu'il possédait sur le moment. Réfléchir à soi, aux conséquences de ses actions, au prix qu'il était prêt à payer.
Hyacinthe n'eut le temps de poursuivre sa réflexion interne que les mots d'Émeline l'attrapèrent. Ils ne provoquèrent chez Hyacinthe ni mouvement brusque, ni réaction immédiate autre qu'un pétillement dans son regard. Un sourire se dessina progressivement sur son visage, symbole d'une compréhension nette des sentiments que laissait échapper la Serdaigle, tandis que la demande prenait un espace clair entre eux deux. Parce que c'était bien ce qu'il entendait, derrière la frustration qui durcissait sa voix, derrière la crispation de ses épaules et la façon dont Émeline s'accrochait à ses raisonnements comme à une dernière ligne de défense : une demande, un appel.
Le roux la regarda quelques secondes sans parler. Il connaissait intimement la tentation de fournir une solution élégante. Pouvoir promettre que tout allait s'arranger si elle suivait ses conseils, qu'il n'y avait besoin d'aucun travail sur soi pour avancer. Un mensonge pour le soulagement à court terme, une formule rassurante pour apaiser l'angoisse montante. Mais il refusait de mentir, pas comme ça.
- Oui, je comprend.
Sa voix était basse.
- Je comprend très bien. Et... je pense que c'est précisément pour cette raison que comprendre reste important.
Et il le pensait sincèrement. Son regard quitta un instant Émeline pour se poser sur ses propres genoux. Réflexif, cherchant à nuancer ses paroles avant qu'Émeline ne reprenne, Hyacinthe finit par prendre une longue inspiration et par relever la tête.
- Connaître le nom exacte de ce que vous vivez n'a pas d'utilité. C'est du blabla clinique, de la catégorisation, de l'information qui n'aura de la valeur que pour ceux dont l'oreille est intéressée. Quand je parle de compréhension, c'est... hm.. cela concerne plutôt les causes.
Hyacinthe leva légèrement une main, avant de la rabaisser.
- J'ai conscience que lorsque l'on souffre depuis longtemps, vouloir comprendre est bien loin d'être attirant. On ne le veut pas, car la seule chose qui nous vient en tête, c'est... c'est que la douleur s'arrête.
Et c'était une expérience de vie dont il ne voulait certainement pas se remémorer, surtout pas maintenant. Le roux avait peut-être l'esprit plus clair aujourd'hui que lorsqu'il était au plus bas, mais la honte et les pensées fugaces de l'époque restaient claires et nettes. Il ne s'est pas débarrassé de tous ses maux, et y replonger n'était pas une idée qui lui plaisait.
- Et que cela se fasse d'un claquement de doigt, c'est bel et bien tout ce qui nous importe ! Ricana-t-il avec un détachement surprenant. Mais la compréhension fait bel et bien parti du processus. Si l'on ne comprend pas ce qui nous blesse, on risque de changer les mauvaises choses.
Hyacinthe croisa le regard d'Émeline, ses pensées s'ordonnant désormais avec davantage de clarté. La brune luttait, se comparait avec son ancien elle. Chacune de ses actions, de ses réactions étaient comparées à ce qu'elle aurait fait par le passé, et la différence était de trop. Elle ne devenait pas mauvaise, elle ne perdait encore moins sa gentillesse. Les individus changeaient, grandissaient, se détachaient des autres ou au contraire, s'en rapprochaient. Gagner en individualité n'était en rien négatif. Hyacinthe pensait au contraire que cela pourrait être bénéfique pour la jeune sorcière qu'il apprenait à connaître.
- On s'attaque aux symptômes, on se reproche certaines réactions, on essaie de redevenir quelqu'un que l'on était avant. De mon expérience, avoua-t-il en toussotant un peu, le problème n'a pas été le changement. Je... je suis heureux d'être différent de ce que j'ai été. En colère, haineux, triste, jaloux. Je ne pense même pas être capable de l'être à nouveau. Ce qui a été compliqué, c'est la constante comparaison avec le passé. Cet écart... il fait souffrir.
