Inktober Solo Remonter le Temps


Sur le principe du défi de l'Inktober, j'aimerais écrire un post par jour pendant ce mois d'octobre dans ce sujet, qui relatera quelques moments de l'enfance d'Ellana. Les posts ne seront pas par ordre chronologique.
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6 février 2038 Givre "Ces anges blancs qui tombaient du ciel"

7 mai 2039 Rêve "C'est... comme dans un rêve"
18 juin 2039 Carte "Rêvant des cartes et du Peintre Céleste"
2 novembre 2039 Crapaud "Embrasserait-elle aussi un jour un crapaud ?"

11 février 2040 Promenade "Au-dessus et en dessous d'elle"
8 mars 2040 Doré "Sa robe d'or et de tourmaline"
18 avril 2040 Araignées "Mais c'est une araignée qui l'a fait ?"
7 juillet 2040 Epicé "Remonter le moral"

21 avril 2041 Chaînes "Briser les chaînes de la pensée"
4 mai 2041 Goutte "Bercée par le bruissement de l'eau"
1er juin 2041 Ange "L'Ange Nocturne"
4 août 2041 Selle "Petit Cœur"

7 février 2042 Hausse "Hausse les épaules"
6 mai 2042 Démon "Les démons prêts à l'emporter"
22 juin 2042 Rebond "Son cauchemar était devenu rêve"
12 juillet 2042 Esquive "La chose la plus importante de sa vie"
10 août 2042 Chemin "Sa passion pour la randonnée"

11 avril 2043 Fortune "J'ai trouvé !"

25 juillet 2045 Poignard "Trop vite"
31 août 2045 Château "Elle ne parviendrait pas à dormir"
Reducio
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Dernière modification par Ellana Duchêne le 20 oct. 2024, 10:44, modifié 3 fois.

#002a57 - Fiche - Sixième année - ABSENCE
Préfète inRP du 1er mars 2048 à juin 2049 - Les 3 œufs (l'omelette) - Coquelicolivia & Ellanymphéa - Les Κενταυρίων - Hortensia & Bruyère avec Eileen

Inktober Solo Remonter le Temps
Jour 1 - Rêve

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samedi 7 mai 2039, tard le soir,
Ellana, 5 ans et sa mère, Alice.


- Maman, souffla-t-elle dans le silence de la nuit. J'ai peur du noir. murmura-t-elle, avant de se blottir contre le corps chaud d'Alice Duchêne. Plus tôt dans la soirée, elles étaient parties toutes les deux en voiture, sans que l'enfant ne pose plus de questions : elle faisait confiance à sa Maman. Celle-ci avait conduit un bon bout de temps, mais la petite fille ne s'en était pas rendu compte ; elle avait dormi durant tout le trajet, car il commençait à se faire tard. Maintenant qu'elles étaient arrivées, loin de Londres et de sa pollution lumineuse, Ellana avait peur. Elle ne voyait pas les points blancs du ciel, n'ayant pas encore levé la tête, et elle était sur le point de pleurer. Le noir et la nuit lui faisaient peur : c'était le moment où les monstres surgissaient pour manger les petits enfants pas sages qui n'étaient pas dans leur lit en train de dormir. Souvent, elle avait imaginé qu'il y avait un monstre sous son lit, un monstre fait de noir et de poussière, fait d'horreur et de cauchemars. Ce soir-là cependant, Alice l'avait tiré du sommeil. Au début, elle avait cru à l'attaque d'un monstre. Puis, elle avait vu le visage réconfortant de sa Maman, qui avait tout de suite fait fondre son imagination trop fertile.

Alice prit gentiment la petite main blanche de la fillette, et l'emmena sur la pelouse, non loin de là. Le silence régnait, mais il ne faisait pas noir. La femme s'assit dans l'herbe, prit son enfant sur les genoux. Elle ne lui avait toujours pas répondu. Ellana, elle, se blottissait toujours plus contre sa mère, fatiguée et apeurée d'être dehors si tard. L'astronome enveloppa sa fille dans une couverture qu'elle avait amené. "Mamaaan, j'ai peur.." murmura de nouveau l'enfant. "Tu vois les petits points là-haut ?" lui demanda-t-elle en retour. Intriguée, la fillette leva le nez. Elle resta plusieurs secondes à regarder le spectacle devant ses yeux.

