Jusqu'au bout du monde

Recueil d’OS dans le cadre de l’Inktober de Serdaigle
Utilisation des PNJ Donatella Vane, Dural Vane et Omeo Vane
CHAPITRE I. Gnome aux poivres
CHAPITRE II. Anteoculatia
CHAPITRE III. Saule Cogneur
CHAPITRE IV. Ventpoulpe
CHAPITRE V. Dragon
CHAPITRE VI. Étoiles
CHAPITRE VII. Table
Dernière modification par Noa Vane le 7 oct. 2026, 23:48, modifié 7 fois.
Jusqu'au bout du monde
Gnome au poivre

Australie
31 octobre 2047
31 octobre 2047
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Le paquet était aussi sombre que la nuit, et un petit gobelin aux airs de diable se promenait sur sa couverture, un bocal à la main, ses yeux jaunes brillant dans le noir du sachet qui recouvrait les friandises. On les devinait à peine, sous cette épaisse couche de papier. Mais Noa les savait là, petits morceaux de sucre prêts à la faire ressembler à une locomotive — d'après les dires de son cousin, à un dragon, plutôt, pour l'Australienne.
Et c'était pour ça qu'en ce jour très spécial pour les enfants d'Europe, elle s'était procuré ce petit sachet. Futile pour ceux qui ne savaient rien, mais pour Noa, c'était la clé du plus merveilleux, du plus divin déguisement d'Halloween. Loin du classique Voldemort que de nombreux petits sorciers s'évertuaient à imiter, elle en avait trouvé un bien plus impressionnant.
Un dragon.
Ces grosses créatures cracheuses de feu qui effrayaient jusqu'aux Moldus qui n'en avaient jamais vu. Déguisement qui devenait ô combien majestueux une fois associé à ces gnomes au poivre.
C'était ainsi que le dragon apparut.
Il n'était peut-être pas aussi grand que ceux des livres, ni aussi impressionnant que ceux que les sorciers racontaient dans leurs histoires, mais Noa avait fait de son mieux pour lui donner toute la majesté qu'exigeait une créature de cette envergure. Une vieille couverture verte reposait sur ses épaules et s'étendait derrière elle en deux immenses ailes, maintenues par quelques ficelles qui menaçaient de céder à chaque mouvement. Sur sa tête trônaient deux cornes de carton, soigneusement découpées puis fixées dans ses cheveux, sur le sommet d'un vieux serre-tête.
Sa queue, elle, était composée de trois écharpes nouées les unes aux autres et terminées par une chaussette remplie de feuilles mortes. Elle traînait derrière elle dans l'herbe, s'accrochant aux branches et manquant parfois de faire trébucher sa propriétaire, mais Noa n'y prêtait aucune attention.
Un dragon ne regardait pas où il mettait les pieds.
Et puis, il restait la pièce maîtresse de son costume. Les gnomes au poivre. Elle en avait coincé quelques-uns entre ses dents, les joues déjà gonflées de sucre, prête à les éclater dès qu'elle apercevrait l'ombre d'un adulte, quel qu'il soit, pour prétendre qu'une flamme lui sortait des narines lorsqu'elle soufflerait.
Devant sa mère, elle agita ses bras, faisant battre ses deux ailes de couverture, puis croqua son gnome au poivre. Une petite gerbe de fumée s'échappa aussitôt de sa bouche.
— Regarde ! Regarde ! Je suis un dragon !
408 mots
Jusqu'au bout du monde
Anteoculatia

Australie
02 septembre 2047
02 septembre 2047
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— Eh papa, regarde ça !