Bien que Hyacinthe parle de sa propre situation, il n'était pas compliqué de faire le lien avec ce que vivait Émeline. C'était un cheminement différent, malgré une origine opposée : le petit garçon naïf s'était transformé en adolescent torturé, avant de s'épanouir dans l'adulte empathique et joueur qu'il était devenu. À l'inverse, la jeune sorcière serviable et profondément gentille s'était éloignée et s'était repliée sur elle-même dans un instinct de protection de soi complexe. Le constat qu'il avait fait n'avait rien d'un jugement. Seulement une observation, une mention d'éléments personnels dont il n'avait pas parlé depuis longtemps. Mais il était prêt à faire certains sacrifices en parlant de son propre développement de pensées si cela permettait à Émeline de travailler sur le sien. De toute façon, parler de la façon dont il avait appris à prendre soin de lui était bien différent que de parler de ses amis, de ses hobbies et de détails plus actuels et intime qu'il pouvait avoir en tête.
- Peut-être... je me permet de m'avancer, bien sûr. Mais peut-être que notre - votre travail consiste moins à retrouver l'ancienne Émeline qu'à apprendre à connaître celle qui se trouve devant moi aujourd'hui ? Cette jeune femme que vous êtes devenue, qui vous parait de plus en plus étrangère à mesure que vous la regardez comme une erreur à corriger, elle me semble tout à fait mériter votre attention.
Le silence qui suivit fut doux, et Hyacinthe sourit à nouveau, discrètement, tendrement. Puis, il ajouta finalement :
- Je ne pense pas si cela fera disparaître ce vide immédiatement. En revanche, je pense qu'il peut commencer à perdre un peu de terrain.
Lorsque la Serdaigle prit alors la parole pour lui préciser qu'elle ne se désintéressait pas de leur échange, une expression presque attendrie traversa brièvement le visage de Hyacinthe. Il n'avait pas à être rassuré, bien au contraire. Le roux n'avait pas eu de discussion aussi stimulante depuis longtemps et s'en délectait avec un égoïsme qu'il combattait par ses instincts professionnels. Comme si réfléchir longuement avant de répondre risquait d'être interprété comme de l'indifférence... et pourtant, Hyacinthe y voyait tout l'opposé.
- Je ne le pense pas, répondit-il simplement. À vrai dire, j'ai même l'impression du contraire.
Il marqua une légère pause, suffisamment longue pour que ses mots ne paraissent pas précipités. Sa main droite se leva pour gratouiller le dessus de son homologue gauche, et son sourire adoucit encore plus ses traits.
- Les personnes qui n'écoutent pas ne réfléchissent généralement pas autant. Elles ne reviennent pas sur les mots, ne les questionnent pas, ne les contestent pas. Vous le faites constamment depuis le début de cette conversation.
Il laissa passer quelques secondes, réfléchissant à la suite. Ses paroles étaient claires et honnêtes, cachant à peine la fatigue, l'humeur négative que pouvait créer une discussion à sens unique. C'était bien loin de ce qu'ils entretenaient en ce moment, bien loin. Depuis qu'elle était entrée dans son bureau, Émeline semblait analyser chacune de ses phrases avec une minutie presque excessive. Elle testait les idées, les retournait, cherchait les failles, vérifiait leur cohérence. Elle n'était pas absente de la conversation, au contraire. Hyacinthe trouvait même cette mécanique particulièrement intelligente. Le problème apparaissait seulement lorsque l'esprit allait tellement vite qu'il finissait par tourner autour de lui-même sans parvenir à trouver une sortie. Émeline lui donnait cette impression-là ; celle de quelqu'un capable de construire des raisonnements extrêmement fins mais qui, lorsqu'il s'agissait de ses propres blessures, se retrouvait prisonnier de ses propres détours.
Le regard du psychomage s'attarda à nouveau sur les confettis désormais disparus. Il y avait quelque chose dans ce geste qui continuait de travailler son esprit.
Détruire.
Réparer.
Observer.
Constater que cela ne suffisait pas.
