Défragmentation
Il est des courbes de vie dont le trajet atteste de l’explosion de l’être. Cela peut survenir d’un coup, par un accident quelconque, une maladie, magique ou non. Il se peut que le trait soit juste brisé en plusieurs endroits, rendant le suivi du parcours impossible à première vue. Nous cherchons tous le sens de notre passé, non pas celui qui nous a été raconté, la légende familiale, jamais nous ne la comprenons vraiment. Et nous nous en moquons. En revanche, ce que nous avons vu de nos propres yeux, notre vie, nous voudrions en comprendre le visible, les soubassements aussi. Hélas, cela n’est possible que lorsque nous avançons en âge.
Il n’est pas question d’elle cependant. Ce sont nos yeux qui pourront, avec le temps, reconstituer une part de son âme, celle perdue durant les années sibériennes. Un kaléidoscope donne à voir par morceaux une réalité éparpillée. Et l’impression finale trace quelque chose d’abouti, et pourtant disséminé. Ici, à l’inverse du sac de sa sœur, à jamais perdu dans les recoins de Poudlard, nous aurons peut-être à la fin reconstitué des pans entiers de l'âme d'Ivanovna. Un sac est un fourre-tout, la défragmentation vise au contraire à rassembler les données pour optimiser la machine. Sauf que nos espoirs sont outrageusement plus nobles que ceux d’un tas de tôle organisé. Comprendre une enfant devenue femme un peu vite, et brutalement.
Toi qui me lis par curiosité, tu peux te demander quels seront les biais, ce que les techniciens nomment les angles d’attaque de la démonstration. Moi, je suis pragmatique. Car en premier lieu responsable de son existence chaotique je suis. Il me faut aider à la reconstruction. Et d’autres doivent y contribuer. Mais c’est à eux de le permettre, en écrivant sa vie, vie faite des moments partagés. Je peux en revanche décrire des instantanés d’elle. Notre existence est un jeu, participons ensemble à cette composition. Je donne à voir.
Au 15-05-25, défragmentation, 0 %
15-05-25, 17h22 : défragmentation, 6% : Le plaisir
24-05-25, 9h54 : défragmentation, 10% : La solitude
30-05-25, 17h51 : défragmentation, 13% : L'inexpérience
01-06-25, 15h47 : défragmentation, 13% : Fécondation FICHIER CORROMPU, écrasé durant le défrag.
09-06-25 : 14h34 : défragmentation, 20% : La débrouillardise/la piscine
06-07-25 : 15h16 : défragmentation 27% : La persévérance
10-07-25 : 10h41 : défragmentation 33% : L'apparence
04-08-25 : 17h53 : défragmentation 39% : La solitude, ça n'existe pas
06-08-25 : 18h52 : défragmentation 46% : La quiétude
27-08-25 : 17h53 : défragmentation 55 % : La déconstruction 1/2
10-09-25 : 16h25 : défragmentation 63% : Profession de foi d'une E.A.P.M.
10-10-25 : défragmentation 71% : Moi dans ce moi
16-10-25 : défragmentation 80% : Mon seul rayon de toi
29-10-25 : défragmentation 91% : Pulsion
02-11-25 : défragmentation 100% : Demain
Il n’est pas question d’elle cependant. Ce sont nos yeux qui pourront, avec le temps, reconstituer une part de son âme, celle perdue durant les années sibériennes. Un kaléidoscope donne à voir par morceaux une réalité éparpillée. Et l’impression finale trace quelque chose d’abouti, et pourtant disséminé. Ici, à l’inverse du sac de sa sœur, à jamais perdu dans les recoins de Poudlard, nous aurons peut-être à la fin reconstitué des pans entiers de l'âme d'Ivanovna. Un sac est un fourre-tout, la défragmentation vise au contraire à rassembler les données pour optimiser la machine. Sauf que nos espoirs sont outrageusement plus nobles que ceux d’un tas de tôle organisé. Comprendre une enfant devenue femme un peu vite, et brutalement.
Toi qui me lis par curiosité, tu peux te demander quels seront les biais, ce que les techniciens nomment les angles d’attaque de la démonstration. Moi, je suis pragmatique. Car en premier lieu responsable de son existence chaotique je suis. Il me faut aider à la reconstruction. Et d’autres doivent y contribuer. Mais c’est à eux de le permettre, en écrivant sa vie, vie faite des moments partagés. Je peux en revanche décrire des instantanés d’elle. Notre existence est un jeu, participons ensemble à cette composition. Je donne à voir.
Au 15-05-25, défragmentation, 0 %
15-05-25, 17h22 : défragmentation, 6% : Le plaisir
24-05-25, 9h54 : défragmentation, 10% : La solitude
30-05-25, 17h51 : défragmentation, 13% : L'inexpérience
01-06-25, 15h47 : défragmentation, 13% : Fécondation FICHIER CORROMPU, écrasé durant le défrag.
09-06-25 : 14h34 : défragmentation, 20% : La débrouillardise/la piscine
06-07-25 : 15h16 : défragmentation 27% : La persévérance
10-07-25 : 10h41 : défragmentation 33% : L'apparence
04-08-25 : 17h53 : défragmentation 39% : La solitude, ça n'existe pas
06-08-25 : 18h52 : défragmentation 46% : La quiétude
27-08-25 : 17h53 : défragmentation 55 % : La déconstruction 1/2
10-09-25 : 16h25 : défragmentation 63% : Profession de foi d'une E.A.P.M.
10-10-25 : défragmentation 71% : Moi dans ce moi
16-10-25 : défragmentation 80% : Mon seul rayon de toi
29-10-25 : défragmentation 91% : Pulsion
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Reducio
Halo d'elle : En théorie, le lieu de ce RP solo est sa maison, située à Wick (Ecosse). Mais comme il se peut que certains posts soient en extérieur, Halo d'elle paraît une localisation plus prudente...
