16 janv. 2026, 23:40
 recueil d'OS  La déchéance d'une mère  PNJ 
Ce recueil d'OS sera essentiellement basé sur le point de vue de Charlotte Joyner, la mère de mon PJ. À travers ces nombreux OS, j'aimerais mettre en lumière le raisonnement de cette mère de famille qui, au lieu d'abandonner dès le début, a voulu affronter ses propres préjugés par amour.
Reducio
- Votre PJ est présent ? oui et non, tout dépend des moments
- Nom et prénom du PNJ (+ lien avec votre PJ + utilisation "actif" ou "prétexte") : Charlotte Joyner (mère) et Jonathan Joyner (père), tous les deux en actif.
- Lien vers la fiche du PNJ : lien vers le post déclarant vos PNJ dans l'index des PNJ

2 Février 2032
Appartement Londonien du côté moldu

PNJ présent : Charlotte Joyner (30 ans)- code couleur : #540495
Jonathan Joyner (32 ans) - code couleur : #30395f



Acte 1
Avant la naissance de son étoile

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Ils attendaient une fille.

Un sourire presque bête s'était dessiné sur ses lèvres en entendant le verdict.

Charlotte tenait son ventre à peine rebondi de ses deux mains, écoutant religieusement les conseils de sa gynécologue pour la suite de sa grossesse. Sa joie la faisait presque trembler, comme si cette émotion était bien trop forte pour être contenue dans son corps. La future mère aurait bien voulu partager cette annonce avec son mari, mais Jonathan n'avait pu être présent pour ce rendez-vous. Son absence aurait pu lui peser si elle n'était pas certaine de pouvoir le lui annoncer dès son retour. Elle s'imaginait déjà se jeter dans ses bras, le serrer fort contre elle et souffler à son oreille ce doux secret. Oui, il n'y avait pas meilleure façon de démarrer leur famille.

Une fois le rendez-vous terminé, elle s'était dépêchée de prendre le bus de retour et de prendre son mal en patience pour le retrouver. À son arrêt, elle descendit et se précipita presque dans l'allée, ses pas se succédant avec énergie. Le bonheur lui montait à la tête et la rendait extatique. Cette heureuse nouvelle devait aussi arriver aux oreilles de sa mère, de son père et de ses amis ! Et pourquoi pas même le voisinage ? Tout le monde devait l'appendre !

Charlotte souhaitait crier au monde entier sa joie et partager l'existence de la graine qui grandissait en elle. Ce petit bout de Jonathan et d'elle, la pure preuve de leur amour.

- Je suis rentrée ! Chéri, t'es là ?

L'appel lancé dans leur appartement raisonna entre les murs. Elle espérait qu'il était déjà là, car elle ne se sentait pas capable d'attendre plusieurs heures. En enlevant son manteau, elle entendit du bruit au niveau du salon, quelqu'un approchait dans sa direction. Jonathan apparut au bout du couloir, rayonnant.

- Coucou mon amour, fit-il en l'attirant dans ses bras. Le trajet ne t'a pas trop fatigué ?

Elle l'embrassa et le rassura immédiatement.

- Ça va, je me sens bien...Même plus que bien, susurra-t-elle à son oreille.

Un rire rauque caressa ses oreilles et elle sentit ses bras se resserrer autour de sa taille.

- Tu es d'humeur ? demanda-t-il avec un sourire séducteur.

Charlotte le calma immédiatement en tapant le haut de sa tête. Son mari avait toujours le chic pour tout traduire de cette façon.

- Pas du tout, idiot, rouspéta-t-elle en le poussant doucement.

Elle lâcha un petit rire avant de reprendre, adoptant une voix mystérieuse.

- Il est possible que je possède quelques infos qui devraient t'intéresser. Je pourrais, évidemment, tout te raconter, mais il faudrait d'abord que tu sois concentré.

Charlotte le vit abandonner toute trace d'humour pour afficher un air sérieux. Le léger froncement au niveau de ses sourcils lui indiqua qu'il était même impatient.

- Qu'est-ce que t'a dit la gynéco ?

Mal à l'aise de lui dire tout ça en plein dans le couloir, elle le tira pour qu'ils s'installent sur le canapé. Elle attrapa sa main pour la poser contre son ventre, plongea son regard dans celui de Jonathan et lui révéla la nouvelle avec un grand sourire.

- On va avoir une fille.

Le regard de Jonathan croisa le sien puis descendit progressivement vers son ventre. La microseconde de silence inquiéta Charlotte, car elle pensait qu'il aurait explosé dès le début. Au lieu de ça, il fixa étrangement sa main posée sur elle, comme s'il avait du mal à réaliser ce qu'elle venait de lui dire. Quand l'information eut l'air d'avoir enfin fait le chemin jusqu'à son cerveau, il se leva subitement et l'attrapa pour la soulever en l'air.

- Je vais être papa ! s'exclama-t-il en la faisant tournoyer. On va avoir une fille !

Charlotte riait dans les airs, heureuse qu'il partage la même euphorie qu'elle. Depuis le long retard de ses règles, ils avaient commencé à accepter l'éventualité qu'elle attendait un enfant. Le couple s'était rapidement fait à l'idée et avait espéré qu'il ne s'agissait pas d'un faux espoir. Ils avaient fait exprès d'attendre autant de temps pour pouvoir connaître le sexe de leur enfant et le dévoiler à leurs proches, en espérant que ce bonheur touche leur foyer.

Ainsi, dans ses bras, Charlotte pensait qu'elle ne pourrait plus jamais redescendre d'une telle béatitude. Rien n'aurait pu briser ce moment qui n'appartenait qu'à eux. Rien ne...

- Charlotte ?

Un froissement, une impureté sur la clarté de leur bulle. Son nom ? Il ne l'appelait jamais comme ça. Cela forma un inconfort dans sa poitrine, une pointe inexplicable. Elle posa ses yeux sur lui, les sourcils légèrement froncés.

- Oui ?

Loin était la joie sur le visage de son homme. Le pétillement de son regard s'était légèrement assombri et il avait troqué son merveilleux sourire contre des traits tirés, plus inquiets, comme tiraillés.

Un étau invisible enserra sa gorge. Où était passé leur bonheur ? Pourquoi ce doux sentiment venait-il de se faire remplacer par une étrange peur ?

- Pourquoi tu ne dis rien ? Tu me fais peur là...

- Je dois t'avouer quelque chose, soupira-t-il difficilement, le regard perdu dans la pièce.

Immédiatement, le pire accourra dans les pensées de Charlotte.

- Tu m'as trompé ?

- Hein ? réagit-il, excédé. Non. Non ! Bien sûr que non ! Jamais je ne ferai ça !

- Alors, quoi ? relança-t-elle, prête à s'énerver. Dis-moi.

Il soupira et se rassit en se frottant les tempes. Charlotte resta debout, les bras croisés, attendant qu'il daigne expliquer ce qui se passait.

- Bon...Ce n'est pas simple à expliquer, débuta-t-il en joignant ses mains. Donc j'aimerais que tu fasses preuve de patience et que tu ne m'interrompes pas. T'es ok avec ça ?

Charlotte hocha de la tête tout en sentant un serpent s'agiter au niveau de ses entrailles. La tournure de la discussion ne lui plaisait vraiment pas.

- Je...Je ne suis pas ce que tu crois, fit-il en gardant son regard braqué sur le tapis. En fait, tout ce que tu sais de ma vie, mon boulot, ma famille, mes études...Tout ça, j'ai dû le modifier, omettre des choses pour que ça te paraisse normal. Je n'ai jamais étudié à l'étranger. Mes parents ne sont pas de simples vétérinaires à la retraite qui habitent à l'autre bout du monde. Et pour mon job...Je ne suis pas réellement chimiste. J'ai menti sur tout, parce que...Putain. Je devais te mentir. Je n'avais pas le choix !

Il prit une pause après son long monologue et releva la tête vers elle, dévoilant la crainte qui s'était marquée sur ses traits.

- J'aurais voulu te dire plus tôt ce que je suis, ce que mes proches sont aussi, dit-il d'une voix plaintive. Si j'avais pu, je t'aurais déjà tout avoué dès les premiers mois.

Charlotte avait du mal à comprendre tout ce qu'il révélait. En entendant qu'il avait fait que lui mentir sur quasiment toute la ligne, elle avait senti sa gorge s'assécher et son cœur rater bien trop de battements. Suffoquer ne devait pas être bon pour le bébé, alors elle s'obligea à garder tout le calme dont elle pouvait faire preuve.

- Je ne comprends pas, souffla-t-elle, les mâchoires serrées. Pourquoi tu as dû me mentir ? Explique-toi.

En trois ans de mariage, c'était la première fois qu'elle le voyait dans un tel état. Il semblait à la fois démuni et tourmenté par tous les mensonges qu'il avait prononcés. La vérité avait du mal à sortir de sa bouche, comme s'il était tabou de la révéler. Il ferma les yeux, respira un bon coup et se lança.

- Je suis un sorcier.

Il l'avait dit sérieusement avec une voix tendue. Charlotte l'observa pendant quelques secondes, partagée entre une terrible envie de rire et celle de l'étrangler pour lui avoir fait si peur. Elle se passa une main sur son visage et pouffa du nez.

- Encore une de tes blagues nulles ? Sérieux, chéri, tu n'aurais pas pu trouver un autre jour pour ça ? La prochaine fois, évite de choisir un moment comme l'annonce du sexe de notre bébé, lança-t-elle sur un ton épuisé. Bon, j'ai faim moi, je vais faire des crêpes !

Elle comptait l'abandonner là, complètement oublier son sketch et préparer le goûter. Cependant, avant qu'elle ne sorte, la porte du salon se referma devant elle, lui barrant la route. Charlotte sursauta en la voyant bouger toute seule et se retourna immédiatement vers Jonathan. Dans sa main, il tenait un étrange bâton qu'elle n'avait jamais vu auparavant.

- Très drôle, grogna-t-elle. Me faire des frayeurs alors que je suis enceinte, c'est irresponsable.

- Ce n'est pas une blague.

Charlotte lança un regard mauvais vers son bâton et leva les yeux au ciel.

- Amour...Ton délire de magicien, c'était marrant deux minutes. Là, ça devient lourd.

Sans prévenir, il se leva et s'approcha d'elle, pas le moins du monde en train de se marrer.

- Un délire ? Si c'en est un, explique ça. Incendio !

Une lumière orangée sortit de la pointe du bois et fonça dans un endroit qui se trouvait derrière elle. Sous ses yeux stupéfaits, un feu s'embrasa subitement dans la cheminée. Charlotte resta bloquée un instant sur les flammes qui dansaient joyeusement dans l'âtre. Elle cherchait la combine qui lui avait permis de démarrer le feu de si loin. Avait-il utilisé des pétards ? Cela lui semblait pas assez puissant pour le débuter. Alors, comment ?...