La fillette se précipita vers son père, un livre aussi épais que son bras serré contre elle, avant de le lui fourrer sous le nez. Aussi excitée qu’un lutin de Cornouailles, elle avait tant de choses à raconter que les mots se bousculaient dans sa petite bouche, tandis qu’elle guettait la réaction de son père avec une attention rare. Elle avait déniché le bouquin dans la grande armoire. Celle que seuls les adultes pouvaient atteindre. Mais elle, elle avait réussi ! Ça faisait d’elle une presque grande, du coup. Une presque grande qui devrait bientôt avoir le droit à sa propre baguette magique, et même à son propre balai. Tous les grands en avaient, après tout. Avec un tel attirail, elle pourrait faire plein de choses ! Et notamment lancer le sort qu’elle tentait désespérément de faire lire à son père. Anteoculatia. Il permettait de faire pousser des bois sur n’importe quoi — et n’importe qui.
— Anteoculatia ? Mais où est-ce que tu as trouvé ce bouquin, Noa ?
Il se pinça l’arête du nez dans un long soupir. La grande bibliothèque n’était pas grande par hasard, après tout. Il aurait bien voulu que sa fille reste tranquille quelques années de plus avant de trouver le moyen d’y accéder. Mais c’était mal connaître Noa que d’espérer la voir résister longtemps à un livre rempli de sortilèges.
— T’as vu, papa ? Ça fait pousser des bois sur les gens ! Tu crois qu’avec des bois, je pourrais devenir amie avec un cerf ? Peut-être qu’on pourrait se comprendre, entre personnes à bois !
Son sourire s’étira davantage, comme si elle venait de découvrir une idée absolument géniale. Après tout, les cerfs avaient des bois, elle pourrait en avoir aussi, alors pourquoi est-ce qu’ils ne pourraient pas se comprendre ? C’était logique, non ? Un petit rire s’échappa de son père, qui la regardait avec affection, sa lassitude déjà bien loin derrière lui.
— Peut-être bien.
Il n’en fallut pas plus pour que Noa se laisse emporter par son enthousiasme et s’échappe vers de nouvelles idées. Ses yeux s’illuminèrent tandis qu’elle baissait de nouveau le nez sur les pages du livre, à la recherche d’une autre solution à son problème.
— Tu crois que ça marche aussi avec des bois en carton ? Il doit pas trop faire la différence !
En plus, elle en avait, du carton. C’était bien plus facile à trouver qu’une baguette magique, et elle n’aurait même pas besoin d’attendre d’être grande pour s’en servir. Elle pourrait fabriquer des bois, les accrocher sur sa tête et aller voir les cerfs. Bon, il faudrait peut-être leur expliquer pourquoi elle avait des bois qui ne ressemblaient pas tout à fait aux leurs, mais ça, elle trouverait bien une solution.
Elle referma brusquement le livre et le serra contre elle, déjà prête à se lancer dans sa nouvelle aventure.
— J’vais essayer !
491 mots
Jusqu'au bout du monde
Saule Cogneur

Australie
03 avril 2047
03 avril 2047
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L’enfant était là, étendue de tout son être sur le grand lit qui meublait sa chambre. Un doux ronronnement s’échappait de ses lèvres tandis que ses bras chétifs serraient un poulpe qui semblait avoir perdu tout son rembourrage initial. Ses tentacules, aussi plates que les draps, se mêlaient à la bave de l’enfant jusque dans sa bouche. Un cri plus rauque, plus épais que les autres retentit dans la pièce. Ce n’était pas l’étrange peluche qui agonisait, mais bien Noa, qui ne cilla pas dans son sommeil.
Pour elle, ses pieds étaient plongés dans l’eau mordante — et pourtant si douce au contact de sa peau — du lac Noir. L’ombre de l’école qu’avait fréquentée sa mère la recouvrait et la surplombait. Elle était si grande, si imposante que l’enfant en resta muette. Non loin de là se dessinait un épais saule qui secouait ses branches recouvertes d’une épaisse couche de neige immaculée. Noa crut même l’apercevoir éternuer sous la brise mordante de l’hiver écossais. Quelques élèves riaient non loin de la scène qui se jouait dans leur dos, trop inconscients pour admirer la prestance d’un tel arbre.
