Oraison
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Cimetière de Godric's Hollow. Mardi 21.03.51. 1ère année de @Leta Blackbirds à la FSCM. [♛] Présence potentielle en PNJ Actifs d'Azur et Louka Blackbirds. … questions... |
Tout semble si froid. Il est trop tôt. Je me sens engourdie. Mes bras sont des enclumes. Serait-ce à cause de cette bague trop lourde de sens qui orne mon auriculaire gauche ? En réalité, j'ai longuement hésité ce matin. Après avoir retourné le problème, et le bijou, dans tous les sens : je n'ai toujours pas compris ce legs. Il n'y a aucun secret sur la chevalière : j'ai testé quelques sorts rudimentaires et analysé de fond en comble les armoiries familiales, qui ne diffèrent en rien des officielles. Rien ne semble être caché. Je frissonne à nouveau.
Pourquoi diable avoir organisé un enterrement à 8h du matin ? Peut-être que Papa voulait éviter ma présence à cette cérémonie. J'espère qu'il a les boules parce que je me tiens droitement, fièrement… rebelle. Il n'y a cependant personne à qui montrer ça, seuls les trois membres Blackbirds, quelques-uns de leurs elfes de maison et un officier secrétaire du Conseil. Un évènement dans l'ombre, tout comme son ascension au pouvoir, juste retour du bâton.
Et le temps passe. Lentement. Ton cercueil arrive, est mis sous terre et disparaît progressivement. Voilà, il ne reste de toi que cette pierre d'un noir de jais, ton nom, ta naissance et ta mort. Au revoir Rémotto, je ne te regrette point.
Et voilà que Papa prend la parole, son discours est terne, comme d'habitude. Je ne l'écoute pas. Bla bla bla, il fait froid, rentrons. Mais n'ai-je pas quelque chose de plus intéressant à demander avant de quitter ce lieu ? Oh que si. Après avoir une nouvelle fois tourné et retourné la question, et le papier légué, j'ai décidé d'être plus maline que mon paternel : s'il me manque des informations, autant lui faire croire que je suis déjà au courant. Ô malheur d'enfanter une fille et de l'avoir laissée vivre dans son sillage.
Tu sais Papa, la lettre de Rémotto était édifiante : tu as apparemment un don pour gérer les problèmes avec efficacité… ou encore réécrire les choses qui te résistent, je marque une courte pause sans lui laisser le temps de répondre. Tout en agitant ma main gauche pour ponctuer mon propos et pour souligner la présence de la chevalière. Oh tiens, ne t'ai-je donc jamais résisté ? En voilà une belle journée pour discuter de ma... réécriture. Je glisse ce dernier mot presque comme un secret. Tout était audible par Maman, bien entendu. Rémotto ne sera pas le seul Blackbirds enterré aujourd'hui.
Dernière modification par Leta Blackbirds le 16 avr. 2026, 20:52, modifié 2 fois.
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L'avantage des enterrements, c'est que l'on peut penser ce que l'on veut du défunt, ce dernier n'en saura jamais rien. Je me surprends donc à dresser un bilan sur ce beau-père altier.
Je ne l'ai jamais porté dans mon estime ; cette conclusion est l'éléphant dans la pièce. Froid, calculateur, hautain, richissime, fier, impassible, souverain, arrogant et marmoréen jusque dans ce cercueil fermé. Azur est d'ailleurs de plus en plus comme son père, où est passé l'homme que j'ai épousé il y a de ça bien des années ? Mais je me leurre : je soutiens Azur. Cette noirceur, je la détiens, la nourris, l'entretiens.
Je ne pensais pas que cette journée déjà funeste pût être davantage éprouvante. Et pourtant, les mots qui s'échappent avec trop de légèreté de la bouche de Leta me pétrifient. Comment... Comment Rémotto a-t-il su ? Nous avons fait preuve de la plus grande discrétion. Ses yeux étaient véritablement posés partout. Je bouillonne, saleté va ! Même mort, tu persisteras à imposer ta loi, ta vision des choses au monde. Même mort tu entends ruiner l'équilibre fragile que j'ai mis des années à ériger ? Ne pouvais-tu donc pas partir en silence, pas de fanfare, pas de secret ?
Heureusement, Leta ne me regarde pas, totalement concentrée sur son père. Je referme ma bouche et inspire discrètement. Mon sang cogne lourdement dans mon cou et contre mes tempes. En voilà un stress que je m'étais interdit il y a bien longtemps. Leta ne peut pas savoir. Elle n'a pas le droit. Que deviendrais-je à ses yeux ? Par Merlin, Azur, accorde-nous une diversion digne de tes plus belles manipulations.
Et si jamais elle sait vraiment ?
Et si Rémotto lui avait tout révélé ?
Et si elle savait aussi pour mon implication ?
Suffit, Louka. C'est indigne. Reprends tes esprits. Ne dis rien, laisse Azur gérer.
Cela fait-il de moi une femme de mauvaise nature ? Et si je devenais, aux yeux de ma fille, ce que Rémotto incarnait pour moi ? Non, c'est impossible, inconcevable. J'ai toujours été une mère aimante et attentionnée. Rien ne peut changer, rien ne doit changer. Leta ne saura jamais. Elle ne saura jamais.
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Je me tiens droit devant la terre fraîchement retournée et ce bout de marbre noir.
Rémotto Blackbirds n'était pas un homme de discours. Il était un homme d'actes, de convictions et de rigueur.
