Fanfiction Le rugissement de son cœur Les Fondateurs

Bien le bonjour ! Cela faisait un moment que je me disais que je passerais par ici pour tenter de vous partager une fanfiction que j'ai commencée et que je suis loin d'avoir terminée… Mais, en la publiant par ici, je me suis dit que ça pouvait m'aider à l'avancer ! L'espoir fait vivre, pas vrai ?

(Peut-être que certains d'entre vous ont déjà pu lire les premiers chapitres, car je les avais postés sur plusieurs plateformes de fanfiction. Je vais tout de même remanier les chapitres que je possède pour éviter la répétition ^^. Bonne lecture !)

Le rugissement de son coeur

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Personnages principaux : Salazar Serpentard - Godric Gryffondor
Type : Drame/Aventure
Période : Les fondateurs
Résumé : Un bal fait battre les cœurs et l'orchestre en rythme dans le manoir des Gryffondor. Les commérages sont bien là pour rassasier les nobliaux et, quoi de mieux que l'arrivée du Lord Serpentard et de son fils, Salazar ? Au milieu de cette foule et de tous ces regards, deux jeunes héritiers se rencontrent. Et d'un simple effleurement de leurs existence, d'un unique souffle, leur ligne de vie s'était entremêlée à jamais.


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Dernière modification par Émeline Joyner le 25 sept. 2026, 00:59, modifié 3 fois.

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Fanfiction Le rugissement de son cœur Les Fondateurs
Acte 1
Il dansait tel un feu follet


La musique vrombissait dans l'air, assourdissant les rires et les pas de danse. Sur la piste, quelques damoiselles et damoiseaux virevoltaient en rythme, faisant danser leurs ombres sur le long des murs par la lumière vacillante des chandelles.

Les rares invités qui ne s'amusaient pas à se trémousser avec les plus jeunes restaient de côté, formant des petits groupes, échangeant des mondanités et autres informations sur le monde Sorcier. Et parfois, quand la fatigue les prenait, ils leur arrivaient de glisser sur celui des Moldus.

— J'ai entendu dire qu'un nouveau roi avait été couronné.

— Ces moldus changent de roi comme de bas, se moqua une duchesse en jouant paresseusement avec sa coupe de vin. Il paraît que celui-ci n'a que 13 ans. On aura tout vu avec eux.

— Quel est le nom de ce nouveau roi ?

— Il s'agit d'Athelstan, intervint Lady Gryffondor qui passait par là. C'est le petit-fils d'Alfred le Grand. Au vu de ses origines, nous pouvons espérer que ce jeune homme nous réserve des surprises pour l'avenir.

— Notre-Dame a toujours réponse à tout, la complimenta un de ses invités en levant sa coupe dans sa direction.

— Et vous, Lord Prullius, je vois que vous savez toujours parler aux femmes.

Lady Gryffondor, un sourire radieux, s'écarta du groupe pour reprendre sa ronde calculée. Elle circulait avec assurance, saluant et complimentant à chaque pas, tout en gardant un œil discret sur les arrivées à l'entrée. Bien que leur n'était plus à ça, en tant que bonne hôte, elle savait que des invités improviste pouvaient toujours apparaître à sa porte.

Tandis qu'elle s'était arrêtée pour converser avec une lointaine cousine, un malaise soudain
remplaça le brouhaha des discussions environnantes. Intriguée, Lady Gryffondor balaya la salle du regard et aperçut, du coin de l'œil, un homme à l'allure distinguée. Habillé d'une robe de sorcier aux différentes nuances de vert, il se tenait là, avec sa chevelure retenue en catogan et coiffée d'un turban raffiné.

La surprise étira les traits de la Lady, qui s'efforça de ne pas lâcher son verre à la vue de l'homme. Loin d'être un étranger pour elle, elle cligna plusieurs fois des yeux, comme si le fait qu'il puisse être là, présent à son bal, devait qu'être un mirage ou le résultat d'un mauvais sort.

En reprenant ses esprits, après avoir papillonnés plusieurs fois ses yeux, elle fit de rapides excuses auprès de sa cousine pour accueillir expressément le nouveau venu.

— Lord Serpentard ! fit-elle avec émotion. Quelle joie de vous voir parmi nous ce soir !

Son appel ne passa pas inaperçu et le mystérieux sorcier se tourna dans sa direction, plantant ses sombres prunelles sur elle. Le visage de Lord Serpentard était rigide, des traits secs, tranchants, comme façonnés dans la roche la plus dure. La commissure de ses fines lèvres bougea à peine lorsqu'il la vit s'approcher.

— Bonsoir, Lady Gryffondor.

Avec fluidité, il se pencha et attrapa la main de Lady Gryffondor pour apposer un baisemain contre ses doigts gantés. À peine Lord Serpentard eut-il effleuré sa main de ses lèvres, que des murmures glissèrent d'un coin à l'autre de la salle. Les regards braqués sur eux trahissaient une curiosité mal dissimulée, mêlée de désapprobation. Lady Gryffondor, irritée par ce manque de tact, balaya la salle d'une œillade acérée.

Les conversations reprirent aussitôt et, loin de se laisser déstabiliser pour si peu, Lady Gryffondor reprit :

— Cela faisait des années que je ne vous avais pas croisé en société. Nous vous croyions tous perdus dans vos grimoires, lanca-t-elle avec naturel.

Sa remarque effleura à peine l'homme en face d'elle, qui se contenta d'un léger coup de main pour battre l'air et, par la même occasion, les mots de la sorcière.

— Je reconnais que j'ai été fort accaparé par mes dernières recherches. Je n'avais pas le temps pour venir flâner dans les soirées mondaines, dit-il narquoisement.

Lady Gryffondor lâcha un petit rire de façade à la pique à peine dissimulée. Elle reconnaissait bien là la morgue habituelle du Seigneur Serpentard.

— Vous me voyez ravie que vous reveniez durant l'une de mes réceptions, mon cher.

Elle baissa les yeux et remarqua enfin la présence de l'enfant qui accompagnait Lord Serpentard. Le jeune garçon, totalement silencieux depuis leur arrivée, observait le reste de la salle avec une étincelle d'intérêt dans les yeux. Haut comme trois pommes, il portait fièrement un vêtement avec les mêmes couleurs du Lord.

Etonnée de ne pas l'avoir vu plus tôt, elle s'abaissa assez pour être plus proche de sa taille.

— Je vois que vous n'êtes pas venu seul. Qui est cette petite pousse ? demanda-t-elle, la voix trahissant sa curiosité.

Lord Serpentard plaça une main dans le dos du petit et le poussa pour mieux l'exposer.

— Je vous présente mon fils, Salazar Serpentard. Saluez Lady Gryffondor, Salazar.

L'enfant, aux cheveux impeccablement peignés, se posta devant Lady Gryffondor et réalisa les mêmes salutations que son père avec moins de grâce. Malgré ses manières moins assurées, son baise-main vola le cœur de Lady Gryffondor.

— Oh ! s'exclama-t-elle joyeusement. Mais quel enfant bien élevé que vous avez là, Lord Serpentard. Si seulement mon fils pouvait faire preuve d'un tel raffinement…Quel âge avez-vous, mon garçon ?

— Je viens de fêter mon neuvième anniversaire Mad…Ma Lady, répondit-il avec une voix hésitante.

— Vous avez quasiment le même âge que Godric, leur apprit-elle en joignant gaiement ses mains. Nous devrions faire les présentations !

Le ravissement de cette nouvelle rencontre avait apporté quelques couleurs sur ses joues. Enchantée de rajouter un tel nom dans le carnet d'adresse de son fils, elle se tourna élégamment et le chercha du regard. Celui-ci, à première vue, n'était pas dans les parages. Lady Gryffondor se mordit discrètement la lèvre inférieure de contrariété. Ce n'était pas le moment de jouer à cache-cache.

— Un instant, je vous prie, dit-elle à l'intention de Lord Serpentard en s'éloignant.

Pressée de trouver son garnement, elle débuta son enquête en se dirigeant vers le buffet. Elle vérifia chaque côté de la longue table, allant même jusqu'à soulever la nappe. Malgré ses efforts, elle ne trouva aucune trace de son fils. Le fait qu'il ne se trouvait pas dans les environs était plutôt étonnant...En général, il passait son temps à se remplir la panse.

En dépit de toute sa bonne volonté, son fils restait introuvable.

— Godric ! Où êtes-vous enfin ?! héla Lady Gryffondor.

En plein milieu du brouhaha ambiant, un jeune garçon aux cheveux aux longues boucles ambrées, tournoyait sur la piste de danse avec sa partenaire. Sur son visage rayonnant, trônait un énorme sourire plein de gaîté et d'amusement. Il se dandinait au rythme de la musique et ne faisait pas du tout attention aux nombreux appels de sa mère.

Lady Gryffondor finit par l'apercevoir entre les danseurs et se créa un passage jusqu'à lui. Elle l'attira par l'arrière de son vêtement et le tira contre elle.

