Une magique mentoresse
Dimanche 09 avril 2051
17h15
Avec @Alyona Farrow
Reducio
Honor Brando, 44 ans Reducio
Claire Harper, 38 ansReducio
Oscar Brando, 42 ans
Interpella Claire, avec un sourire amusé, à l'attention de Narcisse et d'Alyona, qui semblaient ne jamais vouloir démordre de leurs objectifs. Il fallait dire que l'adolescent était non seulement profondément déterminé à en apprendre davantage auprès de son amie, mais il prenait tellement de plaisir en sa compagnie qu'il ne voyait pas le temps passer.
Du côté de la famille de Narcisse, chacun de ses membres avait accueilli avec le plus grand plaisir la jeune adulte. Même Honor, qui ne manifesta malgré tout pas grande réaction, ne put qu'observer le bonheur que son fils ressentait à ses côté. Sans pour autant relâcher sa vigilance, ni sa surveillance, elle suivit le mouvement sans trop de peine. Oscar et Claire, en revanche, étaient tout autant aux anges que Narcisse, et avaient développé une grande sympathie pour Alyona, et ne se cachaient pas de le lui faire savoir.
Quant à Narcisse, il n'avait pas perdu une minute de son temps avec elle. Aujourd'hui, pour compléter tout ce qu'ils avaient pu voir ensemble et réviser, les deux amis s'étaient mis d'accord sur une bonne séance de méditation concentrée. Pour apprendre à canaliser la magie du garçon, s'aidant des conseils et du mentorat d'Alyona, profitant de ses expériences. Tous deux s'étaient installés face à face dans le jardin, pour apprécier la rare après-midi de soleil du séjour. Narcisse était assis en tailleur, et suait à grosses gouttes sous l'effort soutenu de ne pas détacher son attention de l'instant présent, s'inspirant de son amie.
Et pendant ce temps... Claire se prélassait sur son transat, un cocktail à la main, ses grosses lunettes de soleil cachant la moitié supérieure de son visage. Un grand chapeau protégeait ses cheveux, et elle cuisait en maillot de bain sous le soleil, visiblement épuisée par les efforts des deux jeunes travailleurs sous ses yeux. Son accroche interrompit Narcisse, qui tressaillit en pivotant brusquement dans sa direction, arrachant un bref éclat de rire à sa marraine. Alors qu'elle s'aérait le visage de son éventail, elle le taquina gentiment, souriant jusqu'aux oreilles.
"T'es en vacances, mon grand... tu devrais pas en profiter pour te reposer ? Et est-ce vraiment là une façon de traiter notre si charmante invitée ?" Demanda-t-elle en regardant ensuite Alyona.
Son gloussement réveilla Oscar, allongé sur le transat d'à côté. Vêtu d'une chemise aux fleurs colorées et d'un bermuda kaki, le professeur bâilla en retirant le livre qui recouvrait son visage, tandis qu'il revenait à lui. Il piaffa brièvement en se redressant, les cheveux en bataille, ses lunettes retrouvant l'arête de son nez, il rejoignit ensuite Claire dans son numéro d'asticotage.
"Tels des lézards au soleil regardant au loin les deux étranges créatures qui préfèrent s'agiter plutôt que se reposer..."
Le rire de Claire éclata sans hésiter et résonna jusque dans les collines environnantes. Lorsqu'Oscar porta son jus de tomate à la bouche, Narcisse intervint en rougissant, après s'être essuyé le front de son avant-bras. Lui-même ne portait qu'un short et son t-shirt à manches courtes.
"Euh, ah ! Non mais, vous dites des bêtises ! Il regarda ensuite Alyona, arquant un sourcil perplexe. Ça t'embête pas, hein ? Tu dis si tu veux qu'on fasse un pause !"
Oscar lança un regard empli de fausse réprimande à Claire, qui haussa les épaules en tirant la langue.
"Mes félicitations, toi et ta mauvaise langue pourriez faire douter même le plus acharné des travailleurs...
— Hey, c'est quand même pas ma faute, je ne fais que souligner l'évidente vérité..."
Le regard de Narcisse alternait entre les deux adultes et son ami, il était désormais complètement perdu. L'adolescent venait de sauter à pieds joints dans la plaisanterie de Claire, qui ne manquait pas non plus d'attendre la réaction d'Alyona.
Reducio
- Identité du/des PNJ (Prénom, Nom) : Honor Brando, Claire Harper et Oscar Brando
- Lien avec le PJ : Mère, marraine et père
- Lien dans le répertoire : Ici
- Ce RP aura-t-il un impact sur mon PJ ? Oui
- Si "oui", impact envisagé : La présence des PNJ familiaux est essentiel, Narcisse étant chez lui.
- Lien avec le PJ : Mère, marraine et père
- Lien dans le répertoire : Ici
- Ce RP aura-t-il un impact sur mon PJ ? Oui
- Si "oui", impact envisagé : La présence des PNJ familiaux est essentiel, Narcisse étant chez lui.
Dernière modification par Narcisse Brando le 22 juin 2026, 20:39, modifié 1 fois.
Une magique mentoresse
10 AVRIL 2051, APRÈS-MIDI
BALLINGLANNA, IRLANDE,
Alyona, 21 ans,
BALLINGLANNA, IRLANDE,
Alyona, 21 ans,
Il y a quelques années, l'idée d'être l'invitée d'une famille de moldus, conviée chez elle, dans sa maison jusqu'à sa table, m'aurait mise mal à l'aise. Je me serais sentie étrangère, j'aurais craint des maladresses, et un frisson me serait venu, inapproprié et désagréable, vestige d'un temps où ma vision de ces non-sorciers était dégradante, incorrecte, voire même méprisante. Je n'aurais certainement même pas accepté, sortant des prétextes des manches de ma cape comme les cartes d'un jeu, dissimulant mon inconfort derrière des excuses sans fondement. J'aurais pris le large avec du soulagement plutôt que de la honte, ne me remettant que vaguement en question, sans tout à fait saisir le problème, ou tout du moins sans en trouver de solution convenable. Heureusement, aujourd'hui tout est différent, et le seul frisson qui me parcourt est davantage lié à l'image de ma propre famille mise en parallèle avec celle-ci qu'au simple fait que l'homme et les femmes que je côtoie ici n'aient aucun accès à la magie. Ce sont les miens, cette fois, qui m'embarrassent ; les relations qui nous lient n'arrêtent pas de se dessiner dans mon esprit sous ce soleil d'avril, laissant mon corps fiévreux et angoissé. Pourquoi tout n'est-il pas aussi simple que chez Narcisse ? Pourquoi sommes-nous incapables de reproduire ce qui se joue ici ? Est-ce un trait sorcier que celui d'engendrer des contraintes, de fabriquer des déceptions ?
Dans la maison de mon ami, près de ceux qui l'aiment, il fait bon vivre. Claire et Oscar sont d'une gentillesse exceptionnelle ; malgré la retenue dont je peux faire preuve, ils savent me mettre à l'aise, me donner l'impression d'être ici comme chez moi, sans me faire ressentir de différence liée à notre sang, comme si ce concept-même n'existait pas pour eux. Même Honor me paraît moins effrayante qu'à mon arrivée. Et que dire alors du temps passé avec le jeune Poufsouffle, qui sait toujours me faire sourire ? Il y a dans ces journées une richesse à laquelle je ne saurais pas donner de prix. À leurs côtés j'en oublie presque les soucis qui me pèsent ; seuls les moments de recul, ceux lors desquels j'observe la famille Brando avec l'œil du sage et de l'inconnu, peuvent soulever en moi une douleur que j'essaye aussitôt d'étouffer. Mes parents n'auraient jamais des mots aussi doux pour moi, ni des regards aussi aimants ; leurs gestes peuvent être aussi tendres mais leurs paroles demeureraient tranchantes et décidées. L'amertume me monte alors à la gorge, terrible et déchirante : les parents de Narcisse, eux, ne l'auraient jamais contraint à signer un papier l'obligeant à avoir deux enfants de sang pur. En fait, ils ne comprendraient peut-être rien à cette histoire de sang et d'héritage, la jugeant sûrement ingrate et insensée. Ils ne comprendraient pas. Et c'est lors de ces moments cruels que la solitude me cueille, m'éloignant de l'instant présent et me creusant le cœur. Mais Merlin, merci ! cela n'arrive pas souvent.
Mes paupières papillotent tandis que je suis tirée de mon paysage intérieur par les échanges prononcés autour de moi. Lorsque j'en saisis les propos, mes joues se colorent doucement d'embarras. Faire des pauses ? Se reposer ? Il est vrai que Narcisse et moi n'avons pas chômé ces derniers temps ; le Poufsouffle est d'un enthousiasme inégalable quand il s'agit de travailler la magie ou d'en parler, et je me laisse facilement emporter dans ce genre de discussions, entraînée par sa joie, et la partageant. Mais en avons-nous fait trop ? Aurais-je dû mettre des limites aux élans de mon ami ? Je suis un peu adulte désormais, donc chargée de prendre du recul, de considérer et d'agir en conséquence ; il est évident que j'ai une part de responsabilité dans le rythme soutenu de nos travaux des derniers jours. Claire et Oscar me reprochent-ils un peu de ne pas savoir freiner les impulsions de mon ami ? Me trouvent-ils déraisonnable ?
