Je t'emmène avec moi PV

Dans sa bouche, le nom Gallois semble si facile à prononcer pour moi qui n'ait pas réussi à baragouiner un seul mot dans cette langue depuis que je suis étudiante dans cette école — et plus largement depuis que je me rends régulièrement au Pays de Galles parce que Narym y vit. Cette langue m'a toujours semblé un peu barbare. Pas suffisamment, pourtant, pour que je ne remarque pas la différence entre le mot qu'il vient de prononcer et celui que j'entends régulièrement à l'Académie : non, nous ne sommes pas dans la forêt de... Peu importe ce qu'il vient de dire. Ce n'est pas la bonne réponse mais je serais incapable de le corriger ; peut-être pourrais-je le lui écrire ? Je fais déjà mine d'attraper ma baguette pour dessiner des lettres de feu devant lui, mais Gabryel n'en a pas grand chose à faire du Gallois. Il préfère amplement se concentrer sur la forêt.

J'ai l'habitude de ses envolées poétiques. Je le laisse parler sans cesser de l'observer tandis qu'il essaie de me montrer à l'aide de ses deux mains à quoi peut bien ressembler cette fleur dont je n'ai jamais entendu parler. L'éclat joyeux dans son regard, le rouge qui recouvre encore légèrement le haut de ses joues, les fines mèches de cheveux qui lui retombent sur le front... Il parle de fleur, de bonnes odeurs, un sourire sur les lèvres et malgré moi je laisse mon imagination faire le reste : je vois des montagnes dont je ne sais absolument rien et les imagine recouvertes de fleurs blanc-crème. J'imagine leur odeur et...

Sa main glisse vicieusement sur ma peau. Merlin, le voilà l'agissement étrange, la raison des pas qui l'ont approché de moi ! Mon coeur réagit vivement, avec colère et brutalité ; mais que peut faire un coeur contre les agissements d'une main ? Tout va trop vite pour que je résiste. Je me laisse emporter au centre de la carrière, loin de ressentir le même danger qui m'envahit lorsque n'importe qui d'autre me touche : je sais que Gabryel ne me veut pas de mal, je m'en veux seulement de ne pas su voir venir ce geste pour l'éviter. Il me lâche presque aussitôt, insensible ou peut-être bien aveugle à l'agacement qui traverse mes traits. Je récupère ma main pour mieux la cacher sous mes aisselles, les bras furieusement croisés sur la poitrine, outrée par l'audace du jeune homme.

Il agit comme un enfant, parlant de magie, de la beauté du lien. Mes yeux parcourent la clairière qui nous entoure et se heurtent aux troncs d'arbre qui la borde. Pour moi cet endroit a toujours été d'une simplicité banale : il y a de l'herbe au sol, des rochers, les arbres sont d'un bois sombre et d'un vert qui se ternit avec l'arrivée de l'automne. Gabryel parle de magie, moi je ne vois que la nature. Alors certes, le silence est agréable, l'odeur des pins également, et peut-être que la lumière qui se fraie un passage au milieu des branches des arbres est-elle jolie à regarder ; les rayons du soleil donnent à la forêt un éclat particulier, mystérieux.

Et au milieu de cette banale nature, un jeune homme tend le doigt et un papillon aux couleurs chatoyantes s'y installe comme s'il n'existait rien de plus naturel dans le monde. J'ai déjà assisté des dizaines de fois à des événements du genre en compagnie du Gryffondor. Des papillons, des oiseaux, parfois même des poissons lorsque nous nous retrouvions en bord de lac... Il a une accointance avec la nature que je ne pourrais jamais comprendre.

Ce spectacle apaise ma colère. Le rythme de mon coeur se calme subtilement, aidé par les questions apparemment innocentes de Gabryel et le fait qu'il soit trop occupé avec son papillon pour approcher son fichu corps du mien. Je fais quelques pas dans la clairière pour m'éloigner de lui, les bras toujours solidement croisés et le regard baissé sur mes pieds pour ne pas trébucher sur une racine.

Rencontrer plein de nouvelles personnes ? Je songe à celles dont j'ai effectivement croisé le chemin à l'Académie. Ma colocataire qui réveille avec une aisance insolente ma colère et qui sait titiller avec talent ma patience ; August Glawbig que je fréquente régulièrement à cause de son hibou mais duquel je ne sais rien ; les autres ne sont que de silhouettes, des noms de famille sans guère de consistance. Je n'ai pas rencontré plus de personne que je ne l'ai fait à Poudlard.

Mon regard, perdu sur le mouvement gracieux des brins d'herbe qui danse en accord avec le vent, se tourne de nouveau vers le profil du garçon dont le regard est perdu dans le lointain. L'ombre de ses long cils se dessinent sur le haut de sa joue. L'utilisation du français m'arrache un vague sourire.

Je ne ne sais pas pourquoi, à l'Académie nous avons été obligés de choisir en début d'année une langue afin de l'étudier. Je n'avais aucune envie de prendre le latin, que je connais déjà pour l'avoir étudié ces dernières années afin de comprendre la création des formules qui modulent la magie. Mon choix s'est assez naturellement tourné vers le français et je remercie enfin cette décision qui me permet aujourd'hui de baragouiner d'une voix lente et insupportablement hésitante :

« Stupide..., répété-je dans un français maladroit. Je connais... Stupide. » Mon sourire s'affirme, mais c'est plus une grimace moqueuse qu'une preuve d'un bonheur quelconque : « Att-attention à ce que tu dire en français, » articulé-je vaillamment dans cette langue que je suis très loin de maîtriser.