— Combien de fois dois-je vous dire de rester près de moi ?

— Mais maaamaaaan ! J'étais en train de montrer à Katy que j'arrivais à mener ! s'énerva Godric en essayant de se défaire de sa prise.

— Vous avez mieux à faire ! Venez et présentez-vous au Lord Serpentard et à son fils, ordonna-t-elle d'une voix ferme.

Mécontent d'avoir été interrompu si abruptement, Godric traîna des pieds jusqu'aux deux invités qui patientaient vers l'entrée. Il abaissa la tête vers le Lord, signe considéré comme respectueux, puis, porta son attention sur Salazar. En le voyant, ses yeux verdoyants se remirent à pétiller de malice. Il s'avança avec entrain et se planta devant lui, un grand sourire collé à ses lèvres.

— Je suis Godric Gryffondor, et toi, comment tu t'appelles ? T'as quel âge ? Moi j'ai dix ans !

La voix de Godric venait de résonner avec une spontanéité désarmante, et Salazar se trouva brusquement à court de mots. Une sécheresse inhabituelle lui noua la gorge, tandis qu'il observait le garçon devant lui. Il ne savait pas ce qui l'intimidait le plus : l'éclat de ses yeux, semblables à celle d'une forêt profonde, ou de ce sourire bien trop lumineux.

De légères mèches de cheveux étaient collées sur son front rempli de sueur après sa danse. Ses joues, pleines et rebondis d'enfant, étaient encore colorées par le rouge de l'effort. Son surcot, où les armoiries de sa famille étaient brodées au fil d'or, glissait sur le côté gauche, ce qui faisait presque tomber son chaperon. Il ne tenait pas son dos droit, encore moins ses épaules. Et du peu qu'avait pu apercevoir Salazar, quelques minutes plus tôt, ce dénommé Godric ressemblait plus à un feu follet se mouvant sous la lune plutôt qu'à un enfant de bonne famille.

Godric n'avait rien de l'héritier typique des familles de sang-pur : ses gestes étaient trop francs, son sourire trop grand, et son regard brillait d'une insouciance presque déroutante. Pourtant, Salazar ne pouvait détourner les yeux de sa personne. Ce garçon, tout en désinvolture, semblait plus vivant que l'ensemble des invités réunis dans la pièce. Et contre toute attente, il trouvait cela fascinant.

Comment devait-il agir avec un tel spécimen ? De manière amicale, plutôt distante ? Le doute resserrera l'entrave autour de ses cordes vocales.

Jusqu'à maintenant, il n'avait pas eu de nombreuses occasions de côtoyer des enfants de son âge. Il savait comment se comporter devant des adultes, comment s'adresser aux serviteurs, mais il n'avait jamais essayé avec un autre jeune garçon.

Avant que Salazar n'arrive à trouver l'énergie de s'exprimer, Lady Gryffondor intervint en toussotant.

— Veuillez pardonner ses manières, il passe trop de son temps avec les serviteurs, plaisanta-t-elle avec un sourire figé.

La réaction de Lady Gryffondor fut comme un électrochoc pour Salazar. Sans même regarder, il était conscient que son père étudiait sa réaction avec attention. Salazar devait d'abord penser à la réputation de sa famille, assurer le respect qu'on devait à son rang. Il ne devait pas oublier qui se tenait près de lui.

— Ce n'est rien, ma Lady, assura Salazar d'un timide sourire.

Salazar se défit de ses craintes et fit un pas vers Godric. Il tendit la main dans sa direction et lui adressa enfin la parole.

— Je me présente, Salazar Serpentard. J'ai neuf ans, dit-il avec tout le calme dont il était capable. J'ai pu vous voir danser de loin, c'était remarquable.

L'immense joie de Godric étira un peu plus son sourire et le scintillement de ses iris se décupla. La douceur de la voix de Salazar avait éloigné en un instant les remontrances de sa mère. Il se jeta presque sur sa main, subjugué par l'idée de se faire un nouvel ami.

L'énergie avec laquelle il la serra étonna Salazar. Il avait compris que le jeune Gryffondor ne donnait pas d'importance à l'étiquette, mais tout de même…

— Enchanté de te connaître ! Crois-le ou non, mais je me suis entraîné pendant deux semaines pour atteindre cette perfection. J'en ai encore mal aux pieds ! répondit Godric en riant gaiement.

— Godric…soupira Lady Gryffondor, épuisée de le reprendre à chaque parole.

— Je remarque qu'il est habité de la même fougue que Lord Gryffondor, fit le père de Salazar avec un rictus.

— Ne m'en parlez pas…Il épuise tous ses professeurs, rétorqua-t-elle en dardant son regard sur Godric.

— Je ne vois pas votre mari, fit remarquer le Lord Serpentard. Est-il absent ?

— Il est actuellement en voyage. Depuis que ces portoloin ont été inventés, il ne cesse d'aller là où la magie le porte.

À l'évocation du portoloin, Salazar fut habité par une soudaine énergie. Cette invention avait révolutionné le transport magique. Depuis qu'un mystérieux magicien avait réussi à trouver la formule parfaite pour enchanter des objets, et les transformer comme moyen de téléportation, les sorciers s'improvisaient voyageurs. Salazar avait bien essayé de convaincre son père d'en acheter un, mais Lord Serpentard n'était pas encore convaincu de son utilisation.

— D'ailleurs, maintenant que j'y pense, il sera sûrement déçu d'avoir raté votre retour. Que pensez-vous de venir lors de notre prochaine chasse ? Vous pourriez emmener Salazar avec vous, mon fils se fera un plaisir de passer du temps avec lui.

Salazar eût un regard en direction de son père. Il lui avait toujours répété que la chasse était une activité pour les sots. Ce fut avec stupéfaction qu'il le vit hocher de la tête, et non refuser de but en blanc.

— Merci pour votre invitation. J'y réfléchirais.

Lors Serpentard croisa enfin le regard de son fils et il en profita pour s'insinuer dans ses pensées.

Vous profiterez de cette occasion pour vous rapprocher de l'héritier.

Salazar acquiesça avec discrétion. Il savait déjà que son père souhaitait qu'il se crée des relations avec des personnes puissantes. C'était bien pour cette raison qu'ils s'étaient présentés à ce bal.

Godric, qui n'avait toujours pas lâché la main de Salazar, se pencha soudainement vers lui, le sortant de sa réflexion.

— Veux-tu venir dans ma chambre ? Je pourrais te montrer le nouveau balai que mon père m'a rapporté de son dernier voyage, il vient de Francia !

Salazar haussa les sourcils. Il n'avait jamais porté un grand intérêt pour le vol sur balai. Il trouvait que ce moyen de déplacement était inconfortable et beaucoup trop dangereux. Mais en voyant l'intérêt de Godric sur le sujet, il était peut-être préférable de feindre plutôt que de refuser. Il se tourne vers son père, prêt à lui demander l'autorisation de l'accompagner. Lord Salazar posa sa main sur l'épaule de son fils en le gratifiant de son premier vrai sourire de la soirée.

— Allez-y, revenez dans une heure.

Même s'il savait quelles étaient les intentions réelles de son père, Salazar ressentit une douce chaleur se répandre dans sa poitrine à sa réponse. Il se retourna vers Godric et acquiesça à sa proposition. Godric, continuant de rayonner comme le soleil, tint Salazar par la main et l'entraîna à travers le manoir jusqu'à leur destination. Le petit serpent, surpris par cette spontanéité, se laissa guider, jetant un dernier regard au Lord.

Les deux parents, restés en retrait, les regardèrent disparaître dans les escaliers.

— Vous avez l'air de bien vous entendre avec votre fils, Lord Serpentard, glissa Lady Gryffondor en portant une coupe à ses lèvres.

— Je fais de mon mieux pour qu'il soit quelqu'un de respectable, fit-il avec détachement.

— Cela vous va bien, d'être père, lui confia-t-elle avec sincérité. Je suis heureuse que vous puissiez enfin connaître ce bonheur.

Lord Salazar, les yeux cernés par sa lecture bien trop tardive de la veille, la remercia d'un signe de tête presque imperceptible. Tous les deux, l'un à côté de l'autre, ne pouvaient se douter qu'ils venaient d'assister à la rencontre des plus grands sorciers de la future génération.

(2469 mots)

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Fanfiction Le rugissement de son cœur Les Fondateurs
Acte 2
Chassons main dans la main - Partie 1


Godric avait toujours apprécié le manoir de sa famille.

La vaste propriété des Gryffondor s’étirait entre coins boisés et clairières graciées par les rayons du soleil. Dans cet endroit où on pouvait entendre les murmures du peuple de la forêt, une table avait été dressée à l’ombre d’un majestueux pin. Les domestiques, précis et méticuleux, s’affairaient autour de ladite table. Ils s’activaient pour disposer les premières douceurs du festin à venir : lard finement tranché, toasts garnis de pâté et fruits confits aux couleurs éclatantes. Des mets fins pour accueillir comme il fallait les futurs invités.