Et en même temps, leurs éclats de rire et le charmant qui m'est associé ne m'aident pas à éclaircir mes idées. Je ne saurais pas dire s'ils attendent de nous que nous en arrêtions là, ou s'il ne s'agit que de plaisanteries destinées à nous taquiner doucement pour nous faire réfléchir. L'air perdu de Narcisse m'apprend qu'il n'est pas plus clairvoyant que moi, et le voir se tourner vers moi pour s'enquérir de mon avis me fait sourire. Croit-il que je me sens contrainte, entraînée sans le vouloir dans cet élan d'exercices ? S'en inquiète-t-il ? Qu'il se rassure : comme lui je ne vois pas le temps passer. Pourtant, en y réfléchissant et en me sondant de l'intérieur, l'idée d'une pause ne m'est pas tellement désagréable. J'ai bien trop peur de voir le soleil teindre ma peau de rouge si je passe encore ma soirée loin de l'ombre.
« Comme tu veux », réponds-je pourtant avec un sourire. Devinant que Narcisse pourrait avoir du mal à trancher, j'ajoute : « Si tu penses qu'on a fait le tour des exercices de méditation, on peut faire une pause pour aujourd'hui oui. Sinon, si tu veux approfondir quelque chose, on peut continuer dix minutes, ça ne me pose pas de problème. »
Je n'ai pas de préférence, je sais que peu importe ce que le jeune sorcier choisit, cela me fera plaisir. Je suis en Irlande, l'air est doux, la compagnie est agréable, ma magie pétille, et puis Narcisse est là, et on se voit si peu que le temps passé ensemble m'apparaît toujours de qualité. Seule la perspective d'un départ en fin de journée me fait hésiter. Ne regretterai-je pas de n'avoir fait que travailler en partant ? Ai-je seulement imaginé d'autres possibilités dans les activités ? Je ne sais pas. Parler pourrait être plus agréable et instructif que la méditation qui oblige à garder le silence et à se recueillir en soi, non ? Je laisse à Narcisse le soin de décider, lui faisant toute confiance. Cependant, l'hésitation me retient jusqu'à la dernière seconde. Si je pars aujourd'hui, faire une pause signifie-t-il arrêter de travailler ? Et si nous n'en faisons pas, ne le regretterons-nous pas plus tard ?
Bah, peu importe, oui, peut-être ; je doute d'avoir de véritables regrets.
#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht
Une magique mentoresse
"Euh, oui ! Juste l'exo dont tu m'as parlé là, j'veux bien essayer, ça a l'air trop chouette !"
Hésitant un instant au milieu d'un petit courant de réflexion léger, l'adolescent se redressa ensuite pour proposer son idée. Alyona lui avait parlé d'un exercice pour le moins intriguant et stimulant : se substituer au lancer d'un sortilège sur le plan de la visualisation. Car si tout à chacun en était capable, il n'était pas à la portée du premier venu de réussir à visualiser pour son camarade un sortilège réussi. Sans parler de le décrire. Et Narcisse, qui était du genre à se trahir face à la précision de ses mots, ne pouvait que voir les bénéfices d'un tel exercice.
Mais il n'oubliait pas qu'il ne pouvait en aucun cas être celui qui tiendrait la baguette, aujourd'hui. Cette dernière était soigneusement rangée, bien cachée dans sa chambre, hors d'atteinte des manipulations accidentelles. Il pourrait donc pleinement se concentrer sur son amie, et un grand sourire revint sur son visage avant qu'il ne se mette en position, ramenant ses genoux sous lui en posant ses mains sur ces derniers. En partant du postulat qu'elle accepterait, il continua, avec son regard frétillant et scintillant.
"Ok ! Alors... T'aime bien Orchideus ? J'imagine entre nous deux, plein de supers belles fleurs ! De toutes les couleurs, avec des bleues, des rouges, des roses, des jaunes, et euh, leur tige est verte, logique, et y'en a qui ont des pistils jaunes, d'autres rouges !"
Pas le sortilège le plus évident pour Narcisse, qui n'avait que peu d'affinités avec la magie naturelle. Déjà que l'exercice était particulièrement complexe, sa description laissait particulièrement à désirer... Voyons ce qu'Alyona saurait en faire.
Pendant ce temps, Claire se délectait de la vision de la jeune Farrow. Véritable cas d'école en terme de syndrome de l'imposteur, doublé d'un intense sentiment d'altruisme, effaçant l'individualité au profit d'autrui... Elle aurait pu en baver, tant elle voulait la cuisiner lentement, l'installer sur son canapé et la questionner. Qu'elle et Narcisse soient devenus amis n'avait rien d'hasardeux, les deux âmes se ressemblaient toute particulièrement. Si l'adolescent avait dû trouver en elle l'image d'une grande sœur de cœur, et bien, Alyona avait dû y voir celui d'un petit frère. Ses lunettes de soleil abaissées sur son nez pour les observer, elle croisa finalement le regard d'Oscar, qui lui lançait un sourire entendu et moqueur.
"Quoi ? Demanda-t-elle en chuchotant.
— J'espère que tu lui feras un prix d'amie pour la consultation...
— Pour un esprit comme celui-ci, je pourrais même raquer !"
Les deux murmurants en ricanant tels des enfants, c'est cet instant qu'Honor choisit pour revenir de son entraînement.
Sa serviette autour de la nuque entourait le haut de son débardeur kaki, cette dernière épongeant les filets de sueur ruisselant jusqu'à son ventre. Vêtue de son treillis militaire, elle avait cependant une large zone du haut de son corps exposé. Les muscles congestionnés de ses bras soulignaient leur puissance hors-norme, et ceux de sa ceinture abdominale rappelaient l'inviolabilité de ses fondations.
Claire et Oscar auraient pu passer pour deux voyeurs, à écarquiller les yeux de cette manière, presque en bavant face à cette vision paradisiaque. L'homme ressenti une fierté renouvelée à savoir qu'une femme telle qu'Honor était mariée à lui, et que plus que jamais, il la voyait comme la plus belle existante. La blonde se surpris à rougir comme une pivoine, sentant son cœur s'emballer puissamment et son bas-ventre picoter. Les deux étaient passionnés à tel point qu'aucun des deux ne pensa à taquiner l'autre.
Mais Honor n'avait d'yeux que pour Narcisse et Alyona, et tandis qu'elle revenait du gymnase derrière la maison, à quelques mètres du jardin, elle plissa les yeux. Ses oreilles affûtées avaient entendu les mots de son fils, et elle reconnu sans peine l'étape d'une visualisation de sortilège. Allaient-ils faire de la magie ici ? Impossible pour Narcisse, sa baguette étant en sécurité dans sa chambre. Alyona, dans ce cas ? Un terrible tambour sonna derrière son cœur, et elle s'approcha silencieusement.
"Honor, chérie !"
Fort heureusement, Oscar, toujours aussi vigilant, réussit enfin à se détacher de l'admiration des muscles de sa femme, pour anticiper l'incident potentiel. En quelques regards, il transmit à Claire le message, qui bondit pour intercepter Honor, et entourer son cou de ses bras en l'embrassant tendrement. La blonde devait toujours se mettre haute sur la pointe de ses pieds pour atteindre les lèvres de son amante, ce qui ne manquait jamais d'amuser cette dernière.
Prise au dépourvu, l'ancienne militaire se tendit un bref instant, avant de finalement se détendre pour rendre l'étreinte à son amie. Immédiatement, sa tension s'envola, ne laissant place qu'à l'adoration des traits de la charmante blonde qui rougit de plus belle.
"Tu arrives pile à temps, Alyona et Narcisse sont en train de tester un nouvel exercice !
— Je ne suis pas certaine de vouloir y assister.
— Oh, alleeeez, Honor ! Tu veux pas voir ça ?"
Un silence hésitant. Elle jeta un regard en direction du petit groupe, pour assister à la vision d'un Oscar qui lui fit un clin d’œil encourageant, savourant son immonde jus de tomate. La pointe d'angoisse qui perça la peau d'Honor fut effrayante et la terrorisa, une brève seconde. L'idée de voir ne serait-ce qu'une étincelle jaillir de la baguette de la jeune femme lui arracha des sueurs plus vives que celles dues à son entraînement.
Mais la voix de Claire souffla soudainement à son oreille, cette dernière s'étant à nouveau dressée sur ses pointes.
"J'ai besoin qu'on me mette de la crème solaire dans le dos...
— Tu n'as pas... depuis tout à l'heure, tu n'as pas mis ta crème ? S'insurgea Honor, rougissant davantage qu'elle ne l'aurait voulu.
— C'est de ta faute ! Je n'allais pas demander à Oscar."
Honor leva les yeux en réalisant qu'elle venait de tomber droit dans le piège de son amante. Et Oscar qui se moquait déjà en gloussant comme un adolescent... Claire prit la main d'Honor pour la ramener à côté de leurs transats, avant de s'allonger sur le ventre. D'un geste vif, elle défit l'attache de son haut pour exposer son dos.
"Allez, plus vite que ça !"
Oscar manqua de s'étouffer dans son verre en retenant son éclat de rire. Honor semblait avoir cuite la première sous le soleil. Elle déposa sa serviette sur l'herbe, pour déposer un baiser sur les lèvres d'Oscar, avant de s'exécuter. Incapable de ne pas apprécier la situation malgré l'orgueilleuse satisfaction de son amante, elle continua néanmoins à surveiller Narcisse et Alyona du coin de l’œil...
