Le souffle court
Il n'était point certain que l'expression "super bien" fût le terme idoine pour qualifier la piètre performance qu'il donnait sur ce parcours. À moins de se mettre à l'échelle d'un nourrisson en surpoids considérable, auquel cas, certes, il eût accueilli le compliment avec le sourire le plus sincère du monde.
- Euh… Merci… Toi… Toi aussi ! lâcha-t-il entre deux longues et laborieuses inspirations.
Il se fût maudit d'une telle réponse en temps ordinaire. Elle n'était guère différente de ce fameux "bonne appétit - à vous aussi" dont les Moldus se couvraient de honte dans les restaurants, lorsque le serveur, affamé et sous-exploité, venait déposer les assiettes bien garnies à leur table. Heureusement pour lui, l'aiglon n'était point au restaurant, encore moins Moldu, et surtout bien trop occupé à ne point trépasser sur place pour se soucier de la maladresse de sa réplique.
Eût-il voulu d'ailleurs se reprendre que déjà le décor avait changé, le parc cédant la place à un lac miroitant aux eaux tranquilles, si ce n'eût été ces quelques remous çà et là qui rappelaient qu'il se trouvait bien de la vie en dessous. Le sujet avait changé lui aussi. Point question de menus compliments désormais, la Gryffondor semblait résolument décidée à se lancer dans un monologue nourri de conseils qui, il fallait bien l'admettre, n'étonna le garçon que sur un seul point : la performance d'en être capable en courant.
- Bien manger… mais pas trop gras… S'hydrater… S'investir dans sa maison… répétait-il machinalement, comme incapable de former une phrase entière sous le poids de l'effort. Je… Je note !
La douleur continuerait à se faire lancinante dans la poitrine mais il s'y ferait. Il le fallait bien. À la manière de ce caillou que l'on sent se loger dans la chaussure au détour d'un sentier de randonnée et auquel, faute de vouloir s'arrêter, on finit par trouver une place acceptable entre deux orteils. Il s'y ferait.
Il sourcilla néanmoins à la réponse de son aînée, l'enviant presque, lui qui n'y avait point songé, d'avoir des parents aussi curieux du monde moldu. C'était une chance, à bien y réfléchir. Non loin, un écureuil fouillait méthodiquement un tapis de feuilles mortes avec la tranquilité de celui qui sait ce qu'il cherche. L'aiglon le suivit du regard un instant avant de répondre.
- Je... Je suis sorcier, oui… Mes parents aussi.... Ils n'ont rien contre les Moldus mais les mouvements anti-sorciers de 2044 les ont… un peu traumatisé je crois. Alors ils les évitent... au maximum. Par précaution, je crois, dit-il, les yeux encore posés sur l'écureuil qui, indifférent à tout cela, poursuivait ses fouilles.
Au loin l'arrivée se faisait proche.
@Nina De Almeida