1 oct. 2023, 17:21
 Inktober   SOLO  Les Fantômes de l'Opéra
Ceci est un recueil pour le défi Inktober 2023





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I — Rêve
II — Araignées
III — Chemin
IV — Esquive
V — Carte
VI — Doré
VII — Goutte
VIII — Crapaud
IX — Rebond
X — Fortune/Chance
XI — Promenade
XII — Epicé
XIII — Hausse
XIV — Château
XV — Poignard
XVI — Ange

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XVII — Démon
XVIII — Selle
XIX — Dodu
XX — Gel/Givre
XXI — Chaînes
XXII — Rugueux
XXIII — Céleste
XXIV — Superficiel
XXV — Dangereux
XXVI — Enlever
XXVII — Bête/Animal
XXVIII — Briller
XXIX — Massif/Immense
XXX — Pressé
XXXI — Feu





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L'ARMOIRE À MÉMOIRES DE L'ONCLE TYPHUS
août 2048

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Sous les toits d'un très ancien bâtiment londonien, Placido Tripplehorn élisait domicile - à reculons. Ce vétuste logement appartenait à un oncle peut-être aussi âgé que son bien mais Tripplehorn ne pouvait pas se plaindre : il s'agissait de sa dernière option avant de se retrouver complètement à la rue - juste avant la rentrée des apprentis sorciers. A vrai dire, il se souvenait comme si c'était hier de la réunion qui avait eu lieu dans le salon de ses parents : il les avait laissés détailler longuement tous les reproches qu'ils portaient sur le cœur depuis qu'ils cohabitaient de nouveau ensemble. Certes le sorcier ne participait pas beaucoup aux tâches du quotidien malgré ses trente-sept ans récemment acquis, mais il estimait qu'en tant que seul fils chéri au sein d'une grande sororité de sorcières, il n'avait pas à se soucier d'autre chose que de son bien-être quand il se trouvait chez ses parents. Il était d'ailleurs étonnant pour lui que ces derniers se préoccupent de tout cela maintenant. Le verdict de leur étrange Conseil était sans appel : ils le confiaient comme un véritable encombrant à l'oncle Typhus qui, par pure coïncidence, avait émis le souhait d'obtenir un peu de compagnie en ce mois d'août. Tripplehorn estimait tout simplement avoir été victime d'une terrible injustice qui le mettait dehors sans aucune sommation, éloigné de tout son petit confort. En posant ses deux valises sur le plancher du grenier, des nuages de poussières s'élevèrent.

« Urgh mais... J'ai la gorge fragile, moi... se plaignit déjà le sorcier en couvrant la moitié de son visage d'une main. Il tourna sur lui-même, comme soudain concerné par autre chose. Mon oncle... Ce... Ce matelas au sol... »

Il comprenait que ce grenier constituait sa chambre personnelle et que ce matelas - qui devait assurément fréquenter les rats - lui était destiné.

« Il ne faut surtout pas hésiter à animer les balais nettoyants et à lancer quelques sorts par-ci par-là... Fais comme chez toi mon petit ! »

A l'entente de cette confirmation, ses yeux humides se refermèrent avec difficulté : voilà qu'il menait de nouveau le train de vie des artistes inconnus. Tandis que l'Oncle Typhus traînait ses pantoufles jusqu'à ce semblant de lit pour y déposer, triomphal, un coussin sûrement infesté de punaises, le Maestro Piccolo brandissait une baguette magique comme s'il s'apprêtait à demander à son chœur d'interpréter l'In Noctem en guise de requiem. En réalité, il invitait seulement deux balais à se dandiner sur le sol. Ouvrant par la suite le velux dans un grincement très particulier, Tripplehorn eut la sensation de laisser entrer pour la première fois depuis longtemps un rayon de lumière dans le grenier. S'il regrettait silencieusement de ne pas pouvoir demander à son vieil oncle de lui céder son lit - qui possédait un aspect bien plus normal même pour un sorcier exigeant -, il semblait plus particulièrement vouloir lui faire payer cet accueil en époussetant toutes sortes de choses sur son passage. L'oncle Typhus ne tarda pas à laisser son neveu en tête à tête avec ce violent ménage pour aller trouver une meilleure compagnie auprès des oiseaux inséparables à l'étage du dessous : après tout, c'était peut-être le défouloir qu'il fallait à cet enfant qui venait d'être prié de quitter la maison de ses parents. Dans la famille élargie, on considérait que Placido n'avait que rarement été contrarié dans son éducation et qu'il était donc obligatoire que les Tripplehorn en payent aujourd'hui les chaudrons cassés. Ce n'était finalement qu'une étape passagère et nécessaire pour qu'il grandisse enfin sur ce pan-là de sa personne. Alors que le sorcier émacié s'attaquait à un tapis en le secouant devant lui, il perdit l'équilibre entraîné par son poids, reculant contre une paroi solide. Comme trop plongé dans la nervosité, le Maestro poussa un juron sonore à l'impact, ce qui ne lui ressemblait pas du tout...

« Meuble à trois noises ! » lança-t-il en pointant du doigt la vieille armoire divisée en petits casiers.

Il sembla se repentir immédiatement en la distinguant dans la chaude et nouvelle luminosité. Ce n'était pas un meuble à trois noises. Dans la famille, on la surnommait l'Armoire à mémoires. Chacun de ses petits casiers conservait des flacons argentés confiés par les Tripplehorn au cours de leur existence. L'appartement du vieil Oncle Typhus les avait toujours abrités puisque la maison coincée au centre de Londres côtoyait un voisinage bien trop moldu contrairement à son logement proche du Chemin de Traverse. Le Maestro quitta un instant la perpétuelle expression contrariée de son visage pour laisser exprimer une sorte de sourire assez mélancolique, s'approchant avec prudence, tentant le premier tiroir à sa portée... Le coulissement grinça comme tout ce qu'il avait actionné aujourd'hui dans ce logement. A l'intérieur, les flacons restaient plus ou moins bien soigneusement étiquetés d'un ou plusieurs noms, d'une date et d'un intitulé sommaire. Irma et Cornelia Tripplehorn, été 2020, Bataille de manches à balais dans la cuisine, pouvait-on lire sur l'étiquette entre les mains du sorcier. Il se remémorait bien trop clairement cette scène pour vouloir la revivre d'une façon ou d'une autre. Le coup perdu initié par l'une de ses sœurs lui avait laissé un souvenir cuisant au sommet du crâne. A vrai dire, l'intitulé de ce souvenir était trompeur : il aurait dû stipuler également tous les autres outils qu'elles avaient usé pour batailler, des torchons aux marmites.

Sa main squelettique repoussa ce tiroir qui appartenait à l'une des six sœurcières pour partir, d'une façon peu étonnamment très égoïste, à la recherche du sien. Son casier devait être bien fourni depuis le temps qu'il confiait ses flacons de souvenirs à l'Oncle Typhus. Alors qu'il explorait, il put constater que certains ne lui cédaient pas, comme protégés par la magie. Puis, enfin, Tripplehorn tomba - non loin du premier tiroir ouvert - sur un casier qu'il fallait apparemment forcer pour en découvrir son contenu. Ce n'était pas à cause de la magie mais du fait qu'il était trop rempli. Se montrant un peu impatient à sa découverte, il secoua l'armoire entière pour débloquer ses propres souvenirs, comme si l'Armoire à mémoires voulait le garder loin d'eux. Le tiroir céda finalement d'un seul coup, le faisant presque partir complètement en arrière. Son visage à l'air un peu menaçant se pencha au-dessus : toute sa vie ou presque logeait dans ce casier. Les flacons argentés se reflétaient dans ses yeux clairs et semblaient déjà partis à la recherche d'événements qui pouvaient l'intéresser. Il en leva un, puis deux. Placido Tripplehorn, été 2022, Achats et chute sur le Chemin de Traverse... Le flacon retrouva sa place. Placido Tripplehorn, hiver 2023, Réinterprétation de l'audition devant la famille, lut-il avec un grand sourire cette fois-ci. Il s'agissait de l'année où il avait intégré le Chœur des Grenouilles. C'était avec une grande fierté qu'il avait réinterprété auprès de sa famille la façon dont son audition s'était déroulée devant le chef de chœur. La plupart de ces souvenirs anciens provenaient sûrement de ses parents... Même s'il restait toujours un peu fâché contre eux en raison des récents événements qui l'avaient mené ici, il plaça tout de même le flacon au sommet de l'armoire. Il tiqua subitement, arrêté dans ce geste : ces flacons ne servaient à rien sans leur réceptacle enchanté. Où pouvait bien se cacher leur pensine ? Dans sa mémoire, elle lui avait toujours laissé grande impression, mais cela faisait bien longtemps qu'il ne l'avait pas revue : ses rêves étaient déjà bien trop nourris de sa réalité présente, il s'était tenu éloigné du passé. Cela dit, les journées se trouveraient bien longues, ici, et une telle occupation ne serait pas de trop. Peut-être même qu'il pourrait rappeler à ses parents quelques anecdotes larmoyantes pour les décider à l'accueillir de nouveau - au moins le temps de ses recherches de logement. S'il sélectionnait soigneusement les flacons, il ne devrait pas débloquer de choses trop désagréables...