De sa cachette, le jeune Godric regardait les préparatifs avancer, guettant par moment les actions de sa mère. Lady Gryffondor, investie dans son rôle de maîtresse de maison, veillait scrupuleusement à chaque détail. Aucune imperfection ne devait échapper à son regard. Après tout, la réputation de sa famille reposait sur l’excellence de ses festivités.

— Katy ! appela-t-elle brusquement.

La domestique accourut aussitôt, visiblement nerveuse.

— Oui, Madame ?

— Je vous ai dit cent fois que le verjus* doit être rangé à part des autres boissons. La prochaine fois, vous prendrez tous cinq coups de bâton.

— Toutes mes excuses, Madame. Je vais rectifier ça immédiatement, bredouilla Katy en s’empressant d’agir.

La domestique repartit au pas de course dans l’espoir d’éviter la colère de sa maîtresse.

Godric avait assisté à la scène sans broncher, sa tête à peine dissimulée derrière le tas de fourrure encore non disposé pour l'évènement. L'enfant n'aimait guère quand sa mère parlait ainsi à Katy, mais en n'étant qu'un marmot, il ne pouvait pas faire grand-chose pour la gentille servante.

Pour vite oublier ce vilain moment, il décida de commencer son activité favorite : le vol de nourriture.

Bien heureux, Godric s’approcha furtivement de la table, ses yeux brillant de malice. Chaque morceau dérobé par sa main rejoignait un panier en osier "emprunté" au cabanon du garde-chasse. Il le remplissait avec une frénésie méthodique, savourant déjà le repas clandestin. Mais l’arôme alléchant des mets qui s’échappait du panier finit par distraire sa vigilance. Perdu dans ses rêves de gourmandise, il n’entendit pas les pas déterminés de sa mère derrière lui.

— Godric ! Reposez-moi immédiatement cette nourriture !

Pris en flagrant délit, il afficha son air le plus charmeur pour affronter la grande cheffe.

— Maman, que vous êtes ravissante aujourd’hui ! Cette robe vous met sincèrement en valeur, Miss Flupia a vraiment fait un très très très bon choix.

Lady Gryffondor lui donna une légère tape derrière la tête, les joues rouges.

— Cessez un peu vos viles flatteries et déposez ce que vous avez volé.

— N’ai-je plus le droit de faire l’éloge de votre beauté ? Vous me peinez, Maman.

— Je vous ai déjà dit de m’appeler Mère. Vous n’êtes plus un enfant, Godric !

— Oui, vous avez bien raison, Maman, répondit-il avec hilarité.

Godric anticipa la seconde claque et l’esquiva avec agilité. Un rire éclata dans sa gorge tandis qu’il s’élançait à toutes jambes dans le parc, insouciant face aux remontrances de sa mère. Il zigzagua entre les arbres, le panier sous le bras, jusqu’à rejoindre ses deux sœurs derrière un large tronc.

— Mère t’a repérée ? demanda Liliana, un sourire complice aux lèvres.

— Comme d’habitude, râla Godric en arrivant, essoufflé. Je vais finir par croire qu’elle a des yeux derrière la tête…Mais, mes chères sœurs adorées, votre frère préféré ne revient jamais les mains vides !

Avec une fierté non dissimulée, il dévoila son précieux butin. Les yeux de ses sœurs s’écarquillèrent, éblouis par ce trésor alléchant. Sans attendre, ils se jetèrent sur les victuailles avec avidité.

— Alors, c’est bien à cette chasse que ton nouvel ami vient ? demanda soudainement la cadette, le coin des lèvres encore taché de graisse.

Les yeux de Godric s’illuminèrent à la question.

— Exactement ! lança-t-il avec enthousiasme, une tranche de lard à moitié mâchée coincée dans la bouche. J’ai hâte de vous le présenter. Il est très soigné comme garçon, presque trop à mon goût, mais… il est intéressant, vous verrez.

Il termina sa bouchée et lâcha un rot sonore. Liliana, écœurée, s’écarta un peu plus de lui.

— Vraiment, Godric, soupira-t-elle. Un peu de tenue, je t’en prie.

Godric, amusé, ignora sa remarque.

— Et puis, ce n’est pas n’importe qui. C’est le fils unique de Lord Serpentard !

— Serpentard ?! s’étonna Liliana, les sourcils haussé. Père n’avait-il pas dit qu’il vivait reclus avec ses grimoires ?

— Le seul et l’unique !

— Qui aurait cru qu’un tel homme ait une descendance, murmura Liliana en croquant dans un fruit confit.

— Est-il beau ? fit Velia à son frère.

Godric cligna des yeux, pris au dépourvu. Il savait que les filles pouvaient faire attention à ce genre de détail, mais tout de même, il pensait que Velia s'intéressait aux jeunes hommes fringuant.

— Euh…Eh bien…Il est plutôt impressionnant pour son âge, finit-il par dire en haussant les épaules. Il a une aura qui pourrait faire trembler un détraqueur.

— Mais je ne parle pas du Lord, coquebert*, se moqua-t-elle. Je te parle du fils.

— Oh ! Salazar ? Oui, c’est un beau garçon…Mais il est loin d’égaler ma beauté, fit-il en bombant exagérément son torse.

Velia posa une main sur son cœur, le regard brillant d’admiration.

— Salazar…soupira-t-elle comme une promesse. Quel joli nom.

Liliana lui donna un coup de coude, un sourire moqueur aux lèvres.

— Si tu commences comme ça, tu vas finir par le faire fuir comme le fils des Hiernist.

— Ce n’est même pas vrai ! protesta Velia, rouge de honte.

Les deux aînés éclatèrent de rire, imitant la maladresse de Velia lors de sa dernière rencontre avec son ancien prétendant. Velia, le visage cramoisi, sentit une bouffée de rage monter en elle. Elle se lança à leur poursuite, les larmes brouillant sa vue, bien décidée à les faire taire. Cependant, leurs hilarité s’interrompit au son des cornes résonnant dans toute la propriété.

Tous les trois s’immobilisèrent, l’oreille tendue. Ce son ne pouvait signifiait qu’une chose : les invités étaient là.

Ils filèrent à toute vitesse de leur cachette et abandonnèrent le panier et restes de nourriture derrière eux. En sortant d’entre les arbres, ils se dirigèrent aux côtés de leur mère tout en essuyant rapidement leur bouche. Lady Gryffondor se jeta presque sur eux, les trait tirés par l’inquiétude.

— Où étiez-vous passé bande de chenapans ? grinça Lady Gryffondor en dardant un regard accusateur sur ses enfants. Pour l’amour de Circée, soignez vos tenue, vous ressemblez à trois porcinets…

— Mais, Mère, le cochon n’est-il pas la viande la plus savoureuse ? se moqua ouvertement Liliana.

— Chut ! enragea Lady Gryffondor. Je ne veux rien entendre, surtout si c’est pour raconter de telles âneries. Tenez vous droit et restez avec moi. Et ne vous avisez pas de me faire honte, sinon, gare à vous.

Godric feignit le calme et, d’un mouvement ample, s’éloigna d’elles sans bruit. Au lieu de rester près de ses sœurs, il préféra sonder l’attroupement qui s’était formé devant le portail encore fermé.

Regroupés devant le grand portail, les invités se composaient en une foule élégante. Au milieu d’eux, Lord Serpentard marchait lentement, sa canne ponctuant chacun de ses pas d’un léger "toc". À ses côtés, Salazar marchait droit, le visage neutre, ses yeux balayant calmement les visages rassemblés. Lorsqu’il aperçut la présence de Godric derrière les grilles, un léger sourire timide éclaira son visage.

En voyant Salazar à son tour, Godric ne put contenir son excitation. Ignorant l’interdiction formelle de sa mère, il se précipita vers le portail. D’un geste assuré, il ouvrit les mains devant lui, laissant le portail reconnaître son sang de Gryffondor. Via ordre muet, les grilles s’ouvrirent devant lui sans qu'il n'ait besoin de le toucher.

Lady Gryffondor, de là où elle était, sentit son souffle se bloquer lorsqu’elle aperçut au loin son fils en train d’ouvrir le portail sans son autorisation. La consternation laissa bientôt place à une colère glacée, masquée par un sourire forcé. Pour l'instant elle devait se contenir pour la forme, mais dès les festivités terminées et les invitées parties, elle irait toucher deux mots à son démon de fils.

— Je vous souhaite la bienvenue, chers invités et amis ! s’exclama Godric avec de grands gestes. La famille Gryffondor est honorée de vous recevoir pour cette chasse. Avancez, installez-vous et préparez vos meilleures armes pour attraper le plus beau gibier !