Dernière modification par Ivanovna Gunnray le 2 nov. 2025, 19:12, modifié 34 fois.
Défragmentation
Printemps 2047.
Les mains nues dans la terre, un mélange suspect de tourbe, de terre infestée par l’âme d’animaux marins morts au Dévonien et de terreau de sa création.
Ivanovna rempote depuis des heures ce qui paraît être du cranson officinal. En fait de repiquage, elle agit plutôt en dupliqueuse et cette magie répétée la fatigue. Accrochée à ses objectifs quotidiens, la sorcière ne perçoit pas ses gestes devenus imprécis. Il suffit de peu de choses, un infime écart dans le poignet, l’indécision indétectable. Sa paillasse couverte de pots, elle croît pouvoir s’arrêter le temps de boire un thé. Les mains se frottent l’une contre l’autre, elle vient de ranger sa baguette dans la poche du tablier, le temps de saisir le mug. Mais déjà, dans certains pots, la multiplication s’amorce. Et quand une épidémie surgit, elle peut vite devenir une lame de fond.
- Maman !
Dans ce qu’elle perçoit comme le pré carré de sa génitrice, la jeune Alekhina a pris l’habitude de jurer en désignant Emily. Mais l’ancêtre n’est plus, et pas non plus un fantôme pouvant d’une manière ou d’une autre l’assister. Qui voudrait chercher des pucerons à la jeune sorcière aurait beau jeu de lui reprocher son manque de foi. « Appelez Merlin au moins, même si vous ne voulez pas déshonorer ses dessous ». Non, ce sera sa mère, ou rien. Et de toutes manières, elle est déjà dans l’action suivante : tuer dans l’oeuf une rébellion de la nature magique. Prendre la baguette, estimer par où attaquer l’insurrection. En théorie, de si jeunes pouces ne peuvent avoir l’énergie pour plus d’une nouvelle génération. Mais à regarder son plan de travail, elle croît en voir déjà trois. L’affaire devient grave. A ce rythme-là, c’est toute la serre qui risque d’être envahie, il faut empêcher cela. Y mettre le feu lui déplaît, elle tente en premier lieu de refroidir les plantes afin de leur donner l’envie de s’arrêter de croître. Peine perdue, le processus est plus rapide que l’effet de la magie. La tourbe n’aurait-elle pas un sournois effet de réchauffement ? Les calculs s’amoncellent et au lieu de contribuer à contrôler l’assaut, ils ralentissent encore plus la sorcière, qui doit se résoudre à en perdre une grande partie.
- Incendio.
Dans un déluge de terres mélangées, de nombreux pots explosent, projetant en tous sens leurs esquilles et certaines percent la serre. Une désagréable odeur de grillé suinte du nuage terreux l’enveloppant. A ses pieds, Ivanovna distingue des plants morts. Mais il lui semble que certaines pousses bougent. Comme des feux dormants n’attendant qu’une autre conjonction de possibles pour répliquer. C’est infernal. Que s’est-il donc passé ? Et quand le nuage se dissipe, c’est un mètre de plants qui domine l’autre bout de la paillasse. Pandémie dans les airs.
Par moments, la seule issue est l’amputation. L’instant n’est pas à l’hésitation et tant pis si les dégâts seront importants. Cela vaut toujours mieux qu’une catastrophe aux effets inconnus.
- Evanesco !
Par zones d’effets ciblées, Ivanovna se résout à occire ce qu’elle chérit. Sans état d’âme. Perte de temps, perte d’argent. Elle est contrariée, passablement. Notez que dans son for intime, cela revient à lire un agacement terrible. Mais elle n’en perd pas son calme.
Une fois l’invasion renvoyée au-delà de l’Oural, elle peut commencer son enquête. Humer la terre, écraser entre ses doigts les quelques restes inertes de cranson indocile. Mince, il faut aussi remettre en ordre les murs transparents du lieu. Une serre ne sert que par étanchéité contrôlée… la fin de la journée y passe, une péripétie en apparence.
Ce soir-là, dans le lit, trouver le sommeil s’avère difficile. Les pensées s’entremêlent. Des dizaines de pourquoi, de comment se fait-il. Les conjectures s’accumulent. Elle cogite. C’est bien la passion qui anime ce corps, comprendre. Comprendre pour faire mieux, comprendre pour bien se figurer les choses et parvenir à un résultat satisfaisant. Ivanovna n’a pas de professeur et même si le modèle maternel, à jamais évanoui, la suit et la protège, elle agit pour elle seule. Parce qu’elle aime la Botanique. Et parce qu’elle aime les choses complexes. Cette journée n’aura pas été vaine. Puisqu’elle découvre le plaisir de l’échec. Celui qui vous pousse à recommencer.
Thème à la folie, PLAISIR
Dernière modification par Ivanovna Gunnray le 30 mai 2025, 17:33, modifié 2 fois.
Défragmentation
Hiver 2047-2048, juste après ceci
Elle vient d’écrire un hibou. Les mots parfois ne révèlent rien de soi. On ressent juste un écho d‘eux, comme une violence que l’on s’inflige par nécessité. Le transporteur est loin désormais, les nuages masquent sa trajectoire. Mais elle reste là, assise sur le vieux banc que son grand-père occupait si souvent. La pierre est froide, pour le moins. Sa robe l'en protège. Et à bien y réfléchir, c’est à l’intérieur que le froid est le plus vif.