Je plisse les yeux, mon regard plus profond que jamais accroché à Gabryel comme si j'étais incapable de l'en détourner. Je le suis effectivement : j'espère qu'à force de l'observer je réussirai à le comprendre davantage, mais je sais déjà que c'est vain. Gabryel agit souvent de façon nébuleuse, pour moi. Il murmure des paroles que je ne comprends pas, a des gestes dont je ne saisis pas le sens, comme lorsqu'il a enroulé ses doigts autour de mon poignet, et parfois il me regarde avec dans les yeux des éclats qui semblent raconter milles choses mais dont je n'entends pourtant pas les murmures. Pourquoi serait-il stupide ?

« Si tu étais idiot, je reprends en anglais d'une voix cassante, tout sourire oublié, ça fait longtemps que j'aurais arrêté de te fréquenter. » Je prends une pause le temps de rassembler mes pensées. Elle ne dure qu'une fraction de seconde. « Tout le monde est terriblement ordinaire à mes yeux, Gabryel. Que ce soit à Poudlard ou à l'AESM, c'est la même chose. »

Je continuer de déambuler dans l'étroit espace qu'offre la clairière que je connais par coeur.

« Enfin, pratiquement tout le monde, » ajouté-je les sourcils froncés, soucieuse d'être précise dans ce que je raconte.

Je ne pense pas avoir pour fréquentation des gens peu ordinaires. Zikomo n'est pas ordinaire, pas plus que Nyakane. Mes quelques rares amis ne le sont pas non plus. Évidemment, il n'y a aucun nom qui me vient, je ne sais pas qui je pourrais considérer comme ami, mais je me demande aussitôt si je considère Gabryel comme ordinaire. Au moment où la question passe dans mon esprit, je la repousse ; la réponse est trop évidente et je n'ai aucune envie de m'y appesantir dessus. Gabryel m'a posé une question et je compte bien y répondre :

« J'aime la liberté qui va de paire avec l'université. » Je lève les yeux vers les branches les plus hautes des arbres. « Et j'aime ce que j'apprends. C'est bien plus approfondi qu'à Poudlard ! Bien plus complet. Et bien plus divers. »

Je t'emmène avec moi PV
Il n’était point idiot, aux yeux d’Aelle. Si elle l’affirmait, c’est qu’elle le pensait. Cette fille n’ouvrait pas la bouche pour rassurer ses contemporains, ni pour les brosser dans le sens du poil. « Tout le monde est terriblement ordinaire à mes yeux ». Elle ne portait guère d’intérêt aux relations humaines, ou tout juste par convention, ou politesse. « Enfin, pratiquement tout le monde ». La réponse suffit à emplir le cœur du Rouge et Or. La pudeur était une seconde nature chez elle. Ils partageaient intimement ce trait de caractère. Tout comme il entendait depuis toujours ce qu’elle ne disait pas. L’Écossais finit par s’assoir sur l’herbe. Il écouta l’Irlandaise lui raconter son quotidien, ce qu’elle apprenait à l’ASEM. Évidemment, elle ne lui répondrait jamais qu’il lui manquait. Quoi qu’elle en dise, elle faisait chaque jour connaissance avec d’autres étudiants. Elle ouvrait son cercle relationnel, un cercle dont il ne faisait plus partie. Il ne parvenait pas à s’extirper de ce sentiment vorace d’être devenu inintéressant à ses yeux. Pourtant, c’est bien à l’initiative de l’ancienne Poufsouffle qu’ils se trouvaient ensemble à cet instant. Lorsqu’elle termina sa phrase, le garçon arracha un brin d’herbe, puis le fit tournoyer machinalement au-dessus de lui, sa baguette à la main.

- Tu as de la chance d’avoir trouvé ta vvvoie. Je quitte bientôt Poudlard, et je n’ai absolument aucune idée de ce que je ferai ensuite.

Le Lion arracha un second brin de verdure, puis fit danser ensemble les deux graminées.

- Ah si… Je ne t’ai pas dit au fait. Je me spécialise dans la magie naturelle et la magie protectrice. Ça peut tttttoujours être utile. Je n’ai pas envie d’être Magicomage. Mais je me dis, au mieux, que je pourrai aider mon paternel dans l’exploitation de ses tttterres.

Un souffle de fraîcheur plia les hautes herbes, comme une vague à l’âme.

Gabryel Fleurdelys
Sorcier diplômé
Médiateur PFR

Je t'emmène avec moi PV
Je camoufle mon rictus en détournant mon visage vers la forêt. Évidemment que Gabryel se dirige naturellement vers ces domaines-là. Nature et protection. Deux mots parfaits pour décrire le jeune homme. Il a toujours été ces deux choses. Depuis que je le connais, du moins. Le garçon qui passe sa vie le nez dans la boue, qui poursuit les fourmis, qui s’intéressent aux grenouilles, qui fréquente les papillons. Le garçon qui a une magie faite pour la vie. Toutes ces choses s’opposent radicalement à ce que je suis. Déjà par la nature de notre magie, mais aussi par la vision que l’on pose tous les deux sur cette dernière. Encore une fois, nos différences me sautent au visage.