Hésitant un instant au milieu d'un petit courant de réflexion léger, l'adolescent se redressa ensuite pour proposer son idée. Alyona lui avait parlé d'un exercice pour le moins intriguant et stimulant : se substituer au lancer d'un sortilège sur le plan de la visualisation. Car si tout à chacun en était capable, il n'était pas à la portée du premier venu de réussir à visualiser pour son camarade un sortilège réussi. Sans parler de le décrire. Et Narcisse, qui était du genre à se trahir face à la précision de ses mots, ne pouvait que voir les bénéfices d'un tel exercice.
Mais il n'oubliait pas qu'il ne pouvait en aucun cas être celui qui tiendrait la baguette, aujourd'hui. Cette dernière était soigneusement rangée, bien cachée dans sa chambre, hors d'atteinte des manipulations accidentelles. Il pourrait donc pleinement se concentrer sur son amie, et un grand sourire revint sur son visage avant qu'il ne se mette en position, ramenant ses genoux sous lui en posant ses mains sur ces derniers. En partant du postulat qu'elle accepterait, il continua, avec son regard frétillant et scintillant.
"Ok ! Alors... T'aime bien Orchideus ? J'imagine entre nous deux, plein de supers belles fleurs ! De toutes les couleurs, avec des bleues, des rouges, des roses, des jaunes, et euh, leur tige est verte, logique, et y'en a qui ont des pistils jaunes, d'autres rouges !"
Pas le sortilège le plus évident pour Narcisse, qui n'avait que peu d'affinités avec la magie naturelle. Déjà que l'exercice était particulièrement complexe, sa description laissait particulièrement à désirer... Voyons ce qu'Alyona saurait en faire.
Pendant ce temps, Claire se délectait de la vision de la jeune Farrow. Véritable cas d'école en terme de syndrome de l'imposteur, doublé d'un intense sentiment d'altruisme, effaçant l'individualité au profit d'autrui... Elle aurait pu en baver, tant elle voulait la cuisiner lentement, l'installer sur son canapé et la questionner. Qu'elle et Narcisse soient devenus amis n'avait rien d'hasardeux, les deux âmes se ressemblaient toute particulièrement. Si l'adolescent avait dû trouver en elle l'image d'une grande sœur de cœur, et bien, Alyona avait dû y voir celui d'un petit frère. Ses lunettes de soleil abaissées sur son nez pour les observer, elle croisa finalement le regard d'Oscar, qui lui lançait un sourire entendu et moqueur.
"Quoi ? Demanda-t-elle en chuchotant.
— J'espère que tu lui feras un prix d'amie pour la consultation...
— Pour un esprit comme celui-ci, je pourrais même raquer !"
Les deux murmurants en ricanant tels des enfants, c'est cet instant qu'Honor choisit pour revenir de son entraînement.
Sa serviette autour de la nuque entourait le haut de son débardeur kaki, cette dernière épongeant les filets de sueur ruisselant jusqu'à son ventre. Vêtue de son treillis militaire, elle avait cependant une large zone du haut de son corps exposé. Les muscles congestionnés de ses bras soulignaient leur puissance hors-norme, et ceux de sa ceinture abdominale rappelaient l'inviolabilité de ses fondations.
Claire et Oscar auraient pu passer pour deux voyeurs, à écarquiller les yeux de cette manière, presque en bavant face à cette vision paradisiaque. L'homme ressenti une fierté renouvelée à savoir qu'une femme telle qu'Honor était mariée à lui, et que plus que jamais, il la voyait comme la plus belle existante. La blonde se surpris à rougir comme une pivoine, sentant son cœur s'emballer puissamment et son bas-ventre picoter. Les deux étaient passionnés à tel point qu'aucun des deux ne pensa à taquiner l'autre.
Mais Honor n'avait d'yeux que pour Narcisse et Alyona, et tandis qu'elle revenait du gymnase derrière la maison, à quelques mètres du jardin, elle plissa les yeux. Ses oreilles affûtées avaient entendu les mots de son fils, et elle reconnu sans peine l'étape d'une visualisation de sortilège. Allaient-ils faire de la magie ici ? Impossible pour Narcisse, sa baguette étant en sécurité dans sa chambre. Alyona, dans ce cas ? Un terrible tambour sonna derrière son cœur, et elle s'approcha silencieusement.
"Honor, chérie !"
Fort heureusement, Oscar, toujours aussi vigilant, réussit enfin à se détacher de l'admiration des muscles de sa femme, pour anticiper l'incident potentiel. En quelques regards, il transmit à Claire le message, qui bondit pour intercepter Honor, et entourer son cou de ses bras en l'embrassant tendrement. La blonde devait toujours se mettre haute sur la pointe de ses pieds pour atteindre les lèvres de son amante, ce qui ne manquait jamais d'amuser cette dernière.
Prise au dépourvu, l'ancienne militaire se tendit un bref instant, avant de finalement se détendre pour rendre l'étreinte à son amie. Immédiatement, sa tension s'envola, ne laissant place qu'à l'adoration des traits de la charmante blonde qui rougit de plus belle.
"Tu arrives pile à temps, Alyona et Narcisse sont en train de tester un nouvel exercice !
— Je ne suis pas certaine de vouloir y assister.
— Oh, alleeeez, Honor ! Tu veux pas voir ça ?"
Un silence hésitant. Elle jeta un regard en direction du petit groupe, pour assister à la vision d'un Oscar qui lui fit un clin d’œil encourageant, savourant son immonde jus de tomate. La pointe d'angoisse qui perça la peau d'Honor fut effrayante et la terrorisa, une brève seconde. L'idée de voir ne serait-ce qu'une étincelle jaillir de la baguette de la jeune femme lui arracha des sueurs plus vives que celles dues à son entraînement.
Mais la voix de Claire souffla soudainement à son oreille, cette dernière s'étant à nouveau dressée sur ses pointes.
"J'ai besoin qu'on me mette de la crème solaire dans le dos...
— Tu n'as pas... depuis tout à l'heure, tu n'as pas mis ta crème ? S'insurgea Honor, rougissant davantage qu'elle ne l'aurait voulu.
— C'est de ta faute ! Je n'allais pas demander à Oscar."
Honor leva les yeux en réalisant qu'elle venait de tomber droit dans le piège de son amante. Et Oscar qui se moquait déjà en gloussant comme un adolescent... Claire prit la main d'Honor pour la ramener à côté de leurs transats, avant de s'allonger sur le ventre. D'un geste vif, elle défit l'attache de son haut pour exposer son dos.
"Allez, plus vite que ça !"
Oscar manqua de s'étouffer dans son verre en retenant son éclat de rire. Honor semblait avoir cuite la première sous le soleil. Elle déposa sa serviette sur l'herbe, pour déposer un baiser sur les lèvres d'Oscar, avant de s'exécuter. Incapable de ne pas apprécier la situation malgré l'orgueilleuse satisfaction de son amante, elle continua néanmoins à surveiller Narcisse et Alyona du coin de l’œil...
Une magique mentoresse
Mon jeune ami préfère continuer à s'exercer, et cela ne m'étonne pas tellement de lui ; il n'a que le progrès pour ligne de mire, et la fièvre qui l'habite à la mention du mot « magie » n'est pas de celles qui s'éteignent facilement : dévorante jusqu'au danger, elle l'anime avec une force peu commune. Un sourire se dessine ainsi sur mes lèvres, ravi et enthousiaste. Si au départ j'étais assez incertaine quant à choisir si une pause devait être faite ou si nous pouvions poursuivre notre entraînement, désormais la perspective de se lancer dans cet exercice de visualisation me plaît bien. Curieuse, je ne demande qu'à voir ce que cela donnera, prête à pousser Narcisse sur les chemins de l'imagination pour l'encourager à améliorer ses lancers.
Souriante, je hoche la tête et me saisis de ma baguette, prête à sentir la magie fourmiller de ma paume au bout de mes doigts.
« Orchideus ? C'est parfait ! » l'encouragé-je.
C'est un sort qui m'est familier et avec lequel je suis à l'aise. Ce serait mentir que de dire que je ne suis pas coutumière des fleurs et de leur apparence, et connaisseuse de leur constitution. Mes études de botanique m'assurent un certain savoir sur ce sujet. Mais le Poufsouffle est-il aussi habitué ? J'ai comme un doute... que ses propos confirment. Des belles fleurs de toutes les couleurs avec des tiges vertes ! Il y a de quoi s'amuser. Quelles fleurs ? Quelles espèces ? Ou même : quelle taille ? Combien de pétales ? Comment sont-elles réparties entre nous ? À quoi ressemblent leurs feuilles ? Et leurs odeurs, leur texture, leur allure ? Sont-elles en forme, en bourgeon ou malades ? Les détails manquent et laissent place à ma propre imagination. J'ai bien envie de faire apparaître des végétaux qui surprendraient Narcisse, pour sourire de sa réaction. Que dirait-il si les fleurs étaient des chardons ou des tournesols ? Si elles lui tombaient dessus comme des plantes grimpantes sans soutien ? Je crois que cela pourrait l'amuser.