- Tu ne me crois toujours pas ? relança Jonathan. Regarde.

Charlotte se recula violemment contre le mur en voyant des objets de la pièce dans les airs, flottant par eux-mêmes. Sa bouche s'ouvrit, incapable de prononcer le moindre mot. La stupéfaction l'avait pétrifiée, la rendant muette. Ses yeux suivaient la trajectoire des objets, terrifiée par ce spectacle.

- Stop...finit-elle par murmurer, tremblante.

Il mit fin à tout ça d'un geste sec. Tout tomba dans un fracas et la fit se raidir davantage. Charlotte, qui n'avait toujours pas quitté son mur, le fixait avec une dureté nouvelle. En réalité, tout ce qu'elle pensait être qu'une vulgaire boutade était la stricte vérité. Une vérité bien amère à intégrer. Toutes ces révélations tirées par les cheveux venaient de la plonger dans un état de stress intense. Tel un animal pris au piège, elle était prête à se défendre, une main protectrice posée sur son ventre. Ce geste naturel, qu'elle avait eu à l'intention de son bébé, avait désarçonné Jonathan.

- Chérie, tout va bien, assura-t-il les mains levées.

Il tenta de faire un pas dans sa direction, mais elle recula un peu plus en glissant contre le mur. Jonathan fronça les sourcils et retenta de l'approcher.

- Mon amour...Tu n'as pas à avoir peur de moi. Je ne vais pas te faire de mal.

- Ah oui ? cracha-t-elle sur la défensive. Comment je peux être sûre de ça ? Tu m'as menti pendant des années !

L'accusation fit mouche et cloua le bec de son mari. Le regard de Charlotte faisait des aller-retours entre lui et la sortie toujours fermée. Son instinct lui hurlait de fuir, comme si Jonathan était devenu un étranger en l'espace de ces quelques minutes. Au milieu de ses propres ressentiments, un milliard de peurs vinrent l'assaillir et la rendirent d'autant plus apeurée.

- J'ai cru en toi, lâcha-t-elle défaite, les larmes sur le point de monter. Je n'ai jamais douté de toi et...et tu m'as caché tout ça. En fait, je ne connais rien de toi, je ne sais même pas qui tu es...Et ces...ces choses que tu fais. Ce n'est pas normal.

Elle baissa légèrement son visage et pleura en sentant ses nerfs craquer sous la pression. Les larmes roulèrent sur ses joues et mouillèrent son haut. La trahison était comme une déchirure nette sur son cœur.

- Je ne sais même pas si tu es humain.

À cette phrase, Jonathan combla la distance entre eux et attrapa sa main pour la poser contre sa poitrine. En ayant sa paume plaquée contre lui, elle sentait les battements de son cœur résonner dans sa cage thoracique.

- Je suis comme toi, je suis fait de chair et de sang, murmura-t-il en la fixant. Je n'ai rien d'un monstre. Et je n'ai jamais menti sur ma personnalité. Je n'ai jamais feins avec toi.

Monstre. Le voyait-elle ainsi ?
Elle ne savait pas. Elle ne savait plus.

- Je n'ai rien dit sur mes pouvoirs, car j'avais peur de te perdre, lui souffla-t-il en portant une main à sa joue. J'étais terrifié que ma différence te repousse, que tu disparaisses de ma vie. Je sais que tout ça, ça fait beaucoup à accepter, mais...Pourrais-tu le faire pour nous ?

La voix de Jonathan semblait, à ses oreilles, tremblotante. La chaleur de sa main contre sa joue était réconfortante, elle la connaissait si bien...Que devait-elle faire ?

- Je t'aime. Je t'aime à la folie, souffla-t-il, le regard brillant de tristesse. Pitié, ne me repousse pas.

Par tous les saints, il était en train de tomber dans ses bras. L'homme qu'elle aimait, qu'elle avait choisi comme son compagnon de vie, la suppliait de rester à ses côtés. Il lui avait menti. Il n'était pas celui qu'il prétendait être. Alors pourquoi sentait-elle ce pincement en l'entendant dire tout ça ? Elle devrait le repousser, lui hurler qu'il était que le diable en personne, que jamais elle ne pourrait vivre avec lui.

Pourtant, en étant proche de lui, sa main posée sur sa joue, elle s'en sentit incapable.
Incapable de l'insulter. Incapable de prendre la fuite. Incapable de quitter son grand amour.

Elle resterait, pour lui, pour eux.
Elle resterait pour leur famille.
Elle resterait pour cet être qui grandissait dans son ventre.


D'ailleurs...Qu'en serait-il de leur fille ?

(2255 mots)

- #066ccb - Coucou Rapeltout -- Son petit Moine Gras --
Préfète InRP de Février 2051 à Juin 2051

Semeuse de Discorde - Projectile de qualité supérieure - Méméline

9 févr. 2026, 02:28
 recueil d'OS  La déchéance d'une mère  PNJ 
18 Novembre 2032
Hôpital moldu

PNJ présents : Charlotte Joyner (30 ans) PNJ actif - code couleur : #540495
Jonathan Joyner (32 ans) - code couleur : #30395f
TW : accouchement



Acte 2
La venue au monde du changement

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"Poussez Madame ! "

C'était déjà ce qu'elle faisait ! L'idiote n'arrêtait pas de lui scander la même phrase en boucle. Poussez ! Poussez ! Poussez ! Bon Dieu, comme si elle ne le savait pas déjà assez...Pas besoin de lui rappeler, ses jambes ouvertes et la terrible douleur qui se répandait de ses parties intimes jusque dans son dos lui suffisaient pour savoir ce qu'elle devait faire.

Sa main broyait celle de son mari. Le pauvre homme, par des paroles tremblotantes, essayait de l'encourager dans son épreuve. Un pic électrique arracha un nouveau cri à Charlotte. Elle tira soudainement sur sa prise pour le rapprocher jusqu'à elle.

- John, ferme-là !

Net et sec.
Assez pour faire comprendre à Jonathan qu'il pouvait garder sa propre peur pour lui. Actuellement, il n'y avait qu'elle dans cette salle qui accouchait, et personne d'autre !

Exténuée par son long travail, elle renversa la tête contre l'oreiller. Ses paupières se fermèrent un instant, juste le temps qu'elle reprenne des forces...

Vision trouble.
Ouïe brouillée.

Charlotte eut l'impression qu'il n'y avait plus personne autour d'elle. Qu'elle était seule, allongée sur ce lit. Ce moment hors du temps lui permit de repenser à ces derniers mois, à sa grossesse et à tous ces doutes qui l'empêchaient de dormir. Apprendre la vérité avait été brutal. Le choc avait duré plusieurs jours, s'accompagnant parfois d'un déni qui refaisait encore quelques apparitions. Son choix, celui d'accepter la condition de son mari, la rendait incertaine. Il suffisait que Jonathan utilise ses pouvoirs devant elle pour que toutes ses bonnes volontés s'évanouissent.

Dès qu'elle était en présence de magie, un frisson se propageait dans tout son corps et lui donnait constamment la chair de poule. À chaque fois, Charlotte finissait par se flageller mentalement, tentant de se convaincre du fait que ce n'était pas si grave.

Jonathan était toujours le même.
Ce n'était pas si grave.
Jonathan n'était pas un monstre.
Ce n'était pas si...
Jonathan comptait pour elle.
Ce n'était...

Elle l'aimait.

...

Elle...l'aimait...n'est-ce pas ?

Charlotte connaissait par cœur ses habitudes, ses manies et la forme de sa fossette quand il souriait. Il n'avait pas besoin de parler pour qu'elle sache qu'il était fatigué, qu'il avait faim ou qu'il avait besoin d'un câlin. Leur couple était devenu son refuge. Ses repaires dans l'immensité du monde.

Alors, pourquoi se sentait-elle...perdue ?

Pourquoi la présence de celui qui avait comblé son cœur était devenue si inconfortable ? Son toucher la brûlait, jusqu'à frôler le dégoût. Ses blagues, qui avaient toujours réussi à la faire rire, étaient fades à ses oreilles. Tous ces changements l'avaient évidemment interpellée et elle s'était confiée à sa psychologue tout en oubliant le plus gros de l'histoire. On lui avait assuré que c'était normal, que la grossesse demandait énormément à la mère, qu'elle était plus tendue."Après l'accouchement vous verrez, ça ira beaucoup mieux !"

Une promesse rapide, efficace. Sûrement suffisante pour rassurer la plupart des femmes qui passaient par là, mais pas Charlotte. Elle savait que quelque chose avait changé. Une fissure s'était créée. Fine mais profonde. Elle la sentait s'étendre, gagner du terrain, jusqu'au jour où elle prendra toute la place.

" Poussez ! Poussez ! "

De la sueur coulait sur son front, ruisselant jusqu'à la frontière de ses sourcils. Un peu plus et elle ne verrait vraiment plus rien.

" Continuez Miss Joyner ! Vous y êtes presque ! "

Hurler abimait ses cordes vocales. Une énième déchirure qui se produisait en elle...Encore et encore. Ça ne s'arrêtait pas. Sa voix ne faisait que se répercuter contre les murs.

" On voit la tête ! N'abandonnez pas ! "

Tout ce feu, cet enfer qui se produisait dans chaque millimètre de son être, à quoi servait-il ? Pourquoi elle s'infligeait ça pour un bébé qu'elle allait rejeter. Leur fille allait sûrement être aussi un...Impossible. Elle le refusait. John lui avait promis que, comme elle était une molnu, non..une moldu, leur fille n'aurait pas de pouvoirs. Son enfant serait normal. Elle devait être normale.

Charlotte ne pouvait pas donner naissance à...

" Elle est là ! "

Elle avait senti le glissement de son petit corps quand il sortit en plein jour. Charlotte inspira plusieurs fois, un soulagement l'irradiait autant que tout son bassin. Ses entrailles étaient toujours retournées, elle n'avait plus de force, mais au moins, c'était enfin terminé !

À travers les brumes de la douleur, elle se demanda pourquoi elle n'entendait pas de pleurs.

- Où est-elle ? murmura Charlotte, la voix cassée.

- Attend mon amour, lui intima Jonathan.

Il ne savait pas dissimuler la terreur qui avait teinté sa voix. Cette sonorité l'interpella, l'extirpant de son état second. Elle remarqua enfin toute l'agitation qu'il y avait dans un coin de la salle d'accouchement. Ils s'activaient autour d'une table dont elle n'apercevait que brièvement les bords.

- Ma fille...Donnez-moi ma fille ! s'emporta-t-elle en se relevant dans son lit.