Une démonstration étonnamment honnête, finalement. Brute, pleine de sens, beaucoup plus directe que les discours qu'on pourrait construire. Émeline semblait lassée, usée. Et cela poussa Hyacinthe à réfléchir encore plus avant de prononcer ses interventions. Elles touchaient au vivant, à une personne qui était tout sauf un problème à résoudre, à une sorcière qui commençait à peine à montrer ce qui se trouvait sous les couches de contrôle, d'ironie et de prudence accumulées pendant des mois.
C'est ainsi que le roux revint à la question d'Émeline et sa naïveté apparente. Apparente... car la façon dont la question était posée était très révélatrice. Pas de théorie, pas d'abstraction. Une situation concrète, relationnelle, et une question directement posée à Hyacinthe. Un échange de bon procédés, se disait-il. Elle lui parlait, et il lui parlait en retour. La confiance qui se mettait en place d'une façon plus égale que la traditionnelle relation entre un médecin et son patient. Hyacinthe commença alors à penser à quelqu'un qui s'approche, qui franchit ses frontières clairement délimitées, quelqu'un qui, il le savait pourtant, n'avait aucune mauvaise intention. Oh, il y en avait tant qui correspondaient à ces critères. La nuance de ses limites avaient été bien trop souvent ignorées dans sa propre vie, et la première personne qui lui vint à l'esprit fut son oncle (Nikolais, pas John). Le grec avait subi les conséquences de ce dépassement il y a longtemps, mais par chance, cela n'avait pas impacté leur relation à long terme.
Il se redressa dans son fauteuil, cherchant ses mots avec soin avant de répondre.
- Non, ce n'est effectivement pas toujours simple de les différencier. Je crois justement que c'est parce qu'elles sont subjectives.
Combien de fois quelqu'un avait expliqué à Émeline ce qu'elle devait ressentir ? Accepter ? Pardonner ? Parce que si l'on se laissait guider par les autres, on finissait toujours par se faire grignoter. Hyacinthe l'avait apprit, et Émeline aussi. Il avait fallu du temps avant qu'il comprenne que la bienveillance ne donnait pas tous les droits, surtout lorsque cette dernière s'est avérée si rare, douce et précieuse. La compréhension l'avait drastiquement fait changer, et ce, pour son plus grand bien, malgré ce que son entourage pouvait en dire.
Le respect ne se mesurait pas uniquement aux intentions, et cette leçon lui avait coûté suffisamment pour qu'il s'autorise à en parler aujourd'hui.
- Si quelqu'un dépasse une de mes limites, je peux être contrarié, oui. Absolument. Je refuse que l'on se mêle de choses qui me sont très personnelles sans mon autorisation, même si ces personnes ont sincèrement essayé de m'aider.
Son sourire réapparut.
- Cela ne rendait pas la situation plus agréable pour autant, murmura-t-il en haussant les épaules. Puis, dans sa lancée, Hyacinthe reprit : Avec le temps, j'ai fini par considérer qu'une limite n'est pas sujette à un jugement moral. Elles existent en nombre chez chacun, et sont toutes aussi différentes qu'il y a d'individus. Qu'elles fassent plaisir ou non aux autres... cela ne me regarde pas. Je n'en ai rien à faire. À partir de maintenant, il n'y a plus que moi qui compte. Sinon je...
- Quelqu'un peut avoir les meilleures intentions du monde et malgré tout aller trop loin. Et dans ce cas-là, même si son intention m'aide à comprendre son geste, cela ne lui permet pas de décider à ma place. C'est à moi, et à moi seul, de permettre à mes limites de plier ou non.
Il y avait quelque chose de très personnel dans cette affirmation. Du vécu, sans pour autant contenir la douleur et l'amertume qu'il aurait pu y avoir des années plus tôt. Ne pas réussir à exprimer clairement certaines frontières avait été particulièrement désagréable. Laisser passer quelque chose de blessant en estimant ne pas avoir le droit de protester était un signal que Hyacinthe avait apprit à reconnaître avec les années. C'était difficile, il pouvait faire des erreurs, mais... c'était nécessaire.