Le sorcier observa sporadiquement autour de lui, s'aventurant à pas de chat dans un bric-à-brac sans nom. Il abandonna finalement bien vite, croyant avoir vu un rongeur passer par-là. Il opta donc pour une méthode plus efficace. Sa tête passa au travers de l'ouverture où descendait un escalier vertical, ses mains accrochées aux rebords, presque allongé au sol :

« Où est passée la pensine ? » s'enquit-il auprès du gardien de ces lieux, les yeux pétillants.

Installé dans un fauteuil moelleux à côté de la cage des perruches, l'Oncle Typhus aux cheveux blancs toujours pétardés sur deux côtés de son crâne sembla arrêté dans son élan, comme s'il réfléchissait. Prenant le temps de siroter son thé avant de répondre, les hublots de ses lunettes s'embuèrent avec la vapeur :

« La pensine... répéta-t-il en écho. Elle est sous un drap, derrière le portrait de ta Tantine. »

Placido sembla inscrire l'indication mentalement avant de disparaitre de nouveau dans le grenier.

« Placido ? » rappela le vieux sorcier .

Sa tête réapparut dans l'encablure. Son oncle épongeait ses deux verres épais pour pouvoir voir de nouveau. Ses yeux ne clignaient plus et lui donnait un aspect de vieille chouette. Finalement, tout ce suspens sembla ne mener nulle part, il le balayait d'un geste de la main :

« Non, rien... amuse-toi bien mon petit. »


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Maestro Piccolo inRP (Fut chef de chœur à Poudlard de janvier 2048 à juin 2050)
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1 oct. 2023, 23:13
 Inktober   SOLO  Les Fantômes de l'Opéra
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AFFRONTER SON ARAIGNÉE

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Riche de ces informations plus ou moins utiles, le sorcier se releva de toute sa hauteur, époussetant une nouvelle fois robe et cape et observant déjà les alentours. Il avait donc eu du flair la première fois - ou alors l'avait-elle appelé en quelque sorte : la pensine se dissimulait bien derrière le tas de portraits, là où il avait cru voir passer très subrepticement une petite bête. S'approchant de nouveau à pas de chat, les yeux rivés sur son objectif, Tripplehorn n'avait visiblement aucune envie de retomber sur cette vision périphérique. Devait-il sortir sa baguette magique ?

« Hiiiiiii, cria-t-il soudain, s'écartant de plusieurs mètres à reculons.
— Tout va bien là-haut ? » entendit-il de loin, comme isolé dans son malheur.

Il venait tout simplement de voir la chose passer une nouvelle fois. A vrai dire, elle s'était écartée de lui à son approche, un peu à son image : c'était une sorte de valse des craintifs.

« Placido ? Est-ce qu'il faut que je monte..? » s'inquiétait l'Oncle Typhus.

Immobile, les yeux grands ouverts et les mains recroquevillées sur son visage, le Maestro ne voulait pas quitter des yeux l'endroit où il avait aperçu la bête. Il sursauta une nouvelle fois en entendant le craquement des marches, essayant rapidement de reprendre contenance pour sauver les apparences devant l'Oncle Typhus dont la tête échevelée dépassa de l'ouverture.

« ...Qu'est-ce qu'il se passe... C'était quoi ce bruit ? »

Placido Tripplehorn plaça ses mains derrière son dos droit et expliqua avec ses manières habituelles :

« Alors... Eh bien... Je cherchais tout simplement la pensine, précisément là où tu m'as dit de chercher... Mais j'ai eu peur de... De casser quelque chose. »

Le regard douteux, peu crédule, l'Oncle Typhus hocha la tête en souriant.

« C'est bon, j'ai compris. Je vais te trouver cette pensine... »

Alors que Tripplehorn se décalait pour inviter son oncle à rejoindre la maudite zone, ils entendirent une voix féminine s'élever de cet endroit :

« Ah ah ah, le menteur... Placido, toujours... Ah ah ah... toujours un petit menteur ! » affirmait-elle dans un rire cristallin.

L'accusé joua la surprise devant le vieux sorcier qui ne tarda pas à extirper un tableau, le déposant à côté du tas et découvrant ainsi le portrait vivant de la Tantine. C'était une dame au cheveux grisonnant soigneusement coiffés en chignon, au grand col en napperon et aux petites lunettes qu'elle relevait d'ailleurs comme pour mieux inspecter l'invité.

« Alors, comme je l'expliquais, continuait-elle comme si de rien n'était, le petit a simplement eu les chocottes devant une toute petite, petite, petite araignée. »

Cette délation n'était pas au goût de Placido Tripplehorn qui se détourna les bras croisés... Puis, subitement, il sembla encore plus apeuré qu'à l'instant d'avant, comme s'il venait de réaliser quelque chose de très alarmant :

« Comment ça, "une araignée" ?! C'était au moins un rongeur de cette taille ! » décrit-il en écartant ses mains devant lui.

L'Oncle Typhus échangeait un regard complice avec le portrait de sa femme, alors leur neveu n'insista pas et essaya de changer de sujet sur-le-champ. Sa voix avait soudain pris un peu de hauteur :

« Que fais-tu ici Tantine, ton portrait devrait être en bas... »

Il essaya de ne pas ajouter "avec les vivants", pour ne pas prendre le risque de vexer les éventuels fantômes du grenier. Tandis qu'il écoutait l'explication de la Tantine, Tripplehorn ne quittait plus son air très fier, comme s'il sentait qu'on lui faisait des remontrances :

« Mon tableau est en bas. Figure-toi que tu ne m'as même pas remarqué en arrivant alors je me suis faufilée dans mon deuxième portrait... J'avais seulement oublié que Typhus avait tout déplacé pour ta venue et... Je me suis retrouvée rangée derrière la lavande de Shoreham ! »

La Tantine croisa les bras, visiblement vexée. Neveu et tante se ressemblaient étrangement dans cette posture. L'Oncle Typhus, positionné entre eux, essaya de ramener un peu de bon sens à cet échange :

« Ma chérie, il va falloir que je déplace de nouveau tous ces tableaux pour avoir accès à la pensine.
— Fais donc, je serai en bas si jamais un mignon petit ingrat de neveu veut bien daigner m'honorer d'un simple "bonjour". »


L'ingrat neveu lui jeta un regard de côté, incertain, mais constata qu'elle lui souriait en se déplaçant. L'Oncle Typhus s'affairait déjà pour rendre l'accès possible dans ce coin.

« C'est simplement pour l'essayer, je te... je vous rejoindrai pour pendre le thé juste après ça », se sentit obligé d'affirmer Placido. Il s'emparait du flacon qu'il avait laissé sur l'Armoire à mémoires.

Le vieux sorcier lui lança un regard amusé, avant de se figer dans une sorte de contemplation lointaine.

« Dans ce cas, ne va rien déterrer de trop... Tu sais... sensible. C'est ce que je voulais te dire, avant que tu ne partes à la recherche de la pensine. »

Tripplehorn décroisa ses bras, un peu pris au dépourvu. Il s'était en quelque sorte déjà fait cette promesse à lui-même lorsque l'idée lui était venue, mais c'était autre chose de devoir la faire à quelqu'un d'autre. Le sorcier savait à quoi son oncle faisait référence, ce n'était pas très difficile de le deviner. Il le coupa avant même qu'il n'ait pu tenter de le rassurer sur ce point :

« Tu penses probablement qu'en sélectionnant soigneusement tes petits souvenirs, tu ne t'exposeras pas à de grands risques... Mais moi je pense que pour naviguer dans n'importe quelle de ces eaux... Il faut... Ah, tu sais bien... Tu vois bien ce que je veux dire. »

Il était évident que l'Oncle Typhus l'accusait d'être encore trop fragile pour utiliser cette pensine. Non seulement celui-ci affrontait présentement les habitantes à huit pattes du grenier à sa place, mais il n'avait cessé de le considérer comme le petit garçon silencieux et précieux qui refusait toujours de marcher dans l'herbe. Surtout, l'Oncle Typhus faisait partie de ceux qui avaient dû le ramasser à la petite cuillère il y a quelques années lorsque sa carrière d'artiste lyrique était partie en fumée. Un peu plus incertain, Tripplehorn manipulait le flacon entre ses mains quand le bruit caractéristique d'une lourde chose traînée sur le plancher lui fit relever la tête.

« La voilà, notre belle pensine », introduit inutilement son oncle en soulevant le drap qui la recouvrait.

Placido secoua sa main pour éventer la poussière. Il s'approcha de cette pensine en pierre qui ressemblait à un bain à oiseaux. Romeo et Juliet l'auraient tout de suite adopté si elle avait été remplie d'eau. Elle était toutefois plus petite que ce qu'il avait imaginé, lui arrivant au niveau du bassin. Il n'avait été probablement qu'un enfant lorsqu'il l'avait aperçue pour la dernière fois. Le son craquant des marches le tira de sa contemplation : l'Oncle Typhus le laissait en tête à tête avec cette prise de décision assez inattendue. Cette vasque semblait l'attendre et son liquide paraissait vouloir le tenter, comme désireux de le détourner un instant de ce grenier bien trop poussiéreux.