Dans les songes de l’enfant, une batte se dévoila entre deux branches. Il aurait fait un très bon batteur pour Poudlard, il avait le nom parfait. Saule cogneur.
Avec la promesse de le recruter quand son heure serait venue, Noa ouvrit ses yeux gonflés de sommeil et émergea bien loin de Poudlard, de l’Écosse et de l’Europe. Auprès des vagues et des rochers d’Océanie.
251 mots
Jusqu'au bout du monde
Ventpoulpe

Australie
22 février 2047
22 février 2047
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Les feuilles blanches étalées, superposées les unes aux autres, tapissaient la chambre d’une épaisse couche immaculée. Au milieu de ce mont blanc se trouvait Noa, armée de trois crayons de couleurs vives et d’une gomme en forme de caneton qui n’avait pas l’air de gommer grand-chose.
Du haut de ses sept ans, la fillette se considérait comme une grande dessinatrice aux multiples distinctions, la seule peintre qui avait l’honneur d’être exposée dans la grande galerie qu’était le réfrigérateur de la cuisine. Si bien que, depuis plusieurs mois, elle n’avait pas lâché ses trois pauvres crayons, maintenant à peine plus grands que son petit doigt.
Durant cette période, qui n’avait finalement pas été si courte, la muse de ses œuvres avait beaucoup varié. Sa mère et son père y étaient passés, immortalisés dans de sublimes caricatures. Poilu aussi avait eu droit à son portrait, tout de jaune gribouillé. Mais quand l’entièreté de son entourage — y compris les poissons qu’elle apercevait parfois au bord de l’eau — eut été dessinée, il lui fallut trouver d’autres inspirations. Après tout, un artiste explorait toutes les pistes.
C’est alors qu’elle s’était mise aux illustrations. D’abord celles des légendes des Chocogrenouilles, puis toutes les petites histoires que ses parents lui racontaient à l’heure du dîner. Une créature magique qui avait fui son père, un juron qui avait vexé sa mère… Mais sa préférée restait le petit récit qu’avait conté une amie de sa mère, lorsqu’elle était venue d’Angleterre jusqu’en Australie.
Elle avait raconté une drôle d’histoire, qui lui venait de la fille de son cousin. Une fille qui avait été répartie à Serdaigle, en plus ! Elle avait expliqué qu’une membre de sa promotion avait râlé auprès des adultes pour repeindre la salle commune en violet et remplacer l’aigle par un poulpe. Noa comprenait, les poulpes, c’était très mignon. Elle aurait même voulu appeler cette maison Ventpoulpe. La fillette était sûre qu’elle s’y plairait, là-bas. Si leur animal était un poulpe, ils devaient bien aimer la mer, non ?
— Ah !
Enfin, ses doigts se refermèrent sur la fameuse esquisse. Toute de violet vêtue, une étrange forme remplissait le blanc de la feuille, tandis que deux yeux noirs fixaient l’enfant. Si cette maison existait, Noa était sûre qu’elle serait comme ça.
377 mots
Jusqu'au bout du monde
Dragon

Australie
14 novembre 2047
14 novembre 2047
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Elle en avait vu un, de dragon. Un vrai de vrai.
Son corps, aussi jaune que le soleil, ressortait dans le turquoise de l'eau qui l'entourait, tandis qu'une vingtaine de nageoires violettes s'échappaient de sous sa peau. On aurait dit des feuilles qui jouaient doucement avec les vagues, tant elles dansaient au rythme de leur musique. Et puis, il y avait son corps : il était long et tout petit, comme une brindille qui aurait appris à nager. Noa n'aurait jamais cru cela possible. Ses deux yeux semblaient la regarder, aussi profonds que les abysses, et la fillette était époustouflée.
Il fallait que son père voie ça.
Alors, précipitée, elle s'avança dans l'eau, les pieds s'enfonçant dans le sable humide tandis que ses yeux ne quittaient plus le petit dragon. Il était toujours là, à quelques mètres d'elle, ondulant doucement entre les vagues, ses nageoires violettes dansant autour de lui comme de petites feuilles emportées par le courant.
