28 juin 2026, 16:27
 Irlande   PNJ  Quatre Mariages pour une lune de fiel  Solo 

Reducio
- Votre PJ est présent ? Oui
- Nom et prénom du PNJ : Vance, Achille - frère - actif
Vance, Hector - frère - actif
Vance, Priam - frère - actif
Vance, Jason - frère - actif
Vance, Xerxès - père - actif
Vance, Darius - oncle - actif
Cressida Dodgge - belle-soeur - pnj simple
Helène Vance - mère - pnj simple (peut-être passera-t-elle en actif)

- Lien vers la fiche du PNJ : par ici
- Intérêt d'utiliser ce PNJ dans ce RP précis pour mon PJ : RP de construction familial autour d'un évènement majeur et me permettre de faire le points sur les relations interpersonnelles au sein de la famille.


Quatre Mariages pour une Lune de Fiel
4 août 2049, Glendalough, Irlande
Hector Vance et Cressida Doge vont se marier.

Quelques lignes sur un carton vert et argent, reçus un an plus tôt avait suffi à annoncer ce que l'été avait rendu inévitable. Sous un vieux chêne et devant deux familles réunies, une union solennelle et parfaitement milimétré.

Pour les Vances, c'est avant tout une démonstration. Un devoir. Une continuité. Un nom.

Pour Léonidas c'est surtout l'occasion d'observer les siens : son père, ses frères, son oncle et même les absents. Ceux qui sont dans le silence. Chacun d'eux laisse un trace dans cette journée qui n'a rien d'innocent. Car derrière les fleurs, les anneaux et les voeux, quelque chose se dessine.

Une cage couverte de lumière.
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Est-ce qu’en nos esprits, que l’ombre a pour repaires,
Nous allons voir rentrer les songes de nos pères ?

Victor Hugo, Les Contemplations
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Image générée à l'aide d'une intelligence artificielle


Max Richter - On the Nature of Daylight

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Sur une suggestion de la Plume d'Aelle Bristyle pour la structure de ce solo, qu'elle en soit remerciée.
Dernière modification par Léonidas Vance le 22 juil. 2026, 18:34, modifié 3 fois.

Le Gang des Licornes. - Sir Adidas Vance du Ouin Ouin 1er du nom - Toujours partant pour un RP (cf ici) - Merci Mo pour l'avatar

28 juin 2026, 21:23
 Irlande   PNJ  Quatre Mariages pour une lune de fiel  Solo 
Partie n°1 : L'avenir avait un goût de fiel
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Léonidas
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Images générées à l'aide d'une intelligence artificielle

Jóhann Jóhannsson – Flight From The City

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Léonidas, 17 ans
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Je l’avais laissé longtemps dans l’un des tiroirs de ma table de chevet, ce carton vert et argent. Presque un an. Entre des parchemins froissés, quelques plumes inutilisables, un gnome au poivre et d’autres babioles accumulées çà et là. Il n’était pourtant presque rien. Juste un bout de carton, soigneusement décoré, quelques mots tracés avec l’écriture fine d’Hector, et une promesse encore bien lointaine, presque inoffensive.

Hector Vance et Cressida Doge allaient se marier.

Cette affirmation appartenait jusque-là à un futur lointain et tout aussi hypothétique. Je ne connaissais pas la mariée. Hector l’avait rencontrée à son travail, paraît-il. J’avais refusé de regarder l’évidence en face. Il me suffisait de refermer ce tiroir. De tourner la clé. L’été, c’était loin. J’avais des devoirs à rendre. Poudlard avait encore ses couloirs, ses bruits, sa vie banale et ordinaire. Je n’avais qu’à faire semblant, après tout. Et ça, c’était quelque chose que je savais très bien faire.

J’avais appris.

Appris à détourner les yeux. Appris à faire passer de l’indifférence pour une opinion. De la gêne pour de l’ennui. De l’inquiétude pour de l’agacement. Appris à maquiller ma peur en mauvaise humeur. C’était là une habitude ancienne. Une forme d’éducation parallèle. Un apprentissage tardif, face à ces silences, ces regards et ces portes que l’on referme trop vite.

Ne pas nommer les choses.

Ne pas poser de questions.

Et surtout, ne pas montrer là où ça fait mal.

Pendant presque un an, le mariage d’Hector demeura un carton, caché au fond d’un tiroir. Oublié. Parce que l’oubli rend parfois la vie plus agréable.

Puis l’été était venu.

Et avec lui, Glendalough.

L’endroit choisi pour la cérémonie se tenait au bord de l’eau sombre, non loin de l’Institut des Sports Magiques d’Irlande. On en devinait la présence au loin, derrière les reliefs et les arbres. Une silhouette étrangère qui surplombait la cérémonie. Tout le reste semblait bien plus ancien. Les collines majestueuses, les pierres mangées par la mousse, les sentiers humides et la brume légère accrochée au creux des vallons. Le lac, lui, était paisible, comme s’il avait vu passer bien trop d’événements pour encore s’en émouvoir.

La lumière d’été couvrait l’herbe de reflets clairs, adoucissant les angles rudes des pierres. Elle faisait luire les étoffes et se reflétait sur les bijoux extravagants. Tout cela donnait une douceur à l’ensemble, sans que j’en sois rassuré.

Chaque chose semblait ici placée avec soin : les sièges alignés sous les arbres, les fleurs pâles mêlées au lierre, les coupes couvertes en attendant le rite, la pierre d’union dressée au pied d’un vieux chêne. Rien ne dépassait d’un millimètre. Rien ne tremblait. Même le vent semblait avoir reçu pour consigne de rester tranquille.

C’était sans doute ça qui me dérangeait par-dessus tout.

Pas la cérémonie en elle-même. Ni les robes, les invités ou les murmures. Pas même ces regards déjà prêts à vous juger. Non, ce qui me dérangeait, c’était cette beauté tenue en laisse. Tout était paisible, esclave de l’ordre.