Mais mon regard est attiré vers l'arrière, par Honor qui s'approche avec un air sauvage, puis par Claire et Oscar, par le trio qu'ils forment et qui me trouble. La mère de mon ami est une femme à l'allure redoutable, qui impressionne et, sans un mot, attire à elle les regards. Elle dégage une force peu comparable, captivante et glaçante. Si elle avait été sorcière... Merlin ! Elle aurait pu faire frissonner les élèves de Durmstrang. Et pourtant, quand elle est entourée par la marraine et le père de Narcisse, il se passe quelque chose... Je ne saurais pas l'expliquer. Les relations qu'ils entretiennent me travaillent depuis mon arrivée chez eux, quand il m'a fallu me rendre à l'évidence et constater que Claire et Honor n'étaient pas juste des amies très proches, et que, par-dessus tout, cela ne paraissait gêner nullement Mr. Brando. Même maintenant, je ne suis pas sûre de comprendre ce qui les unit. Mes réflexions secouent l'idée dans tous les sens, mais elle paraît toujours aussi fantasque. Forment-ils un couple... à trois ? Un ménage qui ne se cache pas et qui s'aime. Combien de fois les ai-je vus s'embrasser ? Se prendre dans les bras ? Devant moi ! À l'aise, bien plus que je ne le suis. Car à chaque fois, oui, à chaque fois j'ai beau tout tenter, je sais que mes yeux sont grands ouverts et curieusement troublés. Je détourne le regard, je baisse la tête, je les fuis mais rien n'y fait : je ne m'habitue pas à leurs pratiques.
Je crois que je n'ai jamais vu mes parents se comporter ainsi l'un envers l'autre. Ils s'embrassent mais plus comme une salutation, sans geste tendre ; leur amour s'épanouit dans leurs conversations. Et que penseraient-ils d'un trio comme celui-ci ? De deux femmes ? D'un couple et d'une femme ? D'un ménage à trois ? Mes joues se colorent, mes pensées insistantes me dérangent et me mettent mal à l'aise, mais je ne parviens pas à m'en débarrasser.
Ils sont libres, et peut-être qu'il y a une forme d'envie que je n'avouerai jamais dans mes yeux. Ils sont heureux ensemble, et ils ont le droit de s'aimer de cette manière, et ils en profitent, et cela ne gêne personne.
Et moi, dans quelques semaines, le nom de ma famille sera dans le registre, m'engageant à me marier avec un Sang-Pur et à avoir deux enfants. Parce que c'est mon devoir. Ce sera peut-être un mariage arrangé, ce sera peut-être un mariage triste, et ce sera peut-être pour les prochaines années. Car il le faut bien. Toutes les autres histoires n'auront jamais lieu ; les possibilités sont bouchées comme des chemins qu'on condamne ; il n'y a qu'une voie. Je ne pourrai jamais être avec un sorcier dont le sang n'est pas tout à fait pur, ou même avec une sorcière, ou un moldu. Ce sont des avenirs que je vais enterrer, plonger dans l'obscurité et oublier : je n'y ai pas droit et ils ne sont pas pour moi. Et si un jour ils commençaient à se dessiner, si la possibilité devenait probabilité, et si avec elle naissaient des sentiments... Je devrais tout simplement y renoncer, quoi qu'il m'en coûte.
Et Merlin, comme cela me fait mal ! Comme cela me fait peur ! Je flanche sur place, mon visage devient pâle, mes bras s'affaiblissent, tout sourire envolé. La discussion avec Ivanovnarp, celle avec mon grand-oncle, et même le rapide baiser volé de Kaliskarp m'écrasent de leur souvenir. C'est mon devoir, et je serai forte, je l'accepte, mais il m'arrive parfois de détester tous les sorciers sang-pur de mon âge, de les détester sans les connaître et d'être prise d'une furieuse envie de pleurer ou de crier, ou les deux à la fois. Mais pas ici, pas maintenant, pas chez Narcisse. Je n'ai pas le droit de céder.
Je baisse la tête, cachant la douleur coincée dans mes pupilles. Traversée de grandes inspirations pour reprendre possession de mon navire dans la tempête qui me secoue, j'essaye d'oublier l'image d'Honor, de Claire, et d'Oscar pour me concentrer sur le sort, de leur laisser leurs sourires sans qu'ils n'ouvrent en moi des plaies terribles.
Orchideus, les fleurs, Narcisse. Je tente de me recentrer en répétant ces trois mots dans mon crâne, et tant pis si cela prend du temps. Orchideus, les fleurs, et Narcisse. Narcisse qui m'attend, Narcisse qui compte sur moi.
« Orchideus », finis-je par prononcer, ma baguette dans la main.
Je me réfugie dans la magie, comme je le fais souvent, et elle me le rend bien. Des chardons, des jacinthes, des renoncules, des pâquerettes, des hibiscus rouges, et même un narcisse poussent entre le Poufsouffle et moi, déposant sur mon cœur les éclats colorés de leurs pétales. Certaines fleurs sont petites et prises dans la masse, d'autres sont bien plus volumineuses, et les renoncules paraissent mal en point. C'est une vision étonnante, dans ce petit bout de jardin.
Avant de lever la tête, je passe le dos de ma main sur mes yeux pour en arracher les quelques larmes qui y étaient montées afin que mon ami ne les voie pas. Je parviens ainsi à tourner vers lui un sourire apaisé et un regard presque amusé.
« Alors, demandé-je, c'est ce que tu imaginais ? »
1 - 2 - 3 : échec, ça ne va vraiment pas fort...
4 - 5 - 6 : réussite, Alyona est plus forte que ce qu'elle pense.
Souriante, je hoche la tête et me saisis de ma baguette, prête à sentir la magie fourmiller de ma paume au bout de mes doigts.
« Orchideus ? C'est parfait ! » l'encouragé-je.
C'est un sort qui m'est familier et avec lequel je suis à l'aise. Ce serait mentir que de dire que je ne suis pas coutumière des fleurs et de leur apparence, et connaisseuse de leur constitution. Mes études de botanique m'assurent un certain savoir sur ce sujet. Mais le Poufsouffle est-il aussi habitué ? J'ai comme un doute... que ses propos confirment. Des belles fleurs de toutes les couleurs avec des tiges vertes ! Il y a de quoi s'amuser. Quelles fleurs ? Quelles espèces ? Ou même : quelle taille ? Combien de pétales ? Comment sont-elles réparties entre nous ? À quoi ressemblent leurs feuilles ? Et leurs odeurs, leur texture, leur allure ? Sont-elles en forme, en bourgeon ou malades ? Les détails manquent et laissent place à ma propre imagination. J'ai bien envie de faire apparaître des végétaux qui surprendraient Narcisse, pour sourire de sa réaction. Que dirait-il si les fleurs étaient des chardons ou des tournesols ? Si elles lui tombaient dessus comme des plantes grimpantes sans soutien ? Je crois que cela pourrait l'amuser.
Mais mon regard est attiré vers l'arrière, par Honor qui s'approche avec un air sauvage, puis par Claire et Oscar, par le trio qu'ils forment et qui me trouble. La mère de mon ami est une femme à l'allure redoutable, qui impressionne et, sans un mot, attire à elle les regards. Elle dégage une force peu comparable, captivante et glaçante. Si elle avait été sorcière... Merlin ! Elle aurait pu faire frissonner les élèves de Durmstrang. Et pourtant, quand elle est entourée par la marraine et le père de Narcisse, il se passe quelque chose... Je ne saurais pas l'expliquer. Les relations qu'ils entretiennent me travaillent depuis mon arrivée chez eux, quand il m'a fallu me rendre à l'évidence et constater que Claire et Honor n'étaient pas juste des amies très proches, et que, par-dessus tout, cela ne paraissait gêner nullement Mr. Brando. Même maintenant, je ne suis pas sûre de comprendre ce qui les unit. Mes réflexions secouent l'idée dans tous les sens, mais elle paraît toujours aussi fantasque. Forment-ils un couple... à trois ? Un ménage qui ne se cache pas et qui s'aime. Combien de fois les ai-je vus s'embrasser ? Se prendre dans les bras ? Devant moi ! À l'aise, bien plus que je ne le suis. Car à chaque fois, oui, à chaque fois j'ai beau tout tenter, je sais que mes yeux sont grands ouverts et curieusement troublés. Je détourne le regard, je baisse la tête, je les fuis mais rien n'y fait : je ne m'habitue pas à leurs pratiques.
Je crois que je n'ai jamais vu mes parents se comporter ainsi l'un envers l'autre. Ils s'embrassent mais plus comme une salutation, sans geste tendre ; leur amour s'épanouit dans leurs conversations. Et que penseraient-ils d'un trio comme celui-ci ? De deux femmes ? D'un couple et d'une femme ? D'un ménage à trois ? Mes joues se colorent, mes pensées insistantes me dérangent et me mettent mal à l'aise, mais je ne parviens pas à m'en débarrasser.
Ils sont libres, et peut-être qu'il y a une forme d'envie que je n'avouerai jamais dans mes yeux. Ils sont heureux ensemble, et ils ont le droit de s'aimer de cette manière, et ils en profitent, et cela ne gêne personne.
Et moi, dans quelques semaines, le nom de ma famille sera dans le registre, m'engageant à me marier avec un Sang-Pur et à avoir deux enfants. Parce que c'est mon devoir. Ce sera peut-être un mariage arrangé, ce sera peut-être un mariage triste, et ce sera peut-être pour les prochaines années. Car il le faut bien. Toutes les autres histoires n'auront jamais lieu ; les possibilités sont bouchées comme des chemins qu'on condamne ; il n'y a qu'une voie. Je ne pourrai jamais être avec un sorcier dont le sang n'est pas tout à fait pur, ou même avec une sorcière, ou un moldu. Ce sont des avenirs que je vais enterrer, plonger dans l'obscurité et oublier : je n'y ai pas droit et ils ne sont pas pour moi. Et si un jour ils commençaient à se dessiner, si la possibilité devenait probabilité, et si avec elle naissaient des sentiments... Je devrais tout simplement y renoncer, quoi qu'il m'en coûte.
