Toi qui m'empêches de me perdre
Reducio
- Votre PJ est présent ? oui
- Nom et prénom du PNJ (+ lien avec votre PJ + utilisation "actif" ou "prétexte") : Nahele Weaver, ami, PNJ actif
- Lien vers la fiche du PNJ : post de l'index
- Intérêt d'utiliser ce(s) PNJ dans ce RP précis pour votre PJ : Écrire la vie d'Alyona à l'IMSM, développer ses amitiés, l'aider à s'affirmer, l'accompagner dans son autonomie et dans l'indépendance de ses opinions.
Nahele Weaver
Ce sujet se fera recueil d'OS et me permettra de regrouper des textes d'un ou de plusieurs posts autour de la relation entre Nahele et Alyona et d'événements de leur vie quotidienne.
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1. Se perdre pour mieux se retrouver
29 SEPTEMBRE 2048, 13H30
COULOIRS, IMSM,
Alyona, 18 ans,
COULOIRS, IMSM,
Alyona, 18 ans,
Septembre se termine bientôt, et avec lui, mon premier mois d'étude à l'Institut. Pourtant, malgré ce temps bien court, j'ai l'impression de n'avoir jamais appris autant sur ce qui me passionne que durant ces quatre semaines. Peut-être parce que tous mes cours ne sont dédiés qu'à cela ? Entrer ici fut compliqué, mais y rester est un bonheur. Plus j'apprends, plus je me rends compte qu'une seule année à l'IMSM sera en réalité très frustrant. J'ai la sensation que j'ai encore tant à connaître, à découvrir ! Je ne veux pas me retrouver trop vite dans le monde professionnel ; je ne me sens de toute manière pas prête pour cela. J'ai besoin, auparavant, de faire mes preuves, de m'affirmer, et d'étudier tout ce qui m'intéresse, jusqu'à avoir les bras et le crâne plein de savoirs. Comment pourrai-je être prête à me faire une place dans le monde si je ne le connais pas ? Plus j'étudierai, plus je prendrai confiance, et c'est cela qu'il me faut.
Je m'échappe du réfectoire en quelques foulées, suivant un groupe d'élèves plus âgés. Dans ce flot d'étudiants insaisissable, en perpétuel mouvement et bien plus solide que moi, j'ai du mal à exister. Je me fais encore emporter par les vagues et le courant. Je suis sans racine, sans repère, sans habitat. Comme une braise qui tenterait de brûler mais qui est piétinée. Alors, je m'accroche, demeure droite, persiste à y croire. Je ne serai pas de ces petites fleurs si banales qu'on ne les remarque pas, qui éclosent avant d'être perdue de vue par le soleil ; je ne serai pas une feuille morte qui craque sous des pas étrangers ; je ne serai pas une note en bas de page qu'aucun œil ne finit par retrouver ; je ne serai pas juste une étoile dans un ciel constellé ; je serai mieux. Peut-être pas grande, ni remarquable, ni mémorable, mais unique. Mon portrait ne finira pas accroché quelque part mais il ne sombrera pas dans les abysses d'un passé qui semble lointain. Je veux, dans cet établissement, parvenir à laisser ma trace. Mais les semaines défilent avec le soleil et je me bats toujours contre le courant. Pourtant, je sais qu'un jour je saurai passer à travers. Il coulera contre mon corps sans parvenir à me faire bouger.
Il faut que je trouve une salle d'étude. Mais où aller ? Quel chemin prendre ? Ils se ressemblent tous. Je n'arriverai jamais à retenir les plans de cette école, et ce n'est pas faute d'essayer. A chaque fois que je dois me rendre d'un lieu à l'autre, je suis des groupes d'élèves. Ne se rendent-ils pas logiquement dans une direction semblable à la mienne ? Parfois, j'ai peur qu'un jour, certaines personnes me remarquent et me regardent avec méfiance en constatant que je les suis. Ce comportement a de quoi attirer les soupçons, et avec eux les ennuis. Je ne veux d'aucun d'eux, et je préférerai m'en tenir éloignée. D'autres fois, je crains de me retrouver bien loin de là où je souhaite aller, et d'être plus perdue encore que je ne pouvais l'être. Cela m'arrivera si je n'apprends pas à me repérer.
En ce moment, je repense souvent à Nahele. Je ne l'ai plus revu depuis notre rencontre. Il y a de nombreux élèves ici, alors c'est plutôt logique. Mais j'aimerais bien le revoir, lui reparler. Ne nous sommes-nous pas bien entendus ? Ce serait agréable de le retrouver au détour d'un couloir. Cependant, comment le chercher si je suis incapable de me repérer dans cet établissement ? Et si je me perds, comment être sûre qu'il me retrouvera ? Je devrai probablement le chercher au réfectoire, ou venir tard dans celui-ci pour l'y retrouver, mais je crains qu'il ne soit accompagné. Néanmoins, si je laisse le hasard faire, qui peut dire que nous nous reverrons prochainement ? Il serait peut-être temps que je prenne en main mes envies.
Je marche toujours derrière ce groupe bruyant de cinq étudiants que je me suis mis à suivre à ma sortie du hall. Ils discutent entre eux de cours et de leurs devoirs. C'est pour cela que je les ai suivis. S'ils parlent du travail qu'ils ont à faire, il y a des chances pour qu'ils s'apprêtent à le réaliser. N'est-ce pas ? Pourtant, ce n'est que maintenant, alors que le doute envahit doucement mon esprit, que je prends soin d'écouter plus attentivement ce qu'ils disent. Et s'ils s'en allaient dans une tout autre direction ?
Ils sont en médicomagie. En deuxième année. D'après le sujet de leur conversation, probablement en spécialité auxiliaire de soin. Vont-ils travailler ou se rendre à un cours ? Merlin, je n'en sais rien. Ne parlent-ils pas d'un professeur ? Alors, peut-être ont-ils effectivement cours. Mon coeur s'accélère brusquement. Mais alors, comment retrouver mon chemin ? Où m'emmènent-ils ? Sûrement pas là où je souhaite aller.
Il faut probablement que je m'éloigne, que je les quitte tout de suite. Et après... après je verrai.
Alors, au prochain carrefour, je vais à gauche quand le groupe va à droite. Mes sourcils sont froncés. Je sens l'angoisse grimper dans mes poumons comme une plante rampante. Invasive. Intrusive. Il faut que je trouve un chemin que je connais. Je peux me faire confiance. Je le dois. Mon instinct ne m'a-t-il pas déjà permis de me diriger dans la bonne direction ?
Je ne prends même pas le temps de m'arrêter pour réfléchir. Je continue, j'avance. J'arriverai bien un jour dans une salle d'étude. Ou même à la bibliothèque. Oh, tout endroit calme me conviendrait. Je ne peux pas me prendre la tête là-dessus, le plan de l'Institut suffit déjà à jeter sur mes pensées de lourds nuages gris.
Ainsi, je poursuis mon chemin sans savoir dans quelle direction. Jusqu'à ce que des éléments commencent à me paraître familiers. Là, je ralentis, étonnée. Où suis-je pour reconnaître les lieux ? Pourquoi cette fenêtre face à moi me semble-t-elle si significative ? Je choisis de faire demi-tour.
Et puis je l'aperçois. Il est en train de descendre un escalier, un pied sur une marche et l'autre sur une deuxième. Pensif, il a les sourcils froncés. Je sursaute presque de le reconnaître, là, ici. Me suffit-il donc de me perdre pour le retrouver ?
« Serais-tu perdu ? » lancé-je en m'approchant, un grand sourire sur les lèvres.
Nahele se tourne vers moi, surpris. L'inquiétude qui semblait s'être imposée à son visage disparaît comme s'il venait de souffler dessus.
« Peut-être pas. »
Quelle réponse énigmatique ! Elle ne veut pas dire grand-chose. Cependant, je ne relève pas l'étrangeté qu'elle apporte, trop heureuse de voir l'étudiant pour m'inquiéter de quoi que ce soit d'autre. D'ailleurs, maintenant que je l'observe, j'ai la sensation d'avoir une petite idée de l'endroit où je me situe. C'est vague et léger comme la rosée, mais je ne peux nier cette impression. N'est-ce pas là le début de grandes choses ?
Nahele remonte l'escalier pour s'approcher de moi. Il a un visage fatigué et tient sa baguette du bout des doigts.
« Et toi, perdue ? » Il y a de l'ironie dans sa voix, j'en suis certaine. Il s'attend à une réponse positive de ma part. Je ne la lui donnerai pas. Moi aussi, je sais user d'humour. « Eh bien non, répondis-je. Je te cherchais. »
Par le plus grand des hasards, mais ce n'est pas là quelque chose que je peux dire. Mon orgueil a besoin de se savoir protégé.
Nahele sourit à ma remarque, étonné par celle-ci.
« Oh ! Tu trouves donc tes repères. »
Je l'observe les yeux plissés. N'est-il pas un repère ? Merlin, cela m'amuse. Moi que l'inquiétude attaquait de nouveau. Je trouve en sa présence de quoi apaiser mes angoisses.
« Il semblerait, oui. »
Si je hausse les épaules pour trahir une certaine humilité, la fierté me brûle les ailes et les joues. Je m'améliore ! Je reconnais des lieux ! Je retrouve des étudiants ! N'est-ce pas formidable ? Oui, je trouve mes repères, mes points d'accroche. Bientôt, je marcherai dans cette rivière en en connaissant les crevasses. Je ne glisserai plus sur les pierres humides. Et mon dos restera droit, mes épaules en arrière, ma tête haute. Je porterai l'étendard de ma fierté sur le dos.
L'ancien Poufsouffle hoche la tête avant de passer une main dans ses cheveux. Ne semble-t-il pas ailleurs ? Son regard m'échappe, s'enfuit. Qu'est-ce qui le tracasse ? J'aimerais pouvoir lui poser la question, mais je ne le connais pas assez pour me le permettre. Alors, mon sourire se tasse un peu et mes sourcils se froncent doucement. Je ne suis pas arrivée au bon moment.
Je devrai m'en aller, il est évident que Nahele est contrarié par quelque chose. Dans ces moments-là, n'est-ce pas mieux de se retrouver seul avec soi-même ? Je devrai peut-être lui proposer mon aide, lui tendre la main. Ne serait-ce pas un geste appréciable qui pourrait l'aider ? Cependant, je me sens intimidée. Pas à la hauteur. En quoi pourrai-je lui être utile, moi qui ne le connais pas et moi qui suis incapable de me repérer ici ? Je pourrai faire de ses problèmes les miens, mais en ai-je le droit ? Nous nous sommes à peine parlé. Ne le prendrait-il pas mal ? Je me sens mal à l'aise et je ne sais plus quoi dire. J'essaye de me donner une contenance en persévérant à sourire, mais c'est difficile. Mon regard ne cesse de chercher le sien qui trébuche sur le monde. Comment le rattraper ?
« Pourquoi me cherchais-tu ? Je peux t'être utile en quelque chose ? »
Il est souriant, avenant. Il ne paraît même pas dérangé, tout juste surpris. Pourtant je sens bien, d'une manière inexplicable, qu'il est préoccupé.
Sa question me prend au dépourvu. Pourquoi le cherchais-je ? J'ai parlé bien vite, et il me faut maintenant m'expliquer, trouver une raison qui en vaille le coup. Il ne faut pas que je dise n'importe quoi. Je serai bien incapable d'assumer le fait que je pensais simplement à lui et désirais le revoir. Il me faut une excuse plus concrète, plus utile. Les caprices ne sont pas des raisons.
« Je voulais... » Je fais le vide dans mon crâne pour saisir les idées, les occasions. « Je voulais te proposer de dîner avec moi cette semaine. »
Et s'il avait déjà des plans pour chacun de ces dîners ? Mon cœur cogne vite. L'angoisse me ronge les ongles. Je parle sans réfléchir. Je ne le devrai pas.
« Ou plus tard. Pour discuter un peu. Avoir une bonne compagnie. »
Je rattrape mes peurs avec un sourire. Surtout, ne montrer aucun doute. Garder la tête haute et les idées fixes. Je sais ce que je fais ; je veux ce que je fais. Je ne crains rien.
« Oh ! » La surprise revient sur son visage, si bien que celui-ci ne paraît même plus contrarié. Merlin, ce serait amusant que je sois parvenue à le distraire de ce qui occupait ses pensées avec mes paroles irréfléchies ! Le hasard fait de belles choses.
« Ce serait avec plaisir, » conclut-il.
Mes poumons poussent un soupir. Je relâche ma respiration. Je ne suis peut-être pas l'idiote que je croyais être. Cependant, j'aurais dû réfléchir davantage.
« Mais ce soir je ne pourrai pas, je suis navré. » Il regarde de nouveau au loin, comme s'il pouvait voir quelque chose qui m'était invisible. « C'est une période chargée. Mais peut-être demain. Cela t'irait ? »
Je ne demande rien de plus et hoche la tête. Demain ! C'est bien tôt. Avais-je des plans particuliers ? Non, non. Demain, c'est parfait. C'est tôt mais parfait. Que lui dirai-je ? Est-ce une sorte de rendez-vous ? Oh Merlin, j'aurai bien assez de la nuit pour y penser. Que c'est étrange ! Il ne faut pas que j'y réfléchisse trop maintenant. Plus tard, plus tard.
« Oui oui, » affirmé-je promptement.
Il sourit et me regarde quelques secondes, sans rien dire. Je suis suspendue à ce regard qui me perfore la peau. J'ai l'impression qu'il voit en moi comme si rien ne me recouvrait. Je me sens sans défense. Mais je sais que ses yeux ne brûlent pas. Ils se retirent d'ailleurs bien vite.
« Parfait. » Il piétine, se retourne. « Excuse-moi, je vais devoir te laisser... » Il grimace en observant l'escalier d'où il venait. « Le travail m'attend. »
Le travail, bien sûr.
« Pas de soucis, moi aussi. »
Les pensées toutes retournées, j'avance pour aller à droite dans le couloir. Je vais dîner avec Nahele. Je ne pensais pas que je dînerai avec Nahele. Merlin.
« Les salles d'étude sont à gauche ! me crie-t-il brusquement.
— Oh ! C'est vrai. Merci. »
Heureusement, il ne peut pas voir les rougeurs sur mes joues tandis que je fais demi-tour, honteuse. Un jour, je saurai me repérer dans cet établissement. Et ce jour-là, peut-être Nahele et moi pourrons nous dîner plus souvent ensemble.
Dernière modification par Alyona Farrow le 21 avr. 2025, 13:30, modifié 8 fois.
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baisse de présence jusque fin juillet
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Toi qui m'empêches de me perdre
2. (s')Étudier
2 OCTOBRE 2048, 17H23
BIBLIOTHEQUE, IMSM,
Alyona, 18 ans,
BIBLIOTHEQUE, IMSM,
Alyona, 18 ans,
La bibliothèque de l'Institut est probablement un de mes endroits préférés de l'établissement. À l'écart du bâtiment principal et dans une décoration beaucoup moins austère, elle se révèle grande et passionnante. J'ai appris il y a peu qu'elle était là depuis la création de l'école, en 1597. C'est assez fou de se balader dans ses rayons, entre les hautes étagères de bois sombre, parmi tous les livres dont certains ont été rédigés des siècles avant le nôtre. Je ne vois pas les heures passer quand j'y suis, comme si j'oubliai les secondes sur mon chemin. Malgré le temps, les ouvrages sont dans un état incroyable. Ils semblent n'avoir jamais connu la poussière ou l'usure. Cependant, on sent en les feuilletant le poids des années qui les ont portés. Découvrir une bibliothèque, c'est comme redevenir enfant : on se perd, on a les yeux écarquillés, la bouche grande ouverte, les doigts volants, fouillant, touchant tout ce qui peut l'être, on se sent soulevé par un émerveillement et une passion qui effacent toutes les peines. C'est comme un monde nouveau qui n'attend que d'être découvert. Alors, dès que quelques heures me sont offerte dans mon emploi du temps, je me glisse en ce lieu, un immense sourire sur les lèvres. C'est ici que je me sens pousser des ailes.