Ce n’est pas souvent qu’Ivanovna prend le temps de s’arrêter. Méditer, rêver même. Elle se demande encore pourquoi elle a eu cet élan inattendu, écrire à quelqu’un. Du temps de Poudlard, celui d’avant la Russie, elle avait finalement peu de copines. Et des amies…. En avait-elle une seule ? Il est question de gens qui ne vous oublient jamais, ceux qui n’enfouissent pas les fous rires que vous avez eus ensemble. Quand vous avez raciné dans le coeur de quelqu’un, il ne vous bannit pas. Juste le temps qui trouble vos souvenirs mais tout repart comme avant au premier dégel. C’est de cela qu’il est question, l’amitié véritable. Elle ne sait pourquoi, elle a pensé à Alyona. C’est bien qu’il s’est passé quelque chose, et pas qu’une fois. Son coeur a parlé, elle lui fait confiance, sans aller jusqu’à dire qu’elle l’écoute…
Il faut admettre que ces années ont passé comme une journée, consommées sans conscience en une course effrénée aux garçons. Il fallait montrer à sa grande sœur qu’elle, au moins dans un domaine, pouvait être meilleure que Circéia. Plus douée en quelque chose, peu importait quoi. Tomber les garçons, multiplier les conquêtes… à en être ridicule, détestée par beaucoup. Oui, elle était sans doute la copine cool, celle que tout le monde cherche à collectionner histoire de recevoir les poussières de sa popularité. Cette attitude pitoyable, Ivanovna la juge désormais. Et son extrême sévérité envers elle-même est implacable. Voilà pourquoi elle considère Alyona comme un être différent, qui a peut-être su voir autre chose en elle, ou peut-être juste espérer cet autre chose. N’est-il pas trop tard pour reconstruire ? Une terre souillée, inculte à cause d'impropres traitements moldus ou du fait d’une magie mal employée peut toujours, avec le temps, redevenir fertile. Mais les liens humains sont-ils régis par les mêmes lois rédemptrices ? Un oiseau fend l’air de l’hiver, il n’a pas daigné migrer vers le sud celui-là. Ou alors est-il de ceux qui restent contre toutes les marées. Elle repense à ce cahier qu’elle tenait, un vrai calendrier de prédatrice... Précoce, elle ne se rend pas compte que son âme russe lui a fait faire des choses contre son propre consentement. Des bisous, ce n’est pas la mort. Mais trop tôt, en trop grand nombre... la marque d’un empressement nocif. Elle regrette. De son calvaire russe, elle ne dira rien. Bien pire furent ces longs mois. Oui, bien pires. Mais elle a enfoui ces ombres. Tellement efficacement qu’à cet instant précis, ils ne l’effleurent même plus. C’est à cette fillette, jusqu’à 13 ans on peut utiliser à juste titre le mot, qu’elle repense. Il est un peu tôt dans l’existence pour parler à cette elle qu’elle a été, pour lui dire quoi en outre. Ivanovna souffre, mais elle ne le sait pas, d’une solitude profonde, terrible à son âge.
Une amitié qui ne renie d’aucune manière. Voilà ce qui en l’état pourrait la sauver, d’elle-même. En cela, Ivanovna n’est pas irréprochable, elle fait ce qu’elle peut. Ce n’est pas sa faute si les gens rencontrés dans les soirées sont futiles, intéressés voire simplement vulgaires, à n’en vouloir qu’à son intérieur extérieur. Il n’y a rien à prendre de ce côté-là puisque tout a déjà été dévasté. Non… ce qu’il faudrait se résume au silence qui unit les êtres depuis très longtemps ensemble. Quand les gens n’ont plus besoin de mots pour vivre côte à côte, c’est un signe. Il n’est pas question de faire porter ce poids sur les épaules de quiconque. Et d’ailleurs, depuis son banc, Ivanovna ne voit pas si loin. Elle porte en elle l’espoir d’une réponse. De la part de celle qui l’a vu pour ce qu’elle est vraiment.
Elle a écrit à une amie. Son amie.
Ivanovna en rêve.
Défragmentation
Dans un repli du temps, quelque part en 2047, 2048...
La baguette d’Ivanovna est douce au toucher. Dans sa main, la sorcière sent toujours la puissance magique, la… possibilité. Elle ne l’a jamais quittée ce qui est un miracle au regard de ce qu’elles ont traversé ensemble, entre autres quand elle s’était enfuie. Car au final, il faut le dire, son « séjour » russe s’apparente à une fugue. Ces mots ne sont pas une insulte, ni même une scarification. Après coup, ceux qui regardent son parcours doivent le comprendre ainsi même si elle ne l’interprétera jamais ainsi. Voilà pourquoi la jeune femme voue une sorte d’adoration envers ce petit bout de bois de 26 centimètres qui l’a protégée durant son périple. Ce culte la pousse parfois à croire qu’elle peut tout par le simple effet combiné de sa magie puissante et de ce catalyseur. Mais aujourd’hui les choses la contrarient.
- SPERO PATRONUM !
la voici redevenue apprentie, s’entraînant seule à produire un sort protecteur contre des créatures maléfiques. Elle n’en connaît pas la nature exacte et croit sans doute qu’il s’agit d’un sort plus puissant que le sortilège du bouclier. Ivanovna fait des tests. Et n’arrive à rien. Pas la moindre émission de magie alors que sa baguette devrait en toute logique l’y aider. Mais on ne s’improvise pas auror. Tout sorcier doit en passer par un apprentissage sous peine de bricoler. Dans la plupart des cas, on risque tout au plus de se taper un doigt avec le marteau, ce qui revient à dire que la baguette émet un jet de magie de faible intensité, vide de toute énergie propre à produire un effet. Une flatulence en quelque sorte. C’est au moins le signe qu’on est sur un chemin. Mais ici absolument rien, le néant. Pourtant, elle s’en sort honorablement dans tout ce qui touche à la défense contre les forces du mal. Même si le jury lui a sans doute attribué son examen de BUSE au bénéfice d'une puissance brute étonnamment maîtrisée et non pour son… académisme. De toutes manières, cela ne fait pas de différence là où elle en est.