Et Merlin, comme cela me fait mal ! Comme cela me fait peur ! Je flanche sur place, mon visage devient pâle, mes bras s'affaiblissent, tout sourire envolé. La discussion avec Ivanovnarp, celle avec mon grand-oncle, et même le rapide baiser volé de Kaliskarp m'écrasent de leur souvenir. C'est mon devoir, et je serai forte, je l'accepte, mais il m'arrive parfois de détester tous les sorciers sang-pur de mon âge, de les détester sans les connaître et d'être prise d'une furieuse envie de pleurer ou de crier, ou les deux à la fois. Mais pas ici, pas maintenant, pas chez Narcisse. Je n'ai pas le droit de céder.
Je baisse la tête, cachant la douleur coincée dans mes pupilles. Traversée de grandes inspirations pour reprendre possession de mon navire dans la tempête qui me secoue, j'essaye d'oublier l'image d'Honor, de Claire, et d'Oscar pour me concentrer sur le sort, de leur laisser leurs sourires sans qu'ils n'ouvrent en moi des plaies terribles.
Orchideus, les fleurs, Narcisse. Je tente de me recentrer en répétant ces trois mots dans mon crâne, et tant pis si cela prend du temps. Orchideus, les fleurs, et Narcisse. Narcisse qui m'attend, Narcisse qui compte sur moi.
« Orchideus », finis-je par prononcer, ma baguette dans la main.
Je me réfugie dans la magie, comme je le fais souvent, et elle me le rend bien. Des chardons, des jacinthes, des renoncules, des pâquerettes, des hibiscus rouges, et même un narcisse poussent entre le Poufsouffle et moi, déposant sur mon cœur les éclats colorés de leurs pétales. Certaines fleurs sont petites et prises dans la masse, d'autres sont bien plus volumineuses, et les renoncules paraissent mal en point. C'est une vision étonnante, dans ce petit bout de jardin.
Avant de lever la tête, je passe le dos de ma main sur mes yeux pour en arracher les quelques larmes qui y étaient montées afin que mon ami ne les voie pas. Je parviens ainsi à tourner vers lui un sourire apaisé et un regard presque amusé.
« Alors, demandé-je, c'est ce que tu imaginais ? »
1 - 2 - 3 : échec, ça ne va vraiment pas fort...
4 - 5 - 6 : réussite, Alyona est plus forte que ce qu'elle pense.
#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht
Une magique mentoresse
Oscar Brando était loin d'être aussi observateur que sa femme adorée, et n'avait pas autant d'expérience que son amie Claire dans la psychée humaine.
Pour autant, il n'en était pas moins extraordinairement empathique, ce qui compensait le manque des deux qualités évoquées plus haut. L'homme disposait du rare talent de l'écoute, de la réelle préoccupation de l'état de son prochain, et de l'indicible volonté d'aider ceux et celles qui l'entouraient. Narcisse avait hérité de cet amour des autres, et bien qu'il soit plus maladroit que son père à son âge, Oscar n'en était pas moins fier.
Fier de voir que malgré l'obsession de son enfant pour sa force, et son inquiétude d'échouer, il n'en demeurait pas moins l'enfant le plus gentil qu'il ait connu. De voir que peu importe la situation, il restait fidèle à ses convictions et prenait toujours le chemin qu'il jugeait droit, sans qu'il en soit rendu plus facile. Voilà l'origine de son sourire démultiplié. Seul Narcisse pouvait le faire sourire encore plus largement que le plaisir simple d'embrasser sa femme.
Oscar, donc, connaissait les êtres humains, et les aimait de tout son cœur. Il voyait les petites choses, et savait en tirer les conséquences. Lorsqu'il aspira sa paille pour boire une nouvelle gorgée, il ne lui avait pas échappé tout l'émoi dans lequel la jeune Farrow semblait se trouver. Plus elle regardait les trois adultes, plus ses convictions fragiles semblaient s'étioler. Comme si ces convictions ne demandaient qu'une simple excuse pour totalement s'effondrer. Les tracas qui accablaient ses épaules telles les perles d'une pluie battante ruisselaient jusqu'au plus profond d'elle. Là où Honor aurait été méfiante et Claire curieuse, Oscar n'en ressentit qu'une peine immense.
La pauvre enfant semblait bien égarée, perdue au milieu des troubles qui lui rongeaient l'âme.
Voilà la première pensée qui occupait son esprit silencieux en observant les deux amis posés non loin.
La deuxième était sa fascination et son impatience illimitée à l'idée de pouvoir assister à une véritable démonstration magique. Il n'avait jamais que pu assister aux rediffusions et aux vidéos sur internet de la guerre de l'époque, et un regard échangé avec Honor suffit à la rassurer sur ce point. Voyons, chérie, penses-tu réellement qu'Alyona soit du genre à enflammer tout ce qui est autour d'elle ? Elle qui semble tant se débattre pour s'extraire de son propre brasier ?
Honor non plus ne loupe pas une miette du spectacle, désireuse de juger la menace. Mais Claire, elle... s'abandonne totalement au massage de son amante, ne lâchant que quelques gémissements de soulagement çà et là. Elle aurait pu baver sur son transat, Oscar sourit, amusé.
Enfin, la magie opéra. Il se redressa, le visage rougeoyant. Son fils explosa de joie et d'émerveillement à son tour.
"WAAAAAAAH C'EST TROP JOLI !! Purée t'est trop forte Alyo, c'est dingue ! C'est... c'est tellement mieux que ce que j'imaginais !"
L'adolescent s'était désormais abaissé au niveau du sol, la poitrine plaquée contre l'herbe, le nez dans les fleurs. Ses yeux virevoltaient au rythme de ses éclats de rire, ses joues rouges sous l'émotion. Il repéra une ravissante pâquerette, et demanda à Alyona s'il pouvait en cueillir une.
Je pars du principe qu'elle dit oui.
"Oh, merci ! Maman !! REGARDE !! T'as vu c'que la magie peut faire ! C'est trop beau ! Tiens, elle est pour toi, héhé !"
Honor observa un instant de silence, contemplant la fleur, méfiante, avant de regarder son fils. Et enfin, enfin, une ombre de sourire flotta sur ses lèvres, lorsqu'elle accepta. Elle regarda également brièvement Alyona.
"Merci, Narcisse.
— Je t'aime maman !
— Je t'aime aussi, mon chéri.
— Chérie, j'suis jalouse, moi, j'ai jamais de fleurs.
— Tu les laisses toutes mourir, à quoi bon ?
— Han ! Mufle !"
Narcisse éclata de rire face à la fausse embrouille des deux femmes, rapidement accompagné par Claire, qui se redressa en cachant sa poitrine pour mettre la fleur dans les cheveux de son amante.
Oscar en avait profité pour se lever et s'approcher d'Alyona. Debout, une main dans la poche de son bermuda kaki, son chapeau ridicule couvrant sa tête, et sa paille dans la bouche, il la regardait doucement derrière ses lunettes.
"C'est prodigieux. Je suis enchanté que la première magie à laquelle j'assiste soit la tienne, Alyona."
Une nouvelle gorgée. L'homme posait sur la jeune femme le regard le plus bienveillant concevable par l'humain. Il savait que les mots étaient impuissants, face à quelqu'un qui ne demande pas d'aide. L'aide est présomptueuse, mais la présence et l'écoute étaient là, si elle le souhaitait. Voilà tout ce qu'il essayait de transmettre, par ce simple regard, avant d'être interrompu par le petit démon Narcisse, qui bondit sur son père.
"PAPA ! T'as vu, t'as vu ?! C'est trop beau !
— Oui, mon grand, c'est incroyable, quel est ce sortilège ?"
La question s'adressait à Alyona, Oscar souhaitait beaucoup l'incorporer à la conversation. Sa curiosité était réelle, il n'avait pas à faire beaucoup d'efforts pour laisser savoir à la jeune adulte son intérêt.
Honor en avait terminé avec son amante, et après l'avoir embrassé une nouvelle fois, elle se retrouva aux côtés d'Oscar. Elle amenait quatre chaises de jardin, une pour Oscar, une pour elle, et une pour Alyona, qu'elle déposa non loin d'elle. La quatrième fut récupérée par Narcisse, qui l'installa à côté de son amie. Honor s'assit à côté de son mari en s'appuyant tendrement sur son épaule, son visage était neutre, mais ses oreilles ouvertes. L'homme l'enlaça de son bras, dans un geste mille fois répété, qui sembla comme les fusionner, aussi naturellement qu'une pièce de puzzle s'emboîte dans une autre.
Claire, en revanche, était allée s'asseoir à la table de jardin, à un petit mètre à côté d'eux, après avoir rattaché le haut de son maillot de bain. Le bruit caractéristique d'une canette de bière que l'on ouvre retentissant avant que Narcisse ne se lève brusquement, pour s'approcher d'elle en la pointant du doigt.
"Eh, on voit ton téton.
— Merde, merci Narc. Tiens, t'en veux une ?
— Mais, j'suis mineur !
— Tu crois que j'faisais quoi, à ton âge ? Alyo, et toi ? Tu veux une bière ?"
Tout en remettant son sein correctement dans son haut, Claire éclata de rire après sa taquinerie, commençant à siroter sa bière fraîche, en tendant une à Alyona de son autre main. Narcisse rougissait, mais riait aussi, en prétendant taper sa marraine, qui prétendit à son tour souffrir d'innommables souffrances.