Une pile de livres sur ma gauche et un manuel de biomagie végétale dans les mains, j'échappe doucement à l'emprise du temps, à l'abri des regards. Tandis que je lis, le monde autour de moi se floute, comme s'il n'existait plus vraiment. Il y a des bruits dans la salle, des bruits de pas, de livres qu'on prend, de tissus, mais je ne les entends pas. Quelques personnes s'installent sur des tables de lecture près de la mienne, mais je ne les vois pas. On me frôle pour observer de plus près les ouvrages que j'ai pris et qui m'entourent, mais je ne le sens pas. Mon univers se résume à ces mots que je parcours et note ensuite dans un carnet. Je réfléchis, je m'étonne, j'apprends. C'est simple, mais cela m'apporte tellement de plaisir. Pour rien au monde je ne voudrais être ailleurs qu'ici. La chaise en bois a beau être inconfortable et les grincements de la table désagréables, ce n'est pas important. Ils n'existent pas vraiment. Seuls demeurent ce que j'ai sous les yeux et ce qui me coule dans le crâne. C'est une rivière de connaissances. Non, un torrent ! Et c'est beau, Merlin, que c'est beau. Je crois que je ne suis à l'IMSM que pour cela : lire, et apprendre, et comprendre. Alors, toutes les difficultés que j'ai traversées pour avoir accès à ce savoir me paraissent bien peu. Qu'est-ce que je n'aurais pas donné pour tout cela ?
Ainsi, les heures passent dans le plus agréable des silences. Et elles auraient pu passer ainsi encore longtemps jusqu'à ce qu'on vienne m'interrompre.
« Une ancienne Serdaigle, cachée depuis des heures dans une bibliothèque... Ce n'est pas très original ça. »
Je relève brusquement la tête et offre un grand sourire à l'étudiant qui me fait face. Nahele !
« Je n'ai jamais dit que j'étais originale, » précisé-je, amusée.
Depuis notre étrange entrevue dans les couloirs datant d'il y a déjà quelques jours, l'ancien Poufsouffle et moi avons passé un peu de temps ensemble. Il est d'une compagnie agréable, et j'ai la sensation que nous nous entendons plutôt bien. Nos tempéraments ont tendance à s'accorder et à se compléter. Nous sommes tous deux calmes, réfléchis et assez altruistes. Pour avoir déjà discuté avec lui lors de dîner en sa compagnie, je crois savoir que le plaisir que je prends à le côtoyer est plutôt réciproque. Alors, nous essayons de nous voir de temps en temps, même le temps d'un repas, pour apprendre à se connaître. Quand il est là, je me sens bien.
Aujourd'hui, il n'a plus cet air contrarié que je lui trouvais il y a quelques jours. Si je n'en sais pas plus sur ce qui le préoccupait, j'ai la sensation que cela s'en est allé. Tandis qu'il s'installe en face de moi et lance un sort pour qu'on ne nous entende pas, je l'observe. Sa peau mate, ses cheveux bruns qui partent dans tous les sens, ses yeux clairs, son nez droit. L'étudiant en médicomagie est plutôt beau pour un garçon. Et il a ce sourire charmant qui souffle un air chaud sur mon coeur. Je pense que le voir me fera toujours sourire, moi aussi. C'est dans ce qu'il dégage. Il me rappelle à moi-même.
Il se penche sur mes livres, le regard sérieux.
« La biologie végétale... C'est donc cela qui t'intéresse dans la botanique ? »
Je hausse les épaules. « Pas que, à vrai dire... Mais je ne saurai pas limiter mon intérêt à un seul point. Tout me plaît dans ce que j'étudie. »
C'est vrai : plus j'apprends et plus cela me passionne. Si, avant, je pensais m'engager dans la médicomagie, aujourd'hui je ne regrette pas du tout mon choix. La botanique, c'est ce qui m'a toujours plu. C'est là que je me retrouve, c'est grâce à cela que je me sens exister. Apprendre, comprendre, étudier, et mettre tout ce que je sais au service des autres, c'est ce que je veux faire. C'est probablement un des points que j'ai en commun avec l'ancien Jaune, ce désir de travailler pour les autres, et non pour soi.
« C'est une bonne chose. Au moins, tu ne t'es pas trompé de voie. »
Heureusement, pensé-je, ce n'est pas simple d'arriver ici. Se tromper d'orientation serait bien dommage.
« Et pour l'avenir, où penses-tu que cela te mènera ? »
Nahele ne cessera pas de m'étonner. Qui aurait crû qu'après m'avoir croisé par hasard ici, il en serait venu à me parler de mon avenir, de ce que je veux devenir, après s'être assis face à moi ? Merlin, je pense que cela fait partie des points qui me surprennent chez lui : je ne sais jamais ce qu'il va dire, ce à quoi il pense. C'est comme si son visage était une belle façade qui ne permettait pas d'en voir l'intérieur. Les rideaux sont tirés et la porte est fermée. Le soleil fait briller les pierres de la bâtisse, mais des pièces qui la composent, on ne sait rien. Cela m'étonne, mais cela ne me dérange pas. C'est ce qui lui donne toute son aura scintillante.
Mes lèvres esquissent un sourire discret tandis que je fronce un peu les sourcils.
« Je ne sais pas... Tu sais, je ne me vois pas travailler pour moi, mais je ne supporterai pas l'idée d'être ailleurs que près d'une serre. Je veux continuer à apprendre, mais je veux partager tout cela. Enfin... » J'hésite. L'avenir est si brumeux ! À peine visible. « C'est compliqué d'y voir clair. »
Il acquiesce, ses yeux marron plongés dans les miens.
« Je comprends. »
Je saisis brusquement l'occasion qu'il m'offre pour reporter la discussion sur lui.
« Et toi, alors ? » demandé-je rapidement.
Ma vivacité semble l'amuser. Il y a cette lueur qui passe dans son regard, celle qui brille un peu.
« Eh bien, je suppose que mon avenir m'entraînera vers la Nouvelle Sainte-Mangouste, me répond-il, comme si c'était simple.
— Mais ? » Car, je le sens, il y en a un. C'est dans sa manière de le dire, il s'est trahi volontairement. Voulait-il que je cherche à en savoir plus ? Merlin, je réfléchis encore trop.
Son sourire s'agrandit doucement. « Mais je n'aime pas Godric's Hollow. »
Je fronce les sourcils et m'enfonce dans ma chaise. Alors, le problème, c'est la capitale ? Il n'avait pas l'idée de faire quelque chose de plus grand, de plus audacieux, de plus osé ? Son seul soucis, son seul inconvénient, c'est l'emplacement de ce nouvel hôpital destiné à sauver des vies ? Et en même temps, je ne peux m'empêcher de penser que je le comprends. Travailler à Godric's Hollow, ce n'est pas optimal. Cela n'a rien à voir avec l'environnement de l'IMSM. Il n'y a pas la nature qu'il y a ici, ou ailleurs en Angleterre et en Écosse. C'est beaucoup plus terne.
Une petite moue se glisse sur mes lèvres, mais je hoche doucement la tête.
« Je vois. J'habite là-bas. » J'hésite un instant, mais les paroles viennent toutes seules. « Ma mère est Secrétaire d'État au Secret Magique. »
En suis-je fière pour le dire de cette manière ? Peut-être. N'est-ce pas un rôle important ? Même dans un gouvernement bien peu apprécié ? Mais c'est ma mère. Je ne peux pas en avoir honte. C'est mon sang, ma famille, mon exemple.
Si Nahele est surpris par ma déclaration, il ne l'exprime pas. Au contraire, un étrange voile gris passe dans son regard. Cela m'inquiète, mais je n'en montre rien.
« Mon père est moldu. Si je travaille à Godric's Hollow, il n'aura plus accès à une grande partie de mon existence. Il ne pourra même pas aller sur mon lieu de travail. »
L'inquiétude se transforme brutalement en un souffle froid qui me fait doucement frémir.
« Oh. »
Je ne sais pas quoi dire d'autres. Je ne peux pas dire que je comprends, je n'ai aucun parent moldu. Pour être honnête, c'est bien la première fois que je pense à un cas de figure comme le sien, et aux problèmes que cela entraîne. Si mon père était moldu... Cela me fait frissonner. Non, je ne veux pas y penser. Mais Merlin, qu'il n'ait pas accès à toute une partie de sa vie... Comment faire pour empêcher cela ? Nahele est un sorcier, il sera forcément amené à travailler dans une ville sorcière. Alors, il n'y a pas de solution. Son père devra juste renoncer à connaître cette partie de la vie de son fils. « Juste », par Circé. L'accepterai-je, moi ? Probablement pas. Pourtant, il semble là que ce soit la seule issue. Deux mondes qui ne pourront jamais vivre ensemble, cela demande des sacrifices, aussi douloureux soient-ils. Doit-on pour autant chercher à faire changer les choses ? Ce sont là des questions qui m'entraînent vers des terrains glissants. Je ne veux pas y aller, alors je m'accroche au présent. Mon livre, mon carnet, Nahele.
Je ne poursuis pas la discussion, ni ne demande à mon ami s'il a d'autres plans en tête pour son avenir. Nous échangeons encore sur quelques futilités, puis l'ancien Jaune va chercher un livre qu'il ouvre face à moi. Alors, tous deux plongés dans nos lectures, nous tissons le silence. Parfois, nous sommes contraints de tout interrompre quand une pensée passe trop vivement dans notre esprit, nous invitant à prendre la parole. Alors, nous discutons en murmurant à propos de ces sujets que nous lisons. Ceux de Nahele sont bien différents des mieux, mais il me plaît aussi de les découvrir.
Je ne saurai pas dire combien de temps nous restons là, tantôt suspendus au silence et au présent, tantôt marchant côte à côte sur les voies que tracent nos mots. Toutefois, au bout de cette durée indéterminée, Nahele finit par se lever pour quitter la bibliothèque. En partant, il me dit « à demain » et cela me fait sourire.
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3. Voir au-delà de soi
6 OCTOBRE 2048, 19H02
CAFÉTÉRIA, IMSM,
Alyona, 18 ans,
CAFÉTÉRIA, IMSM,
Alyona, 18 ans,
Ce soir, la mer est agitée. En passant dans les couloirs, on l'entend se heurter avec violence aux côtes, comme si elle souhaitait, une fois pour toutes, les conquérir. Vengeuse aux larmes salées. Médée au coeur brisé. Elle ne me rassure pas, mais je commence à m'habituer à sa présence. Elle a quelque chose de majestueux, de régalien. Certes, elle n'est pas calme comme le Lac Noir l'était, mais elle a l'avantage de ne pas être aussi sombre que lui. Et puis, elle est loin. Que puis-je redouter de sa part, moi qui suis mise à l'abri par la magie et la distance ? Elle ne brisera pas mon navire. Pour cela, il faudrait qu'elle avale déjà le littoral.
Je pousse la porte de la cafétéria, me coupant définitivement du hurlement de la tempête qui frappe l'Institut. À cette heure, les tables commencent à se remplir. Les odeurs s'emmêlent, sœurs d'une soirée. Je repère rapidement Nahele, déjà installé sur une petite table, à l'avance comme à son habitude. Cette fois, il occupe son temps en écrivant. Sous ses doigts, un parchemin est posé, de plus en plus noircit à mesure que mon ami y trace ses mots. Révise-t-il pour ses cours ? Répond-il à une lettre ? Écrit-il pour un journal ? Quand je m'approche, il lève les yeux sur moi et je baisse les miens sur sa feuille. C'est une lettre.
« Salut. »
Sa voix est chaude, comme si c'était elle qui avait avalé le soleil en cette fin de journée.
Je relève le regard vers lui. « Salut. » Un sourire du bout des lèvres quand mes yeux croisent les siens.
Je m'assieds en face de Nahele et pose mes mains sur la table de bois. Il reprend sa rédaction. Je ne le dérange pas avec des questions, mais je l'observe silencieusement. Il a déjà écrit beaucoup. C'est pour quelqu'un qui, à ses yeux, a de l'importance. Il trace les mots rapidement, en souriant de temps en temps. Est-ce parce qu'il sait que je l'observe et que cela l'amuse ? Je n'en suis pas si sûre. J'ai l'impression que c'est ce qu'il écrit qui le fait sourire. Alors, sa lettre est pour une personne qu'il apprécie. Un membre de sa famille ? Un ami ? J'en connais si peu sur lui. J'ai peur de poser trop de questions, ou de ne pas en poser assez par crainte. S'il ne me dit rien, comment puis-je apprendre à le connaître ? Mais je ne veux pas m'imposer, le contraindre à se dévoiler. Je préfère l'observer sourire.
L'étudiant de deuxième année me jette un regard curieux, presque amusé. Quelque chose en lui pétille, brille un peu plus fort que chez les autres. Il m'attire à lui comme la lumière attire certains papillons.
« J'écris à mon petit frère. » Oh. Il a répondu à ma question sans que je ne la pose. Je dissimule ma surprise pour le laisser poursuivre. Si j'ouvre la bouche, il risque de s'arrêter. « Avec mon père, c'est le seul de la famille à ne pas être sorcier. Enfin, pour ma petite sœur, rien n'est encore sûr puisqu'elle n'a pas encore l'âge de recevoir sa lettre, mais je pense qu'elle l'aura. Pour lui, c'est différent. Il ne l'aura jamais. »
Ne jamais aller à Poudlard. C'est dur à imaginer. Le puis-je seulement ? Je ne comprendrai jamais ce que son petit frère ressent, moi qui ai grandi avec la quasi-certitude d'étudier dans une école de magie. Vivre chez les moldus est à mes yeux plus une peur qu'un chemin. Comment puis-je penser à ce que cela fait d'être moldu dans une famille de sorcier ? Mon éducation, à cette pensée, en frissonne presque. J'ai même du mal à me dire « et si tout avait été différent ? ». C'est trop lointain. Je ne peux pas apercevoir ce type de possibilité. Ce n'est pas mon monde. C'est étrange, se sentir limité de cette manière. Cela me met mal à l'aise sans que je ne sache l'expliquer.
Je rejette ces sensations désagréables d'un clignement de paupière. Surtout, ne pas y penser. Incapable de me mettre à la place de ce petit frère que je ne connais pas, je me recentre sur moi-même. Sans m'en rendre compte, j'installe des œillères. Je me protège.
« Alors parfois, je pense qu'il a du mal à trouver sa place. Il demande silencieusement à ce qu'on lui porte de l'attention. Ne pas être comme nous est douloureux pour lui. Il a besoin d'être rassuré, de savoir qu'on ne l'oublie pas, qu'il est important malgré son statut. »
Cela, je peux l'imaginer. Il n'a pas eu la chance d'être sorcier, de sentir la Magie, de la toucher. Il ne l'aura jamais. Il y a là quelque chose d'horrible. En cela, sa détresse m'est compréhensible. Le monde magique me paraît bien plus riche et merveilleux que celui des moldus. Qu'une personne soit triste de ne pas pouvoir le connaître me semble normal. Tous les moldus ne devraient-ils pas ressentir cela ?