Je me surpris à chercher, malgré moi, ne serait-ce qu’un infime défaut. Une pierre qui ne serait pas à sa place. Une branche de travers. Une chaise légèrement décalée. Un verre mal lavé. Une faille dans ce décor parfait. Un endroit où poser mes yeux pour éviter de voir le reste.

Mais je n’en trouvai aucun.

La cérémonie se tenait à l’extérieur. Dans la plus pure tradition des familles sorcières, celles qui aiment donner à leurs coutumes la profondeur des racines. Le chêne dominait l’espace avec une majesté tranquille. Ses branches étendaient au-dessus de l’assemblée une voûte vivante, tandis que ses racines soulevaient la terre par endroits. Des veines anciennes remontées vers la lumière.

À son pied, un cercle d’union avait déjà été tracé. Une fine fumée blanche en marquait la limite, flottant à quelques centimètres du sol.

Je la regardai longtemps.

Elle ne touchait personne, mais elle séparait deux mondes.

Le premier monde : l’assemblée. Les invités. Les familles. Les témoins. Les regards. Les vrais sourires. Les faux-semblants. Les robes de cérémonie, les mains croisées sur des cannes, les bijoux de famille et les chuchotements nombreux.

L’autre monde : celui où l’on entrait pour promettre.

Cette limite était obscène. Elle n’avait rien d’une barrière. Ni de quelque chose de menaçant. Elle ne contraignait personne. Et pourtant, tout un chacun savait qu’une fois cette limite franchie, la manière dont les autres vous regardaient changeait. Elle ne signifiait pas seulement : entrez. Elle disait aussi : soyez vu autrement.

J’étais là, parmi les miens, vêtu comme on me l’avait demandé. Une veste sombre, ma chemise correctement fermée et des chaussures cirées avec soin. Plus de soin que je n’en avais accordé à la plupart de mes devoirs. À dix-sept ans, on vous demande d’être un homme, ou du moins d’en présenter les signes extérieurs. Savoir se tenir droit. Ne pas sourire inutilement. Mais le reste, personne n’ira le vérifier, pourvu que cela ne déborde pas.

Je ressentais un sentiment étrange, celui d’être trop jeune, mais déjà en retard. Trop jeune encore pour comprendre. Comprendre ces arrangements d’adultes, ces compromis signés par des regards. Ces alliances que l’on renomme des joies parce que le mot est plus simple. Et pourtant, je me sentais vieux. Je sentais qu’une partie de ce monde m’attendait, là, quelque part, certaine de son droit sur mon corps et mon esprit.

Je n’étais pas au centre du cercle.

Pas encore.

Mais je le sentais déjà m’observer.

Père se tenait là, à quelques mètres de moi. Silencieux. Chez lui, le silence était une forme de parole. Il ne se contentait jamais de regarder les choses. Il les évaluait. Les mesurait. Les rangeait dans un ordre que lui seul semblait maîtriser. Même là, au milieu d’un mariage, il donnait cette impression non pas d’assister à une fête, mais à la confirmation d’une hypothèse scientifique.

Et moi, je sentais sa présence dans mon dos. Elle me glaçait toujours autant. Il n’avait pas besoin de se tourner dans ma direction pour que je sache ce qui n’allait pas. La position de mes épaules. L’inclinaison de ma tête. La manière dont mes doigts cherchaient quoi faire. En bref, tout ce qui indiquait que je n’étais pas vraiment à ma place.

Très jeune, j’ai appris à ne pas le fixer trop longtemps. Pas par peur. Enfin, pas seulement. Mais parce que ce regard, celui de Père, avait ce pouvoir étrange de me faire prendre conscience de ma propre insuffisance, de ma propre médiocrité. Il ne me brisait pas avec violence. Il n’en avait pas besoin. Ce constat muet était beaucoup plus dur à soutenir qu’un banal reproche que l’on glisse sous le tapis.

Achille, plus loin, semblait tout à son aise dans ce genre de journée. Impeccable, serein, comme une pièce qui s’emboîtait parfaitement dans la situation. Il portait les attentes familiales comme d’autres portaient leur cape : sans faux pli, sans effort, sans rien montrer. Je le regardai brièvement, mais quelques instants seulement. Je sentais déjà l’agacement monter en moi et, bientôt, il serait beaucoup trop lisible sur mon visage.

Achille me faisait toujours cet effet-là. Nul besoin pour lui de parler pour que j’aie l’impression d’avoir déjà échoué. Sa seule présence suffisait. Il occupait correctement l’espace, tenait les conversations, inclinait correctement la tête. Même ses silences avaient une meilleure éducation que les miens. C’était sans doute injuste de lui en vouloir, mais je lui en voulais quand même.

Oncle Darius souriait, lui.

Par éclipses.

Il saluait les invités d’une poignée de main franche, échangeait des mots polis, des banalités, avec cette élégance froide qui le caractérisait si bien. Sa canne reposait dans sa paume, comme si elle était un prolongement de lui. Même la grâce pouvait vous couper avec Darius. Je n’avais jamais réussi à savoir s’il croyait véritablement en tout ce qu’il racontait, ou s’il préférait seulement l’ordre parce que c’était une arme contre le monde. Qu’importe, finalement, car il le maniait avec une précision chirurgicale.

Je cherchai les jumeaux du regard.

Ils avaient déjà disparu.

C’était là quelque chose de prévisible, presque réconfortant. Les jumeaux avaient le don de se soustraire aux mondanités avec l’instinct d’animaux sentant venir l’orage. Peut-être étaient-ils seulement allés vérifier si le balai du dernier rite pouvait être enchanté. Faire tomber les mariés serait l’apothéose de la tragédie de cette journée. Ou bien ils avaient simplement trouvé un coin d’ombre à l’écart. En tout cas, ils étaient ce rappel discret que, même dans les journées bâties pour éviter le désordre, le chaos trouve toujours un chemin, aussi sinueux soit-il.