Pour autant, il n'en était pas moins extraordinairement empathique, ce qui compensait le manque des deux qualités évoquées plus haut. L'homme disposait du rare talent de l'écoute, de la réelle préoccupation de l'état de son prochain, et de l'indicible volonté d'aider ceux et celles qui l'entouraient. Narcisse avait hérité de cet amour des autres, et bien qu'il soit plus maladroit que son père à son âge, Oscar n'en était pas moins fier.
Fier de voir que malgré l'obsession de son enfant pour sa force, et son inquiétude d'échouer, il n'en demeurait pas moins l'enfant le plus gentil qu'il ait connu. De voir que peu importe la situation, il restait fidèle à ses convictions et prenait toujours le chemin qu'il jugeait droit, sans qu'il en soit rendu plus facile. Voilà l'origine de son sourire démultiplié. Seul Narcisse pouvait le faire sourire encore plus largement que le plaisir simple d'embrasser sa femme.
Oscar, donc, connaissait les êtres humains, et les aimait de tout son cœur. Il voyait les petites choses, et savait en tirer les conséquences. Lorsqu'il aspira sa paille pour boire une nouvelle gorgée, il ne lui avait pas échappé tout l'émoi dans lequel la jeune Farrow semblait se trouver. Plus elle regardait les trois adultes, plus ses convictions fragiles semblaient s'étioler. Comme si ces convictions ne demandaient qu'une simple excuse pour totalement s'effondrer. Les tracas qui accablaient ses épaules telles les perles d'une pluie battante ruisselaient jusqu'au plus profond d'elle. Là où Honor aurait été méfiante et Claire curieuse, Oscar n'en ressentit qu'une peine immense.
La pauvre enfant semblait bien égarée, perdue au milieu des troubles qui lui rongeaient l'âme.
Voilà la première pensée qui occupait son esprit silencieux en observant les deux amis posés non loin.
La deuxième était sa fascination et son impatience illimitée à l'idée de pouvoir assister à une véritable démonstration magique. Il n'avait jamais que pu assister aux rediffusions et aux vidéos sur internet de la guerre de l'époque, et un regard échangé avec Honor suffit à la rassurer sur ce point. Voyons, chérie, penses-tu réellement qu'Alyona soit du genre à enflammer tout ce qui est autour d'elle ? Elle qui semble tant se débattre pour s'extraire de son propre brasier ?
Honor non plus ne loupe pas une miette du spectacle, désireuse de juger la menace. Mais Claire, elle... s'abandonne totalement au massage de son amante, ne lâchant que quelques gémissements de soulagement çà et là. Elle aurait pu baver sur son transat, Oscar sourit, amusé.
Enfin, la magie opéra. Il se redressa, le visage rougeoyant. Son fils explosa de joie et d'émerveillement à son tour.
"WAAAAAAAH C'EST TROP JOLI !! Purée t'est trop forte Alyo, c'est dingue ! C'est... c'est tellement mieux que ce que j'imaginais !"
L'adolescent s'était désormais abaissé au niveau du sol, la poitrine plaquée contre l'herbe, le nez dans les fleurs. Ses yeux virevoltaient au rythme de ses éclats de rire, ses joues rouges sous l'émotion. Il repéra une ravissante pâquerette, et demanda à Alyona s'il pouvait en cueillir une.
Je pars du principe qu'elle dit oui.
"Oh, merci ! Maman !! REGARDE !! T'as vu c'que la magie peut faire ! C'est trop beau ! Tiens, elle est pour toi, héhé !"
Honor observa un instant de silence, contemplant la fleur, méfiante, avant de regarder son fils. Et enfin, enfin, une ombre de sourire flotta sur ses lèvres, lorsqu'elle accepta. Elle regarda également brièvement Alyona.
"Merci, Narcisse.
— Je t'aime maman !
— Je t'aime aussi, mon chéri.
— Chérie, j'suis jalouse, moi, j'ai jamais de fleurs.
— Tu les laisses toutes mourir, à quoi bon ?
— Han ! Mufle !"
Narcisse éclata de rire face à la fausse embrouille des deux femmes, rapidement accompagné par Claire, qui se redressa en cachant sa poitrine pour mettre la fleur dans les cheveux de son amante.
Oscar en avait profité pour se lever et s'approcher d'Alyona. Debout, une main dans la poche de son bermuda kaki, son chapeau ridicule couvrant sa tête, et sa paille dans la bouche, il la regardait doucement derrière ses lunettes.
"C'est prodigieux. Je suis enchanté que la première magie à laquelle j'assiste soit la tienne, Alyona."
Une nouvelle gorgée. L'homme posait sur la jeune femme le regard le plus bienveillant concevable par l'humain. Il savait que les mots étaient impuissants, face à quelqu'un qui ne demande pas d'aide. L'aide est présomptueuse, mais la présence et l'écoute étaient là, si elle le souhaitait. Voilà tout ce qu'il essayait de transmettre, par ce simple regard, avant d'être interrompu par le petit démon Narcisse, qui bondit sur son père.
"PAPA ! T'as vu, t'as vu ?! C'est trop beau !
— Oui, mon grand, c'est incroyable, quel est ce sortilège ?"
La question s'adressait à Alyona, Oscar souhaitait beaucoup l'incorporer à la conversation. Sa curiosité était réelle, il n'avait pas à faire beaucoup d'efforts pour laisser savoir à la jeune adulte son intérêt.
Honor en avait terminé avec son amante, et après l'avoir embrassé une nouvelle fois, elle se retrouva aux côtés d'Oscar. Elle amenait quatre chaises de jardin, une pour Oscar, une pour elle, et une pour Alyona, qu'elle déposa non loin d'elle. La quatrième fut récupérée par Narcisse, qui l'installa à côté de son amie. Honor s'assit à côté de son mari en s'appuyant tendrement sur son épaule, son visage était neutre, mais ses oreilles ouvertes. L'homme l'enlaça de son bras, dans un geste mille fois répété, qui sembla comme les fusionner, aussi naturellement qu'une pièce de puzzle s'emboîte dans une autre.
Claire, en revanche, était allée s'asseoir à la table de jardin, à un petit mètre à côté d'eux, après avoir rattaché le haut de son maillot de bain. Le bruit caractéristique d'une canette de bière que l'on ouvre retentissant avant que Narcisse ne se lève brusquement, pour s'approcher d'elle en la pointant du doigt.
"Eh, on voit ton téton.
— Merde, merci Narc. Tiens, t'en veux une ?
— Mais, j'suis mineur !
— Tu crois que j'faisais quoi, à ton âge ? Alyo, et toi ? Tu veux une bière ?"
Tout en remettant son sein correctement dans son haut, Claire éclata de rire après sa taquinerie, commençant à siroter sa bière fraîche, en tendant une à Alyona de son autre main. Narcisse rougissait, mais riait aussi, en prétendant taper sa marraine, qui prétendit à son tour souffrir d'innommables souffrances.
Une magique mentoresse
Je suis la terre stationnaire, solide et travaillée, toute entière tributaire des saisons, immobile dans la boule à neige et cependant secouée. Je me fais sage et silencieuse, souple face au vent je ne résiste pas, soumise aux devoirs j'obéis. Non, je ne dirai rien, ne laisserai rien paraître, même dévastée je resterai docile, le visage moulé dans un masque parfait, vous n'aurez rien à craindre. Je ne me rebellerai pas ; je ne ferai pas le mal ; je n'irai pas contre les volontés. Si vous appuyez un peu sur ma joue elle gardera la forme de vos doigts. Silencieuse à souhait, comme toujours, pour toujours, car avant moi il en a eu d'autres, et après moi je continuerai à les entraîner dans ma suite, dans ma chute, sans ouvrir la bouche, sans articuler un mot ; chut. Le nuage passe et... et figée je le laisse passer jusqu'à ce que le soleil le remplace. Presque indifférente. C'est ma façon à moi de me protéger, le cœur en peine et le sourire persistant.
Mais avec Narcisse il n'y a pas besoin de faire d'efforts et de réajuster un masque sur mon visage : mon sourire s'étire, mon cœur se soigne et ma peau absorbe les chocs. « Trop joli » ? Cela vaut ces mots-là ? Je parviens ainsi à donner naissance à des compositions qui ravissent ? Mais « trop forte », n'est-ce pas exagéré ? Narcisse n'est pas connu pour son sens du réalisme. Mais pour sa sincérité, si ; et c'est elle qui me fait si plaisir tandis que je me penche sur mes fleurs, y cherchant des améliorations, en appréciant la diversité, me dissimulant derrière tiges et pétales pour oublier les pensées lourdes laissées dans la terre afin que ces végétaux poussent.
La comparaison avec ce que le sorcier imaginait m'amuse, parce que la raison même de notre exercice, ce qui mériterait qu'on s'y attarde, est tout à fait éclipsée par les plantes. Ce n'est pas ce que j'imaginais, moi non plus ! Mais je ne peux pas lui en vouloir : elles me plaisent aussi ces fleurs, je craignais de ne pas parvenir à les produire, d'être réduite aux tentatives infructueuses avant de glisser vers l'échec ; la réussite a de quoi leur donner un poids certain à mes yeux.