— Attends ! Bouge pas !
Noa s'accroupit dans l'eau et tendit les mains, avançant avec toute la délicatesse dont elle était capable. Elle avait très envie de l'attraper, mais elle se disait qu'un dragon pouvait sûrement mordre. Ou cracher du feu. Peut-être même les deux. Alors, lorsqu'il passa juste devant elle, elle referma doucement ses mains autour de son petit corps et le souleva hors de l'eau.
Elle resta un instant immobile, les yeux grands ouverts.
Il était encore plus joli de près.
Ses petites nageoires feuillues frémissaient dans tous les sens, certaines se collant contre son corps avant de repartir avec un mouvement délicat. Il était si petit que Noa pouvait presque le tenir dans ses deux mains. Elle approcha son visage, fascinée, et observa ses yeux qui semblaient la fixer à leur tour.
— T'es vraiment un dragon...
Elle avait parlé tout bas, comme si elle venait de découvrir un secret que personne d'autre au monde ne connaissait.
Puis elle se rappela de son père.
— PAPA !
Elle se retourna si brusquement qu'une vague vint lui éclabousser les jambes.
— PAPA ! VIENS VOIR !
Son père leva la tête depuis la plage et reconnut aussitôt le ton qui annonçait une nouvelle découverte révolutionnaire. Il se redressa tandis que Noa se mettait à courir vers lui, l'eau éclaboussant ses jambes et ses cheveux collés contre son visage, les deux mains tendues devant elle pour protéger sa trouvaille.
— REGARDE ! REGARDE CE QUE J'AI TROUVÉ !
Elle arriva devant lui, essoufflée, et leva fièrement ses mains. Le petit animal s'y tortillait encore doucement. Son père se pencha immédiatement vers lui et un sourire attendri étira ses lèvres.
— Oh. Un dragon des mers.
Noa cligna des yeux et releva le regard vers l'adulte, impressionnée.
— Tu le connais ?
— Oui. Ça vit tout près d'ici.
Il observa quelques secondes ses nageoires, puis son petit corps allongé.
— Celui-ci est probablement encore jeune.
Noa ouvrit de grands yeux, et un sourire lui envahit le visage.
— JE LE SAVAIS !
Elle brandit presque son dragon sous le nez de son père avant de se raviser, de peur de lui faire mal.
— C'est pour ça qu'il est petit ! Quand il sera grand, il sera énorme ! Et puis tu vois ! Je savais qu'il y avait des dragons dans la mer !
Son père eut un petit rire attendri. Il s'accroupit devant elle et regarda à nouveau le petit animal, puis sa fille, qui semblait beaucoup trop heureuse d'avoir enfin trouvé une preuve de ce qu'elle racontait depuis probablement des semaines.
— Je n'ai jamais dit le contraire, Noa.
Elle le fixa quelques secondes, comme si elle venait de découvrir qu'il lui avait caché une information capitale.
— Si, mais tu ne m'avais jamais dit qu'ils étaient comme ça !
Elle baissa les yeux vers le petit dragon qui frémissait doucement entre ses doigts. Ses nageoires violettes bougeaient avec chacun de ses mouvements, lui donnant l'air d'être couvert de petites feuilles vivantes.
— Regarde ses feuilles ! Il se cache sûrement dedans pour que personne ne le trouve.
— C'est justement un peu le but. Elles l'aident à se fondre dans son environnement. Quand on ne sait pas qu'il est là, on peut facilement le prendre pour une plante.
Noa releva lentement la tête vers son père, certaine d'avoir compris quelque chose d'important.
— Donc il est très intelligent.
Un instant, son père la regarda avant qu'un nouveau rire lui échappe.
— Disons qu'il est surtout très bien adapté à son environnement.
Noa réfléchit sérieusement à la différence, les sourcils légèrement froncés, puis hocha la tête comme si elle avait tout compris.