Pourtant, je demeure mal à l'aise. Je n'aime pas ce sujet de conversation. Il m'éloigne de Nahele, me rappelle que lui et moi sommes différents. J'ai des privilèges de par mon statut. Mon rapport aux moldus n'est pas le même que lui. Nous ne sommes pas pareils. Cela jette sur mes sentiments des teintes contrastées. Il remet en question ce qu'on m'a appris, ce qu'on m'a répété, ce qu'on m'a fait croire. Et s'il y avait d'autres points de vue que celui de mes parents ? Et s'ils se trompaient ? Et si, moi, je me trompais ? Cela fait quelques années que je me questionne, que j'y réfléchis. Pourtant, je n'arrive pas à progresser sur ce sujet. Je demeure bloquée, à mi-chemin, incapable d'aller au-delà de certaines pensées. Nahele me confronte à mes limites, à mes fragilités.
Je suis un peu tendue. Si je n'ose plus parler, c'est autant parce que je ne sais pas quoi dire que parce que j'ai peur de défendre les idées de mes parents en m'avançant sur ce terrain si incertain.
« Tu n'aimes pas ce sujet. »
Ce n'est pas une question, c'est une évidence. D'ailleurs, Nahele ne lève pas les yeux de sa lettre. En cela, il me fait un cadeau. Je n'aurais pas pu supporter son regard. En remettant en question les idées qu'on m'a enseignées, il me fait comprendre qu'il ne les partage pas.
« On t'a appris à détester les moldus. »
Là encore, ce n'est pas une question. Cependant, elle réveille en moi une certaine fierté, une forme de vanité que sous un autre point de vue, j'aurais détestée.
Je m'arrache au silence et ressens le besoin de me défendre de ce qui me semble être une forme d'accusation.
« J'ai juste grandi loin d'eux. »
Nahele pense-t-il que je suis comme les autres Sang-Pur, dédaigneuse et haineuse envers les moldus ? Par Merlin, ils restent des êtres humains ! Je ne suis pas la méchante de cette histoire. Non, je n'ai rien fait de mal. Par Circé ! Je n'aime pas cette conversation, je n'aime pas ce qu'il se passe.
Mon visage se ferme. Je détourne le regard. Je ne veux plus parler de cela.
« Excuse-moi, j'ai été dur. »
Nahele s'est tourné vers moi. Quand mon regard se risque à l'observer, ses iris s'ancrent dans les miens. Il y a une forme de délicatesse dans ce contact. C'est comme s'il prenait ma main pour la serrer. Il s'excuse et je lui pardonne. Parce qu'il y a de la sincérité dans ses paroles, il y a du naturel dans mon pardon.
Je lui adresse un léger sourire pour lui faire comprendre mes sentiments. « C'est rien. » Mais n'en parlons plus, s'il te plaît. Cela me met mal à l'aise.
Je me lève pour aller chercher de quoi manger. Nahele m'accompagne. Nous ne disons rien, tous deux plongés dans nos pensées. Les miennes ne sont pas tournées vers mon statut de sang et les moldus. Je repousse ce sujet bien loin de moi pour me concentrer sur des faits plus légers et moins complexes. Mes réflexions vagabondent, glissent à chaque fois que quelque chose de nouveau tombe dans le puits de mon regard. J'échappe à tout ce qui tente de m'enfermer, je virevolte de fleur en fleur. Je m'épuise à fuir ce qui me dérange.
Enfin, je retourne m'asseoir à la table que Nahele et moi occupions, mon assiette entre les mains. Je m'installe en silence, bien vite rejoins par mon ami.
C'est à moi de parler, sinon il gardera l'impression que je lui en veux, alors que ce n'est pas le cas. Je sais que parfois, l'étudiant en pédiatromagie fait exprès de me déstabiliser. Je ne pense pas qu'il le fait pour un plaisir malsain, plutôt pour observer ma réaction, comprendre mes limites, mes imperfections. C'est assez dérangeant dans le sens où cela me met dans une position de vulnérabilité. Pourtant, je ne me sens jamais en danger à ses côtés. Le terrain reste stable, jamais il ne penche, jamais je ne vacille. Il le fait avec une certaine douceur et s'arrête quand il sent que je suis mal à l'aise. J'ai la sensation que cela le démange, mais qu'il ne peut pas s'empêcher de le faire, surtout au sujet de mon rapport aux moldus. Souhaite-t-il me faire changer d'avis, m'influencer ? Je ne sais pas, je ne le comprends pas encore très bien.
« Tu as une grande famille ? » demandé-je avant de porter ma fourchette à ma bouche.
L'étudiant hoche la tête et me sourit. Il pose ses avant-bras sur la table, le visage dirigé sur le côté, comme s'il regardait derrière moi. Je ne me retourne pas, j'aurais peur d'avoir l'air ridicule en le faisant.
« Un peu. » Il commence à manger. Le silence s'étire tandis que je l'observe. « J'ai une petite soeur de huit ans, Ruth, un frère de douze ans, Mareth, et une soeur de dix-sept ans, Kaliska. Elle est à Gryffondor, tu l'as probablement déjà vue. »
Je hausse les épaules en souriant. « J'ai une terrible mémoire en ce qui concerne les noms et les visages, mais je l'ai sûrement déjà croisée. »
Poudlard est grand, mais les années d'études proches des miennes sont peuplées de visages qui me sont familiers, quand bien même je ne peux pas mettre un nom dessus.
« Alors, tu es l'aîné.
— C'est cela. »
Est-ce que cela a un impact sur sa manière de voir le monde ? Nahele était là avant tous ses frères et sœurs. Il les a vus grandir, changer, évoluer. Il a été compagnon de jeu, les a surveillés, les a aidés quand ils en avaient besoin. Est-ce pour cela qu'il a choisi la pédiatromagie ? Sans ses frères et sœurs, aurait-il emprunté la même voie ? Et moi alors ? Si je n'avais pas passé une partie de mon enfance dans la serre de ma grand-mère, aurais-je étudié la botanique ? Probablement pas. Les chemins dans lesquels on s'engage sont déterminés bien avant qu'on ne les remarque, par des choix qui ont été les nôtres ou ceux de nos proches.
« Et toi ? »
Je secoue la tête en avalant une bouchée de mon dîner.
« Je suis fille unique. »
Son regard est différent quand il le lève vers moi. Est-il surpris ? Ai-je l'âme d'une grande soeur ? Cette idée me fait sourire. J'aurais aimé l'être. Je pense que c'est un rôle dans lequel je me serais plu. Les enfants ont une fraîcheur et une naïveté qui apportent beaucoup de douceur à la vie. Ils me font sourire et j'aime passer du temps avec eux. Ils sont bien moins compliqués que les adultes et leur monde de responsabilités.
« Oh. Alors quand tu rentres chez toi, c'est calme ? »
« Calme » ? S'il savait ! C'est même totalement silencieux. Mes parents travaillent, mes parents rentrent tard, mes parents sont occupés. Il n'y a que moi, Ecco et quelques plantes. Le silence est presque devenu un compagnon. C'est le petit frère que je n'aurai jamais.
« On peut dire ça, oui. »
Il pose ses couverts avec un sourire. « Dans ma maison, il y a toujours du bruit. C'est plein de vie. Et cela ne s'arrête jamais. Ruth court partout, Kaliska râle, Mareth essaye d'arrêter Ruth, mon père rit. » En parlant, en me racontant tout cela, il me fait entrer chez lui. Il ouvre la porte et je les entends, toutes ces personnes qui lui sont chères. « Kaliska est musicienne. Elle chante et fait de la guitare. C'est sa passion. Alors, elle joue tout le temps. Pas une après-midi sans entendre le son de sa voix et celui des cordes qu'elle gratte. » Et moi aussi je les perçois, ces sons. De la musique, je connais bien peu de choses. Pourtant, là, j'en ai une dans les oreilles, qui murmure près de mon coeur. « Ruth ne tient jamais en place. Elle veut tout voir, tout savoir, tout expérimenter. » Le soleil revient se glisser dans sa voix. Il sourit. Je l'observe, je suis pendue à ses paroles, je le laisse m'arracher à la cafétéria. « Elle est très curieuse, mais assez maladroite. Mareth est plus réfléchi, peut-être trop. Kaliska n'aime pas ça chez lui, alors parfois il y a des disputes. C'est aussi ça la vie de famille. »
Il s'arrête, me regarde, n'ajoute rien. Il paraît pensif. Heureux, certes, mais à l'ombre de pensées fatigantes.
« Ils me manquent quand je suis ici. »
Il reprend son repas, comme si de rien n'était.
J'aimerais avoir une famille comme lui. Grande, vivante, aimante. Un instant, je me plais à l'imaginer. Une soeur, un frère, mes parents qui rient, qui nous emmènent en forêt, qui nous montrent la vie. J'épouse ces images charmantes, noyée dans leurs couleurs. Et puis je me force à glisser en dehors. Ne suis-je pas responsable de la vie de famille que je partage avec mes parents ? Ne dois-je pas, moi aussi, m'y engager complètement pour que cela fonctionne ? Ne puis-je pas faire mieux, moi qui me plais à critiquer, à reprocher, à fuir ? Ces idées me rendent confuse. Éparpillée, je ne sais comment réagir. Je veux que les choses changent, mais je ne fais rien pour que cela arrive. Comment ne pas se sentir coupable ? Ne les ai-je pas abandonnés, moi aussi ?
J'attrape mon verre et en avale le contenu. L'eau fraîche coule sur ma langue. J'ai tant de progrès à faire et de réflexions à mener. Nahele m'ouvre les yeux mais face au miroir de mes fautes, je ne fais rien. Merlin, dans quel regard trouverai-je le courage d'affronter mes problèmes ? J'abandonne ces toiles d'araignée qui me recouvrent l'épiderme pour revenir m'accrocher à ma conversation avec l'étudiant en pédiatromagie.
« J'imagine. Ce doit être différent. »
Je coule dans cette vision d'une famille que je ne connais pas, que je ne comprends pas, que je ne verrai jamais chez moi. Je coule et je m'isole. Autour de mon corps qui s'enfonce dans la mer, mes pensées, comme des algues, me font un sarcophage. Je m'enferme dans mes différences.
« Si tu veux, un jour tu pourras venir. » On ne se connaît pas beaucoup, mais il me tend la main. « Venir chez toi ? » C'est étrange, ma voix ne tremble pas. Ma surprise s'y est fondue. « Oui, affirme-t-il.
— Pourquoi pas, oui. »
On ne se connaît pas beaucoup, mais la main qu'il me tend, je l'attrape sans hésiter.
Est-ce un rendez-vous ? Je ne sais pas. Qui dit que nos mains ne s'abandonneront pas quelques mètres plus loin ? Qui dit que dans quelques mois, nous continuerons à venir à cette table pour discuter en mangeant ? L'avenir est flou, les rendez-vous sont trompeurs, les visions sont nébuleuses. Pourtant, je la vois déjà, la porte entrouverte de son foyer. À croire qu'on m'y attend.
#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht
baisse de présence jusque fin juillet
baisse de présence jusque fin juillet
Toi qui m'empêches de me perdre
lié à cette aventure
« Tu as entendu parler de ce qu'il s'est passé hier, lors de la course aux champignons sauteurs ? »
Nahele avance à mes côtés dans les couloirs de l'Institut. Il a les mains dans les poches et le regard rivé sur l'horizon. Après le coup d'éclat d'Ondine du début de semaine, j'ai passé plus de temps avec mes deux camarades de chambre. Par culpabilité, surtout. Je m'en voulais de les avoir délaissées, de ne pas avoir pris en compte leurs préférences et leurs sensibilités. C'est étrange comme elles se ressemblent malgré les apparences. Nous formons un trio étonnant, mais dans lequel je commence à me sentir à ma place. Aujourd'hui, c'est la première fois que je m'en vais dîner avec Nahele après notre discussion houleuse dans le dortoir. Il a été patient et ne m'en a pas voulu de refuser ses invitations, et pour cela je lui suis reconnaissante.
« Pas du tout. Des personnes de ma classe y ont été, mais je n'ai pas eu de retour. J'ai peut-être entendu le sujet être mentionné dans les couloirs, mais rien de plus. »
La course aux champignons sauteurs... Merlin, cela m'aurait amusé d'aller voir ça. Cela m'aurait détendu un peu après cette étrange semaine. Cependant, hier, j'étais occupée. Et Ondine aurait trouvé cela ridicule que je délaisse nos séances de révisions pour aller observer des champignons sauter. Oh, elle se serait moquée de moi, oui !
« Pourquoi ? » Je me tourne vers mon ami, cherchant dans son regard les raisons à l'évocation de ce sujet. « Tu as entendu quelque chose à ce propos ? »
L'étudiant en pédiatromagie me jette un regard et sourit. Il paraît amusé par mon ignorance. Pourquoi ? Pensait-il que c'est là un sujet qui devait m'intéresser ?
« Figure-toi qu'il s'y est passé bien des choses. » me révèle-t-il alors que nous entrons dans la cafétéria.
Que pourrait-il se passer lors d'une course de champignons ? Un record a-t-il été battu ? Y a-t-il eu tricherie ? Pour des champignons vénéneux sauteurs ? À moins que quelque chose d'inattendu soit arrivé ? Si William avait gagné avec son champignon, j'en aurais entendu parler ce matin.
Le sujet, bien qu'il ne me passionne pas particulièrement, attire ma curiosité. Nahele ne l'évoquerait pas s'il n'avait rien à en dire.
« Déjà, le professeur Gleann était l'invité d'honneur. » Je hausse les sourcils tandis que nous nous asseyons dans le coin favori de Nahele. « Il y avait aussi le bibliothécaire de Poudlard, Mr Locke, et Mr Featherstone et Mr Charleston. »
J'efface de mon visage la petite moue déçue qui était en train d'y naître. Merlin, si j'avais su que tous ces adultes de Poudlard y étaient, je serais peut-être également venue, quoi qu'Ondine ait dit. J'aurais aimé revoir Mr Featherstone et Mr Charleston, leur dire que j'ai été acceptée à l'IMSM, dans la filière que je souhaitais. Peut-être aurions-nous pu discuter un peu. Enfin, rien ne sert de regretter, je n'y étais pas.
« Ils ont concouru avec un champignon ? »
Nahele hoche la tête. « Oui. Et il paraît qu'avant, Mr Charleston a prononcé un discours effroyablement long. » Le sourire de mon ami ravive le mien. « Cela me rappelle Poudlard. Je me souviens, quand il était professeur d'étude des moldus, il ne passait déjà pas inaperçu... »
Charleston est un vrai personnage. Les cours de botanique, avec lui, n'étaient jamais ennuyeux. À l'Institut, l'ambiance n'est pas la même, et le sérieux est une exigence. C'est différent, mais cela me convient, même si les souvenirs du château demeurent doux sur mon palais.
« C'est vrai. En tant que professeur de botanique, il n'est pas bien différent.
― J'imagine ! ajoute-t-il, amusé. Enfin, là n'est pas le plus important. »
Je ne perds pas mon sourire. Je sens que Nahele me cache encore bien des choses à propos de cet événement, et que je ne suis pas au bout de mes surprises.
« D'abord, c'est le champignon du professeur Charleston qui a gagné. Il avait, d'après ce que j'ai entendu, le soutien du public, et le joli nom de Rafael. »
Rafael ? Comme le professeur de vol ? Par Merlin, quel drôle de choix. Enfin, le professeur Gleann n'aurait probablement pas choisi plus étrange.