Dans ses prunelles dansaient les étoiles, les milliers de points blancs dans le noir obscur. C'était beau, trop beau, terrifiant, vertigineux, immense. Qui avait peint le ciel de ces points blancs ? Pourquoi maintenant, pourquoi ce soir-là ? Comment Maman avait-elle su que cette œuvre d'art serait là ce soir ? Des étoiles plein les yeux, émerveillée devant la beauté du ciel, Ellana n'avait plus peur. Le noir avait été remplacé par la lumière et la lumière chassait les monstres ; le jour, ils n'existaient pas. En regardant ces millions de points, parfois plus gros, parfois plus petits que d'autres, la fillette avait l'impression d'être en plein jour.

- Maman... chuchota-t-elle. C'est beau... C'est qui qui a peint ça ?
- Oui, c'est beau, lui répondit en retour sa mère. C'est la nature qui a dessiné ces points.
- Maman... La nature, pourquoi elle a peint ça ? Et... on peut voyager là-haut ? murmura-t-elle. C'est... comme dans un rêve.

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Inktober Solo Remonter le Temps
Jour 2 - Araignées

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mercredi 18 avril 2040, anniversaire
Ellana, 6 ans et sa famille (Gustave, Alice et Lyna)


La fillette était toute excitée : c'était son anniversaire ! Elle avait six ans depuis quelques heures, et elle se sentait plus grande. Six ans, c'était beaucoup non ? Lyna, elle, n'avait que trois ans ! Elle avait longuement attendu le dîner -l'heure des cadeaux dans sa famille- et pour faire passer le temps plus vite, elle avait joué de la harpe toute la soirée, des airs gais et entrainants, reflétant ses pensées. Avec un peu de cuisine au programme aussi, les heures étaient finalement passées rapidement et on approchait du crépuscule. Sa journée à l'école avait été des plus banales ; ennuyante, solitaire. Mais à présent qu'elle était chez elle avec sa petite sœur et ses parents, elle se sentait bien, beaucoup plus que le reste de la journée. L'heure du repas approchait fatalement, et la joie grandissait dans le petit corps de l'enfant ; oh ! qu'elle avait hâte de découvrir tous ses cadeaux.

Quand elle entendit que le dîner était prêt, elle dévala les marches des escaliers. L'avait-elle déjà fait aussi vite, auparavant ? Sans doute pas, mais heureusement, car elle faillit manquer une marche et finir sa soirée d'anniversaire à l'hôpital.

- On mange quoi ce soir ? demanda-t-elle, alléchée à l'idée du diner préparé par ses deux parents pour l'occasion. Elle sentait l'odeur d'un plat qu'elle aimait, mais ne parvenait pas à mettre des mots dessus, comme s'ils lui échappaient et lui filaient entre les doigts quand elle tentait de les attraper.
- Ca sent trop bon ! renchérit Lyna, qui sautillait elle aussi.
- C'est du bœuf bourguignon avec des pommes de terre, répondit Gustave à ses deux filles, en leur faisant un petit sourire. "C'est un plat français, mais je suis sûr que vous allez aimer. Et sans aubergines et fromage" termina-t-il, en faisant un petit clin d'œil à son ainée.
- Allez, tout le monde à table ! enchaîna Alice, le plat brûlant dans les mains avant de le poser sur le dessous de plat qui trônait au milieu de la table. Grimpant sur sa chaise, Ellana regardait la viande, un grand sourire sur les lèvres ; ils n'auraient pas pu faire mieux pour son anniversaire !

***

Le dîner se déroula, avec des conversations légères et joyeuses, mais la petite brune n'attendait qu'un moment : que le repas se termine, pour pouvoir ouvrir ces cadeaux. Jamais l'impatience n'était si grande dans le corps d'un enfant qu'à ce moment-là, ce moment où elle saurait ce que contenaient les petits paquets empilés au sol, sur la table basse du salon. Et si d'ordinaire, elle était une enfant calme et réservée -un peu trop-, là, elle sautillait presque sur place.