Je jette au jeune homme un regard en coin, l’observe jouer avec son brin d’herbe. Pendant un instant, j’oublie totalement le fait que c’est moi qui l’ai amené ici et je me demande : pourquoi est-il là, avec une fille qui manie une magie noire et violente, qui aime décrypter les mystères de l'univers, peu importe quelles limites cela me force à dépasser ?

« Aider ton père dans l’exploitation des terres, c’est ça que tu as envie de faire ? Tu pourrais faire beaucoup mieux de ta magie, Gabryel. Médicomage n’est pas la seule chose possibilité. »

C’est un parcours de vie qui manque particulièrement d’ambition magique pour moi, mais je garde cet avis pour moi. J’ai du respect pour le personnel médical ; évidemment, j’ai grandi avec une mère guérisseuse et j’ai passé une bonne partie de mon enfance à croire que c’était ça, que je voudrais faire, explorer l’effet de la magie dans le corps des gens. Juste parce que c’est ce que faisait ma maman. Mais elle est loin, la gamine Aelle. Très loin. Et désormais, je connais mon propre chemin.

Peu importe les ambitions de ce garçon, je ne le vois pas perdre son temps dans l’exploitation de terres qui appartiennent à sa famille. Je lance un dernier regard aux arbres qui nous entourent avant de m’approcher lentement de Gabryel. Je m’assieds à quelques pas de lui, en tailleur. Mes mains trouvent naturellement le chemin de l’herbe ; j’entortille mes doigts autour des brins, le regard fixé sur celui qui lévite grâce à la magie du Gryffondor.

« Tu as du talent, reprends-je sur un ton beaucoup plus dur, mes yeux sombres partant en quête des siens. Ne le gâche pas en te contentant “d’aider ton paternel”. » Je ne te le pardonnerai jamais. « Les universités de Grande-Bretagne proposent suffisamment de cursus pour que tu puisses en trouver un qui te permettra de t’améliorer. Et si tu ne trouves pas, viens à l’AESM, lui lançais-je avec une grimace moqueuse. Sauf si tu as peur d’apprendre des choses tellement intéressantes que tu pourrais prendre le risque de découvrir ce que tu veux réellement faire de ta vie. »

Moqueuse, peut-être, mais ma phrase n’en est pas moins directe et piquante. Je ne sais pas s’il verra ce qui se cache derrière : l’idée même qu’il puisse manquer d’ambition me déçoit et attise une colère que je ne savais même pas exister. Je déteste les personnes qui n’ont pas d’ambition et qui ne font rien de leur magie, qui se contentent de vivoter, de passer du bon temps, de ne rien faire de leur vie. Je refuse que Gabryel soit de ce genre-là. Cela signifierait que j’ai passé les cinq dernières années à apprécier un type qui n’en vaut pas la peine. De toute manière, je sais que ce n'est pas le cas. Il n'est pas que cela, pas que ce garçon qui songe à "aider son père dans l'exploitation de ses terres". Il est passionné, attentif, il ressent la magie avec toutes ses tripes, il la comprend à sa façon. C'est un sorcier qui doit exploiter l'énergie qui coule dans ses veines. Pas des vulgaires terres.

Je t'emmène avec moi PV
Le garçon se leva, puis avança d’un demi-pas. Un silence s’installa, comme souvent entre eux.

- Tu m’as manqué. Tu m’as manqué comme si j’avais perdu un peu de moi. Cet été, en t’écrivant, j’ai ccccompris des choses nous concernant. Je sais que je ne suis ppppas aussi intelligent que toi. Tu analyses les situations, quand moi, je les ressens. Tu es la plus talentueuse sorcière que je cccconnaise. Ta magie est solide, travaillée, maîtrisée, quand la mienne est instinctive, impulsive et au-delà de moi.

Juste le vent, l’odeur de l’herbe.

- Je me rends bien compte combien tu tiens à ta liberté. Tu refuses de lâcher prise, parce qu’il y a en ttttoi un vide de quelque chose… Ou de quelqu'un. Tu te demandes souvent ppppourquoi je ne réagis pas avec toi comme les autres le font. Je le sais, je le devine dans tes regards.

Juste le vent. Et une profonde respiration.

- Moi aussi, j’ai un vide au fond de moi. Tu le connais, tu l’as compris depuis le soir où le bracelet de mon véritable pppppère n’a pas su résister à tes sortilèges. En réalité, ces… absents, ce manque, sont le pont entre nous. C’est comme ça depuis le premier jour. Je ne suis pas encore bbbbien certain de savoir qui t’a trahie, ou tant blessée, et ce n’est pas nécessaire que je le sache.

Le garçon gratta sa tignasse, puis le bout de son nez.

- Je t’ai déjà déçue, et je n’ai pas toujours été à la hauteur. J’en ai presque crevé de chagrin, l’année dernière. Je n’attends pas que tu m’aimes, ni que tu acceptes mmmmes sentiments, Aelle. Je te l’ai déjà dit, dans la tour. Tu es le premier amour de ma petite vie. Merci pour ça, Aelle. Merci d’être toi. Le temps, la vie, les autres… Je n’ai pas peur de tout ça. Je serai toujours là si tu as besoin de moi.