J'observe Nahele et ses yeux pétillants. Il prend un malin plaisir à ne pas me dévoiler directement ce qu'il s'est passé. Alors, cela l'amuse de me savoir dans l'ignorance ? Ah, par Circé ! Je ne montrerai pas d'impatience, il peut toujours espérer. Certes, la curiosité m'écrase les pensées, mais je la garderai enfermée derrière mon regard. Je ne lui donnerai pas cette satisfaction, je sais bien que l'ancien Jaune finira par cracher le morceau. Oh, nous sommes tous deux bien patients ! mais à ce jeu, je me sens plus forte que lui.
« Et puis, à la fin de la course, un des champignons s'est mis à siffler. »
Je fronce brusquement les sourcils tandis que mon sourire retombe.
« Siffler ? »
Ce n'est pas normal. Les champignons ne sifflent pas, quels qu'ils soient. Surtout ceux pour un concours comme celui-ci, qui sont contrôlés auparavant et triés. Ils doivent respecter des règles. Alors, comment l'un d'entre eux a-t-il pu se mettre à siffler ? Y a-t-il eu utilisation de magie ? Mais qui dit magie dit tricherie, n'est-ce pas ? Nahele est-il sûr de lui ? Qui aurait voulu tricher pour une course de champignons ? Et comment cela aurait-il pu faire siffler un champignon ?
Mon esprit de scientifique s'éveille. Oh Merlin, j'aurais aimé être là ! Un champignon qui siffle ! Il a de quoi être étonnée. Comment sifflait-il ? Était-ce strident ? Était-ce assez fort pour être entendu à plusieurs dizaines de mètres malgré la foule ? Comment ont réagi les gens ? Ils étaient inquiets, je suppose. Bien des dangers peuvent se cacher derrière l'inhabituel.
« Oui. Et ensuite, il a explosé. »
Mes yeux s'arrondissent. Explosé ? Voilà qui a pu justifier bien des craintes. Un champignon vénéneux sauteur qui explose, je crois que je n'ai jamais vu cela. Heureusement, d'ailleurs, puisque c'est dangereux. Je ne peux m'empêcher d'imaginer la scène : la foule, les champignons, les participants, et cette purée de champignon projetée après une explosion.
« Par Merlin ! » Je me redresse dans mon siège et réfléchis. Voilà un événement qui n'a pas fini de faire parler de lui. Je comprends pourquoi Nahele était étonné qu'aucun bruit à ce propos ne me soit parvenu. « Personne n'a été mis en danger ? »
Pour une telle course, avec tous ces professionnels, les réactions ont dû être les bonnes pour éviter des problèmes. Il y en avait déjà assez pour risquer d'aggraver la situation.
« Pas à ma connaissance, non, me répond mon ami. Mais Mr Charleston s'est lui-même accusé de tricherie. » Je hausse les sourcils. Pourquoi ? Je ne comprendrai décidément jamais ce professeur. « Enfin, personne ne l'a cru. D'autant plus que c'est la bourse qui lui était due qui a disparu, et qu'un des participants, Simon Boyle, s'est également envolé avant les incidents. »
Je secoue la tête, déconcertée. « C'est fou !
― Eh oui. »
Je ne trouve rien d'autre à dire. J'avais bien entendu parler de cette course de champignons vénéneux sauteurs il y a quelques jours, mais je ne pensais pas qu'elle se serait passée de cette manière. Si ce n'était pas Nahele qui m'en avait révélé le déroulement, je ne sais pas si je l'aurais cru. De tels événements restent rares, et leur venu amène à elle de nombreux murmures. Je me demande s'ils retrouveront ce fameux Simon Boyle. Probablement. Le Conseil ne laissera pas passer l'occasion de ramener la justice et la sécurité. Son image demande à être sans cesse redorée.
Ondine sera bien étonnée quand je lui raconterai tout cela. Connaitra-t-elle déjà ce que Nahele m'a raconté ? Peut-être. Cela ne m'étonnerait pas tellement.
L'étudiant en pédiatromagie et moi n'échangeons pas plus à propos de cette course, nos paroles évoluant déjà vers d'autres rives et de nouveaux paysages.
4. Cette course aux champignons
25 OCTOBRE 2048, 18H53
COULOIRS, IMSM,
Alyona, 18 ans,
COULOIRS, IMSM,
Alyona, 18 ans,
« Tu as entendu parler de ce qu'il s'est passé hier, lors de la course aux champignons sauteurs ? »
Nahele avance à mes côtés dans les couloirs de l'Institut. Il a les mains dans les poches et le regard rivé sur l'horizon. Après le coup d'éclat d'Ondine du début de semaine, j'ai passé plus de temps avec mes deux camarades de chambre. Par culpabilité, surtout. Je m'en voulais de les avoir délaissées, de ne pas avoir pris en compte leurs préférences et leurs sensibilités. C'est étrange comme elles se ressemblent malgré les apparences. Nous formons un trio étonnant, mais dans lequel je commence à me sentir à ma place. Aujourd'hui, c'est la première fois que je m'en vais dîner avec Nahele après notre discussion houleuse dans le dortoir. Il a été patient et ne m'en a pas voulu de refuser ses invitations, et pour cela je lui suis reconnaissante.
« Pas du tout. Des personnes de ma classe y ont été, mais je n'ai pas eu de retour. J'ai peut-être entendu le sujet être mentionné dans les couloirs, mais rien de plus. »
La course aux champignons sauteurs... Merlin, cela m'aurait amusé d'aller voir ça. Cela m'aurait détendu un peu après cette étrange semaine. Cependant, hier, j'étais occupée. Et Ondine aurait trouvé cela ridicule que je délaisse nos séances de révisions pour aller observer des champignons sauter. Oh, elle se serait moquée de moi, oui !
« Pourquoi ? » Je me tourne vers mon ami, cherchant dans son regard les raisons à l'évocation de ce sujet. « Tu as entendu quelque chose à ce propos ? »
L'étudiant en pédiatromagie me jette un regard et sourit. Il paraît amusé par mon ignorance. Pourquoi ? Pensait-il que c'est là un sujet qui devait m'intéresser ?
« Figure-toi qu'il s'y est passé bien des choses. » me révèle-t-il alors que nous entrons dans la cafétéria.
Que pourrait-il se passer lors d'une course de champignons ? Un record a-t-il été battu ? Y a-t-il eu tricherie ? Pour des champignons vénéneux sauteurs ? À moins que quelque chose d'inattendu soit arrivé ? Si William avait gagné avec son champignon, j'en aurais entendu parler ce matin.
Le sujet, bien qu'il ne me passionne pas particulièrement, attire ma curiosité. Nahele ne l'évoquerait pas s'il n'avait rien à en dire.
« Déjà, le professeur Gleann était l'invité d'honneur. » Je hausse les sourcils tandis que nous nous asseyons dans le coin favori de Nahele. « Il y avait aussi le bibliothécaire de Poudlard, Mr Locke, et Mr Featherstone et Mr Charleston. »
J'efface de mon visage la petite moue déçue qui était en train d'y naître. Merlin, si j'avais su que tous ces adultes de Poudlard y étaient, je serais peut-être également venue, quoi qu'Ondine ait dit. J'aurais aimé revoir Mr Featherstone et Mr Charleston, leur dire que j'ai été acceptée à l'IMSM, dans la filière que je souhaitais. Peut-être aurions-nous pu discuter un peu. Enfin, rien ne sert de regretter, je n'y étais pas.
« Ils ont concouru avec un champignon ? »
Nahele hoche la tête. « Oui. Et il paraît qu'avant, Mr Charleston a prononcé un discours effroyablement long. » Le sourire de mon ami ravive le mien. « Cela me rappelle Poudlard. Je me souviens, quand il était professeur d'étude des moldus, il ne passait déjà pas inaperçu... »
Charleston est un vrai personnage. Les cours de botanique, avec lui, n'étaient jamais ennuyeux. À l'Institut, l'ambiance n'est pas la même, et le sérieux est une exigence. C'est différent, mais cela me convient, même si les souvenirs du château demeurent doux sur mon palais.
« C'est vrai. En tant que professeur de botanique, il n'est pas bien différent.
― J'imagine ! ajoute-t-il, amusé. Enfin, là n'est pas le plus important. »
Je ne perds pas mon sourire. Je sens que Nahele me cache encore bien des choses à propos de cet événement, et que je ne suis pas au bout de mes surprises.
« D'abord, c'est le champignon du professeur Charleston qui a gagné. Il avait, d'après ce que j'ai entendu, le soutien du public, et le joli nom de Rafael. »
Rafael ? Comme le professeur de vol ? Par Merlin, quel drôle de choix. Enfin, le professeur Gleann n'aurait probablement pas choisi plus étrange.
J'observe Nahele et ses yeux pétillants. Il prend un malin plaisir à ne pas me dévoiler directement ce qu'il s'est passé. Alors, cela l'amuse de me savoir dans l'ignorance ? Ah, par Circé ! Je ne montrerai pas d'impatience, il peut toujours espérer. Certes, la curiosité m'écrase les pensées, mais je la garderai enfermée derrière mon regard. Je ne lui donnerai pas cette satisfaction, je sais bien que l'ancien Jaune finira par cracher le morceau. Oh, nous sommes tous deux bien patients ! mais à ce jeu, je me sens plus forte que lui.
« Et puis, à la fin de la course, un des champignons s'est mis à siffler. »
Je fronce brusquement les sourcils tandis que mon sourire retombe.
« Siffler ? »
Ce n'est pas normal. Les champignons ne sifflent pas, quels qu'ils soient. Surtout ceux pour un concours comme celui-ci, qui sont contrôlés auparavant et triés. Ils doivent respecter des règles. Alors, comment l'un d'entre eux a-t-il pu se mettre à siffler ? Y a-t-il eu utilisation de magie ? Mais qui dit magie dit tricherie, n'est-ce pas ? Nahele est-il sûr de lui ? Qui aurait voulu tricher pour une course de champignons ? Et comment cela aurait-il pu faire siffler un champignon ?
Mon esprit de scientifique s'éveille. Oh Merlin, j'aurais aimé être là ! Un champignon qui siffle ! Il a de quoi être étonnée. Comment sifflait-il ? Était-ce strident ? Était-ce assez fort pour être entendu à plusieurs dizaines de mètres malgré la foule ? Comment ont réagi les gens ? Ils étaient inquiets, je suppose. Bien des dangers peuvent se cacher derrière l'inhabituel.
« Oui. Et ensuite, il a explosé. »
Mes yeux s'arrondissent. Explosé ? Voilà qui a pu justifier bien des craintes. Un champignon vénéneux sauteur qui explose, je crois que je n'ai jamais vu cela. Heureusement, d'ailleurs, puisque c'est dangereux. Je ne peux m'empêcher d'imaginer la scène : la foule, les champignons, les participants, et cette purée de champignon projetée après une explosion.
« Par Merlin ! » Je me redresse dans mon siège et réfléchis. Voilà un événement qui n'a pas fini de faire parler de lui. Je comprends pourquoi Nahele était étonné qu'aucun bruit à ce propos ne me soit parvenu. « Personne n'a été mis en danger ? »
Pour une telle course, avec tous ces professionnels, les réactions ont dû être les bonnes pour éviter des problèmes. Il y en avait déjà assez pour risquer d'aggraver la situation.
« Pas à ma connaissance, non, me répond mon ami. Mais Mr Charleston s'est lui-même accusé de tricherie. » Je hausse les sourcils. Pourquoi ? Je ne comprendrai décidément jamais ce professeur. « Enfin, personne ne l'a cru. D'autant plus que c'est la bourse qui lui était due qui a disparu, et qu'un des participants, Simon Boyle, s'est également envolé avant les incidents. »
Je secoue la tête, déconcertée. « C'est fou !
― Eh oui. »
Je ne trouve rien d'autre à dire. J'avais bien entendu parler de cette course de champignons vénéneux sauteurs il y a quelques jours, mais je ne pensais pas qu'elle se serait passée de cette manière. Si ce n'était pas Nahele qui m'en avait révélé le déroulement, je ne sais pas si je l'aurais cru. De tels événements restent rares, et leur venu amène à elle de nombreux murmures. Je me demande s'ils retrouveront ce fameux Simon Boyle. Probablement. Le Conseil ne laissera pas passer l'occasion de ramener la justice et la sécurité. Son image demande à être sans cesse redorée.
Ondine sera bien étonnée quand je lui raconterai tout cela. Connaitra-t-elle déjà ce que Nahele m'a raconté ? Peut-être. Cela ne m'étonnerait pas tellement.
L'étudiant en pédiatromagie et moi n'échangeons pas plus à propos de cette course, nos paroles évoluant déjà vers d'autres rives et de nouveaux paysages.
#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht
baisse de présence jusque fin juillet
baisse de présence jusque fin juillet
Toi qui m'empêches de me perdre
5. Départs et aboutissements
19 DÉCEMBRE 2048, 7h41,
COULOIRS, IMSM,
Alyona, 19 ans,
COULOIRS, IMSM,
Alyona, 19 ans,
Nahele m'attendait. Il est là, à la sortie du dortoir, tout droit, tout beau dans sa tenue civile aux tons chauds. Une écharpe autour du cou et sa valise au bout des doigts, il est prêt à partir. D'autres étudiants traversent le couloir, à plusieurs ou seuls, leurs affaires avec eux. Les paroles sont nombreuses et se confondent dans l'obscurité de cette matinée. C'est le départ en vacances, la fin des examens, la période de Yule qui s'annonce. Dehors, le froid règne, mais c'est un obstacle surmontable pour effleurer le repos.
Mon ami me repère tardivement. Il me salue d'un sourire amical en m'apercevant, quittant son immobilité pour m'approcher. La fatigue, malgré notre soirée de la veille au Pitiponk, caresse à peine son visage.
« Ça va ? me demande-t-il une fois que nous nous sommes rejoints, Pas trop fatiguée ? »
Je hausse doucement les épaules en lui souriant.
« Un peu mais ça va. »
Je me reposerai plus tard. Pour le moment, mon épuisement n'est pas important. Je le chasse, l'oublie, le jette au fond de mon crâne en espérant qu'il s'y perde. Je ne veux pas me concentrer là-dessus maintenant, il y a plus essentiel, plus préoccupant.
Les doigts parcourant le contour de l'enveloppe que j'ai écrite ce matin à Dawn, je ne peux m'empêcher de penser à l'avenir. Nahele va partir en stage pendant six mois. Il sera absent jusqu'à juillet. Je ne le verrai pas. Dans ce grand Institut, je me retrouverai seule. Il n'y aura plus le son de sa voix pour résonner dans les couloirs, ni son sourire qui m'attend dans la cafétéria, ni ses cheveux décoiffés au-dessus de mon livre dans la bibliothèque. Peut-être me perdrai-je de nouveau dans les allées et les salles, à la recherche de ses yeux ambrés partis bien loin. Nous ne pourrons nous voir qu'occasionnellement. Peut-être qu'il m'oubliera ; cela ne fait, après tout, que quelques mois que nous nous connaissons. L'amitié peut être si fragile (j'ai ce souvenir d'Anaë qui me glisse sur la peau).
Mon sourire fane. L'étudiant de deuxième année doit voir mon visage ombragé par mes pensées, car son regard se fait compatissant et plus doux. Devine-t-il ce qui m'inquiète ? Parvient-il à lire les zones de pénombres de mes traits ?
Je refuse de lui laisser l'occasion de me rassurer. Je ne veux pas vraiment penser à ces prochains mois, ils s'annoncent difficiles et chargés, aussi bien pour lui que pour moi.
« Tu m'accompagnes jusqu'à la volière ? J'ai une lettre à déposer.