Je les enviais. Pas seulement pour leur talent pour la fuite. Mais aussi pour leur légèreté. Cette manière de rendre le monde plus léger. Avec eux, tout pouvait tourner autrement. Une phrase devenait une plaisanterie. Un ordre, un défi. Une catastrophe, un simple souvenir. Ils ne réparaient ni ne sauvaient rien. Mais ils desserraient souvent l’étau, malgré eux.

Et enfin, je vis Hector.

Il se tenait là, près de la pierre d’union. Éclairé par la lumière pâle renvoyée par le lac. Son habit de cérémonie lui dessinait une silhouette plus droite qu’à l’accoutumée. Plus grave encore. Toutefois, je reconnus sous les étoffes sombres et les plis impeccables ce petit quelque chose de discret : cette tension dans les épaules, cette manière de se tenir comme si un malheur allait profiter d’une seconde d’inattention pour le faire tomber.

Hector avait toujours été cette présence.

Derrière mon épaule.

Ni lourde comme celle d’Achille. Ni coupante comme celle d’oncle Darius. Il ne comptait pas les fautes silencieusement comme Père. Hector, lui, veillait autrement. Il m’avait suivi pendant une partie de mon enfance, une ombre plus douce que les autres. Mais une ombre quand même. À Poudlard, je le sentais avant même de le voir. Il apparaissait au détour d’un escalier, derrière une rangée à la bibliothèque, à la table de Serpentard, près d’une porte, juste avant une catastrophe que j’allais commettre.

Il me protégeait.

Il me corrigeait.

Il me retenait.

Et longtemps, j’ai pris cela pour une accusation.

À dire vrai, la tendresse, chez les Vance, n’arrive jamais nue. Elle prend la forme d’un ordre, d’un regard appuyé, d’une main sur l’épaule. Elle dit : fais attention. Elle dit souvent : un Vance ne devrait pas... Elle dit parfois : ne nous oblige pas à ramasser les morceaux.

Alors je l’avais détestée.

Je l’avais détesté, lui, pour avoir voulu me sauver sans même que je sache encore si je voulais me perdre.

Puis je lui avais pardonné.

Et je lui en avais voulu de nouveau.

C’était une vieille mécanique bien huilée entre nous. Un langage que seuls nous pouvions comprendre. Une rancœur qui refluait par vagues, sans que la marée de l’amertume n’emporte tout. Hector n’était pas Achille. Il ne cherchait pas à me rendre présentable, à me polir jusqu’à l’effacement. Il avait juste cette façon maladroite d’essayer de me garder entier.

Et c’était ça, en réalité, le plus dur à supporter. C’était beaucoup plus simple de se défendre contre le mépris que face à l’inquiétude. Plus simple d’ignorer une critique qu’une main tendue. Plus simple de haïr votre juge que de haïr celui qui vous voit chanceler et vous aide sans demander la permission. Hector était souvent insupportable précisément pour cette raison.

Il voyait trop.

Pas tout. Ni toujours de manière juste. Mais suffisamment pour me rendre vulnérable malgré moi. Pour que je me sente à découvert. Cette attention de sa part était une lampe braquée sur mes défauts. Je ne savais pas si j’avais appris, depuis, à la voir autrement.

Le voir là, au centre du cercle, avait quelque chose de cruel.

Il avait passé tant d’années à m’empêcher de franchir les mauvais seuils. Et voilà que lui s’apprêtait à en franchir un dont personne ne semblait mesurer réellement le poids. Sous ce vieux chêne, la fumée blanche dessinait une frontière. Au-delà, il attendait sa promise avec un calme serein, qui, en langage Vance, s’appelait dignité, mais n’était peut-être qu’une façon distinguée de ne pas trembler.

Cressida apparut de l’autre côté du cercle.

Je ne l’avais vue que deux fois. À un dîner de famille. Puis à la réception en l’honneur de leurs fiançailles. Je ne savais rien d’elle, si ce n’est qu’elle était plus jeune qu’Hector. Elle était belle, d’une beauté tenue. Rien ne semblait laissé au hasard. Ni la chute de l’étoffe. Ni les bijoux discrets dont elle était parée. Ni la douceur des traits de son visage. Elle marchait avec cette assurance que l’on peut facilement confondre avec une paix intérieure. En réalité, elle est peut-être seulement le signe d’une éducation parfaite. Le reste du clan Doge se tenait en retrait derrière elle. Attentif, discret et sans aucune ostentation.

J’ignorais si Hector avait choisi quoi que ce soit dans cette journée. Avait-il seulement choisi Cressida ? Je ne savais pas s’il l’avait désirée, acceptée, négociée, ou s’il avait simplement laissé venir cette journée patiemment, sachant qu’elle finirait par arriver. Peut-être aimait-il Cressida. Peut-être l’aimerait-il. Peut-être y avait-il entre eux quelque chose de réel, de solide, quelque chose bien à eux, loin du regard des familles.

Peut-être que leur futur foyer, loin de Godric’s Hollow, de Père, loin des yeux de Darius, loin de ces murs trop pleins de souvenirs, serait vraiment une échappée. Je voulais y croire. J’aurais voulu regarder Hector et n’y voir qu’un frère. Un frère qui allait commencer sa nouvelle vie. Une vie d’adulte. Rien de symbolique. Juste Hector. Cressida. Un chêne. Un lac. Une scène simple. Une scène heureuse.

Mais je savais.

Je savais que, sous cette demeure, se cachait sans doute, tel un serpent tapi dans l’ombre, une prison aux barreaux d’or. Quelques fleurs aux portes, des coupes sur les tables et des vœux ne suffisent pas à appeler cela un foyer.

Le célébrant prit place dans le cercle. Sa voix s’éleva sous le chêne, grave et posée. Amplifiée par magie, comme si chacune de ses paroles était gravée dans l’air, dans la terre et dans l’eau. Il parlait d’union, de confiance, de magie, de foyer à venir. Des mots solides. Beaux, sans doute. Des mots anciens, répétés avant nous, avec les pierres pour témoins silencieux.