- Vous avez fini ? demanda-t-elle pour la énième fois, en voyant toutes les assiettes vides.
- Le gâteau ! s'écria Lyna. Je peux t'aider à souffler les bougiiies ? demanda-t-elle.

La fillette de désormais six ans hocha négativement la tête quand Lyna lui demanda de souffler les bougies : c'était pour elle, et pour elle seule ! Elle, elle ne soufflerait pas ses bougies quand ce serait son anniversaire ! Gustave partit chercher l'œuvre d'art des enfants de la soirée : un gros gâteau au chocolat, avec un glaçage un peu raté et ne ressemblant à rien, et six petites bougies mises autour. Les flammes dansaient au bout de leur manche, tandis qu'Ellana les regardait, hypnotisée. Tout ce qui faisait de la lumière la surprenait et l'envoûtait ; les étoiles, le feu, toutes ces lumières nocturnes qui dansaient, faisaient des farandoles gaiement.

- Pfffff... commença à faire l'enfant pour souffler ses bougies, quand Lyna la rejoignit. "Eh ! J't'ai dit non !" s'écria-t-elle avant de se faire réprimander par un regard de sa mère. C'était trop pas juste ! Mais la saveur du gâteau chocolaté effaça toute rancœur dans l'esprit de la petite brune, de plus en plus impatiente d'ouvrir ses cadeaux.

Enfin, arriva l'heure tant attendue, depuis qu'elle s'était levée ce matin-là : le déballage des cadeaux. Assise par terre, sa soeur à côté et ses deux parents en face, elle prit un premier emballage sur la petite pile, rouge avec des petits motifs dorés, et déchira le papier qui entourait un étrange objet... Ce qu'elle vit en premier l'étonna : pourquoi y avait-il des plumes sur son cadeau ? Et des perles ? Ce n'était pourtant pas un collier ! Dans un arceau duquel partait les fils retenant plumes et perles s'entrecroisait d'autres petits fils fins, dans un cordage complexe, qu'elle aurait été incapable de démêler.

- C'est quoi ? Une toile d'araignée ? demanda-t-elle avec un petit mouvement de dégoût. Beurk ! Les araignées, elle n'aimait pas, ça lui faisait un peu peur.
- Et elle est où l'arai...gnée ? renchérit la plus jeune des deux petites.
- C'est un attrape-rêves, expliqua calmement Gustave. Ca sert à empêcher les cauchemars de venir déranger ton sommeil.
- Ooh... Mais c'est une araignée qui l'a fait ?

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Inktober Solo Remonter le Temps
Jour 3 - Chemin

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dimanche 10 août 2042, dans la journée,
Ellana, 8 ans et ses parents (Gustave et Alice)


La fillette était encore jeune, mais il n'y avait pas de doute : elle aimait marcher. Depuis que ses parents avaient découvert ça, ils partaient plus ou moins souvent en randonnée, eux-mêmes aimant beaucoup ça. Avant, avec la naissance de leurs enfants, ça avait été assez difficile, ceux-ci ne pouvant pas encore marcher sur de longues distances. Ellana, elle, avançait en silence le long du chemin de randonnée, entre les petits cailloux, qu'elle s'amusait à collectionner dans sa paume ouverte. A chaque fois qu'elle en voyait un qui lui plaisait, elle le prenait, le regardait sous tous ses angles et soit le relâchait, soit le gardait pour sa petite collection qui grandissait. Elle avait aussi ramassé quelques feuilles, qu'elle avait trouvé jolies. Peut-être aimait-elle tant la randonnée pour ça ; tous ces petits cadeaux que la Nature lui offrait, toutes ces petites choses qui auraient pu sembler insignifiantes pour un autre mais qui pour elle avait de l'importance.