Des murmures parcoururent l’assemblée. Certains outrés par l’audace du jeune garçon, d’autres amusés par ces salutations hautes en couleurs. Malgré tous les efforts de sa mère pour l’élever selon les attentes de son rang, Godric restait un esprit libre, indifférent aux conventions, et terriblement ingérable.

— Quel déshonneur… murmura une sorcière à l’oreille de son amie. Pouvez-vous l’imaginer, lui, en tant que prochain chef de la famille Gryffondor ?

Un rire dédaigneux lui échappa, qu’elle tenta de masquer en portant une main délicate à ses lèvres.

— Cette famille court à sa perte avec un tel héritier.

Sa confidence fut brutalement interrompue lorsqu’elle sentit une présence pesante s’abattre sur elle. Frissonnante, elle tourna lentement la tête, cherchant la source de cette sensation oppressante. Elle croisa alors les sombres prunelles de Salazar Serpentard, perçantes comme des lames, braquées sur elle avec une intensité implacable.

Il n’avait pas manqué un mot de ses commérages. La colère qui émanait de lui transperçait son masque de neutralité, se rendant palpable dans chaque ligne de son visage figé. L’aristocrate glapit en reconnaissant l'héritier de la maison Serpentard. Son regard la condamnait, comme si elle avait commis un outrage irréparable. Paniquée à l’idée de subir un scandale, elle se hâta de s’éclipser en se dissimulant dans la foule des invités.

Salazar, cependant, ne bougea pas.

L’indignation bouillonnait en lui, sa main se crispant contre son flanc. Chaque fibre de son être, habituellement si réservée, semblait s’embraser sous l’affront. Lui, d’ordinaire si effacé parmi les autres, avait senti son âme hurler face à cette injustice. Une simple mégère avait osé critiquer ouvertement l’héritier des Gryffondor, l’une des familles les plus anciennes et puissantes du monde sorcier. Cela défiait toutes les règles implicites de leur société.

Pour la première fois, Salazar voulut agir. Il fit un pas en avant, prêt à la retrouver et exiger qu’elle s’excuse pour ces paroles venimeuse. Mais une main ferme se posa sur son épaule, stoppant net son élan.

— Salazar, maîtrisez-vous, ordonna une voix grave et calme dans son dos.

Lord Serpentard se pencha légèrement vers son fils, ses yeux perçants ancrés dans les siens.

— Vous avez entendu, vous aussi, murmura Salazar entre ses dents. Elle mérite une punition pour de telles paroles.

Son père resta impassible, mais le coup sec de sa canne sur le sol fit taire toute réplique. Il resserra son emprise sur les épaules de son fils, lui répondant avec contrôle.

— Nous ne sommes pas ici pour corriger chaque vipère que nous croisons, Salazar. Ce genre de bassesse ne mérite pas votre attention. Maintenant, redressez-moi vos épaules. Plus vite que ça.

Salazar inspira profondément et refoula sa colère. Il releva la tête, corrigea sa posture d’un geste mécanique et effaça toute émotion de son visage. Cependant, au fond de lui, les paroles de l’aristocrate tournaient encore en boucle. Elle agissaient sur lui comme une écharde qu’il ne parvenait pas à retirer.

Il reporta son attention sur Godric en espérant que la chaleur de ce garçon chasserait cette vilaine sensation.

Les invités commencèrent à progresser dans la propriété. Les hommes, enthousiastes, échangeaient déjà sur la chasse à venir, tandis que les femmes, parées de leurs plus belles robes, se dirigeaient vers le banquet. Godric, toujours en mouvement, intercepta Salazar et son père avec son enthousiasme habituel.

— Lord Serpentard ! s’exclama-t-il avec énergie. C’est une joie de vous compter parmi nous aujourd’hui.

Le regard tranchant de Lord Serpentard se posa sur lui, et d’un léger hochement de tête, il répondit à ses salutations.

— Vous respirez la vitalité, Godric, observa-t-il avec un sérieux teinté de sarcasme. Je suppose que vous tenez cela de votre père.

Godric éclata de rire, un rire franc qui résonna parmi les convives. Il passa une main dans ses cheveux d’un geste désinvolte.

— On me le répète souvent, répondit-il en souriant.

Resté légèrement en retrait, Salazar finit par s’avancer. Malgré son maintien rigide, il peinait à dissimuler sa pointe de nervosité. Depuis leur rencontre, il n’avait cessé de repenser à cette heure passée avec Godric. Leur discussion l’avait marqué et laissé une empreinte indélébile dans son esprit. Pourtant, une crainte sourde lui serrait la poitrine : et si, pour Godric, ce moment n’avait été qu’un banal échange vite oublié ?

D’une inspiration discrète, il fit calmer son appréhension et prit la parole.

— Godric, dit-il d’une voix mesurée.

— Salazar !

Le jeune Gryffondor attrapa sa main et l’étreignit avec une chaleur débordante. En un geste il avait balayé toutes les craintes que Salazar ressassait depuis des jours.

— Tu n’imagines pas comme j’attendais ce moment ! déclara-t-il, tirant Salazar par la main. Viens, il faut absolument que je te présente à mes sœurs, elles meurent d’impatience de te rencontrer !

Sans lui laisser le temps de protester, Godric l’entraîna à travers la foule, s’éloignant rapidement de Lord Serpentard. Salazar, pris d'un doute, se retourna brièvement. Ce genre de comportement, impulsif et informel, était loin d’être approuvé par son père. Pourtant, à sa grande surprise, il ne détecta aucune désapprobation dans l’expression de ce dernier.

Tandis que la musique s’élevait dans l’air, les jongleur commencèrent leurs acrobaties pour divertir les invités. Partout, les couleurs des différentes maisons s’entremêlaient, vibrantes sur les étoffes et des étendards qui flottaient au gré du vent. Il ne manquait plus que les chevaux et la meute de chiens pour compléter ce tableau festif.

Godric le guida à travers les domestiques et les dames de compagnie, et l’ammena jusqu’aux places centrales de la longue table du banquet. Assise sur une chaise imposante, Lady Gryffondor siégeait avec une grâce retrouvée, un verre de vin à la main.

— Cher Salazar, dit Lady Gryffondor avec un sourire chaleureux. Soyez le bienvenue. Comment vous portez-vous depuis le bal ?

Salazar porta tout d'abord un rapide regard sur Godric avant de s’approcher d’elle tout en cachant sa peur. Il attrapa la main de la sorcière pour un baise-main respectueux.

— Lady Gryffondor. Je suis honoré d’assister à cette chasse. Je me porte bien et j'espère que c'est de même pour vous.

Lady Gryffondor lui adressa un regard bienveillant, une lueur d’amusement dans les yeux.

— Je suis toujours aussi agréablement surprise par vos bonnes manières, ronronna-t-elle en posant brièvement une main sur la tête de Salazar. Votre père peut être fier d’avoir un fils si bien élevé.

La tendresse dans ses yeux et dans ses doigts posées sur sa tête firent résonner quelque chose en Salazar. Le garçon savoura sans l'avouer ce geste maternel qu'il n'avait jamais eu la chance de connaître. La main de Lady Gryffondor, douce et délicate, lui évoquait la légère caresse d’une plume.

— Et moi ? lança Godric, les sourcils froncés. Je ne mérite pas de gestes tendres alors que j’ai accueilli les invités ?

Lady Gryffondor soupira, tiraillée entre amusement et exaspération.

— J’ose espérer que vous vous montrerez plus digne devant votre père et les autres chefs de famille, dit-elle en remplissant son assiette de quelques mets.

Godric posa une main dramatique sur son cœur, feignant une blessure profonde.

— Moi ? Mal me comporter ? Je suis blessé que vous puissiez penser ça de moi, Maman, répondit-il, le ton larmoyant.

Lady Gryffondor secoua la tête, un sourire las sur les lèvres.

— Je vous souhaite bien du courage, Salazar, dit-elle en soupirant. Avec Godric, il faut de la patience. Beaucoup de patience…

Salazar ne put retenir un léger pouffement en voyant l’air consterné de Godric.

— Lorsque mon mari sera là, je serai heureuse de vous le présenter, ajouta Lady Gryffondor en faisant un geste à une servante pour remplir sa coupe de vin.

— J’ai hâte de faire sa connaissance, répondit Salazar par automatisme.

— Cela sera réciproque. Depuis son retour de voyage, Godric ne cesse de faire vos éloges.

Salazar jeta un coup d’œil vers Godric, et remarqua la légère teinte rouge sur ses joues. Celui-ci se mit à toussoter, visiblement mal à l’aise.

— Père ne devrait plus tarder, lança Godric pour détourner l’attention. Il est parti récupérer les chiens avec ses hommes. Une fois qu’ils seront là, nous pourrons sauter sur nos montures et commencer la chasse.

En prenant place aux côtés de sa mère, il continua avec une voix plus légère :

— Savez-vous où se trouvent les filles, Maman ? J’étais persuadée qu’elles serez avec vous.