Ce qui la chagrine, c’est de devoir admettre qu’elle n’est pas omnipotente. Et c’est peut-être en cela qu’une certaine fugue, insensiblement, prend fin durant ces instants. La solitude, l’éloignement d’un monde qu’elle a longtemps cru étranger à elle se paye au prix fort. Non, Ivanovna Alekhina, tu n’es pas capable de tout. Et même si les épreuves de ta vie ont forgé une personne peu ordinaire en de nombreux points, tu demeures soumise aux lois de la magie !
Un livre, dans un livre elle trouvera les solutions. Le croit-elle vraiment ? Suffit-il de lire une recette de cuisine pour en acquérir les subtilités implicites ? Et puis, même si elle parvenait à déchiffrer les secrets du sort, il lui faudrait… trouver en elle ce jour le plus heureux. Ce moment où elle a atteint un sommet dont le souvenir marquant permet l’irruption du patronus, au moins dans l’étape clé parmi les cinq que la magie nécessite. Pour un enfant, cette méditation est bien cruelle. Est-ce avec le père ? La mère ? Doit-on choisir ? Selon quel critère ? Mais nous parlons là d’une vie paisible, faite de pentes douces. Ivanovna est faite d’un autre bois… Est-ce à dire que toute sa vie est constituée en permanence d’un enfer ? Il serait un peu facile de le croire. Même les récits les plus abominables contiennent systématiquement au moins un soupçon de répit. Et c’est cet instant-là qu’on utilise pour affirmer l’écart à la souffrance. Un seul rire fait éclater le plus funeste. Facile à dire de l’extérieur. Cette introspection serait à l’évidence un traumatisme pour elle. Que lui reste-t-il en effet ? La petite enfance, elle s’en sent étrangère tant c’était dans un autre monde. Le trou noir, c’est ainsi qu’elle voit ce qui concerne la parenthèse russe, oblitère tout son lointain passé. Ivanovna ne peut dénicher du bonheur que dans les années suivant son retour. Depuis 2045 en fait, c’est très peu… Trouverait-elle un moment joyeux en famille ? S’il ne reste que sa sœur, il n’est pas indiqué de compter dessus. Le coeur n’irait sans doute pas jusqu’à aimer se souvenir d’elle à ce point. Durant sa cinquième année ? La joie d’avoir réussi en Botanique ? En potions ? Non… pas davantage, trop faible.
Il ne reste vraiment pas grand-chose, le plaisir de voler en toute liberté ? Se sentir légère mais cela peut-il être condensé en un seul instant ? Il est sans doute préférable qu’elle ne sache pas, en tout cas pour le moment. C’est une étape utile que celle de la confrontation à nos limites. Elle pensera ne pas avoir la technique quand le problème est ailleurs. Car le bonheur ne se décrète pas
Dans tous les cas, elle ne sait pas comment susciter le sort alors laissons-la patauger. Un jour, qui sait, Ivanovna aura en son coeur une libellule. Elle n’a pas encore éclos.
Défragmentation
L'intégralité de ce qui suit a été corrompu lors de la défragmentation. Ce fichier est définitivement perdu, il ne peut être associé à sa vie, son parcours. Ligne scénaristique possible, perçue comme telle il fut un temps, il se révèle, autrement dit je me rends compte, que cela ne tient pas. J'en garde donc dans la corbeille une trace mais la défragmentation a dans l'histoire d'Ivanovna effacé, écrasé ces données.
15-10-25
Reducio« Attention sujet sensible » : Relation intime, sans crudité mais avec clairvoyance.
Un été 48 (11 Juillet)
Le regard est vide, une sidération. Il vient de se passer un imprévu total. Submergée par son corps, elle a éprouvé des sensations que jamais elle n’aurait espéré ressentir. Ce trou noir vécu par le passé la condamnant, Ivanovna se voyait comme un morceau de chair au mieux capable d’enfanter. Il est pourtant ici autre chose en jeu et c’est bien cela qui vient de se vivre, dans cette chambre impersonnelle.
Ainsi aurait-elle le droit elle aussi à ces éclaboussures de joie... C’est inattendu, elle dira même un jour inespéré, allez savoir. Pour l’instant elle vole sans avoir besoin d’artifice. Les responsables de cette explosion sont l’un comme l’autre écrasés par les agissements de leurs corps. L’inexorable instinct les ayant épuisés. Après une course effrénée, la fatigue est immédiate, imposant le plus souvent un repos souvent comparé au sommeil nécessaire.
Si lui donne l’impression de s’endormir, ce n’est pas le cas de la sorcière. Les vagues l’assaillent encore. Elle se gardera bien de prononcer un mot, elle perçoit néanmoins ce dont on parle en ces instants de vie où deux corps fusionnent.
Maltraitée par le passé, elle pensait ce monde intime inaccessible, une terre à jamais désolée. Paradoxalement, elle s’est autorisée des escapades, donnant accès libre à autrui, laissant l’autre venir en son territoire. Mais d’après elle sans aucun bénéfice attendu. Elle s’accouplait par utilité mécanique, une façon de se préparer à une maternité à laquelle elle se destine par devoir familial. On est toujours cueilli au moment où l’on s’y attend le moins. L’homme, le sorcier, n’avait rien de différent des précédents. La suite lui révéla toute son erreur. Douceur, tendresse, attention à la moindre de ses réactions de femme. Un réel écart d’âge mais tous deux sont adultes. C’est ainsi. Et de toutes façons, peu importe. La suavité de cette minute nettoie tout sur son passage. Il a su lui donner accès à un univers insoupçonné. Ivanovna n’a pas compris qu’elle y est aussi pour quelque chose. Rien ne se serait fait sans elle. Pour le moment, elle se retient d’exploser de joie, de peur de passer pour une gourde, même si vu son âge, elle a dû paraître bien maladroite. Qu’importe.