- Aujourd'hui, lorsque les miennes sont dépassées, je le remarque généralement assez vite. Irritable, fatigué, moins patient. Ce sont souvent ces signes-là qui m'indiquent qu'il y a quelque chose que j'ai visiblement raté. Ce... ce n'est pas un système très élégant, mais il fonctionne.
Le silence revint brièvement et Hyacinthe ignora avec brio la couleur qu'il savait venir sur son visage. Il tenta alors de reprendre naturellement le fil de la conversation. Émeline, quant à elle, semblait chercher à prendre conscience de certains mécanismes intérieurs. Car c'est là qu'une question centrale entrait en jeu : une fois qu'on les voit, qu'est-on censé en faire ?
Hyacinthe croisa lentement les jambes.
- Quant à savoir s'il faut ignorer, fuir ou se battre... je crois que la réponse est rarement aussi nette.
Hyacinthe se souvenait d'anciens patients persuadés d'avoir pris des décisions parfaitement rationnelles avant de réaliser qu'ils étaient simplement terrifiés. D'autres convaincus d'être en colère alors qu'ils étaient blessés. D'autres encore persuadés d'être calmes alors qu'ils s'épuisaient à tout contenir. Le cerveau était rarement aussi transparent qu'on aimerait le croire, et la merveille qu'était l'inconscient aimait nous le faire savoir.
- La plupart du temps, nos premières réactions sont inconscientes. Elles arrivent avant même qu'on ait le temps de réfléchir. Ce qui devient intéressant, c'est ce qui se passe après, lorsqu'on en prend conscience. Sa voix demeurait stable tandis qu'il accompagnait ses mots d'un mouvement de main circulaire. Ignorer peut parfois être la meilleure solution, car certaines choses ne méritent pas notre énergie. Cela peut parfois demander beaucoup plus de courage que de répondre. Partir... ça peut être sain, même ressourçant, surtout lorsqu'on sait qu'une situation ne nous apportera rien de bon. Se battre peut être nécessaire si quelque chose compte suffisamment pour nous. Mais... cela peut envenimer les choses jusqu'à nous blesser davantage.
Un soupir discret quitta les barrières de ses lèvres.
- Et parfois, malheureusement, nous choisissons une option simplement parce que c'est la seule que nous nous sentons capables de supporter à ce moment-là.
Cela semblait important aux yeux de Hyacinthe, parce que cette nuance était cruciale pour éviter tout regret : le choix idéal n'était pas toujours accessible. Malheureusement, chacun devait faire avec les ressources qu'il possédait sur le moment. Réfléchir à soi, aux conséquences de ses actions, au prix qu'il était prêt à payer.
Hyacinthe n'eut le temps de poursuivre sa réflexion interne que les mots d'Émeline l'attrapèrent. Ils ne provoquèrent chez Hyacinthe ni mouvement brusque, ni réaction immédiate autre qu'un pétillement dans son regard. Un sourire se dessina progressivement sur son visage, symbole d'une compréhension nette des sentiments que laissait échapper la Serdaigle, tandis que la demande prenait un espace clair entre eux deux. Parce que c'était bien ce qu'il entendait, derrière la frustration qui durcissait sa voix, derrière la crispation de ses épaules et la façon dont Émeline s'accrochait à ses raisonnements comme à une dernière ligne de défense : une demande, un appel.
Le roux la regarda quelques secondes sans parler. Il connaissait intimement la tentation de fournir une solution élégante. Pouvoir promettre que tout allait s'arranger si elle suivait ses conseils, qu'il n'y avait besoin d'aucun travail sur soi pour avancer. Un mensonge pour le soulagement à court terme, une formule rassurante pour apaiser l'angoisse montante. Mais il refusait de mentir, pas comme ça.
- Oui, je comprend.
Sa voix était basse.
- Je comprend très bien. Et... je pense que c'est précisément pour cette raison que comprendre reste important.
Et il le pensait sincèrement. Son regard quitta un instant Émeline pour se poser sur ses propres genoux. Réflexif, cherchant à nuancer ses paroles avant qu'Émeline ne reprenne, Hyacinthe finit par prendre une longue inspiration et par relever la tête.