Il se tourna vers elle. Après avoir plongé son regard, plus azuré qu’à l’accoumée, dans les yeux de l’Anglaise, il sourit.

- Ce n’est pas un adieu.

Le sourire disparut, pour laisser place au garçon sans âge, plus ici, soudain ailleurs comme il pouvait l’être lorsque des mots se formaient sur ses lèvres sans s’en rendre compte, comme s’il ne parlait qu’à lui même.

- Ce n’est pas un adieu, si tu veux que ça n’en soit pas un.

Le vent, et Aelle.

Gabryel Fleurdelys
Sorcier diplômé
Médiateur PFR

Je t'emmène avec moi PV
Mes yeux ne se détachent pas de lui quand il se lève. Ils le suivent, glissent le long de son corps, l'observent sous les coutures que le garçon me laisse voir. J'étais certaine qu'il allait m'opposer un discours plein de verve pour affirmer son bancal projet de vie. Si certaine que lorsque les mots tombent (« Tu m'as manqué »), ils m'arrachent tout mon souffle. Mon cœur fait des choses que je regrette à l'intérieur de moi. Ses sauts périlleux me dérangent tandis que j'essaie de me concentrer sur ce que Gabryel me dit. Mais c'est comme si les mots étaient brouillés. Il existe un décalage trop grand entre ce qu'il aurait dû dire et ce qu'il dit effectivement. Les sentiments qu'il me dévoile soudainement me plongent dans un malaise sur lequel je n'ai aucune prise. Je ne peux qu'entendre, comprendre, et essayer vaguement de respirer.

Mon souffle s'affole. C'est étonnant, n'est-ce pas ? J'essaie de le contrôler, mais je le sens malgré moi trébucher sur mes lèvres. Pendant ce temps-là, mon regard s'est assombri et, dès les premiers mots, je l'ai baissé sur mes mains crispées sur les brins d'herbe.

Pour la première fois, je me rends compte qu'il est aussi conscient de nos différences que je le suis. Sa façon de les exprimer me montre qu'il n'est pas aussi vindicatif que moi à propos de ce gouffre qui nous oppose. Son opinion à lui me semble plus belle que la mienne mais cela n'a rien d'étonnant : il a toujours eu le chic de trouver de la beauté partout, même dans les choses qui n'en ont pas et qui ne doivent pas en avoir.

J'aimerais qu'il se taise. Mes lèvres sont pincées, pas pour retenir des mots que je ne dirais jamais mais pour m'empêcher d'exploser en émotions désagréables. J'aimerais qu'il se taise et qu'il arrête de parler de ce vide dont il ne sait rien. Mes poings sont serrés, pas pour m'empêcher de frapper mais pour ne pas encourager mon corps à se lever. J'aimerais qu'il se taise, je n'ai pas de vide, pas de vide en moi ! Mes yeux sombres fusillent le sol, pour ne pas que je le fusille lui — si je le regarde, je ne saurais plus me retenir. J'aimerais qu'il se taise.

Il me semblait que c'était un accord que nous avions sans le dire : ne plus reparler de ce qu'il s'est passé à Noël dernier, ne plus évoquer ses mots mièvres. Ne plus parler de son « je t'aime ». Et lui, que fait-il ? Il met les pieds dans le plat, il ne se contente pas de l'évoquer : il le répète. Sa voix résonne longtemps en moi quand il dit : « tu es le premier amour de ma petite vie ». Elle résonne encore quand une déflagration fait imploser mon cœur ; elle a été causé par une pensée toute simple : parce qu'il compte en avoir d'autres ? Un second, un troisième ? Je sais sans même être capable de formuler concrètement la pensée que jamais je ne l'accepterai, jamais je ne l'y autoriserai.

Mon souffle est bloqué quelque part entre ma bouche et mes poumons. J'ai du mal à respirer alors que lui, il parle calmement. Les derniers mots sont prononcés sans le moindre bégaiement. Je me lève sans y penser, fluidement, comme si je n'étais pas réellement là. Et quand mes yeux se déposent de nouveau sur lui, j'ai l'impression de redécouvrir son visage ; la douceur de ses yeux, ses traits que je connais par cœur car je les ai vus changer, l'angle que prend sa bouche quand il a ce sérieux, son regard qui ne se détourne pas, la légère tension dans ses sourcils. Je le connais, je ne doute pas de ses sentiments. Par contre, je remets en cause le bienfondé de leur existence et je rends Gabryel coupable d'oser me les partager. C'est pour ça, que je lui en veux. Comme souvent, je lui en veux d'évoquer à voix haute des choses qui pourraient être tus. Ce que je ressens à cause de lui est un fouillis d'émotions que je ne veux pas ressentir.

Et puis, c'est quoi, ça ? « Ce n'est pas un adieu ». Je ne comprends pas. « Si tu veux que ça n'en soit pas un ». Pourquoi en parler, alors ?
C'est de sa faute. Tout allait bien avant qu'il n'évoque tout ça. Maintenant, je sens que ça monte. Ça monte en moi et je vais exploser. C'est bientôt là et je ne pourrais pas les retenir — les mots que m'inspire son discours.

« Alors pourquoi tu en parles si c'est pas un adieu, Gabryel ? »

Ma voix est totalement transformée depuis la dernière phrase que j'ai prononcée. Maintenant, elle est froide et cassante.
Pourquoi il en parle s'il ne veut pas me poser un ultimatum ?