- Chérie, non ! l'arrêta Jonathan. Il faut que tu restes allongée.

- Je veux mon bébé !

Était-ce le désespoir ou alors son être qui lui dictait de la rejoindre ? En la sachant entre les mains de ces inconnus, son instinct s'embrasait et lui ordonnait d'aller aider ce petit bout d'elle-même qu'elle venait de mettre au monde.

Charlotte essaya de passer ses jambes en dehors du matelas, bien déterminée à se lever pour retrouver son bébé, quand un cri s'éleva dans la pièce. Le bébé respirait. Enfin il respirait ! Apaisée, elle se laissa retomber en arrière, la fatigue la regagnant immédiatement. Une infirmière lui apporta son nourrisson à peine lavé et à moitié couvert d'un linge blanc. Elle fut posée sur sa poitrine, peau contre peau.

- Elle est magnifique, entendit-elle son mari lui murmurer.

Encore essoufflée, le regard de Charlotte s'abaissa pour rencontrer pour la première fois l'être qui allait lui donner le courage de se battre. Elle suivit son visage rougi par les pleurs, ses traits à peine formés et les quelques cheveux qui recouvraient son crâne. Bien qu'elle fût toute petite, il émanait d'elle une douce et accueillante chaleur. Un mini corps plein de vie qui allait finir par grandir.

En vie. Sa fille vivait.
Sa merveille était là, tout près d'elle.

"Comment souhaitez-vous l'appeler ? "

Ses doigts vinrent caresser tendrement la tête de sa fille et, naturellement, répondit à la question.

- Émeline. Elle s'appelle Émeline.

Une étoile venait de naître, autant sur terre qu'au fond du cœur de cette nouvelle mère.

(1086 mots)

- #066ccb - Coucou Rapeltout -- Son petit Moine Gras --
Préfète InRP de Février 2051 à Juin 2051

Semeuse de Discorde - Projectile de qualité supérieure - Méméline

3 mars 2026, 03:12
 recueil d'OS  La déchéance d'une mère  PNJ 
5 Décembre 2040
Ramsgate - Maison des Joyner

PNJ présent/actif : Charlotte Joyner (38 ans) - code couleur : #540495
PJ présent : code couleur : #066ccb
POV d'Emi : ici


Acte 3
Abandonnée par Dieu

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Elle priait tous les jours.

Au matin, quand elle se réveillait, et au soir quand elle se couchait. Pas une seule fois elle avait dérogé à cette habitude qui accompagnait ses plus vieux souvenirs. Même après son mariage ou la naissance de sa fille, Charlotte continua à s'adresser à Dieu.

Ses croyances, elle les gardait pour elle. Malgré sa dévotion, la mère de famille évitait de mélanger sa foi avec le cocon familial. Sa relation avec le Tout-Puissant était personnelle et ne regardait qu'elle. Plus tard, elle espérait du fond de son cœur qu'Émeline s'intéresse à la religion chrétienne et que sa Grâce sache toucher l'âme de son enfant.

D'ailleurs, sa petite étoile grandissait tellement vite...Hier encore, elle venait de la mettre au monde. Elle entendait encore le cri qu'elle avait poussé quand l'air était venu brûler pour la première fois ses jeunes poumons. Le son de la vie. Et aujourd'hui, elle courait partout, animée par l'incroyable énergie de la jeunesse. Le sourire de son Émeline n'avait pas de prix à ses yeux. En tant que mère, Charlotte s'assurait que sa fille ne manque de rien et qu'elle puisse se développer dans les meilleures conditions. Pour atteindre – ou plutôt maintenir – cet équilibre, Charlotte se forçait à rester avec Jonathan.

Elle devait reconnaître qu'il agissait comme un bon père. Il s'occupait d'Émeline, jouait durant des heures à la poupée et ramenait le salaire nécessaire pour le bien être du foyer. Tous les efforts de son mari parvenaient à peine à camoufler l'énorme tache que Charlotte voyait constamment sur lui : sa magie.

Combien de temps ça faisait ? Des mois ? Des années ? Charlotte ne savait plus, mais ça faisait longtemps qu'elle n'arrivait plus à se voiler la face. Cette différence, ce défaut chez Jonathan, avait consumé les dernières miettes de son amour à son égard. Tous les bons sentiments qu'elle lui portait jadis n'étaient plus qu'un vague souvenir, un lointain songe dont elle avait oublié les secrets.

Tout paraissait plus compliqué quand il utilisait ses pouvoirs devant elle. Et que dire des mixtures qu'il préparait dans leur sous-sol ? Une vraie plaie ouverte sur laquelle il balançait quotidiennement du sel.

Parfois, elle se demandait si c'était le bon choix de rester avec lui. Il lui arrivait de perdre dans des visions d'une autre vie, celle où elle serait partie Émeline en étant bébé, sans se retourner. Mais malgré ses pensées qui la traversaient, elle finissait toujours par revenir à un point important : Jonathan restera pour toujours le père de sa fille. Elle aurait beau se mettre au milieu, les éloigner, Émeline finirait par vouloir le revoir. Alors Charlotte s'était mise à endurer en silence, à serrer les dents quand il parlait du monde sorcier à Émeline.

La curiosité de la petite n'avait pas de limites. Celle-ci n'était jamais rassasiée ni satisfaite. Elle en demandait toujours plus, souhaitait s'y rendre, découvrir toutes les facettes de cet univers aux mille promesses. Car, pour Émeline, elle s'était déjà proclamée en étant une sorcière.

Charlotte n'avait pas osé lui avouer qu'elle n'en serait jamais une. Qu'Émeline n'était pas comme son père. Un enfant issu d'un sorcier et d'une moldue n'était pas suffisant pour transmettre la magie. C'était ce que lui avait expliqué John des années plus tôt, durant sa grossesse. Vers les onze ans d'Émeline, quand elle ne recevra pas la fameuse lettre pour l'école des sorciers, ils lui avoueront la vérité.

Elle finira pas comprendre.
De toute façon, elle n'aurait pas le choix. Parce qu'elle était normale, tout comme sa mère. Rien ni personne ne pouvait change ça.


C'était ce qu'elle croyait
C'était son mantra
Son ancre

Charlotte tenait grâce à ce mensonge qui était devenu sa propre vérité



- Ma chérie ?! s'exclama Charlotte, la main tenant encore sa spatule.

Depuis la cuisine, elle avait entendu du vacarme à l'étage. Émeline était dans sa chambre, triste que Poli fût emmenée chez le vétérinaire. Pour lui remonter le moral, Charlotte s'était lancée dans la préparation d'une pâte à crêpes. Sa fille adorait ça, assez pour que l'annonce de leur préparation la fasse arrêter de bouder.

Alors qu'elle comptait démarrer la cuisson, le fracas venant d'en haut l'arrêta net.

Émeline ne répondit pas à son appel.
Inquiète, Charlotte abandonna saladier et poêle chaude pour s'élancer dans les escaliers. Qu'avait-elle pu casser pour faire un tel boucan ? La bouche déjà pleine d'interrogations et de remontrances, Charlotte déboula devant la porte de la chambre.

Mais aucun son ne sortit. Aucune exclamation. Aucun mot.
Juste, le choc.

Son petit corps d'enfant était allongé au sol sous le regard effaré de sa mère. Des bouquins et autres jouets étaient éparpillés autour d'Émeline. Et elle, au centre de ce fouillis, elle avait son bras levé, main tendue en direction du plafond.

Charlotte la vit. L'étoile en plastique. Elle se décrocha pour flotter jusqu'à atteindre les doigts de sa fille.

Arrêt total. Les machines venaient de se mettre en off.
L'effroyable vision avait tout fait griller chez elle.

Un cauchemar, ça ne pouvait qu'être un cauchemar. Pourtant, Émeline s'était tournée dans sa direction, rayonnante de joie et brandissant la preuve. À chaque geste triomphant qu'elle fit, Charlotte sentit des coups de rasoir se propager contre sa poitrine.

- Maman ! Tu as vu ce que j'ai fait ?! J'crois que je suis comme papa. C'est trop bien, hein ?!

Oui. Elle l'avait vu. Ça s'était marqué au fer rouge sur sa rétine.

Charlotte fixait l'étoile toujours en l'air. Ses yeux n'arrivaient pas à la quitter pour revenir sur ceux de sa fille. Le bonheur qu'elle entendait dans sa voix nasillarde était comme une attaque contre sa personne.

Émeline s'attendait sûrement à ce qu'elle se précipite dans ses bras, qu'elle la félicite. Charlotte, elle, avait juste perdu pied. Incapable de tenir plus longtemps face à ce spectacle, elle détourna les talons et redescendit les escaliers avec précipitation.

Boom boom boom

Chaussures mises, manteau enfilé à la hâte, elle passa la porte d'entrée sans prendre la peine de la refermer. La morsure du froid ne lui fit rien. Elle avança dans l'allée, le regard incertain et le souffle affolé.

Que devait-elle faire ? Où devait-elle aller après avoir vu ça ?

Boom Boom Boom

Il lui avait menti. Jonathan s'était bien fichu d'elle. "Impossible qu'elle soit une sorcière." Tu parles ! Par sa faute, elle avait enfanté un monstre. Un monstre tout comme lui ! Pourquoi elle n'arrivait plus à respirer ?

BOOM BOOM BOOM

Partir.
Charlotte devait partir. Loin d'ici. Loin d'eux.
Ses entrailles lui hurlaient qu'il ne lui restait plus que cette option.
Une ultime solution pour s'en sortir.
Partir au plus vite. Fuir pour...

- Maman !

Un cri. Un appel déchirant dans son dos.

Il lui fallut une demi-seconde pour reconnaître cette voix qu'elle avait apprise à chérir. Elle se retourna doucement, comme si chaque degré qu'elle effectuait pour regarder en arrière était un combat. Son regard se porta sur le chemin qu'elle venait d'emprunter et vit au loin Émeline en train de la poursuivre, ses yeux d'enfant habités par une terreur indéfinissable.

- Pourquoi t'es partie ?

La fillette l'avait rattrapée. Un contact, celui de ses petits doigts se glissant dans sa paume, l'électrisa. Prise au dépourvu, elle baissa sa vue vers leurs mains entrelacées. Pourquoi elle partait ? Elle voulait vraiment savoir ce qui la poussait à s'enfuir ? Charlotte la dévisagea, habitée par un mélange d'émotions impossible à décrire.

Avant de lui répondre, elle se tourna vers la sortie de la résidence. Le portail l'appelait toujours, lui promettait la liberté.

Etait-elle capable d'abandonner son étoile ?
De lâcher pour toujours sa main et de ne jamais plus se retourner ?