La suite de cette nuit merveilleuse est composée de pensées et de rêves. Un mélange d’évanouissement du passé et d’espérance en un présent pour une fois apaisé. Ivanovna est heureuse et le simple fait pour elle de l’accepter est une incroyable victoire sur la vie. Dans la profondeur de son âme, les contingences physiques sont des plus accessoires. Le plaisir au final fugace est secondaire. C’est l’estime d’elle-même qui est dans la balance. Elle n’est pas qu’une jolie poupée que l’on brandit en guise de trophée. D’une certaine manière, elle existe comme un être entier, réuni en elle-même. Si nous savons, en l’étudiant, que cette étape devait un jour être écrite, c’est une autre paire de manches que de lui faire accepter de se défaire de cette malédiction. Personne n’est condamné au malheur. Et si les chemins sont variés, chacun a droit, un jour, non à la rédemption mais à la découverte.
Au matin, le lit est vide de lui. Son champion s’en est allé sans laisser ni écrit ni autre trace de son passage. Tandis qu’elle se réveille lui vient le réflexe d’appeler l'homme par son prénom. Et c’est alors seulement que l’escapade en devient une. Ivanovna n’a pas même pris le temps de le lui demander. A jamais il restera son cavalier d’un soir, un héraut malgré elle. En cherchant ce qui pourrait devenir un fétiche, un objet qu’il aurait abandonné dans sa fuite, elle se rend compte que seuls les draps ont été visités. Aucune autre zone n’a fait l’objet d’un froissement, d’une utilisation. Le sorcier a dû lancer des sorts informulés remettant tout en ordre. Jusqu’au bout l'auror est élégant. C’est tant mieux. Il a pris ce qu’il voulait d’elle. Mais dans cet échange millénaire, la jeune sorcière est loin d’être perdante. Puisqu’elle s’est retrouvée.
ReducioHRP/add-on : Je ne cherche pas le spectaculaire ou l’audacieux. J’ai souhaité ce texte car il me permet, avec d’autres, d’assurer une transition entre le passé de ce personnage, PNJ devenu personnage principal et son avenir. Il me faut clore des ellipses, même quand celles-ci n’ont pas été écrites. Elles sont en moi, écrites sur un brouillon ou juste imaginées… Il faut solder.
Ici et dans quelques autres textes je suis en pleine bascule, cela m’est nécessaire comme à elle d’une certaine manière. J’ai essayé le plus délicatement possible d’exprimer des choses, sans aucune prétention ni démonstration. Ivanovna est un personnage que j’inscris dans la tradition de l’autrice qui nous a donné ce joli monde. Elle a vécu des choses pas très sympathiques mais elle a les moyens de se relever, cela passe par des épreuves comme des moments de joie. Mon intention n’est en rien voyeuriste. Juste la vie et IRL elle est bien plus terrible pour des millions de gens (voilà pourquoi s’évader ici est un plaisir, qu’il le reste longtemps)
Dernière modification par Ivanovna Gunnray le 15 oct. 2025, 08:55, modifié 1 fois.
Défragmentation
Printemps 2048
L’île aux Waterlillies.
Je prétends avec assiduité que le premier moldu alentour habite à douze kilomètres de chez moi. C’est en partie un mensonge. Un jour que je cherchais désespérément un lieu favorable au développement sauvage de certaines plantes, il me fallait un territoire aquatique vierge de toute dégradation potentielle, je tombai sur une bâtisse plus que centenaire ; une ruine envahie par une végétation luxuriante. Les lieux n’avaient rien d’inquiétant, tout au plus renfermaient-ils un soupçon de mystère ; qui avait bien pu vivre ici ? Mais encore… qui avait laissé ce joyau de l’architecture ancienne dépérir au point de disparaître sous les assauts du temps ?
J’étais intriguée par l’endurance de la végétation, un écosystème différent du reste de la vallée, comme si un botaniste avait réussi à en modifier l’équilibre pour le rendre presque… tropical. A l’ouest de l’Ecosse, on trouve ainsi des jardins immenses, presque à la taille d’une vallée, dont les caractéristiques permettent la pérennité d’espèces improbables par chez nous… mais Wick est à l’Est. Et cette maison, ce château, ce manoir, comment dire… ce vestige… est au nord de Wick, en direction de John ’O Groats. Je me demandai si une magie ancienne, usée mais encore active à sa façon, agissait. Et puis…
Je suis tombée sur ce trou d’eau, de prime abord naturel. La forme ovoïde laissait à penser qu’il s’agissait d’un minuscule étang. Vierge de toute végétation, j’imaginai en première analyse que les lieux étaient à la source d'une magie résiduelle. Et puis… cette odeur, du chlore pensai-je, en concentration très élevée. Voilà. L’eau ici ne pouvait accueillir la nature, flore ou faune. Trop de produits chimiques, aux caractéristiques moldues avérées mais comment expliquer que la pluie n’ait pas dilué le tout avec les années ? (et les pluies incessantes mais ne le crions pas trop fort…). Je finis par me dire qu’une force quelconque avait isolé le marais miniature., un parapluie en quelque sorte. Ma témérité naturelle fut la plus forte. Je devais savoir et pour ce faire m’approcher. Clairement un voile fut franchi à ce stade, je dirais même déchiré. Aujourd’hui, je forme l’hypothèse que cette action a brisé l’enchantement, rendant à la nature cette baignoire. Mais à ce moment-là, je ne le perçus pas. La frontière était imperceptible, sa violation aussi. M’approchant, je testai d’abord la surface. Puis l’odeur me questionna. L’endroit correspondait en tout à mes ambitions botaniques. Je cherchais un espace secret où je pourrais cultiver des nénuphars en toute discrétion. Il me fallait juste le nettoyer. Soyons clairs en l’occurrence, le purifier.