« Prendre le thé avec un vieil ami, c'est aussi un bon moyen de se souvenir... » entendit-il au loin depuis les marches.


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Maestro Piccolo inRP (Fut chef de chœur à Poudlard de janvier 2048 à juin 2050)
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2 oct. 2023, 21:32
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PRENDRE LE THÉ AVEC UN VIEIL AMI

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Une discussion animée avait cours dans le petit salon, on en entendait la rumeur jusqu'au grenier abandonné. Finalement, la pensine se cachait de nouveau sous son drap blanc, repoussée dans son coin derrière les portraits. Tripplehorn avait donc fait le choix de la prudence - préconisée par l'Oncle Typhus. Les deux sorciers s'étaient installés dans les fauteuils moelleux positionnés de part et d'autre de l'âtre éteint. La voix féminine, celle de la Tantine Charmille, sortait tout droit du tableau accroché au-dessus de cette cheminée. Placido sirotait le thé qu'il avait fait lui-même préparé dans le petit coin cuisine. S'il avait confiance en ses hôtes, il répondait davantage à une pulsion incontrôlable qui le poussait à ne pas avaler des choses dont il n'aurait pas vu la préparation. Son oncle était occupé à lire un exemplaire de la Gazette du Sorcier qui n'était plus du tout d'actualité si l'on en croyait la Une. Il s'agissait d'une drôle de lecture mais le sorcier avait d'autres chats à fouetter pour le moment : il lui fallait s'excuser de n'avoir pas fait attention à sa Tantine lors de son arrivée dans le petit appartement. Ce n'était pas vraiment de sa faute à vrai dire puisqu'il avait directement demandé où est-ce qu'il pouvait déposer ses valises. Pour faire son mea culpa, Tripplehorn avait sa propre manière de procéder qui consistait à se trouver des excuses et surtout à se faire plaindre.

« Je suis un peu distrait ces derniers temps... Figure-toi, ma chère Tantine, que Papa et Maman m'ont expulsé de la maison. »

Dit comme cela, sans préambule, l'événement paraissait des plus violents. On pouvait facilement imaginer des valises, des habits et toutes sortes d'affaires personnelles être balancées sans ménagement par les fenêtres de la haute et étroite maison familiale des Tripplehorn. Ce qui était le plus étrange, c'était qu'il était connu que Placido était le fils préféré de ses parents. Qu'est-ce qui les aurait poussé à se débarrasser de lui ainsi ? Le portrait de la Tantine parut outré :

« Ils n'ont quand même pas osé faire ça ?! Mon pauvre petit... » s'exclamait-elle, mains sur la bouche.

Placido acquiesçait avec le regard triste d'un sorcier qui savait y faire. Il fallait au moins l'intervention de l'Oncle Typhus pour stopper cette désinformation.

« Je crois que tes parents ne te demandaient rien de plus que faire la vaisselle de temps en temps... rappela-t-il avec un sourire malicieux. Il s'adressa au portrait de son épouse pour lui expliquer les choses : Notre neveu n'est pas seulement en visite de courtoisie, il vient passer le reste de la pause estivale avec nous.
— Ah, je comprends mieux... » s'amusa la Tantine.

Elle ne devait pas être étrangère aux tentatives de réécriture des faits, avec lui. Décidemment, tout le monde semblait contre lui, songeait le sorcier.

« C'est une très bonne chose. Ton oncle se plaignait de ne plus recevoir tes visites... Ce n'était pas agréable d'apprendre ta nouvelle occupation à travers les billets de ma sœur. »

Placido releva la tête de sa tasse, quittant son air pathétique pour une expression étonnée. Effectivement, il ne leur avait encore rien dit à ce sujet de vive voix. C'était très agréable d'être digne d'intérêt. Il fallait dire qu'il occupait un prestigieux poste dans l'une des plus prestigieuses écoles de magie.

« Vous savez, je ne pouvais pas me libérer... Le Chœur des Grenouilles est isolé au fin fond de l'Ecosse. »

Il paraissait réellement désolé, mais aussi très fier de pouvoir en parler. Ce n'était pas anodin de s'occuper de ces petits sorciers : ils seraient les principaux acteurs de la société magique de demain. Pour montrer à quel point il sentait le prestige, Placido s'autorisa à dévoiler un peu de son quotidien :

« En plus de côtoyer des sorciers époustouflants et des petits choristes très talentueux, j'ai l'honneur de travailler avec de magnifiques crapauds harmoniques... »

Le portrait de la Tantine l'écoutait avec attention. Son sourire bienveillant semblait comprendre qu'il s'agissait d'un sujet agréable pour lui. Il en avait fait du chemin... Et il allait sûrement devoir encore en faire pour se réconcilier avec ses parents. En réajustant ses petites lunettes sur son nez, elle observait les oiseaux dans leur cage, derrière les fauteuils, qui accompagnaient le reste des bagages du Maestro Piccolo.

« Oh regardez-les comme ils sont jolis ces oiseaux, leurs couleurs sont resplendissantes ! s'exclama-t-elle à l'égard des inséparables. Quelle petite cage, par contre... » lança-t-elle toutefois en reproche.

Peut-être que, quelque part, elle se souvenait d'eux ? Depuis qu'il les avait reçus à l'Opéra, il y a une quinzaine d'années - de la part d'une admiratrice secrète - Placido n'avait jamais cessé de les présenter fièrement à tout-va. Tout le monde dans sa famille connaissait Romeo et Juliet. Au moins devait-elle se sentir proche d'eux... Quand elle était vivante, la Tantine Charmille s'amusait souvent avec les oiseaux. Son regard se risqua à se poser sur son Oncle Typhus. Il devait être très fort pour supporter le souvenir constant de l'absence de son épouse, fixé au-dessus de la cheminée. Peut-être voyait-il les choses différemment, cela dit. Etait-ce pour cela qu'il semblait si réticent à le voir utiliser cette pensine ? Les discussions continuaient d'aller bon train, pansant quelque peu la blessure vive de l'abandon, sans vraiment que Placido ne s'en rende compte. Selon lui, il n'avait pas totalement menti en parlant d'expulsion. Du moins, c'était ainsi qu'il avait ressenti les choses. Même si ce vieil appartement ne lui paraissait pas du tout accueillant pour ses standards - très élevés -, il avait quelque chose de réconfortant, comme un retour à l'enfance bien plus insouciante que ses tracas actuels. Ses yeux balayèrent l'endroit aussi surchargé qu'une brocante. La mémoire possédait de nombreuses apparences. Une discussion avec de vieux amis, des objets anciens que l'on s'était procurés à des occasions précises... Un portrait d'un être aimé... Des odeurs, des saveurs, les couleurs de jolis oiseaux... Ou bien encore une pensine cachée au fond d'un grenier.


Récit posté initialement le 3 octobre et réécrit à la suite d'une mauvaise manipulation qui l'a supprimé.


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3 oct. 2023, 22:21
 Inktober   SOLO  Les Fantômes de l'Opéra
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TU PENSAIS M'ÉVITER ?

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La dernière lueur du bâtiment, située dans la chambre de l'Oncle Typhus, s'éteignit. Une silhouette s'extirpait à pas de chat de la pièce pour la refermer de sa main squelettique à sa suite. Placido Tripplehorn avait visiblement intégré les critiques qu'on lui avait faites avant qu'il ne soit chassé de la maison familiale : il s'était montré serviable auprès de son oncle en s'assurant qu'il n'avait besoin de rien pour la nuit. Il fallait dire qu'après sa découverte de la baignoire dans la salle d'eau, le sorcier s'était quelque peu apaisé face à l'idée de passer tout un mois dans le grenier vétuste de cet appartement : il pourrait survivre. A présent plongé dans le noir, il cherchait à accéder à l'échelle sans se cogner quelque part. Bim, la commode, boum la table basse. Etant donné la grande quantité de tapis, de vases, de plantes et de meubles en bois solide dans cet appartement, une esquive réussie du sorcier ne semblait pas à l'ordre du jour. Alors qu'il buttait contre l'horloge pendule, une voix lui conseilla dans un murmure :

« Psst... Allume donc ta baguette magique, ne fais pas de manières. »

Un halo de lumière apparut l'instant d'après sous le visage contrarié de Tripplehorn.

« Merci chère Tantine, repose-toi bien.
— Je veille sur les jolies perruches, bonne nuit mon petit Piccolo », lui adressa-t-elle alors qu'il passait devant elle, la vue retrouvée.

Les pensionnaires de la cage, dorénavant agrandie par un charme d'Agrandissement, continuaient de se montrer bruyants malgré l'heure tardive. C'était probablement l'excitation d'avoir changé d'environnement, comme lorsqu'ils s'étaient d'un seul coup retrouvés tous les trois à vivre dans la petite cabine du château de Poudlard. Heureusement, Romeo et Juliet dormaient la nuit, ils allaient donc rapidement se calmer. Placido s'approcha d'eux et posa un doigt sur sa bouche. Etant donné qu'ils étaient écoutés par des oreilles très indiscrètes, le sorcier ne se sentit pas assez à l'aise de réaliser leur petit rituel qui consistait surtout à leur répéter qu'il les aimait très fort.