— Oui. C'est ce que j'ai dit.
Son père sourit davantage et passa doucement un doigt au-dessus de l'une des petites nageoires, sans vraiment la toucher.
— Il est joli, hein ?
— Il est magnifique !
Elle rapprocha le dragon de son visage, fascinée par chacun de ses mouvements.
— Papa, tu crois qu'il peut devenir mon ami ?
Le sourire de son père s'adoucit encore. Il regarda sa fille serrer délicatement ses mains autour de l'animal, avec cette précaution maladroite qu'elle avait chaque fois qu'elle était face à quelque chose qu'elle trouvait précieux.
— Tu peux rester un peu avec lui et l'observer. Mais après, il faudra le remettre dans l'eau. Il a besoin de retourner chez lui.
Noa fronça légèrement le nez.
— Même si je lui promets de lui donner un nom ?
— Même avec un nom.
— Et si je lui donne un très joli nom ?
Son père eut un petit sourire.
— Ça ne changera malheureusement rien.
Elle soupira, profondément déçue par cette injustice, avant de regarder de nouveau le petit dragon avec un air complice.
— D'accord. Mais je choisis quand même son nom avant de le rendre à la mer.
— Ça, je veux bien te l'accorder.
Noa retrouva aussitôt son sourire. Elle se mit à examiner l'animal sous tous les angles, ses yeux suivant chacune de ses petites nageoires comme si elle cherchait le nom parfait parmi elles. Son père, lui, resta accroupi à ses côtés, amusé de la voir réfléchir avec autant de sérieux.
— Je vais l'appeler... Feuille. Non. Feuilly.
Son père haussa un sourcil, luttant visiblement contre un sourire.
— Très original.
La fillette leva fièrement les yeux vers lui.
— Merci.

1066 mots
Dragon des mers feuillu
Dragon des mers feuillu
Jusqu'au bout du monde
Étoiles

Australie
17 août 2047
17 août 2047
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La mer était calme.
D'un calme si profond qu'elle semblait avoir oublié le mouvement. Pas une vague ne venait mourir sur le rivage ; seulement de longues ondulations, lentes et presque imperceptibles, parcouraient sa surface comme le souffle d'une créature endormie. L'eau, noire sous la nuit, s'étendait jusqu'à l'horizon sans qu'on pût distinguer où finissait la mer et où commençait le ciel.
Le silence lui-même paraissait immense pour l'enfant.
Par instants, une mince écume venait frissonner contre les pierres, avec un murmure si discret qu'il ressemblait davantage au soupir de la mer qu'à un bruit véritable. Puis tout redevenait immobile. Le monde semblait retenir son souffle.
Au-dessus d'elle, le ciel s'était ouvert.
La lune avait disparu, laissant aux ténèbres leur royaume le plus ancien. Alors les étoiles étaient apparues, innombrables, comme si quelque main divine avait répandu sur le velours noir du firmament une poignée de poussière d'argent. Certaines brûlaient avec une lumière blanche et froide ; d'autres, plus lointaines, n'étaient guère que de minuscules braises tremblantes dans l'immensité.
Et peu à peu, il devint impossible de dire où s'arrêtait le ciel.
Car les étoiles avaient trouvé leur chemin jusqu'à la mer.
Sur l'eau parfaitement sombre, leurs lueurs se brisaient en milliers de fragments tremblants. Chaque ondulation recueillait une parcelle du firmament, la faisait danser quelques secondes, puis la rendait à la nuit. De longs chemins de lumière apparaissaient et disparaissaient sans cesse, comme si des portes s'ouvraient un instant sous la surface avant de se refermer.
On aurait dit que la mer ne reflétait pas les étoiles. On aurait dit qu'elle les avait englouties.
Elle respirait doucement. Les étoiles brûlaient au-dessus d'elle. Et entre les deux, dans ce silence où la terre semblait avoir disparu, il n'y avait plus qu'un seul ciel — immense, noir et constellé — qui descendait jusqu'aux pieds de la famille.