- Ellana, tu viens ? lui demanda sa mère avec un sourire, quelques mètres plus loin. Ca faisait quelques minutes déjà que la petite était immobile au bord du sentier, observant un joli papillon, qui voletait de temps à autre. Les papillons avaient quelque chose d'envoûtant, dans les couleurs de leurs ailes flamboyantes, dans leur délicatesse rare. Elle aurait aimé le cueillir, comme on cueillait les fleurs, comme on ramassait les cailloux, et elle était sur le point de le faire, sa main libre tendue en avant, quand sa mère l'arrêta. "Tu aimerais qu'on te touche et qu'on te gêne quand tu es plongée dans tes livres ?" Quelques secondes de silence. L'enfant réfléchissait à la question de sa mère, sa main toujours tendue vers l'avant. Puis, elle ramena son bras le long de son corps.
- Non, répondit-elle en baissant les yeux, les joues rouge pivoine, honteuse.
- Allez viens maintenant, Papa nous attend là-bas !

La brunette emboita le pas à sa mère, perdue dans ses pensées. Le chemin sur lequel ils étaient était tortueux, il grimpait sur le flan d'une colline, mais marcher ne la dérangeait pas, et elle ne sentait pas de douleur dans ses jambes. Simplement, elle allait moins vite que ses deux parents, s'arrêtant de temps à autre, allant au rythme de ses petites enjambées. Le chemin était joli, et c'était sans doute de là, de ces passages fleuris, plein de petits cailloux et d'animaux colorés qu'était née sa passion pour la randonnée.

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Jour 4 - Esquive

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samedi 12 juillet 2042, en journée,
Ellana, 8 ans et Lyna, sa petite sœur, 6 ans.


Ellana n'aimait pas spécialement courir partout, mais depuis que sa petite sœur Lyna était née, ce qu'elle aimait par dessus tout était de lui faire plaisir et de passer du temps avec elle. Un lien indéfinissable les unissait, plus fort que la fraternité, plus fort qu'une amitié ; elles étaient comme une, complémentaires l'une de l'autre, souriantes et épanouies ensemble. Deux opposés, l'une brune, l'autre blonde, l'une la Lune, l'autre le Soleil. Ainsi, quand la petite blonde lui avait fait un caprice pour pouvoir jouer à chat perché avec sa grande sœur, celle-ci avait cédé en moins de temps qu'il n'en faut pour proposer l'activité. Les deux enfants étaient sorties dehors, et, accompagnées par leur père au parc le plus proche qui s'était ensuite assis sur un banc pour les regarder, elles avaient commencé à courir sur la pelouse verdoyante, sous un soleil d'été, le ciel d'un bleu plus pur que le saphir.

- Ellaaana, va plus vite ! lui cria Lyna.
- Hé ! J'essaie mais j'y arrive pas, répondit-elle. Depuis qu'elles avaient commencé, la brunette était toujours le chat. Peut-être parce qu'elle savait que sa sœur était mauvaise joueuse et qu'elle la laissait prendre de l'avance sur elle, peut-être parce que sa sœur inventait des règles pour s'avantager, mais toujours était-il qu'elle ne l'avait pas touchée une fois de la partie. Motivée par le cri de la blondinette, s'étant que de toute façon, c'était elle qui l'avait voulu, elle accéléra soudainement, arriva au niveau de sa petite soeur et la toucha dans le dos, avant de partir en détalant.
- Aaah non, tu vas voir, j'vais t'attraper plus vite moi ! s'écria la petite avant de suivre sa grande sœur en courant.

Quand la blondinette fut loin derrière la plus âgée, celle-ci ralentit un peu son rythme de course, essoufflée, et se tourna vers sa soeur qui approchait, prête à repartir en courant. Ce n'était peut-être pas la meilleure des idées, mais comme ça, elle épuisait la plus petite tout en gardant un peu d'énergie... Et de toute façon, Lyna lui avait interdit d'aller sur les bancs du parc pour se percher, donc à moins de grimper dans un arbre, il n'y avait pas grand-chose d'autre qui pourrait lui permettre de prendre de la hauteur et d'être perchée. Peu avant que Lyna ne l'atteigne, elle bifurqua vers la droite avant de faire une boucle pour rejoindre l'endroit où se trouvait la blonde quelques secondes auparavant et de continuer tout droit. Si l'enfant ne courait pas très vite, elle, ce qu'elle préférait, c'était imaginer le "comment gagner" et par où aller, réfléchir aux solutions qui s'offraient à elle le plus rapidement possible, tenter d'esquiver au maximum.