- Connaître le nom exacte de ce que vous vivez n'a pas d'utilité. C'est du blabla clinique, de la catégorisation, de l'information qui n'aura de la valeur que pour ceux dont l'oreille est intéressée. Quand je parle de compréhension, c'est... hm.. cela concerne plutôt les causes.
Hyacinthe leva légèrement une main, avant de la rabaisser.
- J'ai conscience que lorsque l'on souffre depuis longtemps, vouloir comprendre est bien loin d'être attirant. On ne le veut pas, car la seule chose qui nous vient en tête, c'est... c'est que la douleur s'arrête.
Et c'était une expérience de vie dont il ne voulait certainement pas se remémorer, surtout pas maintenant. Le roux avait peut-être l'esprit plus clair aujourd'hui que lorsqu'il était au plus bas, mais la honte et les pensées fugaces de l'époque restaient claires et nettes. Il ne s'est pas débarrassé de tous ses maux, et y replonger n'était pas une idée qui lui plaisait.
- Et que cela se fasse d'un claquement de doigt, c'est bel et bien tout ce qui nous importe ! Ricana-t-il avec un détachement surprenant. Mais la compréhension fait bel et bien parti du processus. Si l'on ne comprend pas ce qui nous blesse, on risque de changer les mauvaises choses.
Hyacinthe croisa le regard d'Émeline, ses pensées s'ordonnant désormais avec davantage de clarté. La brune luttait, se comparait avec son ancien elle. Chacune de ses actions, de ses réactions étaient comparées à ce qu'elle aurait fait par le passé, et la différence était de trop. Elle ne devenait pas mauvaise, elle ne perdait encore moins sa gentillesse. Les individus changeaient, grandissaient, se détachaient des autres ou au contraire, s'en rapprochaient. Gagner en individualité n'était en rien négatif. Hyacinthe pensait au contraire que cela pourrait être bénéfique pour la jeune sorcière qu'il apprenait à connaître.
- On s'attaque aux symptômes, on se reproche certaines réactions, on essaie de redevenir quelqu'un que l'on était avant. De mon expérience, avoua-t-il en toussotant un peu, le problème n'a pas été le changement. Je... je suis heureux d'être différent de ce que j'ai été. En colère, haineux, triste, jaloux. Je ne pense même pas être capable de l'être à nouveau. Ce qui a été compliqué, c'est la constante comparaison avec le passé. Cet écart... il fait souffrir.
Bien que Hyacinthe parle de sa propre situation, il n'était pas compliqué de faire le lien avec ce que vivait Émeline. C'était un cheminement différent, malgré une origine opposée : le petit garçon naïf s'était transformé en adolescent torturé, avant de s'épanouir dans l'adulte empathique et joueur qu'il était devenu. À l'inverse, la jeune sorcière serviable et profondément gentille s'était éloignée et s'était repliée sur elle-même dans un instinct de protection de soi complexe. Le constat qu'il avait fait n'avait rien d'un jugement. Seulement une observation, une mention d'éléments personnels dont il n'avait pas parlé depuis longtemps. Mais il était prêt à faire certains sacrifices en parlant de son propre développement de pensées si cela permettait à Émeline de travailler sur le sien. De toute façon, parler de la façon dont il avait appris à prendre soin de lui était bien différent que de parler de ses amis, de ses hobbies et de détails plus actuels et intime qu'il pouvait avoir en tête.
- Peut-être... je me permet de m'avancer, bien sûr. Mais peut-être que notre - votre travail consiste moins à retrouver l'ancienne Émeline qu'à apprendre à connaître celle qui se trouve devant moi aujourd'hui ? Cette jeune femme que vous êtes devenue, qui vous parait de plus en plus étrangère à mesure que vous la regardez comme une erreur à corriger, elle me semble tout à fait mériter votre attention.
Le silence qui suivit fut doux, et Hyacinthe sourit à nouveau, discrètement, tendrement. Puis, il ajouta finalement :
- Je ne pense pas si cela fera disparaître ce vide immédiatement. En revanche, je pense qu'il peut commencer à perdre un peu de terrain.
2381 - @Émeline Joyner
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