Fac à moi une eau contenant une grande concentration d’un produit moldu dont l’odeur devenait vite entêtante. La forme de la bassine débordait d’un rectangle parfait, ce qui de prime abord ne me questionna pas. Je ponctionnai une fiole pour analyse. Cl, numéro 17, en concentration incroyable : 300 grammes par mètre cube. Je ne m'étais pas trompée. Tout expliquait l’absence totale de végétation. Ne me demandez pas comment la chose avait été conçue, ni pourquoi. Et encore moins comment expliquer qu’elle soit encore en l’état tant d’années après sa… conception ? Je décidai de purger les lieux du composant anaturel. Ce fut d’autant plus rapide qu’ayant rompu le voile, la vie avait repris ses droits. Et désormais, le cycle de l’eau redevint un élément du marigot. Un mois pour supprimer le produit. Un autre pour que les alentours en soient eux aussi débarrassés ; la terre entre autres celle dessous « l’océan » ridicule en était infestée. Encore plus de six mois avant que des plantes aquatiques parviennent à raciner.
J’avais mis à jour une piscine, invisible lors de ma découverte, une piscine qui avait inondé ses abords ensuite gommant son architecture rectiligne. Cela je ne me l’explique toujours pas. Mais qu’importe.
Le temps allait lui-même en effacer la tristesse formelle car mes nénuphars s’avèrent prospérer joyeusement.
Ils contribuent à mon équilibre financier, je les en remercie. Comme je suis satisfaite d’avoir colonisé une nature morte durant un temps incalculable. Pourquoi ce territoire hors du temps ? Est-ce en lien avec les ossements retrouvés au fond de la piscine ? Ai-je profané un tombeau ? Une scène de crime ? En tous cas j’ai agrandi le domaine naturel ici. Et c’est déjà une victoire sur la mort.
Thème à la folie : Piscine
Défragmentation
Hiver 2048-2049, datation imprécise en l'état
Au cours d’une journée de révisions, Ivanovna reprend ce sortilège qu’elle ne parvient pas encore à contrôler. Par moments un mince filet de magie sort de sa baguette, il lui arrive aussi d’aller jusqu’à voir émerger une sorte de bouclier. Mais à chaque fois, la machine s’enraye. Il faudrait une sorte de sérénité, un calme, elle ne sait pas dire quoi. Nous sommes dans le registre de l’émotion profonde, une introspection. Elle n’est pas aussi posée et réfléchie que l’était Circéia. Mais elle a en elle une puissance bien plus grande. Elle devrait y parvenir sans aucune difficulté, ses pouvoirs magiques ne sont pas en cause. L’empirisme a ses limites ; mais elle n’abdique pas.
Aujourd’hui, elle fait des tests. Puisque la baguette émet de plus en plus souvent un début de sort, à conditions supposément égales, c’est une autre des éléments requis qu’il faut travailler. Si la gestuelle est bonne, c’est alors la source qu’il faut étudier. Un souvenir heureux...Dans sa serre, elle en vit souvent mais ce sont plutôt de bons moments. Une sérénité, presque une méditation. Jamais à ce point joyeuse qu’on puisse la nommer ainsi. C’est presque même contradictoire d’imaginer une méditation porteuse de. La paix se distingue du bonheur car la sérénité n’est pas à ce point agitée… Elle ne parvient pas à faire le tri dans tout cela car elle n’a pas les outils. Une fille de l’instinct, portée par l’impétuosité, une impulsivité la conduisant à ne rien calculer dans les situations d’urgence. Elle agit à l’estime. Et c’est bien cela qui la guide, et lui manque dans ce genre de situations. Quand certains comprennent sans parvenir à poser les mots, elle saurait dire mais le lien entre les sous-couches et l’air libre n’est pas établi en elle. C’est un défaut de… construction. Voilà pourquoi il lui faudrait un guide, pas au sens dévoyé des moldus. Il serait question ni de mentor ni d’exemple. Une parole extérieure, suffisamment respectable pour qu’elle l’écoute et fasse crédit à cette main tendue. Mais jusque-là personne. Dans ses autres défis, elle a fini par trouver seule, parfois au prix de longues séances d’énervement glacial. Il fallait bien un caillou dans sa chaussure.
- SPERO PATRONUM !
Une sorte de cône bombé s’agite au bout de sa baguette mais déjà elle sent qu’il ne tiendra pas longtemps. En elle ce souvenir, un cygne volant dans les airs, aux jours où seul le ciel apparaissait dans ce lieu fermé sur l’extérieur. Majestueux, lent dans ses gestes, la touchant en plein coeur. Sera-ce lui qui, tôt ou tard, se fera jour au bout de la baguette ? Tandis qu’elle s’efforce de tenir lui apparaît un ours énorme, aussi blanc que le cygne. Seuls ses yeux portent une autre couleur. Il ne s’agit ni d’un rêve ni d’une illusion. Ivanovna est éveillée, à l’intérieur d’elle-même se déploie une image inconsciente… Les yeux de Circéia. Elle la regarde à travers lui. Dans l’instant, tout s’interrompt. La sorcière cherche en elle le sens de ce flash. Aucun mot, pas un geste mais c’était bien elle. Tout a d’un coup disparu alors pourquoi l’avoir dérangée au milieu d’un effort de magie à ce point intime ? Elle se met à genoux, posant sa baguette devant elle puis ferme les yeux. Il faut chercher dedans, changer l’élément qui ne convient pas. Un ours, Circéia… un gros ours pour un si petit corps ? Les yeux noirs. Où vas-tu ? Dans quelle partie de moi veux-tu te réfugier afin de m’indiquer le chemin ? Je te sens en moi, sœur de si peu d’étés. Ai-je encore des souvenirs d’enfance précis au point d’être utilisables ? Des bribes ne suffiront pas.