En revenant sur l'enfant, la réponse lui sauta aux yeux. Une évidence claire, précise, sans détours. Machinalement, son corps se courba pour se mettre à sa hauteur.

- J'allais te chercher un gâteau pour fêter la nouvelle.

Un sourire avait accompagné ses mots. Masquer son trouble, se parer d'un mensonge pour éteindre les braises de la peur chez Émeline. Voilà ce qu'elle avait choisi. Rester auprès de son enfant, même si tout son être brûlait à son contact.

Voir le visage de la petite s'illuminer lui donna l'impression qu'elle avait fait le bon choix.

- J'peux venir avec toi ? J'veux le choisir !

- Pas comme ça, regarde comment t'es habillée !

Charlotte avait resserré sa main autour de la sienne et la ramena jusqu'à leur maison. L'évènement avait été noyé par une tonne de crème fouettée et d'un regard confus au retour de son mari. Il ne s'était pas expliqué, encore moins excusé pour son mensonge. Le soir venu, après une fin de journée plutôt banale, Charlotte avait machinalement préparé son coin du lit pour le coucher.

Au lieu de se mettre à genoux devant le lit, comme elle le faisait chaque nuit. Elle glissa sous sa couette, puis ferma les yeux.

Elle n'avait plus rien à communiquer à Dieu. S'il avait décidé de l'abandonner dans cet enfer, alors elle acceptait d'y brûler sans lui adresser de nouvelles prières. Il n'aurait plus que son silence.

1521 mots

- #066ccb - Coucou Rapeltout -- Son petit Moine Gras --
Préfète InRP de Février 2051 à Juin 2051

Semeuse de Discorde - Projectile de qualité supérieure - Méméline

31 mars 2026, 22:47
 recueil d'OS  La déchéance d'une mère  PNJ 
22 Juillet 2041
Andare - Maison des grands-parents Joyner


PNJs actif : Charlotte Joyner (39 ans) - code couleur : #540495
Jonathan Joyner (41 ans) - code couleur : #30395f
Phyneas Joyner (79 ans) - code couleur : #094e30
PJ présent - (8 ans) : code couleur : #066ccb



Acte 4
Sourire jusqu'à en perdre sa saveur

Image

L'Irlande.
Terre de ses ancêtres, celle où ses parents étaient nés.

Charlotte perdait son regard sur la nature environnante en silence. Seule sur la terrasse, sans personne pour détruire ses retrouvailles solitaires. Dans chaque brin, chaque feuille qu'elle voyait, s'y cachaient ses racines. Et debout, près de la balustrade, elle observait les longues étendues d'où provenaient ses origines.

De longues années la séparaient de son dernier voyage sur ces contrées avec son père et sa mère. Tous les étés, les Clint avaient pour habitude de se rendre dans leur maison de vacances d'une région voisine. Ces moments avec eux avaient toujours satisfait le cœur de Charlotte. Mais maintenant, elle se contentait de leur absence et de ses souvenirs heureux.

Le bruit du journal de son père.
Le chant de sa mère pendant qu'elle cuisinait.
Ces parties de cartes tard le soir, la radio annonçant les dernières informations en fond.

Miroir, ô beau miroir, où était sa tendre jeunesse ? Les douces caresses maternelles et les remontrances voilées de bons sentiments ? Où était parti son bonheur ?

- Maman ! Regarde ce que m'a donné Papi !

Charlotte ne se souvenait pas d'avoir fermé les yeux pour savourer les rayons du soleil. Elle ne se souvenait pas non plus depuis combien de temps elle se trouvait là, perdue dans un lointain passé. Elle posa ses yeux sur l'étincelle de sa vie, le démon pour qui elle avait tout sacrifié.

Sourire lui vint naturellement. C'était comme le fait de respirer, simple, ancré dans son corps.

- Qu'est-ce qu'il t'a donné de beau ?

L'enfant lui montra fièrement un bouquin qui la rendait si joyeuse. De l’œuf au brasier : Guide de l’amateur de dragons. Évidemment, encore un truc de sorcier. Aucun signe ne montra à sa fille qu'elle détestait le fait qu'elle tienne cette chose entre ses mains.

- Il a dit qu'il me le donnait, mais il veut que je le laisse ici, rouspéta un peu Émeline en gonflant ses joues. J'pensais que c'était toujours bien de lire, nan ? Tu penses que Papa pourrait l'faire changer d'avis ? J'veux trop l'avoir à la maison...

Ramener un nouvel ouvrage imbibé de magie dans sa maison ? L'idée fit retentir une alerte dans le cerveau de Charlotte et resserra sa gorge. Si seulement elle pouvait juste lui arracher et le foutre au feu...

- Tu dois écouter ton papi. C'est lui le connaisseur, ma puce, répondit-elle en frottant la tête de la petite. Et puis, je pensais que tu voulais mater avec moi les derniers épisodes de notre série. Si tu passes toutes les vacances à lire, on ne pourra pas le faire, tu ne crois pas ?

La fillette ouvrit de grands yeux surpris, réalisant que sa mère n'avait pas si tort que ça. Malgré le raisonnement, une moue déçue continua à déformer ses lèvres d'enfant, ce qui arracha un léger rire à Charlotte.

- Aller, ne fais pas cette tête !

Elle se pencha sur sa fille et glissa ses doigts autour d'elle pour la chatouiller. Emeline poussa un cri amusé et se précipita à l'intérieur pour échapper à l'attaque. La poursuivre était une option tentante, mais Charlotte abandonna l'offensive, le temps de pouvoir souffler encore quelques secondes avant de rentrer à son tour.

Inspirer lentement. Gonfler son ventre d'air. Expirer longuement. Le refaire, jusqu'à ce que son esprit se forge un mur, une façade recouvrant ses traits, les rendant plus lisses, moins lisibles. En se sentant enfin prête, elle abandonna la terrasse et la belle vue pour s'engouffrer dans la maison.

Dans son mouvement, une ombre apparut dans son espace personnel. Une main s'imposa dans le creux de ses reins, la figeant sur place. La chaleur d'un souffle parcourut sa peau, lui certifiant qu'il se trouvait contre elle.

- Je venais te chercher, lui intima Jonathan en effectuant un baiser dans le cou de sa femme. Alors, t'as pu réfléchir à ma proposition ?

Tu n'aimerais pas t'installer en Irlande ? - Une question plutôt anodine qu'il lui avait posée quelques jours auparavant, à laquelle la réponse était toujours attendue. Parce qu'elle n'avait pas été capable de lui en donner sans sombrer dans une colère noire. Exiger d'elle qu'elle accepte qu'il souille cet endroit cher à son cœur avec sa présence lui était intolérable. Elle voulait garder seulement de ses parents, de leurs échanges au coin du feu et des repas qui s'étiraient durant des heures. Les faire déménager ici reviendrait à bafouer tout ce qu'elle tentait de garder précieusement pour elle.

En mémoire de son soi heureuse. De la jeune Charlotte qui n'avait pas encore ouverte les portes au monstre qu'il incarnait.

- Tu sais qu'avec mon boulot c'est trop compliqué.

Fuir la discussion était plutôt simple, par contre, ignorer ses lèvres qui sillonnaient un chemin sur sa peau était presque impossible à faire. S'écarter fut la meilleure solution à appliquer pour son propre bien. Un pas de côté, montrer un visage plutôt neutre, et tenter de ne pas faire grincer des dents.

- Tu ne feras pas le fier si ton père nous voit, glissa-t-elle pour renforcer la légitimité de la distance.

- Tu as toujours une réponse à tout, pouffa-t-il en lui dédiant un sourire tiré.

La tentation de répondre à cette pique à peine dissimulée était assez forte. Mais Charlotte s'interdisait de rentrer dans ce jeu-là avec lui. Encore moins en étant à des kilomètres de chez eux, leur fille dans la pièce voisine. Au lieu de s'envenimer dans des paroles acérées, Charlotte lui rendit le même sourire, sans rajouter le fiel débordant de sa langue.

- Eeeeeeh ! Vous venez ?! les héla Émeline depuis le salon.

L'heure du thé l'avait sauvé et les obligea à mettre fin à l'échange. En rentrant dans la pièce à vivre, Charlotte remarqua que la dernière de la famille tentait d'imiter le maintien de son grand-père. Mimique figée, dos droit, les épaules bien en arrière et sa tasse de thé tenue par ses petits doigts. Émeline était ridiculement mignonne, ce qui donna l'occasion à Charlotte de sentir un léger poids se défaire d'elle. Avec son étoile dans les parages, tout lui semblait plus supportable.

- Arrête un peu de faire le pitre et bois ton thé tant qu'il est chaud, intervint Phynéas en adoucissant ses mots avec un rictus.

L'entendre parler à sa fille de cette façon la faisait souvent serrer des dents, mais Charlotte finissait toujours par entendre la note d'humour dans les actions du grand-père. Depuis qu'elle le connaissait, elle avait fini par comprendre qu'il n'était pas une mauvaise personne, malgré la présence de son air revêche naturel. Le vieil homme paraissait toujours plus doux quand sa petite-fille rentrait dans l'équation. Réaliser ce détail avait donné l'impression à cette mère qu'elle n'était pas si différente de lui.

- Chez qui elle est cette fois ?

- Hm ?

- Je parle de ma tendre mère, se moqua Jonathan en attrapant un biscuit. Elle savait que nous venions aujourd'hui pour vous déposer la petite, et elle fait exprès de sortir...Je vais finir par croire qu'elle m'évite.

- Elle s'est rendue chez une ancienne connaissance. Vu la missive qu'elle a reçue ce matin, ça m'avait l'air assez sérieux pour qu'elle puisse manquer votre visite, informa-t-il en buvant son thé. Et puis, dois-je te rappeler toutes les fois où tu n'as pas été fichu de répondre à ses hiboux ? Avant de lancer ce genre de paroles devant ta fille, réfléchis un petit peu, Jonathan.

Quelques secondes suffirent à Charlotte pour réaliser que l'ambiance du thé n'était pas aussi joyeuse qu'elle aurait pu le croire en s'installant près de sa fille. Celle-ci, d'ailleurs, préférait mâchouiller avec joie un énorme carré de chocolat plutôt que de s'occuper de ce que les adultes racontaient. Soulagée de voir qu'Émeline n'allait pas être impactée par l'échange, le regard de la non-mage se joua entre les deux hommes, et elle attendit patiemment qu'ils décident d'arrêter ce combat de coqs ridicule.

Elle perçut un tic nerveux sur le coin de la bouche de son mari, signe qu'elle allait sûrement l'écouter râler tout le chemin du retour. Jonathan et son père s'entendaient comme chien et chat. Il était rare de ne pas entendre des griffes à travers leurs échanges, des morsures chirurgicales ou, au contraire, des lourds silences. Et Charlotte, au milieu de ces deux-là, subissait chaque accroc avec distance. Tant qu'on ne lui demandait pas d'intervenir et qu'on laissait sa fille en dehors de ça, ils pouvaient bien faire exploser l'habitation sous ses yeux.