« Mes beaux Soleils... On se revoit dès les premières lueurs du jour », se contenta-t-il de leur promettre.

En faisant bien attention de ne pas marcher sur un pan de sa longue robe de chambre en satin, le sorcier grimpa, la mort dans l'âme, dans sa nouvelle chambre. Il prêta une attention particulière à l'atmosphère sonore du lieu avant de complètement s'insérer dans l'ouverture, comme persuadé d'avoir entendu des couinements qui n'étaient pas siens.

Résigné dans ce silence complet, il parcourut le chemin qui le séparait encore jusqu'au matelas, pointant par instant sa baguette à sa droite et à sa gauche de façon soudaine comme s'il voulait surprendre la fameuse araignée - qu'il n'arrivait toujours pas à visualiser ainsi tant elle lui avait paru aussi grosse qu'un rat. Il faisait assez chaud sous les toits pour qu'il n'ait pas utilité de draps, pourtant le sorcier avait insisté au cas où quelque chose grimperait sur lui. Avec tout le dégoût qu'il pouvait exprimer en cet instant, il s'allongea, se cramponnant au tissu, les yeux rivés sur la charpente au-dessus de lui. Sa tête affublée d'un filet de nuit en soie se posa sur l'oreiller qu'il accusait d'être infesté de punaises : il l'avait pourtant passé sous tous les sorts de nettoyage. Une question existentielle le taraudait à présent. Préférait-il dormir dans le noir complet pour ne pas percevoir des choses qu'il ne voulait pas voir ou préférait-il une lumière de chevet pour pouvoir identifier et espérer combattre les potentiels assaillants ? Alors qu'il s'évertuait à résoudre ce dilemme, une lueur semblait se former à ses yeux à peine plongés dans le noir.

Ce n'était pas sa baguette magique, il venait de l'éteindre. Ce n'était pas non plus l'une des lanternes, il n'en avait pas allumé. Ses yeux se plissèrent, essayant de bien focaliser sa vue sur cette vision qui n'était pas assez intense pour pouvoir trancher sur la forme qu'elle prenait. Un Patronus, alors ? Si ce dernier restait ainsi immobile, c'était sûrement qu'il était bien réalisé... Alors pourquoi manquait-il autant d'intensité ? Et surtout pourquoi restait-il là à l'observer dormir ? Le drap était tiré jusqu'à ses yeux grands ouverts, trahissant la terreur qu'il ressentait à ne pas arriver à identifier ce qu'il observait, quand il parut subitement se détendre, un peu fâché contre lui-même... La pensine !

Son contenu argenté continuait tout simplement de briller légèrement à travers le tissu qui la recouvrait. Il s'agissait d'une drôle de veilleuse, tant la luminosité qu'elle dégageait était faible. Au moins, elle ne le dérangerait pas tant que cela dans son processus d'endormissement, songeait-il en fermant les yeux. Tripplehorn rouvrit un œil, comme s'il s'assurait qu'elle était toujours là, puis tourna sur lui-même, persuadé de pouvoir couper court à ses pensées et tomber enfin dans un sommeil paisible... Le sorcier se dégagea soudain de ses draps, l'air agacé, et traversa le plancher craquant jusqu'au bric-à-brac - pieds nus, comme si la présence éventuelles de bestioles n'était plus réellement son fardeau à ce moment-là. Il plaça quelques grands tableaux devant la pensine déjà recouverte d'un drap pour cacher davantage sa vision.

« Là... Voilà, il n'y a plus rien », se persuada-t-il tout haut, satisfait, avant de retourner dans son lit sans sommier.

Le problème, c'était qu'il savait très bien où elle se trouvait. D'autant plus que, s'il se concentrait encore un peu, il pouvait même toujours percevoir un endroit plus éclairé que le reste du grenier. "Tu penses à moi ?" paraissait-elle lui susurrer. Cette fixation n'était pas normale, son Oncle Typhus avait raison. Réellement fâché contre lui-même, Tripplehorn poussa un soupir sonore qui fit fuir les souris dans leurs trous. Quand il s'agissait d'une soudaine envie de sucrerie, ce n'était pas préoccupant, mais lorsqu'il s'agissait de revivre des souvenirs... Ce n'était pas pour rien qu'elles se trouvaient si rares dans la société magique et que les sorciers s'en tenaient de toute façon habituellement à l'écart : il n'y avait rien de plus intime que des flacons remplis de pensées passées. La baguette magique du sorcier s'alluma : il n'y avait pas mille façons de se débarrasser d'une obsession, l'une d'entre elle consistant à la contenter, pleinement et simplement. "Un souvenir... Un seul... Juste pour tester..." se rassurait Placido.


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5 oct. 2023, 23:12
 Inktober   SOLO  Les Fantômes de l'Opéra
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LE JOYAU DU CRABE DE FEU

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Placido Tripplehorn, les yeux à moitié endormis, ouvrait à tâtons son casier de l'Armoire à mémoires. Cherchons un souvenir innocent, se donnait-il comme consigne. La plupart des étiquettes que la pointe de sa baguette magique éclairait ne lui évoquait pas grand chose. Il fallait dire que la chaleur estivale accumulée dans le grenier le pressait de ne pas rester debout et statique trop longtemps, bien que l'adrénaline de cette activité peu commune le maintenait encore éveillé. Un souvenir d'enfance ne peut être qu'innocent... songeait le sorcier. Il piocha à la faveur du hasard parmi les flacons situés au fond de son casier, supposément les plus anciens. Placido Tripplehorn, été 2023, Le joyau du Crabe de Feu, lut-il en fronçant les sourcils. S'il voyait à peu près à quel événement ce référait cet intitulé intriguant, il ne voyait pas pour quelle raison seul son nom y était associé. Dubitatif mais curieux, le sorcier garda le flacon contre lui et referma son tiroir.

La pensine semblait toujours l'attendre impatiemment - et davantage encore lorsqu'elle fut délestée du drap qui la recouvrait. Son contenu argenté et nuageux se mouvait d'une façon presque imperceptible à son œil pourtant attentif. Quelque part, en l'observant d'aussi près, Tripplehorn avait l'impression d'avoir quitté la solitude de ce grenier fort peu accueillant, comme si cette pensine avait quelque chose de très vivant... Elle avait toujours été là, après tout, il s'agissait presque d'une vieille connaissance dont on avait pris des nouvelles de loin et que l'on avait retrouvé un peu par hasard. Le sorcier s'accroupit devant elle, délaissant sa baguette magique à ses côtés : il n'avait plus besoin de lumière, là où son esprit comptait s'évader. Débouchonnant le flacon - avec la difficulté d'un sorcier qui n'avait pas beaucoup de force dans les bras mais assez de volonté pour réussir -, il le retourna dans la vasque qui lui avait semblé s'agiter immédiatement. Le filet de souvenir qui s'y était échappé s'était dilué au simple contact de la pensine. Le sorcier arrangea sa frange dans son filet à cheveux comme pour se donner le temps de rassembler assez de courage, puis approcha encore un peu son visage du bassin. Comme dans un faux départ, il ne fit que renifler un peu cette brume étrange, incomparable à toutes les vapeurs qu'il avait connu jusqu'à maintenant. Elle n'avait pas d'odeur si ce n'étaient celles de la légèreté et de l'échappatoire. Se détournant de ce regard presque réprimandant que l'Oncle Typhus lui avait asséné cet après-midi, imprimé dans son cerveau, Tripplehorn ferma les yeux et plongea lentement son visage dans la substance argentée.

L'appréhension grandissante au fil des secondes, il observa un décor combler l'obscurité pour l'emprisonner comme une poupée de chiffon. La pièce lui apparaissait lumineuse mais l'atmosphère n'était pas à la détente : un garçon semblait se protéger derrière le canapé, laissant seulement ses deux yeux dépasser. Placido se plaça à ses côtés pour le dévisager. A cet âge, il avait déjà fait acquisition des caractéristiques physiques qu'il possédait encore aujourd'hui : la maigreur, le teint blafard, les yeux cernés des grands personnages romantiques... Il s'était toujours comparé à un joyau pas encore taillé, qui possédait parfois des fulgurances de génie. L'appréhension que le jeune Placido exprimait dans son regard l'obligea à se concentrer lui-même sur ce qu'il se passait de l'autre côté du canapé. Entre eux et la cheminée, un attroupement de six sorcières retenait toute leur attention. Les sœurcières arrivaient à la conclusion du jeu qu'elles avaient commencé au début de cette journée estivale :

« Qu'est-ce qu'on fait maintenant qu'on a retrouvé le Crabe de Feu de Tatie Charmille ? s'enquit la première, rassembleuse.
— Je suis sûre qu'elle avait fait exprès de le perdre pour nous occuper, affirma la seconde, complotiste.
— Elle pleurait réellement ce matin dans la cuisine, pendant qu'on était en train de dessiner la carte de toutes les pièces de la maison, remarqua la troisième, observatrice.
— Je l'imaginais bien plus gros, ce Crabe, je suis déçue, se plaignit la quatrième, râleuse.
— Il parait que leurs carapaces valent très cher, informa la cinquième, rapporteuse.
— Peut-être, mais j'ai un bracelet qui vaut sûrement bien plus que ça » déclama la dernière, jalouse.