« Vas-y », autorisé-je Narcisse. Découvrir mon ami aussi réjoui vaut bien quelques sacrifices. Le nez dans les fleurs ! Émerveillé. À travers son regard, je me laisse à mon tour éblouir. Cette magie-là n'est pas vraiment de mon dû ; c'est celle d'un monde aux couleurs flamboyantes dont il m'arrive d'oublier les richesses.
Je me lève à mon tour, souriant devant la scène qu'offrent Narcisse et sa famille. Ont-ils déjà vu un tel sort avant ce jour ? Qu'en pensent-ils ? Comprennent-ils davantage leur fils en découvrant la beauté de la magie et les possibilités infinies qu'elle offre ? Parviennent-ils à trouver l'extraordinaire devant le dangereux ? Seront-ils inquiets et méfiants quand ils me verront faire disparaître les fleurs, et qu'ils comprendront le mirage devant lesquels on les a mis ? C'est ma magie, mon œuvre, mais Merlin ! vous n'en avez rien à craindre.
Résolue à rester à l'arrière le temps d'un instant, je suis cependant rejointe par Oscar, dont la présence se révèle apaisante et bienveillante. Il y a dans son regard quelque chose... Quelque chose qui me fait me sentir écoutée, qui dit que je suis plus qu'une sorcière grise et au sang pur parmi une famille lumineuse et constellée de nuances ; il n'y a pas que des séparations, que peut-être je me construis.
« Merci, mais oh, ce n'est pas grand chose », avancé-je avec humilité, suivant un Narcisse bondissant du regard. « Un jour vous verrez sûrement Narcisse user de magie, et vous verrez ce sera bien plus impressionnant. »
Couper un tronc d'un mot, sans aucun autre effort qu'un mouvement de la main, une formule, et une visualisation précise, pouvez-vous l'imaginer ? Lancer un objet à toute vitesse à travers une pièce en un clin d'œil, sans secouer le bras ? Et plonger quelqu'un dans le coma sans le toucher, croyez-vous cela possible ?
Ma magie de botaniste est paisible. Devant des moldus, je n'oserai rien de plus extravagant.
« C'est le sortilège d'apparition florale. Comme vous le voyez, on peut grâce à lui faire apparaître des fleurs de n'importe quel type, du moment qu'on les connaît, de l'extérieur mais aussi un minimum de l'intérieur. »
Est-ce que cela le fascine ou cela l'inquiète ? Que penser d'une force qu'on ne peut pas maîtriser ? Si j'étais cracmolle... Non, si j'étais moldue — aussi folle que cette pensée puisse paraître —, je pense que je n'oserai pas y toucher. Je serai peut-être alors aussi méfiante qu'Honor. Qui l'eût cru ?
Je range ma baguette dans son étui et la dissimule dans ma robe, laissant les fleurs là où elles ont pris racine. Je les retirerai plus tard.
Je remercie poliment Honor pour la chaise apportée avant de prendre place, combattant de l'intérieur ma réserve. Je suis ici invitée mais accueillie comme si j'appartenais à la famille ; on m'écoute, on s'intéresse à moi, on me considère ; il n'y a aucune raison de se sentir hésitante ou troublée. Une grande inspiration et les membres se relâchent, les différences s'oublient, et je m'autorise un laisser-aller agréable. Mais, je— Quoi ? Qu'est-ce que... Qu'est-ce que Narcisse a dit ? Et pourquoi mon regard, ce sauvage, cet indocile, cet imprudent, pourquoi suit-il le regard de Narcisse pour réaliser avec un embarras immense que ce qu'il a dit est vrai et que... Par Merlin et Morgane réunis ! Mais pourquoi le Poufsouffle a-t-il annoncé cela à voix haute ? Mes joues deviennent rouges, je tourne la tête avec précipitation, juste avant de réaliser que ce mouvement attire forcément à lui l'attention ; et voilà que la gêne revient me heurter de plein fouet, qu'il faut de nouveau la contenir, respirer, oublier l'image, et éviter de penser à ma famille, à mes parents avec qui jamais cela n'aurait eu lieu, jamais cela n'aurait été permis, et baisser les yeux pour éviter de croiser des regards alors que l'on s'adresse à moi, ne sachant quoi penser ou comment réagir.
« Je veux bien, merci », articulé-je prudemment en me saisissant de la canette tendue.
C'est dans ces moments-là, je crois, que j'envie Narcisse d'avoir grandi dans une famille comme celle-ci, ou tout peut se dire, ou les mots ne sont pas contrôlés ou ne dissimulent pas des mensonges ; on lui a offert une liberté dont il ne mesurera jamais l'étendue.
Mais j'essaye de m'accommoder, de m'adapter, de franchir les murs d'une éducation d'une bienséance malheureuse qu'on a dressés autour de moi. J'ose faire quelques pas en-dehors.
J'essaye, maladroitement mais j'essaye.
C'est pourquoi je me retrouve à sourire, les yeux pétillant de malice, entre Narcisse et Claire, ouvrant tant bien que mal la canette pour en verser le contenu frais entre mes lèvres, bannissant toute la rigidité de mon éducation de bonne famille d'un geste téméraire et grisant.
Mais avec Narcisse il n'y a pas besoin de faire d'efforts et de réajuster un masque sur mon visage : mon sourire s'étire, mon cœur se soigne et ma peau absorbe les chocs. « Trop joli » ? Cela vaut ces mots-là ? Je parviens ainsi à donner naissance à des compositions qui ravissent ? Mais « trop forte », n'est-ce pas exagéré ? Narcisse n'est pas connu pour son sens du réalisme. Mais pour sa sincérité, si ; et c'est elle qui me fait si plaisir tandis que je me penche sur mes fleurs, y cherchant des améliorations, en appréciant la diversité, me dissimulant derrière tiges et pétales pour oublier les pensées lourdes laissées dans la terre afin que ces végétaux poussent.
La comparaison avec ce que le sorcier imaginait m'amuse, parce que la raison même de notre exercice, ce qui mériterait qu'on s'y attarde, est tout à fait éclipsée par les plantes. Ce n'est pas ce que j'imaginais, moi non plus ! Mais je ne peux pas lui en vouloir : elles me plaisent aussi ces fleurs, je craignais de ne pas parvenir à les produire, d'être réduite aux tentatives infructueuses avant de glisser vers l'échec ; la réussite a de quoi leur donner un poids certain à mes yeux.
« Vas-y », autorisé-je Narcisse. Découvrir mon ami aussi réjoui vaut bien quelques sacrifices. Le nez dans les fleurs ! Émerveillé. À travers son regard, je me laisse à mon tour éblouir. Cette magie-là n'est pas vraiment de mon dû ; c'est celle d'un monde aux couleurs flamboyantes dont il m'arrive d'oublier les richesses.
Je me lève à mon tour, souriant devant la scène qu'offrent Narcisse et sa famille. Ont-ils déjà vu un tel sort avant ce jour ? Qu'en pensent-ils ? Comprennent-ils davantage leur fils en découvrant la beauté de la magie et les possibilités infinies qu'elle offre ? Parviennent-ils à trouver l'extraordinaire devant le dangereux ? Seront-ils inquiets et méfiants quand ils me verront faire disparaître les fleurs, et qu'ils comprendront le mirage devant lesquels on les a mis ? C'est ma magie, mon œuvre, mais Merlin ! vous n'en avez rien à craindre.
Résolue à rester à l'arrière le temps d'un instant, je suis cependant rejointe par Oscar, dont la présence se révèle apaisante et bienveillante. Il y a dans son regard quelque chose... Quelque chose qui me fait me sentir écoutée, qui dit que je suis plus qu'une sorcière grise et au sang pur parmi une famille lumineuse et constellée de nuances ; il n'y a pas que des séparations, que peut-être je me construis.
« Merci, mais oh, ce n'est pas grand chose », avancé-je avec humilité, suivant un Narcisse bondissant du regard. « Un jour vous verrez sûrement Narcisse user de magie, et vous verrez ce sera bien plus impressionnant. »
Couper un tronc d'un mot, sans aucun autre effort qu'un mouvement de la main, une formule, et une visualisation précise, pouvez-vous l'imaginer ? Lancer un objet à toute vitesse à travers une pièce en un clin d'œil, sans secouer le bras ? Et plonger quelqu'un dans le coma sans le toucher, croyez-vous cela possible ?
Ma magie de botaniste est paisible. Devant des moldus, je n'oserai rien de plus extravagant.
« C'est le sortilège d'apparition florale. Comme vous le voyez, on peut grâce à lui faire apparaître des fleurs de n'importe quel type, du moment qu'on les connaît, de l'extérieur mais aussi un minimum de l'intérieur. »
Est-ce que cela le fascine ou cela l'inquiète ? Que penser d'une force qu'on ne peut pas maîtriser ? Si j'étais cracmolle... Non, si j'étais moldue — aussi folle que cette pensée puisse paraître —, je pense que je n'oserai pas y toucher. Je serai peut-être alors aussi méfiante qu'Honor. Qui l'eût cru ?
Je range ma baguette dans son étui et la dissimule dans ma robe, laissant les fleurs là où elles ont pris racine. Je les retirerai plus tard.