— Elles ont filé dès que j’ai eu le dos tourné, un peu comme vous, qui en avez profité pour aller ouvrir le portail, répondit-elle avec lassitude. Si vous les trouvez, ramenez-les-moi.

— Et moi qui pensais que vous vouliez que je reste près de vous, se moqua-t-il en s’appuyant sur l’accoudoir de sa chaise, un sourire espiègle aux lèvres.

Lady Gryffondor se pencha légèrement vers lui, sa voix plus basse et ses lèvres figées dans un rictus inquiétant.

— Mon fils, je sais que vous adorez jouer les trublions* devant nos invités. Mais je vous préviens : n’abusez pas de ma patience.

Godric déglutit. Là, il avait peut-être tiré un peu trop sur la corde. Un petit rire nerveux lui échappa, puis il se redressa en tapotant ses vêtements comme pour se donner contenance. Dans un bond il abandonna sa place et attrapa Salazar par les épaules.

— Nous allons retrouver les filles en un rien de temps !

— Sage décision, dit Lady Gryffondor d’un ton sec mais satisfait.

Salazar suivit docilement Godric, ne montrant aucune opposition, même lorsque ce dernier, dans sa précipitation, le fit marcher dans une crotte de chien. Salazar, stoïque, ne fit aucun commentaire. Après tout, l’énergie débordante du jeune Gryffondor suffisait à rendre le désagrément presque insignifiant.

— Vous avez une idée d’où elles peuvent être ?

— Tu veux plutôt dire : "tu as une idée", le reprit Godric en faisant la moue. Je pensais qu’entre amis nous pouvions nous tutoyer.

Salazar s’arrêta net, surpris par les paroles de Godric. Le mot "ami" résonna en lui avec une étrangeté nouvelle. L’amitié, si banale pour beaucoup, était un concept qui lui avait toujours échappé. Et pourtant, entendre Godric le qualifier par ce terme le déstabilisa autant que cela lui réchauffa le cœur.

Il bégaya un mot d’excuse, redoutant d’avoir commis une faute qui pourrait ternir le début de leur amitié.

— Je plaisantais, éclata Godric d’un rire en voyant son air déconcerté. Ne fais pas cette tête !

Le rire de Godric dissipa aussitôt son malaise. Salazar était fasciné par l’énergie solaire de ce garçon, elle était autant chaleureuse que désarmante. Durant ces instants de flottement, Salazar doutait qu’ils aient le même âge. Il paraissait si insouciant et spontané, aussi libre qu’un oiseau en plein vol. Tandis que lui portait déjà sur ses épaules le poids des attentes de son père.

— Suis-moi, je sais déjà où elles sont !

Ils s’éloignèrent des attroupements près du buffet, contournant tentes et pavillons qui s’élevaient progressivement en bordure du bois. Une fois sous le couvert des arbres, le murmure de la réception s’estompa, remplacé par le bruissement des feuilles et le craquement des branches sous leurs pas. Godric s’arrêta soudainement devant une vieille souche et sortit un médaillon de sous son col.

Le bijou révélait une pierre bleutée sertie dans une chaîne en or. En son centre, une tête de lion rugissante y avait été gravée. Salazar l'observa faire, intrigué par le bijou. Godric l’inséra dans une fente de la souche sans rien expliquer à son ami. Dès que la pierre rentra en contact avec la fissure, un craquement résonna. Le bois de la souche se mit à se fendre et s'écarta pour créer ce qui s'apparentait à une entrée. Sous le regard ébahi de Salazar, une porte composée essentiellement de lianes et de fleurs se matérialisa devant eux.

Godric posa une main sur la poignée faite de feuillage et tourna légèrement la tête vers Salazar.

— Bah quoi, t'as jamais vu de magie ? se moqua-t-il ouvertement.

Il ouvrit la porte et se décala pour le laisser voir ce qui s'y cachait derrière.

Dans une clairière où les arbres se paraient des teintes de l’automne, un majestueux chêne centenaire dominait le paysage. Perchée entre ses larges branches, une cabane se tenait là. Ses planches, légèrement ternies par le temps, portaient des teintes dorées sous les rayons d’un soleil factice. Une échelle de corde, attachée à une balustrade rustique, se balançait doucement dans le vide.

Depuis le pas de la porte, ils entendirent des éclats de rires s’échapper de la cabane. Salazar passa l'entrée avec la bouche entrouverte, les yeux scintillants d’émerveillement.

— Où sommes-nous ? murmura-t-il.

— Dans notre repère secret, répondit Godric en refermant derrière eux le passage.

— C’est…incroyable, souffla Salazar.

Godric eut un petit rire avant de continuer.

— Mon grand-oncle a tout crée à lui tout seul. C’est un véritable génie.

Les prunelles sombres de Salazar s’illuminèrent alors qu’il écoutait son ami. Jamais il n’avait été témoin d’un tel chef-d’œuvre magique, et il en réalisait à peine toute sa complexité. L’esprit en effervescence, il s’avança, fasciné par ce prodige. Mais son émerveillement fut brusquement interrompu par l’apparition d’un gigantesque golem.

Le gardien des lieux, imposant et massif, s’interposa de toute sa hauteur. Ses poings de pierre se refermèrent dans un geste menaçant, prêt à les abattre sur lui. Salazar recula d’un bond en arrière, le souffle coupé par la peur. Par instinct, il ferma les yeux, convaincu que le coup était inévitable. Pourtant, aucun choc ne vint.

Quand il eût le courage d’ouvrir les paupière, il découvrit Godric devant lui, un doigt accusateur pointé sur le golem.

— Hector ! Recule ! Tu fais peur à mon ami ! l’insurgea-t-il.

Le golem grommela de terribles grincements et, d’un large pas de côté, leur laissa le passage. Salazar, encore tremblant, n’osait pas faire le moindre pas. Une main rassurante attrapa la sienne et le tira en avant.

— Il ne te fera rien, c’est promis.

— Qu’est-ce que c’est ? articula difficilement Salazar en ne quittant pas du regard la montagne de roche ambulante.

— Hector. Notre golem. Il doit surveiller l’entrée, dit Godric avec un ton posé. Il n’est pas méchant, je dirais juste qu’il est un peu…bourru ?

— Un golem ? s’étouffa Salazar.

Salazar connaissait les bases du sort pour créer un golem et de ce qu’il avait lu, ce n’était pas une mince affaire. Mais ce qui l’impressionnait le plus, c’est que le lanceur du sort n’était pas présent pour maintenir la conscience du golem. Le créateur devait constamment gérer le golem pour éviter qu’il ne perdre la raison. Et pourtant, malgré l’absence du grand-oncle de Godric, Hector, n’avait pas l’air d’avoir oublié sa mission.

Godric lui tapota le dos pour le faire réagir.

— Allez, oublie-le ! lança Godric en riant. Tu n’as pas encore tout vu !

Il se lança sur la corde et se mit à grimper d’une rapidité déconcertante. Salazar, bien plus lent que lui, réussit à son tour à grimper jusqu’à la balustrade.

Comme Godric l’avait prévenu, Salazar n’était pas prêt à voir l’intérieur de la cabane. En entrant, il remarqua immédiatement que la taille de la pièce était démesurée comparée à ce qu’elle montrait à l’extérieur. Immense et spacieuse, la salle comportait plusieurs coins : une cuisine, un salon, un garde-manger et, bien au fond de la cabane, un fourretout.

Les murs de leur cachette portaient une quantité astronomique d’objets en tout genre. Les peaux de bêtes prenaient une bonne partie de l’espace, tandis que de longues tentures tentaient de s’imposer. Sur les meubles, d’autres trouvailles s’y trouvaient : plumes, cornes, griffes, plantes séchées…Chaque centimètre était comblé.

Salazar renifla l’air et senti une drôle d’odeur. Il aperçut, dans un recoin de la cuisine, une bassine où casseroles et assiettes sales s’accumulaient. D’après les traces de moisissures, elles attendaient là depuis un long moment.

— Godric !

Le soudain appel lui fit tourner les yeux. Il vit enfin les deux jeunes filles au centre du salon, entourée d’innombrables coussins et jouets. Habillées toutes les deux de jolies robes, elles étaient assises à même le sol. La plus âgée des deux s’afférait à coincer des fleurs dans la tresse de sa sœur.

— Regarde les belles fleurs que nous avons trouvées pour mes cheveux, s’enthousiasma Velia. Liliana m’a même confectionné une couronne !

— Ne bouge pas, ronchonna Liliana en la retenant. Je n’ai pas terminé de les fixer.

Le regard de la cadette glissa de son frère pour finir sur Salazar. Un rouge flamboyant agrémenta ses joues en le voyant. Comme portée sur des ressorts, Velia se leva d’un bond, oubliant totalement qu’elle devait rester en place.

— Tu l’as amené ici…Mais c’est notre cachette ! rugit-elle en tapant du pied.

— Si vous étiez restées près de Maman, nous n’aurions pas eu besoin de vous chercher jusqu’ici, rétorqua Godric en croisant les bras.