A la fin de leur partie de jeu, après avoir été touchée de nouveau par Lyna quand elle avait senti que celle-ci en avait marre de ne pas réussir à l'atteindre, elle était essoufflée, les joues rouges comme les coquelicots, heureuse d'avoir pu s'amuser autant. Ces moments de joie pure et naïve était pour elle la chose la plus importante de sa vie.

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Jour 5 - Carte

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samedi 18 juin 2039, tard le soir,
Ellana, 5 ans et Alice


- Là, tu vois toutes ces étoiles ensemble, qui forment une casserole ? demanda Alice à Ellana. Allongées toutes les deux dans le noir de la nuit, la mère essayait d'apprendre à sa fille comment repérer les étoiles. Parties observer les étoiles en ce samedi soir, chose qui était depuis quelques semaines devenue un rituel pour les deux, la brunette s'émerveillait toujours autant devant les milliers de points blancs qui étaient peint au ciel. Chaque soir, le Peintre Céleste -comme elle avait fini par le nommer- montait sur le ciel, dessiner dans la ligne infinie de la Terre des étoiles. Il était d'une extraordinaire habileté ainsi que d'une rapidité légendaire, et dès la fin du crépuscule, on observait déjà quelques étoiles. Ce terme, abstrait pour la fillette, désignait un petit point blanc du ciel. Attentive, pas le moins du monde fatiguée, elle observait le ciel, à la recherche de la fameuse casserole. Depuis qu'elles avaient commencé à faire ses soirées toutes les deux, Ellana attendait ce moment avec impatience, sautillant de joie le samedi soir. Certes elle se couchait tard, mais le spectacle en valait le coût.

- Ah oui, là ! répondit-elle soudainement, en levant le doigt vers le ciel. C'est drôle, le Peintre, il a fait exprès ? Comment tu savais qu'il avait fait ce dessin ?
- Le Peintre peint toujours les étoiles au même endroit. Les dessins que tu peux faire dans le ciel s'appellent des constellations. Celle-là, elle s'appelle la Grande Ourse.
- Il a une carte du ciel dans la tête ? Maman, quand je serai grande... est-ce que je pourrais moi aussi devenir Peintre Céleste ? demanda-t-elle en chuchotant, comme si elle confessait un secret. A sa mère, elle disait tout ce qui lui passait par la tête sans aucune. "Comme un ours ?" demanda-t-elle à la mention du nom de la conste-machin-truc. "Mais on dirait une casserole, pas un ours, je comprends pas."
- Tu sais, à force de regarder le ciel, tu pourras avoir des cartes dans ta tête. C'est pareil pour le Peintre Céleste, il a regardé et il a appris. Les constellations, c'est un peu comme les points à relier. Le premier Peintre a décidé de les placer d'une manière, mais il avait du mal à les retenir et chaque jour, la position des étoiles changeait. Ce qui n'était pas très agréables pour les observateurs du ciel du l'époque. Ainsi, il décida de créer des constellations, en reliant différents points du ciel et il leur a donné les noms de ce que ça représentait pour lui. La Grande Ourse est beaucoup plus grande que tu ne le vois, parce qu'elle possède d'autres étoiles, moins brillantes.
- Je vois quand même pas un ours... Est-ce que si je deviens moi aussi Peintre, je pourrais nommer les conste...llations ? finit-elle, après une petite hésitation sur le mot. "J'veux en appeler une Maman."
- Si tu peins d'autres étoiles, oui, tu pourras créer de nouvelles constellations. Et tu vois la casserole de la Grande Ourse ?
- Oui, souffla-t-elle.
- Regarde au bout, sur le côté du bord du récipient. Tu vois les deux étoiles brillantes ?
- Oui, murmura-t-elle, intriguée par les questions de sa mère. Que voulait-elle lui montrer ?
- Prends tes deux doigts, et prends l'écart entre ces deux étoiles, puis reporte cinq fois la distance dans la même inclinaison. Là, tu arrives sur une étoile très brillante. Tu la vois ?
- Ca veut dire quoi reporter ?
- Ca signifie que tu reprends la même distance qu'entre les deux étoiles de la casserole.