Je remercie poliment Honor pour la chaise apportée avant de prendre place, combattant de l'intérieur ma réserve. Je suis ici invitée mais accueillie comme si j'appartenais à la famille ; on m'écoute, on s'intéresse à moi, on me considère ; il n'y a aucune raison de se sentir hésitante ou troublée. Une grande inspiration et les membres se relâchent, les différences s'oublient, et je m'autorise un laisser-aller agréable. Mais, je— Quoi ? Qu'est-ce que... Qu'est-ce que Narcisse a dit ? Et pourquoi mon regard, ce sauvage, cet indocile, cet imprudent, pourquoi suit-il le regard de Narcisse pour réaliser avec un embarras immense que ce qu'il a dit est vrai et que... Par Merlin et Morgane réunis ! Mais pourquoi le Poufsouffle a-t-il annoncé cela à voix haute ? Mes joues deviennent rouges, je tourne la tête avec précipitation, juste avant de réaliser que ce mouvement attire forcément à lui l'attention ; et voilà que la gêne revient me heurter de plein fouet, qu'il faut de nouveau la contenir, respirer, oublier l'image, et éviter de penser à ma famille, à mes parents avec qui jamais cela n'aurait eu lieu, jamais cela n'aurait été permis, et baisser les yeux pour éviter de croiser des regards alors que l'on s'adresse à moi, ne sachant quoi penser ou comment réagir.
« Je veux bien, merci », articulé-je prudemment en me saisissant de la canette tendue.
C'est dans ces moments-là, je crois, que j'envie Narcisse d'avoir grandi dans une famille comme celle-ci, ou tout peut se dire, ou les mots ne sont pas contrôlés ou ne dissimulent pas des mensonges ; on lui a offert une liberté dont il ne mesurera jamais l'étendue.
Mais j'essaye de m'accommoder, de m'adapter, de franchir les murs d'une éducation d'une bienséance malheureuse qu'on a dressés autour de moi. J'ose faire quelques pas en-dehors.
J'essaye, maladroitement mais j'essaye.
C'est pourquoi je me retrouve à sourire, les yeux pétillant de malice, entre Narcisse et Claire, ouvrant tant bien que mal la canette pour en verser le contenu frais entre mes lèvres, bannissant toute la rigidité de mon éducation de bonne famille d'un geste téméraire et grisant.
#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht
Une magique mentoresse
Claire pouffa de rire face à la réaction d'Alyona suite à son interaction avec Narcisse.
"T'as pris un coup d'chaud, Alyo ?"
La taquina-t-elle, avant de rejoindre Narcisse, qui s'était mis en tête de déplacer la table. Etant donné que le plus gros du groupe semblait s'être concentré non pas autour de la table, mais à côté, il cherchait à la rapprocher du petit groupe. Claire posa sa bière dans l'herbe en arquant un sourcil plus que circonspect, accompagné d'un soupir de fausse exaspération.
"Tous ces muscles, et tu peux même la soulever tout seul ?
— Maiiis aide-moi, s'te plaît !"
En réalité, elle avait déjà commencé à l'aider, soulevant l'autre côté de la table, pour la reposer non loin du groupe, histoire que tout le monde puisse correctement s'installer et poser son verre ou sa canette. Narcisse put donc rapidement s'asseoir non loin d'Alyona, Honor et Oscar, en sirotant son verre, le regard grand ouvert, prêtant la plus attentive des oreilles à son amie.
Il arriva cependant trop tard pour avoir correctement tout entendu, et il ne put, par conséquent, qu'apporter une réaction des plus... approximativement justes, à ce qu'elle venait de dire.
"Z'avez vu, elle est trop forte Alyo ! Et pis, on dirait pas, mais elle gère aussi de ouf en duel ! Elle a fait une TORNADE, et j'ai volé dedans, FIOUUU ! Puis, après, elle m'a stoppé NET, héhé, trop fun !
— Tu as... volé, dans une tornade ?"
La voix d'Honor brisa enfin son silence. Son regard sévère se posa sur Alyona, tandis qu'elle commençait à la détailler un peu plus précisément. Elle ne perdit pas de vue sa baguette, repérant exactement son emplacement, se tenant prête au moindre geste suspect.
"Dans le même type de contexte que ceux durant lesquels tu l'envoie au tapis sans ménagement, mon amour, j'en suis persuadé.
— ... Sans doute. Tu n'as pas été blessé ?
— Oh, rien d'sérieux ! Des coupures, des égratignures, elle m'a envoyé des corbeaux, j'ai vu pire !"
Alors que les yeux d'Honor s'écarquillèrent comme si elle venait d'apprendre qu'on avait arraché les yeux de Narcisse, Oscar reprit calmement, ignorant une Claire pétée de rire, affalée sur la table, face à cette scène.
L'homme souriait doucement, avec bienveillance, sans détacher son regard d'Alyona, à qui il semblait consacrer son entière attention.
"Alyona, tu dis que ce n'est pas grand-chose, d'avoir fait apparaître ces fleurs. Mais regarde là-bas, s'il te plaît."
Il étendit son bras en direction de son potager, derrière la maison.
"Je n'ai pas de pouvoirs magiques. Et tout ce que je peux faire pousser coûte un temps infini. Oh, je ne m'en plains pas, j'adore regarder les choses pousser. Mais ce que je veux dire, c'est que toi, d'un simple coup de baguette, tu pourrais remplir mon jardin, si tu le désirais. Sans engrais, sans eau, sans... temps."
Une gorgée de jus de tomate, son sourire s'était illuminé.
"C'est merveilleux. Ta connaissance des fleurs doit être remarquable.
— Elle est botaniste, p'pa !
— Botaniste... ceci explique cela. Narcisse nous raconte parfois ses mésaventures avec des plantes magiques, as-tu la chance d'en voir, dans ce métier ?"
Narcisse avait rejoint l'intérêt de son père, et regardait à son tour Alyona, dévoré par la curiosité. Claire but une nouvelle gorgé de bière, avant de lâcher un rot contenu, pour proposer à Honor, qui se leva à la suite de son invitation.
"Chérie, tu m'aides à installer le barbecue ? Alyona, t'as des intolérances alimentaires ? Un régime particulier ?"
"T'as pris un coup d'chaud, Alyo ?"
La taquina-t-elle, avant de rejoindre Narcisse, qui s'était mis en tête de déplacer la table. Etant donné que le plus gros du groupe semblait s'être concentré non pas autour de la table, mais à côté, il cherchait à la rapprocher du petit groupe. Claire posa sa bière dans l'herbe en arquant un sourcil plus que circonspect, accompagné d'un soupir de fausse exaspération.
"Tous ces muscles, et tu peux même la soulever tout seul ?
— Maiiis aide-moi, s'te plaît !"
En réalité, elle avait déjà commencé à l'aider, soulevant l'autre côté de la table, pour la reposer non loin du groupe, histoire que tout le monde puisse correctement s'installer et poser son verre ou sa canette. Narcisse put donc rapidement s'asseoir non loin d'Alyona, Honor et Oscar, en sirotant son verre, le regard grand ouvert, prêtant la plus attentive des oreilles à son amie.
Il arriva cependant trop tard pour avoir correctement tout entendu, et il ne put, par conséquent, qu'apporter une réaction des plus... approximativement justes, à ce qu'elle venait de dire.
"Z'avez vu, elle est trop forte Alyo ! Et pis, on dirait pas, mais elle gère aussi de ouf en duel ! Elle a fait une TORNADE, et j'ai volé dedans, FIOUUU ! Puis, après, elle m'a stoppé NET, héhé, trop fun !
— Tu as... volé, dans une tornade ?"
La voix d'Honor brisa enfin son silence. Son regard sévère se posa sur Alyona, tandis qu'elle commençait à la détailler un peu plus précisément. Elle ne perdit pas de vue sa baguette, repérant exactement son emplacement, se tenant prête au moindre geste suspect.
"Dans le même type de contexte que ceux durant lesquels tu l'envoie au tapis sans ménagement, mon amour, j'en suis persuadé.
— ... Sans doute. Tu n'as pas été blessé ?
— Oh, rien d'sérieux ! Des coupures, des égratignures, elle m'a envoyé des corbeaux, j'ai vu pire !"
Alors que les yeux d'Honor s'écarquillèrent comme si elle venait d'apprendre qu'on avait arraché les yeux de Narcisse, Oscar reprit calmement, ignorant une Claire pétée de rire, affalée sur la table, face à cette scène.
L'homme souriait doucement, avec bienveillance, sans détacher son regard d'Alyona, à qui il semblait consacrer son entière attention.
"Alyona, tu dis que ce n'est pas grand-chose, d'avoir fait apparaître ces fleurs. Mais regarde là-bas, s'il te plaît."
Il étendit son bras en direction de son potager, derrière la maison.
"Je n'ai pas de pouvoirs magiques. Et tout ce que je peux faire pousser coûte un temps infini. Oh, je ne m'en plains pas, j'adore regarder les choses pousser. Mais ce que je veux dire, c'est que toi, d'un simple coup de baguette, tu pourrais remplir mon jardin, si tu le désirais. Sans engrais, sans eau, sans... temps."
Une gorgée de jus de tomate, son sourire s'était illuminé.
"C'est merveilleux. Ta connaissance des fleurs doit être remarquable.
— Elle est botaniste, p'pa !
— Botaniste... ceci explique cela. Narcisse nous raconte parfois ses mésaventures avec des plantes magiques, as-tu la chance d'en voir, dans ce métier ?"
Narcisse avait rejoint l'intérêt de son père, et regardait à son tour Alyona, dévoré par la curiosité. Claire but une nouvelle gorgé de bière, avant de lâcher un rot contenu, pour proposer à Honor, qui se leva à la suite de son invitation.
"Chérie, tu m'aides à installer le barbecue ? Alyona, t'as des intolérances alimentaires ? Un régime particulier ?"