Elles entouraient le Crabe de Feu, l'empêchant sûrement de crapahuter de nouveau dans des endroits insolites de leur maison. C'était la première fois qu'il rendait visite aux Tripplehorn, Tantine Charmille l'avait ramené d'un voyage à l'étranger et l'avait donc perdu aussitôt. Silencieux, le garçon continuait d'observer cette étrange bestiole de loin, ne sachant pas encore qu'ils étaient tous observés par la Tantine. Dans l'encadrement de la porte, elle écoutait tout et voyait tout.

« Arrêtez de le toucher avec vos baguettes, il faut aller chercher la Tantine, ordonna la première, décidément rassembleuse.
— Elle doit sûrement être en train de faire un soin du visage avec Maman pendant qu'on a cherché partout, affirma la seconde, décidément complotiste.
— Il me semble que ma robe vient de prendre feu », remarqua la troisième, décidément observatrice.

Le temps que l'attroupement constate qu'effectivement, le Crabe de Feu venait d'enflammer le pan d'une des robes, Placido s'était déjà précipité sur l'arrosoir enchanté qui se penchait habituellement de temps en temps sur les crocus au bord de la grande fenêtre. Avec une rapidité d'exécution, comme s'il avait vu arriver le drame depuis un moment, il avait aspergé sa sœur de toute l'eau que l'arrosoir avait pu contenir.

« Je ne prends plus feu », remarqua sa sœur, toujours observatrice.

Dans l'agitation et les cris, le Crabe de Feu s'était réfugié auprès de sa sorcière, la Tantine Charmille, qui avait vu son neveu agir avant qu'elle ne puisse elle-même sortir sa baguette magique. Etant donné que la plupart des sorcières de la ronde s'était légèrement retrouvée éclaboussée par l'eau, le jeune Placido était devenu la cible de leurs commentaires désagréables et incessants. L'intru qui assistait à cette scène de l'extérieur perçut un certain regard de sa Tantine, comme posé sur lui bien qu'elle observait sa version adolescente. Mais, avant qu'il ne puisse en profiter pleinement, tout le décor sembla s'évaporer en fumée : Tripplehorn refaisait surface dans l'obscurité du grenier, aussi subitement que la pensine avait aspiré sa conscience.


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Maestro Piccolo inRP (Fut chef de chœur à Poudlard de janvier 2048 à juin 2050)
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6 oct. 2023, 23:29
 Inktober   SOLO  Les Fantômes de l'Opéra
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SOUS LES BARREAUX

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Haletante, la silhouette du sorcier s'écarta immédiatement de la pensine en se traînant sur le plancher. Tripplehorn resta ainsi prostré, à se concentrer pour reprendre son souffle. L'expérience qu'il venait de vivre était aussi perturbante que ce que l'Oncle Typhus avait décrit - et peut-être plus encore. Ses yeux ne quittait plus la lueur - presque rieuse et satisfaite - qui émanait de la pensine. A peine remis, comme s'il souhaitait à présent couper court à toute tentation, Tripplehorn se précipita sur le drap pour recouvrir le bain à oiseaux qui ne payait réellement pas de mine. Il tourna en rond un bon moment dans le vieux grenier, l'âme profondément secouée et toujours en effervescence. Les visages, les expressions, les voix, l'ancienne décoration de la maison familiale... Tout avait semblé si réel. Tout était réel, à vrai dire. Si l'on se fiait à ce que l'on savait de ces pensines, les souvenirs des sorciers demeuraient des condensés de ressentis et de fragments d'instants capturés. Il s'était attendu à vivre quelque chose de la sorte, bien sûr, mais il comprenait davantage la raison pour laquelle il fallait se montrer précautionneux dans le maniement de cette activité.

La tête pleine de cette vision qui mettait en scène ses sœurs autant que lui, il ne se demandait plus pour quelle raison seul son nom était mentionné sur l'étiquette du flacon, comme s'il avait obtenu une réponse quand il avait surpris le dernier regard de sa Tantine. Le flacon ! Le sorcier le récupéra à tâtons, resté en compagnie de sa baguette magique au sol. Ce n'était pas tout de se laisser tenter par la pensine, il fallait à présent lui reprendre ce souvenir - visiblement celui de sa Tantine Charmille - pour le conserver de nouveau. Lorsqu'il souleva le drap, avec beaucoup de prudence et de manières comme si une grosse araignée s'y dissimulait, l'éclat de la substance n'avait pas faibli. C'était comme si elle l'accueillait les bras grands ouverts : "Reviens vers moi quand tu veux." Tripplehorn secoua la tête pour se débarrasser de cette analogie et se concentra pour tirer le souvenir de ce bassin voluptueux. Un filet argenté ne tarda pas à s'accrocher à sa baguette magique avant de retrouver le flacon dans lequel il reposait habituellement.

« Veux-tu bien me laisser tranquille, maintenant ? » susurra le sorcier à l'énigmatique bassin, comme fatigué de sa propre obsession.

Il ne lui paraissait pas si étrange que cela de lui adresser la parole bien qu'il aurait été inquiété par ce comportement dans d'autres circonstances. Après avoir fait disparaitre le flacon dans son casier, il retourna à ce matelas déplaisant pour enfin entamer sa première nuit de sommeil dans cet endroit... plus aussi inintéressant qu'il ne l'avait pensé.

Au matin, le sorcier se préparait à un drôle de petit-déjeuner à devoir choisir de se confier sur son expérience ou non. L'esprit encore embrumé par un sommeil fiévreux, sa première réaction fut d'observer le drap blanc au fond du grenier : il paraissait bien moins subversif en plein jour. Il avait grand besoin d'un bon bain moussant et d'une tasse de thé. Levé aux aurores, son oncle était déjà installé dans son fauteuil, à lire un autre numéro grandement daté de la Gazette du Sorcier à travers ses énormes binocles. Quand Placido apparut dans les escaliers, toujours vêtu de son long peignoir en satin, les réactions fusèrent.

« Tiens, voilà l'animal noctambule ! l'accueillit le portrait de la Tantine.
— Ah Placido... On ne savait pas s'il fallait nourrir tes oiseaux, ils sont très agités », priorisa l'oncle.

Le sorcier réalisa un détour devant la grande cage dorée qui prenait beaucoup de place : la mangeoire ronde en inox - elle aussi dorée - et l'abreuvoir - lui aussi doré - étaient déjà remplis. Malgré tout le luxe dont ils avaient le droit, eux, Romeo et Juliet paraissaient effectivement agités. A vrai dire, il les avait rarement observés aussi énergiques. Peut-être qu'il leur avait manqué ? C'était toujours ça de pris, se disait-il amèrement. Il observa la fenêtre du petit salon : étant donné qu'il faisait une chaleur suffocante ces derniers temps, elle restait constamment ouverte aux dépends des inséparables qui avaient grandement envie de sortir de leur jolie cage pour explorer - toujours de leur façon craintive - cet endroit légèrement familier. A vrai dire, même si la fenêtre s'était trouvée fermée, leur sorcier aurait toujours hésité à les faire sortir dans l'appartement aux allures de brocante : on les aurait perdu de vue trop facilement... Un peu comme le Crabe de Feu de la Tantine.

« Est-ce que tu veux bien prendre un petit-déjeuner avec ton oncle ? » demanda soudain cette dernière.

En se retournant, Placido crut percevoir un échange de regards inquiets entre ses hôtes, juste avant que son oncle rebondisse aussitôt :

« Oh ne te dérange pas, surtout... Ta mère m'a prévenu que tu suivais ton propre programme habituellement. »

A présent, par esprit de contradiction, Tripplehorn se sentit obligé d'honorer ce moment avec lui pour ne pas passer pour le rigide de service - puisque c'était ainsi que sa propre mère le décrivait. Il délaissa les oiseaux - peut-être pour ne pas demeurer le seul à se sentir emprisonné - et sortit une tasse. Attrapant la théière bondissante, visiblement motivée à servir, il la vida sans façon dans l'évier pour refaire son propre thé. Cet évier qui lui paraissait presque ovale et dont les vapeurs d'eau chaude lui rappelaient doucement... La pensine ne voulait décidément pas quitter son esprit et il fallait dire que la présence du portrait de sa Tantine derrière son dos n'arrangeait pas la donne. Elle avait semblé indiquer dans ses paroles qu'elle l'avait entendu s'activer la nuit dernière... Le sorcier voulait éviter de raviver quelque chose dans la tête de son oncle en confessant son activité nocturne et surtout le souvenir qu'il avait rejoué. Son épouse n'était plus là pour parler de ce passé qu'ils avaient partagé ensemble pendant de longues années et Placido n'était pas un sorcier insensible... Armé d'une tasse de thé au jasmin, il s'enfonça dans le deuxième fauteuil.

« Alors, qu'est-ce que tu as vu dans la pensine ? » l'interrogea subitement l'Oncle Typhus sur le ton de la confidence, ses yeux zoomés posés sur lui.