« C'est moi qui suis venue te chercher et c'est toi qui évoque l'adieu... »

Un rire me secoue tout à coup ; rire nerveux et colérique. Je secoue la tête et serre les poings pour m'empêcher d'arpenter la clairière pour apaiser la tension qui me tend les épaules.

« T'essaies de me dire quoi, là ? »

Ma voix grince et pousse, tendue par une colère évidente. Allez, dis-le ! dis ce que tu as au fond du cœur !

Je t'emmène avec moi PV
Sa courte vie lui semblait à l’instant un songe. Un monde, dont il n’avait qu’une abstraite vision fantasmagorique, s’était ouvert à lui un matin de septembre 2043. Le petit bègue de Fife, ville portuaire perdue au fin fond de l’Écosse, avait passé une enfance simple parmi les gosses moldus, bien qu’élevé par des parents sorciers. « Il sera toujours temps de lui parler de tout ça quand il aura sa lettre pour Poudlard » répétait son paternel Angel Fleurdelys, descendant d’une riche lignée de propriétaires terriens anoblis au dixième siècle par le roi David 1er. « Laissons le rêver encore par lui-même » acquiessait à l’époque sa mère Flora, aujourd’hui directrice de Maeve Queen.

Puis il avait dit adieu à son univers, ses lacs, ses forêts, son ami Grégoire, tout cet amour, la maison, son refuge. C’est un autre foyer qui lui ouvrit les bras, un univers du tout-est-possible, flamboyant, étrange et inimaginable. Il avait vu des courses en balai volant, des dragons et des lutins, des peintures bavardes, des fantômes malicieux, et des sorciers dont la puissance des sortilèges effrayait parfois, éblouissait toujours.

Un jour, elle avait pointé le bout de son nez.

Un après-midi boueux, elle avait contrarié ses projets en faisant fuir la grenouille qu’il observait depuis des heures. Elle n’en avait rien eu à foutre. De rage, il avait fait disparaître sa bottine. Elle l’avait pris sous son aile.

Elle venait le voir au Petit Chalet, sa cabane perchée sur un Saule Pleureur au bord du Lac Noir. D’en haut, ils observaient ensemble des heures durant, dans un silence absolu, le paysage sublime de Poudlard et de ses environs. En réalité, il la regardait, cette beauté capable de couper l’afflux d’oxygène dans ses poumons. Sa présence avalait sans malice toute autre beauté.

Elle lui apprenait des sorts, elle le réprimandait, lui hurlait dessus, le détestait souvent. Une fois, par un surplus de magie, le corps de l’adolescent l’avait presque lâché. Elle n’était pas contente après lui. Il avait caressé le bout de ses doigts en chantonnant, allongés dans l’herbe.

De mauvaise grâce, elle l’avait suivi dans le lac pour installer sur l’eau un petit moulin à vent de bois, construit de ses mains. Les perles d’eau sur son visage, le vent dans ses cheveux, cette mèche rebelle sur ses cils…

Au bal des Sorcières, il avait cru la perdre, son visage ensanglanté sous un amoncellement de corps, victimes des adorateurs d’Ursula Parkinson. Puis il l’avait revue quelques jours plus tard, dans la Grande Salle. Elle avait perdu la parole. Leurs regards échangés absorbèrent les pires souvenirs de cette soirée. Il aurait voulu l’enlever, loin de Poudlard, de la haine et la peur.

Puis il l’avait jugée, détestée, et perdue une année entière. Englouti par les abîmes de sa solitude, il crevait en silence.

Comme la vie ne vous épargne jamais, il y avait eu ce professeur d’études des moldus, Edward Penwyn, dont le jeune sorcier compris qu’il était son vrai père. Il lui avait offert ce bracelet gorgé de magie avant de disparaître à jamais. Il venait d’avoir seize ans, il mourrait dans son coin. Elle crut pourtant à cette histoire de fou, l’avait soutenu plus que personne au monde. Leurs lèvres s’étaient effleurées. Baisé avorté. Elle savait qu’il l’aimait.

Elle quitta Poudlard.

« Rien n’aurait prédisposé ces deux apprentis sorciers à se rencontrer. Leurs caractères différaient autant qu’un jus de citrouille et une bièraubeurre. Ils se situaient aux antipodes dans leur rapport intime à la magie. Pourtant, un chemin commun s’était dessiné. Une forme de pudeur les unissait, balayant toute contradiction, comme la nuit cherche inlassablement la lumière. Plus marquait-elle parfois son indifférence, aussi puissamment les sentiments avaient envahi l’esprit du garçon. Une alchimie contre-nature les liait dorénavant, que ni l’un, ni l’autre, ne serait parvenu à exprimer par des mots superflus. Il aimait sans faille. Elle se méfiait, espérait, doutait. »

Gabryel regardait maintenant droit devant lui, au-delà du sous-bois, de la prairie fleurie, le bleu de ses yeux posé sur la plus haute cime des plus majestueux centenaires dont on devinait ses congénères à perte de vue.

- Est-ce que tu m’aimes ?