Hector et Cressida lièrent leurs mains au-dessus de la pierre d’union.

Le premier vœu fut prononcé.

Le sortilège apparut.

Un fil blanc de lumière s’enroula autour de leurs poignets, les liant. Il sembla hésiter un instant avant de se fixer contre leur peau, laissant une fine trace bien connue des sorciers traditionnels.

Moi aussi, je connaissais le rite.

À chaque vœu, un lien.

À chaque lien, une marque.

Rien de mortel. Rien de dangereux. Rien de définitif. Juste une présence discrète et persistante. Un rappel de la magie, pour rappeler au corps ce que la bouche a promis devant témoins. C’était ça, le pire. Les choses violentes, un dragon par exemple, ont au moins la franchise de leur brutalité. Mais là, elle était douce, fine et blanche. Reconnue. Une trace que l’on exhibait sans honte, une cicatrice symbole d’engagement. Elle n’était pas crainte, mais admirée. C’était cela, le plus difficile à comprendre.

Le deuxième vœu fut prononcé.

Puis le troisième.

Je n’écoutais plus vraiment ces mots. Ce n’est pas que j’y étais insensible. Pire : je les comprenais bien trop facilement. J’entendais autre chose que les promesses d’Hector à Cressida et celles de Cressida à Hector. J’entendais le murmure des lignées, le souffle froid des attentes sur les épaules des fils, le sourire mauvais de ceux qui voyaient dans un mariage non une histoire d’amour, mais une confirmation.

Un sorcier se mariait comme il convenait.

Un Vance se mariait bien.

Un Vance entrait dans le cercle et en ressortait plus respectable qu’avant.

Ma main se glissa jusque dans la poche intérieure de ma veste, où se trouvait le carton d’invitation. J’ignorais pourquoi je l’avais emporté. Une provocation ? Peut-être. Une faiblesse ? Sans aucun doute. Son bord rigide effleura mon doigt et l’entailla. Tandis qu’une fine goutte de sang tachait le carton vert et argent, je repensai à ce matin. Ce matin de septembre où je l’avais ouvert à la table de Serpentard. Je repensai même à ce jus de citrouille avalé de travers. À la stupéfaction sur mon visage. Puis à ce mélange de curiosité, d’agacement et de malaise qui m’avait enserré la gorge.

Quelques mots sur un bout de carton.

Et, un an plus tard, un frère devant une pierre.

Le quatrième vœu fut prononcé.

Le cinquième.

Le visage du marié était calme. Ni heureux. Ni malheureux. Juste calme. Et ça me dérangeait énormément. Il n’avait pas l’air d’un homme sous la contrainte. Il n’avait pas non plus l’air d’un homme libre. Il était juste là, précisément là où on l’attendait. Avec ce calme qui était peut-être du courage, ou bien une résignation si vieille qu’elle avait fini par donner le change.

Je ne savais pas laquelle de ces deux hypothèses me faisait le plus peur. Y avait-il seulement une véritable différence entre les deux ? Car chez nous, le courage consiste justement à ne pas fuir, et la résignation à rester. Je voyais Hector immobile et je n’arrivais pas à savoir s’il se tenait debout par choix, par amour, par devoir ou par habitude. Et ce sentiment d’incertitude me laissait seul, bien plus seul que je ne l’aurais pensé.

Le sixième vœu fut prononcé.

Personne ne bougeait. Les Doge regardaient la mariée. Les Vance regardaient le marié. Moi, l’horizon. Père observait l’ensemble avec attention, évaluation froide d’un résultat. Achille était droit et immobile. Darius, lui, souriait à peine.

Face à tout cela, une question me traversa : est-ce qu’Hector avait eu, lui aussi, dix-sept ans ? Pas l’âge inscrit dans les registres. L’âge intérieur.

Est-ce qu’il avait eu dix-sept ans un jour ? Cet âge où l’on comprend les attentes familiales sans savoir encore comment les ignorer. Cet âge où les portes existent, mais ne sont pas ouvertes. Cet âge où l’on croit encore pouvoir gagner du temps. Cet âge où l’on se persuade que l’on ne deviendra jamais ce que les autres ont prévu.

Est-ce que tu y as cru, toi aussi, Hector ?

Est-ce que tu as cru pouvoir t’écarter ?

Ou bien tu as simplement cessé d’y croire, plus tôt que moi ?

Hector prononça le septième vœu.

Le dernier des liens se forma autour de leurs poignets, plus lumineux que les précédents, avant de devenir lui aussi une simple marque blanche. L’assemblée respira d’un seul coup. Quelque chose venait de se produire. Un pacte venait d’être scellé. Les visages se détendirent, des sourires apparurent. Des regards se cherchèrent. Celui de Père et celui d’oncle Darius. Et Père sourit. Froidement. Mais il sourit.

Je retirai la main de ma poche, le bout du doigt légèrement entaillé. Le carton resterait là où il était.

Hector se tourna légèrement vers l’assemblée et je vis son regard passer sur nous. Sur Père. Sur Achille. Sur oncle Darius. Puis sur moi. Ce fut bref, quelques instants seulement. Mais quelque chose en moi se serra.

Je ne savais pas quoi lire dans ce regard.

Peut-être rien. Et c’était peut-être la vérité.

Aucune révolte. Aucun scandale. Simplement un frère qui allait là où on lui demandait d’aller. À moins que ce ne soit quelque chose d’autre, de plus discret. Une fatigue. Une paix. Un adieu à quelque chose qu’il valait mieux ne pas nommer.

Je baissai légèrement le regard vers mes chaussures toujours bien trop cirées. Je ressentais quelque chose de difficile à décrire. Pas de la colère, enfin pas exactement. Pas de la tristesse, enfin pas seulement. C’était quelque chose de plus vague. Un mélange de différentes choses. De la rancœur. De la tendresse. Cette envie absurde de lui souhaiter d’être heureux et cette autre envie, plus dure encore, de lui demander pourquoi il restait si calme.