Le sorcier faillit renverser l'eau chaude sur ses genoux à cette interrogation surprise. Son oncle n'était pas un Legilimens mais il n'avait sûrement pas été difficile pour lui d'associer la nuit agitée décrite par le portrait de son épouse à ce que son neveu avait voulu faire durant la journée sans parvenir à se lancer. Puisqu'il était inutile de cacher plus longtemps cette activité nocturne, Tripplehorn ne chercha pas à embobiner son monde dès le matin, cherchant tout de même à minimiser la chose.

« Il fallait bien que je l'essaie, elle m'empêchait de dormir... se sentit-il obligé de justifier. Mais c'est fini, je ne l'utiliserai plus. C'était une expérience bien trop étrange... »

Son ton catégorique sonnait faux, même pour lui-même.

« Etrange... C'est peut-être le mot, en effet », commenta l'Oncle Typhus en faisant mine de revenir à sa lecture.

Placido risqua un regard vers sa Tantine : ses yeux durs ne le quittaient plus.

« Tant que tu ne farfouilles pas dans les souvenirs qui ne portent pas ton nom... »

Vexé par l'accusation, il décida de ne plus répondre en faisant semblant d'être occupé à mâcher l'une de ses tartines beurrées. Même s'il avait voulu s'aventurer dans d'autres eaux que les siennes, les tiroirs de l'Armoire à mémoires ne lui céderaient sûrement pas. Dans le silence parfois entrecoupé des anciennes nouvelles lues par l'Oncle Typhus, le soleil éclairait la cage aux oiseaux, lui donnant cet effet magique qui pouvait illuminer toute une pièce et captiver l'attention de tous ses occupants. Comme aussi agités que le cerveau de leur sorcier, Romeo et Juliet ne cessaient de voleter de tous les côtés.


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Maestro Piccolo inRP (Fut chef de chœur à Poudlard de janvier 2048 à juin 2050)
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7 oct. 2023, 22:17
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INTERLUDE : UN SORCIER PREND SON BAIN

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Allongé dans une baignoire à pieds longtemps rêvée, Placido Tripplehorn espérait arranger son esprit qui avait été mis à rude épreuve ces derniers jours : il faisait trop chaud pour faire quoi que ce soit de productif, il n'avait de toute façon plus envie de continuer sa recherche de logement après avoir visité ceux qu'on lui avait présentés, ses parents ne le supportaient plus et il ne pouvait compter que sur la générosité de l'Oncle Typhus qui commençait déjà lui aussi à montrer des signes d'embarras en sa présence. En plus de cela, le portrait de la Tantine Charmille semblait rejoindre ces hostilités car son regard déçu planait sur lui dès qu'il traversait le petit salon. Elle lui reprochait sûrement d'avoir visité un souvenir qui ne lui appartenait pas la veille ou quelque chose de cet ordre. C'était peut-être ce qui l'achevait complètement, lui qui cherchait à obtenir un moment seul avec elle pour confesser ce qu'il avait ressenti en revivant ce souvenir dans la pensine... Mais l'Oncle Typhus ne quittait pas le salon, scotché à son fauteuil et à ses vieilles éditions de la Gazette du Sorcier. Placido expira longuement, disparaissant encore davantage dans son nuage de mousse. Tranchant le silence qui s'installait, il commença à humer un air pour se distraire avant d'en retrouver les paroles :

« Chanter dans sa baignoire,
Se sentir heureux~
Noyer ses idées noires,
Dans le savon laiteux~
»

Bien qu'il n'utilisait plus sa voix de ténor - qui aurait probablement constitué un nouveau motif d'expulsion - il avait conservé son grain de voix de prince charmant, surtout dans la réverbération d'une salle d'eau. Il contempla un instant ses ongles, l'attitude curieusement un peu trop détachée par rapport à ce qu'il traversait dans sa vie : c'était comme si ses pensées convergeaient encore et toujours vers la même chose... La pensine. Plus de mousse, voilà ce dont il avait grand besoin. Se redressant pour s'étirer jusqu'à l'autre bout de la baignoire, le Maestro attrapa une petite bouteille de lotion au Néroli dont il versa quelques gouttes. Une odeur épicée aux notes sucrées et fleuries embauma immédiatement la pièce.

« S'enrouler dans la mousse,
Croire au lendemain~
Et la vie devient douce,
Comme les bulles du bain~
»

Se réadossant, le sorcier parut se laisser transporter quelque part dans un futur imaginé, quittant un instant les implacables événements passés de la pensine. Il venait soudain de trouver l'appartement idéal, à Pré-au-Lard. Le seul qui était exposé plein sud. Il invitait tous ceux qui avaient douté de lui et ses recherches longtemps restées infructueuses et écoutait leurs compliments avec délectation. Sa protectrice, la Grande Renata, rayonnait de le voir retrouver tout son éclat... Ils interprétaient l'un de leur duo iconique. Tout le monde rêvait d'être proche de lui et venait le voir pour recevoir des conseils... Toc, toc, toc. Tripplehorn se redressa d'un seul coup, tiré de sa rêverie.

« J'ai cru entendre... Tu m'as demandé quelque chose ? » s'enquit l'Oncle Typhus.

Il avait dû entendre sa voix.

« Non... Je chantais. Tout va bien ! essaya de se débarrasser le sorcier tout en levant les yeux au ciel de son air vexé et ingrat.
— Dis, je me demandais... Si tu te dépêches un peu, tu pourrais m'accompagner faire un tour au marché ou sur le Chemin de Traverse, tant qu'il ne fait pas encore trop chaud. »

Tripplehorn tritura ses ongles, semblant réfléchir rapidement à cette proposition. Il n'était pas beaucoup sorti, cet été. Tout ce qu'il avait entrepris se rapportait à sa passion... qui se rapportait à son travail de directeur de chœurs. Et puis, il était censé tenir compagnie à l'Oncle Typhus, condition qui l'empêchait de se retrouver à la rue... Sans compter l'obsession qui le rendait si étrange dernièrement. Imaginer distancer rien qu'un instant le grenier scella sa prise de décision :

« Je me dépêche... »

Il était hautement déplaisant que d'être ainsi tiré de son bain mais la baignoire n'allait pas s'envoler, ce n'était que partie remise.


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Maestro Piccolo inRP (Fut chef de chœur à Poudlard de janvier 2048 à juin 2050)
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8 oct. 2023, 23:37
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LES PREMIERS ET DERNIERS ADMIRATEURS

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Les marchés en plein air des moldus avaient quelque chose de charmant pour Placido Tripplehorn. Ils n'étaient pas aussi ennuyeux que ce que certains confrères sorciers pouvaient affirmer. Celui de Berwick Street par exemple, permettait d'observer les couleurs d'une ribambelle de fruits et de légumes et de s'enivrer de toute une panoplie d'odeurs inconnues. Il y avait aussi de vieux livres aux sujets étranges, des vêtements aux formes qui lui paraissaient souvent fort peu confortables, sans compter les bijoux et accessoires en toc qui le faisaient bien rire à chaque fois. Plus important selon lui, on s'exposait bien moins aux accidents magiques des marchés sorciers dans lesquels il n'était pas réellement possible de prendre son temps pour réfléchir ou flâner sans être intercepté toutes les trois secondes. Les mains jointes derrière le dos, le sorcier prenait son temps en compagnie de son Oncle Typhus accroché à son bras. Grâce aux températures estivales, ils ne portaient rien qui pouvait interpeller quelques personnes sur leur identité.

« Est-ce que tu voulais te procurer quelque chose en particulier ? » demanda Placido en observant les étales des deux côtés de l'allée.

Son vieil oncle sembla réfléchir un moment, inspectant lui aussi les alentours.

« Il nous faudrait des citrons, des carottes, des tomates, des poivrons, du fenouil... commença-t-il soudain à énumérer.
— Tout ça..? » s'inquiéta Placido.

S'il avait bien sa baguette magique sur lui, il ne pouvait pas s'en servir par ici. Bientôt, il se retrouva à porter plusieurs paquets entre ses bras maigres. Placido fut obligé de chercher une parade pour arrêter le sorcier dans ses emplettes :

« J'ignore à quoi correspondent toutes ces sommes moldues, mais il me semble que tu as donné assez de pièces pour aujourd'hui... » s'inquiéta-t-il.

Il essayait à présent de garder le rythme de la marche imposée par son oncle qui semblait profiter de sa présence pour ajouter tous les produits frais qu'il n'arrivait pas à transporter jusqu'à chez lui habituellement. Il fallait dire que son usage de la magie n'était plus ce qu'il était.