— Tu aurais pu le laisser avec les adultes. Personne n’a le droit de rentrer à part nous trois !

Velia, prise de colère, secoua un peu trop sa tête pour la pauvre couronne de fleurs. La confection florale tomba de sa tête et s’éparpilla sur le tapis. En remarquant son erreur, les yeux de Velia se remplirent de larmes.

— Ma-ma-ma…ma couronne…pleura Velia, tenant dans ses petites mains les restes de la couronne.

— Je te l’avais dit, persifla Liliana.

Salazar, qui était resté silencieux depuis leur entrée dans la cabane, fut gêné de la voir dans cet état. Il balançait maladroitement son poids entre ses pieds, en ne sachant pas comment il devait agir. Il n’avait pas l’habitude de gérer les larmes, encore moins celles d’une fille. Et de ce qu’il pouvait constater, la situation ne plaisait pas non plus à Godric.

Sans vraiment réfléchir à ce qu'il s'apprêtait à faire, Salazar s’approcha et s’agenouilla devant la fillette. Il ramassa avec délicatesse les fleurs tombées et ramena ses mains vers celles de Velia. Avec lenteur, les fleurs se mirent à danser avec grâce autour de la couronne, avant de retrouver leur place d’origine. Une fois la parure de nouveau intacte, Salazar, toujours agenouillé, la déposa délicatement sur la tête de Velia.

— Bonjour, jeune princesse, glissa-t-il, un sourire léger aux lèvres. Je vous rends votre couronne.

Le visage de Velia se figea et ses joues s’empourprèrent d'une autre émotion que la colère. Elle semblait hypnotisée par Salazar, à tel point que les mots lui échappèrent.

— N’en voulez pas à Godric, reprit-il d’une voix douce. Il voulait simplement m’éviter de rester seul.

— Ce n’est pas une raison pour vous amener ici, répliqua l'aînée d’un ton tranchant, son regard dur fixé sur lui. Cet endroit est censé rester un secret, pas être dévoilé à la première occasion.

— Je sais garder un secret, répondit Salazar, les sourcils légèrement froncés.

— Je l’espère pour vous, fit-elle avec un sarcasme cinglant. Nous n’aimons pas les traîtres par ici.

Avant que la tension ne monte davantage, Godric s’interposa en se plaçant devant Salazar. Ses yeux, à l’accoutumé rieur, lancèrent des éclairs en direction de sa sœur.

— Eh ! Ne commence pas à intimider mon ami. Si tu veux te fâcher, fais-le avec moi.

Liliana leva les yeux au ciel avec un soupir agacé, puis se releva avec une certaine élégance. Elle secoua les pans de sa robe pour en ôter les pétales encore accrochés. Elle reprit une posture plus digne et croisa ses mains devant elle.

— Je suis Liliana Gryffondor, et voici Velia Gryffondor, notre petite sœur.

— Salazar Serpentard, se présenta-t-il en se redressant, une main au niveau du cœur. Je suis heureux de rencontrer les sœurs de Godric.

Velia se réfugia derrière Liliana, les yeux toujours fixés sur Salazar.

— Bon, c'est pas que je ne veux pas faire les présentations, mais Maman vous cherche, intervint Godric. La chasse ne va pas tarder à commencer. Venez avec nous avant que Père n’arrive.

— On a compris, petit-frère, soupira Liliana en posant une main ferme sur l’épaule de Velia. Allons-y.

Elle guida Velia vers la sortie, cette dernière agrippée sa robe tel un coquillage accroché à son rocher. Salazar les regarda s’éloigner, un léger poids se formant dans sa poitrine.

— Ai-je fait quelque chose de mal ? demanda-t-il timidement à son ami.

— Hein ? Oh, non. T'as été parfait, le rassura Godric avec un large sourire retrouvé. C’est toujours comme ça avec elles. Velia est facilement impressionnée, et pour Liliana…Bah, faut juste qu’elle prenne le temps de te connaître. Elle se méfie de tout. Je te parie qu’à la fin de la chasse, vous serez amis !

D’un geste léger, Godric posa un bras autour des épaules de Salazar et lui adressa un clin d’œil complice.

— Ne te prends pas la tête. On a bien mieux à faire !

Ni une ni deux, Godric entraîna Salazar à la suite de ses sœurs, son enthousiasme presque contagieux. Il trépignait d’impatience à l’idée de chasser, mais surtout, de ne pas manquer l’arrivée de son père.

— Dépêche-toi, Salazar ! lança-t-il par-dessus son épaule. Nous allons les manquer !

Ils rattrapèrent finalement Liliana et Velia à la lisière de la forêt. Godric, bouillonnant d’excitation, pressait tout le monde d’accélérer le pas. Son instinct lui murmurait que le moment approchait.

Alors qu’ils se tenaient près de la grande tente du banquet, un son de cor résonna dans l’air. L’appel coupa court à toutes les discussions, et tous levèrent la tête dans un même mouvement en direction du portail.

La chasse allait débuter.


4994 mots
verjus : jus acide extrait de raisins ayant mûri imparfaitement
trublions : une personne qui sème délibérément le trouble
coquebert : imbécile

- #066ccb - Coucou Rapeltout -- Son petit Moine Gras -- Préfète InRP de Février 2051 à Juin 2051-- merci à Sage pour le vava <3
Semeuse de Discorde - Projectile de qualité supérieure - Méméline

Fanfiction Le rugissement de son cœur Les Fondateurs
Acte 3
Chassons main dans la main - Partie 2

TW : mention de sang et de violence


Le chant de la chasse s'était répandu dans toute la propriété avec l'arrivée d'un groupe. Avec les armoiries de sa maison brodées sur sa tenue, il n'y avait pas de doute à avoir sur l'identité du chef. Enfants et adultes observèrent avec admiration le Lord Gryffondor sur le dos de sa monture, accompagné de ses gens et de sa meute de chiens. Il leva bien haut son bras et salua fièrement ses invités sans poser le pied à terre. L'heure n'était pas à la discutaille ou au simple remplissage de panse. Le son du cor avait résonné car les armes devaient se lever.

— Montez sur vos chevaux, il est temps ! s'exclama le Lord de ces terres.

Une acclamation générale s'ensuivit. Les hommes répondirent à l'appel, grimpant sur les chevaux et préparant leurs flèches.

Salazar, toujours aux côtés de son ami et de ses sœurs, regarda l'attroupement se former. Le jeune héritier n'avait jamais trop compris pourquoi les grands appréciaient autant la chasse. Cette pratique purement moldue avait été appropriée par les plus grandes familles de leur société, prétextant qu'arracher l'âme d'un animal était, en réalité, une activité fort distrayante. Pourtant, dans les récits les plus anciens qu'il avait pu lire dans la bibliothèque de son père, les animaux avaient toujours eu une part importante pour les sorciers. Les mœurs changeaient avec les années, sans qu'il ne sache réellement pourquoi.

De là où il était, Salazar admira la prestance du Lord Gryffondor. Celui-ci tenait son arc en main, dégageant l'énergie d'un guerrier prêt à se lancer dans la bataille. Pourtant, l'enfant savait bien que les chasseurs ne craignaient pas grand-chose. Les seuls dans l'histoire qui allaient goûter au fer n'étaient autres que les proies.

Il vit son père, le Lord Serpentard, s'approcher de la tête du groupe et échanger quelques mots avec lui. Qu'étaient-ils en train de se dire ? Salazar souhaitait se tenir près de son paternel et écouter avec attention leur discussion, mais une pression sur sa manche l'en arrêta.

La main qui le retenait appartenait à Godric.

— Dis, tu vas chasser avec moi, hein ? On va former une super équipe tous les deux !

Le ton enjoué de Godric et sa question firent douter Salazar. Évidemment qu'il serait heureux de passer ce moment avec lui, mais il était si rare qu'il puisse passer du temps avec son père de cette façon. Le Lord Serpentard avait, pour habitude, le nez plongé dans ses ouvrages et seulement ses recherches à la bouche. Ici, en plein milieu d'une chasse, Salazar était convaincu qu'il pourrait voir une autre facette de lui.

— Je...En fait...

En le voyant hésiter, Godric perdit subitement son sourire pour le remplacer par une mine triste.

— Tu vas me laisser tomber ?

Tel un pieu se plantant dans son cœur, Salazar perdit subitement son souffle. Il lança un rapide coup d'œil en direction de son père avant de revenir sur le visage de son ami.

— Non ! J'étais...juste étonné que tu me veuilles avec toi, prétexta-t-il. Je ne suis pas très bon à la chasse.

Il avait fini par avouer ça en baissant son regard vers le sol, soudainement intimidé. Salazar craignait qu'il se moque de lui à cause de son piètre niveau. Contrairement aux autres gamins de son âge, il n'avait pas maintes occasions de manier l'arc ou l'épée.

Godric lui tapa amicalement l'épaule, son sourire éclatant de retour sur ses lèvres.

