L'écume des mauvais jours
22 janvier 2051
Le Pitiponk, début de soirée
@Leo Ginger
Image générée à l'aide d'une intelligence artificielle
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Le dimanche est le pire jour de la semaine. Déjà parce qu’il précède le lundi. C'est déjà une raison suffisante en soit. Mais c'est aussi ce jour où l'on se regarde dans le fond des yeux en se demandant ce qu’on a fait de sa semaine… voire de sa vie. On évalue ses décisions récentes, on met au point ses activités pour la semaine suivante. Moi ? J’ai abandonné cette idée depuis des mois déjà.
Les dimanches ne sont qu’un jour comme un autre. Pas de cours à suivre. Pas même quoi que ce soit qui m’attende en rentrant à la maison. Maison dans laquelle je ne rentre plus si souvent.
C’est donc pour ça que je suis au Pitiponk. Un dimanche soir.
Le bar n’est pas aussi fréquenté que le reste de la semaine, ni lors des grandes soirées étudiantes, avec la musique à fond, les murs couverts de tables et les gens en train de danser à la verticale. Il y a du monde, évidemment. Quelques étudiants peu assidus, des habitués, et des sorciers dont l’âge, le métier et les intentions sont trop flous. L’ambiance est plus molle, comme une sorte de léthargie collective où chacun est venu noyer la même chose dans un verre différent.
C’est précisément ce que je suis venu faire.
Noyer quelque chose.
Je ne sais pas encore quoi, cela dit.
Je me suis senti comme un idiot devant la porte étroite de Soho. J’ai mis plusieurs minutes à comprendre qu’il fallait frapper au rythme du refrain d’une chanson des Bizarr’ Sisters. C’est en voyant un groupe d’étudiants le faire en riant que je comprends le mécanisme. J’obéis donc, avec une discrétion relative. Et la façade m’apparaît, puis la porte, puis le bruit, et ce sentiment d’entrer dans un endroit où les mauvaises idées bénéficient d’une réduction étudiante.
Je me glisse à la première table un peu à l’écart que je trouve. La position est tout à fait stratégique. Pas trop à l’écart, pour qu’on ne puisse pas imaginer que je boude. Mais suffisamment éloignée pour être un peu tranquille quand même, ce soir.
J’observe mon verre vide qui m’attend. Ici, il faut parler poliment à son verre. C’est écrit dès l’entrée.
— Une Cuvée du Bandimon, s’il vous plaît.
Le verre ne bouge pas d’un iota et mes yeux se plissent.
— Très bien. Je voudrais une Cuvée du Bandimon, s’il vous plaît, Votre Transparence.
Le verre frémit, sensible visiblement aux flagorneries nobiliaires, avant de décoller de la table en emportant les quelques piécettes que j’ai placées à l’intérieur. Il rejoint ses camarades aigris au plafond.
Son avenir est plus clair que le mien.
En attendant mon verre, j’observe l’immense fresque magique qui s’anime constamment. Différents personnages traversent la peinture en se saluant, voire en se disputant. Je vois aussi ce joueur de Quidditch qui renvoie sans cesse un cognard vers un vieux barbu grincheux.
Je ne sais pas moi non plus pourquoi je suis là ce soir. Comme souvent en ce moment. Mes journées sont une succession d’événements imprévus qui, à force de répétition, ressemblent de plus en plus à un mode de vie.
Je lève légèrement mon verre absent en soutien au barbu.
Entre victimes de cognards, on se reconnaît.
C’est à ce moment-là que mon verre revient, rempli d’un liquide mousseux dont la surface forme une écume verdâtre parfaitement inquiétante.
— Merci, murmuré-je.
Il vibre légèrement.
Parfait. J’entretiens désormais une meilleure relation avec la verrerie qu’avec mon père.
C’est à ce moment-là que je l’entends.
— Léo !
Je tourne la tête par réflexe. Peu de personnes m’appellent ainsi à Poudlard. On m’appelle bien plus souvent Léonidas. Même si, dans la bouche de mon père, cela sonne comme une assignation à résidence. Dans celle de mon oncle, comme une condamnation. Et dans celle d’Achille, comme une déception.
Sauf que la personne qui vient de crier ne me regarde absolument pas.
Et je comprends pourquoi lorsque mon regard capte celui d’une autre personne. Car j’avais oublié qu’il existe, dans tout ce bazar, une autre Léo.
Léo Ginger.
Une ancienne camarade de promotion, capitaine de l’équipe de Gryffondor, et meilleure batteuse de cette même équipe pendant quasiment toute sa scolarité. Au moins un Léo qui a réussi sa carrière de Quidditch. Sans doute est-elle étudiante maintenant, probablement pour faire carrière dans le Quidditch professionnel. Ça ne me surprendrait pas.