« Ne t'inquiète pas, on a bientôt fini... On va pouvoir continuer nos emplettes sur le Chemin de Traverse. »

A cette annonce, Tripplehorn manqua de défaillir en laissant échapper dramatiquement fruits et légumes au sol. Il avait l'impression d'avoir été trompé sur cette promenade en famille - une deuxième fois après l'inénarrable abandon de ses parents. Dès qu'ils posèrent un pied au Chaudron Baveur, les choses s'arrangèrent un peu : il enchanta les sacs pour les rendre aussi légers que le portefeuille de son oncle. Comme d'habitude, l'effervescence de la rue principale - surtout causée par la rentrée prochaine des apprentis sorciers - atteignit de plein fouet le Maestro à la santé fragile qui s'appuya un instant contre la devanture d'un bâtiment. Son oncle s'inquiéta alors :

« On va rentrer, l'achat que je voulais faire peut attendre. »

La curiosité piquée, Placido sembla se remettre un peu de ses émotions :

« Qu'est-ce que tu étais censé chercher ici ?
— Une broutille... En discutant avec ta Tantine, je me suis rappelé de quelque chose, commença-t-il en soutenant à son tour son neveu pour qu'ils repartent dans l'autre sens. On t'envoyait des fleurs quand on ne pouvait pas assister à tes représentations. Le lendemain, tu disparaissais toujours de l'Opéra pour nous remercier en personne, même si tu te faisais tirer les oreilles par ta protectrice... »

Le Maestro ne s'était pas attendu à un tel élan de gentillesse à son égard - il fallait dire qu'il commençait à ne plus s'y habituer depuis quelque temps. Un peu sous le choc de ce souvenir emprunt d'une mélancholie plus agréable que celle dont il avait été confronté avec la pensine, il sembla avoir du mal à réaliser l'attention.

« Alors... Tu voulais m'offrir un bouquet de fleur ? »

C'était un peu fâcheux pour lui de refuser un cadeau - lui qui adorait recevoir de belles choses -, mais à présent qu'ils s'étaient engagés sur le chemin du retour à cause de son état d'épuisement... Le Soleil commençait déjà à refaire des siennes, la matinée à peine envolée.

« Eh bien... Oui. Même si tu n'es pas remonté sur scène, je suis sûr que ta Tantine aurait voulu t'offrir des roses de chez Dogweed & Deathcap. Elle aurait été si fière de savoir que tu diriges le chœur de Poudlard... Je suis très fier... Alors tu l'auras ton bouquet de fleurs, je le ferais parvenir par un hibou postier s'il le faut ! »

Très étonné par ce soudain étalement de vérités affectueuses que l'on ressortait d'habitude quand la personne à complimenter n'était plus là afin de s'épargner une quelconque gêne, Placido serra l'étreinte de sa main sur l'épaule de son oncle. Il n'avait pas entendu ces mots, à vrai dire, c'était la première fois qu'on les prononçait devant lui. Ses parents avaient seulement dit quelque chose comme "Nous sommes très contents pour toi, soit gentil avec les crapauds et tes nouveaux disciples" mais il apparaissait à présent selon lui qu'ils avaient davantage été contents de le voir partir en Ecosse durant une longue période... Quant aux mots durs de la Grande Renata, sa protectrice, ils résonnaient toujours dans sa mémoire. "Le Chœur des Grenouilles..? Mais quel âge as-tu...".

« C'est vrai, je mérite au moins un bouquet de roses. »

Il observait de côté le sorcier, de son allure un peu hautaine, comme s'il avait un instant recouvré toute sa confiance en lui-même. Le regard quelque peu changé et éclairé, il avançait sans se plaindre jusqu'au vieil appartement de l'Oncle Typhus, appréciant un peu plus chaque nouvelle minute passée avec lui. C'était étonnant qu'il ait mentionné ce souvenir de la Tantine Charmille aussi aisément... Peut-être avait-il surestimé son chagrin, peut-être qu'évoquer un souvenir d'une personne chérie qui n'était plus là n'appuyait pas sur la douleur de sa perte, mais la refaisait vivre le temps d'un instant... Placido Tripplehorn se sentait plus aguerri à l'idée de parler du Joyau du Crabe de Feu, à vrai dire, à mesure qu'ils approchaient du petit appartement, il n'avait de nouveau plus que cela en tête.


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Maestro Piccolo inRP (Fut chef de chœur à Poudlard de janvier 2048 à juin 2050)
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9 oct. 2023, 22:44
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LE JOYAU DU CRABE DE FEU II

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Placido Tripplehorn rangeait les fruits et les légumes fraîchement acquis dans le coin réservé de la petite cuisine, faisant grincer les vieux placards en bois. Il se précipita pour finir sa tâche quand il aperçut quelque chose qui ressemblait à s'y méprendre à une queue de souris ou de rat passer sous l'armoire à vaisselle. On ne pouvait être en sécurité nulle part, estimait-il. Prestement, il était retourné dans le salon surchargé d'objets anciens, trouvant au moins la présence réconfortante d'une autre personne... Son Oncle Typhus lisait encore un numéro de la Gazette du sorcier bien dépassé.

« Dis-moi mon oncle... Les actualités d'aujourd'hui ne sont pas assez intéressantes à ton goût..? » se décida à interroger Placido en désignant le papier journal.

Tandis que le vieux sorcier laissait échapper un rire énigmatique, lui se réinstallait dans son fauteuil attitré, croisant les jambes avec la volonté de se confier davantage sur son expérience de la veille. Curieusement, il se sentit heureux de retrouver cette place, comme s'il commençait à s'habituer à une certaine routine. Comme son oncle continuait de lire, il se tourna légèrement vers le portrait de sa tante.

« Pendant notre promenade, on s'est rappelés de cette période où je recevais des bouquets de fleurs dans ma loge... »

Il sourit malicieusement, sourire que la sorcière du tableau rendit en miroir. Son oncle avait levé la tête de sa lecture. Le regard plus mélancolique, Placido continua sur sa lancée :

« C'est inouï, vous avez toujours été présents pour moi d'une façon ou d'une autre... »

Comme pour occuper son esprit en déballant ses petites confessions, il se leva et décida de s'intéresser au reste de ses bagages laissés dans un coin. Ses valises qui contenaient ses précieux vêtements, bijoux et parfums se trouvaient déjà là-haut, dans le grenier. Ici ne trônait que son luth maudit et cet étrange sac de voyage en cuir victorien qui s'ouvrait en grand. Il sépara les anses et observa à l'intérieur, accroupi devant lui... comme s'il s'apprêtait à plonger dans un souvenir. Il cherchait quelque chose du regard ou bien se protégeait-il des regards.

« Je me demandais... Qu'est-ce qu'il est devenu, ce Crabe de Feu que tu avais amené à la maison ? »

C'était une bonne entrée en matière selon son jugement mais quelque chose en lui le rendait inquiet. Comme son oncle lui avait expliqué, ce n'était pas facile de confronter un souvenir à la réalité des faits. Le silence qui s'installait n'étant pas bon signe, le visage du Maestro se crispa comme s'il pensait avoir sombrement fauté.

« Le Prince Pince... Qu'est-ce qu'il est devenu ? se questionna la sorcière dans son cadre.
— On l'a donné après l'accident des fillettes », répondit son époux en rajustant ses binocles sur son nez, avec un regard insistant qui le visait.

Il avait peut-être déjà deviné où il voulait en venir et il ne servait à rien de toute façon de tourner autour du pot, ce n'était pas ainsi qu'il allait connaitre le fin mot de l'histoire, d'autant plus que sa tantine venait de baisser la tête dans une expression fermée, presque timide. En rebond, Placido décida donc d'attaquer dans le vif du sujet :

« Dans mon casier de l'Armoire à mémoires, il y a un souvenir appelé "Le Joyau du Crabe de Feu"... L'étiquette ne mentionne que mon nom, c'est pour ça que je l'ai observé, se défendit-il rapidement. Bien que je suis toujours très heureux quand je ne partage pas la vedette avec mes chères sœurs, je me suis demandé... Enfin... Avec un tel titre, et quand je les ai vues rassemblées autour du Crabe, j'ai pensé que mes sœurs avaient essayé de s'en prendre à sa carapace, ou quelque chose de cet ordre-là... » confia-t-il.

Tripplehorn s'arrêta de farfouiller dans son sac pour se risquer à faire face au tableau. Pouvait-il réellement obtenir une réponse, alors qu'ils parlaient de quelque chose qui aurait dû disparaitre en même temps que la sorcière qui s'en trouvait gardienne ?

« Oh Placido... » sourit la Tantine Charmille, le même sourire et le même regard qu'elle avait eu si brièvement au moment de l'évaporation du souvenir. « C'est moi qui ai étiqueté tous ces flacons... Le Joyau du Crabe de Feu, c'est toi » expliqua-t-elle, portant sa main à sa paupière pour effacer une larme qui n'existait pas.

Ce n'était pas une réponse à laquelle il s'était attendu. Placido s'était relevé, ébahi sous le coup de cette révélation. Son oncle avait dissimulé son visage derrière sa Gazette du Sorcier durant l'évocation du souvenir - visiblement, ils partageaient ce sens de la discrétion lorsque l'émotion les submergeait réellement - mais à présent qu'il lui demandait silencieusement confirmation, ses lunettes dépassèrent de sa cachette.

« Elle t'était entièrement reconnaissante d'avoir empêché l'accident entre tes sœurs et le Prince Pince. Ton père était furieux, il aurait sûrement réduit en bouilli cette bestiole si la robe avait entièrement pris feu... »

Sa tête oscillait légèrement en racontant cet événement, il replia le journal.