Et l’assemblée applaudit.

Et j’applaudis moi aussi.

Sous le vieux chêne, la fumée blanche du cercle tremblait encore autour des mariés. Sur leurs poignets, sept traces claires et visibles, des fils tirés à même la peau. Je les regardais recevoir les premières bénédictions, les premiers sourires.

Et je compris. Je compris, sans vouloir trop me l’admettre, que ce mariage ne concernait pas uniquement Hector. Dans nos familles, rien ne concerne jamais qu’une seule personne. Car ce jour-là, sous le vieux chêne de Glendalough, on ne célébrait pas uniquement une union. Mais l’ordre des choses. Le chemin à emprunter. On dessinait avec de la fumée blanche l’avenir.

J’avais dix-sept ans.

Et je venais de voir le mien me regarder en face.

Il n’avait pas encore mon visage. Ce n’était pas mon nom sur le carton. Il n’avait pas la forme d’une promesse devant un chêne, une pierre et deux clans réunis. Mais il était là, quelque part, cet avenir. Dans la clarté et la douceur de l’après-midi d’août. Dans le regard satisfait des adultes, entre les silences de Père, la droiture d’Achille et le sourire tranchant de Darius.

Il était là, et il attendait son heure.

Comme le carton vert et argent avait attendu dans mon tiroir.

Alors je continuai d’applaudir, calmement, discrètement, avec retenue.

Et, pour la première fois depuis longtemps, je n’avais rien à dire.

3518 mots :woot:

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13 juil. 2026, 17:16
 Irlande   PNJ  Quatre Mariages pour une lune de fiel  Solo 
Partie n°2 : L'or froid des lignées
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Xerxès
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Images générées à l'aide d'une intelligence artificielle

Hildur Guðnadóttir – Bathroom Dance

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Xerxès, 51 ans
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Sous le vieux chêne de Glendalough, la fumée blanche flottait toujours à quelques centimètres du sol. Moins vive à présent, elle marquait toujours la frontière entre le couple et l’assemblée. Xerxès Vance l’observa sans émotion. Les choses étaient accomplies. Les sept vœux avaient été prononcés et les liens, formés un à un autour des poignets des époux, avaient laissé sur leur peau ces nobles traces. Ce n’étaient pas seulement des marques, mais un engagement magique, dépassant celui de la seule intention. Les esprits oublieraient l’instant, mais pas la peau. Ni les familles. C’était là tout l’intérêt du rite. On pouvait mentir sur les élans du cœur, mais on ne discutait pas une trace blanche sur le poignet.

Xerxès n’était pas homme à laisser guider ses actes par ses émotions. Il ne niait pas leur existence, il n’était pas un sot. Les émotions existaient, comme existaient la fièvre, les erreurs de dosage, une réaction incontrôlée ou un ingrédient mal préparé. Elles signifiaient quelque chose, une perturbation, une faiblesse dans le dispositif. Mais elles ne devaient jamais tenir lieu de méthode. Elles étaient utiles pour le diagnostic, non pour le remède.

Un mariage ne se réduisait donc pas le moins du monde à cette agitation confuse de l’âme que d’aucuns appelaient l’amour avec une certaine forme de naïveté. L’amour existait, sans doute. Il aidait, dans le meilleur des cas, à rendre supportables les exigences du devoir. Pour autant, il n’était pas une fondation. Il était trop volage et imprécis, trop fluctuant. Une famille ancienne ne survivait pas à travers les siècles en confiant son avenir à ce genre d’élan du cœur incontrôlé. Elle survivait par sa structure, ses alliances et la répétition des mêmes rites.

Longtemps, ce raisonnement lui parut relever de la simple évidence. Ce n’était ni une défense ni un aveu, mais une simple conclusion obtenue en appliquant une méthode scientifique : l’observation, le renfort de l’expérience et la confirmation des années. S’il avait pu penser autre chose autrefois, cela n’avait, aujourd’hui, aucune importance.

Il ne se souvenait pas d’avoir aimé.

Il se souvenait d’avoir été jeune. D’avoir manqué de méthode et de rigueur. D’avoir accordé une importance bien trop grande à certaines choses. Oh, il se souvenait d’Hélène, évidemment. Il eût été absurde de prétendre le contraire. On n’effaçait jamais totalement une femme qui avait porté votre nom, habité votre maison et donné naissance à cinq fils avant de disparaître de leur existence.

Aimer ?

Un tel mot était excessif. Imprécis et surtout inutile. Il avait voulu cela. Il l’avait choisie, elle. Il s’était fié à une hypothèse qui lui avait paru cohérente. Mais l’hypothèse était fausse et tout le raisonnement s’était effondré. Inutile d’employer le genre de superlatifs mélodramatiques employés par ceux qui aimaient transformer leurs erreurs en tragédie. Les faits étaient pourtant simples : Hélène était partie après la naissance de Léonidas et pourtant le monde avait continué. La maison tenait debout. Les enfants avaient tous grandi. Rien n’avait changé, tout simplement. Le produit n’exerçait aucune influence sur la réaction.

Lorsque le célébrant parla des anneaux, Xerxès tourna la tête vers le dernier des Doge, qui s’avançait en tenant entre ses mains un coussin clair sur lequel reposaient deux anneaux d’or. L’enfant avançait lentement, bien conscient de la tâche qu’on lui avait confiée et avec la prudence excessive des enfants qui veulent bien faire. Il était charmant, à sa manière, d’aucuns diraient sans doute touchant. Pourtant, Xerxès ne se laissa pas attendrir par cette innocence. Elle ne durait jamais. Cet enfant, derrière sa bouille juvénile, n’était qu’une pièce dans un ordre familial au sein duquel il devrait tôt ou tard trouver sa place.

Les anneaux commencèrent à circuler parmi l’assemblée. Les mains des Doge se succédèrent, des doigts ridés succédant à des paumes juvéniles. Des vœux murmurés. Une bénédiction. Un simple souffle. Juste une légère inclinaison de la tête. Les vieilles familles ne se montraient pas expansives dans leur reconnaissance.