— Avec plaisir, » me répond-il.
Il n'ajoute rien et nous partons, quittant les couloirs sans un mot, emportant nos valises et nos paroles.
Sur la route, je sens que Nahele hésite à m'interpeller. Plusieurs fois, il se tourne vers moi avec cette lueur dans les yeux, presque inquiète. Il ouvre la bouche et la referme, pousse quelques soupirs. Je ne sais pas pourquoi il reste muet malgré ses hésitations. Que pense-t-il ? Que croit-il ? Se demande-t-il pourquoi je ne dis rien ? Comprend-il l'agitation qui me saisit ? Se sent-il coupable de me laisser ? Non, il ne le devrait pas. Ce n'est ni sa faute ni son choix. Comment puis-je lui en vouloir ? A-t-il l'impression que mon silence est lourd de reproches ? Je m'en veux brusquement. Ce n'est pas parce qu'il y a de l'ombre près de mon coeur que je dois renoncer à allumer des lumières.
L'enveloppe tourne entre mes doigts. Il est tôt mais la fatigue rend déjà mes pensées grises. Je n'ai pas hâte de retourner chez moi, tant de responsabilités m'y attendent.
« Quand pars-tu ? » demandé-je.
Je ne sais pas pourquoi je choisis ce sujet. Peut-être pour essayer de croire qu'il ne m'est pas douloureux.
« Juste à la rentrée. Je ne reviendrai probablement pas à l'IMSM, j'irai directement commencer mon stage. »
Un pétale tombe sur le sol et se craquelle.
« Oh. »
Alors, dit mon silence, c'est la dernière fois que nous nous voyons avant au moins plusieurs semaines.
Je prends une grande inspiration, luttant pour chasser les ombres. Rien n'est décisif, rien n'est acté. Je ne pourrai plus voir Nahele à l'Institut, mais qui dit que nous ne trouverons pas un moyen de nous voir régulièrement ailleurs ? Avec la rédaction de mon mémoire, je serai amenée à voyager pour faire des recherches, à aller sur le terrain et à rencontrer des personnes. De plus, je ne serai pas vraiment seule, Abby et Ondine demeureront également dans l'enceinte de l'école. Les lumières ne s'éteignent pas avec la nuit.
« Ce sera un stage instructif, commencé-je avant d'ajouter avec moins d'assurance : J'espère que nous pourrons nous voir le week-end. »
Il hoche la tête et me sourit. La chaleur est revenue dans son regard.
« Bien sûr. »
Nous sortons du bâtiment et nous dirigeons vers la volière. De nombreux étudiants se disent au revoir devant les grilles de fer de l'établissement, discutant avec enthousiasme, inondant la place de la chaleur de leurs mots. Le froid paraît plus distant, moins fort dans cet espace. En moi aussi, le soleil est un peu revenu. À force de penser et de raisonner, j'apaise mes craintes et m'ancre dans l'espoir. Je gomme les traits de l'avenir pour le rendre plus clair, le façonnant avec mon imagination. Il ne rimera pas avec solitude.
La volière est moins bruyante. De nombreux volatiles s'en sont déjà allé pour retrouver leur habitat d'hiver. Ils ne sont plus que quelques-uns pour recevoir les dernières enveloppes de l'année. Déjà, deux-mille-quarante-huit se termine, clôturant des mois riches en sensations et en émotions.
J'entre pour déposer ma lettre à un hibou, ne tardant pas trop afin de rejoindre rapidement Nahele qui m'attend dehors.
Une fois les mains vides, je sors, retrouvant mon ami.
« Et toi ? Écrire un mémoire ne te fait pas trop peur ?
— C'est intimidant et difficile à croire, mais je crois que j'ai hâte. Ce sera beaucoup de recherches, ce qui me plaît. Et puis, le sujet m'intéresse grandement. »
Le sourire me revient. Mon mémoire ! Il sera de recherche, et je pourrai travailler dessus pendant trois mois avant d'en faire un rapport et une soutenance orale. Ce sera du travail, le résultat de bien des heures d'étude, mais cela m'occupera l'esprit. Je sais que c'est là une tâche qui m'enchantera énormément, j'ai toujours apprécié de type de travail de recherche. Dans mes devoirs à Poudlard, il constituait ce que je préférais.
Nahele aperçoit mon sourire, et je le sens apaisé.
« Et pendant ces vacances de Noël, tu resteras à Godric's Hollow ? »
Je réfléchis, laissant le silence trahir mes hésitations.
« Je ne suis pas encore sûre. J'ai beaucoup à y faire, et on attend de moi que je sois présente, mais j'aimerais également passer voir ma grand-mère maternelle, en Écosse. Il faut que je me penche davantage sur la question et que j'en discute avec ma famille. » Mon regard vient se poser sur celui de mon ami. « Et toi ? demandé-je, autant par curiosité que par politesse.
— Je resterai probablement au Pays de Galles. »
Je souris en l'imaginant auprès de sa famille. Il m'en parle tellement ! Et à chaque fois, il a cette lueur dans ce regard, trahissant son envie d'être avec eux, de leur parler, de les retrouver. Il doit être heureux chez lui. Ce doit être chaleureux, familial, vivant. L'hiver n'est pas froid dans un tel refuge. Chez moi, ce sera différent. Il y a plus de distance, moins de compréhension. Je l'envie parfois, quand il me parle de chez-lui. J'aimerais apprécier mes retours à Godric's Hollow comme il apprécie les siens au Pays de Galles.
Nous avançons tous les deux vers le portail, échangeant quelques mots sur le chemin. C'est étrange de quitter l'Institut après toutes ces semaines d'examen et de travail. Le paysage aura-t-il changé quand nous reviendrons ? Probablement. C'est mon premier hiver depuis bien longtemps loin de Poudlard. Cette année, le Lac Noir ne gèlera pas pour moi.
Nahele s'arrête. Bientôt, nous transplanerons pour partir dans deux directions différentes. Déjà, des étudiants autour de nous disparaissent, baguette en main.
« Tu m'enverras des hiboux ? me demande-t-il.
— Évidemment, » confirmé-je en souriant.
Il hoche la tête tandis que je me balance d'un pied à l'autre. Je ne sais pas quoi ajouter, comme si le froid avait figé mes mots. Il n'y a plus que la glace pour tomber hors de mes lèvres.
Alors, c'est Nahele qui prend l'initiative. Il me salue, rayonnant, et disparaît avec ses affaires après avoir lancé le sort. Je reste immobile quelques instants dans le silence avant de partir à mon tour. Quand je reviendrai, il ne m'attendra pas derrière la grille de fer.
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baisse de présence jusque fin juillet
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Toi qui m'empêches de me perdre
6. Réparer mon silence
26 FÉVRIER 2049, 19h10,
PLAGE, IMSM,
Alyona, 19 ans,
PLAGE, IMSM,
Alyona, 19 ans,
Cela faisait des semaines que je n'avais pas vu l'étudiant en pédiatromagie. Bien sûr, je lui ai envoyé quelques lettres durant cette période, mais ce n'est pas comparable avec le fait de marcher à ses côtés près de l'Institut. Je me sens bien quand il est là. Il existe des êtres, dans ce monde si vaste, qui vous ramènent à vous-même. Ces dernières semaines, je me suis perdue. Je ne me suis plus reconnue dans mes gestes, dans ma manière d'être, dans mes priorités. J'avais l'impression de devenir étrangère à moi-même, comme si je n'étais plus aux commandes de mon propre navire. J'avais envie de croire en l'existence de sentiments qui excuseraient mes agissements, qui pardonneraient mes erreurs. Je ne faisais qu'enfoncer mon corps dans la boue de mes pensées. À sa manière, l'ancien Poufsouffle m'a aidé. Et quand il marche à mes côtés ce soir, venu pour partager avec moi quelques heures arrachées à son emploi du temps occupé par son stage, il m'aide encore. Je me retrouve grâce à lui. Il est de ces personnes auxquelles on ne peut pas mentir et qu'on ne peut pas tromper. Ses yeux frôlent les miens et tous les poids qui pesaient sur mon cœur s'envolent. Il les porte et me libère, et je peux parler sans peine, de mes terreurs comme de mes erreurs ; il m'écoutera et me donnera sa miséricorde, pour qu'à mon tour je puisse me pardonner.
Une brise fraîche se lève avec nos pas. Le jour somnole à l'horizon, rougissant de cette faiblesse. Il est tard et les alentours de l'ancien sanatorium sont silencieux et peu fréquentés. L'heure est à la chaleur d'un repas brûlant de paroles. En cette période difficile qui creuse le cœur de l'hiver, la cafétéria se fait souvent le théâtre de discussions animés. C'est là qu'on retrouve les rires et sourires qui éclairent ces journées sombres et donnent du courage pour avancer dans ses travaux. Depuis le début de février et la fête d'Imbolc célébrée avec Ondine et Abby, j'ai l'habitude de dîner avec elles le soir, pour échanger et libérer nos fronts des devoirs qui s'y appuient. C'est assez réconfortant, et bienvenue. Cela me permet de me rappeler les promesses que je me suis faites.
Nahele a troqué sa tenue de travail contre ses vêtements habituels aux couleurs chaudes. Il apporte à lui seul de la lumière dans cette nuit noire. Rien n'a changé dans sa manière d'être. Nous ne nous sommes pas vus depuis décembre, mais il est resté le même, à croire que le temps n'est pas passé pour lui. Moi, je le sais, je ne suis plus exactement pareille. Ce sont des détails que j'ai pu remarquer, et qui m'ont fait frissonner quand je les ai aperçus. Il y a des cernes sous mes yeux, comme lorsque je révisais pour mes ASPIC. Mes cheveux sont trop longs et mes bottines sont sales. J'ai beaucoup voyagé ces derniers temps, et la fatigue creuse des trous dans ma mémoire. J'oublie de prendre soin de mon apparence. Je repousse ces obligations pour me concentrer sur ce qui est plus important, je reporte à plus tard. Ce soir, néanmoins, j'ai fait des efforts afin de cacher ces imperfections. Mes cheveux sont coiffés en deux tresses et je porte une robe longue et fleurie, blanc et vert. Je ne veux pas que mon ami remarque mes négligences. Pourrai-je pour autant les lui cacher ?
« Parle-moi de Yule, m'encourage-t-il, tu m'as dit que cela ne s'était pas passé comme tu l'espérais. »
Comment peut-il avoir une voix si calme et posée ? Je pourrai m'asseoir sur son intonation claire et tranquille.
Je secoue la tête avant de lui répondre.
« Non. Ma mère m'a... rappelée à mes obligations. »
Qu'ajouter ? Comment parler de la honte, de l'humiliation, de ce sentiment d'échec qui m'a envahi toute cette journée du vingt-et-un décembre ? Mon ami le comprendrait-il seulement ? J'aimerais lui confier davantage de mes ressentis, mais je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée.
« Et toi ? demandé-je en retour.
— J'ai retrouvé ma famille, commence-t-il avec un sourire lumineux, nous avons fêté Noël tous ensemble, et c'était formidable. Même Kaliska était là, malgré ses ASPIC. Mon père et ma sœur ont cuisiné un grand repas. C'était agréable de se retrouver, entre les rires et les histoires qu'on avait à se raconter. »
Mon visage doit porter une certaine déception car il ajoute aussitôt, après m'avoir observée :
« Tu sais Alyona, tu connaîtras ça aussi un jour. Tu auras ta famille, et tu seras entourée de ceux que tu aimes, et ton foyer sera aussi chaleureux que toi. Je te le jure, il faut y croire. Tu peux le construire, sois-en certaine. »
Ses paroles me redonnent le sourire et l'espoir, pourtant je n'arrive pas à arracher de mon crâne les images qui y ont surgi au récit de mon aîné. Une famille unie, heureuse, qui partage tout ce qu'elle possède. Pourquoi la mienne n'est-elle pas ainsi ? Est-ce la noblesse de son sang et de sa naissance qui lui confère une telle rigidité ? Mais moi, j'abandonnerais toutes ces histoires de richesse pour des souvenirs lumineux et résonnants de rires et d'éclats de voix. Pourquoi est-ce si compliqué ? J'aimerais pouvoir me glisser au sein de la famille de mon ami, même le temps d'une journée. L'amour qui y règne doit être si puissant qu'il peut forger des montagnes.
Nahele me regarde, cherchant sur mon visage l'apaisement qu'il a voulu y faire naître. Je lui offre un sourire en guise de remerciement, reconnaissante envers lui pour ses paroles réconfortantes.
« Et qu'en est-il de ton mémoire ? »
Je me crispe à ce dernier mot. Que dire à mon ami ? Que j'ai d'abord privilégié mon devoir aux moments passés avec Abby et Ondine ? Que je me suis perdue en effectuant mes recherches ? Que j'ai eu du mal à gérer mon temps et mon attention, mais que désormais cela va mieux ? J'ai honte de mes premières semaines de travail sur mon mémoire. J'y ai consacré toute mon énergie sans penser au reste, ni à moi ni à mes amis. D'ailleurs, Nahele a dû le remarquer, je ne lui ai pas beaucoup envoyé de hibou durant cette période, et les rares qui lui sont parvenus étaient envahis par mes recherches. Est-ce pour cela qu'il me pose la question ? Pour comprendre ? Pour que je lui avoue mes fautes ? Je secoue la tête. Je voudrais ne pas évoquer ce sujet, pourtant il le faut bien, ne serait-ce par devoir d'honnêteté envers moi-même et l'étudiant en pédiatromagie.
Je pousse un léger soupir avant de me lancer dans l'explication de ces dernières semaines.
« Au début, c'était difficile. Cela occupait tout mon temps, et je privilégiais mon mémoire au reste. »
Mes remords me poussent à me taire. Il y a comme un duel à l'intérieur de moi. Si j'ouvre la bouche, si je me confie, est-ce raisonnable ? Est-ce ce qui est juste et bon ? En ai-je le droit ? N'est-ce pas, au contraire, un devoir, avouer ce qui me pèse ? Mon silence m'accable.
Je ferme les yeux et m'arrête avant de tout laisser couler hors de mes lèvres. Les mots glissent sans problème, comme s'ils attendaient de s'enfuir depuis des jours.
« Si tu savais, Nahele ! J'avais l'impression d'être comme mes parents, de ne penser qu'à cela, de ne vivre que pour cela ! murmuré-je, portée par mes sentiments. Je lisais, je notais, je cherchais. Et c'était si plaisant ! J'étais dans l'œil d'un ouragan sans m'en rendre compte. J'avais fermé mon horizon, et effacé tout ce qui n'étais pas lié à mon travail. C'était agréable, après la fête de Yule que j'avais passée, de n'exister que pour un projet plus grand que moi, d'y laisser tout ce que je possédais (mon sommeil, mon temps, ma volonté). Je me réfugiais derrière l'excuse que tout cela était important pour mon futur, que je devrai connaître mon sujet sur le bout des doigts pour savoir le défendre, que je devrai le maîtriser et tout explorer à ce propos. J'ai eu tort. Et j'ai failli perdre mes amis. »
Je secoue la tête, désolée et honteuse. Nahele pose une main sur mon épaule, dans un geste d'affection qui apaise mes remords.
« Mais désormais, cela va mieux. J'avance bien. »
Le gallois tourne son visage vers moi, m'obligeant à plonger mes yeux dans les siens. Le miel de ses iris reflète le soleil de son coeur.
« Je suis content que cela aille mieux. » Puis, une hésitation, si rare sur son visage. « La prochaine fois, parle-moi-en. Je peux t'aider, » affirme-t-il.