Concentrée après les dires de sa mère, s'appliquant à faire ce qu'elle lui avait dit, Ellana repéra les deux étoiles dont elle lui avait parlé, puis prit son pouce et son index et calcula la distance, avant de la reporter cinq fois, en faisant bien attention à ne pas bouger son écart des doigts. Si elle avait souvent du mal à restée concentrée, car sans pour autant être une enfant dissipée, elle se perdait souvent dans ses pensées, là, elle s'appliquait pour trouver l'étoile que lui donnait sa mère. Si elle voulait être Peintre Céleste, il fallait qu'elle travaille un peu la position des astres !

- Oui, je la vois. C'est quoi comme étoile ?
- Elle s'appelle l'étoile Polaire. Le Peintre l'a dessinée ici car elle indique le nord : n'oublie pas ça, c'est la chose que tu dois retenir de cette soirée.

***


Encore des étoiles plein les yeux de cette soirée au clair de lune, beaucoup moins ignorante qu'au début de la soirée, l'enfant souriait, toute la joie que le monde pouvait lui offrir dans son corps. Attachée dans la voiture, elle s'endormit quelques minutes après que sa mère ait démarré le moteur, rêvant de cartes et du Peintre Céleste.

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Jour 6 - Doré

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jeudi 8 mars 2040, soirée.
Ellana, 5 ans.


Le crépuscule arrivait. Ce moment de la journée était sans doute le préféré de l'enfant, car elle voyait dans le ciel toutes les couleurs se marier, dans un ensemble de teintes qui changeaient tous les jours. Après avoir lu un petit livre, où les lettres étaient écrites en gros et les sons particuliers étaient soulignés, elle avait joué de la harpe. L'instrument faisait désormais parti intégrante de son quotidien, mais la fillette aimait ça : lire les partitions, qui était comme un second langage et jouer les notes de musique pour entendre des sons sortir des cordes pincées, attrapées puis relâchées. Assise sur son lit dans sa chambre, elle n'avait pas rangé sa harpe celtique ; la housse trainait toujours sur le sol, les crochets du mi, du la et du si étaient toujours en l'air, l'instrument trônait au milieu de la pièce. Pourtant, Ellana l'avait abandonné depuis quelques minutes déjà, et malgré son jeune âge, elle détestait quand les choses n'étaient pas rangées à leur place, ça l'insupportait.

Elle s'était arrêtée, n'avait pas rangé, pour une raison bien précise : son regard avait été happé par la lumière du soleil couchant. Elle aussi ne tarderait pas à aller au lit, fatiguée après sa journée d'école qu'elle avait, comme toujours, passée seule dans son coin, éloignée des autres, sur un banc dans la cour de récré, les genoux repliés contre elle. Entre les nuages teintés de rose, une lumière dorée filtrait ; ça avait beau ne pas être sa couleur préférée, elle se demandait pour quelle occasion le ciel avait revêtu sa robe d'or et de tourmaline.

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Jour 7 - Goutte

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samedi 4 mai 2041,
Ellana, 7 ans et ses parents (Gustave et Alice)


Le nez collé à la vitre de la voiture, elle regardait les gouttes tomber. Elle n'aimait pas la pluie car celle-ci rendait le monde gris. Là-haut, dans le ciel, des nuages tous plus foncés les uns que les autres se bousculaient, pour savoir lequel prendrait le plus de place, lequel pleurerait le plus de larmes. La pluie, pour la petite, c'était triste ; le monde pleurait autour d'elle, le clapotis de l'eau dans les flaques n'était que le bruit de cette mélancolie, de ces pleurs inarrêtables. Les gouttes d'eau s'écrasaient sur le pare-brise, sur le devant de la voiture, mais elle, elle regardait défiler les immeubles de Londres tandis que la petite famille traversait toute la grande ville. Si elle avait été toute seule, elle se serait sans doute mis à fredonner, pour essayer de redonner le sourire au ciel. Elle avait arrêté de croire au Peintre, ses rêves d'enfant s'effaçant avec le temps, mais elle ne pouvait s'empêcher de penser que s'il pleuvait, c'était parce que le ciel était triste.