Xerxès observait les anneaux passer de main en main. C’était là moins une habitude qu’une définition. Il préférait l’évaluation à la participation. Il avait toujours trouvé profondément inutile de s’abandonner à l’instant sans avoir une vue d’ensemble de la situation. Le monde ne gagnait jamais à ce qu’on y ajoute des élans personnels inconsidérés.

Les Doge savaient se tenir. C’était le plus important. Ils savaient où placer leur regard, quand sourire, quand se taire. Ils ne cherchaient pas à se rendre omniprésents. Chacun d’eux était habité par une forme de retenue qui valait bien plus encore que la seule élégance. Il nota le regard attentif du père de la mariée. Cette satisfaction contenue, sans aucune once d’avidité. Les femmes de la famille inclinaient la tête, sans théâtralité excessive ni quelconque mièvrerie. Cressida Doge avait été élevée dans leur milieu. Cela se remarquait immédiatement à sa façon de se tenir, à l’économie de ses gestes. Elle n’était pas froide, juste dans la maîtrise. Ce qui était une qualité bien plus précieuse que l’enthousiasme.

C’était ce dont avait besoin Hector. Ce dernier se tenait au centre du cercle avec cette tranquillité qui le caractérisait tant. Il ne cherchait pas le regard des autres, mais ne s’y dérobait pas pour autant. C’était une bonne chose. Dans ce genre de moment, il fallait savoir être vu sans mendier l’approbation. C’était là la principale différence entre Hector et Achille. Chez l’aîné des fils Vance, ce nom était une armure, sans aucune faille, avec cette assurance d’avoir toujours été fait pour être à sa place. Hector, lui, était plus silencieux. Souple, sans doute. Plus inclassable.

C’était là son principal défaut. Xerxès n’aimait pas ce qui résistait trop longtemps à tout esprit cartésien de classification, de rangement et d’ordre. Ce n’était pas un goût pour la simplicité. Mais l’absence de classification était le premier pas vers le chaos. Un enfant, une maison, une réaction magique devaient d’abord être compris avant d’être corrigés, ajustés pour être préservés.

Hector n’était pas un rebelle, rien d’aussi tranché. Une rébellion était identifiable. On la contenait, on la punissait et on la réprimait avec méthode. Le défaut d’Hector était plus subtil, c’était sa tendance naturelle à la douceur. Une attention de chaque instant aux failles des autres. Une responsabilité comme fardeau. Cette inclination naturelle devait devenir une vigilance utile, sa sensibilité une discipline, et son inquiétude devait être remplacée par le devoir. Ce n’était pas un échec, ni une réussite. Il n’était pas une déception. Le terme de fierté aurait été inapproprié et grossier pour ce qui devait aller de soi. Des effusions pour avoir seulement tenu son rang étaient inappropriées. La seule chose que l’on pouvait en dire, c’était que son éducation n’avait pas été vaine.

Pourtant, Xerxès observa Hector quelques secondes supplémentaires et il remarqua cette ligne sur sa nuque, le léger tremblement de ses mains, cette tension légère dans les épaules qui échapperait à beaucoup. Hector n’était pas totalement serein. Et c’était une bonne chose. La sérénité absolue n’était au mieux que de l’inconscience, au pire de la bêtise. Cette tension légère prouvait bien qu’Hector comprenait ce qui se déroulait et son rôle là-dedans. Il n’était pas le personnage d’un conte. Ici, un mariage, ce n’était pas qu’une superficielle promesse à une femme, mais une modification durable de sa position dans le monde. Et cela, Xerxès voulait croire que son fils en avait conscience.

Le coussin parvint enfin du côté des Vance. Les anneaux n’étaient plus seulement la propriété des Doge. Ils entraient également chez les Vance, et il n’était plus seulement question d’accueil, mais aussi de continuité.

Le père tendit la main et ses doigts effleurèrent l’or. Les anneaux étaient simples, rien d’excessif ou de trop voyant. Il n’était pas ici question de compenser une quelconque insécurité avec des bijoux tape-à-l’œil. L’or, seul, suffisait. Deux cercles, deux noms. Une date. Une promesse. Xerxès posa ses doigts sur les anneaux et il se sentit observé. Il le savait. Il avait appris que l’attente n’était pas seulement une pression, mais pouvait également devenir un instrument. Un instrument dont il avait perfectionné le maniement au fil des années. Il baissa légèrement la tête, non dans un quelconque élan d’humilité, mais par respect pour la forme, et prononça son vœu.

Il était question d’honneur, de solidité, de transmission. Il parlait d’une union non pas comme d’un sentiment mais comme d’une architecture. Un foyer ne se fondait pas sur la base d’élans de l’âme ou de caprices des sentiments. Il avait besoin de fondations, de murs porteurs, de serments et surtout de témoins. Les vivants n’étaient pas plus importants que ceux qui les précédaient. C’était là ce qu’il avait toujours pensé, ce qu’on lui avait toujours enseigné. Et sinon, il l’avait pensé assez longtemps pour en faire sa vérité.

Car l’inverse avait quelque chose d’insupportable. L’époque actuelle était aux justifications personnelles, aux désirs brandis comme des lois, aux blessures comme arguments. On cherchait à être compris, reconnu. On voulait transformer un choix intérieur en vérité supérieure à tout le reste. Xerxès trouvait cette tendance particulièrement dangereuse. La souffrance comme méthode de gouvernement n’apporterait rien de bon.