Qu'ils piaillent.
Qu'ils crient.
Quelle importance pour elle ?

- T'as toujours été très agréable, Papa. Et ça ne fait que s'accentuer avec l'âge, ajouta Jonathan sans cacher ses arrière-pensées.

- Au moins nous savons tous les deux que tu es bien de mon sang.

- Oh ? Vous doutiez que papa était le fils de papi ?

La question enfantine mit immédiatement fin aux échanges d'éclairs qui se produisaient entre les deux hommes. Charlotte réagit au son de sa voix et se pencha vers elle, la recouvrant amoureusement de ses bras et en posant son menton sur le haut de sa tête.

- N'écoute pas ce qu'ils disent, ils aiment bien s'embêter.

Demi-mensonge facile à placer pour atténuer les interrogations et reprendre la main sur ce qui rentrait dans ce jeune esprit. L'heure du thé était terminée.

- Va jouer le temps qu'on range tout ça, souffla-t-elle à l'attention d'Émeline.

L'enfant, désireuse de jouer, se jeta sur les jambes de son père pour l'attirer dans une énième partie du jeu qu'elle avait inventé. Contraint de suivre le petit diable, Jonathan lança un dernier regard en direction de sa femme, puis suivit la fillette vers la terrasse. Dans l'équation, ils n'étaient plus que deux, entourés par un silence qu'ils partageaient en commun accord.

Charlotte fut la première à se mouvoir, brisant le tableau figé qu'ils incarnaient. Elle attrapait les tasses avec pour but de les apporter jusqu'à la cuisine. Son mouvement se stoppa quand une coupelle lui glissa des doigts, tirée par une force invisible.

- Vous n'avez pas besoin de faire ça. N'oubliez pas que vous êtes chez des sorciers.

Les yeux de l'Anglaise se portèrent sur la baguette que le vieil homme avait sortie. D'un simple geste, il fit léviter la vaisselle sale vers l'évier sous l'observation silencieuse de Charlotte. La lévitation était parfaite, dénuée d'hésitation ou de manque de contrôle. Un sort maîtrisé, qui aurait pu ravir n'importe quel moldu féru de sorcellerie. C'était sûrement ce à quoi s'attendait Phyneas, à trouver un éclat d'émerveillement dans les prunelles de son invitée, voire de la potentielle jalousie.

Il n'y trouva rien.
Zéro surprise. Encore moins de désir.
La magie ne faisait pas écho dans le regard de Charlotte.

- Merci de nous avoir reçus. Je pense qu'on ne va pas trop tarder avec John, lança-t-elle naturellement, s'apprêtant à se lever.

- Attendez.

L'appel fut dit sans excès de voix. Il ne s'agissait pas d'un ordre, mais d'une demande. Le corps de Charlotte hésita une seconde, pour finir par se remettre en place sur le canapé. Elle reporta son attention sur lui et le profond de ses yeux contournés de rides.

- Je ne vous comprends pas.

Charlotte s'attendait à une suite à cette première phrase, mais le temps s'étirait et rien ne suivait. Que devait-elle en déduire ? Est-ce qu'il souhaitait qu'elle réagisse avant qu'il ne poursuive ? Le flou englobait ce début de "discussion", la dérangeait assez pour qu'elle le questionne.

- Vous ne me comprenez pas sur quoi ?

Un air grognon se dessina sur le visage du sorcier, accompagné par le replacement de ses lunettes sur son nez.

- Je n'ai rien dit jusqu'à maintenant, car ces affaires ne me regardent pas. Mais comme Émeline commence à grandir, je veux que vous vous mettiez à penser plus sérieusement à son bonheur.

- Pardon ? De quoi...

- Vous n'aimez pas mon fils.

Ces mots interdits venaient d'être prononcés si haut dans l'air que la respiration de Charlotte se bloqua au fond de ses poumons. Elle avait l'impression que du plomb venait de tomber dans son ventre, créant une énorme boule au sein de son estomac.

Comme ennuyé d'avoir dû amener lui-même le sujet, Phyneas croisa ses longues jambes devant lui, abordant un regard glacial sur sa personne.

- Vous n'avez pas besoin de vous expliquer. Je n'ai que faire de vos raisons ou de vos déboires amoureux avec Jonathan, reprit-il en posant ses mains sur le haut de son genou. Vous pouvez très bien rester avec lui, à continuer votre pseudo-mariage, si, néanmoins, vous avez bien pris en compte les retombées qu'il pourrait y avoir sur Émi.

Les mots, qu'il employait avec froideur, terrassaient brique par brique le masque de Charlotte. À l'œil nu, rien n'était visible. Tout se passait à l'intérieur. De son cœur qui criait de rage. De son sang qui pulsait dangereusement dans ses veines.

- Je ne veux pas que ma petite-fille souffre inutilement. Alors j'aimerais que...

Dans ses oreilles, les phrases de Phyneas finirent par s'alourdir, plus molles, moins compréhensibles. Les sons se mélangeaient, tandis que le tamtam des tambours de guerre rugissait en chœur.

- Je ne remets pas en question votre amour pour elle. Mais soyons honnêtes, vous semblez totalement dépassée par la situation. Il n'y a que Jonathan pour ne pas le remarquer. Vous avez le droit de ne pas vouloir vous plonger dans un univers qui n'est pas le vôtre. C'est même...

Le poing de Charlotte venait de faire une chute libre contre la table. Le bruit du choc stoppa net le monologue de l'ancien, en lui donnant enfin l'occasion de parler.

- Comme vous l'avez dit plus tôt, cette histoire ne vous regarde pas. Vous n'êtes personne pour moi. Vous jouez simplement le rôle de grand-père pour ma fille. Rien de plus.

Brûlant et tranchant. Le ton qu'elle employait ne laissait pas de place au doute ou à une quelconque relance adverse. Il allait se contenter de ça, oublier ses remarques. Se ranger loin de son regard. Ses jambes réagirent plus vite, animées par son besoin de quitter la pièce avant qu'elle n'en rajoute.

Phyneas s'était muré dans le silence. Était-ce dû à la surprise ? De la consternation ? Charlotte n'en savait rien. Et elle n'avait pas envie de savoir.

Elle lui avait tourné le dos, en quête de retrouver son mari et de s'en aller d'ici au plus vite. Mais son corps s'arrêta avant de passer la sortie. Figée sur le pas de la porte, elle se sentait incapable de fuir la brèche qu'il venait de créer. S'il avait pris le risque de parler, de venir l'écraser avec ses jugements sans rien savoir.

- J'en ai rien à faire de votre avis ou de ce que vous pouvez bien penser de moi, débuta-t-elle en se retournant légèrement dans sa direction. La seule qui compte pour moi, c'est Émi.

(2488 mots)
Dernière modification par Émeline Joyner le 22 juin 2026, 21:08, modifié 1 fois.

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Semeuse de Discorde - Projectile de qualité supérieure - Méméline

9 mai 2026, 04:14
 recueil d'OS  La déchéance d'une mère  PNJ 
29 Novembre 2047
Maison des Joyner - Ramsgate

PNJs : Charlotte Joyner (45 ans)/ PNJ actif - code couleur : #540495
Jonathan Joyner (47 ans) - code couleur : #30395f


Acte 5
Un odeur d'autrefois

Image


Elle pianotait sur le clavier de son ordinateur, le regard braqué sur l'écran, épaules et dos voutés. Les dernières heures sup l'avaient achevée, la faisant presque s'écrouler dans son lit à son retour. Sa journée off devait lui servir à se reposer. Qu'elle mette de côté le temps de 24h l'hôpital et tout ce qui s'approchait de près ou de loin de son travail. Pourtant, elle était assise là, devant son bureau, à remplir machinalement des tableurs dont avait besoin sa supérieure pour le lendemain.

Esclave des patients, de ses collègues et des cadres. Elle répondait à toutes les demandes sans rechigner, d'un maintien proche de celui d'une machine trop bien huilée. De l'extérieur, ça pouvait laisser croire qu'elle était juste trop bonne, ou que son amour-propre était proche de l'inexistant. Mais dans le monde de Charlotte, il s'agissait juste d'une manière d'oublier. Travailler lui permettait de ne pas penser à ce qui se passait chez elle, des étranges odeurs qui remontaient depuis le sous-sol, et de toutes ces manifestations magiques provoquées par son mari. Être dans sa maison représentait une épreuve. Elle n'y trouvait aucun plaisir, aucun repos.

Pourquoi s'infliger pareil enfer ? Il lui suffisait de faire ses bagages, de passer le pas de la porte, de s'en aller sans se retourner pour y mettre fin. Pourtant, elle rentrait bien chaque soir, se déchaussait, rangeait son manteau et préparait le repas. Encore. Et encore. Un même rituel qui revenait en boucle, rendant les jours aussi longs qu'insipides. Pourquoi ? Pourquoi ne pas s'enfuir ? Se permettre de prendre enfin une respiration. Pousser un cri. Lâcher du lest. Posséder sa vie ?...Qu'attendait-elle si patiemment ?


Mam', on se refera les Seigneur des Anneaux ensemble à Noël ?


Émi.
Son Émeline, son étoile.

Sa fille devait revenir dans quelques jours. Elle pourrait de nouveau la prendre dans ses bras, entendre son doux rire, voir à quel point elle changeait au fil des saisons, se métamorphosant petit à petit en une jeune femme. Assister à son évolution la rendait à chaque fois fière et, en même temps, brisait un peu plus son cœur à chaque retrouvaille. Charlotte se souvenait encore de comment elle courait vite, de ses longs cheveux qu'elle tentait vainement de dompter, de ses yeux brillants d'enfant face à des crêpes chaudes. Elle grandissait. Toujours un peu plus. Juste de quoi lui rappeler, à chaque fois qu'elles se revoyaient, qu'Émeline finirait par ne plus "rentrer à la maison".

Donner la vie l'avait transformé profondément. Depuis qu'elle l'avait entendu hurler dans la salle d'accouchement, il n'y avait plus de place pour ses besoins ou préférences. Le bonheur de sa fille avait pris le pas sur le sien. Il n'y avait plus qu'elle qui comptait. Oui...Plus qu'elle et rien qu'elle. Car Charlotte ne savait pas l'aimer d'une autre façon.

- Chérie, tu veux un thé ?

Ses doigts ne s'étaient pas arrêtés d'écrire les résultats mais leur cadence s'était modifiée. Elle était plus hachée. Tendue. C'était le bon mot pour définir ce qu'elle ressentait en présence de celui dont elle partageait le nom.