Il a consacré une majeure partie de son existence au Conseil des Sorciers, non par ambition personnelle mais par sens du devoir. Un devoir envers notre monde, nos traditions et le nom qu'il portait.
L'héritage qu'il me transmet est considérable, je m'emploierai à l'honorer comme il se doit et à respecter sa mémoire. Il n'attendait ni compassion, ni éloge mais la continuité. C'est ce que je lui dois et lui offre : non des larmes, mais la promesse que ce qu'il a construit ne s'effacera pas.
Repose en paix.
J'avais passé la veille à peaufiner ce texte. Je n'y avais pas mis d'amour, Rémotto ne m'en avait guère témoigné depuis des années. Je l'ai prononcé d'une traite, calmement, lentement. Je sens tout de même une peine sommeiller au fond de mon être. Adieu Père.
Nous voilà prêts à partir, je me retourne vers Louka et, surprise, Leta se tient droitement face à moi. Elle parle alors sans me laisser le temps de réagir.
"Tu sais Papa, la lettre de Rémotto était édifiante : tu as apparemment un don pour gérer les problèmes avec efficacité… ou encore réécrire les choses qui te résistent." Père, as-tu donc réellement fait ça ? J'ouvre la bouche pour rétorquer quand mes yeux se posent sur la bague qu'elle porte à sa main. Comment ose-t-elle ? Je peine à écouter la suite de ses paroles, une colère intense se dessine, envers elle, envers Père. Je reste calme en apparence, il va falloir jouer finement.
En l'espace de quelques secondes, je déduis plusieurs choses : Rémotto a légué sa chevalière à Leta, c'était donc là le contenu de l'enveloppe ; et il lui a donné des informations. Lesquelles ? A-t-il été dans les détails ? Elle a l'air de savoir beaucoup de choses. Bluffe-t-elle ? Elle n'a pas l'air. Mais Père n'aurait pas pu se permettre d'écrire noir sur blanc ce que j'ai fait. Aussi calculateur fût-il, il savait pertinemment qu'aucune preuve ne doit subsister, cela aurait sali notre nom. Leta ne sait donc pas. Ou en tout cas qu'à moitié. Peut-être est-ce pire, elle ira chercher des preuves car elle est la principale concernée et elle ne doit surtout pas attirer les yeux sur sa condition. RRetournons donc la situation en ma faveur. Mon regard effleure Louka, un battement de cil, pas davantage. Elle se tient parfaitement immobile. Bien. Je réponds à voix basse, implacablement.
Rémotto n'aurait jamais fait l'erreur stupide de tout te raconter. Tu bluffes.
Cependant, il a raison, quelques-uns de tes papiers sont des palimpsestes. J'ai réécrit un bout de ton histoire. Ta transition n'a jamais existé. Aux yeux du Conseil et du monde, tu étais une fille dès ta naissance.
Dernière modification par Leta Blackbirds le 21 juil. 2026, 10:44, modifié 1 fois.
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Sa réponse est cinglante, comme une boue froide montant du sol, me glaçant et pétrifiant les pieds. La voilà donc la bombe que j'avais gentiment retrouvée grâce au fil de Rémotto. Et Papa me la donne allègrement. Ses deux mains se referment sur moi. Ses mots se glissent dans mes os, me brisent par leur portée, leur dédain. Jouer dans la cour des grands, osé-je penser. Mais il n'y a plus de jeu, je ne le comprends que face à cet homme gigantesque, imposant. Je suis si frêle face à ce monstre de confiance. Quand ai-je cru avoir l'ascendant ?
Je n'ai même pas encore compris ce que les paroles de Papa signifiaient réellement. Je cligne des yeux ; et les écarquille aussitôt. Quoi ? Palimpseste ? "J'ai toujours été une fille" ? A-t-il... a-t-il osé ? Non c'est inconcevab- Si, totalement. Azur Blackbirds est le genre d'homme qui gère les problèmes avec efficacité.
Je ne dis rien. Muette par la stupéfaction. Je ne cherche pas quoi répondre car je suis abasourdie. Comment cet homme peut-il se prétendre mon père ?
Alors une colère sourde gronde en moi. Il efface donc douze de mes années sans soucis. Ce n'est pas une place dans la famille Blackbirds qu'il m'offre. Il a glissé ses mains sous ma peau, dans mes souvenirs et mes cicatrices, pour en extirper ma vérité et la remplacer par la sienne. Il a dépecé mon enfance. Il m'a enlevé la seule chose qui m'appartienne vraiment : m'être choisie. Douze ans de doutes, de larmes, de victoires ; réduites à une correction d'encre. Comme si je n'avais jamais eu à me battre pour exister. Comme si le combat n'avait pas eu lieu. Je suis nue face à son mensonge.
Je le détruirai, l'écraserai. Il ne sentira pas venir ma vague déferler sur tout son empire naissant. Oh oui, tu souffriras car je peux lancer la pichenette qui te fera t'effondrer.
Tu veux encore être le plus malin de la Dynastie ? Je veux bien te voir te protéger face à la presse. Sifflé-je entre mes dents. Dans ma grande mansuétude, je m'abstiendrai de dévoiler quoi que ce soit aujourd'hui. Tu m'as fait chuter, alors tu tomberas avec moi.
Et en quelques grandes enjambées, je quitte le cimetière sans un regard en arrière. Je le combattrai de toutes mes forces. Jusqu’à ce qu’il disparaisse.