Xerxès retira sa main et le coussin passa à son fils aîné. Achille accomplit le geste de manière irréprochable, si bien que Xerxès ne s’attarda pas sur lui. Il n’avait pas besoin de surveiller Achille pour savoir qu’il ferait le nécessaire. Il le ferait toujours. C’était sa principale force : il n’avait aucun désordre à redresser, ni déviation à contenir. Achille avait compris assez vite que la paix s’achetait en se coulant dans le moule et il avait fait dudit moule sa demeure. Cette pensée avait presque quelque chose de désagréable aux yeux du père. Alors, il ne s’y arrêta pas. Nul besoin de chercher des tragédies là où il n’y avait que des réussites. Achille faisait ce que l’on attendait de lui. S’il avait dû renoncer à certaines choses, cela représentait un coût tout à fait normal et acceptable. Toute éducation est une sélection. On ne devient pas homme sans sacrifier des possibilités inutiles et futiles.

Le coussin passa ensuite à son frère, Darius, qu’il vit sourire. Ce sourire mince et travaillé avait toujours eu quelque chose de venimeux. Son frère aîné murmura quelques mots que Xerxès n’entendit pas. Cela valait sans doute mieux. Il connaissait suffisamment son aîné pour savoir qu’une bénédiction entre ses lèvres pouvait tout à fait dissimuler une menace à peine voilée. Darius croyait à l’ordre des choses avec une ferveur que Xerxès trouvait tout à fait excessive. Il fallait dans chaque famille quelqu’un capable de rappeler à l’ordre avec dureté. Darius était cet homme-là chez les Vance. Il était aussi incapable de concevoir qu’une chose puisse se corriger sans contrainte. Là où Xerxès observait la faille, Darius y enfonçait bien volontiers la pointe de sa canne.

C’était efficace. Même si rarement élégant.

C’est à ce moment-là que les jumeaux, qui avaient disparu depuis le début de la cérémonie, réapparurent.

Jason et Priam.

Leur présence provoquait une tension chez leur paternel. Les deux avaient ce don pour surgir au moment précis où l’on commençait à espérer leur disparition pour de bon. Leur absence avait été remarquée, mais représentait une forme de soulagement tant pour Darius que pour Xerxès. Il y avait en eux cette légèreté qui serait passée pour charmante chez une autre famille, ou encore chez des enfants plus discrets. Mais avec eux, c’était avant tout un risque. Pourtant, étonnamment, ils ne firent rien. Priam toucha l’anneau avec sérieux tandis que Jason inclina la tête avec un sourire.

Xerxès ressentit une forme de soulagement en observant la situation. Il n’en demandait pas davantage venant de leur part. Ils avaient reconnu un de ces instants qui exigeaient de bien se tenir. Ils étaient suffisamment intelligents pour comprendre lorsqu’ils le voulaient. Cela rendait d’ailleurs leurs écarts encore plus répréhensibles.

Vint le tour de Léonidas.

Xerxès observait sans bouger le coussin arriver entre les mains de son plus jeune fils. Il le vit baisser les yeux vers les anneaux. Il avait dix-sept ans et toujours ce visage trop expressif et cette attitude hésitant entre la grâce et la fuite, un trop-plein sur le point de déborder. Xerxès connaissait cette expression, elle le fatiguait depuis tant d’années. Léonidas était… particulier. Un enfant difficile à tenir. Non pas parce qu’il était violent ou fondamentalement rebelle. Mais surtout instable. Il était un trop-plein, quelque chose en lui refusait de se conformer à la forme qu’on lui donnait. Il souriait quand il fallait se taire, il parlait au lieu de s’effacer, il transformait la moindre consigne en lutte de pouvoir et sa présence en une provocation. Souvent, Xerxès crut qu’il le faisait exprès. Mais parfois, et c’était là le plus désagréable, il n’en était pas si certain.

C’était cette incertitude qui l’irritait plus que tout. Une faute volontaire supposait une intention et donc quelque chose sur lequel avoir une prise. On pouvait la nommer, la confronter. Pourtant, Léonidas avait le don de rendre toutes ces choses troubles. Était-ce de l’insolence, de la peur, une théâtralité excessive ou bien cette manière désespérée d’essayer d’exister dans la famille ? Xerxès n’aimait aucune de ces questions, ni aucune des réponses qui lui vinrent. Car elles rendaient difficile toute décision. Elles affaiblissaient la main qui devait rester ferme.

Il observa les doigts de son fils s’approcher des anneaux et reconnut quelque chose dans la ligne de son visage qu’il aurait préféré ne pas pouvoir reconnaître. Cela ne lui arrivait pas toujours, ce n’était pas toujours évident. Certains jours, Léonidas ressemblait uniquement à lui-même, avec ses excès, ses trop-pleins et son incapacité presque absolue à rester en place. Pourtant, sous un certain angle, dans sa façon de baisser les yeux ou de relever le menton pour se défendre d’une injustice, quelque chose d’autre refaisait surface.

Hélène.

Il n’avait pas exactement son visage.

Il était une trace.

Un écho.

Xerxès écarta ce lien avec la rapidité d’un vif d’Or. Hélène était partie. Elle avait quitté la maison peu après sa naissance, abandonnant un enfant trop petit pour comprendre toutes les conséquences. Le reste appartenait à ce que les sentimentaux niais qualifiaient de « cause profonde ». Xerxès, lui, ne jurait que par les faits.

Elle était partie.

Léonidas était resté.

Il y eut ensuite ce murmure, si bas que beaucoup n’entendirent rien.

— Sois heureux.

Xerxès, lui, l’entendit.

Son visage resta impassible. Il redoutait un mot d’esprit, une insolence déguisée. Un de ces mots lâchés à la frontière de l’acceptable. Cela aurait été rassurant, même dans l’irritation du paternel. Il aurait su quoi faire. Il aurait su le condamner sans y consacrer trop de pensées.

Mais ce souhait simple, nu et sans défense, le prit de court.

Sois heureux.

Comme s’il était question de bonheur. Comme si cette union se réduisait à un terme si fragile. Comme si Hector devait d’abord recevoir la permission d’espérer quelque chose pour lui de la part de son petit frère.

Heureux.