Reducio
Je sais que tu excuseras mon absence.
Je reviens à ce moment précis, un parmi tant d’autres entre Gab et Aelle, et pourtant pas tout à fait comme les autres…


Aelle / Gab - Chronologie détaillée :

La fête à la grenouille
Chandrakant
Exultant Lusibus
Crever l’abcès
Douze ans plus tard
Il s’appelle Edward
Fragile(s)
Un oiseau de bonne augure
Une affaire d’hommes
A elle
Comme un lien invisible 
Un coeur en hiver
Des fourmis et des sorciers
Accords perdus
Le bracelet
Mots censuresm
Correspondances été 48

Gabryel Fleurdelys
Sorcier diplômé
Médiateur PFR

Je t'emmène avec moi PV
Je connais ce que je ressens par cœur. Cette rage profonde et familière, ces poings qui se serrent, ce souffle qui trébuche contre mes lèvres et ces yeux qui accusent, qui condamnent, qui fusillent. Je connais par cœur l'envie de traverser la clairière pour m'approcher de lui, l'attraper par les épaules et le secouer violemment, jusqu'à lui faire mal. Ce besoin viscéral de lui hurler de tout me dire, d'arrêter ses demi-mots.

Allez, avoue ! Avoue ce que tu veux me dire, avoue ton envie que nous arrêtions de nous voir. Je les sens qui grouillent tout au fond de lui, les mots qu'il retient. Il ne m'a pourtant pas habitué à la demi-mesure, il ne m'a pas habitué aux demi-phrases. Mes entrailles se tordent et je ne peux rien y faire. J'ai envie de bousculer le temps et de le faire parler plus vite, j'ai envie qu'il m'avoue tout maintenant pour qu'on en finisse. Puis je transplanerai pour le ramener à Pré-au-Lard et je m'en irai, il ne me verra plus jamais. C'est ce qu'il veut, n'est-ce pas ? Évidemment que c'est ce qu'il...

Sa voix me percute. Son regard s'accroche à moi et j'ai l'impression que c'est un hameçon particulièrement pointu qui s'est glissé dans mon âme et qui essaie de la déloger de son emplacement.

Est-ce que je...

Ça me fait quelque chose de violent au cœur. Un sursaut qui ne s'arrête pas et qui me remonte dans la gorge.

Est-ce que je t'

*

J'ai aimé que le temps se suspende à chaque fois que mon regard tombait sur toi. Je te voyais, allongé sur le sol ou accroupi près d'un arbre, profondément silencieux et ancré dans l'instant présent, alpagué par ce que tu étais en train de regarder. Une fourmi ou bien une grenouille. Cela n'a jamais eu la moindre importance.

J'ai aimé la détermination qui faisait briller tes yeux lorsque je t'apprenais la magie ; au-delà de ta baguette magique, tu me regardais parfois et je voyais dans ton regard que tu croyais en mon enseignement. Quand la magie s'échappait de ton corps, tes pupilles se dilataient et tes épaules se soulevaient brièvement. J'ai aimé t'observer dans ces moments et plus encore te voir, semaine après semaine, maîtriser ta magie en apprenant à m'écouter.

J'ai aimé pencher la tête en arrière pour te regarder là-haut. Tes jambes pendaient du Petit Chalet et se balançaient doucement, je ne voyais que tes talons, tes genoux et parfois, selon l'inclinaison, quelques morceaux de ton visage : ton menton, ton nez, quelques mèches folles de tes cheveux. Puis tu penchais la tête et tu m'offrais un sourire, comme si tu m'attendais alors même que ma venue n'était pas prévue.

J'ai aimé tes nombreux bégaiements. Chez n'importe qui d'autre, cela m'aurait agacé et j'aurais considéré cela comme une faiblesse. Chez toi, c'était seulement une porte ouverte sur ce que tu ressentais et sur ta difficulté à les exprimer. J'ai aimé voir disparaître ces bégaiement à chaque fois que tu m'as affirmé quelque chose avec une confiance qui te rendait plus grand que tu ne l'étais.

J'ai aimé ta persistance au fil des années. J'ai toujours reculé devant tes gestes, esquivé quand tu voulais attraper ma main, secoué les épaules quand tu voulais y poser une veste, tourné la tête quand tu me regardais un peu trop intensément, fait un pas en arrière quand tu t'approchais. J'ai botté en touche quand tu voulais m'avouer des choses, fait la sourde oreille lorsque tu m'as dit je t'aime, j'ai levé les yeux au ciel quand tu me faisais des confidences sur tes sentiments. Et tu as persisté, tu continues encore d'ailleurs, même lorsque je fronce les sourcils et que je secoue la tête, toi tu souris et tu dis je t'aime, comme si ces gestes et tes sentiments étaient imperméables à qui j'étais et comment j'agissais.

J'ai aimé ton éclat ce jour-là près de l'arbre. Quand tu as compris que nous étions séparés par un gouffre qui prenait racine dans nos valeurs opposées. Tu m'as regardée et tu m'as vue telle que j'étais ; je t'ai regardé et je t'ai vu tel que tu étais. Tu n'as pas aimé. Je n'ai pas aimé. J'ai aimé ta colère et je l'ai détesté.

J'ai aimé ta détresse en cette soirée particulière et j'ai aimé que le monde s'efface lorsque nous dominions le château dans la plus haute de ses tours.

Tes confidences et ton besoin de moi. Ta persistance, ta présence.

*

aime ?