- On arrive dans combien de temps ? demanda-t-elle une nouvelle fois, décollant son visage de la fenêtre. Elle ouvrit grand la bouche et un halo de buée se forma sur la vitre. Elle passa son doigt dessus, dessiner un rond, des traits : un soleil. Elle en avait marre de la voiture. Pour le week-end, ils allaient chez les grands-parents d'Alice, fêter quelques jours en avance l'anniversaire des cinq ans de Lyna : c'était un grand âge, un nouveau cap pour la petite blondinette, toujours aussi joyeuse. Mais là, bercée par le ronronnement du moteur, la petite fille s'était endormie. Il ne restait éveillé qu'Ellana, son père et sa mère au volant.
- Un peu moins d'une heure, répondit cette dernière.

Hochant d'un petit mouvement de tête, Ellana détourna le regard. Elle aimait aller à Brighton, parce qu'il y avait la mer, et qu'à la mer, il faisait toujours beau. Et puis, elle aimait la maison de ses grands-parents, cette belle petite maison côtière et charmante, s'étalant sur plusieurs étages de haut. Elle préférait par ailleurs Brighton à leur appartement à Londres, la maison étant bien plus grande et la ville moins bruyante et active. N'ayant rien d'autre à faire, son regard se reporta sur la pluie dehors, et sur les nuages noirs et elle s'endormit, bercée par le bruissement de l'eau.

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Jour 8 - Crapaud

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mercredi 2 novembre 2039,
Ellana, 5 ans et son père, Gustave


- Et ensuite, il s'est passé quoi quand la princesse a embrassé le crapaud ? demanda la fillette, impatiente de connaître la fin de l'histoire.

Comme chaque soir, avant de se coucher, son père lui contait une histoire. L'enfant aimait ces moments, où son père passait du temps avec elle, à lui lire ou à lui inventer des contes. Et comme chaque soir, Ellana était impatiente de connaître la fin de l'histoire, de savoir ce qui les personnages allaient advenir. Elle n'aimait pas les fins "ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants" car elle considérait ça comme une fin trop simple, trop évidente, trop lyrique. Elle, elle voulait des fins originales, à toutes ces histoires de princesses, de rois et princes charmants.

- Attends deux secondes, que je finisse mon histoire ! s'exclama le père avec un petit sourire créé par l'impatience que ressentait sa fille. Il aimait la voir ainsi, il aimait voir qu'elle aimait ses histoires. "Et donc, la princesse et le crapaud s'embrassèrent... Elle trouvait ça horriblement sale de faire ça, mais ses efforts ne furent pas vain : le crapaud se transforma en..."
- Prince charmant !
- chat et il devint pas la suite le meilleur ami de notre princesse, celui qui était ses yeux et ses oreilles, celui qui pouvait aller partout. Du petit crapaud pustuleux qu'il était avant, il ne restait rien. Et même si ce n'était pas l'amour de sa vie, la princesse l'aimait comme tel. Tous les deux, dans leur grande maison, ils vécurent heureux, sans avoir d'enfants.
- Moi aussi j'pourrais avoir un chat plus grande ?
- On verra, mais maintenant, c'est l'heure d'aller au dodo !

Quelques minutes plus tard, Ellana était couchée, enveloppée de ses draps. Une lumière rose se diffusait dans la pièce par sa petite veilleuse, et elle repensait à toutes ces histoires fantastiques. Embrasserait-elle aussi un jour un crapaud ?

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Jour 9 - Rebond - TW : Peur, solitude, désespoir

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dimanche 22 juin 2042,
Ellana, 8 ans.


Tout était obscur autour d'elle. Noir. Ni ombre ni lumière. Seulement vide et obscurité. Elle ne voyait rien. Tout était confus dans sa tête. Tout n'était que Rien.