À ses mots, c'est comme si une petite fleur se mettait à pousser dans ma poitrine. Elle perce les houles pour s'élancer vers le ciel. Je me sens détentrice d'un trésor immense et incomparable. Ce soutien de mon ami m'arrache une partie de mes peines. Mon silence se disloque, ma solitude s'émiette. Par cette affirmation, c'est comme s'il glissait son bras près du mien pour supporter le poids de mes peines avec moi. Je n'ai plus peur de céder, d'être faible, de faillir à ma tâche. L'étudiant en pédiatromagie sera là pour m'aider, quoi qu'il arrive. Comme Ondine et Abby. Si j'ai besoin d'eux, ils me soutiendront.
Je baisse la tête et souris. La gratitude que je ressens, bien loin d'être une charge envers mon ami, m'élève. Je me sens plus légère, plus sereine, plus confiante.
« Merci. »
Mes yeux reviennent vers ceux de Nahele.
« Et toi, comment se passe ton stage ? »
Les lèvres du brun s'étirent. Voilà un sujet plus agréable, sur lequel il a bien des choses à me raconter. Les semaines sont passées si rapidement depuis décembre ! Nous avons tant à nous dire. D'ailleurs, à peine ma question est-elle posée que déjà il s'élance dans une réponse complète. L'enthousiasme dans sa voix est communicatif. Il m'éclaire. Chaque mot qu'il prononce répare mon silence. C'est fou comme le monde est plus beau quand on l'arpente à plusieurs.
Mon ami me raconte ses premières semaines, les difficultés qu'il a rencontrées, les surprises qu'il a découvertes, les joies qu'il a cueillies. Son récit s'écoule naturellement, ponctué par ses sourires et ses expressions amusées. Quelques fois, je l'interromps pour poser des questions, intriguée par ce stage et le travail qu'on lui a déjà demandé. Le milieu professionnel m'est encore assez inconnu, et il y a dans l'histoire de Nahele une occasion d'en apprendre davantage. Parfois, au cours de son développement, une forme d'inquiétude me monte au coeur. Comment ferai-je l'année prochaine, quand, mes études terminées, il me faudra travailler ? Je n'ai aucune expérience dans ce domaine, je ne sais rien, je ne connais rien. Et si je me trompais ? Et si je n'étais pas à la hauteur ? Cependant, les paroles de mon ami me font du bien, elles m'invitent à penser que si j'ai des difficultés, je pourrai me tourner vers lui. De plus, la bienveillance qu'on a fait preuve à son égard pour ses propres découvertes et premiers pas dans le monde professionnel me font croire que les adultes ayant déjà de l'expérience peuvent être de bons accompagnateurs. Certes, ce sera un changement difficile, mais il peut se faire en douceur.
Tandis que nous discutons, Nahele et moi mangeons, traversons la plage et la forêt, s'arrêtant quelques fois pour s'asseoir. La nuit nous observe avec envie. Elle, elle est seule avec toutes ses petites étoiles répugnantes. Elle n'a personne pour tordre le silence dans lequel elle se noie.
Cependant, le temps passe, et l'évidence tombe comme l'eau dans la clepsydre : bientôt, l'Institut fermera ses portes, et de nouveau nous devrons nous séparer. Néanmoins, cette fois-ci, je pense que ce sera plus facile. Je sais que l'étudiant en pédiatromagie et moi nous reverrons vite. Il reviendra sur cette plage, et moi, j'irai le rejoindre là où il travaille. Peut-être avec Ondine et Abby, cela pourrait être agréable. Cette amitié avec l'ancien Poufsouffle a tout autant d'importance pour moi que ce mémoire qui occupe tout mon temps. Je ne peux pas la laisser de côté.
Et la Lune, tout en haut, en sourit peut-être, elle aussi.
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7. Rappelle-moi qui je suis
21 MARS 2049, 20h43,
ESPACE DÉTENTE, IMSM,
Alyona, 19 ans,
ESPACE DÉTENTE, IMSM,
Alyona, 19 ans,
Allongée dans un des fauteuils en cuir de l'espace de détente, je ferme les yeux, profitant de l'âtre encore chaud de la cheminée. J'aime cet endroit, son ambiance chaleureuse, la présence des autres étudiants et les discussions qu'ils amènent et qui flottent en arrière-plan. Cela me fait penser à la salle commune des Serdaigle, ce lieu où peu importe nos filières et notre âge, nous nous retrouvions tous mélangés, rassemblés par la couleur de notre cape et un état d'esprit commun, perçu par le Choixpeau. Néanmoins, ici, à l'Institut, c'est encore différent. Nos racines n'existent plus. Les premières et les deuxièmes années se mélangent, tout comme les origines et les anciennes maisons de Poudlard. Dans mon champ de vision, je reconnais même de jeunes adultes ayant d'abord étudié dans des écoles étrangères. C'est si particulier de les apercevoir dans cette pièce ; qu'importe d'où nous venions avant d'arriver, l'Institut efface ces différences.
La tête penchée vers l'arrière, je laisse mes pensées s'évaporent pour frôler le plafond.
J'ai vu Nahele aujourd'hui. Je l'ai rejoint dans la ville où il effectue son stage. Il était d'abord accompagné par quelques collègues et amis qu'il m'a présentés. Ensuite, nous avons discuté et mangé dans un parc près de son logement. C'était agréable. Il y a dans ces nouveautés qui accompagnent mon statut d'adulte une liberté qu'il m'est difficile de cerner. J'ai l'impression de pouvoir faire ce que je veux plus facilement. Je peux quitter l'IMSM le dimanche, et même en pleine journée, du moment que je suis de retour le soir. Vis à vis de mes parents et de ma famille, cela fait quelques années que je profite d'une forme d'indépendance bienvenue. Ma mère et mon père sont souvent occupés avec leur travail, à Poudlard déjà je voyageais entre notre demeure et celle de mes grands-mères en période de vacances. Cependant, c'est encore différent de cette année à l'Institut. Je ne me sens pas si loin de prendre définitivement mon envol. Bientôt, peut-être aurai-je mon propre appartement, comme Nahele l'a eu pour son stage. Merlin, que ce serait réjouissant ! Je crois que je me sens prête à mener cette vie qui m'attend.
Pourtant, s'il y a bien un point que je redoute dans cette vision d'un potentiel futur, c'est le fait de vivre seule. Je l'ai remarqué ces derniers jours, depuis ma dispute avec Ondine, je souffre de nos silences. Quand j'entre dans le dortoir et qu'il n'y a qu'elle, nous ne nous parlons pas, c'est à peine si nous nous regardons. Comment le pourrions-nous ? Après ce qu'elle m'a fait, j'avais besoin d'être en colère, de lui en vouloir, qu'elle ressente la trahison qui a fait naître en moi tant de ressentiments. Désormais, je ne sais plus si c'est utile. Quand j'en ai parlé à mon ami, il m'a conseillé de lui pardonner, ou même d'en discuter avec elle pour mettre les choses au clair. C'est probablement ce que je ferai. Cette situation me peine bien plus que je ne me l'avoue. Abby aussi la subit. Je le vois à ses regards désolés et suppliants, le soir, quand nous sommes à trois mais que j'ignore Ondine. Il me faut travailler, encore une fois, sur cette colère qui bout dans mon coeur. Elle est trop douloureuse pour que je puisse fermer les yeux sur elle.
Bien sûr, mon ami et moi avons également discuté de son quotidien et de son stage. J'ai beaucoup appris sur ses journées, ce qu'il faisait et ce qui lui plaisait dans son travail. J'aime parler de médicomagie avec lui, c'était autrefois une filière qui m'intéressait beaucoup. J'ai longtemps hésité au cours de ma scolarité à Poudlard entre la botanique et la médicomagie. Cependant, il y avait dans le rapport aux plantes et à la nature quelque chose qui m'attirait davantage et qui s'est révélé à travers mon voyage à Castelobruxo. J'y trouve de l'apaisement. Néanmoins, mon intérêt pour la médicomagie ne s'est en rien perdu.
Le temps avec Nahele est passé vite, comme à chaque fois. Après avoir transplané, je conserve souvent l'amère sensation de ne pas avoir eu l'occasion de lui dire la moitié de ce que je voulais lui partager. Cependant, je relativise ces déceptions à travers les souvenirs de mon après-midi, et l'assurance que je reverrai mon ami et que d'autres moments viendront.
Aujourd'hui, il m'a fait une proposition surprenante alors que je m'apprêtais à sortir ma baguette pour le quitter. Il m'a parlé des prochaines vacances, en avril, et de quelques jours chez lui, une ou deux nuits, dans sa maison, avec sa famille. Je ne m'y attendais pas. Je n'ai pas su comment réagir. Je devais avoir le visage tout étonné, les yeux ronds et la bouche ouverte. Sa famille, les siens ! avec son père, un moldu ! Comment serai-je accueillie ? Comment devrai-je me comporter ? La surprise s'est mêlée à une anticipation inquiétante et je suis restée muette, ne lui offrant aucune réponse. Je lui ai simplement dit que cela me plairait et que je lui enverrai un hibou pour lui confirmer ma décision. Et là, assise dans ce fauteuil auprès des autres étudiants, je n'arrête pas d'y penser. Sa famille, ses frères et soeurs, et toutes les merveilles qu'il m'a racontées sur les liens forts qui les unissaient. Serai-je à l'aise là-bas ? Me sentirai-je à ma place, même pour quelques jours, au sein de ce foyer à l'apparence si chaleureuse et agréable ? Ai-je le droit de laisser mes parents pour rejoindre mon ami ? Puis-je fuir ma demeure terne pour un bref séjour dans une maison lumineuse ? J'y pense et j'y pense, et l'envie d'accepter prend toute la place dans mon coeur. Que ce serait tellement plaisant ! Je n'ai jamais été au Pays de Galles.
Je lui enverrai un hibou demain. Si je réussis ma soutenance pour mon mémoire, n'aurais-je pas le droit de laisser ma liberté m'emporter vers mes envies ? Je cherche le soleil pour que l'ombre s'éteigne dans mon âme.
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8. Et après ?
4 JUILLET 2049, 19h33,
CAFÉTÉRIA, IMSM,
Alyona, 19 ans,
CAFÉTÉRIA, IMSM,
Alyona, 19 ans,
Les arbres sont en fleurs et le ciel est bleu. Les jours sont longs et radieux. L'air est doux et les fruits sont mûrs. C'est l'été, la chaleur, les couleurs qui resplendissent, le temps des baignades et des rires, la fin de l'année qui se conclut avec plaisir, la lumière qui jamais ne s'éteint, les chants des oiseaux dans la forêt, le soleil qui brille au-dessus des sourires, les abeilles et les papillons qui voyagent de fleurs en fleurs, l'arrivée des robes et des manches courtes, le parfum des passions et des fougues, le murmure des beaux jours, le goût d'une liberté enfin retrouvée. C'est beau, c'est doux, c'est agréable, c'était attendu. Sauf peut-être à l'Institut, entre les carreaux orangés, où l'été ne semble pas encore être arrivé, comme s'il avait été ralenti sur sa route, ou détourné du bon chemin. Dans les couloirs et au cœur de la cafétéria, les visages sont fermés, sombres, pensifs. Les sourcils se froncent au-dessus des cahiers, les lèvres répètent les mots rédigés et appris par cœur, les regards tracent des sillons douloureux entre les phrases et les pages. La fatigue écrase. L'angoisse noue. La déception grandit. Les étudiants revenus de leur stage font petit à petit leur retour entre les couloirs et les salles. Bientôt, ils débuteront leurs soutenances orales, ou leurs comptes-rendus. C'est l'inquiétude qui approche. Ensuite, les examens viendront comme des nuages noirs pour cacher le soleil. C'est le travail, le devoir, la conclusion de tout ce qui a précédé. Et après ? Le vertige, l'inconnu, les séparations. L'été viendra après un cortège sombre.
Assise dans la cafétéria, j'observe Nahele et son visage préoccupé. Il est revenu ce matin. C'est la première fois que nous prenons le temps d'échanger depuis son retour. Il m'apparaît fatigué, ailleurs, mais vaillant. Cependant, c'est agréable de le savoir ici, de nouveau à cette table (presque devenue la nôtre avec le temps), avec moi. Il y a un plaisir égoïste dans ces retrouvailles. Je sais que, désormais, l'étudiant en pédiatromagie restera à mes côtés quand il aura du temps libre. Je pourrai lui parler de ce qui me préoccupe, de ce que j'ai sur le coeur, de ce qui est important pour moi. Il m'écoutera, me conseillera, m'aidera. Les semaines sans lui ont été longues. J'apprécie Abby et Ondine, mais je sais que je ne peux pas être aussi sincère avec elles qu'avec Nahele. Elles ne me comprennent pas, je ne peux pas tout leur dire. Mon ami de retour, je me sens déjà plus légère, plus sereine. Bientôt, je pourrai me débarrasser de ce qui me pèse. Mais, plus que tout, je retrouverai notre amitié qui m'avait manquée.
Le repas était fade comme un jour d'automne. Je n'ai pas beaucoup mangé. Je rêve de soleil. Dehors il fait beau, dedans il pleut. Le brouillard envahit les visages. C'est l'angoisse des jours à venir qui s'installe. Je voudrais pouvoir chasser toutes ces taches ternes pendant que Nahele me parle. Il me raconte les dernières semaines de son stage et la préparation de sa soutenance, et j'ai le menton posé sur mes mains et les yeux plongés dans les siens. Je l'écoute, avec quelque chose comme la naissance d'un sourire sur les lèvres. Surtout, qu'il ne s'arrête pas, que rien ne l'interrompe. Toutes les obligations devraient être retenues le temps qu'il retrace le monde avec ses mots. Merlin ! L'été n'est peut-être plus très loin. J'aime le son de sa voix qui me donne envie de partager tout ce qui me passe par la tête ; j'apprécie la simplicité de notre discussion et la facilité avec laquelle elle s'est tissée ; et derrière mon regard, à l'ombre de mes pensées, je colore ce moment de tons orange et vert. J'espère pouvoir retirer le gris qui s'est glissé dans les traits de Nahele, marquant sa fatigue. Je rêve de chasser la brume et les nuages, de faire entrer la lumière, de permettre à la belle saison de s'installer sur l'Institut. Pourquoi faut-il toujours voir plus loin qu'aujourd'hui ? Pourquoi ne peut-on pas suspendre ses devoirs le temps d'un moment, comme un instant de paix pour retrouver la force et le courage ? Pourquoi doit-on sans arrêt préparer l'avenir quand le présent a tant à nous offrir ? Laissez-moi boire le jus des fruits mûrs, j'ai soif de soleil.
« Et toi ? me demande-t-il.
— Moi ? » répété-je, surprise par son interruption comme par la fin d'une chanson. Pourquoi me donne-t-il la parole ? Je n'en veux pas. Qu'il la garde, qu'il raconte, qu'il continue donc à coudre des phrases dans l'air, c'est si joli, si agréable.
Mais non. La parole repose sur mes paumes. Je n'ai aucune envie de m'en servir. Je voudrais la jeter par la fenêtre. Dans mon silence, je pouvais fabriquer mes rêves et mes couleurs.