Ce qui me surprend davantage, c’est lorsqu’elle ignore la personne qui vient de l’interpeller. Sans doute ne l’a-t-elle pas entendue. Ou alors elle l’ignore volontairement. C’est une autre possibilité.
En tout cas, la voilà qui s’installe quelques tables plus loin. Seule. Ma curiosité est piquée au vif. Il en faut peu, c’est vrai, mais pourquoi va-t-elle s’installer seule alors qu’au moins une autre personne, ce soir, l’a reconnue ? Étrange.
Je prends donc mon verre et quitte mon poste d’observation. Après tout, certaines rencontres sont planifiées, et d’autres sont seulement le résultat de deux mauvais jours qui se croisent dans le même bar.
Je m’arrête à quelques pas de sa table en levant légèrement ma Cuvée du Bandimon, puis je lui adresse un sourire en coin.
— Léo ? Ginger, non ? J’demande parce qu’en tant que Léonidas, je dois toujours vérifier l’identité des autres Léo dans un rayon de dix mètres. Ce serait bête qu’on nous confonde.
Ça n’a ni queue ni tête, ce que je raconte. Elle va sans doute penser que je suis saoul, alors que le pire, dans tout ça, c’est que je ne le suis pas. Pas depuis vingt-quatre heures. Ce qui, ces derniers temps, représente un exploit significatif.
Mon regard glisse vers son verre, puis vers son visage fermé, et je me sens obligé d’ajouter une justification plus crédible à ma présence.
— Enfin, c’est surtout que t’as l’air de quelqu’un qui a passé une sale journée. Je me trompe ? Si tu veux, je te propose une alliance temporaire contre les dimanches pourris. Voire les dimanches tout court. Et promis, si l'alliance échoue on accusera le dimanche. Lui, personne ne l'aime suffisament pour le défendre.
1009 mots
@Leo Ginger et voilà pour nous deux, dis moi si quelque chose ne te convient pas j'éditerai.
Le Gang des Licornes. -- Sa Majesté des Mouches (aka le Prince selon Edmund) - 4e année (Devoirs). Toujours partant pour un RP (cf ici) - Merci Mo pour l'avatar
L'écume des mauvais jours
“ Leo !” j’entends qu’on m’interpelle depuis le côté de la pièce. Je ne reconnais pas la voix mais ne tourne pas non plus la tête pour vérifier : absence totale de curiosité, j’veux pas savoir et en fait, c’est que je m’en fous. Je veux qu’on me laisse tranquille, surtout. Alors j’ignore soigneusement l’appel, me dirige sans détour vers une table libre et me laisse tomber sur la chaise. Sortant quelques mornilles de la poche de mon jeans, je parviens miraculeusement à rassembler suffisamment de politesse pour que le verre accepte de décoller en direction des cuisines, emportant avec lui ma commande.
“Léo ?” j’entends qu’on m’interpelle à nouveau. ‘tain c’est fou comment on peut pas être tranquille deux minutes, dans ce foutu bar ! Ça m’agace. La menace s’est rapprochée, cette fois-ci. Elle est même juste à côté de ma table. Je suis tentée de l’ignorer à son tour, mais comme la voix ne se contente pas juste de mon prénom, je finis par lever les yeux. Mon regard tombe sur Léonidas et je me dis qu’il ne me manquait plus que ça, qu’un pote de Dale vienne me taper la discut’.
Ce serait bête qu'on nous confonde, il dit. Dans un battement de cils, mon regard dégringole le long de son corps avant de remonter jusqu'au visage de l'ancien Serpentard. Je hausse les sourcils et finis par lâcher :
"Ouais… fin déjà, faut être un peu bête pour nous confondre."
J'dis pas ça méchamment hein, c'est juste que… bah on s'ressemble grave pas, quoi.
Par exemple : moi, je ne serais pas allée embêter quelqu’un qui visiblement, n’est pas de bonne humeur. Dans ce contexte-là, s’installer seul à une table est clairement tout le contrainte d’une invitation à rejoindre, ça me semble pourtant évident ! Mais Vance ne semble pas avoir cette présence d’esprit-là.
Je comprends pas trop ce qu'il me raconte, Léo, mais je comprends qu’il s’en prend aux dimanches. Moi, j'aime bien les dimanches. Habituellement, en tout cas. Les dimanches, ça permet de faire le point sur la semaine. Alors j'aime les dimanches parce que j'aime le déroulement de mes semaines. Et celui de toute ma vie, depuis la rentrée. Jusqu’à dimanche passé, ou l’équilibre merveilleux de mon quotidien a basculé. Où Jacob a quitté ma chambre et que moi, je n’ai rien dit pour l’arrêter. J’entends toujours le bruit sourd de ses clés qui tombent sur la commode près de la porte. Ses clés qui dans la chute, sont redevenues mes clés.
"Sale journée tu parles… pire semaine de ma vie."