Une lumière apparut, dans ce noir abyssal. Une lumière forte, éclairant un chemin. Des petits cailloux se dressait devant elle. Elle posa un pied. Puis un autre, flottant dans un silence de mort. Où était-elle ? Que faisait-elle ? A cet instant, ces questions ne se posaient pas, elle ne faisait que ressentir ce noir et cette lumière, ce passage au milieu du Rien. Modelait-elle le Rien pour le faire devenir Quelque chose ? Elle ne savait pas, ne saurait jamais.

Au bout d'un moment de marche et de silence, à l'image du vol nocturne des oiseaux, le chemin s'évanouit devant elle. Il n'y avait plus rien. Elle était de nouveau seule au milieu de nulle part. La peur s'empara de son corps. Elle tomba au sol, sans un bruit ni un mot. Le noir l'entourait, comme on s'enveloppe dans un drap. Elle ne voyait plus ses jambes. De lentes secondes -minutes ou heures ?- passèrent. Elle ne voyait plus ses bras. Seule sa tête était encore en dehors du Gouffre mais la solitude l'accablait. Elle n'avait pas la force de se débattre contre le noir, pas la force de lutter contre la solitude. Elle se ferait emporter. Comme toujours. Les Monstres étaient trop puissants pour elle, elle ne parvenait pas à avoir le dessus. Alors, elle se refermait sur elle-même, se laissait engloutir sans opposer la moindre résistance. Les ombres maintenant léchaient ses joues. Bientôt, tout ne serait que noir de nouveau. Bientôt, des larmes ruissèleraient sur son visage. Bientôt, elle aurait mal. Bientôt, elle se réveillerait. Elle le savait. Chaque nuit, elle vivait la même chose. Chaque nuit était un éternel recommencement. Une larme glissa sur sa joue, se fit dévorer par les ténèbres. Elle aurait aimé crier ; c'était trop tard.

Avant que sa tête ne soit tout entière avalée, son regard s'accrocha sur la lumière. Là-haut, elle brillait toujours, comme une étoile. En était-ce une ? Les étoiles avaient toujours été son amie, les seules qui l'acceptaient, celles qui lui donnaient un chemin. Avant, elle avait marché sur les étoiles. Maintenant, elle se faisait avaler. Mais elle n'en pouvait plus, de se laisser faire. La lumière l'appelait. Elle voulait répondre. Elle voulait parler. Elle voulait crier, dire à son geôlier de la libérer, lui hurler de la laisser s'envoler vers les étoiles. Mais elle était enserrée, oppressée, brisée. Les Ombres se rapprochaient. Bientôt, elles engloutiraient ses deux yeux. Et le noir l'entourerait. Vite. Le temps pressait. Il fallait qu'elle atteigne la Lune. Il fallait qu'elle atteigne son amie, là-haut, celle qui l'aiderait.

Elle hurla.

Elle brisa le silence qui était autour d'elle.
Elle brisa ses chaînes d'ombres.
Elle s'envola. Un oiseau. Atteignit la Lune. La prit dans ses bras. Cette lumière l'éblouissait, mais c'était mille fois mieux que l'ombre, le noir, la peur, la solitude, la détresse, le désespoir. Un lapin tout blanc naquit de cette lumière. Sur la Lune, il fit quelques bonds, quelques rebonds. Eclairé par la lumière, il était libre. Libre comme l'air, libre comme la lumière ; tout en lui, de ses poils blancs à ses yeux noirs profonds indiquaient la liberté. Tout se libéra en elle. Les peurs, les angoisses partirent, loin d'elle.

Ellana se réveilla, les poings serrés, les bras autour de Blueble, son petit pingouin en peluche. Pour une fois, son cauchemar était devenu un rêve.

#002a57 - Fiche - Sixième année - ABSENCE
Préfète inRP du 1er mars 2048 à juin 2049 - Les 3 œufs (l'omelette) - Coquelicolivia & Ellanymphéa - Les Κενταυρίων - Hortensia & Bruyère avec Eileen