- T'as fait du thé ?

La question lui avait échappé avec un dédain palpable. Jonathan n'avait jamais porté la moindre importance sur ce genre d'attention du quotidien. Elle avait pris l'habitude de passer derrière lui et d'effectuer les tâches ménagères sans discuter. Puisque se plaindre revenait à dialoguer avec lui. Charlotte, elle, l'évitait le plus possible, se forçant à demeurer à ses côtés pour ne pas perdre la maison et, par la même occasion, de ne pas rendre leur fille triste.

L'amour entre eux ? Volatilisé. Vague souvenir d'un passé que Charlotte n'était plus certaine d'avoir vécu.

- Ouais, j'en ai fait pour motiver ma petite femme, rajouta-t-il sans émettre de la contrariété.

Comme promis, une tasse fumante fut posée sur le bord du bureau, prête à être bue. Charlotte comptait l'ignorer, aucunement attendrie par le geste. La rapidité de ses doigts se mit graduellement à se calmer, jusqu'à ce que ses mains se figent au-dessus des touches. Une odeur lui rappelant les champs d'Irlande la fit détourner son regard de l'ordinateur. Une note d'orange se rajouta dans l'étrange composition olfactive, plongeant momentanément ses pensées dans le brouillard. Sa main se leva et s'enroula autour de l'anse.

Menée jusqu'à elle, le parfum du thé la frappa de plein fouet. Elle avait l'impression d'être ailleurs, loin du salon dans lequel ils se trouvaient. La nature avait pris forme autour d'elle, et elle était certaine que si elle tendait les doigts, elle sentirait les épis de blé rencontrer sa peau. En se sentant enveloppée par une si grande douceur, sa garde s'abaissa, de quoi la pousser à mener la tasse jusqu'à son visage.


Je suis un sorcier.


Arrêt complet des mouvements, de la respiration. De sa personne toute entière.

Ses mots qu'il lui avait prononcés bien des années plus tôt n'avaient pas cessé de la hanter. Chaque jour, elle se souvenait de la trahison qu'elle avait ressentie à cet instant précis, jusqu'à ce qu'elle s'inscrive profondément dans son cœur.

C'était bien ce ressentiment qui l'aida à se détourner de ce parfum envoûtant, brisant ce besoin de porter la tasse jusqu'à ses lèvres.

- Il est à quoi ? demanda-t-elle en lorgnant la surface de la boisson.

- Ton préféré. Celui aux fruits rouges.

Charlotte avait entendu sa réponse, mais continua à fixer le thé d'une étrange manière. Puis, son bras éloigna la tasse de son visage et la tendit en direction de Jonathan.

- Goûte-le.

Ce n'était pas d'une simple proposition de sa part. Elle n'avait pas hésité en prononçant cet ordre à peine voilé. Son regard s'était tourné vers lui, attendant qu'il daigne bouger. Mais comme elle s'en doutait, Jonathan ne fit aucun geste pour récupérer la tasse. Il s'était contenté de la fixer, son regard traduisant des mots qu'il n'osait pas prononcer.

- C'est quoi le problème ? Il n'est pas assez chaud ?

- Tu veux voir s'il est chaud ?

D'un geste sec, elle ramena son bras vers elle pour lancer la tasse sur Jonathan. Il esquiva le projectile, les yeux effarés par ce qu'elle venait de faire.

- Mais t'es malade ! Qu'est-ce qui te prend ?!

- Ne me fais pas croire qu'il n'y avait rien de bizarre dedans ! l'accusa-t-elle en se levant de sa chaise, animée par une rage qui grossissait. Ose me le dire droit dans les yeux.

Elle vit, à travers la mâchoire serrée de Jonathan, qu'il comptait lui répondre avec la même intensité que la sienne. Mais étrangement, il se retint, ses épaules se défaussant sous ses yeux. Il lui tourna le dos et balaya d'un revers de la main la théière près de lui. La faïence explosa contre le sol, délivrant une mare de thé sur leur carrelage.

Charlotte n'avait pas sursauté au bruit, ni à l'agressivité dont il venait de faire preuve. Elle était suffisamment tendue et prête à se défendre pour ne pas défaillir maintenant. Il pouvait bien détruire tous les bibelots de la pièce, elle n'en avait plus rien à faire. C'était entre elle et lui.

- Vas-y, continue ! T'attends quoi pour tout foutre en l'air avec tes pouvoirs, hein ?

Elle pensait le voir sortir sa baguette et lui donner raison. N'était-ce pas ça qu'il voulait, au fond ? Tout détruire avec sa magie et prouver une bonne fois qu'il était plus fort qu'elle. Ego de sorcier, ou plutôt, ego d'homme. Les deux étaient entrelacés, ne faisant plus qu'un.

- C'est toujours pareil avec toi.

Un reproche ? Là, maintenant ?

- C'est moi le problème ? lança-t-elle, les sourcils relevés.

- On n'en serait pas là, ouais ! cracha-t-il en se retournant vers elle, la colère déformant ses traits. S'il t'arrivait d'arrêter de faire de la merde une seule fois dans ta vie, nous serions peut-être heureux. Pas besoin de faire l'étonnée, Charlotte. Tu ne fais aucun effort pour notre couple. Je suis qui, moi, au final ? À part être le mari qui te ramène l'argent à la maison. Tu ne me regardes plus, tu me fuis constamment...C'est ça pour toi, l'amour ? Sans déconner, je n'en serais pas arrivé là si tu y mettais du tien.

Il lui avait craché ces mots à la figure et, au fond d'elle, cela remua quelque chose de plus ancien.

- Si je faisais plus d'efforts ?...Pourquoi je devrais faire ça ? gronda-t-elle, les poings serrés. Tu n'as jamais été foutu de me dire une seule fois la vérité. Tu as passé ton temps à me mentir, à me cacher des choses importantes, autant sur toi que sur Émeline...Tu passes bien tes journées à préparer des potions dans notre sous-sol, mais t'es pas fichu de faire le moindre repas dans cette maison ! Tu ne sais pas laver seul tes caleçons sales et tu penses que t'es en mesure de me faire une leçon de morale ?

Voir son visage s'empourprer à mesure qu'elle parlait la poussa à continuer davantage. S'exprimer aussi librement était grisant, au point où elle sentit des ailes lui pousser dans le dos.

- Tu sais pourquoi notre mariage est une catastrophe ? Parce que t'es qu'un incapable.

Ses pieds s'étaient mis en mouvement pour qu'elle puisse se placer devant lui. Elle leva un doigt accusateur et le planta dans son torse à chaque fois qu'elle rajoutait une phrase.

- Incapable de faire des trucs basiques. Incapable de te faire des amis. Incapable de vivre sans penser qu'à ta petite personne.

Le poids de toutes ces soirées passées se déversait enfin de sa langue. Il n'y a plus de distance qui l'empêchait de le faire. Se retenir ne servait plus à rien, il avait lui-même dépassé les limites avec ce thé loin d'être innocent. Elle n'avait aucune idée de ce qu'il avait pu mettre dedans, mais elle était certaine qu'il s'agissait de quelque chose de magique.

- Tu sais quoi, John ? Tu me dégoûtes. Voilà la vérité.

Ses dernières paroles le percutèrent. Elle s'en rendit compte en le voyant reculer d'un pas, sa respiration se coupant sous la peine qu'elle venait de lui infliger. Jonathan se mit à secouer la tête, les dents serrées. Si Charlotte avait su aller au-dessus de sa colère, elle aurait pu remarquer que son regard s'était mis à briller.

- Tu ne penses pas tout ce que tu viens de dire, fit-il à voix basse, presque faible. Pourquoi ? Pourquoi rester avec moi si je te dégoûte à ce point ? Ça n'a pas de sens.

Il coupa court à l'espace entre eux en attrapant les épaules de Charlotte. Il essaya plusieurs fois de rajouter des choses, mais il semblait bien trop dépassé par tout ce qu'il venait d'entendre pour réussir. Venait-il de réaliser dans quel genre de dispute il s'agissait ? D'après la terreur qu'elle trouva dans ses iris, il l'avait bien compris.

- Charlotte...J-J'ai gaffé, finit-il par dire. Je n'aurais pas dû tenter la potion. J'avais juste besoin de revoir du désir dans tes yeux. Rien de plus. Mais je peux m'améliorer. Être un meilleur mari, un meilleur père. Je peux être ce que tu veux. Je te l'assure, mon amour, je...je ne veux rien d'autre que notre bonheur.

Le ton du reproche avait quitté la voix de Jonathan, remplacé par celui plaintif de celui qui quémandait le pardon. Mais les excuses n'étaient pas là. Invisibles, retranchées derrière des promesses qu'il ne tiendrait pas. Sa prise autour de ses épaules était désespérée, à la fois ferme et tremblante. Si elle souhaitait se dégager, il lui suffisait de reculer une bonne fois.

- Une potion ?

Le terme avait pris une autre tournure dans la bouche de Charlotte, laissant le temps à Jonathan de comprendre son erreur. L'aveu avait été discret au sein de ses paroles, mais il ne lui était pas passé inaperçu.

- T'as tenté de m'empoisonner avec une de tes mixtures et tu penses que je vais t'écouter ? fit-elle en repoussant ses mains d'elle.

- Non ! Ce n'est pas ce que tu crois ! tenta-t-il vainement en essayant de la rattraper. Ce n'était qu'un filtre d'amour, ça n'avait pas pour but de te faire du mal...Tu aurais juste eu envie de-

La claque coupa net ses explications. Elle était partie sans crier gare, rencontrant subitement sa joue. Jonathan porta ses doigts à la zone endolorie, l'incompréhension se formant dans son regard embué.

- Casse toi.

- Charlotte, attends, je te jure que...

- Casse toi de chez moi ! hurla-t-elle à son visage.

Il ne l'avait jamais vu une telle haine dans les yeux de sa femme. Et elle, n'avait jamais ressenti une telle envie de tuer quelqu'un.

Jonathan finit par s'écarter, sachant pertinemment qu'il avait franchi un point de non-retour. Sur le pas de la porte du salon, il hésita, une respiration prête à être expulsée dans une nouvelle tirade pour défendre sa cause. Pourtant, elle finit par quitter ses poumons, sans amener le moindre son.

Elle l'entendit quitter la pièce, claquer la porte de la maison, puis, le silence. Pesant, mais salvateur.

Un soubresaut l'éprit, ses nerfs se relâchant enfin. Des larmes dues au stress vinrent se loger au bord de ses yeux et Charlotte se permit enfin de craquer, certaine qu'il ne l'entendrait pas. Elle les maudissait, lui et sa magie, pour avoir tout brisé dans sa vie.