— T'as pas à t'en faire, avec moi, tu vas devenir le meilleur chasseur de tous les temps ! Allez, faut qu'on les suive, sinon on va devoir rester au banquet.

Sur ces mots, Godric se mit à avancer dans la même direction que le groupe, s'arrêtant rapidement près d'un servant pour récupérer un arc et un carquois plein. Salazar n'avait qu'à faire de même et à rejoindre le reste des chasseurs. Cependant, il laissa son regard partir vers la table où les femmes des seigneurs discutaient et les enfants grignotaient. Il remarqua Velia, assise sur une chaise proche de celle de sa mère, en train de le fixer avec attention. Persuadé qu'elle souhaitait simplement les suivre, il lui accorda un sourire. La fillette, en recevant une telle marque de sympathie, se jeta dans les robes de sa mère pour s'y cacher.

Salazar, incapable de comprendre ce qui avait pu la gêner là-dedans, tourna le dos aux festivités pour rejoindre son ami.

Comme faits d’un seul même corps, les différents groupes qui s’étaient formés avancèrent dans les bois. La horde de chiens, qui se tenait en tête de file, menait la danse à coups d’aboiements et de grognements. Le son des tambours résonna, annonçant le vrai départ de la chasse.

Les deux garçons étaient à pied à cause de leur âge. Dans quelques années, ils pourraient se tenir près de leurs pères, mais pour l'instant, ils devaient se contenter de leurs jambes. Aujourd'hui, il n'y avait qu'un seul vrai but : ramener le plus beau gibier. Pour les plus téméraires, ils pouvaient viser des spécimens plus volumineux et plus durs à chasser. Sur le dos d'une monture, c'était tout à fait envisageable. Tandis qu'à pieds, Godric et Salazar ne pouvaient qu'espérer attraper des petites proies.

Cela aurait pu se faire ainsi, si le jeune lion ne s'était pas donné un autre objectif.

Discrètement, il se mit à se séparer du groupe dans lequel ils s'étaient retrouvés, prêt à se carapater dans une autre direction.

— Où vas-tu ? Les autres vont de l'autre côté, demanda Salazar, loin de s'être éloigné de lui.

— Chuuut ! Ne fais pas de bruit et suis-moi, lui murmura Godric en regardant tout autour d'eux.

Quand il fut certain que personne n'allait les voir, il le tira pour qu'ils se cachent dans un buisson. Salazar, pris légèrement au dépourvu, lâcha un petit cri. Il sentit la main de Godric venir se plaquer sur sa bouche pour l'empêcher de se plaindre. Déjà que l'endroit n'était pas confortable, avec des branches qui leur griffaient le visage et le dos, Salazar n'appréciait guère le traitement qu'il recevait. Au loin, ils entendirent le bruit des sabots et les aboiements s'éloigner petit à petit, jusqu'à ce que la forêt redevienne silencieuse. Au moment où Godric ne perçut plus le moindre son provenant de toute la horde de chasseurs, il sortit en trombe du buisson pour se jeter contre l'écorce d'un arbre pour s'y frotter le dos.

— Aaaah que ça me gratte ! se plaignit-il. Satanés buissons, je devrais les faire couper pour en faire du petit bois !

À son tour, Salazar quitta leur cachette en tentant d'atteindre son dos avec ses doigts.

— Bon, je peux savoir maintenant pourquoi on s'est séparé des autres ? demanda-t-il en essayant de garder son calme. Si nos pères finissent par voir qu'on n'est pas là, ils vont...

— T'es pas un peu trouillard sur les bords ?

Le jeune serpent sentit ses joues chauffer et la honte monter. Il resserra sa prise sur le bois de son arc et répondit avec plus de ferveur.

— J-Je ne suis pas un trouillard ! C'est juste que...que je ne comprends pas. On devait rester avec les autres mais t'as voulu qu'on se cache.

— Je t'ai promis de t'aider à devenir le meilleur des chasseurs. Si on était resté avec les autres, je peux t'assurer que tu n'aurais pas pu toucher la moindre bestiole. Eh oui, tu serais rentré avec le carquois plein et même pas une pauvre peau à montrer à ton paternel, répondit-il en ramassant son arc. Avoue que ça t'aurait rendu triste de ne pas pouvoir l'impressionner.

Les sourcils de Salazar se froncèrent à mesure qu'il comprit où voulait en venir Godric. Lui rapporter une belle fourrure à la fin de cette chasse allait-il réellement l'aider à voir de la fierté dans le regard de son père ? Était-il même capable de vraiment impressionner le Lord Serpentard ?

— Je ne suis pas trop sûr de ça...Père préfère plutôt que je réussisse à lire des textes en langue ancienne plutôt que de tuer une bête.

— T'as déjà essayé ?

Une hésitation le prit et il chercha dans sa mémoire un souvenir qui pourrait s'y apparenter.

— Non.

— Alors tu ne peux pas savoir sans avoir tenté !

Dans la bouche de Godric, tout paraissait bien plus simple. Il n'hésitait pas, lui, il agissait. Et même si Salazar ne le connaissait pas depuis longtemps, il avait la conviction que c'était dans les habitudes de ce Gryffondor. Godric savait vivre sans avoir la peur d'échouer, contrairement à lui.

— Imagine la tête de ton père quand il te verra revenir avec quelque chose sous le bras, alors que d'autres auront les mains vides. Il n'aura pas d'autre choix que de te féliciter !

— Tu le penses vraiment ?

— Bien sûr ! Tu me fais confiance, non ?

Tous les deux se regardèrent, se jaugeant avant qu'ils n'échangent un sourire complice.

— Je te suis.

Godric poussa un cri de victoire tout en s'approchant pour lui donner une tape dans le dos.

— C'est ça que je voulais entendre ! rit-il avant de tourner son visage dans une direction précise. On devrait aller vers l'Est, ça nous évitera de croiser quelqu'un. À nous les fourrures !

Ce fut ainsi qu'ils empruntèrent le cap choisi par Godric, s'enfonçant sans crainte dans la forêt. Les deux garçons, entre des silences et des regards attentifs, s'échangeaient des messes basses pour passer le temps et apprendre à se connaître. Parfois de légers rires s'échappaient de leur bouche tandis que les minutes s'envolaient à mesure que leur marche continuait.

Salazar, remarquant qu'aucune proie ne venait à eux, se mit à penser qu'ils allaient rentrer bredouilles. Au lieu de le dire à son ami, il préféra continuer ce manège, appréciant sa première escapade avec un garçon de son âge. S'il avait été tout seul, Salazar aurait tout fait pour retrouver le reste des chasseurs et se présenter au plus vite auprès de son père pour se sentir rassuré. Là, ce n'était pas le cas avec Godric. Il ne ressentait pas de peur en voyant les arbres défiler ou le soleil commencer à décliner, car il savait au fond de lui que le jeune lionceau était capable de les ramener avant que la nuit ne tombe.

Salazar n'avait pas eu besoin de le lui demander, il lui avait suffi de le voir agir. Godric était dans son élément. Au beau milieu de la nature, l'héritier des Gryffondor semblait être comme chez lui, ses yeux percevant des choses que Salazar était incapable de discerner. Il lui rappelait ce fameux peuple des forêts qui savait lire dans les murmures du vent.

La tranquillité de l'instant se brisa quand l'allure de Godric changea subitement. Il fit signe à Salazar de s'arrêter, son regard braqué sur un détail invisible.

— Qu'as-tu vu ? souffla Salazar en scrutant les environs.

— Ne bouge pas, lui ordonna-t-il en préparant une flèche.

À quelques mètres d'eux, un pelage orangé dépassait des feuillages. Le renard, qui leur tournait le dos, s'affairait à gratter la terre avec ses pattes. Salazar ne savait pas ce qui se cachait là-dessous, mais ça semblait assez important pour accaparer l'attention de l'animal.

Le corps de Godric se tendit comme la corde de son arc. Sa respiration prit un rythme plus lent et, d'un geste souple, il leva son arme pour pointer sa flèche en direction du buisson. Il décocha, fendant l'air de sa flèche. Un couinement de douleur leur parvint, leur assurant qu'il avait bien touché sa cible.

— Tu l'as eu !

— Ce n'est pas terminé, répliqua-t-il en fonçant droit sur le buisson. Je te l'avais dit ! Il a réussi à s'enfuir, mais il est blessé, il n'a pas pu aller bien loin. Je reviens !

Sans attendre sa réponse, Godric s'en alla, suivant les traces de sang laissées par le renard. Salazar respecta sa demande en restant là, l'attendant patiemment qu'il revienne avec sa proie. Cependant, le temps paraissait bien plus long et la forêt plus intimidante quand son ami n'était pas près de lui. Il commença à se balancer d'avant en arrière, à jeter des regards dans tous les coins et à tenter de penser à autre chose. Malgré ses efforts pour ne pas se sentir mal, la solitude le rendait plus anxieux.