« Hmm... » J'ai égaré mes réflexions dans le miel de ses iris. Alors, je cligne des yeux et voyage de mon regard dans la cafétéria. Tout est gris. A-t-on poussé les éclats de rire sous les meubles ? « Ça va. Je pense que je serai prête pour les examens. Enfin, je suis plutôt confiante. »
Je hoche la tête comme une idiote, ou un mouton. Je suis le troupeau. Je parle, mais cela ne veut rien dire. Bêtise, bêtise, bêtise. Je jette un caillou dans l'eau. Tout est inutile. Les obligations reviennent au galop. Surtout, ne perdez pas l'horizon de vue ! Vous risqueriez de tomber. Oh, par Médée, laissez-moi tomber un peu. Les genoux dans la terre et les fleurs dans le coeur. Cela ne me fait pas peur. Je suis née pour avoir les mains sales et le front lumineux.
Nahele repose ses couverts dans son assiette. Il semble pensif, comme s'il voulait rectifier quelque chose. S'est-il trompé dans sa question ? Attendait-il une autre réponse de moi ? Oh, je pourrais lui offrir tellement d'autres mots ! Je libérerai les papillons posés dans ma gorge, les reflets du soleil sur la mer qui tapissent mon coeur, la chaleur qui couve dans mon ventre, les teintes qui ruissellent sous mes paupières, les songes lumineux qui fleurissent au centre de mes poumons. Je pourrais lui souffler mon été au visage s'il me le demandait.
« Je n'en doute pas, » répond-il seulement, un demi-sourire sur le visage.
Alors, j'attends la suite. Je la sens qui approche, grandit, prend de l'importance. Bientôt, il la libérera, la laissera vagabonder hors de ses lèvres. Sa voix pliera sous ses hésitations. Il y a une autre question cachée sous son silence. Qu'il la révèle, par Merlin ! Mes mots bourgeonnent déjà dans ma gorge. Je veux faire entrer la nature dans l'ancien sanatorium. Il suffit simplement qu'il me le permette.
Mon ami lève les yeux vers moi. La douceur et l'inquiétude que j'y lis me font l'effet d'une nuit de gel soudaine et imprévue. Le froid entre dans ma bouche.
« Mais après ? Je veux dire, après les examens. Est-ce que tu sais ce que tu feras ? »
#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht
baisse de présence jusque fin juillet
baisse de présence jusque fin juillet
Toi qui m'empêches de me perdre
J'attendais l'été et me voilà plongée en hiver. Mon monde se fige et se fait palais de glace. Mon reflet terne et triste sur les parois immaculées me renvoie l'idée de mon échec. Les ruisseaux gèlent, les fleurs fanent, le soleil s'éloigne, le corps frissonne, les animaux se cachent, les couleurs s'éteignent, et l'entièreté de mes mots et de mes belles phrases, pétrifié et douloureux, tombe comme une avalanche dans le fond de ma gorge, écrasant mes espoirs. Il fait froid mais mon sourire fond doucement.
Je n'aime pas penser à après. C'est en ce moment trop désagréable, trop dur, trop incertain. Non pas que le chemin soit long et difficile, bien au contraire ; les examens le sèmeront peut-être d'embûches, mais ils le rendront aussi plus rapide. Ce sont plutôt les questions et les au revoir qui m'attendent en son bout qui me glacent et me plongent dans la nuit et le froid. Que deviendrai-je ? Qu'est-ce qui m'attend ? Que ferai-je ? Qui ne reverrai-je plus ? Quel choix est le bon ? Quelles envies faut-il écouter ? Je me sens partagée, indécise, et incapable de trancher. D'un côté, je peux terminer mes études avec cette première année, faire mes affaires, quitter l'Institut, et travailler. Mes parents ont des relations. Ma mère trouvera sûrement un moyen de me placer auprès de quelqu'un qu'elle apprécie pour me surveiller et m'insérer dans ce monde professionnel. Ce serait simple. Je n'aurais aucun effort à faire. Je retrouverai à plein temps le domicile familial, je devrai peut-être attendre un peu avant d'avoir un emploi, puis une routine s'installera et tout sera lancé. Jetée dans la vie comme un sort dans la nuit. Bien sûr, ma mère tient la baguette. Sans elle tout est plus complexe. Alors, c'est une possibilité qui remplit mon ventre de feuilles mortes et d'hésitations. Ai-je envie de ne plus être élève ? Est-ce la bonne voie ?
De l'autre, je peux poursuivre mes études. Où ? Dans quelle filière ? Dois-je continuer ce parcours ? Puis-je faire une deuxième année dans ma spécialité ? En ai-je envie ? Je deviendrai botaniste, prendrai soin des plantes, puis je les étudierai. À moins que je ne change de filière ? Pour faire quoi ? L'avenir m'a toujours paru évident, droit, certain : je travaillerai au service de la science, comme mes parents. J'aime les serres, la nature, les végétaux et la magie. Alors, je serai botaniste. Pourquoi devrai-je réfléchir davantage ? N'est-ce pas ce que j'ai toujours eu envie de faire ? Pourtant, quelque chose me retient. C'est un doute, un poids en trop sur la balance, qui penche doucement. Pourrais-je être heureuse, entourée d'adultes certes passionnés mais peut-être froids, distants, ou trop impliqués dans leur travail, comme mon père et ma mère ? Trouverai-je le bonheur dans un laboratoire ? N'ai-je pas besoin de grands espaces, de jeunesse, d'éclats de voix et d'énergie ?
Alors, que faire ?
Je détourne mon regard de mon ami. Je lui en veux pour sa question, et en même temps je le comprends. Je ne peux pas repousser l'inévitable éternellement. Pourtant, je n'ai pas envie de m'y confronter. Derrière cette interrogation et les choix qui y sont liés, il y a aussi un fait que je ne peux pas nier : quoi qu'il arrive, je ne reverrai plus Nahele à l'Institut l'année prochaine. Or, cette pensée-là est comme un nuage de glace qui voile le ciel de mon crâne. Que ferai-je, seule, sans sa voix pour apporter le soleil ? Merlin, je n'ai aucune envie d'y réfléchir. Laissez-moi fuir dans la honte ces idées glaçantes.
« Eh bien, commencé-je doucement, je serai en vacances, donc je retournerai à Godric's Hollow. J'irai probablement aux Quadriennales avant de passer du temps avec mes grands-mères. »
Mes yeux restent posés sur mes doigts. S'ils glissent vers mon ami, je me sentirai coupable de ne pas lui répondre clairement. L'été a fané brusquement.
« Alyona... » murmure Nahele.
Je cherche à m'échapper, mais il me rattrape. L'étudiant en pédiatromagie sait que je ne réponds pas vraiment, que j'évite sa question. Il le sait et il souhaite m'empêcher de me faufiler loin de ce cul-de-sac dans lequel il m'emmène. L'ancien Poufsouffle est plus sage que moi sur ce point-là, il connaît la nécessité de se confronter aux choix difficiles. De plus, ne pas être sincère avec lui m'est trop douloureux. Je ne veux pas lui mentir, ou lui cacher ce que j'ai en tête. J'aimerais balayer son interrogation mais je me dois d'y répondre.
Alors, je pousse un léger soupir avant de lever les yeux vers lui. Que dire ? Je suis bien loin d'avoir une réponse satisfaisante à lui apporter.
« Je ne sais pas, c'est tout. » avoué-je finalement.
Voilà donc où je suis : les deux pieds plongés dans une marée d'incertitude. J'avance, approche du bout de la voie, et je suis toujours aussi incapable de savoir où je me dirigerai par la suite.
Mes pensées glissent et se tordent dans le silence. Je réfléchis, poussée dans mes retranchements par l'absence de réponse de mon ami. Il en attend de moi davantage. Cependant, que puis-je ajouter ? C'est vrai, je ne sais pas. J'ai bien quelques intérêts particuliers, mais me dirigerai-je pour autant vers elles ? Ai-je le droit d'écouter des murmures curieux ? Ne dois-je pas me concentrer sur le raisonnable, le probable, l'utile ?
Je secoue la tête et libère mon crâne des pensées qui s'y nouent.
« J'aimerais bien continuer à étudier, mais... j'hésite. confessé-je. Si j'effectue une deuxième année dans ma spécialité, j'ai peur de travailler dans un laboratoire, à faire des études loin du monde. »
Une salle, des tenues toutes blanches, des plantes dans des environnements magiques, et la lumière du jour comme souvenir d'une autre vie. Je ne marcherai plus dans la forêt, je ne me pencherai plus au-dessus de plantes sauvages, je devrai centrer mon travail sur un seul sujet d'étude, comme un mémoire à temps plein. Est-ce ce que je souhaite, ce que je veux, ce qui me fait rêver ? J'ai besoin de contact, de paroles, d'imprévus. Je ne veux pas rester dans une salle, je veux marcher sous le soleil. Je ne veux pas de jours identiques et semblables, je veux de la surprise, des changements, de l'inattendu. Mais où donc cela me mènera-t-il ?
« C'est une possibilité, mais ce n'est pas la seule issue. Tu pourrais aussi travailler dans des serres, ou même dans un commerce.
— C'est vrai, » concédé-je.
Ces deux options me plaisent. J'aime les serres, le contact quotidien avec les plantes, le plaisir d'en prendre soin et de les voir grandir. Je pense que j'apprécierai également le fait d'être employée dans un commerce. Je pourrai voir passer des personnes, adultes comme élèves, tisser des liens, les aider, et contempler le plaisir sur leur visage quand elles obtiennent ce pourquoi elles étaient venues. Néanmoins, dans ces deux possibilités, une chose, justement, me manquerait : la découverte, l'apprentissage, l'inédit. Je ne peux pas me résoudre à arrêter mes recherches. J'aime apprendre et comprendre. Mais comment mêler tous ces intérêts ? Je veux être utile, prendre soin des plantes, garder contact avec des sorciers, ne pas glisser dans le répétitif et faire des recherches. Quel métier mêle tout cela ?
Mon regard, dégoulinant de découragement, grimpe pour rejoindre celui de Nahele.
« Mais je ne sais pas. Cela ne m'éclaire pas sur mon choix de fin d'année. »
Je pose mon menton sur ma paume, le coude appuyé sur la table, les yeux tout aussi perdus que le coeur. Les sourcils de mon ami se froncent un peu. Lui aussi réfléchit.
« Eh bien, rien ne t'empêche de poursuivre dans ta filière et dans ta spécialité et de faire une deuxième année. »
J'approfondirai mes connaissances, effectuerai un long stage et n'aurai plus aucun doute sur mes compétences de botaniste. Je serai prête pour le monde actif, sans pour autant savoir où je me dirigerai.
« Ou alors, commence Nahele, presque doucement, un début de sourire sur les lèvres, tu peux changer de filière, ou même de spécialité et faire une première année dans une autre voie. Découvrir quelque chose que tu n'imaginais pas. »
Son idée me surprend. Je lève la tête vers lui, souriant également. Une autre filière ? Une autre spécialité ? Quoi donc, dans ce cas ? Je n'ai toujours vu que par la botanique. Certes, j'ai hésité il y a quelques années avec la médicomagie, mais mon voyage à Castelobruxo a définitivement tranché cette question.
« Tu veux me convaincre d'étudier en médicomagie, c'est cela ? Je ne sais pas si... »
L'étudiant secoue la tête, amusé, m'obligeant à m'interrompre pour l'écouter.
« Non, ce n'est pas ce que je voulais dire. Je pensais plutôt à la spécialité enseignement, dans la filière botanique. Je crois que cela pourrait te plaire. »
J'ouvre la bouche et la referme, interdite et déconcertée. L'enseignement ? Je n'y avais jamais pensé sérieusement. Je ne sais pas si je ferai une très bonne professeure. Transmettre ce que je sais et ce que j'aime est une idée qui fait naître beaucoup d'enthousiasme et d'envie dans mon coeur, mais est-ce une voie pour moi ? Et où donc me mènera-t-elle ? Finirai-je ici, comme Mrs Wighters ou Mrs Yale, figée dans un emploi du temps et une routine constante ? Abandonnerai-je définitivement la découverte et les études ? Et qu'en est-il des plantes ? Pourrai-je toujours en prendre soin ? Probablement pas. Je serai enfermée dans un bureau, des cours et des devoirs pour seules compagnies. Non, le métier de professeure n'est pas pour moi.
Pourtant, dans l'enseignement, il y a quelque chose qui me manque particulièrement dans la recherche : le contact. J'ai besoin de la présence d'autres sorciers. J'apprécie l'énergie et l'enthousiasme des plus jeunes. Je me plais à leur parler de ce qui m'intéresse, à leur en transmettre les bases, et à les observer découvrir ce monde si cher à mon coeur. La perspective de travailler dans un tel milieu, avec des élèves que je pourrai guider me séduit. Je trouverai sûrement mon bonheur à leur contact.
Confuse après cette idée de mon ami, je laisse le silence s'installer durant quelques secondes. C'est comme si on avait soufflé sur mes pensées, mais que ce souffle était chaud. Je ne m'y attendais pas. Je ne sais pas quoi dire, ni comment réagir. Moi, professeure ? Merlin. Ce serait... étrange. Serait-ce pour autant désagréable ? Je ne crois pas.
« Je... Peut-être, répondis-je finalement. Je vais y réfléchir. »
Nahele m'offre un sourire sincère avant de reprendre la parole, me laissant le temps de digérer cette nouvelle option en emmenant notre discussion vers de nouveaux terrains bien différents.
Nul doute que mes pensées, cette semaine, tourneront inévitablement autour de ce choix d'études qu'il me faudra faire.
Je n'aime pas penser à après. C'est en ce moment trop désagréable, trop dur, trop incertain. Non pas que le chemin soit long et difficile, bien au contraire ; les examens le sèmeront peut-être d'embûches, mais ils le rendront aussi plus rapide. Ce sont plutôt les questions et les au revoir qui m'attendent en son bout qui me glacent et me plongent dans la nuit et le froid. Que deviendrai-je ? Qu'est-ce qui m'attend ? Que ferai-je ? Qui ne reverrai-je plus ? Quel choix est le bon ? Quelles envies faut-il écouter ? Je me sens partagée, indécise, et incapable de trancher. D'un côté, je peux terminer mes études avec cette première année, faire mes affaires, quitter l'Institut, et travailler. Mes parents ont des relations. Ma mère trouvera sûrement un moyen de me placer auprès de quelqu'un qu'elle apprécie pour me surveiller et m'insérer dans ce monde professionnel. Ce serait simple. Je n'aurais aucun effort à faire. Je retrouverai à plein temps le domicile familial, je devrai peut-être attendre un peu avant d'avoir un emploi, puis une routine s'installera et tout sera lancé. Jetée dans la vie comme un sort dans la nuit. Bien sûr, ma mère tient la baguette. Sans elle tout est plus complexe. Alors, c'est une possibilité qui remplit mon ventre de feuilles mortes et d'hésitations. Ai-je envie de ne plus être élève ? Est-ce la bonne voie ?
De l'autre, je peux poursuivre mes études. Où ? Dans quelle filière ? Dois-je continuer ce parcours ? Puis-je faire une deuxième année dans ma spécialité ? En ai-je envie ? Je deviendrai botaniste, prendrai soin des plantes, puis je les étudierai. À moins que je ne change de filière ? Pour faire quoi ? L'avenir m'a toujours paru évident, droit, certain : je travaillerai au service de la science, comme mes parents. J'aime les serres, la nature, les végétaux et la magie. Alors, je serai botaniste. Pourquoi devrai-je réfléchir davantage ? N'est-ce pas ce que j'ai toujours eu envie de faire ? Pourtant, quelque chose me retient. C'est un doute, un poids en trop sur la balance, qui penche doucement. Pourrais-je être heureuse, entourée d'adultes certes passionnés mais peut-être froids, distants, ou trop impliqués dans leur travail, comme mon père et ma mère ? Trouverai-je le bonheur dans un laboratoire ? N'ai-je pas besoin de grands espaces, de jeunesse, d'éclats de voix et d'énergie ?