Noa se serra plus fort encore contre sa mère, le regard indétachable du spectacle qui se jouait sous ses yeux.
— Maman...
Sa voix n'était presque qu'un murmure, comme si parler trop fort risquait de faire disparaître les étoiles.
— Tu crois qu'elles sont vraiment dans la mer ?
358 mots
Jusqu'au bout du monde
Table

Australie
03 décembre 2049
03 décembre 2049
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Avec une table, énormément de choses sont possibles. Il y a les méthodes classiques, que la plupart des gens utilisent, telles qu’entreposer des affaires dessus ou bien manger avec. Et puis, il y a les méthodes détournées, souvent mal vues par les parents, mais drôlement plus amusantes. Et Noa était plutôt adepte de ces dernières.
D’une table, elle avait déjà rêvé faire une forteresse, qui lutterait avec elle contre les attaques ennemies d’Omeo. Une fois, elle avait aussi pensé en faire un bateau pirate, prêt à l’emmener jusqu’en Écosse, retrouver sa chère Lili. Mais au final, lorsque la fameuse table fut enfin en sa possession, une dernière solution s’offrit à elle. Drôlement plus fun.
L’embrun iodé de l’écume lui chatouillait les narines, tandis que les vagues mouraient sur le rivage australien. Et Noa, du haut de sa montagne, contemplait le spectacle, sa table joliment disposée à ses côtés.
Sa camarade du jour n’était pas bien neuve. Le vernis, usé par le temps, avait déserté le bois comme de l’huile se serait répandue dans l’eau, et l’un des pieds ne tenait plus, à peine fixé par quelques clous que Dural Vane avait pris soin de couvrir lors de son présent à sa fille. Cette table, Noa l’avait vue toute sa vie dans la grande maison des Vane, mais avant, elle était un peu plus jolie.
Mais beaucoup moins fun, il fallait se l’avouer.
Alors, puisqu’elle était là, au sommet de cette immense dune, Noa n’avait plus qu’à essayer.
Elle grimpa sur la table et s’installa au beau milieu du plateau, les jambes repliées contre elle, avant de saisir les deux côtés du bois comme s’il s’agissait des rênes d’un véritable attelage. La pente s’étendait devant elle, immense et dorée, jusqu’au rivage où les vagues venaient s’écraser dans un grondement régulier.
Une luge, c’était bien. Un bateau pirate, c’était mieux. Mais une table capable de dévaler une dune entière pour finir sa course presque directement dans l’océan ? Ça, c’était une aventure.
— Accroche-toi, petite table.
Elle tapota affectueusement le bois avant de se redresser, le visage soudain très sérieux. Il fallait bien respecter le protocole lorsqu’on s’apprêtait à partir à l’aventure. Elle donna une première petite poussée du pied.
Et soudain, la pente se mit à défiler sous elle.
— WOUHOU !
La vieille table prit de la vitesse, ses pieds rebondissant contre le sable tandis que les écharpes qu’elle avait nouées à l’arrière — parce qu’un véhicule de course avait forcément besoin de décorations — fouettaient l’air derrière elle. Noa riait si fort qu’elle en avait mal au ventre, agrippée au bord du plateau alors que sa montagne improvisée filait de plus en plus vite.
Le vent lui fouettait le visage, le sable volait autour d’elle et l’océan, autrefois si loin, semblait maintenant se rapprocher à toute allure. Noa aurait peut-être dû avoir peur. Mais elle était bien trop occupée à rire.
Et puis, après quelques secondes qui lui semblèrent beaucoup trop courtes, la table quitta finalement le sable de la dune dans un dernier bond et atterrit lourdement sur le rivage. Le plateau bascula, une vague vint aussitôt engloutir ses pieds, puis une deuxième éclaboussa ses jambes jusqu’aux genoux.
La fillette éclata de rire, tandis que l’eau salée continuait d’engloutir sa pauvre embarcation.
544 mots