Heureusement que cette semaine touche à sa fin : jamais mes entraînements avec les Frelons n’ont été aussi catastrophiques. Jamais rien n’a été aussi catastrophique, en réalité. C’est comme si ma vie a déraillé.
Je n’ai pas non plus hâte que la semaine prochaine débute. C’est ma semaine de cours à l’ISMI et clairement, il me manque toute énergie pour affronter ça. En fait, je crois que c’est pour ça que je suis là. Parce que ouais, comme si c’était pas assez, je n’ai aucune idée de ce que je fous ici. Je suis pas du genre à noyer ma tristesse dans l’alcool, alors… Ce que j’espère, c’est juste gagner quelques heures. Repousser l’instant où il me faudra retourner à l’ISMI pour tenter tant bien que mal de maintenir le rythme d’un certain quotidien qui n’attendra pas. Je sens que la semaine va complètement m’échapper et… non, j’veux pas y penser.
Comme Léonidas est toujours planté devenant moi et que je n’ai pas répondu à sa proposition, je demande :
"Ton alliance, là… elle consiste en quoi ?"
Mon ton est morne, ça doit s’entendre que je ne suis pas spécialement convaincue. Je prends une longue gorgée de ma boisson – un jus de pomme avec un petit parasol en papier ridiculement joyeux compte tenu de la situation.
ˈli(ː)əʊ ˈʤɪnʤə
Flash McQueen, Flash McWin
“Léo ?” j’entends qu’on m’interpelle à nouveau. ‘tain c’est fou comment on peut pas être tranquille deux minutes, dans ce foutu bar ! Ça m’agace. La menace s’est rapprochée, cette fois-ci. Elle est même juste à côté de ma table. Je suis tentée de l’ignorer à son tour, mais comme la voix ne se contente pas juste de mon prénom, je finis par lever les yeux. Mon regard tombe sur Léonidas et je me dis qu’il ne me manquait plus que ça, qu’un pote de Dale vienne me taper la discut’.
Ce serait bête qu'on nous confonde, il dit. Dans un battement de cils, mon regard dégringole le long de son corps avant de remonter jusqu'au visage de l'ancien Serpentard. Je hausse les sourcils et finis par lâcher :
"Ouais… fin déjà, faut être un peu bête pour nous confondre."
J'dis pas ça méchamment hein, c'est juste que… bah on s'ressemble grave pas, quoi.
Par exemple : moi, je ne serais pas allée embêter quelqu’un qui visiblement, n’est pas de bonne humeur. Dans ce contexte-là, s’installer seul à une table est clairement tout le contrainte d’une invitation à rejoindre, ça me semble pourtant évident ! Mais Vance ne semble pas avoir cette présence d’esprit-là.
Je comprends pas trop ce qu'il me raconte, Léo, mais je comprends qu’il s’en prend aux dimanches. Moi, j'aime bien les dimanches. Habituellement, en tout cas. Les dimanches, ça permet de faire le point sur la semaine. Alors j'aime les dimanches parce que j'aime le déroulement de mes semaines. Et celui de toute ma vie, depuis la rentrée. Jusqu’à dimanche passé, ou l’équilibre merveilleux de mon quotidien a basculé. Où Jacob a quitté ma chambre et que moi, je n’ai rien dit pour l’arrêter. J’entends toujours le bruit sourd de ses clés qui tombent sur la commode près de la porte. Ses clés qui dans la chute, sont redevenues mes clés.
"Sale journée tu parles… pire semaine de ma vie."
Heureusement que cette semaine touche à sa fin : jamais mes entraînements avec les Frelons n’ont été aussi catastrophiques. Jamais rien n’a été aussi catastrophique, en réalité. C’est comme si ma vie a déraillé.
Je n’ai pas non plus hâte que la semaine prochaine débute. C’est ma semaine de cours à l’ISMI et clairement, il me manque toute énergie pour affronter ça. En fait, je crois que c’est pour ça que je suis là. Parce que ouais, comme si c’était pas assez, je n’ai aucune idée de ce que je fous ici. Je suis pas du genre à noyer ma tristesse dans l’alcool, alors… Ce que j’espère, c’est juste gagner quelques heures. Repousser l’instant où il me faudra retourner à l’ISMI pour tenter tant bien que mal de maintenir le rythme d’un certain quotidien qui n’attendra pas. Je sens que la semaine va complètement m’échapper et… non, j’veux pas y penser.
Comme Léonidas est toujours planté devenant moi et que je n’ai pas répondu à sa proposition, je demande :
"Ton alliance, là… elle consiste en quoi ?"
Mon ton est morne, ça doit s’entendre que je ne suis pas spécialement convaincue. Je prends une longue gorgée de ma boisson – un jus de pomme avec un petit parasol en papier ridiculement joyeux compte tenu de la situation.
ˈli(ː)əʊ ˈʤɪnʤə
Flash McQueen, Flash McWin