Pendant une fraction de seconde, j'ai envie de lui balancer quelque chose à la figure et de lui hurler : à ton avis, espèce de crétin ? Mais l'instant suivant, toutes les émotions que je ressens sont remplacées par une seule, bien familière : la colère.

« C'est quoi cette question de merde ? »

Et ma voix tonne, résonne dans la forêt, s'élève parmi les cimes pour s'enfuir dans le ciel qui s'étire à l'infini. Je me dresse devant Gabryel comme je me suis dressée mille fois devant lui par le passé : poings serrés et regard fermé, visage ravagé par une colère que je ne cherche pas à cacher.

« Tu me sors cette connerie sur l'adieu et maintenant cette putain de question ? »

Je fais un pas en avant, parce que c'est Gabryel, parce que je suis énervée, parce qu'il doit me dire les choses et que je refuse que lui plus qu'aucun autre me prenne pour une idiote comme il est en train de le faire.

« Garde tes questions profondes pour un autre moment, Fleurdelys, sifflé-je en enfonçant mon regard dans le sien, et réponds à la mienne. »

Une dizaine de centimètres nous séparent en taille et c'est d'autant plus flagrant maintenant que nous sommes proches. Mais je suis dressée si droite et tellement tendue que j'y fais à peine attention. Il n'y a que mon regard pour brûler et mes mâchoires pour se serrer. Au fond de moi, je me fais une promesse : s'il ne répond pas, je vais le secouer tellement fort qu'il ne pourra plus fuir. Et peut-être bien que lui sortira de la tête cette indécente et honteuse question qu'il vient de me poser. Parce que tout de même, c'est la chose la plus idiote qu'il ait faite. Me demander si je l'aime ! Autant me tendre un bâton pour le battre ! Qui pose cette question, si ce n'est pour se voir répondre que non ? Cette question ne devrait pas exister, elle n'a aucune raison d'être, et une partie de moi a envie de frapper Gabryel pour avoir oser la poser. Je n'ai jamais eu envie de le frapper. Mais aujourd'hui, j'ai du mal à résister parce qu'en me questionnant, il me trahit. Même si je ne comprends pas très bien pourquoi je ressens cela exactement.

Je t'emmène avec moi PV
C’est toujours par la colère qu’elle exprimait ce que les mots du garçon percutaient son âme. Il en avait toujours été ainsi, depuis leur première rencontre. Il avait su se frayer un chemin jusqu’à elle, malgré les obstacles, le rejet, les doutes. Cette route n’avait pas toujours été un sentier fleuri, bordé de soleil et de papillons. Le garçon s’était souvent aventuré sur des terres inhospitalières, jonchées de peur et d’incertitudes, sans espoir ni éclaircies. Ainsi, le cœur d’une Aelle Bristyle ne se traversait pas d’un point A à un point B. Gabryel avait usé de son instinct comme d’une boussole. Elle avait été celle qui arracherait en lui toute angoisse. Sa présence absorbait la moindre parcelle de *tout*. Cela avait toujours été.

À cet instant précis, qu’une lueur de fureur irradiait le regard de la demoiselle, plus magique que jamais, le Gryffondor comprit cela. Il savait maintenant. Il n’attendait pas un oui. Il aurait été déçu. C’est lorsqu’il percutait tous les sens d’Aelle, qu’il les atomisait par son naturel insolent, qu’elle se révélait. Elle mettait dans la colère ses dernières forces pour lutter contre ses sentiments les plus profonds. De quel droit la rendait-il vulnérable ? Pourquoi y parvenait-il, ce crétin d’Écossais dont la présence suffisait à souffler tous les acquis et les certitudes de la Galloise ?

Ainsi, elle l’aimait.
Elle l’aimait.

Fleurdelys saisit la taille de l’étudiante, dans une impulsion aussi soudaine qu’assumée. Ses yeux bleus accaparèrent ceux de la jeune fille, comme des topazes percuteraient des agates. Il la serra contre lui. Ses mains masculines et fragiles tenaient ses hanches, son puissant torse protégeant un instant les formes féminines de la jeune sorcière. Un frisson parcourut sa nuque. Le vent glissait sur leurs cheveux, tandis que leurs nez se frôlèrent délicatement. Une larme incontrôlable décida que la joue du garçon ne lui suffirait pas. Elle s’écrasa sur la peau d’Aelle. Seuls leurs souffles séparaient encore leurs lèvres.

- Je peux… ?

Gabryel Fleurdelys
Sorcier diplômé
Médiateur PFR

Je t'emmène avec moi PV
En réponse à la colère et aux cris, il ne peut y avoir que deux chemins possibles : une colère plus forte encore qui pousserait à tout tenter pour prendre le dessus ou un aveu de faiblesse, qui permettrait de prendre le dessus. Je suis absolument persuadée qu'il choisira l'un de ces deux chemins, car c'est écrit dans mon cerveau que mes cris ne peuvent qu'avoir ce types de réponses. Je m'en persuade comme on peut parfois se persuader que l'on aime pas ; je m'en persuade comme une idiote qui veut se convaincre que Gabryel Fleurdelys n'est pas celui qu'il s'évertue à me prouver qu'il est depuis le début. Je m'en drape, de mon savoir, je me cache dans ses replis, je m'en étouffe. Si bien que lorsqu'il s'approche de moi et me tire à lui, si subitement que je ne songe même pas à l'éviter, je réalise brutalement, presque douloureusement, que je savais depuis le début qu'il ne réagirait pas comme je l'attendais. Gabryel n'a jamais réagi à ma colère par de la colère, mon aveuglement n'est pas seulement de la bêtise, il est du déni et en prendre conscience m'inspire autant de satisfaction, qu'il ait enjamber mon piège, que de frustration de pas l'avoir poussé dans ses retranchements et d'avoir eu ma réponse.