2232 mots

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Semeuse de Discorde - Projectile de qualité supérieure - Méméline

31 mai 2026, 22:57
 recueil d'OS  La déchéance d'une mère  PNJ 
8 Avril 2049
Maison des Joyner

PNJs : Charlotte Joyner (45 ans) - code couleur : #540495
Jonathan Joyner (47 ans) - code couleur : #30395f
PJ présent - (15 ans) - code couleur : #066ccb



Acte 6
Je t'en prie, n'emporte pas mon cœur


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Charlotte n'avait pas dormi.
Comme pour les autres jours. Les autres semaines. Les autres mois.
Comment dormir, quand l'attente de ce jour accaparait toute son attention ? Jour comme nuit, elle y pensait, redoutant, spéculant sur ce qui allait arriver.

Quelques jours après leur dispute, il était revenu. Le visage baissé, le regard embrumé. Elle ne lui avait pas adressé la parole. Lui, il avait parlé. D'une voix tremblotante, pour lui expliquer qu'il avait besoin de son laboratoire, que sans ça, il allait finir par perdre son travail.

Il avait sûrement dû sentir la longue analyse de Charlotte sur sa personne. Ses yeux assombris par des poches violacées l'avaient sondé de haut en bas, sans retenue.

Elle le laissa rentrer sans dire le moindre mot. User de sa voix n'était plus nécessaire. Ce qui se dégageait de son regard était suffisant. Froid. Net.

Jonathan ne dormait plus dans leur chambre. Il avait de lui-même aménagé leur sous-sol d'une paillasse. Elle n'avait plus à redouter sa présence dans son lit. Ni de sentir sa présence dans son dos. C'était l'un des rares avantages qu'elle avait pu déceler de cette situation précaire. Ils devaient, néanmoins, partager encore les salles communes. Parfois, elle prenait encore la peine de lui laisser des restes de côté avant de s'en aller bosser. Ils se croisaient que rarement, sans que de réelles discussions ne se lancent.


"Je pense que tu as besoin de temps...Tu veux bien encore y réfléchir ? J'ai prévenu Émi de rester à l'école pour Noël, nous pourrons en discuter quand tu te sentiras prête."


Ses paroles avaient flotté dans la pièce sans que Charlotte acquiesce. Jonathan patienta de longs mois, sans qu'elle daigne aborder le sujet. À quoi bon expliquer ce qui était acté ? Elle ne voulait plus de lui. Plus jamais. Qu'il finisse par disparaître de son quotidien, de chez elle, de sa vie. Qu'il devienne une erreur de parcours qu'elle refourguerait dans un placard.

Il ne resterait plus qu'Émi. Il n'y aurait plus qu'elle et sa fille. Elles pourront se voir durant les vacances scolaires, se faire des soirées films ensemble, des aprèms à préparer des crêpes avec le gramophone qui tourne en fond. Vivre seulement à deux. Rien que pour elles.

Ce rêve la maintenait à flot, lui permettait de se lever le matin sans penser à tous ces bruits provenant du sous-sol. Enfin, ce rêve n'en était pas un. Puisqu'il s'agissait d'un but, et elle comptait bien le réaliser. Émi allait la choisir comme parent légal, ça allait de soi. Elle pourrait bien s'accommoder de quelques sorties pour voir son père, Charlotte n'était pas un monstre non plus. Elle ne souhaitait plus le revoir, mais elle n'allait pas empêcher sa fille de le faire. Voilà, c'était parfait comme ça : des visites un peu éparpillées dans l'année. Ça irait très bien ainsi.

Oui. Il n'y avait pas d'autres alternatives.
Elles allaient vivre heureuses, ensemble.
Oublier ce malencontreux dérapage et reprendre leur quotidien.
À deux. Seulement eux deux. Comme Charlotte l'avait toujours souhaité.

Émeline ne devait pas espérer autre chose, elle l'adorait elle aussi. Charlotte le voyait bien quand sa fille venait l'enlacer après des mois loin l'une de l'autre. La force qu'elle mettait dans ses bras, à quel point son regard pétillait quand il se posait sur elle. Sa fille l'aimait. Elle l'aimait. Tout ne pouvait que bien se finir.

- Maman, on est là.

Ces mots provenaient de l'entrée. Ils venaient de revenir de la gare. Émeline était rentrée. Enfin, après tant de temps, Charlotte revoyait enfin sa fille !

Elle se leva du canapé et s'empressa d'ouvrir la porte menant au hall. Deux yeux noirs croisèrent les siens. Elle n'y trouva pas le scintillement qu'elle recherchait, mais qu'importait, elle voulait sentir la chair de sa chair contre elle. Ses mains se levèrent pour se poser sur les joues de son enfant.

- Ma puce, ce que tu m'as manqué, souffla-t-elle avant d'apposer un baiser sur le front d'Émeline.

L'adolescente accepta le geste d'amour avant de venir se réfugier dans ses bras protecteurs.

- Toi aussi, tu m'as manqué.

Dans les bras l'une de l'autre, Charlotte put voir que Jonathan attendait encore près de la porte d'entrée, les poings serrés. Il avait bien fait de garder ses commentaires pour lui, Charlotte n'était pas prête à en entendre durant ces retrouvailles.

Elle se dégagea tout doucement de son étreinte pour recroiser le regard de sa fille. Elle avait l'air fatigué, ça ne lui plaisait pas. Évidemment que la nouvelle allait la mettre dans cet état...Charlotte ne pouvait pas lui éviter cette peine.

- Viens, on va aller s'installer dans le salon.

Tout en disant ça, elle lança une œillade vers son mari pour qu'il comprenne le message. Ainsi, les Joyner se réunirent dans la pièce qui avait tant accueilli de bons moments. Assise de nouveau à sa place, Charlotte tapota à côté d'elle pour qu'Émeline vienne s'installer près d'elle.

Ce fut d'abord un long silence qui s'exprima entre eux. Lourd et palpable, Charlotte patientait, le temps de voir si Jonathan voulait prendre la parole. Celui-ci s'était muré dans son coin, les bras croisés, les yeux fixant le sol. Cette vision la conforta d'autant plus dans son choix. Bien, s'il ne voulait pas commencer, elle allait le faire.

- Émi, ma chérie, je sais que tu viens d'arriver et que tu dois être fatiguée mais...nous devons avoir une réponse.

Émeline, qui ne savait manifestement pas comment se comporter à cause de l'ambiance électrique, tourna un visage perdu vers sa mère.

- Une réponse ? Mais vous ne voulez pas qu'on déjeune avant ou...je sais pas, juste qu'on passe l'aprèm ensemble avant que...

La voix d'Émeline se brisa avant qu'elle n'arrive au bout de sa phrase. Charlotte la vit porter une main à ses yeux pour sécher les prémices de larmes sauvages. Elle devait être totalement chamboulée par toutes les émotions qui la submergeaient. En tant que mère, elle n'avait pas besoin qu'on le lui dise pour qu'elle le sente.

Elle glissa une main pour venir entourer celle d'Émeline.

- Ton père s'en va aujourd'hui. Et avant qu'il parte, il faut que nous sachions avec qui tu veux vivre.

Sous ses yeux, le visage d'Émeline devint livide. Il n'y avait pas d'autres moyens de lui dire ce qu'ils attendaient d'elle. Un choix devait être fait. Même si Charlotte connaissait la réponse, Jonathan devait l'entendre de lui-même avant de prendre ses cliques et ses claques.

- J'peux pas, proclama Émeline en serrant sa main désespérément. C'est pas possible...Non...Je ne veux pas choisir, s'il-vous-plaît. Ne faites pas ça...

- Chérie...

- Papa, dis quelque chose ! implora l'adolescente.

- Émi, ne rend pas la chose plus difficile. Nous avons déjà pris notre décision avec ton père.

Un rire imprévu résonna dans la pièce, coupant court à la conversation. Charlotte fut surprise de l'entendre, alors qu'elle pensait qu'il allait rester là, à jouer l'amorphe jusqu'à son départ. Elle tourna un regard mauvais dans sa direction, s'attendant déjà au pire.

- Prendre à deux ? Tu parles, tu l'as prise toute seule ta décision, cracha-t-il avec amertume.

- Ne commence pas, John, le prévint-elle avec fermeté. Ce n'est pas le moment de laver ton linge sale.

- De quoi t'as peur, Charlotte ? Qu'elle ne t'aime plus ? ironisa Jonathan, un rictus mauvais aux lèvres.

Ses prunelles braquées sur lui, Charlotte le sonda, le visage presque impassible.

- T'es sûr de vouloir jouer à ça ?

En apparence, sa question avait des allures innocentes. Derrière son timbre détaché se cachait une véritable menace. Posée au centre de la table, elle n'attendait plus qu'un mouvement de travers de sa part pour exploser. Qui avait le plus à perdre en révélant toute la vérité entre une pauvre moldue ou un sorcier fabulateur ? Tous les deux connaissaient le résultat d'une telle révélation.

Jonathan se recula dans son siège, les bras croisés, la mâchoire serrée. Satisfaite de son retrait flagrant, Charlotte revient naturellement sur sa fille. Cette dernière ne savait plus qui regarder ou suivre.

- Il n'y a pas de mauvaise réponse, Émi.

Bien sûr qu'il y en avait une aux yeux de cette mère en perdition.

- Tu dois bien avoir une préférence, non ? ajouta-t-elle avec un ton qui se voulait avenant.

Quand est-ce qu'elle comptait le dire ? "Je veux vivre avec Maman". Bon sang, ce n'était pas si compliqué. Rien de plus simple. Pourtant, elle restait muette, les yeux mortifiés. Le sang de Charlotte se mettait à bouillir, lui donnant la fâcheuse envie de secouer Émeline pour la faire parler.

Elle voulait qu'ils arrêtent tout ça. Maintenant.

- Mon trésor, tu-

- J'te dis que JE N'PEUX PAS ! hurla Émeline en se dégageant de la prise de sa mère.

Charlotte, blessée, ramena contre elle sa main bafouée d'un revers. Elle n'arrivait pas à comprendre ce qui bloquait sa fille. Émeline ne voulait pas faire souffrir son père, ça, elle pouvait le concevoir. Mais à force de continuer la mascarade, ils allaient tous en pâtir.

Tout ce cirque allait continuer, tant qu'elle n'aura pas donné son choix.

- Il le faut, insista-t-elle sans élever le ton. Il faut que tu choisisses.

- C'est simple. Tu préfères continuer à vivre dans le monde moldu ou venir vivre avec moi dans le monde sorcier ? intervint-il, la voix basse.