Sa patience vola en éclat quand un craquement se produisit non loin de lui.

— Godric ?

Pas de réponse enjouée, ni de boucles cuivrées à l'horizon. Ce n'était pas son ami qui venait de faire ce bruit. Salazar avala difficilement sa salive avant de laisser place à la peur en entendant un second son non identifié. Tel un animal apeuré, il prit ses jambes à son cou, empruntant le dernier chemin où il avait vu Godric.

— Godric ! Godric, où es-tu ?! scanda-t-il avec la panique qui lui retournait les tripes.

Où était passé le rayon de soleil ? Sans lui, les ombres de la forêt s'étaient renforcées et venaient lécher ses chevilles d'enfant. Il avait beau courir, appeler de toutes ses forces, il n'arrivait pas à retrouver celui en qui il avait confiance. Et si quelque chose avait emporté son précieux ami ? Et si Godric l'implorait de venir le sauver ? Que ferait-il ?

Plongé dans un niveau d'affolement qu'il n'avait jamais ressenti, Salazar ne faisait plus vraiment attention à ce qui l'entourait. Dans sa précipitation, il coinça son vêtement dans une branche et tomba tête la première dans une mare de boue. Salazar poussa un son plaintif en relevant son visage boueux. Ses mains l'extirpèrent de là et il put voir le désastre qu'était devenue sa tenue.

— C'est à ton goût la boue ?

Ces mots, prononcés dans un rire cristallin, provenaient juste au-dessus de lui. Salazar, surpris, releva ses yeux vers leur provenance. Celui qu'il cherchait avec tant de désespoir l'observait depuis la branche d'un arbre, grand sourire aux lèvres et le corps d'un renard pendant autour de son cou.

— Tu te crois drôle ?! ronchonna Salazar en se relevant. Tu m'as laissé tout seul et-et...

Il se retint de parler plus en sentant des larmes traitresses monter aux bords de ses yeux. Découvrir que Godric allait bien l'avait tellement rassuré sur le coup, qu'il avait du mal à ne pas exploser devant lui. Le soulagement était trop fort, trop brut. Puis, maintenant qu'il n'était plus seul, la peur s'était évaporée de ses épaules.

Godric descendit prestement de son perchoir pour venir près de lui. Il n'y avait plus de sourire moqueur sur son visage. Seulement de l'inquiétude et du regret.

— Je ne pensais pas qu'il irait si loin avec sa blessure. Hm...Rah...Je...Je suis désolé, bredouilla-t-il en se grattant l'arrière de la tête.

Les excuses de son ami vinrent peu à peu sécher le bord de ses yeux et, après un dernier coup d'œil énervé, il lâcha un soupir en revenant vers ses vêtements.

— Mon père va me massacrer, fit-il en tirant sur sa chemise où les armoiries de sa famille avaient disparu sous la couche de boue.

Godric observa le désastre et finit par en rire.

— Tu me fais penser à un sauvageon comme ça, rit-il en essuyant une partie de sa joue. Je le savais que ça t'irait mieux d'être un peu sale ! Tu fais trop propre sur toi, Sali.

Entre le geste sur sa joue et le surnom que venait de lui affubler Godric, Salazar ne sut pas trop comment réagir. Trop propre sur lui, disait-il ? Mais c'était ce qu'on attendait de lui. D'être irréprochable en tout temps et de représenter la maison Serpentard avec grandeur. C'était ça, son rôle d'héritier. N'était-ce pas pareil pour lui ?

— Je veux qu'on rentre.

— Mais tu rigoles ?! Tu n'as même pas décoché une flèche ! On ne peut pas rentrer tant que tu n'as rien attrapé !

— Je n'arriverai jamais à toucher quoique ce soit...Et je commence à avoir froid.

Durant une brève seconde, il aperçut de la déception dans le regard de son ami. Ce fut rapide, mais pas assez pour que Salazar ne le remarque pas. Godric aurait sûrement voulu qu'il pousse sur ses limites, qu'il se donne entièrement à la chasse comme lui le faisait. Pourtant, il le savait. Ils étaient totalement différents.

Lui aussi, il aurait préféré être comme lui. Spontané. Débordant d'énergie. Brillant comme le soleil...Tout ce qu'il n'était pas. Salazar l'enviait, car Godric semblait être la personne la plus libre sur Terre.

Redressez-moi ces épaules, Salazar


Salazar entendait distinctement la voix de son père lui répétant cet ordre quotidien. Se tenir droit. Le visage bien relevé. Les épaules assurées. Même au beau milieu de nulle part, il ne pouvait oublier son rang.

Il attendit que Godric se décide à les guider, mais celui-ci ne bougeait pas d'un pouce. Il le fixait en silence. Qu'espérait-il de plus ?

Après un moment à peser le pour et le contre, Godric enleva le corps du renard d'autour de son cou pour le déposer sur celui de Salazar. La fourrure de l'animal vint chatouiller l'arrière de sa nuque et lui procura une soudaine chaleur, apportant avec elle le poids de l'animal sans vie.

— C'est pour toi, lui souffla-t-il avec un sourire plus léger. Ça devrait te réchauffer le temps qu'on marche jusqu'à chez moi. S'il devient trop lourd pour toi, tu me dis, je le porterai...On y va ?

Envolée la déception dans les yeux verts du jeune Gryffondor. Il n'y restait plus que cette lueur qui définissait Godric. Ce feu follet qui l'avait hypnotisé par la pureté de sa danse.

Salazar baissa un peu son regard et hocha de la tête comme toute réponse. Il comptait le suivre sans émettre de nouvelles plaintes, surtout pas après avoir reçu ce beau présent. De sa main libre, il avait porté ses doigts salis jusqu'au renard pour les perdre dans son pelage orangé. Peut-être qu'ainsi affublé, il n'avait plus rien de la prestance qu'on exigeait de sa personne, mais Salazar avait l'impression d'être le plus chanceux du monde avec cette prise autour du cou.

Ils rebroussèrent chemin, Godric menant leur duo. Derrière, Salazar marchait en essayant de faire abstraction du poids sur ses épaules. En rentrant, ils pourraient présenter le renard aux plus grands et son ami bénéficiera des acclamations qui lui reviennent de droit.

C'était ce à quoi il pensait quand il perçut dans un coin un mouvement près d'un arbre. Salazar se figea, son arc n'ayant pas quitté sa main. Il faillit appeler Godric pour qu'il se retourne, car celui-ci n'avait pas vu l'ombre qui venait de bouger. La raison lui indiquait de le prévenir, puisqu'il était un vrai chasseur confirmé. Tandis que son égo, lui, lui susurrait que c'était sa seule chance de prouver sa valeur.

Qu'est-ce que ça pouvait lui coûter de tenter sa chance ?

Une flèche se glissa dans son arc. La corde se tendit sous la pression de ses doigts. Il visa avec toute la force qu'il possédait dans ses bras.

— Sali ?

Il sursauta et lâcha la prise autour de la corde.

Elle claqua. La flèche partit. Elle fusa si vite que Salazar voit à peine sa trajectoire. Il était certain qu'elle allait se planter plus loin dans la terre et qu'il n'allait rien toucher.

Alors, pourquoi le rien venait de pousser un cri douloureux ?

Salazar lança un regard surpris vers Godric. Celui-ci lui rendit. Il venait de toucher quelque chose !

Les deux enfants se précipitèrent vers l'arbre d'où la flèche était partie. Salazar chercha ardemment ce qu'il avait réussi à toucher par miracle. Il vit d'abord le rouge carmin sur le sol, puis un pelage sombre. Une mini truffe. Des oreilles arrondies. Des petites pattes dotées de longues griffes.

Un ourson.
Il avait tiré sur un ourson.

L'animal blessé glapissait tout en rampant sur le sol à cause de l'une de ses pattes. La flèche l'avait transpercé et l'empêchait de s'enfuir. Salazar avait réussi. Aussi étrange que ça pouvait paraître, son tir avait fait mouche.

Salazar pensait qu'il allait entendre la voix de Godric le féliciter. Bien qu'il ne soit pas encore mort, il leur suffisait de l'achever et de le ramener avec le renard. Les adultes n'allaient pas en revenir !

Pourtant, ce ne fut pas l'engouement qui arriva jusqu'à ses oreilles.

Il sentit la main de Godric attraper brusquement son épaule et l'attirer en arrière. Il se plaça devant lui, le cachant dans son ombre. Dans ces quelques secondes où le temps sembla s'arrêter, Salazar croisa les yeux de Godric.

C'était la première fois que le vert de son regard était teinté par la terreur.

— FUIS !

Ce fut son dernier mot, avant qu'une forme ne se dresse devant eux.

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- #066ccb - Coucou Rapeltout -- Son petit Moine Gras -- Préfète InRP de Février 2051 à Juin 2051-- merci à Sage pour le vava <3
Semeuse de Discorde - Projectile de qualité supérieure - Méméline