« Tu avais peur de ce Crabe de Feu et tes sœurs te menaient la vie dure... Pourtant tu es intervenu sans réfléchir, avant même que ma Charmille ne puisse réagir ! Ma Charmille... Elle cernait les sorciers en profondeur, tu peux en être certain... »

L'Oncle Typhus sembla dévisager le tableau, comme parti à la recherche de son épouse sous les traits de peinture. Placido, lui, restait toujours bouche-bée : il n'avait jamais pris la mesure de cette estime et cette gratitude que sa Tantine avait éprouvées pour lui.

« Ah oui, je ne me suis sûrement pas trompée en étiquetant ce flacon. Ce jour-là, le Prince Pince avait un Joyau qui ne faisait pas partie de sa carapace... mais qu'il l'a protégé tout autant. Quand il m'a quitté dans les mains d'une autre sorcière, j'en ai voulu à tout le monde, et je n'ai jamais pu en reparler ni même te remercier... »

Sans se rendre compte, Tripplehorn s'était approché de son oncle en s'agrippant à son épaule. Les sorciers dissimulaient tellement de choses - lui le premier... Observant à son tour ce portrait, à la recherche de cette femme qui ne lui avait jamais paru aussi proche, les pensées fusaient. Combien de secrets aussi troublants qu'agréables se cachaient dans ces scénettes tirées du passé..? Pouvait-il encore apprendre des déclarations insoupçonnées qui réchauffaient ainsi le cœur et éclairaient ce quotidien si morose ? Le sorcier avait pourtant promis de ne pas toucher aux flacons de souvenirs qui n'étaient pas siens...


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Maestro Piccolo inRP (Fut chef de chœur à Poudlard de janvier 2048 à juin 2050)
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L'IA m'a tuer

10 oct. 2023, 22:34
 Inktober   SOLO  Les Fantômes de l'Opéra
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L'ÉTRANGE AMI DE ROMEO ET JULIET

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Abattus par la chaleur, les locataires du vieil appartement avaient passé le reste de la journée à farnienter. A vrai dire, après avoir déclamé tant de doux mots, les cœurs et les esprits semblaient beaucoup plus légers. Même Placido Tripplehorn, le plus récalcitrant à l'idée d'honorer cette cohabitation, arrivait à imaginer que les journées ne seraient pas si difficiles à vivre jusqu'à son départ pour l'Ecosse - bien qu'il fuyait toujours le grenier. Les volets demeuraient fermés pour ne pas laisser passer les rayons de Soleil enflammés, il devait donc travailler à la lumière de bougies flottantes, installé sous la seule fenêtre du petit salon surchargé. Armé d'une vieille édition des Contes de Beedle le Barde, coincé dans une main, et d'une plume à encre qui s'activait sur une feuille de parchemin, il s'évertuait à prendre des notes au fur et à mesure de sa lecture.

« Alors, le chevalier s’avança dans un bruit d’armure, sous les derniers rayons du soleil couchant, et se baigna dans la fontaine de la Bonne Fortune, stupéfait d’avoir été choisi parmi des centaines d’autres et étourdi par cette incroyable chance », lisait-il doucement, alternant entre les deux supports.

Il ne s'agissait pas de son conte préféré écrit par le sorcier barde, mais il fallait bien avouer que sa morale restait universelle et précieuse - encore davantage ces dernières années. La Fontaine de la Bonne Fortune postulait que le nombre faisait la force. L'arrivée du chevalier moldu, Sir Sanchance, soulignait encore davantage cette collaboration réussie : dans un groupe, chacun pouvait apporter son individualité pour surmonter des épreuves difficiles. A cette pensée, la plume du Maestro glissa de sa main. Il s'était toujours senti si à part, si esseulé face à ses propres épreuves... S'il avait pu se confier davantage à certains moments, les choses auraient été plus faciles. On s'enfermait souvent soi-même dans ses propres problèmes. La lecture presque achevée, il décida de s'accorder une pause, absorbant un peu d'énergie avant de se relever. Son Oncle Typhus faisait une sieste dans la chambre attenante, imité par le portrait de la Tantine Charmille : il n'y avait plus que lui et les moins discrets habitants de l'appartement. A l'aide de leur étrange danse un peu folle, Romeo et Juliet lui signifiaient qu'ils souhaitaient sortir de leur cage.

« Bien, c'est d'accord... Mais pas longtemps », trouva-t-il comme compromis.

Dès qu'ils s'échappèrent de la trappe, les inséparables se logèrent sur la cheminée, comme curieux après avoir entendu plusieurs fois une voix féminine s'élever à cet endroit. La Tantine ouvrit un œil et, le visage radieux, fit mine de se rendormir.

« Et moi qui pensais que vous vouliez me faire des câlins... »

Placido s'échoua dramatiquement dans son fauteuil, attendant la réaction des oiseaux qui se posèrent un à un sur le rebord du fauteuil.

« Bonjour Romeo... Bonjour Juliet, leur adressa-t-il lorsqu'ils sautillèrent l'un après l'autre entre ses mains ouvertes. Je vous aime mes Soleils, confia-t-il plus bas, comme s'il n'assumait pas totalement cet amour, en caressant leur doux plumage. Cet instant privilégié ne dura pas longtemps, il fallait dire qu'ils étaient impatients d'explorer ce nouveau lieu, surtout le plus téméraire des deux. Romeo, reviens ici..! »

La perruche bleue s'était perchée sur la marche de l'escalier en bois qui menait à ce satané grenier toujours poussiéreux. Le sorcier ne voulait pas le brusquer et risquer qu'il ne s'insère complètement dans l'ouverture au-dessus de lui. Il se leva prudemment, Juliet logée dans sa main. Il lui tendit son autre main pour le tenter, ne coupant pas le contact visuel.

« Allez, reviens vers moi. »

Romeo s'envola tout en hauteur, disparaissant dans le grenier. Précipitamment, Placido replaça l'oiselle dans la cage et monta les marches craquantes. Le velux était fermé, mais l'endroit comportait trop d'inconnues pour laisser l'oiseau sans surveillance.

« Tu sais ce que font les rats aux jolis petits oiseaux ? » s'inquiéta-t-il lui-même en montant les marches, observant tous les côtés du grenier lorsqu'il passa la tête dans l'ouverture.

L'oiseau semblait tout à fait ravi de pouvoir tester autant de perchoirs différents. Des piles de grimoires, il passa sur une malle en bois. Il décolla quand le sorcier s'approcha trop près de lui. Une fois arrivé au sommet de l'Armoire à mémoires et ses nombreux casiers, il piailla.

« Ne m'oblige pas à te viser avec ma baguette magique », menaça Tripplehorn qui se rendait compte que cette dernière était restée en bas.

Bien heureusement, l'oiseau se laissa attraper sans émettre de résistance... Une fois blotti entre les mains du sorcier, ce dernier resta un instant à observer les casiers des fioles à souvenirs. L'expérience avait été déroutante mais sa relation à la propriétaire du souvenir - bien qu'elle n'était plus réellement là - s'en était finalement trouvée... grandie. Heureusement, Romeo n'avait pas cherché à faire trempette dans le bain à oiseaux, de toute façon toujours recouvert de son drap. Tripplehorn y avait longuement songé : voulait-il réitérer un jour un plongeon dans le passé ? Peut-être se trouverait-il moins décontenancé, fort de son expérience de l'autre nuit... Il devait forcément il y avoir une certaine accoutumance à cette sensation de se trouver soudain omniscient, submergé par les émotions d'une époque révolue. Ce serait assurément moins désagréable, la deuxième fois, sans compter qu'il avait toujours grand besoin de s'échapper de ce qui ressemblait à une canicule londonienne. Le sorcier se détourna, l'œil pétillant à l'idée de se trouver de nouveau complètement seul avec la pensine le soir venu...

En attendant, l'inséparable Romeo retourna sans sentiment derrière les barreaux de la grande cage dorée et sembla raconter immédiatement tous ses malheurs à sa compagne. On pouvait très facilement leur envier cette complicité. Le regard haut et lointain, Placido retourna sous la fenêtre pour finir son travail. La fontaine de la Bonne Fortune était avant tout une histoire d'amitié créée. Bien que ce thème n'avait jamais été évident à considérer dans ses œuvres préférées ou dans sa vie personnelle, il arrivait un moment où l'on ne pouvait pas s'en détourner. Depuis que la Grande Renata ne pouvait plus régler ses soucis du quotidien ni veiller sur ses besoins, à présent dépossédé d'une protectrice à qui il avait voué toute son affection, la vie sans filet lui paraissait dorénavant plus dangereuse. Ses parents aspiraient à leur tranquillité, son vieil Oncle aspirait à rejoindre son épouse au-delà du voile, ses sœurs aspiraient l'âme des innocents et lui... Lui inspirait et expirait de l'air, ne voulant pas se laisser distraire davantage de son travail.

« Les trois sorcières et le chevalier redescendirent la colline ensemble, bras dessus, bras dessous. »

A deux pas de lui, une sorcière dans son portrait ouvrait une nouvelle fois un œil indiscret. La solitude de son neveu lui avait toujours parue inquiétante. Si seulement il apprenait à ne pas dissimuler les meilleures parties de lui-même...


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