- Ce n'est pas comme ça que ça fonctionne ! grogna Charlotte, le regard mauvais. Tu dis ça juste pour l'appâter avec la magie. Mais elle sait très bien que notre monde est tout aussi bien, hein, ma puce ? Tu le sais mieux que personne que ce n'est pas si mal.

Tout en répondant, elle se rendit compte de son air misérable. La crainte qui ne l'avait pas quitté durant ces longues nuits venait de se réveiller, impactant sa prise en main sur la situation. Jonathan dut le sentir, car il se jeta sur cette faille tel un rapace.

- Je t'assure que c'est aussi simple que ça, renchérit-il à l'attention d'Émeline. Nous, tout ce que nous voulons, c'est ton bonheur. Alors choisis l'endroit qui te fera le plus plaisir.

En affirmant ces mots d'amour, il avait gardé une position presque chétive, son rictus transformé en un sourire triste. Charlotte vit immédiatement là où il voulait en venir en agissant ainsi. Les entrailles bouffées par la peur, elle rattrapa la main de sa fille pour qu'elle ait un lien avec elle.

- Tu sais quel est le bon choix.

Émeline allait réussir à le prononcer et les libérer de sa présence. Charlotte se voyait déjà en train de raccompagner Jonathan jusqu'à la porte, repartir jusqu'à sa cuisine pour préparer quelque chose de réconfortant et l'offrir à son enfant. La tristesse s'en irait grâce à de bons moments partagés à deux, des longues heures derrière la dernière série en vogue et des soirées installées près du feu avec un bon roman sur les genoux.

Rêver d'un vrai chez-elles.

Un endroit où leur bonheur passerait avant tout.

- Papa.

L'arrêt du cœur, du cerveau et tout ce qui la faisait fonctionner. Charlotte ne sentait même plus l'air dans ses poumons.

- Hein ?

Cela lui avait échappé, alors qu'elle tentait de trouver le regard de sa fille.

- Quoi, Papa ? Ça veut dire quoi ?

- Ça veut dire qu'elle va venir avec moi, proclama Jonathan pour l'achever. Tu vas préparer tes affaires, chérie ?

Charlotte n'avait toujours pas libéré la main d'Émeline. Ses doigts s'étaient crispés autour, l'empêchant de s'éloigner. Elle voyait bien qu'elle essayait de lui dire quelque chose, mais comment elle avait pu faire ce choix ?

- Charlotte.

Son nom était bien parvenu à ses oreilles. Celui-là même qu'il avait tant prononcé par le passé. La chaleur qu'il y mettait avant s'était dissipée, remplacée par un ton dur qui ne laissait pas la place à la patience. En avait-il même ? Peut-être pas, un peu comme elle. Ils n'étaient plus que des blocs de nerfs à vif sur le point de péter.

Normalement, elle devait la lâcher. Ouais, normalement...

Serrer. Elle ne faisait que serrer jusqu'à ce que ses jointures en blanchissent.

- T-Tu...Tu veux vraiment partir ? murmura-t-elle, sentant les forces dans sa voix la quitter.

- Maman, tu m'fais mal...

À ces mots, Charlotte s'écarta d'Émeline comme si elle avait pu la brûler. Elle fixa un instant sa propre main, réalisant qu'elle venait de dépasser une limite qu'elle n'aurait jamais cru atteindre.

- J-Je...Désolée.

Enfin libre, l'adolescente se leva, non sans accorder un regard désolé en direction de sa mère.

- C'est pas grave, euh..J'vais dans ma chambre.

La fuite de sa fille imprégna l'air de sa propre peine. Elle flotta assez longtemps pour que Charlotte la respire et qu'elle en soit elle-même touchée. Comment avaient-ils pu en arriver là ? Comment avait-elle pu le choisir, LUI ?

- Elle ne va pas disparaître de ta vie, lança Jonathan, se tenant non loin de l'entrée du salon.

Charlotte ne l'avait même pas entendu se déplacer et rejoindre son poste.

- Je sais que t'es en train de jubiler...Pas besoin de faire semblant.

Qui ne jubilerait pas à sa place ? Elle avait décidé de le jeter, lui et ses maudits pouvoirs. Et là, c'était elle qui se faisait jeter à son tour. Charlotte se sentait si faible à cet instant qu'elle aurait pu fermer les yeux et patienter, juste le temps que son corps cesse de marcher.

Si son cœur cessait de battre, la pointe qu'elle ressentait dans sa poitrine disparaîtrait ?

Du salon, ils pouvaient entendre au loin les pleurs de leur fille et quelques couinements de Poli, qui s'était sûrement mis à s'inquiéter pour son humaine.

- Tu vas prendre le chien avec toi, hein ?

Le chien, sérieux ? Elle en était arrivée à ce stade ? Poli n'était rien qu'un détail dans le terrible enjeu qui se produisait, pourtant, elle l'abordait avec sérieux.

- M'occuper d'un berger allemand en appartement ? N'importe quoi. Tu gardes la maison, tu peux bien garder aussi la chienne.

- C'était ton idée de lui offrir ! réagit-elle, hargneuse.

- C'est aussi de ma faute si t'as pas voulu lui offrir un frère ou une sœur ?

Coup de grâce.

Charlotte manqua de s'étrangler sous l'affront. C'était bas. Si petit de jouer là-dessus.

Elle aurait pu répliquer que s'il n'avait pas menti tout le long de leur relation, ils n'en seraient pas là non plus. Glisser sur ce terrain allait forcément arriver jusqu'aux oreilles d'Émeline.

Elle se mura dans un silence d'or. Assise sur le canapé, elle paraissait presque impeccable, avec un maintien droit et les mains placées sur ses genoux. Alors qu'à l'intérieur d'elle, Charlotte avait perdu pied.

Des pas dans l'escalier les avertissent, Émeline avait terminé de regrouper les affaires qui lui paraissaient nécessaires. Un sac tomba à côté d'autres valises posées dans un coin de l'entrée. Elle réapparut, les yeux encore humides et les joues rouges. Poli l'avait suivi et restait près d'elle. C'était son job, après tout.

- J'ai fini, souffla-t-elle, sa main posée sur la tête de l'animal. Faut...Faut aussi prendre les affaires de Poli.

- Poli ne va pas pouvoir nous suivre. Il n'y aura pas assez de place pour elle là où on va.

- Hein ? Mais...Je pensais que...

Émeline ne réussit pas à finir sa phrase, le visage baissé en direction de Poli. Elle s'abaissa pour être à son niveau et l'enveloppa de ses bras. Charlotte, qui n'avait toujours pas bougé, observait la scène se jouer sans intervenir.

- C'est vraiment pas possible ? implora Emeline. Je suis sûre qu'elle est assez sage pour venir. En plus elle se fait vieille, je ne veux pas que-

- Émeline, c'est non négociable.

De nouvelles larmes. Poli qui n'avait pas conscience de ce qui arrivait, restait dans les bras de sa jeune maîtresse. Jonathan se frottait l'arrière de la tête, probablement ennuyé par tous ces pleurs.

- Je serai dans l'entrée, fait un bisou à ta mère et tu me rejoins.

Il avait annoncé ça, fuyant ce qui restait de leur famille.
Charlotte aussi avait envie de disparaître. De quitter la pièce. Ne plus voir sa fille dans cet état. Ni se sentir si pitoyable.

Dieu devait bien se moquer d'elle.

- Maman ?

Oh. Pourquoi ses yeux ne quittaient-ils plus le tapis ? Elle ne réussissait pas à s'en détacher. Il n'était pas si beau, même un poil vieux. Le temps l'avait un peu malmené, tout comme elle. On l'avait appelé, non ? Possiblement. Ou alors elle rêvait qu'Emeline l'appelle. Qu'elle revienne sur cette folle décision, que le regret se présente enfin.

- Maman...Maman, tu m'en veux ?

Lui en vouloir ? Haha. Hahahahahahaha.
Survivre après cette question, c'était vraiment possible ?

Charlotte ne répondit pas. Qu'aurait-elle pu sortir, à part des râles de douleur ?

- Je...Tu veux que je passe la fin des vacances là ? On pourra se mater des trucs ensemble et...je sais pas, cuisiner ? Ça te ferait plaisir ?

Silence. Toujours le silence. La respiration du chien, un tic-tac plus loin.

Elle n'avait plus de voix. Qu'avait-elle encore en stock ? La honte. Le désir de s'effondrer. Plus grand-chose, en fait.

- Bon...Je crois que...que je vais devoir y aller. Papa m'attend, je...je suis désolée.

Émeline fit un pas en arrière, mais avant qu'elle ne puisse aller plus loin, Charlotte avait attrapé son poignet pour l'en empêcher. Une seconde passa, puis elle parvint enfin à croiser le regard de son étoile. Qu'il était triste, ce regard. Qu'il était dur à soutenir.

- Tu me promets de revenir ?

Pitié, ne m'abandonne pas. Pitié. Pitié. Pitié. Pitié. Pitié.

Ces quelques mots lui avaient tant coûté. Elle montrait ouvertement qu'elle était à terre et que sa réponse pouvait bien la faire creuser plus profondément. Charlotte était terrorisée de ne plus jamais la voir passer le pas de leur porte. Que l'image de sa fille ne devienne plus qu'un souvenir flou. Tout ça à cause de la magie qui les séparait.

Le souffle coupé, elle analysa chaque trait du visage d'Émeline. Elle avait encore tant grandi. Elle lui ressemblait, aussi. C'était si flagrant que la boule dans sa gorge doubla de volume.

Elle la vit hésiter, puis lui offrir un sourire timide, mais un sourire quand même. Ses yeux gravèrent cette vision d'elle, avant qu'elle ne se penche pour embrasser ses joues.

- J'te le promets.

Un enlacement se créa entre les deux. Charlotte, la tête perdue dans les vêtements de sa fille, respira une dernière fois son odeur. Elle s'en imprégna autant qu'elle put, avant que cette dernière ne s'éloigne. Ses doigts se refermèrent sur le vide. Elle la suivit du regard quitter la pièce avec difficulté, partagée entre sa chienne et elle.

La porte se referma. Des bruits dans l'entrée. Un claquement lointain.

Puis, plus rien.

Le Néant.


Charlotte resta là un long moment. Perdue. Où avait-elle rangé sa volonté ? Son corps voulut se lever, mais ses jambes préférèrent qu'elle s'effondre. Au sol, elle se replia, jusqu'à ce que ses genoux viennent toucher sa poitrine.

Elle sentit ses premières larmes venir sillonner ses joues. Elles étaient si chaudes et interminables. Était-ce ça, de se faire arracher le cœur ?

3211 mots

- #066ccb - Coucou Rapeltout -- Son petit Moine Gras --
Préfète InRP de Février 2051 à Juin 2051

Semeuse de Discorde - Projectile de qualité supérieure - Méméline