Xerxès n’aimait pas un tel mot. Il n’avait jamais aimé un tel terme, ou du moins avait-il décidé depuis longtemps qu’il ne l’aimait plus. Il était d’une mollesse dangereuse. Un critère de jugement inapplicable. La vie ne se mesurait pas au bonheur, mais à ce qu’elle obtenait, ce qu’elle transmettait sans laisser le reste s’effondrer. Peut-être avait-il été heureux auparavant.

Non.

Il avait connu, aux côtés d’Hélène, une période d’aveuglement, une propension inhabituelle de son esprit à l’erreur. Il avait confondu intensité et solidité. Il s’était fourvoyé dans son analyse, voyant des preuves dans ce qui n’était que de l’apaisement.

C’était différent.

Xerxès Vance n’avait pas aimé.

Il regarda son plus jeune fils transmettre le coussin avec toujours cette faille bien trop visible, qui devenait dangereuse lorsqu’il tentait de la dissimuler sous l’ironie ou l’excès. Mais parfois, il lui semblait y voir une forme de douleur. Une douleur dont il n’avait jamais su quoi faire. C’était sans doute un échec, mais Xerxès refusa de s’attarder trop longuement sur cette idée, car elle n’apportait rien d’exploitable. Le constat d’un échec n’avait d’intérêt qu’autant que l’on en déterminait les causes, en isolait les facteurs causaux et corrigeait la méthode. Or, Léonidas n’était pas une simple potion, malgré ce que Xerxès aurait préféré croire. Il n’était pas juste un protocole.

Il était un fils.

Et ce fait-là, précisément, rendait toute analyse beaucoup plus difficile.

Xerxès n’était pas un père inattentif, selon ses propres critères. Il avait décidé, orienté, autorisé et interdit. Il avait maintenu la structure nécessaire autour de ses enfants pour assurer leur sécurité et leur avenir. Il n’avait pas quitté le navire comme Hélène ni dilapidé l’héritage. Il n’avait pas exposé ses fils sans leur donner les armes nécessaires pour y faire face. Il avait fait tout ce qu’un père devait faire.

Pourtant, Léonidas était là devant lui, avec ce quelque chose d’ouvert qui résistait à toute analyse.

Comme Hélène.

La ressemblance n’avait rien d’une explication, elle n’était qu’un hasard de la génétique, un aléa biologique, la cruauté de l’hérédité. Les enfants ressemblaient toujours à leurs deux parents. Cela ne signifiait rien. La nature n’avait aucun sentiment. Elle reproduisait seulement des lignes, ignorant ce que ces répétitions pouvaient coûter. Mais Léonidas n’était pas Hélène. Il était encore moins une excuse pour y repenser.

Le rite continua et Xerxès détourna enfin les yeux de son plus jeune fils pour observer Hector reprendre les anneaux. Sa fiancée lui tendit la main et l’or glissa à son annulaire. Hector passa l’anneau à Cressida et Cressida le sien à Hector. Xerxès sentit un changement dans l’air autour d’eux. Une alliance, oui. Mais aussi une direction. Hector quittait, sans la renier, la maison dont il venait pour en fonder une nouvelle, avec une épouse parlant la même langue qu’eux. C’était ainsi que les noms survivaient. Non pas seulement par la tendresse ni par le simple désir, mais par cette répétition de gestes, reconnus et transmis de génération en génération.

Mais pourtant, le murmure de Léonidas demeurait dans son esprit. Il le trouva dangereux, car il introduisait une exigence que l’on ne pouvait pas toujours satisfaire. Elle ajoutait à un rite ancestral quelque chose d’intime, d’indécent. Elle interrogeait l’union sans demander si elle était convenable, honorable et utile. Elle demandait si Hector pouvait y vivre sans s’y perdre. Cela ne devrait pas importer, enfin seulement dans une mesure raisonnable. Un homme pouvait être heureux dans un foyer bien tenu. S’y accomplir et trouver sa place. Mais Léonidas avait donné à ce vœu une simplicité enfantine et indécente.

Il ressemblait tant à Hélène.

Xerxès sentit cette dernière pensée tenter de s’accrocher mais elle fut vite emportée. Il n’avait pas aimé Hélène. Elle n’était qu’une erreur d’évaluation. Elle était belle, sans doute. Singulière, assurément. Mais les faits étaient coriaces, elle avait quitté la maison. Une personne qui part montre les limites de l’amour, sa fragilité, son inconsistance. Son inutilité comme fondement. Il n’avait donc pas aimé, mais il avait appris.

Un rite mené avec succès remettait les singularités à leur place isolée. Les troubles individuels n’entachaient pas l’ensemble. La phrase de Léonidas, aussi étrange soit-elle, ne fit pas dévier le cours des choses. Hector portait un anneau. Cressida aussi. Les marques blanches étaient là. La coupe allait circuler. Le pain serait rompu et le balai franchi. Et à la fin, un mariage aurait eu lieu. Xerxès, lui, reprit sa place dans cet ordre des choses avec facilité avant de regarder de nouveau les époux. Puis, rapidement, Léonidas.

Son plus jeune fils avait désormais les mains vides et regardait ailleurs. En direction du lac sans doute, ou bien d’un ailleurs que tous, sauf lui, ne voyaient. Sous la lumière pâle de l’Irlande, certains traits d’Hélène revenaient en lui avec une violence silencieuse.

La courbe de sa bouche.

Sa manière de détourner les yeux, non pas par soumission mais pour protéger quelque chose que personne ne devait atteindre.

Et puis cette façon, insupportable, de paraître absent en étant pourtant bien trop présent.

Xerxès sut de manière certaine que ce mariage travaillait profondément Léonidas. Bien plus qu’il ne l’avouerait jamais. Il ne tira de cette pensée absolument aucune satisfaction. Juste le constat de quelque chose qui avait déjà commencé.

Et ce constat, bien au contraire, lui laissa un goût amer dans la bouche.

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Le Gang des Licornes. - Sir Adidas Vance du Ouin Ouin 1er du nom - Toujours partant pour un RP (cf ici) - Merci Mo pour l'avatar