La légende familiale, qu’elle ne peut connaître, dit que chez les Alekhin, le patronus est un ours ou une zibeline. Ours chez les hommes. Mais elle a vu un ours… et les yeux de sa soeur… Il ne faut pas chercher à comprendre, juste se laisser porter. Ivanovna ne sait rien de tout ça de toute manière, elle pense seulement à sa sœur. D’excellents souvenirs, il n’y en a que dans la prime enfance. Nous courions dans les landes autour de Wick. Elle s’entend rire, aux éclats.
- SPERO PATRONUM !!!
Une chaleur nouvelle traverse sa main et la baguette émet une forme inédite, toute petite, volant sans logique, comme prisonnière d’un espace restreint. Elle donne l’impression de se cogner contre un plafond de verre. En elle, Ivanovna ressent cet ours qui la porte, la soutient de son regard noir qu’elle redoutait autant qu’elle l’aimait. A nouveau le patronus s’évanouit. Mais Ivanovna s’approche d’elle-même, de cette libellule qui sommeille.
- Une libellule ?
Plus tard, en cherchant les multiples sens de cette bestiole, Ivanovna y verra une manifestation implacable de la puissance de la magie. Elle l’illustre en tout. Pour le moment, rien n’est acquis, la jeune femme a juste fait un petit pas de plus vers elle-même.
Dissection : ce post a été construit partant des archives permettant d’établir une filiation dans le contexte dudit post. L’avenir démontrera combien est signifiant l’irruption de cet odonate.
Défragmentation
Pré-au-Lard, 7 mars 2048.
COCONUT ECLAIR
Sur cette place remplie de gens, une véritable bonbonnière, elle ne dépare pas. Tous ont mis leurs plus beaux effets pour un moment toujours exceptionnel. Les plus petits, les moins bien fagotés aussi, sont insignifiants dans cette exposition collective. On regarde les plus belles pièces.
Dans une boîte octogonale, en l’ouvrant, une explosion de couleurs apparaît, vous pourriez imaginer votre ventre guidé par la simple nuance des pigments. Une palette, celle d’un peintre, 33 nuances pour qui a suffisamment d’imagination. La mienne s’en tient à sept, incorporez une poignée de variantes et vous aurez le tout.
La raison pour laquelle elle s’est faite belle nous indiffère. Ce qui importe est le résultat. Une sorcière impeccablement coiffée, cheveux contrits dans un chignon de ballerine, celui des petites filles aimant à jouer les grandes. Et puis… la robe. Bleue, au ton assuré. Les surpiqûres sont invisibles d’où vous êtes. Les plus audacieux, s’ils s’approchent du saphir, les verront mais à la distance actuelle elles n’interfèrent pas. Un juste au corps utile en ces temps hivernaux, à l’identique. Même les gants, pour une fois oublieux du noir, se sont alignés. Un régiment en marche, unité parfaite. On pourrait se croire dans une échoppe telle qu’il en existe une non loin d’ici. Partout des créatures emberlificotées dans leurs tenues d’apparat ; jaune, vert, plusieurs sortes de rouge, et encore l’orangé, du jaune au safrané. Dans ce défilé, les âmes finissent par disparaître. Mêmes coiffures, même tics dans les manières, une seule tribu aux habitudes sociales refusant de sortir du moule. La mode, générationnelle, définie par un air du temps s’imposant à tous, encore plus ceux qui croient refuser l’inertie. Ici, le contre courant n’est qu’un courant de plus, le plus traditionnel...
L’oeil devrait par contraste mieux percevoir leurs oppositions tant ils sont tous a priori habillés de contraires. Mais l’inverse intervient. Tous ne sont plus visibles comme des individus. Ils constituent une masse informe, un paquet de bonbons qui n’a d’existence que pour lui-même. La Grand place de pré-au-Lard, bonbonnière pour un jour, est la reine de la fête. La profusion de fruits met en avant cet arbre. Ils ne sont, au final, que des points minuscules sur un tableau moldu, Seurat, Pissarro… des inconnus ici et qui le resteront. De cet instantané on ne retient qu’un tout, Ivanovna ne se distingue en rien des autres figurants. Tous ont une bonne raison de s’être endimanchés. Il serait faux de croire qu’elle leur est supérieure. Dans un marché où seules les apparences donnent votre identité, l’emballage est le tout, la raison de choisir. Le vert ou bien le rouge ? Les plus calculateurs auscultent la notice ; Toffee, cristaux, lingot de chocolat… autant de mots pompeux visant à nous faire croire à de vraies différences… au final, du sucre et des effets de style. Etudiez bien la boîte, la jeune Alkehina est « Coconut éclair ». Et vous l’aurez compris, du fait de l’emballage. D’ailleurs, il faut bien reconnaître que la notice nous ment. En vrai, son bleu est un peu plus intense, nous pourrions dire Nocturne. Mais en bouche, l’effet sera le même. Sera-ce même un bonbon ???
Alors pourquoi croquer celui-là et pas l’autre ? Moi je préfère les fruits, entre autres la framboise. Mais que voulez-vous, on m’a offert une boîte de chocolats, je n’allais pas dire non … la gourmandise ne peut se refuser. Elle est nous, dès lors que nous faisons le choix de distinguer le fromage de la viande. Quelle part de soi parvient à ce constat ? J’aime le goût du pruneau mais je ne sais pourquoi.