Soudainement je ne peux plus respirer. Ses mains me brûlent, posées sur mes hanches. Mon buste est écrasé sur son torse, bien que j'ai toute l'amplitude de me reculer si je le souhaite et que quelques ridicules petits centimètres nous séparent encore. Son regard devient mon horizon. Un lac de montagne une journée ensoleillée. Je parviens à voir toutes les aspérités de ses iris, tous les gouffres microscopiques, toutes les nuances que jamais je n'avais aperçu avant. Surtout, je sens sa proximité, sa chaleur qui dérange la mienne et cette mèche qui glisse sur son front pour venir caresser le mien. Son nez qui me fait loucher, son souffle qui m'est familier même si je ne sais pas pourquoi. Cette larme qui coule sur sa joue et qui poursuit son chemin sur la mienne ; elle n'est ni tristesse ni douleur, elle est plus fort que cela et je le comprends sans en avoir envie. Plus rien ne bouge de mon corps, si ce ne sont mes yeux ; à mi-chemin entre avancer et reculer, si bien qu'aucune réaction n'a réellement d'impact et que l'immobilité est la seule solution. Toutes ces choses, toutes ces choses et mon cœur qui s'emballe, toutes ces choses et l'envie de le repousser brutalement, toutes ces choses et la phrase qui me démange : à ton avis, espèce de crétin ? Gabryel Fleurdelys et ses questions crétines qui donnent une chance à l'autre de dire non ; quel idiot !

Toutes ces choses et l'évidence de ce qu'il demande. Pourtant, je dis :

« Quoi ? »

Qui est à peine un souffle, un murmure que ni le vent qui joue dans les cimes ni les oiseaux qui chantent au loin ne peuvent entendre, un mot qui n'est que pour lui, qui est d'une idiotie sans nom. Et pourtant au moment même où je le prononce en essayant de me persuader que mon ignorance est sincère, je me remémore toutes les lèvres déjà embrassées et surprends mon regard à quitter insolemment les yeux de Gabryel pour glisser vers les siennes, de lèvres.

Je t'emmène avec moi PV
Sa main droite relâcha quelque peu son étreinte. Avec une douceur percutante, les doigts du jeune sorcier soulevèrent le menton d’Aelle. Sa bouche parcourut une galaxie entière pour se poser sur ses lèvres.

Il y avait eu ses pleurs de nourrisson, ses premiéres fois, ses pas instables sur le sol de la maison et la fierté dans les yeux de ses parents, la sensation des gouttes de pluie innondant son visage, le goût des premiers flocons de neige sur sa langue, les rayons du soleil illuminant un sol jonché de feuilles d’automne à travers les arbres des forêts, la torpeur d’un coucher de soleil sur les lacs, les ronronnements d’un chat lové sur ses genoux devant le feu crépitant d’une cheminée, les parties de pêche avec son père au gré des embruns, les siestes au son du vent sous les cerisiers.

Il y avait eu aussi les douleurs, les brimades de ses camarades moldus lorsqu’il ne contrôlait pas son bégaiement, l’éloignement et l’insoutenable manque de sa famille et de son ami Grégoire après son entrée à l’école de magie, l’inquiétude face à la maladie de Mamina, le trou dans son cœur qu’il ne s’était jamais expliqué, l’apparition puis la disparition définitive d’Edward Penwyn.

Il y avait eu la découverte de la magie, l’électricité dans tout son corps, la couleur des énergies, l’afflux du sang dans ses veines lorsqu’il lançait un sortilège, la puissance dont il se nourrissait dans tous les éléments de la nature, le lien métaphysique avec son catalyseur.

Et il y avait eu Aelle, la beauté à couper le souffle d’Aelle, les yeux sauvages d’Aelle, les mèches rebelles sur le front d’Aelle, la peau d’Aelle, les doigts d’Aelle, le parfum d’Aelle, le souffle d’Aelle sur ses lèvres, les interrogations et les doutes d’Aelle, les secrets d’Aelle, et un soir de bal le corps ensanglanté d’Aelle, la sensation de crever s’il avait perdu Aelle, et le sentiment de respirer à nouveau lorsqu’il retrouva Aelle.

Tout ce qu’il avait vécu depuis sa naissance, chaque instant, nuit, saison, respiration, souffle, odeur, joie, rire, peur, doute, souffrance, terreur, illusion, cauchemar, rêve, espoir, aspiration…

Chaque instant de l’existence de Gabryel Fleudelys n’avait eu qu’un seul et unique but, celui de poser pour la première fois ses lèvres sur celles d’Aelle Bristyle. Si la vie ne devait durer qu’un seul instant, ce serait celui-ci.

🦋

Ce petit papillon imaginaire saura-t-il souffler sa musique à l’oreille d’Aelle… Écrire avec toi, tu sais déjà Plume.

Gabryel Fleurdelys
Sorcier diplômé
Médiateur PFR