Alors, que faire ?
Je détourne mon regard de mon ami. Je lui en veux pour sa question, et en même temps je le comprends. Je ne peux pas repousser l'inévitable éternellement. Pourtant, je n'ai pas envie de m'y confronter. Derrière cette interrogation et les choix qui y sont liés, il y a aussi un fait que je ne peux pas nier : quoi qu'il arrive, je ne reverrai plus Nahele à l'Institut l'année prochaine. Or, cette pensée-là est comme un nuage de glace qui voile le ciel de mon crâne. Que ferai-je, seule, sans sa voix pour apporter le soleil ? Merlin, je n'ai aucune envie d'y réfléchir. Laissez-moi fuir dans la honte ces idées glaçantes.
« Eh bien, commencé-je doucement, je serai en vacances, donc je retournerai à Godric's Hollow. J'irai probablement aux Quadriennales avant de passer du temps avec mes grands-mères. »
Mes yeux restent posés sur mes doigts. S'ils glissent vers mon ami, je me sentirai coupable de ne pas lui répondre clairement. L'été a fané brusquement.
« Alyona... » murmure Nahele.
Je cherche à m'échapper, mais il me rattrape. L'étudiant en pédiatromagie sait que je ne réponds pas vraiment, que j'évite sa question. Il le sait et il souhaite m'empêcher de me faufiler loin de ce cul-de-sac dans lequel il m'emmène. L'ancien Poufsouffle est plus sage que moi sur ce point-là, il connaît la nécessité de se confronter aux choix difficiles. De plus, ne pas être sincère avec lui m'est trop douloureux. Je ne veux pas lui mentir, ou lui cacher ce que j'ai en tête. J'aimerais balayer son interrogation mais je me dois d'y répondre.
Alors, je pousse un léger soupir avant de lever les yeux vers lui. Que dire ? Je suis bien loin d'avoir une réponse satisfaisante à lui apporter.
« Je ne sais pas, c'est tout. » avoué-je finalement.
Voilà donc où je suis : les deux pieds plongés dans une marée d'incertitude. J'avance, approche du bout de la voie, et je suis toujours aussi incapable de savoir où je me dirigerai par la suite.
Mes pensées glissent et se tordent dans le silence. Je réfléchis, poussée dans mes retranchements par l'absence de réponse de mon ami. Il en attend de moi davantage. Cependant, que puis-je ajouter ? C'est vrai, je ne sais pas. J'ai bien quelques intérêts particuliers, mais me dirigerai-je pour autant vers elles ? Ai-je le droit d'écouter des murmures curieux ? Ne dois-je pas me concentrer sur le raisonnable, le probable, l'utile ?
Je secoue la tête et libère mon crâne des pensées qui s'y nouent.
« J'aimerais bien continuer à étudier, mais... j'hésite. confessé-je. Si j'effectue une deuxième année dans ma spécialité, j'ai peur de travailler dans un laboratoire, à faire des études loin du monde. »
Une salle, des tenues toutes blanches, des plantes dans des environnements magiques, et la lumière du jour comme souvenir d'une autre vie. Je ne marcherai plus dans la forêt, je ne me pencherai plus au-dessus de plantes sauvages, je devrai centrer mon travail sur un seul sujet d'étude, comme un mémoire à temps plein. Est-ce ce que je souhaite, ce que je veux, ce qui me fait rêver ? J'ai besoin de contact, de paroles, d'imprévus. Je ne veux pas rester dans une salle, je veux marcher sous le soleil. Je ne veux pas de jours identiques et semblables, je veux de la surprise, des changements, de l'inattendu. Mais où donc cela me mènera-t-il ?
« C'est une possibilité, mais ce n'est pas la seule issue. Tu pourrais aussi travailler dans des serres, ou même dans un commerce.
— C'est vrai, » concédé-je.
Ces deux options me plaisent. J'aime les serres, le contact quotidien avec les plantes, le plaisir d'en prendre soin et de les voir grandir. Je pense que j'apprécierai également le fait d'être employée dans un commerce. Je pourrai voir passer des personnes, adultes comme élèves, tisser des liens, les aider, et contempler le plaisir sur leur visage quand elles obtiennent ce pourquoi elles étaient venues. Néanmoins, dans ces deux possibilités, une chose, justement, me manquerait : la découverte, l'apprentissage, l'inédit. Je ne peux pas me résoudre à arrêter mes recherches. J'aime apprendre et comprendre. Mais comment mêler tous ces intérêts ? Je veux être utile, prendre soin des plantes, garder contact avec des sorciers, ne pas glisser dans le répétitif et faire des recherches. Quel métier mêle tout cela ?
Mon regard, dégoulinant de découragement, grimpe pour rejoindre celui de Nahele.
« Mais je ne sais pas. Cela ne m'éclaire pas sur mon choix de fin d'année. »
Je pose mon menton sur ma paume, le coude appuyé sur la table, les yeux tout aussi perdus que le coeur. Les sourcils de mon ami se froncent un peu. Lui aussi réfléchit.
« Eh bien, rien ne t'empêche de poursuivre dans ta filière et dans ta spécialité et de faire une deuxième année. »
J'approfondirai mes connaissances, effectuerai un long stage et n'aurai plus aucun doute sur mes compétences de botaniste. Je serai prête pour le monde actif, sans pour autant savoir où je me dirigerai.
« Ou alors, commence Nahele, presque doucement, un début de sourire sur les lèvres, tu peux changer de filière, ou même de spécialité et faire une première année dans une autre voie. Découvrir quelque chose que tu n'imaginais pas. »
Son idée me surprend. Je lève la tête vers lui, souriant également. Une autre filière ? Une autre spécialité ? Quoi donc, dans ce cas ? Je n'ai toujours vu que par la botanique. Certes, j'ai hésité il y a quelques années avec la médicomagie, mais mon voyage à Castelobruxo a définitivement tranché cette question.
« Tu veux me convaincre d'étudier en médicomagie, c'est cela ? Je ne sais pas si... »
L'étudiant secoue la tête, amusé, m'obligeant à m'interrompre pour l'écouter.
« Non, ce n'est pas ce que je voulais dire. Je pensais plutôt à la spécialité enseignement, dans la filière botanique. Je crois que cela pourrait te plaire. »
J'ouvre la bouche et la referme, interdite et déconcertée. L'enseignement ? Je n'y avais jamais pensé sérieusement. Je ne sais pas si je ferai une très bonne professeure. Transmettre ce que je sais et ce que j'aime est une idée qui fait naître beaucoup d'enthousiasme et d'envie dans mon coeur, mais est-ce une voie pour moi ? Et où donc me mènera-t-elle ? Finirai-je ici, comme Mrs Wighters ou Mrs Yale, figée dans un emploi du temps et une routine constante ? Abandonnerai-je définitivement la découverte et les études ? Et qu'en est-il des plantes ? Pourrai-je toujours en prendre soin ? Probablement pas. Je serai enfermée dans un bureau, des cours et des devoirs pour seules compagnies. Non, le métier de professeure n'est pas pour moi.
Pourtant, dans l'enseignement, il y a quelque chose qui me manque particulièrement dans la recherche : le contact. J'ai besoin de la présence d'autres sorciers. J'apprécie l'énergie et l'enthousiasme des plus jeunes. Je me plais à leur parler de ce qui m'intéresse, à leur en transmettre les bases, et à les observer découvrir ce monde si cher à mon coeur. La perspective de travailler dans un tel milieu, avec des élèves que je pourrai guider me séduit. Je trouverai sûrement mon bonheur à leur contact.
Confuse après cette idée de mon ami, je laisse le silence s'installer durant quelques secondes. C'est comme si on avait soufflé sur mes pensées, mais que ce souffle était chaud. Je ne m'y attendais pas. Je ne sais pas quoi dire, ni comment réagir. Moi, professeure ? Merlin. Ce serait... étrange. Serait-ce pour autant désagréable ? Je ne crois pas.
« Je... Peut-être, répondis-je finalement. Je vais y réfléchir. »
Nahele m'offre un sourire sincère avant de reprendre la parole, me laissant le temps de digérer cette nouvelle option en emmenant notre discussion vers de nouveaux terrains bien différents.
Nul doute que mes pensées, cette semaine, tourneront inévitablement autour de ce choix d'études qu'il me faudra faire.
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Toi qui m'empêches de me perdre
9. Demain s'éclaircit
16 JUILLET 2049, 17h13,
COULOIRS DU 2ÈME ÉTAGE, IMSM,
Alyona, 19 ans,
COULOIRS DU 2ÈME ÉTAGE, IMSM,
Alyona, 19 ans,
« Alors ? »
Mon ami me regarde avec ses yeux ambrés, coulants et ensoleillés comme le miel, d'une manière qui m'est si familière qu'elle me donne l'impression que nous nous connaissons depuis des années. Il est hésitant, soulagé mais encore figé par le poids de l'angoisse qui vient de retirer sa grande main de son coeur. Un sourire naît dans le coin de ses lèvres, comme un lever de soleil. Il avance, je le suis, et nous nous éloignons de la porte par laquelle nous venons de passer, prenant enfin nos distances avec sa soutenance de stage.
Quelle épreuve, tout de même ! C'était la dernière avant nos examens de fin d'année. Si elle n'avait aucun impact sur ma scolarité, j'ai pourtant l'impression de l'avoir vécue comme si j'étais aux côtés de Nahele et que j'avais dû défendre son oral avec lui. Son assurance, son angoisse, son soulagement, ses doutes, j'ai tout senti. Je ne peux pas affirmer que je l'ai vécu, ni connu comme lui, mais l'idée de partage n'est pas loin de ce que j'ai vécu. Le fait que désormais ce soit terminé, pour lui comme pour Ondine, Abby et moi est assez agréable. Cela me donne la force de prendre mon courage entre mes doigts pour avancer en ligne droite jusqu'aux examens finaux qui nous attendent.
Nahele expire brutalement tout le stress qui lui serrait le ventre.
« Ça a été, je crois. »
Je hoche la tête.
« Moi j'en suis sûre. Tu le maîtrisais, cet oral. Et, tu ne les as pas vus, mais derrière toi les examinateurs avaient l'air plutôt satisfaits. » Je les ai observés quand tout le monde quittait la salle, me grandissant pour apercevoir leurs visages et les mouvements de leurs lèvres. « Enfin, ils n'étaient pas très expressifs, mais ils ne paraissaient pas agacés, fatigués ou déçus. Ce qui est plutôt bon signe. »
Mon ami me sourit, et je sais sans qu'il n'ait besoin d'ajouter quoi que ce soit, qu'il comprend ce que je veux dire par là.
Nous nous engageons dans un escalier, grimpant au deuxième étage pour rejoindre la salle d'études dans laquelle nous avons l'habitude de travailler. Nous marchons vite, connaissant le chemin, coutumiers de ce trajet, nous murmurant quelques phrases de temps en temps. Nahele me parle de ses ressentis durant sa soutenance et me confit ses regrets et ses craintes. En échange, je tente de le rassurer, d'apaiser ses doutes et de faire taire ses peurs. Nous ne parlons pas trop fort, surtout pour ne pas déranger les autres étudiants que nous croisons, tantôt plongés dans leurs pensées, tantôt concentrés sur un manuel, de l'autre côté d'une porte entr'ouverte. Puis, notre discussion glisse et se diversifie. Il me serait difficile de l'exposer entièrement par écrit, ou même de la raconter, tant elle conserve une fluidité, un naturel et une légèreté qui ne me permet même pas de la retenir dans son entièreté. Toujours est-il qu'elle vient combler avec plaisir le temps que nous passons à traverser l'école.
Arrivés au deuxième étage, quelques pensées discrètes s'immiscent dans mon crâne. À chaque fois que je passe ici, depuis que Nahele m'a parlé de Mrs Dyer, je ne peux pas m'empêcher de penser à elle. Un fantôme qui hante les couloirs en robe de chambre pour corriger les étudiants. Merlin, je veux voir cela ! Mais on dit qu'elle apparaît et disparaît si vite qu'il est difficile de prévoir sa venue. Mon ami m'a avoué l'avoir vu plusieurs fois, lors de sa première année à l'Institut. Alors à chacun de mes passages, je cherche sa trace à l'horizon. Mais les fantômes surgissent toujours quand on ne les attend pas, c'est bien là leur spécialité.
Ainsi, nous marchons, traversant des couloirs entiers de silence, à l'air humide et moutonnant. Parfois, seul le bruit de nos pas retentit. D'autres fois, une de nos voix écrase le calme pour cracher une phrase du bout des lèvres. Alors, l'inattendu surgit et nous dépasse.
« Je vais rester à l'Institut l'année prochaine. »
La nouvelle tombe de mon corps et tinte sur le sol. J'ai l'impression que c'est une armée entière qui s'est jetée hors de ma gorge dans un mouvement brutal et imprévisible. Moi-même, je ne m'attendais pas à cette confession, alors que nous approchions de notre salle habituelle d'études. Je pensais ne pas m'être encore tout à fait décidée à propos de cet avenir. Je croyais ressentir les tourments de l'hésitation. Pourtant, voilà que les mots s'échappent comme s'ils avaient toujours macéré dans ma bouche.
« Mais en enseignement. Je pense que j'ai besoin d'une année supplémentaire pour réfléchir et me positionner par rapport à mon avenir. Pour trouver ma voie, quoi. »
Une année supplémentaire entre ces murs orangés. C'est vrai, cette idée est souvent revenue dans mon crâne ces dernières semaines. Quoi que j'imagine, l'idée de quitter l'Institut en août pour ne plus jamais y revenir me paraît discordante. Que ferai-je alors ? Je n'ai même pas commencé à chercher du travail, et pas la moindre piste concernant des endroits qui pourraient m'accueillir. Certes, le poste de ma mère au Conseil porterait sûrement plus facilement ma candidature, mais tout de même. Je ne veux pas que tout repose sur cela. Et quand bien même, cela ne m'aide pas à savoir où je souhaite m'engager. J'ai l'impression d'être pressée, conduite au bord d'une branche par cette perspective de fin d'études. On me demande de voler mais je ne m'en pense pas capable. J'ai terriblement besoin de temps. Et, il est vrai, l'enseignement est une voie qui me séduit. J'y ai pensé il y a quelques années, sans me prendre vraiment au sérieux. Désormais, voilà que l'idée se transforme en possible. Pourquoi ne pas le saisir ? C'est peut-être ce dont j'ai besoin. Plus j'y réfléchis et plus j'en suis convaincue.
Pourtant, ce n'est pas un choix aisé. Aucun choix ne l'est tout à fait. Il n'empêche qu'il devient de plus en plus le mien, à mesure qu'il revient dans mon crâne. La graine qu'a plantée Nahele il y a quelques semaines ne cesse de germer. Moi, enseignante, dans quelques années. Oui, c'est une vision que je peux avoir. Avant, je ne sais pas trop ce que je ferai, mais je sais que c'est un chemin dans lequel je peux m'épanouir. J'ai besoin de temps pour trouver un travail, et rester une année supplémentaire à l'Institut, dans une autre spécialité, m'en offrirait.
Mes yeux glissent vers l'étudiant en pédiatromagie. Il n'a pas l'air surpris par mon annonce. Son visage est baissé vers le sol, mais j'y devine l'ombre d'un sourire. Il s'arrête face à la porte de notre salle d'études pour poser sa main sur la poignée. Avant d'ouvrir, il m'offre quelques mots qui m'apaisent.
« Je comprends. Je crois que c'est une bonne décision. »
Puis, nous entrons.
#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht
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