Au final, ce théâtre social inclut tous ces costumes. Ivanovna n’est en rien différente de ses pairs. Egarée dans un jeu d'apparences, elle y cède, par instinct comme par nécessité. Si je suis divergente alors c’est l’ostracisme. Il suffirait pourtant de se laisser tenter par le seul des bonbons égaré dans la boîte, celui que la machine n’a pas bien emballé. Pourtant qui d’entre nous a déjà fait le choix de prendre ce dernier ? Ce serait renoncer à l’effeuillage.
Thème à la folie : Bonbon
Défragmentation
Demain, hier ou dans dix ans...
Pas du tout
Elle s’appelle Fleur. C’est mon chat. L’une des rares choses qui m’appartiennent vraiment dans l’existence car ici je ne suis pas vraiment chez moi. J’habite chez mes parents voyez-vous. Ce qui revient à dire que je suis en transit. Mais qu’adviendrait-il de Fleur si j’étais amenée à quitter Wick ? Car si moi j’ai l’habitude des grandes transhumances, elle est une graine qui a raciné ici. Et ne me parlez pas des proies qu’elle grappille avec conscience depuis des années. Si demain je devais migrer, elle pourrait tout aussi bien faire son dîner avec ce que mon nouveau lieu d’attache apporterait. Les chats sont d’antiques animaux du désert, ils savent faire beaucoup avec bien peu. C’est d’ailleurs une caractéristique que nous partageons elle et moi. Mais si elle était honnête, et douée de parole évidemment, elle vous dirait que la terre familiale est bien plus généreuse que sa dernière châtelaine en date.
Oui, car pour tout vous dire, elle et moi ne sommes pas de grandes amies. J’avoue même que si je pouvais m’en passer… mais elle est comme ces coquilles d’oeuf que l’on place habilement pour repousser les limaces. Ou ces pièges à bestioles que nous disposons pour expédier ces intrus chez le voisin. Fleur a sa fonction en ce bas monde ; gendarme de mes terres, protection contre les rongeurs, alerte anti-intrusion. Alerte sans plus car ne comptez pas sur elle pour vous défendre en cas d’attaque. Tout au plus fera-t-elle remarquer, par sa tendance à la fuite impulsive, qu’il se passe décidément quelque chose de pourri au Royaume du… enfin… dans les alentours… Un chien aboie, voire attaque, au détriment de sa propre survie. Le chat mesure le danger. Et ce qui effraie un chat a des chances raisonnables de constituer à votre encontre un réel danger. Une seule fois je l’ai vue charger. Il s’agissait d’un jeune toutou appartenant à un moldu de passage, le genre à visiter le grand nord pour vérifier s’il y fait vraiment froid. Je n’ai pas eu le temps de le dévisager.
Mis à part ce fait d’arme, rien à signaler dans la colonne plus.
Beaucoup
En revanche, puisque vous me le demandez, ma fleur demande des attentions très régulières. Il faut l’arroser, avec de l’eau fraîche, si possible pimentée à la pomme de terre (ne jamais laisser des féculents attendre ainsi dans une bassine d’eau, Fleur viendra systématiquement prélever un tonlieu, le seigneur des lieux, c’est bien elle).
Il lui faut aussi de l’engrais au quotidien, même si le ventre est plein d’une chasse fructueuse. Je dois payer la dîme. Vous en voulez encore ? Un jour, un garçon a eu l’audace de croiser mon chemin, il a même pénétré dans mes serres. Fleur, proverbialement curieuse, est venue réclamer caresses et autres signes de soumission. Un formariage en règle. Je vous le dis, je suis esclave de ma fleur. Et elle n’est même pas belle, le comble pour l’animal d’une herboriste (en herbe, je sais).
A la folie
Hors-sol, sans réelle beauté autre que son essence féline, dénuée du parfum que tant de ses congénères fleurs portent en elles, incapable de reproduire les cycles des saisons comme le font mes rosiers... elle est une fleur des champs, le coquelicot parmi les blés, la mauvaise herbe. Oui, c’est exactement cela, une mauvaise fleur, un gourmand. Mais vous savez, l’âme s’habitue à tout, même aux pires agressions. C’est terrible l’incapacité dont nous faisons preuve, nous, humains de toutes conditions ; Nous ne savons pas nous défaire de ce qui fait le quotidien. Les rituels nous construisent ; l’entendre miauler peu avant le lever du soleil, se faire lécher le nez si jamais on refuse de se lever pour la nourrir à l’instant. Invariablement faire comme si de rien n’était quand pour une fois la proie lui échappe. Et apporter, fière de venir déposer le fruit de sa corvée sur votre paillasson, le dernier lézard en date. Ma fleur est de ces variétés sauvages, indignes des jardins proprets de tant de nobles gens. Elle m’est insupportable que voulez-vous, elle est chez elle ici. Une parmi les autres, elle peuple mon jardin, au même titre que les hellébores, les roses et les glaïeuls.
Je n’ai pas la volonté de l’arracher un jour. Si elle part avant moi, sa place sera ici, sous terre, avec ses sœurs. Un bulbe de plus, comme une autre.
Je t’aime
Thème à la folie : Fleur
Défragmentation
Alyona reçoit un soir de l’été 2049 ce petit parchemin mâtiné de bergamote. Les deux amies se connaissent, depuis longtemps et moins longtemps. Ce hibou comporte une révélation, intime. Mais ce n’est pas tant le secret que ce qu’il signifie. Ivanovna parle peu d’elle, par pudeur et par éducation. Ceux qui la connaissent vraiment la savent tiraillée entre ce désir de vivre à pleins poumons et la nécessité de la dignité qu’on lui a inculquée. Cela, Alyona le comprendra sans doute. En échange de cette audace qui lui fit appeler Alyona par un surnom venu du coeur, elle termine sa lettre par un petit nom que sa grand-mère maternelle lui avait donné. C’est là la marque d'une immense confiance.
Peut-être le signe d’une intrication.
Peut-être le signe d’une intrication.

